Aller au contenu
Esclavage aux Antilles

Ventes de 1670 à 1789 · Dossier 3

Arriver aux Antilles pour y être vendu

Entre l’arrivée du navire et le départ avec un acheteur, que vivent les personnes qu’il amène aux Antilles françaises ?

En avril 1768, le navire négrier le Vizon, venu de Nantes, est mouillé dans la rade de Saint-Marc, à Saint-Domingue. Dans la nuit du 19 au 20, deux hommes que le navire a amenés s’enfuient. C’est son capitaine qui les fait rechercher : pour lui, ils font encore partie de sa cargaison. Ce dossier suit, depuis les personnes déportées d’Afrique, le temps qui sépare l’arrivée du navire de leur départ avec un acheteur, et fait comprendre qui l’organise.

Publié le 14 août 2026 · Mis à jour le 8 octobre 2026 · 17 min de lecture · Texte, documents et schémas sourcés

Collection · 3/3 · De la capture aux Antilles

Au XVIIIe siècle, Saint-Domingue, la Martinique et la Guadeloupe sont les principales colonies françaises où des navires négriers débarquent des personnes déportées d’Afrique pour les vendre. Les cas français réunis ici vont de 1670 à 1789 ; chacun garde son île, son port et sa date, car ni les lieux d’attente ni les manières de vendre n’y forment une procédure unique. Les pièces qui les font connaître viennent de ceux qui vendent, achètent ou surveillent — procès-verbaux, journaux de navire, comptes, annonces de journal — et nomment rarement les personnes vendues. Deux récits de personnes débarquées à la Barbade, colonie anglaise, font entendre ce que la vente sépare ; ils ne décrivent pas les ventes françaises.

Chaque scène est attribuée au procès-verbal, au journal, au compte, à l’annonce ou au récit qui l’a conservée.

1

L’attente

Attendre à bord, dans un entrepôt ou à terre

Le capitaine du Vizon, Mazure, fait paraître son annonce une semaine plus tard, le 27 avril, dans les Affiches américaines, le journal de la colonie. Il y décrit les deux hommes, qu’il dit de nation Ibo, par leur taille et leur peau « rouge », et précise qu’ils sont « sans étampe », c’est-à-dire sans marque au fer sur le corps. Il demande qu’on l’avertisse chez les négociants de Saint-Marc qui le logent.

Du navire à l’entrepôt

Tant qu’aucune vente ne les a réparties, un capitaine, une compagnie ou des négociants tiennent les personnes qu’un navire amène pour leur cargaison ; ce sont eux, avec les autorités du port, qui décident où elles attendent — à bord, dans un entrepôt ou à terre —, et pendant cette attente, certaines meurent, d’autres s’en vont avant toute vente. En Guadeloupe, près d’un siècle avant le Vizon, un procès-verbal du 22 septembre 1670 compte 270 personnes déportées. Le 23, elles sont débarquées et placées dans un magasin, c’est-à-dire un entrepôt, de la Compagnie des Indes occidentales. Le 24, un juge se rend dans le magasin pour les revoir : deux hommes y sont trouvés morts. Il en reste 268, dont trois malades que l’on ne présente pas au juge.

Au Port-de-Paix, dans le nord de Saint-Domingue, en juin 1687, le navire la Sirène arrive du Cap-Vert. Michel Jajolet de La Courbe, qui voyage à bord au service d’une compagnie de commerce, raconte la scène : une chaloupe amène aussitôt celui qu’il appelle « l’agent de la Compagnie », venu demander combien de personnes le navire transporte. Le lendemain, au point du jour, toutes sont débarquées et conduites dans un grand magasin ; La Courbe écrit qu’on les y met « pour se rafraichir et se reposer » : c’est le temps qui précède la vente, car des habitants de l’île viennent ensuite pour les acheter.

Les malades à l’arrivée

En 1731, le Saint-Louis, navire de la Compagnie des Indes, fait escale à Saint-Pierre de la Martinique avec 340 personnes captives qu’il doit conduire en Louisiane. Beaucoup sont malades, et leur état a empiré quand les vivres ont manqué. L’inspecteur sanitaire du port en juge quatre-vingt-douze incapables de poursuivre le voyage et les fait mettre à terre, puis dix autres la semaine suivante. Le navire repart pour la Louisiane avec 229 personnes ; ces nombres laissent neuf personnes sans explication. Lorsque l’agent de la compagnie demande à vendre à bas prix celles qui sont restées à terre, le gouverneur refuse, en invoquant un jugement sanitaire qui les déclare hors d’état d’être vendues. Selon l’historien Robert Harms, aucun document ne dit ce qu’elles sont devenues.

À Saint-Pierre, en 1732, l’inspecteur sanitaire qui monte à bord de la Diligent a le droit de mettre le navire entier en quarantaine, ou de faire débarquer hors de la ville les personnes atteintes de scorbut ou de variole, parce que les autorités de l’île craignent qu’elles n’y apportent des épidémies. Au Cap-Français, en juillet 1762, un nommé Lugny propose dans une lettre de ne plus vendre à bord des navires, mais à terre, dans des magasins aérés où le groupe venu de chaque navire resterait séparé et où les malades auraient un lieu à part, aux frais du commerce ; il fait valoir que moins de morts et de maladies servirait les armateurs comme les acheteurs. Le sort des malades se décide ainsi entre deux intérêts : celui de l’île, que les autorités protègent des épidémies, et celui des capitaines, agents et négociants, pour qui les personnes à bord sont une cargaison dont il faut sauver ou vendre ce qui peut l’être.

S’enfuir, être recherché ou repris

Des personnes partent aussi de ces lieux : de la rade, comme les deux hommes du Vizon, dès la descente du navire ou depuis un magasin. En 1770, selon l’historienne Crystal Nicole Eddins, qui s’appuie sur les travaux de Jane Landers, treize fugitifs de Saint-Domingue sont pris près de la frontière avec la partie espagnole de l’île et interrogés à Santo Domingo. Parmi eux, un homme nommé Bucu, sans marque au fer, ne sait pas depuis combien de temps il est dans la colonie : il s’est enfui vers l’est aussitôt descendu du navire négrier. Dans la nuit du 7 au 8 août 1784, un homme d’environ vingt-cinq ans, venu sur le brigantin le Bermudien, s’enfuit du magasin du négociant Huguon aîné, qui le fait rechercher par une annonce.

Une annonce de 1788 montre comment ces personnes restent rattachées au navire qui les a amenées. Le 4 novembre, au Port-de-Paix, un jeune homme venu sur l’Horison, navire de Bordeaux, s’enfuit ; l’annonce qui le fait rechercher, parue le 29 novembre, renvoie à deux négociants alors « chargés de la vente du restant de ladite cargaison », un mot qui range les personnes amenées par le navire parmi les marchandises à vendre.

Voir 9 points documentés pour chapitre 1 — Attendre à bord, dans un entrepôt ou à terre

Sources de cette partie : Notice bibliographique [1] — Les Affiches américaines, année 1768 (volume UFDC AA00000449/00004) · Notice bibliographique [2] — Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 · Notice bibliographique [15] — Premier voyage du sieur de La Courbe fait à la coste d'Afrique en 1685 · Notice bibliographique [17] — The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade · Notice bibliographique [14] — Toutes colonies — pièces concernant essentiellement l’esclavage · Notice bibliographique [18] — Rituals, Runaways, and the Haitian Revolution: Collective Action in the African Diaspora · Notice bibliographique [3] — Les Affiches américaines, année 1784 (volume UFDC AA00000449/00027) · Notice bibliographique [4] — Les Affiches américaines, année 1788 (volume UFDC AA00000449/00021)

2

Le corps

Être examiné, porter parfois une marque, être classé

À Saint-Pierre de la Martinique, en mars 1732, la vente des personnes arrivées sur la Diligent s’ouvre sur le navire même. Les femmes sont exposées sur la dunette, à l’arrière ; les hommes sur le pont principal et à l’avant. Des représentants du gouverneur arrivent en chaloupe ; reçus par le capitaine et les officiers, ils mangent et boivent sur la dunette, puis passent parmi les personnes exposées. Robert Harms, qui a reconstitué cette vente à partir du journal d’un officier du navire, décrit ce que font d’ordinaire ces visiteurs : ils regardent les dents, palpent les bras et les jambes, touchent les parties génitales, font marcher, tourner et sauter les personnes pour juger de leur agilité. Le lendemain, des marchands de la ville montent à leur tour pour les inspecter.

Certains corps portent aussi une marque. À Saint-Domingue, en 1789, deux hommes venus sur la Jeune-Minia, César et Lafortune, portent au bras droit « l’étampe du navire, LIM » ; César porte en outre sur le sein gauche une seconde marque, REN, et l’annonce le dit appartenir aux sieurs Reynaud et Chateaudun. D’autres personnes nouvellement arrivées n’en portent pas : les deux hommes du Vizon, en 1768, sont dits « sans étampe ».

Un nom porté à bord peut aussi suivre une personne. En juin 1772, sur une habitation — une exploitation agricole — du Trou, dans le nord de Saint-Domingue, un homme de vingt-deux à vingt-quatre ans porte encore le nom de Sévère, « nom qu’il portoit à bord du Navire l’Ajax », où il avait « l’inspection sur les autres Negres ». Il porte « au col une petite croix blanche de métal, suspendue par une corde ». Il n’est sur l’habitation que depuis dix jours lorsqu’il en part, le 4 juin, avec Louis, arrivé deux mois plus tôt. En 1777, à Saint-Marc, un homme venu sur le Prosper est appelé Hercule par l’annonce qui le fait rechercher, et Banny « à bord » ; il parle « mauvais anglais », et l’annonce le dit lui aussi « sans étampe ».

Une annonce peut aussi classer les personnes avant la vente. Le 25 mai 1786, la Gazette de la Martinique annonce pour le dimanche suivant, au Fort-Royal, la vente d’« une cargaison d’environ 200 negres Ibo, de choix ». Dans une autre rubrique du même numéro, sans lien établi avec cette vente, la feuille imprime les prix courants des marchandises à Saint-Pierre : entre le riz et la morue, une ligne « Negres, traite étrangere » cote des personnes 1 400 à 1 500 livres, et une note élargit la fourchette de 700 à 800 livres pour les enfants jusqu’à 1 800 ou 1 900 livres pour celles qu’elle dit « de choix ». C’est une cotation imprimée, non le prix de ventes conclues. L’examen et les catégories de vente donnent ainsi aux acheteurs de quoi comparer les personnes et choisir parmi elles ; la marque et le nom de bord, que reprennent les avis de recherche, servent à les reconnaître et à les faire reprendre.

Au Cap-Français, une vente de 1773 a laissé une image. Sur une feuille de comptes de la Marie-Séraphique, navire de Nantes, une vue peinte montre le pont le jour où la vente s’ouvre. Le pont est couvert de monde d’un bout à l’autre. Des figures nues, peintes en sombre, sont serrées en groupes contre le bordage et au pied des mâts ; d’autres, vêtues, vont et viennent ; plusieurs tendent le bras, et l’une pose la main sur une tête. Un escalier descend le long de la coque jusqu’à l’eau, où des embarcations se tiennent le long du bord.

Image d’époque — un regard, pas un constat

Détail d’une aquarelle : le milieu d’un navire, vu de côté. Sur le pont, des figures en habits de couleur, chapeaux et bas clairs vont et viennent ; plusieurs tendent le bras et l’une pose la main sur une tête. D’autres figures, peintes en sombre et sans vêtement, sont serrées en groupes contre le côté du navire et au pied des mâts. Au milieu, un escalier extérieur descend jusqu’à l’eau ; le long du bord, une chaloupe à rameurs debout et une seconde embarcation où cinq figures vêtues sont assises. Aucune figure n’est légendée.Agrandir

Le pont de la Marie-Séraphique au Cap-Français, le jour où la vente s’ouvre, en 1773

Des figures nues, peintes en sombre, sont serrées en groupes le long du bord et au pied des mâts ; des figures vêtues circulent parmi ces groupes. Le vêtement ne suit pas la couleur de la peau : des figures sombres sont vêtues et vont et viennent, et rien sur la feuille ne dit qui achète, qui est vendu ou qui accompagne un acheteur.

Auteur non identifié — feuille parfois attribuée à Jean-René L’Hermite —, Vue du Cap Français et du navire la Marie-Séraphique de Nantes, 1772-1773, détail · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvre du domaine public, fac-similé Wikimedia Commons · Voir sur Wikimedia Commons

Source de cette partie : Notice bibliographique [9] — Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente

Voir 12 points documentés pour chapitre 2 — Être examiné, porter parfois une marque, être classé

Sources de cette partie : Notice bibliographique [17] — The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade · Notice bibliographique [10] — Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732 · Notice bibliographique [5] — Les Affiches américaines, année 1789 (volume UFDC AA00000449/00022) · Notice bibliographique [1] — Les Affiches américaines, année 1768 (volume UFDC AA00000449/00004) · Notice bibliographique [6] — Les Affiches américaines, année 1777 (volume UFDC AA00000449/00012) · Notice bibliographique [7] — Les Affiches américaines, année 1772 (volume UFDC AA00000449/00008) · Notice bibliographique [8] — Gazette de la Martinique, n° XXI, 25 mai 1786 · Notice bibliographique [9] — Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente

3

La vente

Être numéroté, tiré au sort, choisi ou vendu en lot

En Guadeloupe, le 24 septembre 1670, dans le magasin de la Compagnie où deux hommes ont été trouvés morts le jour même, le juge répartit entre des acheteurs les 268 personnes qui restent. Quarante-huit sont d’abord livrées par choix et préférence à des acheteurs servis les premiers, que le procès-verbal nomme. Pour les 220 restantes, chacune porte au bras une étiquette avec un numéro, et le juge fait établir pour chacune un billet paraphé au même numéro. Les billets sont répartis dans quatre chapeaux, selon des catégories qui comptent chaque personne comme une fraction plus ou moins grande d’une unité de compte du commerce, la « pièce d’Inde » ; on tire ensuite des chapeaux les billets : chacun attribue à un acheteur la personne dont il porte le numéro, inscrit sur l’étiquette attachée à son bras.

Un état de cette répartition, recopié au greffe de Basse-Terre le 1er octobre, compte 332 personnes, sans dire comment ce total se rattache aux 268 du magasin ; il inscrit sur une ligne à part soixante et une personnes envoyées à Marie-Galante, l’île voisine : vingt hommes, vingt femmes, quatre vieux, deux vieilles, dix jeunes et cinq enfants.

Au Port-de-Paix, en juin 1687, les habitants viennent acheter les personnes débarquées de la Sirène. La Courbe écrit qu’ils les « visiterent comme on feroit des chevaux ». La plupart sont payées en tabac, à quantité fixe par personne ; d’autres en indigo, en argent espagnol qui n’a pas son poids, en cuirs de bœuf ou en coton. La Courbe emploie aussi « pièce d’Inde » pour désigner les personnes elles-mêmes : celles qu’il appelle « pièces d’Inde », « sans defaut et de bon age », se vendent de 300 à 340 livres.

Des ventes qui s’étirent, des personnes qui meurent

À Saint-Pierre, la vente de la Diligent s’ouvre le 18 mars 1732. Avant tout acheteur, les fonctionnaires coloniaux montés à bord prélèvent dix à douze personnes parmi les plus fortes, à titre de gratification personnelle — un usage que des arrêts royaux avaient aboli en 1715 puis en 1721. En 1732, des négociants de Nantes s’en plaignent encore ; selon Harms, l’usage tient parce qu’aucune vente ne peut s’ouvrir sans l’autorisation du gouverneur. Le capitaine, Pierre Mary, demande 950 livres par homme adulte. Le soir, les personnes qui n’ont pas été vendues sont nourries, exercées et renvoyées sous le pont ; elles sont exposées de nouveau le lendemain matin. Ce jour-là, les marchands de la ville, qui achètent en gros pour revendre, offrent beaucoup moins ; le capitaine refuse de baisser. Les jours suivants, quelques acheteurs viennent encore en barque et achètent peu ; le dimanche, plus personne ne rame jusqu’au navire. Huit jours après l’arrivée, le capitaine loue un entrepôt fortifié près du lieu où se réunissent les marchands et y fait transférer les personnes qui restent. Cinq y meurent. Les quatre-vingt-seize dernières des 247 personnes arrivées sont vendues en un seul lot à un marchand de Saint-Pierre nommé Lamy, 400 livres chacune, la moitié payée tout de suite, l’autre payable un an plus tard. En Guadeloupe par préférence puis par tirage au sort, au Port-de-Paix contre du tabac ou d’autres denrées, à Saint-Pierre par marchandage puis en un seul lot : par des procédés différents, la vente attache les personnes, une à une ou par lots, à des acheteurs.

À Saint-Pierre encore, en 1784, la vente de la Bonne Société, conduite par le négociant Coeron, est consignée dans une liste qui s’ouvre le 9 août. Chaque ligne inscrit des acheteurs, « à Messieurs » tels et tels, un nombre de personnes et leur catégorie marchande, une somme et parfois un délai de paiement en mois. Sur les 425 personnes que le compte annonce, la liste aboutit à 342 personnes vendues. Cinq lignes à part répartissent les 83 autres entre des pertes et des situations distinctes, dont 38 personnes mortes pendant la vente.

Des acheteurs qui paient à crédit

Sur la Marie-Séraphique, les acheteurs paient pour une grande part à crédit. En 1770, sur 508 150 livres de ventes, 78 178 seulement sont payées comptant ; le reste doit venir en échéances, jusqu’à vingt-quatre mois plus tard, et quand la feuille de 1770 arrête ses comptes, 319 397 livres restent à recouvrer aux Antilles. En 1773, au Cap-Français, les échéances courent jusqu’à dix-huit mois. Sur ces feuilles, la colonne qui compte les personnes s’arrête, celle de l’argent continue : pour le vendeur, la vente se prolonge pendant des mois, au fil des échéances.

Voir 10 points documentés pour chapitre 3 — Être numéroté, tiré au sort, choisi ou vendu en lot

Sources de cette partie : Notice bibliographique [2] — Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 · Notice bibliographique [15] — Premier voyage du sieur de La Courbe fait à la coste d'Afrique en 1685 · Notice bibliographique [17] — The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade · Notice bibliographique [10] — Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732 · Notice bibliographique [11] — Journal de traite, compte de vente et liquidation de La Bonne Société · Notice bibliographique [9] — Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente

4

Les liens

Être séparé, ou s’enfuir avec des compagnons de bord

À la Barbade, Olaudah Equiano raconte, dans le récit qu’il publie en 1789, la vente qui suit l’arrivée de son navire. Débarquées, les personnes sont enfermées quelques jours dans la cour d’un marchand, hommes et femmes, adultes et enfants ensemble. Il décrit la manière habituelle d’y vendre : au signal d’un tambour, les acheteurs se ruent dans la cour et choisissent le lot qu’ils préfèrent. Equiano se souvient de plusieurs frères, détenus dans le compartiment des hommes de son navire, vendus dans des lots différents, et de leurs cris quand on les sépare. Lui-même n’y trouve pas d’acheteur : au bout de quinze jours au plus, il est embarqué avec quelques autres restés invendus, puis débarqué en Virginie.

’Sibell, une femme dont John Ford met le récit par écrit à la Barbade en 1799, dit avoir reconnu à bord Mimbo, Dublin, Sally et d’autres personnes de son pays. Les ventes les dispersent ensuite ; elle ne sait pas ce qu’elles sont devenues.

La vente répartit les personnes entre des acheteurs : selon cette répartition, elle sépare des proches, ou laisse ensemble des personnes venues sur un même navire, sous un même maître ou dans un même quartier. À Saint-Domingue, des personnes venues sur un même navire s’enfuient parfois ensemble après la vente, et des annonces des Affiches américaines les font rechercher. Hector et Dieudonne, quinze ans, arrivés sur le Saint-Michel, portent tous deux la marque de l’habitant Duplan, dans les hauteurs de la Charbonnière. Le 3 octobre 1776, ils s’enfuient ensemble de son habitation ; l’annonce les dit « depuis cinq mois dans le pays ».

Le 9 avril 1782, quatre hommes dits Nago sont achetés, selon l’annonce, « de la cargaison » de la goélette l’Arc-en-Ciel, venue de Saint-Thomas, colonie danoise ; ils portent la marque LAVIL. Dans la nuit du 4 au 5 août, ils s’enfuient ensemble d’une des habitations des héritiers Laville, à l’Artibonite ; l’un est armé d’une manchette, un grand coutelas.

Dans le sud de Saint-Domingue, César et Lafortune, venus sur la Jeune-Minia, n’ont pas le même propriétaire : César appartient aux propriétaires d’une habitation du Fond de l’Île-à-Vache, Lafortune à l’économe de cette habitation, l’homme qui la gère pour eux. Ils s’enfuient ensemble le 14 juillet 1789.

Voir 6 points documentés pour chapitre 4 — Être séparé, ou s’enfuir avec des compagnons de bord

Sources de cette partie : Notice bibliographique [16] — The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African · Notice bibliographique [19] — Life Histories of Enslaved Africans in Barbados · Notice bibliographique [12] — Les Affiches américaines, année 1776 (volume UFDC AA00000449/00028) · Notice bibliographique [13] — Les Affiches américaines, année 1782 (volume UFDC AA00000449/00016) · Notice bibliographique [5] — Les Affiches américaines, année 1789 (volume UFDC AA00000449/00022)

Méthode et limites des sources

Le dossier rapproche des cas situés dans trois colonies françaises, de 1670 à 1789, moment par moment, sans en tirer une procédure unique.

Lire la note de méthode complète

Comment les cas de vente aux Antilles ont été réunis

Parmi les pièces réunies ici, aucune ne suit une même personne du mouillage au départ avec son acheteur. La plupart éclairent un ou deux moments d’une vente, dans une île et une décennie différentes ; le dossier les range donc par moment vécu, un chapitre pour chacun, et garde à chaque cas son lieu et sa date. La vente de la Diligent traverse trois de ces chapitres, le procès-verbal guadeloupéen de 1670 deux, et le dossier revient à chacun d’eux.

Les annonces de Saint-Domingue ont été repérées dans la base Marronnage dans le monde atlantique, puis lues sur les images des Affiches américaines numérisées par l’Université de Floride, numéro par numéro, avant d’être comparées aux transcriptions de la base. Elles ont été choisies parce qu’elles situent une fuite pendant l’attente ou rattachent plusieurs personnes à un même navire ; un relevé par mots-clés ne mesure ni la fréquence de la marque du navire ni celle des fuites.

Les pouvoirs de l’inspecteur sanitaire de Saint-Pierre et le projet de Lugny au Cap disent qui peut fixer le lieu de l’attente et ce qu’on propose ; ils ne prouvent pas que ces pouvoirs ou ce projet aient été appliqués à chaque arrivée.

Sources de cette partie : Notice bibliographique [5] — Les Affiches américaines, année 1789 (volume UFDC AA00000449/00022) · Notice bibliographique [2] — Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 · Notice bibliographique [17] — The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade · Notice bibliographique [14] — Toutes colonies — pièces concernant essentiellement l’esclavage

Voir 5 points documentés pour note de méthode — Comment les cas de vente aux Antilles ont été réunis

Sources et limites

Vérifier les faits et interprétations du dossier

Ouvrir les 30 points documentés, leurs sources et leurs limites

Point 1 sur 30 · Témoignage · départ des deux hommes · parution de l’annonce · Dans les Affiches américaines du 27 avril 1768, le capitaine Mazure, du navire négrier le Vizon, de Nantes,…

Dans les Affiches américaines du 27 avril 1768, le capitaine Mazure, du navire négrier le Vizon, de Nantes, fait rechercher deux hommes « nouveaux », dits de nation Ibo, « sans étampe », « ayant la peau rouge, taille de 5 pieds 3 à 4 pouces », partis dans la nuit du 19 au 20 avril. Le navire est « mouillé dans la Rade de Saint-Marc » et l’annonce précise que les deux hommes proviennent de sa cargaison ; elle renvoie au capitaine, logé chez des négociants de la ville, et ne nomme aucun acheteur.

À garder en tête : Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. Que l’avis renvoie au capitaine et ne nomme aucun acheteur indique que les deux hommes relevaient encore de la cargaison ; l’annonce ne dit pas si la vente de celle-ci avait commencé.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — n° 17, mercredi 27 avril 1768, p. 140, rubrique « Esclaves en maronage », seconde colonne ; UFDC AA00000449/00004, vue 149 ; en-tête du numéro vue 142

Employé dans : chapitre 1 — Attendre à bord, dans un entrepôt ou à terre et chapitre 2 — Être examiné, porter parfois une marque, être classé.

Point 2 sur 30 · Événement · 1670-09-24 · Le 24 septembre 1670, en Guadeloupe, un juge se transporte dans un magasin de la Compagnie pour revoir les…

Le 24 septembre 1670, en Guadeloupe, un juge se transporte dans un magasin de la Compagnie pour revoir les personnes débarquées la veille. Le procès-verbal du 22 septembre en comptait 270 ; deux hommes sont trouvés morts dans le magasin, ce qui laisse 268 personnes, dont trois malades qui ne sont pas présentées. Quarante-huit personnes sont livrées par choix et préférence. Pour chacune des 220 autres, le juge fait établir un billet conforme à l’étiquette attachée à son bras et portant son numéro. Les billets paraphés sont placés dans quatre chapeaux selon les catégories de conversion marchande, puis les personnes sont distribuées par tirage au sort.

À garder en tête : Le procès-verbal est un instrument judiciaire et commercial colonial qui compte les personnes comme des « têtes » et les convertit en fractions de « pièces d’Inde ». Il ne donne le nom d’aucune des personnes distribuées, mais nomme les bénéficiaires des lots. Il ne permet pas de connaître leur vie avant le débarquement, leur destination précise après la distribution ni leur sort ultérieur.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — vues 0098-0101, spécialement vue 0098 page de droite pour la date, le magasin, le débarquement de la veille, les 270 personnes du procès-verbal du 22 septembre, les deux hommes morts, les 268 personnes restantes et les trois malades non présentées ; vue 0099 page de gauche pour les 48 personnes livrées par choix, les 220 restantes, les billets conformes aux étiquettes numérotées attachées aux bras et leur répartition entre quatre chapeaux ; les vues 0099 page de droite à 0101 poursuivent la distribution

Employé dans : chapitre 1 — Attendre à bord, dans un entrepôt ou à terre, chapitre 3 — Être numéroté, tiré au sort, choisi ou vendu en lot et note de méthode — Comment les cas de vente aux Antilles ont été réunis.

Point 3 sur 30 · Témoignage · 1687 · Le récit de La Courbe, achevé après son retour en France, donne sur deux pages la séquence complète d’une…

Le récit de La Courbe, achevé après son retour en France, donne sur deux pages la séquence complète d’une vente aux îles en juin 1687. L’arrivée d’abord : le navire vient du Cap-Vert « charger des négres », on l’identifie de la côte comme la Sirène, et « il vint aussitost une chaloupe a bord dans laquelle etoit l’agent de la Compagnie pour s’informer de la quantité de negres que nous portions ». Le débarquement ensuite, au premier jour et avant toute autre affaire : « Le lendemain matin, au point du jour, on les fit tous debarquer et on les mit dans un grand magazin pour se rafraichir et se reposer » — le placement au magasin est nommé par la fin que lui donne le témoin, et l’ordre de la journée le situe : les captifs mis au magasin, les officiers vont dîner chez le gouverneur. La vente enfin : « les habitants vinrent pour acheter nos nègres qu’ils visiterent comme on feroit des chevaux. L’on en vendit la meilleure partie en tabac qui est la marchandise la plus commune de ce pays et l’on en donnoit trois milliers pour chaque negre ; les autres furent vendus en indigot qu’on acheptoit sur le pied de 40 solz la livre ou en argent d’Espagne qui n’estoit pas de poid ou en cuirs de bœuf et en cotton ; et les pieces d’Inde, c’est a dire les negres sans defaut et de bon age, se vendoient sur le pied de 300 a 340 livres chacun. » Quatre choses en sortent. La vente se paie surtout en denrées — trois milliers de tabac par personne pour la meilleure partie —, et le numéraire, quand il paraît, est de l’argent d’Espagne « qui n’estoit pas de poid ». L’inspection est décrite par sa comparaison, « comme on feroit des chevaux ». La locution « pièce d’Inde » est glosée par le témoin lui-même, et sa définition est double, sans défaut et de bon âge. Et le prix ferme l’autre bout d’une chaîne que le même volume ouvre ailleurs : le mémoire du 26 mars 1693 du même homme annonce le captif « revenant à 30 livres la pièce, et vendus 300 livres aux îles » ; le journal atteste ici les 300 à 340 livres, six ans plus tôt et par observation directe.

À garder en tête : Ce que La Courbe décrit vaut pour cette vente, au Port-de-Paix en juin 1687 : ses prix, ses monnaies et sa procédure ne se généralisent pas. Le journal ne dit ni combien de personnes furent débarquées ou vendues, ni ce que devinrent celles qui n’étaient pas « pièces d’Inde », dont le prix n’est pas donné. L’accord avec son mémoire de 1693 est celui d’un même témoin, non une vérification par une autre source. « Pour se rafraichir et se reposer » est le but que La Courbe donne au magasin ; la formule ne dit pas ce que les personnes y ont vécu. La Courbe voyage sur ce navire, loge chez le gouverneur et écrit pour une compagnie de commerce. Le texte est lu dans l’édition de Prosper Cultru (1913).

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [15] — page 277, vue PDF 345 : l’arrivée du négrier venu du Cap-Vert, l’agent de la Compagnie qui monte à bord « pour s’informer de la quantité de negres que nous portions », et le débarquement au point du jour dans un grand magasin « pour se rafraichir et se reposer »
  • Source [15] — page 280, vue PDF 348 : la vente elle-même — l’inspection « comme on feroit des chevaux », les trois milliers de tabac par personne, l’indigo à 40 sols la livre, l’argent d’Espagne hors poids, les cuirs et le coton, et la pièce d’Inde glosée et tarifée de 300 à 340 livres
  • Source [15] — introduction de Prosper Cultru, page romaine LII, vue PDF 62 : le mémoire du 26 mars 1693, où le même La Courbe annonce « 200 captifs revenant à 30 livres la pièce, et vendus 300 livres aux îles »

Employé dans : chapitre 1 — Attendre à bord, dans un entrepôt ou à terre et chapitre 3 — Être numéroté, tiré au sort, choisi ou vendu en lot.

Point 4 sur 30 · Pratique · 1731 · En 1731, le navire Saint-Louis de la Compagnie des Indes fait escale à Saint-Pierre de la Martinique en…

En 1731, le navire Saint-Louis de la Compagnie des Indes fait escale à Saint-Pierre de la Martinique en route vers la Louisiane avec 340 personnes captives ; beaucoup sont tombées malades, et leur état a empiré lorsque les vivres ont manqué. Craignant de les perdre toutes, le capitaine s’arrête pour leur laisser le temps de se rétablir. L’inspecteur sanitaire en juge quatre-vingt-douze inaptes au voyage et ordonne qu’elles soient mises à terre pour s’y rétablir, puis dix autres la semaine suivante. Comme elles ne montrent aucun signe de rétablissement, le navire repart vers la Louisiane avec les 229 personnes restées à bord. Lorsque l’agent de la compagnie demande l’autorisation de vendre à bas prix celles laissées à terre, le gouverneur refuse la vente en invoquant un jugement sanitaire qui les déclare hors d’état d’être vendues, sans que les pièces consultées permettent de savoir s’il reformule le premier avis ou en rapporte un second. Selon Harms, aucun document ne dit ce qu’elles sont devenues.

À garder en tête : Harms conclut lui-même qu’aucun document ne conserve le sort de ces personnes et que, très probablement, elles sont mortes : cette dernière inférence est la sienne et n’est pas établie par une pièce. Les nombres sont ceux que rapporte son étude, et ils ne se referment pas. Quatre-vingt-douze et dix font cent deux ; retranchées de trois cent quarante, elles laissent deux cent trente-huit, non les deux cent vingt-neuf que l’étude donne comme reparties à bord. Neuf personnes ne sont expliquées par aucun des nombres qu’il rapporte. La somme, la soustraction et l’écart sont du fait de qui les pose : aucune des trois quantités dérivées — cent deux (102), deux cent trente-huit (238), neuf — n’est écrite dans une pièce.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [17] — p. 335–336 : escale du Saint-Louis, jugement de l’inspecteur sanitaire, débarquement de quatre-vingt-douze puis dix personnes, refus du gouverneur et absence de trace ultérieure

Employé dans : chapitre 1 — Attendre à bord, dans un entrepôt ou à terre.

Point 5 sur 30 · Pratique · entre l’arrivée du 15 mars et l’ouverture de la vente le 18 mars 1732 · Lors de l’arrivée de la Diligent à Saint-Pierre de la Martinique en 1732, un inspecteur sanitaire monte à…

Lors de l’arrivée de la Diligent à Saint-Pierre de la Martinique en 1732, un inspecteur sanitaire monte à bord après les déclarations faites devant les fonctionnaires coloniaux. Les autorités de l’île craignant que les personnes déportées n’y apportent des épidémies, cet inspecteur a le droit de mettre le navire entier en quarantaine, ou d’ordonner que celles atteintes de scorbut ou de variole soient débarquées hors de la ville. Robert Harms précise que ces inspecteurs pouvaient à l’occasion être achetés pour fermer les yeux sur de petits problèmes sanitaires, mais qu’ils prenaient très au sérieux les problèmes graves.

À garder en tête : Harms énonce ces pouvoirs à propos de l’arrivée de la Diligent en 1732 à Saint-Pierre ; leur portée dans d’autres ports et à d’autres décennies n’est pas établie. Le motif invoqué est la protection de la colonie contre les épidémies, non l’état des personnes examinées.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [17] — p. 336 : venue de l’inspecteur sanitaire après les déclarations, droit de quarantaine, débarquement hors de Saint-Pierre des personnes atteintes de scorbut ou de variole, et attitude des inspecteurs selon la gravité

Employé dans : chapitre 1 — Attendre à bord, dans un entrepôt ou à terre et note de méthode — Comment les cas de vente aux Antilles ont été réunis.

Point 6 sur 30 · Prescription · 1762-07-17 · Dans une lettre envoyée du Cap le 17 juillet 1762, Lugny recommande de remplacer la vente à bord des navires…

Dans une lettre envoyée du Cap le 17 juillet 1762, Lugny recommande de remplacer la vente à bord des navires par une vente à terre des personnes déportées. Il propose de tenir séparé le groupe venu de chaque navire dans des magasins aérés, d’aménager un lieu pour les malades et de faire supporter les frais par le commerce. Son argument associe la réduction des morts et des maladies aux intérêts des armateurs et des acheteurs, avec une comparaison explicite à la pratique de la Martinique.

À garder en tête : La lettre expose une proposition administrative et commerciale ; elle ne prouve pas que la vente à terre ait été imposée ou pratiquée au Cap. Elle traite les personnes transportées comme des cargaisons, ne les nomme pas et ne conserve pas leur point de vue. La pétition ouverte à droite de la vue 109 après le règlement du 9 mars 1764 est une pièce distincte.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [14] — COL F3 90, vue 101 droite : titre, lieu et date de la lettre ; vues 103 gauche, 105 et 107-109 gauche : vente à terre, mortalité, comparaison avec la Martinique, séparation des cargaisons, magasins, lieu pour les malades et financement

Employé dans : chapitre 1 — Attendre à bord, dans un entrepôt ou à terre et note de méthode — Comment les cas de vente aux Antilles ont été réunis.

Point 7 sur 30 · Événement · interrogatoire à Santo Domingo · Selon Crystal Nicole Eddins, qui s’appuie sur les travaux de Jane Landers, treize fugitifs de Saint-Domingue…

Selon Crystal Nicole Eddins, qui s’appuie sur les travaux de Jane Landers, treize fugitifs de Saint-Domingue pris en 1770 dans la campagne frontalière sont interrogés à Santo Domingo. Parmi eux, un Africain nommé Bucu, qui ne porte pas de marque au fer, ne sait pas depuis combien de temps il est dans la colonie, parce qu’il s’est enfui vers l’est aussitôt après avoir quitté le navire négrier.

À garder en tête : Le cas est connu de troisième main : Eddins le rapporte d’après Jane Landers, qui l’a tiré d’un interrogatoire espagnol que le dépôt ne détient pas, pas plus que l’étude de Landers. Il ne donne ni le port ni la date de l’arrivée de Bucu, ni son nom dans les pièces françaises. La conclusion d’Eddins sur ce que les arrivants savaient de la frontière reste la sienne.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [18] — chapitre 6, p. 235-236, pages PDF 255-256 ; note 93 : « Landers 2002: 238; Landers 2015 »

Employé dans : chapitre 1 — Attendre à bord, dans un entrepôt ou à terre.

Point 8 sur 30 · Témoignage · départ du magasin · parution de l’annonce · Dans les Affiches américaines du 14 août 1784, le négociant Huguon aîné fait rechercher un homme « nouveau…

Dans les Affiches américaines du 14 août 1784, le négociant Huguon aîné fait rechercher un homme « nouveau », dit Congo, âgé de 24 à 25 ans et « sans étampe », venu par le brigantin le Bermudien, du Cap, capitaine Ambroise Guerin : il est « parti marron la nuit du 7 au 8 du courant, du magasin de M. Huguon aîné, Négociant ».

À garder en tête : Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. Un brigantin « du Cap » peut avoir porté ces personnes depuis un autre port de la colonie : l’annonce n’établit pas une arrivée directe d’Afrique, ni si une vente avait commencé.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [3] — n° 33, samedi 14 août 1784, rubrique « Esclaves en marronnage », seconde colonne ; UFDC AA00000449/00027, vue 519 ; en-tête du numéro vue 508 ; annonce répétée vues 533 et 545

Employé dans : chapitre 1 — Attendre à bord, dans un entrepôt ou à terre.

Point 9 sur 30 · Témoignage · départ du jeune homme · parution de l’annonce · Dans le Supplément aux Affiches américaines, Feuille du Cap-François, du 29 novembre 1788, un jeune homme «…

Dans le Supplément aux Affiches américaines, Feuille du Cap-François, du 29 novembre 1788, un jeune homme « nouveau », venu par le navire l’Horison, de Bordeaux, capitaine Balguerie, est signalé « parti marron du Port de Paix le 4 du courant » ; les nouvelles sont à donner aux négociants Servary et Boizé jeune, au Port-de-Paix, « chargés de la vente du restant de ladite cargaison ».

À garder en tête : Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. L’annonce établit que, le 29 novembre, deux négociants étaient « chargés de la vente du restant de ladite cargaison » ; elle ne dit pas si cette vente était ouverte le 4, jour de la fuite, ni si le jeune homme faisait partie de ce restant, ni dans quelles conditions il attendait.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [4] — Supplément aux Affiches américaines, Feuille du Cap-François, n° 48, samedi 29 novembre 1788, rubrique « Esclaves en marronage », seconde colonne ; UFDC AA00000449/00021, vue 987 ; en-tête du numéro vue 984

Employé dans : chapitre 1 — Attendre à bord, dans un entrepôt ou à terre.

Point 10 sur 30 · Pratique · 1732-03-18 · À l’ouverture de la vente de la Diligent à Saint-Pierre de la Martinique, des chaloupes amènent à bord des…

À l’ouverture de la vente de la Diligent à Saint-Pierre de la Martinique, des chaloupes amènent à bord des hommes en habits soignés et chapeaux à larges bords — représentants du gouverneur et autres fonctionnaires. Reçus par le capitaine et les officiers, ils sont conduits sur la dunette pour manger et boire, puis parcourent le navire où les personnes captives sont exposées : les femmes sur la dunette, les hommes sur le pont principal et le gaillard d’avant. Robert Harms énumère ce que font d’ordinaire ces visiteurs : ils les regardent, examinent leurs dents, palpent leurs bras et leurs jambes, touchent leurs parties génitales, leur ordonnent de marcher, de se retourner ou de sauter pour montrer leur agilité.

À garder en tête : Les gestes sont ceux que Harms décrit comme la routine de ces visites ; la source ne dit pas lesquels ont été faits à quelle personne. Harms ajoute que le rituel a certainement rappelé aux captifs leur examen dans la cour du souverain de Jakin par Pierre Mary ou Robert Durand : c’est son inférence, et rien ne l’établit. Ce qu’il avance sur ce qu’elles pouvaient éprouver, il le pose en questions : aucune n’a de réponse dans les sources. Aucune personne exposée n’est nommée.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [17] — p. 334 : arrivée des chaloupes, accueil sur la dunette, disposition des personnes exposées, gestes de l’examen

Employé dans : chapitre 2 — Être examiné, porter parfois une marque, être classé.

Point 11 sur 30 · Témoignage · départ de César et Lafortune · parution de l’annonce · Dans le Supplément aux Affiches américaines du 1er août 1789, deux hommes « nouveaux », dits Congo, venus…

Dans le Supplément aux Affiches américaines du 1er août 1789, deux hommes « nouveaux », dits Congo, venus dans la « cargaison » du navire la Jeune-Minia, capitaine Boulé, et « étampés sur le bras droit, de l’étampe du navire, LIM », sont signalés partis ensemble le 14 juillet. César, « étampé sur le sein gauche REN », appartient aux sieurs Reynaud et Chateaudun, au Fond de l’Île-à-Vache ; Lafortune, à l’économe de leur habitation.

À garder en tête : Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. César et Lafortune n’ont pas le même propriétaire mais relèvent d’une même habitation : l’annonce n’établit pas que la vente les avait séparés.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [5] — Supplément aux Affiches américaines, n° 62, samedi 1er août 1789, p. 423, rubrique « Esclaves en marronage », seconde colonne ; UFDC AA00000449/00022, vue 439 ; en-tête du numéro vue 437. Le nom de l’économe est imprimé « M. M[.]tard », une lettre restant illisible.

Employé dans : chapitre 2 — Être examiné, porter parfois une marque, être classé, chapitre 4 — Être séparé, ou s’enfuir avec des compagnons de bord et note de méthode — Comment les cas de vente aux Antilles ont été réunis.

Point 12 sur 30 · Témoignage · parution de l’annonce · Dans les Affiches américaines du 9 avril 1777, un homme « nouveau », dit Ibo, « nommé Hercule, & à bord…

Dans les Affiches américaines du 9 avril 1777, un homme « nouveau », dit Ibo, « nommé Hercule, & à bord Banny, parlant mauvais anglais, sans étampe », venu par le navire le Prosper, de Nantes, capitaine Guyot, est signalé « parti maron de chez M. Couturier, aubergiste à S. Marc, depuis douze jours ». Les nouvelles sont à donner à M. Courrejolles, ingénieur du roi à Saint-Marc.

À garder en tête : Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. L’annonce ne dit ni qui a donné les noms d’Hercule et de Banny, ni où cet homme a appris l’anglais, ni quel lien l’unit à Couturier ou à Courrejolles.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [6] — n° 15, mercredi 9 avril 1777, p. 176, rubrique « Esclaves en maronage », seconde colonne ; UFDC AA00000449/00012, vue 193 ; en-tête du numéro vue 186

Employé dans : chapitre 2 — Être examiné, porter parfois une marque, être classé.

Point 13 sur 30 · Témoignage · départ de Sévère et Louis · parution de l’annonce · Dans les Affiches américaines du 24 juin 1772, Couradin du Castillon, lieutenant des vaisseaux du roi établi…

Dans les Affiches américaines du 24 juin 1772, Couradin du Castillon, lieutenant des vaisseaux du roi établi au Trou, quartier du nord de Saint-Domingue, fait rechercher deux hommes « nouveaux », dits Congo. Le premier est « nommé Sévere, nom qu’il portoit à bord du Navire l’Ajax, Cap. Duval, où il avoit l’inspection sur les autres Negres » ; âgé de 22 à 24 ans, il porte « au col une petite croix blanche de métal, suspendue par une corde », et « n’étoit sur l’Habitation que depuis dix jours ». Le second, Louis, y était depuis deux mois. Tous deux sont partis le 4 juin.

À garder en tête : Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. L’annonce ne dit ni qui a donné le nom porté à bord, ni en quoi consistait « l’inspection », ni qui l’avait confiée ; elle ne dit pas d’où venait la croix.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [7] — n° 26, mercredi 24 juin 1772, p. 312, rubrique « Esclaves en maronage », seconde colonne ; UFDC AA00000449/00008, vue 331 ; en-tête du numéro vue 320. La base Marronnage dans le monde atlantique date l’annonce du 27 juin ; l’en-tête porte le 24.

Employé dans : chapitre 2 — Être examiné, porter parfois une marque, être classé.

Point 14 sur 30 · Témoignage · 1786-05-25–1786-05-28 · Dans son numéro du 25 mai 1786, la Gazette de la Martinique annonce pour le dimanche 28 mai la vente au…

Dans son numéro du 25 mai 1786, la Gazette de la Martinique annonce pour le dimanche 28 mai la vente au Fort-Royal d'« une cargaison d'environ 200 negres Ibo, de choix ». Le journal ne donne dans cet avis ni le nom du navire, ni celui du vendeur, ni le prix, ni l'identité d'aucune des personnes proposées à la vente.

À garder en tête : La source établit la publication d'une vente future et son ordre de grandeur, non la réalisation de la vente le 28 mai. « Environ » interdit de convertir 200 en effectif exact. « Ibo » et « de choix » sont les qualifications commerciales de l'annonce : elles ne prouvent ni le lieu de naissance, ni la langue, ni l'identité personnelle de chacune des personnes. Aucun document détenu ne relie cet avis à un navire, à un vendeur, à des prix réalisés ou au devenir des personnes.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [8] — n° XXI, 25 mai 1786, p. 88, vue 4 sur 4, première colonne, tout premier avis, commençant par « Dimanche prochain » et annonçant pour le 28 « une cargaison d'environ 200 negres Ibo, de choix » ; exemplaire ANOM COL C8 A 86, fol. 163

Employé dans : chapitre 2 — Être examiné, porter parfois une marque, être classé.

Point 15 sur 30 · Mesure · 1786-05-25 · Dans les « Prix courans des marchandises de France à Saint-Pierre le 25 mai 1786 », la Gazette de la…

Dans les « Prix courans des marchandises de France à Saint-Pierre le 25 mai 1786 », la Gazette de la Martinique place entre le riz et la morue étrangère une ligne qui classe des personnes sous « Negres, traite étrangere » et imprime 1 400 à 1 500 livres. Une note immédiatement dessous élargit la fourchette « depuis le prix de 7 à 800 liv. pour les enfans, jusqu'à 18 à 1900 pour les negres de choix » : de 700–800 livres pour les enfants à 1 800–1 900 pour les personnes que la feuille qualifie « de choix ».

À garder en tête : Il s'agit d'une cotation imprimée, non d'un registre de ventes, d'une moyenne calculée ou de prix effectivement acquittés. La feuille ne donne ni transactions sous-jacentes, ni nombre de personnes, ni méthode. L'abréviation « l. » est développée en livres ; aucune équivalence monétaire moderne n'est proposée. « Traite étrangère », « enfans » et « de choix » sont ses rubriques. La vente d'environ deux cents personnes annoncée dans la première colonne doit rester distincte : elle est prévue au Fort-Royal, tandis que les prix sont donnés pour Saint-Pierre, et aucune phrase ne les relie.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [8] — n° XXI, 25 mai 1786, p. 88, vue 4 sur 4, deuxième colonne, tableau « Prix courans des marchandises de France à Saint-Pierre le 25 mai 1786 », entre « Riz » et « Morue étrangere » : « Negres, traite étrangere, 1400 à 1500 l. » puis note en italique « Assortis depuis le prix de 7 à 800 liv. pour les enfans, jusqu'à 18 à 1900 pour les negres de choix. » ; exemplaire ANOM COL C8 A 86, fol. 163

Employé dans : chapitre 2 — Être examiné, porter parfois une marque, être classé.

Point 16 sur 30 · Pratique · 1772–1773 · La feuille dressée pour la campagne de 1772-1773 de la Marie-Séraphique porte, au lieu d’un titre manuscrit,…

La feuille dressée pour la campagne de 1772-1773 de la Marie-Séraphique porte, au lieu d’un titre manuscrit, un cartouche ovale en capitales gravées qui désigne son sujet sans en donner le jour : « Vue du Cap Français / et / du Nre. la Marie Séraphique de Nantes / capitaine Gaugy / le jour de l’ouverture de sa vente / troisième voyage d’Angole / 1772.1773. » — sept lignes que la pièce ne sépare par aucune virgule. Le jour n’y est pas écrit : c’est le bloc de la vente, plus bas sur la feuille, qui le donne. Le bandeau comptable chiffre le troisième voyage d’Angole, et son tableau général date et situe la traite, non la vente : « commencée a Kinamina le 16. juin 1772. a Loangue le 19. aoust, et finie le 14. 9bre » — deux lieux d’achat successifs sur la côte, et quatre mois et vingt-neuf jours. La vente s’ouvre au Cap-Français, à Saint-Domingue. Le tableau des personnes s’y intitule « Produit à la côte » et non « Produit à Loangue » comme sur la feuille de 1770.

À garder en tête : Le « 14. 9bre » se lit 14 novembre 1772 : il date la fin de la traite sur la côte, non l’ouverture de la vente au Cap-Français. Ce sont des comptes dressés par l’armement, et non un registre administratif ; à qui ces feuilles étaient destinées, on l’ignore. Kinamina n’est situé par aucune source du fonds ; la pièce ne dit pas non plus si le navire a mouillé ailleurs entre les deux lieux d’achat. Cette feuille ne porte aucune signature, à la différence de celle de 1770.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [9] — feuille de 1773, bloc « Tableau général de la traite » ; cartouche ovale relevé en propre, sept lignes sans une seule virgule

Employé dans : chapitre 2 — Être examiné, porter parfois une marque, être classé.

Point 17 sur 30 · Interprétation · 1773 · La vue peinte de la feuille de 1773 montre le pont du navire couvert de monde sur toute sa longueur, devant…

La vue peinte de la feuille de 1773 montre le pont du navire couvert de monde sur toute sa longueur, devant Le Cap-Français. Des figures y vont et viennent en habits de couleur, chapeaux et bas clairs ; plusieurs ont le bras tendu, et l’une pose la main sur une tête. D’autres, peintes en sombre et sans vêtement, sont serrées en groupes contre le bordage et au pied des mâts. Le partage entre les figures serrées en groupes et celles qui circulent ne suit pas la couleur de la peau : parmi les figures qui circulent, plusieurs sont peintes aussi sombres que celles qui sont serrées en groupes — une figure au visage et au cou sombres porte une longue robe claire et une coiffe nouée, et tend la main vers une figure nue qui tend la sienne ; une autre, sombre également, porte un habit bleu à revers et un tricorne ; plusieurs figures sombres portent des vêtements longs. Au milieu du bord, un escalier extérieur descend jusqu’à l’eau : une figure y descend, coiffée d’une coiffure sombre et peinte dans le clair des figures vêtues, et un homme en tricorne attend au bas des marches. Le long du bord, une chaloupe dont les rameurs, en chemise et chapeau, se tiennent debout à leurs avirons ; devant elle, une seconde embarcation où cinq figures vêtues sont assises basses — chemises claires, bonnets et chapeau à large bord, une culotte bleue.

À garder en tête : Aucune figure n’est légendée sur la feuille. Que les figures en habits de couleur soient les acheteurs est la lecture la plus vraisemblable d’une scène que son cartouche date du jour de l’ouverture de la vente, mais la pièce ne l’écrit pas. Les figures sombres et vêtues peuvent être des personnes libres de couleur venues à la vente, des personnes asservies au service d’un acheteur ou des membres de l’équipage : ce sont des possibilités, qu’aucune source de ce dossier ne tranche. Ce qui est établi est plus étroit : sur ce pont, la couleur de la peau ne dit pas qui est vendu, et le vêtement ne dit pas qui est libre. Une vue peinte est un regard et non un relevé : elle ne dit pas combien de personnes se tenaient sur le pont, et sa disposition sert la composition autant que le fait. La lecture des figures est celle de ce site, faite sur la pièce.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [9] — feuille de 1773, vue peinte : le pont sur toute sa longueur, l’escalier de coupée, la chaloupe accostée et la seconde embarcation au premier plan ; au centre gauche du pont, la figure en longue robe claire et coiffe, au visage sombre, qui tend la main vers une figure nue ; plus à droite, la figure en habit bleu et tricorne, au visage sombre ; sur les marches de la coupée, la figure descendante, coiffée sombre et peinte dans le clair

Employé dans : chapitre 2 — Être examiné, porter parfois une marque, être classé.

Point 18 sur 30 · Interprétation · arrivée à Saint-Pierre le 15 mars 1732 · vente du 18 mars à avril 1732, jusqu’au lot vendu à Lamy · L’arrivée du Diligent et les ventes à Saint-Pierre

Le journal tenu par l’officier Robert Durand, qui écrit « La Diligent », porte l’arrivée du Diligent à Saint-Pierre de la Martinique le 15 mars 1732, après soixante-six jours de traversée, avec 247 personnes captives vivantes. La reconstruction de Robert Harms suit ensuite leur inspection et leur mise en vente : cinq meurent dans l’entrepôt et les 96 dernières sont vendues en un lot au revendeur Lamy, négociant de Saint-Pierre, au prix de 400 livres chacune, moitié payée immédiatement et moitié payable un an plus tard. Harms en déduit par soustraction que les 146 autres ont été remises en gratification à des officiels locaux, ou vendues une à une ou par petits groupes à des planteurs et à des marchands de l’île.

À garder en tête : Le journal de Durand établit directement l'arrivée, les nombres, les cinq morts et le lot Lamy ; Harms identifie Lamy comme revendeur et reconstruit le reste de la séquence à partir du journal, d'états de compte et d'autres archives produites par les négriers. Il signale lui-même, p. 409–410, que ces sources ne livrent presque aucune identité captive et ne permettent pas de suivre les personnes après leur vente. Le nombre de 146 n'est pas relevé dans une pièce : Harms l'obtient en retranchant de 247 les 96 du lot final et les 5 mortes. Il ne désigne donc aucune phase particulière de la vente, mais réunit toutes les cessions antérieures au lot final, y compris les personnes prélevées en gratification le premier jour. L'acheteur du lot final n'est connu que par son nom de famille — Harms écrit « un marchand d'esclaves de Saint-Pierre nommé Lamy » et Durand « un certain M. Lamy » : son prénom n'est nulle part.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [17] — p. 329 pour les 66 jours ; p. 350 pour l’arrivée et les 247 personnes ; p. 333–350 pour l’inspection et les ventes, particulièrement p. 349–350 pour Lamy, les cinq morts dans l’entrepôt et le calcul par soustraction des 146
  • Source [10] — p. 66 pour les 256 personnes au départ ; p. 92–93 pour l'arrivée à Saint-Pierre le 15 mars après soixante-six jours et les 247 personnes vivantes ; p. 94 pour les cinq morts des 13, 15, 17, 21 et 22 avril et le lot final de 96 personnes à 400 livres chacune avec paiement fractionné

Employé dans : chapitre 2 — Être examiné, porter parfois une marque, être classé, chapitre 3 — Être numéroté, tiré au sort, choisi ou vendu en lot et note de méthode — Comment les cas de vente aux Antilles ont été réunis.

Point 19 sur 30 · Pratique · 1732-03-18 · La vente des personnes captives de la Diligent s’ouvre à Saint-Pierre de la Martinique le mardi 18 mars…

La vente des personnes captives de la Diligent s’ouvre à Saint-Pierre de la Martinique le mardi 18 mars 1732, une fois faites devant les fonctionnaires coloniaux les déclarations d’arrivée. Robert Harms rapporte qu’après un examen long et minutieux, ces fonctionnaires blancs présents à bord prélèvent dix à douze des personnes les plus fortes et les mieux portantes à titre de gratification personnelle. Certains d’entre eux traitent ensuite avec le capitaine Pierre Mary, qui vend plusieurs personnes à 950 livres chacune — il espérait ce prix pour chaque homme adulte, et des prix proportionnés pour les femmes et les enfants, alors que les marchandises données à Jakin pour un homme adulte avaient valu environ deux cents livres. Le soir, celles qui n’ont pas été vendues sont nourries, exercées et renvoyées sous le pont pour la nuit ; elles sont exposées de nouveau le lendemain matin.

À garder en tête : Harms reconstruit la scène à partir du journal du premier lieutenant Robert Durand et des comptes du voyage. Le nombre prélevé est donné en fourchette. Harms écrit « the white officials » : ce sont les fonctionnaires coloniaux devant lesquels le capitaine venait de faire ses déclarations, et non les officiers du navire — il le confirme p. 338 en écrivant que les marchands inspectèrent les captifs « much as the government officials had done the day before ». Aucune des personnes exposées, prélevées ou vendues n’est nommée, et rien n’indique ce qu’elles ont fait ou dit pendant ces journées.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [17] — p. 336–337 : ouverture de la vente le 18 mars 1732, prélèvement des fonctionnaires coloniaux, premières ventes à 950 livres et routine quotidienne d’exposition ; p. 334 pour le prix espéré par homme adulte et la valeur moyenne d’environ deux cents livres payée à Jakin

Employé dans : chapitre 2 — Être examiné, porter parfois une marque, être classé et chapitre 3 — Être numéroté, tiré au sort, choisi ou vendu en lot.

Point 20 sur 30 · Pratique · 1732-03-19–1732-03-23 · Le mercredi 19 mars 1732, au deuxième jour de la vente de la Diligent, des marchands d’esclaves de…

Le mercredi 19 mars 1732, au deuxième jour de la vente de la Diligent, des marchands d’esclaves de Saint-Pierre montent à bord ; Robert Harms les décrit comme des revendeurs, qui achètent par gros lots à bas prix pour revendre ensuite par petits nombres plus cher. Ils inspectent les personnes captives comme les fonctionnaires l’avaient fait la veille, puis offrent beaucoup moins que le prix demandé pour ouvrir le marchandage. Le capitaine Pierre Mary, qui espère approcher 950 livres par homme, refuse de baisser ; les marchands abandonnent la négociation, et Robert Durand note le soir que beaucoup sont venus mais que peu ont acheté. La nouvelle des prix demandés se répand, les marchands cessent de venir ; quelques acheteurs, revendeurs ou habitants, viennent encore en barque le jeudi, le vendredi et le samedi et achètent très peu, et le dimanche aucun ne rame jusqu’au navire. Un rapport publié par le juge et les consuls de la juridiction commerciale de Nantes le 30 janvier 1732, six semaines avant l’arrivée de la Diligent en Martinique, estimait à cinq cents livres le prix de vente moyen d’une personne esclavisée dans les îles.

À garder en tête : Le journal de Durand établit le prix, la raréfaction des achats et l'ordre des journées, mais non la qualification de tous les visiteurs comme revendeurs ni l'estimation nantaise. Le prix moyen de cinq cents livres est une estimation de la juridiction consulaire de Nantes à un moment donné, non un tarif ni une mesure : il sert de repère de grandeur, pas de référence. Harms écrit lui-même que l'on ne peut que s'interroger sur l'obstination de Pierre Mary ; ce jugement lui appartient. Aucune des personnes exposées pendant ces journées n'est nommée.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [17] — p. 337–339 : venue des revendeurs le mercredi, marchandage rompu, note de Durand, rareté des acheteurs du jeudi au samedi et absence totale le dimanche ; p. 338 pour le rapport nantais du 30 janvier 1732 et le prix moyen de cinq cents livres
  • Source [10] — p. 93 : le 18 mars, plusieurs personnes vendues à 950 livres ; le 19 mars, venue de plusieurs marchands mais peu d'achats ; les jours suivants, achats très rares

Employé dans : chapitre 2 — Être examiné, porter parfois une marque, être classé et chapitre 3 — Être numéroté, tiré au sort, choisi ou vendu en lot.

Point 21 sur 30 · Pratique · 1715–1732-03-15 · Aux Antilles françaises, l’usage voulait que les fonctionnaires coloniaux choisissent des personnes captives…

Aux Antilles françaises, l’usage voulait que les fonctionnaires coloniaux choisissent des personnes captives avant l’ouverture de la vente au public : douze pour le gouverneur général, huit pour son lieutenant, six pour l’intendant, souvent à prix réduit. Des arrêts royaux abolirent cette pratique en 1715, puis de nouveau en 1721 lorsqu’il apparut que le premier n’était pas appliqué ; les fonctionnaires devaient désormais se partager un droit de 2 % sur les personnes vendues. En 1732, les marchands de Nantes se plaignaient encore que le gouverneur et ses commandants prélevaient « un nombre arbitraire d’esclaves » en contravention des ordres du roi, les capitaines abandonnant au moins 4 % de leur cargaison et souvent bien davantage. La pratique tenait parce que l’autorisation du gouverneur était requise avant qu’une vente puisse s’ouvrir : dès l’arrivée de la Diligent, le capitaine Pierre Mary envoya Robert Durand à Fort-Royal la demander au gouverneur général.

À garder en tête : Le droit de 2 % n’est pas un chiffre de partie : c’est ce que les arrêts royaux substituent à la prise en nature, et l’étude l’écrit comme tel. Les marchands de Nantes l’invoquent de leur côté en 1732, mais autrement — ils demandent que les gratifications soient volontaires, versées en argent et plafonnées par la loi à 2 % de la valeur de la cargaison, là où les arrêts portent un droit sur les personnes vendues. La proportion de 4 %, elle, est bien leur chiffre : c’est ce qu’ils affirment que les capitaines abandonnent en fait, dans une plainte où ils sont partie, et rien ne la mesure indépendamment. Les mêmes marchands soutiennent qu’aucune gratification n’était donnée au temps du monopole de la Compagnie des Indes ; cette affirmation sert leur cause, et aucune autre pièce citée ici ne la confirme. La répartition douze-huit-six est la norme de l’usage, non un relevé de ce qui fut pris à bord de la Diligent.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [17] — p. 335 : répartition coutumière douze, huit et six, arrêts royaux de 1715 et 1721, droit de 2 %, plainte des marchands de Nantes en 1732, proportion effectivement abandonnée et nécessité de l’autorisation du gouverneur ; p. 335–336 pour l’envoi de Durand à Fort-Royal

Employé dans : chapitre 3 — Être numéroté, tiré au sort, choisi ou vendu en lot.

Point 22 sur 30 · Pratique · 1732-03-23 · Faute d’acheteurs au prix demandé, le capitaine de la Diligent loue, huit jours après son arrivée à…

Faute d’acheteurs au prix demandé, le capitaine de la Diligent loue, huit jours après son arrivée à Saint-Pierre, un entrepôt fortifié proche du lieu où se réunissent les marchands, et y fait transférer les personnes captives en chaloupe puis en remontant la rivière. Robert Harms rappelle que les entrepôts à esclaves de Saint-Pierre étaient réputés puants, surpeuplés et mal protégés des pluies, et qu’ils avaient fait l’objet d’ordonnances royales de réforme en 1708, 1718 et 1723, restées pour l’essentiel sans effet.

À garder en tête : Le transfert et le caractère fortifié de l'entrepôt sont directs dans le journal. L'état général des entrepôts est établi par la répétition des ordonnances de réforme mobilisées par Harms, non par une inspection de celui que loue ce capitaine. Ni Durand ni Harms ne décrivent l'intérieur de cet entrepôt précis ni toutes les actions qui s'y déroulent pendant le séjour des personnes transférées.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [17] — p. 338–339 : location de l’entrepôt fortifié le huitième jour, transfert des captifs par la rivière, état des entrepôts de Saint-Pierre et ordonnances de 1708, 1718 et 1723
  • Source [10] — p. 93–94 : transfert le 23 mars des personnes invendues par chaloupe puis par la rivière jusqu'à un entrepôt fortifié proche des marchands

Employé dans : chapitre 3 — Être numéroté, tiré au sort, choisi ou vendu en lot.

Point 23 sur 30 · Mesure · du 9 août à septembre 1784 · Le compte de vente de La Bonne Société annonce 425 personnes et situe à Saint-Pierre, en Martinique, une…

Le compte de vente de La Bonne Société annonce 425 personnes et situe à Saint-Pierre, en Martinique, une vente conduite par le négociant Coeron. La liste s'ouvre le 9 août 1784. Elle inscrit les acheteurs sous la formule « à Messieurs », puis, sans nommer les personnes vendues, consigne leur nombre, des catégories commerciales, le montant de l'opération et, pour certaines lignes, un délai en mois. Elle inscrit 343 personnes, en retranche une et compte 342 personnes vendues. Cinq lignes supplémentaires ventilent 83 autres personnes entre des pertes et situations distinctes, dont 38 morts pendant la vente à Saint-Pierre.

À garder en tête : Les 425 personnes forment le total annoncé par le compte, non un nombre de ventes. Les catégories sont celles du scribe marchand et ne décrivent pas les identités des personnes ; les noms portés dans la colonne des acheteurs ne donnent pas celui des personnes vendues. Parmi les 83 personnes hors des ventes nettes, la signification d'une ligne de huit reste indéterminée ; la cause de la déduction d'une personne reste incertaine. Les 38 morts sont un total du compte, sans noms, dates individuelles ni causes. Le nom du négociant se lit « Coeron » aux vues 116 et 121 du registre.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [11] — MS 2291, pages manuscrites 112–113, vues 116–117 : titre du compte, Saint-Pierre et le négociant « Coeron », nom porté aussi à la vue 121 (état des effets qui lui sont remis) ; ouverture de la liste le 9 août 1784 ; colonnes des acheteurs, des nombres et catégories, des sommes et des termes en mois ; 343 personnes inscrites, une déduction, total net de 342 personnes vendues ; cinq lignes supplémentaires totalisant 83 personnes, dont 38 mortes pendant la vente à Saint-Pierre

Employé dans : chapitre 3 — Être numéroté, tiré au sort, choisi ou vendu en lot.

Point 24 sur 30 · Interprétation · feuille de 1770 · feuille de 1773 · Sur les deux feuilles de la Marie-Séraphique, la colonne qui compte les personnes n’a pas de suite, et elle…

Sur les deux feuilles de la Marie-Séraphique, la colonne qui compte les personnes n’a pas de suite, et elle ne s’arrête pas à la même case : « Reste jusqu’à ce jour » en 1770, un solde arrêté à un jour que la feuille ne date pas ; « Vendus au Cap » en 1773. Celle de l’argent continue au-delà. La vente de 1770 porte 508 150 livres tournois, dont 78 178 seulement au comptant — moins d’un sixième —, le reste venant en treize échéances jusqu’à vingt-quatre mois. Celle de 1773 porte 548 880 livres, dont 251 539 au comptant, le reste inscrit en douze échéances jusqu’à dix-huit mois. Et au moment où la feuille de 1770 arrête ses comptes, il reste 319 397 livres et 11 deniers à recouvrer aux Antilles. Le chiffre que chaque feuille porte pour sa vente est donc un total d’engagements, non une somme reçue.

À garder en tête : Le rapprochement des deux colonnes est une lecture de ce site ; chacun des faits qu’il relie est lu sur la pièce. Les 319 397 livres et 11 deniers sont un solde à recouvrer au moment où la feuille est dressée, non une perte : la pièce ne dit pas s’ils ont été recouvrés. Ce sont les comptes de l’armement, en livres tournois, non un registre administratif, et aucune des pièces extérieures consultées pour ce dossier ne les confirme. Que la colonne des personnes s’arrête n’établit pas une intention : elle enregistre ce que l’armement avait à suivre. La dernière ligne de 1770 est un solde, non le terme d’une vente : rien n’y dit que les personnes qu’elle compte aient déjà été vendues.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [9] — feuille de 1770, tableau « Produit à Loangue », dernière ligne « Reste jusqu’à ce jour », et bloc « Vente au Cap », quatorze lignes du comptant à vingt-quatre mois ; bloc « Résultat des opérations » pour le solde de 319 397 livres et 11 deniers. Feuille de 1773, tableau « Produit à la côte », dernière ligne « Vendus au Cap », et bandeau de vente du 14 janvier au 13 février 1773, treize lignes.

Employé dans : chapitre 3 — Être numéroté, tiré au sort, choisi ou vendu en lot.

Point 25 sur 30 · Événement · 1670-10-01 · Le 1er octobre 1670, à Basse-Terre, le commis au greffe Greslant recopie sur l’original, « Ensemble les…

Le 1er octobre 1670, à Basse-Terre, le commis au greffe Greslant recopie sur l’original, « Ensemble les procez verbaux y contenus », l’état de la distribution des personnes que le juge a réparties au magasin de la Compagnie en septembre, par choix et par tirage au sort. Cet état compte « 332 testes en tout ». Soixante et une d’entre elles figurent sur la ligne « Envoyé a Mariegallande », l’île voisine de Marie-Galante : 20 hommes, 20 femmes, 4 vieux, 2 vieilles, 10 jeunes et 5 enfants, portés pour 132 916 livres 2/3 au compte de la Guadeloupe. L’état compte aussi trois malades et, sur une ligne « Mortz a terre et abord », un vieux et deux vieilles. La vente de l’ensemble monte à 718 750 livres, dont 509 166 livres 2/3 restent dues par la Guadeloupe.

À garder en tête : L’état est une copie collationnée, non l’original. Il ne dit pas d’où viennent ces personnes ni quel navire les a portées : le lien avec la Concorde, dont l’écrivain reçoit une personne de la distribution, est probable mais non établi. Il ne nomme aucune des 61 personnes envoyées à Marie-Galante et ne dit ni qui les y reçoit ni ce qu’elles deviennent. Son total de 332 dépasse les 268 personnes vivantes que le procès-verbal compte au magasin le 24 septembre, et la pièce ne dit pas quel ensemble plus large elle compte. Ses trois morts, un vieux et deux vieilles, ne concordent pas avec les deux hommes que le juge trouve morts au magasin le 24 septembre ; la pièce ne permet pas de trancher cet écart.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — vue 0101 : page de gauche, état de distribution, lignes « Envoyé a Mariegallande » (20, 20, 4, 2, 10, 5 ; 132 916 livres), « Malades », « Morts a terre et abord » (1 vieux, 2 vieilles), « Abrégé général » (« 332 testes En tout ») et collation de Greslant, commis au greffe, à Basse-Terre, le 1er octobre 1670, « le present Estat de distribution Ensemble les procez verbaux y contenus » ; première ligne de l’état : la part des personnes de choix et de celles tirées au sort ; page de droite, « Compte des neigres de l’isle de la Guadaloupe » : envoi à Marie-Galante pour 132 916 livres 2/3, vente de 718 750 livres, reste dû 509 166 livres 2/3.

Employé dans : chapitre 3 — Être numéroté, tiré au sort, choisi ou vendu en lot.

Point 26 sur 30 · Témoignage · date non établie · À la Barbade, Equiano examiné, enfermé dans un enclos puis mis en vente

Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte que, pendant la traversée, il voit pour la première fois des poissons volants et qu’un marin lui fait regarder par le quadrant, où les nuages lui semblent une terre qui disparaît à mesure qu’ils passent. À la vue de la Barbade, l’équipage pousse un grand cri et fait aux captifs des signes de joie, dont ils ne savent que penser ; le navire mouille devant Bridgetown ; des marchands et des planteurs montent à bord le soir même — d’autres mains que celles des hommes d’équipage qui l’avaient examiné à l’embarquement —, répartissent les captifs en lots, les examinent, les font sauter et leur montrent la terre. Les captifs, qui croient être mangés, passent la nuit dans les cris, jusqu’à ce qu’on fasse venir de terre des esclaves âgés pour leur dire qu’ils ne seront pas mangés, qu’ils vont travailler et qu’ils retrouveront à terre beaucoup de gens de leur pays. Débarqués, ils sont enfermés dans la cour d’un marchand sans distinction de sexe ni d’âge ; quelques jours plus tard, ils sont vendus selon ce qu’il donne pour la manière habituelle : au signal d’un tambour, les acheteurs se ruent dans la cour et choisissent leurs lots. Equiano se souvient de plusieurs frères du compartiment des hommes de son navire vendus dans des lots différents, et de leurs cris quand on les sépare.

À garder en tête : Même statut que l’ensemble du récit publié en 1789, dont le caractère autobiographique est débattu. La séparation des frères est un souvenir qu’il rapporte de son propre navire.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [16] — chapitre II, pagination imprimée de 1789 : p. 84 pour les poissons volants, le quadrant et l’apparition de la Barbade ; p. 85–86 pour le cri de l’équipage, le mouillage devant Bridgetown, les marchands et planteurs à bord, les lots, l’examen, les sauts, la peur d’être mangés et les esclaves âgés venus de terre ; p. 86 pour la cour du marchand ; p. 87–88 pour la vente au signal du tambour et les frères vendus dans des lots différents

Employé dans : chapitre 4 — Être séparé, ou s’enfuir avec des compagnons de bord.

Point 27 sur 30 · Témoignage · date non établie · À la Barbade, Equiano ne trouve pas d’acheteur et repart pour la Virginie

Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano écrit qu’il reste quelques jours à la Barbade, pas plus de quinze selon lui ; puis lui et quelques autres captifs, qu’on ne pouvait pas vendre avec les autres parce qu’ils se désolaient trop (« not saleable amongst the rest, from very much fretting »), sont embarqués sur un sloop pour l’Amérique du Nord et débarqués en Virginie.

À garder en tête : Même statut que l’ensemble du récit publié en 1789, dont le caractère autobiographique est débattu. La raison pour laquelle ces captifs ne se vendaient pas est celle qu’Equiano donne ; le récit ne dit pas combien ils étaient.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [16] — chapitre III, pagination imprimée de 1789 : p. 91 pour les quinze jours au plus passés dans l’île, les captifs « not saleable amongst the rest », le sloop pour l’Amérique du Nord et le débarquement en Virginie

Employé dans : chapitre 4 — Être séparé, ou s’enfuir avec des compagnons de bord.

Point 28 sur 30 · Témoignage · récit mis par écrit en 1799 ; faits non datés · ’Sibell : enlèvement, retrouvailles et dispersion

Dans son récit mis par écrit à la Barbade par John Ford en 1799, ’Sibell raconte qu’un homme présenté comme son beau-frère l’emporte loin de son pays, la fait marcher de nuit comme de jour, puis la vend contre un fusil et de la poudre après un enfermement avec d’autres personnes capturées. Elle dit découvrir alors les personnes blanches, les grands navires et le bruit des vagues. À bord, elle reconnaît Mimbo, Dublin, Sally et d’autres personnes de son pays ; les ventes les dispersent ensuite sans qu’elle sache ce qu’elles sont devenues.

À garder en tête : ’Sibell ne s’auto-écrit pas : Ford met son récit par écrit dans des circonstances inconnues, et Handler en donne une édition, non un fac-similé. Le texte s’arrête après l’entrée dans le navire et la dispersion par les ventes ; il ne décrit ni les jours en mer ni l’arrivée. Aucun des noms qu’elle rapporte — Mimbo, Dublin, Sally — ne permet d’assigner une origine ethnolinguistique individuelle.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [19] — p. 132–133 pour le récit intégral de ’Sibell ; p. 137–139 pour John Ford, le manuscrit Bodleian Library, MS. Eng. misc. b. 4, fol. 50–51, et les limites d’identification des noms

Employé dans : chapitre 4 — Être séparé, ou s’enfuir avec des compagnons de bord.

Point 29 sur 30 · Témoignage · départ d’Hector et Dieudonne · parution de l’annonce · Dans les Affiches américaines du 16 octobre 1776, Hector et Dieudonne, dits Congo, tous deux âgés de quinze…

Dans les Affiches américaines du 16 octobre 1776, Hector et Dieudonne, dits Congo, tous deux âgés de quinze ans et marqués DUPLAN, « depuis cinq mois dans le pays » et venus par le navire le Saint-Michel, capitaine Desmichel, sont signalés partis ensemble le 3 octobre de l’habitation du sieur Duplan, dans les hauteurs de la Charbonnière.

À garder en tête : Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. L’annonce établit qu’Hector et Dieudonne venaient du même navire, avaient le même acheteur et sont partis ensemble ; elle ne dit pas quel lien les unissait avant ou pendant la traversée.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [12] — n° 42, mercredi 16 octobre 1776, p. 500, rubrique « Esclaves en maronage », fin de la première colonne et début de la seconde ; UFDC AA00000449/00028, vue 537 ; en-tête du numéro vue 530

Employé dans : chapitre 4 — Être séparé, ou s’enfuir avec des compagnons de bord.

Point 30 sur 30 · Témoignage · achat des quatre hommes · départ des quatre hommes · parution de l’annonce · Dans les Affiches américaines du 14 août 1782, quatre hommes « nouveaux », dits Nago et marqués LAVIL, «…

Dans les Affiches américaines du 14 août 1782, quatre hommes « nouveaux », dits Nago et marqués LAVIL, « achetés le 9 avril dernier de la cargaison de la Goëlette Danoise l’Arc-en-Ciel, de Saint-Thomas, Capitaine Darell », sont signalés partis d’une des habitations des héritiers Laville, à l’Artibonite, dans la nuit du 4 au 5 août ; l’un est « armé d’une manchette ».

À garder en tête : Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. La goélette vient de Saint-Thomas, colonie danoise : l’annonce établit un achat dans la traite entre îles, non une arrivée directe d’Afrique ; elle ne dit pas si les quatre hommes avaient traversé l’Atlantique sur un même navire. « Manchette » désigne aux Antilles un grand coutelas, le sabre d’abattis des champs de canne.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [13] — n° 33, mercredi 14 août 1782, rubrique « Esclaves en maronage », seconde colonne ; UFDC AA00000449/00016, vue 313 ; en-tête du numéro vue 308

Employé dans : chapitre 4 — Être séparé, ou s’enfuir avec des compagnons de bord.

Pour remonter aux sources

Bibliographie du dossier

Les références sont rangées selon la nature du document atteint et sa relation aux événements : pièces produites au moment des faits ; actes anciens transmis par des copies ou des recueils postérieurs ; récits et études anciens, composés après les faits ; études, éditions et outils de recherche. La date de la notice indique la rédaction ou la publication lorsqu’elle est connue ; l’usage précise la période ou l’expérience racontée. Pour une copie ou un recueil, la notice donne la date de l’acte et celle de la copie ou de l’impression. Pour une édition savante, la notice distingue le texte transmis du travail de l’éditeur. Le libellé de chaque lien indique s’il conduit à la source en ligne, à une notice DOI, à un catalogue ou à la notice d’un éditeur.

Voir les 19 références et les liens disponibles

Pièces produites au moment des faits

  1. Affiches américaines ; Imprimerie royale du Port-au-Prince, Les Affiches américaines, année 1768 (volume UFDC AA00000449/00004) (1768).

    Annonce du capitaine du Vizon, en rade de Saint-Marc, pour deux hommes qu’il compte dans sa cargaison, enfuis le 19 ou le 20 avril 1768.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  2. Dépôt des papiers publics des colonies, Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 (1664-1725).

    Registre de pièces de 1664 à 1725, dont le procès-verbal de septembre 1670 : magasin, morts, malades, numéros, préférence et tirage au sort en Guadeloupe.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  3. Affiches américaines ; Imprimerie royale du Port-au-Prince, Les Affiches américaines, année 1784 (volume UFDC AA00000449/00027) (1784).

    Annonce de 1784 : un homme enfui du magasin du négociant Huguon.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  4. Affiches américaines ; Imprimeries royales du Port-au-Prince et du Cap-François, Les Affiches américaines, année 1788 (volume UFDC AA00000449/00021) (1788).

    Annonce du Port-de-Paix pour un jeune homme venu sur l’Horison, enfui le 4 novembre 1788 ; elle renvoie aux négociants chargés de vendre ce qu’elle appelle le « restant de ladite cargaison ».

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  5. Affiches américaines ; Imprimeries royales du Port-au-Prince et du Cap-François, Les Affiches américaines, année 1789 (volume UFDC AA00000449/00022) (1789).

    Annonce de 1789 : César et Lafortune, marqués de l’étampe de la Jeune-Minia.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  6. Affiches américaines ; Imprimerie royale du Port-au-Prince, Les Affiches américaines, année 1777 (volume UFDC AA00000449/00012) (1777).

    Annonce qui fait rechercher Hercule, appelé Banny à bord du Prosper.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  7. Affiches américaines ; imprimées au Port-au-Prince par Guillot, imprimeur breveté du roi, Les Affiches américaines, année 1772 (volume UFDC AA00000449/00008) (1772).

    Annonce qui fait rechercher Sévère, désigné par le nom et le rôle qu’il avait à bord de l’Ajax, et Louis.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  8. Gazette de la Martinique, Gazette de la Martinique, n° XXI, 25 mai 1786 (1786-05-25).

    Numéro du 25 mai 1786 : annonce d’une vente au Fort-Royal et prix courants par catégorie à Saint-Pierre.

    Voir la page de cette source
  9. Jean-René L’Hermite (feuille de 1770 signée) ; feuille de 1773 d’auteur non identifié, parfois attribuée à L’Hermite, Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente (vers 1770–1773).

    Feuilles de la Marie-Séraphique : vue peinte de la vente de 1773 au Cap-Français et comptes des ventes de 1770 et 1773.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  10. Robert Durand, Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732 (1731–1732).

    Journal de l’officier Robert Durand, qui porte l’arrivée, les nombres, les morts de l’entrepôt et le lot vendu à Lamy.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  11. Gabriel David et teneurs des comptes de La Bonne Société ; négociant Coeron, commissionnaire de la vente, Journal de traite, compte de vente et liquidation de La Bonne Société (1783–1784).

    Compte de vente de la Bonne Société à Saint-Pierre en 1784 : acheteurs, catégories, sommes, délais et morts pendant la vente.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  12. Affiches américaines ; Imprimerie royale du Port-au-Prince, Les Affiches américaines, année 1776 (volume UFDC AA00000449/00028) (1776).

    Annonce qui fait rechercher Hector et Dieudonne, venus sur le Saint-Michel et enfuis ensemble en octobre 1776.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  13. Affiches américaines ; Imprimerie royale du Cap, Les Affiches américaines, année 1782 (volume UFDC AA00000449/00016) (1782).

    Annonce qui fait rechercher quatre hommes achetés « de la cargaison » de l’Arc-en-Ciel et enfuis ensemble en août 1782.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source

Actes anciens transmis par des copies ou des recueils postérieurs

  1. Collection Moreau de Saint-Méry (série COL F3), Toutes colonies — pièces concernant essentiellement l’esclavage (pièces de 1682 à 1791, en copies pour la plupart ; recueil factice de la collection Moreau de Saint-Méry).

    Lettre de Lugny, du Cap, en juillet 1762, qui propose de vendre à terre dans des magasins séparés.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source

Récits et études anciens, composés après les faits

  1. Michel Jajolet de La Courbe ; édition de Prosper Cultru (1862-1917), Premier voyage du sieur de La Courbe fait à la coste d'Afrique en 1685 (voyage de 1685 à 1687, récit achevé après le retour à Paris le 25 décembre 1687 ; publié en 1913 par la Société de l'histoire des colonies françaises, avec une carte de Delisle et une introduction de P. Cultru).

    Récit par La Courbe du débarquement, du magasin et de la vente de la Sirène au Port-de-Paix en juin 1687.

    Voir la page de cette source
  2. Olaudah Equiano, The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African (1789).

    Récit publié en 1789 : l’enclos du marchand à la Barbade, la vente au signal du tambour et les frères vendus dans des lots différents.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source

Études, éditions et outils de recherche

  1. Robert Harms, The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade (2002).

    Étude de Robert Harms sur la Diligent : examen, gratifications, marchandage, entrepôt et lot final à Saint-Pierre en 1732, et escale du Saint-Louis en 1731.

    Voir la page de cette source
  2. Crystal Nicole Eddins, Rituals, Runaways, and the Haitian Revolution: Collective Action in the African Diaspora (2022 ; Cambridge, Cambridge University Press, série Cambridge Studies on the African Diaspora).

    Étude de Crystal Nicole Eddins, qui rapporte d’après Jane Landers le cas de Bucu, enfui vers l’est à la descente du navire.

    Voir la notice DOIVoir la page de cette source
  3. Jerome S. Handler, Life Histories of Enslaved Africans in Barbados (1998).

    Article de Jerome Handler qui publie le récit de ’Sibell, mis par écrit à la Barbade en 1799.

    Voir la notice DOIVoir la page de cette source

Partager cette page

Entre l’arrivée du navire et le départ avec un acheteur, que vivent les personnes qu’il amène aux Antilles françaises ?