Aller au contenu
Esclavage aux Antilles

Notion · Un statut de travail contraint

Qu’est-ce qu’un engagé dans les Antilles françaises ?

Au XVIIe siècle, des milliers de jeunes Français partent travailler aux Antilles sous contrat : on les appelle les engagés, ou les « trente-six mois ». Leur travail est contraint, mais leur service a une fin. Celui des Africains réduits en esclavage n’en a pas. Avec le sucre, les colons recourent de plus en plus à ces Africains asservis, et les engagés reculent à des rythmes différents selon les îles.

Cette page s’appuie sur un contrat d’engagement de 1645, sur les récits de missionnaires du XVIIe siècle — le dominicain Jean-Baptiste Du Tertre, le carme Maurile de Saint-Michel —, sur des lettres et mémoires des gouverneurs et intendants des îles, et sur des listes de plantations de 1670 et de 1684 connues par l’historien Gabriel Debien, qui les cite sans les reproduire. L’historien John Thornton y est nommé pour sa lecture d’ensemble.

Publié le 13 août 2026 · Mis à jour le 8 octobre 2026 · 7 min de lecture · 31 points documentés

Périodes : Premières implantations et premiers asservissements · Sucre, déportations massives et reprise en main royale · Sous l’édit de 1685 : la loi et ses usages · Le siècle des grandes plantations et de la traite massive · Territoires : Petites Antilles et circulations intercoloniales · Martinique · Guadeloupe et dépendances · Saint-Domingue · Hispaniola et circulations franco-espagnoles · France métropolitaine · Océan Atlantique et espaces de traversée · Europe hors France métropolitaine · Afrique atlantique

Fac-similé — le document lui-même

Reproduction recadrée de l’original d’un acte notarié de 1645. Une cursive serrée à l’encre brune occupe la moitié supérieure du feuillet. Le début de la deuxième ligne est biffé ; plusieurs lignes s’achèvent sur un long trait jusqu’à la marge et, dans l’une des dernières lignes, vers la droite, une petite croix suit les mots « ne savoir signer ». La moitié inférieure reste largement blanche. Au centre, une inscription de trois mots dont les deux derniers se lisent « Jean Baumont » est tracée plus grande et plus posée que le corps de l’acte.Agrandir

Le contrat de Jean Baumont pour Saint-Christophe

Cette page du contrat porte l’âge déclaré de Jean Baumont, douze ans. Dans l’une des dernières lignes, vers la droite, une petite croix suit les mots « ne savoir signer » : c’est la marque de sa mère, qui déclare ne pas savoir signer ; son nom reste difficile à déchiffrer.

Archives départementales de la Charente-Maritime, 3 E 289, vue unique numérisée · base mise à disposition en ligne le 16 décembre 2020 · recadrage éditorial · Licence Ouverte 2.0 · Voir sur les Archives de la Charente-Maritime

Source de cette partie : Notice bibliographique [1] — Contrat d’engagement de Jean Baumont (ou Beaumont) par Martin Bonneau pour l’île Saint-Christophe

Fac-similé — le document lui-même

Agrandissement d’une ligne du même contrat, en cursive à l’encre brune. Vers la droite, après les mots « ne savoir signer de ce requis », une croix noire.Agrandir

La croix de la mère de Jean Baumont

Agrandie, la ligne du contrat où la mère de Jean Baumont, qui ne sait pas signer, trace une croix à la place de son nom.

Archives départementales de la Charente-Maritime, 3 E 289, vue unique numérisée · base mise à disposition en ligne le 16 décembre 2020 · détail agrandi · Licence Ouverte 2.0 · Voir sur les Archives de la Charente-Maritime

Source de cette partie : Notice bibliographique [1] — Contrat d’engagement de Jean Baumont (ou Beaumont) par Martin Bonneau pour l’île Saint-Christophe

Lire le document

Le contrat de Jean Baumont — Trois années comptées à partir de l’arrivée

« pour passer de cette ville au pays de l’Amérique, isle de Saint-Christophe […] l’espace de trois années prochainement consécutives et sans intervalle de temps, qui commenceront du jour qu’il mettra pied à terre audit lieu de l’Amérique »

Transcription partielle d’après la vue unique numérisée de l’acte. « Cette ville » désigne La Rochelle et « il » Jean Baumont. Les abréviations sont développées ; l’orthographe et la ponctuation sont légèrement modernisées.

En français courant : En français actuel : les trois années de service de Jean commenceront à son arrivée en Amérique.

Source de cette partie : Notice bibliographique [1] — Contrat d’engagement de Jean Baumont (ou Beaumont) par Martin Bonneau pour l’île Saint-Christophe

Le 14 avril 1645, à La Rochelle, un contrat passé devant notaire engage Jean Baumont, douze ans, au service du marchand Martin Bonneau pour trois années, à compter de son débarquement à Saint-Christophe, dans les Petites Antilles. Bonneau doit le nourrir pendant le voyage et pendant son service, lui donner un habit de toile et lui remettre, au bout des trois ans, 300 livres de tabac, environ 150 kilos. Le contrat oblige aussi Jean à obéir à toute personne à qui le marchand pourra le céder.

Un temps de service cédé de maître en maître, parfois obtenu par tromperie

Des capitaines et des marchands de La Rochelle, de Saint-Malo, de Dieppe ou du Havre transportent aussi des engagés aux îles et cèdent ensuite leur service aux planteurs pour trois ans, à un prix courant de mille à douze cents livres de tabac selon le missionnaire Du Tertre, davantage pour qui sait un métier. Le maître peut à son tour céder le temps qui reste à servir : Du Tertre rapporte qu’on a vu de jeunes engagés changer sept ou huit fois de maître en trois ans. Le recrutement peut aussi passer par la tromperie. Selon le même Du Tertre, des capitaines employaient des recruteurs qui trompaient de pauvres écoliers et des jeunes gens de bonne famille en leur faisant « croire mille merveilles du pays ».

Pendant son temps, l’engagé doit son travail et son obéissance. Le temps qu’il n’a pas servi est ajouté à son contrat, et une fuite peut lui valoir un service prolongé en punition. Des maîtres le font travailler au-delà de ses forces, le frappent et le nourrissent mal. Du Tertre, puis l’intendant Robert en 1698, l’expliquent par un calcul : le maître ne détient l’engagé que trois ans, et sa mort lui fait perdre moins que celle d’une personne esclavisée qu’il a achetée.

Au Cul-de-Sac, quatre mois de service au-delà du contrat

Au fond du Cul-de-Sac, à Saint-Domingue, la colonie française de l’ouest de l’île d’Hispaniola, dans les Grandes Antilles, une liste du 1er mars 1684 montre une petite équipe au travail dans un quartier encore couvert de forêt, sur les biens de Pouançay, gouverneur mort l’année précédente, que semble gérer son associé Gallichon. Le charpentier Bastien Fumay, débarqué au Petit-Goâve le 13 avril 1683 et engagé pour trois ans à 200 livres tournois par an, une somme d’argent et non un poids de tabac, doit servir quatre mois de plus « pour le temps qu’il a perdu ». André Renoleau, lui, « a sorti sans congé » ; il doit encore un an, et la liste note qu’« il le faut faire condamner ». Gilles Rigaud, tonnelier « aujourd’huy libre », s’est accordé par écrit avec Gallichon pour diriger pendant six mois quatre personnes à la fabrication d’essentes, des planchettes de bois qui couvrent les toits : il en gardera pour lui le quart, sans rien fournir que les outils de fer s’il faut en acheter. Un homme esclavisé, Haouen, avait été envoyé de l’habitation de l’Acul pour chasser et nourrir l’équipe.

L’engagement a un terme. Dès 1652, le religieux Maurile de Saint-Michel oppose les Français engagés pour un temps aux Africains asservis pour la vie, dont les enfants naissent esclaves à leur tour. Au bout de son service, l’ancien engagé peut s’établir : il s’associe parfois avec d’autres pour défricher une terre, achète à son tour des serviteurs ou des esclaves et devient habitant, c’est-à-dire propriétaire d’une terre qu’il fait cultiver. Selon l’intendant Robert, en 1698, beaucoup d’anciens habitants de la Martinique, autre île des Petites Antilles, étaient passés par l’engagement.

Engagés et personnes esclavisées : des proportions qui changent

Au milieu du XVIIe siècle, les planteurs se tournent vers le sucre et cherchent à disposer de nombreux travailleurs, et pour longtemps. Selon l’historien Stewart Mims, qui étudie en 1912 la politique coloniale de Colbert, trop peu d’engagés partent alors de France pour suivre la demande, et les colons achètent de plus en plus de personnes africaines esclavisées. À l’achat, elles coûtent cher : Maurile de Saint-Michel donne 4 000 livres de tabac pour un homme à Saint-Christophe. Dans le calcul des propriétaires, cet achat vaut pour toute une vie, quand l’engagement prend fin. En 1681, le gouverneur de Saint-Domingue Pouançay juge que les esclaves reviennent moins cher aux habitants que les engagés venus de France.

Le passage ne se fait pas partout au même rythme. À Saint-Christophe, sur la grande sucrerie de la Grande-Montagne, treize engagés travaillent en 1670 au milieu de 214 esclaves ; deux sont commandeurs, chargés de diriger le travail, et selon l’historien Gabriel Debien presque tous sont là pour encadrer les esclaves. À Saint-Domingue, où les engagés restent longtemps nombreux, le dénombrement de mai 1681 compte encore 1 565 serviteurs engagés, pour 1 063 hommes, 725 femmes et 314 enfants que le dénombrement classe comme noirs. Gouverneurs et intendants craignent alors de manquer de Français pour défendre la colonie. Pouançay propose de limiter le nombre d’esclaves par habitant ; une ordonnance impose ensuite autant d’engagés que d’esclaves, mais Cussy, gouverneur de Saint-Domingue, en diffère l’application en 1687, faute d’arrivées suffisantes ; à la Martinique, Robert propose en 1698 un engagé dès dix esclaves, puis, à partir de vingt, un commandeur blanc et un engagé par vingtaine. En 1728, l’intendant Blondel écrit qu’aux Îles du Vent — la Martinique, la Guadeloupe et les îles voisines — on a toujours éludé les règlements sur les engagés, et que les habitants, dégoûtés d’eux, n’en prennent plus aucun.

Sources de la fiche

Les références ci-dessous permettent de retrouver les documents et travaux utilisés. Les faits et interprétations qui structurent la fiche renvoient ensuite à des passages localisés et à leurs limites de portée. Les références sont rangées selon la nature du document atteint et sa relation aux événements : pièces produites au moment des faits ; récits et études anciens, composés après les faits ; études, éditions et outils de recherche. La date de la notice indique la rédaction ou la publication lorsqu’elle est connue ; l’usage précise la période ou l’expérience racontée. Pour une édition savante, la notice distingue le texte transmis du travail de l’éditeur. Le libellé de chaque lien indique s’il conduit à la source en ligne, à une notice DOI, à un catalogue ou à la notice d’un éditeur.

Pièces produites au moment des faits

  1. Abel Cherbonnier (notaire), Contrat d’engagement de Jean Baumont (ou Beaumont) par Martin Bonneau pour l’île Saint-Christophe (14 avril 1645).

    Contrat d’engagement de Jean Baumont, passé à La Rochelle le 14 avril 1645 : durée, point de départ du service, entretien, salaire et cession possible à un autre maître.

    Voir la page de cette source
  2. Robert, intendant de la Martinique, Mémoire sur les engagés, les commandeurs et l'augmentation du nombre de Blancs dans les îles (27 juin 1698).

    Mémoire de l’intendant Robert du 27 juin 1698 sur les engagés à la Martinique : durée, mauvais traitements, établissement des anciens engagés et quota proposé.

    Voir la page de cette source
  3. administration coloniale française ; correspondance de MM. d’Ogeron, de Pouançay et de Cussy, Correspondance générale de MM. d’Ogeron, de Pouançay et de Cussy, COL C9 A 1 (213 MIOM 1) (1661-1688).

    Correspondance des gouverneurs de Saint-Domingue : dénombrement de 1681, projet de Pouançay et ordonnance différée par Cussy en 1687.

    Voir la page de cette source
  4. Gallifet, [Lettre au ministre sur Bayaha, le peuplement, le marronnage, les engagés et les capucins] (10 octobre 1700).

    Lettre de Gallifet du 10 octobre 1700 : prime pour la capture d’un engagé fugitif et six mois de service ajoutés.

    Voir la page de cette source
  5. Blondel, Mémoire sur l’état et le service des Îles du Vent, des ordres religieux au commerce colonial (6 décembre 1728).

    Mémoire de l’intendant Blondel de 1728 : règlements sur les engagés éludés aux Îles du Vent.

    Voir la page de cette source

Récits et études anciens, composés après les faits

  1. Maurile de Saint-Michel, Voyage des isles Camercanes en l’Amérique, qui font partie des Indes occidentales (1652).

    Récit du religieux carme Maurile de Saint-Michel : opposition entre engagement temporaire et esclavage viager et héréditaire, et prix des personnes esclavisées à Saint-Christophe.

    Voir la page de cette source
  2. Jean-Baptiste Du Tertre, Histoire générale des Antilles habitées par les François, tome II (1667).

    Histoire du missionnaire Du Tertre, tome II : vente des engagés par les capitaines, revente de leur temps, recrutement trompeur et calcul des maîtres sur la durée du service.

    Voir la page de cette source
  3. Jacques Bouton, Relation de l’establissement des François depuis l’an 1635 en l’isle de la Martinique (1640).

    Relation du jésuite Bouton (1640) : premières mentions des engagés et des personnes esclavisées à la Martinique.

    Voir la page de cette source
  4. Jean-Baptiste Du Tertre, Histoire générale des Antilles habitées par les François, tome III (1671).

    Histoire de Du Tertre, tome III : peine de trois ans de service prononcée contre des fugitifs à Sainte-Croix.

    Voir la page de cette source
  5. Stewart L. Mims, Colbert’s West India Policy (1912).

    Étude de Stewart Mims sur la politique antillaise de Colbert : raisons que Mims donne au recul des engagés.

    Voir la page de cette source

Études, éditions et outils de recherche

  1. Armand Nicolas, Histoire de la Martinique. Tome 1, Des Arawaks à 1848 (1996).

    Synthèse d’Armand Nicolas sur la Martinique : contraintes de l’engagement et recul de l’engagement devant l’esclavage avec le sucre.

    Voir la page de cette source
  2. John K. Thornton, Africa and Africans in the Making of the Atlantic World, 1400–1800 (1998).

    Synthèse de John Thornton : le statut juridique distingue engagés et Africains asservis, et le remplacement des engagés par des Africains asservis durcit une frontière raciale.

    Voir la page de cette source
  3. Doris L. Garraway, The Libertine Colony: Creolization in the Early French Caribbean (2005).

    Étude de Doris Garraway : trajectoire possible de l’ancien engagé vers l’établissement et le ménage.

    Voir la page de cette source
  4. Philippe Hroděj, Les esclaves à Saint-Domingue aux temps pionniers (1630–1700) : la rafle, la traite et l’interlope (2008).

    Étude de Philippe Hrodej : chronologie propre de Saint-Domingue, où les engagés restent longtemps nombreux.

    Voir la page de cette source
  5. Christian Schnakenbourg, Le « cycle du tabac » et la mise en valeur des Antilles aux premiers temps coloniaux (1625–1680) (2019).

    Étude de Christian Schnakenbourg sur le cycle du tabac : coexistence des engagés et des personnes esclavisées dans les premières décennies.

    Voir la page de cette source
  6. Philip P. Boucher, France and the American Tropics to 1700: Tropics of Discontent? (2008).

    Synthèse de Philip Boucher : place de l’engagement dans la colonisation française des Antilles.

    Voir la page de cette source
  7. Laurence Verrand, Premiers esclaves aux Petites Antilles d’après les chroniques et récits de voyages français (XVIIe siècle) (2008).

    Étude de Laurence Verrand sur les premiers esclaves des Petites Antilles : coexistence des deux régimes de travail.

    Voir la page de cette source
  8. Éric Roulet, Les conditions matérielles du passage des Français aux Antilles au XVIIe siècle (2024).

    Étude d’Éric Roulet sur le passage des Français aux Antilles : ordre de grandeur des contrats d’engagement conservés.

    Voir la page de cette source
  9. Gabriel Debien, Les engagés des Antilles au travail (XVIIe siècle) (1983).

    Étude de Gabriel Debien qui relaie des listes de plantations de 1670 et 1684 : contenu des contrats, équipe du Cul-de-Sac, engagés de la Grande-Montagne, sépultures d’engagés.

    Voir la page de cette source

Pièces recherchées

Ce que les archives pourraient encore apprendre

Ces pièces n’ont pas encore été consultées pour cette page. Elles pourraient la compléter ou la corriger.

Ce qu’elles permettraient : Lire l’inventaire lui-même — âges, gages et noms des engagés — au lieu de son analyse.

  • Minutier central, MC/ET/LIV/352, 10 avril 1670 · Archives nationales

    L’inventaire de la sucrerie de la Grande-Montagne, avec les engagés et les personnes tenues en esclavage qu’il recense.

L’une de ces pièces vous est accessible, sur place ou déjà numérisée ? Écrivez à contact@esclavage-antilles.fr : chaque piste est vérifiée avant d’être intégrée. Toutes les pièces que le site recherche.

Sources et limites

Vérifier les faits et interprétations de cette fiche

Chaque point factuel ou interprétatif qui structure cette fiche renvoie à un passage localisé et à une indication de portée. Le détail est ici, pour qui veut vérifier.

Ouvrir les points documentés, leurs sources et leurs limites

Le 14 avril 1645, à La Rochelle, un acte passé devant le notaire Abel Cherbonnier lie Jean Baumont au…

Point 1 sur 31 · Pratique · 1645-04-14

Le 14 avril 1645, à La Rochelle, un acte passé devant le notaire Abel Cherbonnier lie Jean Baumont au marchand Martin Bonneau pour un départ vers Saint-Christophe ; il fixe une durée de trois années consécutives, comptées à partir du jour où Baumont mettra pied à terre en Amérique. La minute porte son âge — elle l’établit « aagé de douze ans » — et se clôt sur l’intervention d’une femme qu’elle désigne par un nom, à deux reprises, et donne pour sa mère, femme et procuratrice de Pierre Baumont, maistre masson, laquelle déclare ne savoir signer et fait sa croix. Le contrat établit des obligations pour l’enfant ; il ne dit pas ce qui le conduit à partir ni quelle part il prend à cette décision. La qualité de procuratrice établit que la mère agit au nom de son mari, mais la minute ne désigne pas Pierre Baumont comme le père de Jean et ne formule pas séparément un consentement juridique de la mère au départ.

À garder en tête : La minute établit les obligations écrites pour Jean Baumont ; elle ne prouve ni que le voyage et les trois années ont été accomplis, ni que tous les engagés ont connu les mêmes conditions. L’âge est déclaré devant notaire et le nom de sa mère ne peut pas être lu avec certitude sur la vue disponible.

Le contrat du 14 avril 1645 inscrit aussi ce que Martin Bonneau doit à Jean Baumont en retour de son service…

Point 2 sur 31 · Pratique · 1645-04-14

Le contrat du 14 avril 1645 inscrit aussi ce que Martin Bonneau doit à Jean Baumont en retour de son service : la nourriture, pendant le passage comme pendant les trois années ; un habit de toile ; et un salaire de trois cents livres de pétun « bon et marchand », payable à Saint-Christophe au terme des années par Bonneau ou par celui qui sera en son lieu. En regard, le contrat oblige Baumont à obéir en toutes choses, à Bonneau comme à celui à qui Bonneau pourra le donner.

À garder en tête : Lecture directe du fac-similé publié, sur agrandissement. La restitution est partielle : les clauses de fin d’acte, en partie biffées ou abrégées, ne sont pas rendues, et la formule de l’obligation d’obéissance n’est pas citée mot à mot. La clause de transfert — Baumont doit obéir aussi à celui à qui Bonneau pourra le donner — est lue sur la minute et n’est pas commentée par ailleurs. L’acte fixe des obligations écrites ; il ne prouve ni qu’elles ont été tenues, ni que tous les engagés recevaient les mêmes.

Dans son ouvrage imprimé en 1652, Maurile de Saint-Michel distingue l’engagement temporaire de Français de…

Point 3 sur 31 · Témoignage · date non établie

Dans son ouvrage imprimé en 1652, Maurile de Saint-Michel distingue l’engagement temporaire de Français de l’asservissement à vie imposé aux Africains et étendu à leur descendance dans les îles françaises qu’il décrit.

À garder en tête : Maurile décrit et justifie l’ordre colonial depuis une position missionnaire ; son propos n’établit pas une norme écrite, uniforme et appliquée dans chaque île.

Nicolas rassemble plusieurs contraintes de l’engagement colonial : dette de passage, cession du contrat,…

Point 4 sur 31 · Interprétation · date non établie

Nicolas rassemble plusieurs contraintes de l’engagement colonial : dette de passage, cession du contrat, obligation souvent fixée à trente-six mois, journée de travail, nourriture et vêtement dus, mariage soumis au maître et punitions. Ces contraintes ne rendent pas le statut identique à l’esclavage racial, viager et héréditaire.

À garder en tête : Nicolas appelle l’engagé un « véritable esclave » ; cette équivalence est écartée. Les clauses et pratiques variaient et doivent être documentées par contrats, ordonnances et récits localisés.

En comparant engagés européens et personnes africaines asservies, Thornton soutient que le statut juridique…

Point 5 sur 31 · Interprétation · date non établie

En comparant engagés européens et personnes africaines asservies, Thornton soutient que le statut juridique différencie d’abord les deux groupes : les colons savent avant les grands codes que l’achat d’un Africain est tenu pour viager et héréditaire, tandis que l’engagement a un terme. Le remplacement progressif des engagés par des personnes esclavisées contribue ensuite à durcir une frontière raciale et politique.

À garder en tête : L’antériorité du statut ne signifie pas que la racialisation viendrait seulement après le droit ni que couleur et origine seraient absentes des pratiques initiales. Thornton tranche un débat historiographique ; les cas français qu’il relaie doivent revenir à Bouton, Rochefort et Du Tertre.

Garraway relie la fixation coloniale à un enchaînement possible : engagement de trois ans, association entre…

Point 6 sur 31 · Interprétation · date non établie

Garraway relie la fixation coloniale à un enchaînement possible : engagement de trois ans, association entre anciens engagés, défrichement, achat de serviteurs ou d’esclaves, puis formation de ménages. L’arrivée organisée de femmes européennes et le mariage participent à la transformation de travailleurs mobiles en colons établis.

À garder en tête : Il s’agit d’une trajectoire sociale possible reconstruite dans les sources coloniales, non du devenir nécessaire de chaque engagé. Les femmes ne doivent pas être réduites à l’instrument de fixation que leur assignent les administrateurs et narrateurs.

Du Tertre explique que certains maîtres ménagent moins les engagés français que les personnes esclavisées…

Point 7 sur 31 · Témoignage · date non établie

Du Tertre explique que certains maîtres ménagent moins les engagés français que les personnes esclavisées parce qu’ils ne détiennent les premiers que trois ans tandis que l’achat des secondes engage un intérêt patrimonial durable. Son raisonnement fait de la durée de propriété un calcul de conservation, non une mesure indépendante des violences subies.

À garder en tête : Cette explication appartient à Du Tertre et ne démontre pas que les personnes esclavisées sont mieux traitées. Elle éclaire le calcul qu’il prête aux maîtres.

Robert reconnaît en 1698 que certains maîtres font travailler les engagés au-delà de leurs forces, les…

Point 8 sur 31 · Témoignage · 1698-06-27

Robert reconnaît en 1698 que certains maîtres font travailler les engagés au-delà de leurs forces, les frappent continuellement et ne leur donnent pas assez à manger. Il explique qu'ils font moins de cas de la vie d'un engagé que de celle d'une personne noire esclavisée parce que le premier leur coûte moins et que sa mort leur fait perdre moins ; il refuse pourtant de raccourcir pour cette raison tous les engagements et renvoie les abus à la justice.

À garder en tête : La pièce établit qu'un intendant reconnaît ces violences et leur donne une explication économique ; elle ne nomme aucune personne, ne mesure aucune fréquence et ne cite aucune plainte ou sanction. Au folio suivant, Robert affirme aussi qu'un engagé coûte davantage et rend moins de service qu'une personne esclavisée : faute de compte, les deux comparaisons doivent rester situées plutôt que réconciliées artificiellement.

Robert présente l'engagement de trois ans comme un instrument de colonisation : il habituerait de jeunes…

Point 9 sur 31 · Témoignage · 1698-06-27

Robert présente l'engagement de trois ans comme un instrument de colonisation : il habituerait de jeunes hommes au travail, les préparerait à défricher et leur servirait d'apprentissage pour devenir habitants. Il affirme que beaucoup d'anciens habitants étaient passés par l'engagement et associe sa disparition au recul des nouveaux défrichements ; les nouveaux venus sans biens chercheraient désormais une terre déjà ouverte et des personnes esclavisées pour la cultiver, ou un mariage donnant accès à un patrimoine.

À garder en tête : Il s'agit du récit historique et causal de Robert, formulé pour défendre sa proposition. La pièce ne donne ni série de contrats, ni liste d'anciens engagés devenus propriétaires, ni mesure des défrichements, ni trajectoire de mariage ; chacun de ces points demande un recroisement avant généralisation.

Nicolas relie le recul de l’engagement et le recours croissant à l’esclavage africain aux besoins durables…

Point 10 sur 31 · Interprétation · date non établie

Nicolas relie le recul de l’engagement et le recours croissant à l’esclavage africain aux besoins durables du sucre et au calcul de coût des propriétaires. Ce calcul colonial classe des personnes selon une origine racialisée et organise leur disponibilité au travail ; il ne révèle aucune aptitude naturelle des Africains.

À garder en tête : Nicolas reprend des formulations d’acclimatation qui naturalisent le choix des maîtres. L’affirmation les reformule comme calcul social ; elle ne chiffre ni prix relatifs ni durée de vie.

Dans un mémoire de 1681, Pouançay propose de limiter chaque habitant de Saint-Domingue à quatre personnes…

Point 11 sur 31 · Prescription · 1681

Dans un mémoire de 1681, Pouançay propose de limiter chaque habitant de Saint-Domingue à quatre personnes esclavisées, puis de l'obliger à posséder autant d'engagés que de personnes esclavisées au-delà de ce seuil. Une formulation voisine propose aussi de limiter à cent cinquante par an les personnes envoyées par la Compagnie d'Afrique : les personnes esclavisées coûtant moins cher que les engagés venus de France, leur multiplication détournerait selon lui les habitants des engagés et réduirait la population française disponible pour défendre la colonie.

À garder en tête : Le mémoire propose une politique et expose son raisonnement ; il ne prouve ni adoption, ni application, ni effectifs réels. Mettre en balance engagés et personnes esclavisées pour le peuplement et la défense ne constitue pas une opposition de l'auteur à la propriété servile.

À la Tortue et dans la partie française de Saint-Domingue, l’esclavage se développe selon une chronologie…

Point 12 sur 31 · Interprétation · date non établie

À la Tortue et dans la partie française de Saint-Domingue, l’esclavage se développe selon une chronologie différente de celle des Îles-du-Vent : les engagés restent longtemps nombreux, les prises et le commerce interlope jouent un rôle important, et la traite régulière demeure limitée avant la fin des années 1680.

À garder en tête : Les estimations disponibles sont prudentes et ne permettent pas de traiter la Tortue, le Cap et les différentes côtes comme un espace uniforme.

Le dénombrement général de la Tortue et de la côte de Saint-Domingue de mai 1681 répartit 6 648 personnes…

Point 13 sur 31 · Mesure · mai 1681

Le dénombrement général de la Tortue et de la côte de Saint-Domingue de mai 1681 répartit 6 648 personnes entre maîtres de case ou habitants (1 421), femmes (435), enfants (438), serviteurs ou engagés libres (477), serviteurs engagés (1 565), « Nègres » (1 063), « Négresses » (725), enfants noirs (314) et personnes classées comme « Métis et mulâtres, Indes et Indiennes » (210).

À garder en tête : Les catégories sont celles de l'administration et ne restituent ni identités individuelles ni statuts complets.

Le 27 août 1687, Cussy explique avoir différé l'exécution d'une ordonnance qui impose à chaque habitant…

Point 14 sur 31 · Témoignage · 1687-08-27

Le 27 août 1687, Cussy explique avoir différé l'exécution d'une ordonnance qui impose à chaque habitant autant d'engagés que de personnes esclavisées, faute d'arrivées suffisantes et pour éviter une hausse imposée par les marchands. Il affirme aussi que plusieurs personnes esclavisées meurent du mauvais traitement de leur maître et mentionne des refus de travailler, qu'il décrit dans le vocabulaire hostile de l'autorité chargée de les contraindre.

À garder en tête : Cussy parle comme gouverneur et reprend les justifications des maîtres tout en reconnaissant les mauvais traitements. Sa lettre ne mesure ni la fréquence des décès, ni les formes des refus, ni les causes individuelles, et ses qualificatifs sur les personnes qui refusent ne constituent pas une description neutre.

Le 27 juin 1698, Robert propose pour la Martinique qu'un habitant détenant au moins vingt travailleurs et…

Point 15 sur 31 · Témoignage · 1698-06-27

Le 27 juin 1698, Robert propose pour la Martinique qu'un habitant détenant au moins vingt travailleurs et travailleuses esclavisés ait un Blanc comme commandeur, puis un engagé par vingtaine. Entre dix et vingt, il demande un engagé sans commandeur ; sous dix, il laisse ce choix à l'habitant. Il présente l'exécution de ce barème comme un moyen d'augmenter considérablement le nombre de Blancs dans les îles.

À garder en tête : Le mémoire formule un projet et son argument racial et sécuritaire ; il ne prouve ni son adoption, ni son application. Robert emploie successivement « Blanc ou engagé », « commandeur » et « engagé » : ces termes ne sont pas interchangeables, même si son raisonnement les rassemble dans l'augmentation recherchée de la population blanche.

Durant les premières décennies coloniales, des engagés européens et des personnes africaines réduites en…

Point 16 sur 31 · Interprétation · date non établie

Durant les premières décennies coloniales, des engagés européens et des personnes africaines réduites en esclavage travaillent simultanément dans les colonies françaises des Petites Antilles.

À garder en tête : Leur poids relatif varie selon l’île, la date et la culture ; la dureté de l’engagement ne doit pas effacer la différence entre un contrat temporaire et un esclavage viager et héréditaire.

Selon Éric Roulet, plusieurs dizaines de milliers de Français ont gagné les Antilles au XVIIe siècle, et 19…

Point 17 sur 31 · Mesure · XVIIe siècle

Selon Éric Roulet, plusieurs dizaines de milliers de Français ont gagné les Antilles au XVIIe siècle, et 19 000 engagés ont signé un contrat pour y servir un maître durant cette période. Il tient ce chiffre pour un aperçu : bien des contrats d’engagement ont disparu, le passage des colons libres n’a jamais été évalué, et le compte ne comprend pas les personnes esclavisées. D’après Gabriel Debien, il situe des pointes de départ en 1640-1644, 1660-1664, 1683-1686 et 1699-1701.

À garder en tête : Le chiffre compte des contrats conservés, non des départs ni des arrivées, et ne se répartit pas par île. Roulet le reprend d’une étude antérieure, citée en note, qui porte sur les premiers engagés partis de Nantes de 1636 à 1660 : la page ne dit pas comment le total du siècle est établi. Les pointes de départ viennent d’un autre travail et décrivent le flux des contrats, non celui de l’ensemble des passagers.

Selon Gabriel Debien (1983), les engagés partent de La Rochelle, de Nantes, de Lorient, du Havre ou de…

Point 18 sur 31 · Pratique · date non établie

Selon Gabriel Debien (1983), les engagés partent de La Rochelle, de Nantes, de Lorient, du Havre ou de Dieppe munis de leur contrat, qui dit s’ils vont travailler pour un colon, pour « un marchand qui les revendra à un colon » ou pour une compagnie de colonisation. Le contrat fait connaître leur nom, leur âge, leur lieu d’origine, souvent le nom de leur père ou leur qualité d’orphelin, leur métier éventuel, leur salaire et la durée de leur service, « presque toujours de 3 ans — ou 36 mois — », d’où leur surnom, « avec 300 livres de tabac ou de sucre ».

À garder en tête : Debien résume ici, sans les citer ni les dénombrer, les contrats qu’il connaît par ses travaux antérieurs ; « presque toujours » est son appréciation, non une proportion mesurée. Les 300 livres de tabac ou de sucre sont le salaire de l’engagé ordinaire pour tout son terme : dans le même article, des ouvriers qualifiés reçoivent des gages annuels en livres tournois ou en sucre. Le contrat fixe des obligations au départ ; il ne dit pas comment elles ont été tenues aux îles.

Du Tertre écrit, dans le tome II de son Histoire générale des Antilles (1667), que l’un des principaux…

Point 19 sur 31 · Témoignage · date non établie

Du Tertre écrit, dans le tome II de son Histoire générale des Antilles (1667), que l’un des principaux commerces des navires français venus aux îles de Dieppe, du Havre, de Saint-Malo, de La Rochelle et d’autres ports a été d’y faire passer de jeunes garçons engagés, qu’ils vendaient aux habitants pour les servir trois ans « comme des esclaves ». Le prix commun en était de mille ou douze cents livres de pétun, c’est-à-dire de tabac, et ils se vendaient bien plus cher quand ils savaient quelque métier.

À garder en tête : Du Tertre décrit un commerce passé, sans date ni île précises, et le condamne comme un « detestable negoce » ; le prix est un ordre de grandeur qu’il donne, non un relevé d’actes de vente. « Comme des esclaves » est sa comparaison pour le service dû pendant trois ans : la vente porte sur un temps de service, non sur la personne pour la vie. Le passage ne dit pas quelle part des engagés passait par la vente d’un capitaine plutôt que par un contrat signé avec un colon.

  • Histoire générale des Antilles habitées par les François, tome II — traité VII, p. 464, PDF p. 498, dernier paragraphe : navires de Dieppe, du Havre, de Saint-Malo et de La Rochelle, jeunes garçons engagés vendus aux habitants pour trois ans, prix commun de mille ou douze cents livres de pétun, prix plus élevé pour qui sait un métier

Du Tertre ajoute que les capitaines qui faisaient ce commerce avaient des gens qui « les prenoient à toutes…

Point 20 sur 31 · Témoignage · lettre de Poincy, 1640

Du Tertre ajoute que les capitaines qui faisaient ce commerce avaient des gens qui « les prenoient à toutes mains », et qui enjôlaient bien souvent de pauvres écoliers et des enfants de famille, « leur faisant croire mille merveilles du pays, où ils les alloient reduire à l’esclavage ». Il imprime à l’appui une lettre écrite en 1640 par le général de Poincy aux seigneurs de la Compagnie, pour obtenir qu’ils empêchent ce commerce et poursuivent un capitaine : selon cette lettre, un nommé Jonas et son frère Lantery ont attrapé par leurs artifices deux cents jeunes Français, les ont retenus trois mois à « S. Servais proche de S. Malo », puis engagés pour cinq, six et sept ans, à raison de 900 livres de coton chacun, à l’île de la Barboude.

À garder en tête : Ce sont les accusations de Du Tertre et de la lettre qu’il imprime, sans procédure connue ni parole des jeunes gens eux-mêmes ; « reduire à l’esclavage » est son jugement sur un service à terme, non un changement de statut. Le cas de 1640 est un abus dénoncé — un convoi vers une île hors des colonies françaises et des engagements de cinq à sept ans — et ne décrit pas la forme ordinaire du recrutement. L’issue de la plainte n’est pas connue.

  • Histoire générale des Antilles habitées par les François, tome II — traité VII, p. 464-465, PDF p. 498-499 : gens qui prennent « à toutes mains », écoliers et enfants de famille trompés sur le pays ; lettre de Poincy de 1640 sur Jonas et Lantery, deux cents jeunes hommes, trois mois à « S. Servais », engagements de cinq à sept ans, 900 livres de coton, la Barboude

Du Tertre présente comme « une loy inviolable & fondamentale dans les Isles » que ceux qui y passent aux…

Point 21 sur 31 · Témoignage · date non établie

Du Tertre présente comme « une loy inviolable & fondamentale dans les Isles » que ceux qui y passent aux dépens d’un autre, hommes, femmes, garçons ou filles, doivent servir trois ans à compter du jour où ils mettent pied à terre, sans qu’un contrat écrit soit nécessaire. Celui qui a payé le passage peut se servir de l’engagé trois ans mais aussi le vendre à qui il veut, et l’acheteur à un autre : on a vu, écrit-il, de jeunes garçons français, souvent de meilleure maison que ceux qu’ils servaient, changer sept ou huit fois de maître pendant leurs trois ans. Le seul moyen de se racheter est de trouver des amis qui achètent un autre engagé pour servir à sa place, échange que les gouverneurs imposent alors aux maîtres.

À garder en tête : Du Tertre décrit une coutume des îles qu’il a connues — le passage suit une description de Saint-Christophe — et non une loi écrite ; « sept ou huit fois » est un cas qu’il dit avoir été vu, non une fréquence. Le rachat par un remplaçant suppose des amis capables de payer un passage : le texte ne dit pas combien d’engagés y parvenaient. Il ajoute que les femmes, plus rares, ne sont pas soumises aux mêmes rigueurs.

À Sainte-Croix, au début des années 1660, alors que la disette s’aggrave, plusieurs habitants décident de…

Point 22 sur 31 · Événement · début des années 1660

À Sainte-Croix, au début des années 1660, alors que la disette s’aggrave, plusieurs habitants décident de quitter l’île en enlevant une barque ou sur des radeaux ; ils s’associent des engagés, et la troupe gagne les bois à une trentaine, avec vivres, poudre, plomb et un fusil chacun. Le gouverneur Du Bois découvre que sept de ses engagés en sont. Par l’entremise du père Le Clerc, les fugitifs viennent demander pardon, sauf huit, que la peur retient dans les bois ; Du Bois les fait tous mettre aux fers et juger par le Conseil, qui les condamne « tous à trois ans de service, & à estre batu de liennes deux fois la semaine, trois semaines durant », puis Du Bois les exempte « du dernier supplice ». Les huit restés dans les bois périssent en mer sur un radeau fait du premier bois rencontré.

À garder en tête : Récit d’un missionnaire qui ne dit pas avoir assisté aux faits et n’en donne pas la date ; elle se déduit de l’arrivée du gouverneur en 1661 et de la mort de sa femme. La condamnation frappe tous les fugitifs rendus, habitants comme engagés : le texte ne dit pas ce que ces trois ans de service signifient pour un engagé — ajout à son terme — et pour un habitant libre. « Dernier supplice » peut désigner la dernière des peines énumérées, les coups, ou la peine de mort ; le texte ne permet pas de trancher. Procès singulier, il ne décrit pas le sort ordinaire des engagés en fuite.

Dans une lettre au ministre signée au Cap le 10 octobre 1700, Gallifet écrit que les engagés de…

Point 23 sur 31 · Prescription · 1700-10-10

Dans une lettre au ministre signée au Cap le 10 octobre 1700, Gallifet écrit que les engagés de Saint-Domingue sont « autant adonnez au maronnage que les naigres » et que plusieurs se sauvent chez les Espagnols. Il dit avoir ordonné qu’on donne quatre écus à ceux qui les arrêteraient et que le service de l’engagé repris soit prolongé de six mois « pour compensation de quatre escus, et punition de sa faute » ; selon lui, la mesure a eu beaucoup de succès.

À garder en tête : La lettre établit l’ordre que Gallifet dit avoir donné et le succès qu’il lui prête ; elle ne cite ni le texte de l’ordonnance, ni une capture, ni le nombre d’engagés repris ou prolongés. Les six mois ne compensent pas le temps perdu : la lettre les présente comme le remboursement de la prime et la punition de la fuite. L’emploi du même mot de marronnage pour les engagés et pour les personnes esclavisées ne rend pas leurs statuts identiques : l’engagé repris garde un terme, rallongé.

Selon Gabriel Debien, Pouançay, gouverneur de la Tortue et de l’île de Saint-Domingue, meurt au début de…

Point 24 sur 31 · Pratique · liste des biens de Pouançay · état du poste du Cul-de-Sac

Selon Gabriel Debien, Pouançay, gouverneur de la Tortue et de l’île de Saint-Domingue, meurt au début de 1683 ; la liste de ses biens, établie le 15 janvier 1684, comprend des indigoteries moyennes et petites, des places à tabac, une hatte ou parc à bétail et un corail à cochons, qu’il exploitait en association avec un nommé Gallichon, lequel semble administrer la succession. Au fond du Cul-de-Sac, à une lieue de la Grande-Rivière, deux cases forment un simple poste de travail au milieu d’un quartier qui paraît encore forestier ; le 1er mars 1684, elles abritent les charpentiers Bastien Fumay et André Renoleau, le tourneur Gilles Delaize, le tonnelier Gilles Rigaud, Antoine Aurolat, Louis Fausabry et un nommé Lyonnais. Debien ajoute qu’un esclave nommé Haouen avait été envoyé de l’habitation de l’Acul pour chasser et pour nourrir tous ces engagés.

À garder en tête : Debien relaie une liste qu’il ne reproduit pas et ne localise que par la mention « Papiers Pouançay, Hardouineau et Beauharnais ». La phrase sur Haouen est celle de Debien, non une citation de la liste : elle ne dit pas qui l’a envoyé, et rien de plus n’est connu de lui. La liste ne donne ni le rôle d’Aurolat, de Fausabry et de Lyonnais, ni ce que faisait l’équipe en dehors des essentes confiées aux charpentiers.

Dans la liste du Cul-de-Sac du 1er mars 1684 que cite Gabriel Debien, le charpentier Bastien Fumay, qui…

Point 25 sur 31 · Pratique · arrivée de Fumay et Delaize au Petit-Goâve · état du poste du Cul-de-Sac

Dans la liste du Cul-de-Sac du 1er mars 1684 que cite Gabriel Debien, le charpentier Bastien Fumay, qui gagne 200 livres tournois par an, est engagé pour trois ans ; il a été mis à terre au Petit-Goâve le 13 avril 1683 et doit servir « 4 mois outre les trois ans que dessus pour le temps qu’il a perdu dont il en faut prendre sa reconnaissance au premier compte qu’on en fera avec luy ». Gilles Delaize, que Debien dit tourneur de vocation, engagé pour trois ans à 100 livres tournois par an, a mis pied à terre au même lieu le même jour ; les deux hommes travaillent de compagnie « et mettent leur travail à part pour savoir ce qu’ils feront ». Le charpentier André Renoleau, lui, est un homme « qui a sorti sans congé, lequel doit faire encore un an suivant son contrat d’engagement en luy payant 100 francs. C’est à quoy il le faut faire condamner ».

À garder en tête : Les citations sont celles de la transcription publiée par Debien ; la liste originale (« Papiers Pouançay, Hardouineau et Beauharnais ») n’est pas reproduite dans son article. La liste ne dit pas pourquoi Fumay a perdu du temps : rien n’autorise à parler de fuite. « Il le faut faire condamner » exprime l’intention du rédacteur de la liste ; on ne sait ni si Renoleau fut poursuivi, ni s’il revint servir.

Dans la liste du poste du Cul-de-Sac du 1er mars 1684, que cite Gabriel Debien, Gallichon écrit du tonnelier…

Point 26 sur 31 · Pratique · état du poste du Cul-de-Sac

Dans la liste du poste du Cul-de-Sac du 1er mars 1684, que cite Gabriel Debien, Gallichon écrit du tonnelier Gilles Rigaud, homme « qui est aujourd’huy libre », qu’il s’est accordé avec lui « suivant un escrit fait entre luy et moi » : Rigaud doit prendre la conduite de quatre personnes et d’un garçon chargé de la cuisine pour faire pendant six mois des essentes, dont il lèvera le quart sans rien fournir, hors les dépenses de ferrements ; il a sous lui Marin Guedouille, engagé pour trois ans.

À garder en tête : Citation transcrite par Debien ; la liste originale n’est pas reproduite dans son article. La liste ne dit pas quel était l’état antérieur de Rigaud ni qui sont les quatre personnes qu’il conduit. Debien se demande s’il ne tenait pas l’office de commandeur : c’est une question, non un fait établi.

  • Les engagés des Antilles au travail (XVIIe siècle) — p. 11-12, PDF p. 10-11, engagé n° 4 et commentaire : Rigaud « aujourd’huy libre », accord écrit avec Gallichon, quatre personnes et un garçon cuisinier, essentes pendant six mois, le quart du produit, Marin Guedouille

Gabriel Debien cite l’inventaire dressé le 10 avril 1670 et les jours suivants de la sucrerie de la…

Point 27 sur 31 · Pratique · 1670-04-10

Gabriel Debien cite l’inventaire dressé le 10 avril 1670 et les jours suivants de la sucrerie de la Grande-Montagne, à Saint-Christophe, qui appartient alors à la Compagnie des Indes occidentales : il présente la liste de ses 13 engagés et de ses 214 esclaves. Parmi les engagés figurent un chirurgien ; deux commandeurs, Christophe Oullard, qui conduit le travail des esclaves « au jardin », c’est-à-dire aux champs, pour 2 000 livres de sucre par an, et Alain dit Maringouin, commandeur des cabrouets, c’est-à-dire des charrois, pour 1 300 livres de sucre ; quatre maçons, dont Léonard Laplante, qui paraît leur chef ; et le sucrier Jean Mizemont. Debien conclut : « Sur cette plantation presque tous les engagés sont là pour encadrer les esclaves ».

À garder en tête : L’inventaire est connu par l’analyse publiée par Debien ; la minute notariale n’est pas reproduite dans son article. La liste des « engagés » réunit des hommes sous contrat et des ouvriers payés au temps servi « sans autre engagement », et la fin de service d’aucun n’y est précisée. La conclusion sur l’encadrement est celle de Debien pour cette seule grande sucrerie : sur la place à tabac de La Pinoterie, en 1682, il écrit au contraire que les quinze engagés « sont sur le pied des autres esclaves ».

  • Les engagés des Antilles au travail (XVIIe siècle) — p. 5-7, PDF p. 4-6, section II et note 4 (Archives nationales, Minutier central, LIV, 352, minutes Baudry) : 13 engagés et 214 esclaves, chirurgien, deux commandeurs, quatre maçons, sucrier ; p. 7 : conclusion sur l’encadrement

Maurile de Saint-Michel, carme embarqué pour les îles en 1646, écrit dans son Voyage imprimé en 1652 que les…

Point 28 sur 31 · Témoignage · séjour de l’auteur et publication

Maurile de Saint-Michel, carme embarqué pour les îles en 1646, écrit dans son Voyage imprimé en 1652 que les Africains amenés en Amérique y sont vendus « bien cher ; par exemple quatre mille livres de Petun à sainct Christophle, un Negre ; & trois mille, une Negresse ».

À garder en tête : Maurile donne un exemple de prix sans date précise ni vente identifiée ; il ne dit pas s’il vaut pour une transaction, un usage courant ou une saison, et il ne le compare pas au prix d’un engagé. Le prix vaut pour Saint-Christophe et ne se transpose pas aux autres îles.

Pour Stewart L. Mims (1912), deux faits ont fait échouer tout projet de fournir aux îles leur main-d’œuvre…

Point 29 sur 31 · Interprétation · date non établie

Pour Stewart L. Mims (1912), deux faits ont fait échouer tout projet de fournir aux îles leur main-d’œuvre par des engagés venus de France : l’offre ne suffit plus à suivre la demande après l’introduction du sucre, et le travail esclavisé est « more reliable and much cheaper ». Le planteur dispose de la personne esclavisée toute sa vie, tandis que l’engagé ne sert qu’un temps et devient son propre maître au bout de trois ans. Mims appuie le coût sur un mémoire de 1681 de Pouançay, gouverneur de Saint-Domingue, qui décrit les engagés comme « costing much more than slaves », et justifie la première raison par les pratiques de recrutement que décrivent Pelleprat et Du Tertre. Il juge vain l’argument selon lequel les îles auraient pu être cultivées entièrement par des travailleurs blancs.

À garder en tête : Thèse d’un historien de la politique impériale, écrite en 1912 à partir des correspondances administratives : elle ne s’appuie sur aucune série de départs ni de prix, et « more reliable » est son jugement, sans mesure. La phrase de Pouançay n’y est donnée qu’en traduction anglaise. Le raisonnement compte des coûts pour les planteurs ; il ne dit rien de ce que vivaient les personnes achetées.

  • Colbert’s West India Policy — p. 283 et notes 13-15, PDF p. 305 : deux faits contraires aux engagés, propriété viagère du planteur, mémoire de Pouançay de 1681 cité en traduction, justification par les pratiques de recrutement, réfutation de Peytraud

Dans le mémoire sur le service des Îles du Vent signé par l’intendant Blondel de Jouvancourt le 6 décembre…

Point 30 sur 31 · Témoignage · 1728-12-06

Dans le mémoire sur le service des Îles du Vent signé par l’intendant Blondel de Jouvancourt le 6 décembre 1728, l’article consacré aux engagés et aux fusils rapporte que les capitaines des navires marchands abandonnent les engagés qu’ils sont tenus d’apporter : ils les débarquent sans les avoir placés, ou les gardent au service de leurs navires et de leurs magasins pendant leur séjour, puis les congédient, parfois verbalement et sans leur remettre l’acte de leur engagement, si bien que ces engagés, ne sachant que devenir, se livrent au libertinage et au vol, et plusieurs à la mendicité. Le mémoire juge fâcheux qu’aux îles « on ayt toujours Eludé l’execution des Reglements » du 8 avril 1699, du 16 novembre 1716, du 20 mai 1721 et du 15 février 1724 sur les engagés, et ajoute que les habitants « se sont tellement degoutés de ces Engagés que bien loin d’en prendre un par chaque vingtaine de negres, ils n’en prennent point du tout ». Il propose d’y engager d’abord les principaux habitants, en leur promettant une prompte justice contre les engagés « quand ils seront insolens ».

À garder en tête : Le mémoire constate et propose ; il ne chiffre ni les engagés débarqués ni ceux que prennent les habitants, et « ils n’en prennent point du tout » est une formule, non un relevé. Il explique le refus par le dégoût des habitants et l’« insolence » qu’il prête aux engagés ; il ne dit pas que les habitants leur préfèrent l’achat de personnes esclavisées. Les règlements ne sont cités que par leur date, sans texte joint. La pièce, rédigée à la troisième personne sur les avis de l’intendant, est signée par lui.

Gabriel Debien écrit en 1983 que, lorsqu’un engagé meurt, nul ne se soucie de noter son nom, ou du moins de…

Point 31 sur 31 · Mesure · date non établie

Gabriel Debien écrit en 1983 que, lorsqu’un engagé meurt, nul ne se soucie de noter son nom, ou du moins de le noter comme celui d’un engagé : sur tous les registres paroissiaux de Saint-Domingue conservés pour le XVIIe siècle, « à peine trouve-t-on une demi-douzaine de sépultures d’engagés ». Il se demande si on ne les enterrait pas « comme beaucoup d’esclaves sur les plantations ».

À garder en tête : Le compte est celui de Debien, sans liste des registres ni des actes. Il porte sur les actes qui désignent le défunt comme engagé : un engagé enterré sous son seul nom lui échappe, et le chiffre ne mesure pas la mortalité des engagés. L’inhumation sur les plantations est une question qu’il pose, non un fait établi.