Un répertoire de gestes documentés
Vies et actions
Fuir, refuser, prendre soin, défendre sa liberté, agir ensemble ou communiquer : cette page rassemble des actions précises établies dans les dossiers, les fiches ou directement à partir d’une source. Chaque entrée donne une date, un lieu et le document qui permet de la connaître ; lorsqu’un récit plus long existe, elle y conduit.
35 actions documentées
La répartition de ces gestes dans le temps suit la densité des sources dépouillées, et non celle des résistances : une période peu fournie ici ne dit rien de ce qui s’y est joué.
1620–1664Premières implantations et premiers asservissements
Un homme esclavisé gravement malade dit « Moy non mort » au prêtre qui lui apporte le saint sacrement
Petites Antilles et circulations intercoloniales
Dans un livre publié en 1652, le missionnaire Maurile de Saint-Michel rapporte la scène sans la dater. Un homme tenu en esclavage, gravement malade, voit un prêtre venir à lui avec le saint sacrement — le pain consacré que l’Église catholique porte aux malades en danger de mort. Selon le missionnaire, il croit qu’on vient l’emporter pour l’enterrer ; il lève la tête et dit avec peine trois mots : « Moy non mort ».
Maurile explique cette peur : l’homme avait entendu dire que « les Sauvages » — le mot des colons français pour les Amérindiens des îles — achevaient les agonisants, et il craignait de subir le même sort. Le missionnaire écrit l’avoir revu ensuite travailler aux cannes à sucre de son maître, M. de la Vrenade. Il cite ces trois mots pour illustrer ce qu’il tient pour la crédulité de ses catéchumènes, les personnes qu’il prépare au baptême ; la graphie et la traduction de la parole sont les siennes.
Source : Voyage des isles Camercanes en l’Amérique, qui font partie des Indes occidentales
1664–1685Sucre, déportations massives et reprise en main royale
Des personnes esclavisées s’arrêtent devant une femme et lèvent les mains au-dessus de leur tête
Dans un livre publié en 1667, le missionnaire dominicain Jean-Baptiste Du Tertre raconte que les religieux de son ordre avaient acheté une femme esclavisée en Guadeloupe. Sans dater la scène, il rapporte que, lorsqu’elle allait à l’église ou qu’ils la rencontraient sur les chemins, des femmes et des hommes esclavisés qu’il présente comme originaires de la même « terre » s’arrêtaient devant elle. Ils posaient les deux mains à terre, s’en frappaient les cuisses, puis les élevaient au-dessus de leur tête.
Du Tertre interprète ces gestes comme des respects rendus à une princesse et comme un hommage à une souveraine. Il écrit pourtant n’avoir jamais pu connaître le rang de cette femme. Sa description établit une suite de gestes accomplis en groupe et à plusieurs reprises, mais elle ne nomme aucune des personnes qui les accomplissent et ne rapporte aucune explication de leur part. Leur signification reste donc inconnue.
Une femme malade refuse de manger à bord du James
Afrique atlantique · Petites Antilles et circulations intercoloniales
Le 15 avril 1676, le James, un navire de traite anglais, traverse l’Atlantique entre Dixcove, sur la côte de l’actuel Ghana, et l’île de la Barbade. Une femme captive est tombée malade. Le capitaine Peter Blake note qu’elle ne voulait plus rien manger ni rien prendre.
Il l’inscrit dans le registre où il compte les morts du voyage : elle meurt ce jour-là, en mer, plus d’un mois avant que le navire aperçoive la Barbade.
Lire le passage développé : Dossier — Tomber malade, mourir, se jeter à la mer
Sources : Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume I, 1441–1700 · Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora
Un homme se jette à la mer et refuse l’aviron qu’on lui tend
Afrique atlantique · Petites Antilles et circulations intercoloniales
Le 17 avril 1676, le James, un navire de traite anglais, traverse l’Atlantique vers l’île de la Barbade. Un homme captif se jette à la mer. L’équipage met un canot à l’eau pour le rejoindre et place un aviron entre ses bras.
L’homme refuse de saisir l’aviron placé entre ses bras et se noie dans l’Atlantique.
Lire le passage développé : Dossier — Tomber malade, mourir, se jeter à la mer
Sources : Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume I, 1441–1700 · Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora
Une mère continue de porter son enfant à bord du James
Afrique atlantique · Petites Antilles et circulations intercoloniales
Le 26 avril 1676, le James, un navire de traite anglais, est en mer en direction de l’île de la Barbade. Une femme captive continue de porter son enfant à bord malgré son épuisement. Le compte de mortalité tenu par le capitaine, Peter Blake, attribue sa mort à cet effort prolongé.
Ce geste de soin relie une mère et son enfant au milieu de la traversée imposée. Peter Blake ne note ni leur nom ni ce qui arrive ensuite à l’enfant. Son compte conserve l’action de la mère parce qu’il cherche à expliquer sa mort.
Lire le passage développé : Dossier — Tomber malade, mourir, se jeter à la mer
Sources : Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume I, 1441–1700 · Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora
Treize personnes quittent la colonie française d’Hispaniola et font leurs déclarations à Santo Domingo
Saint-Domingue · Hispaniola et circulations franco-espagnoles
Entre le 11 octobre 1678 et le 13 février 1679, treize personnes parties de l’ouest de l’île d’Hispaniola occupé par des colons français atteignent la ville espagnole de Santo Domingo. Un certificat notarié dressé sur place consigne huit dates d’arrivée pour treize personnes : plusieurs sont donc consignées sous une même date, et deux garçons d’environ onze ou douze ans y sont dits pris par les Français lors du sac — le pillage — de Maracaibo, ville alors sous domination espagnole.
Le certificat, dressé le 8 avril 1679, précise que le total de treize ressort des déclarations recueillies auprès de ces personnes en vertu d’une décision du président de la Real Audiencia — la haute cour espagnole de Santo Domingo ; le notaire Gerónimo de Quesada indique que ces déclarations restent en sa possession. Il désigne douze de ces personnes par un prénom et en consigne une sans lui en donner aucun. Ces prénoms sont ceux que le notaire espagnol a écrits.
Sources : Documentos para el estudio de la historia colonial de Santo Domingo (1561–1680), tome II · Colaboraciones fronterizas, diplomacia y guerra en La Española, 1660–1690
Des femmes et des hommes prennent une chaloupe pour quitter la Martinique
Avant le 17 juillet 1679, plusieurs femmes et hommes esclavisés prennent la chaloupe — l’embarcation de service — d’un navire au mouillage devant la Martinique, colonie française des Antilles, et s’en servent pour tenter de quitter l’île. L’arrêt de justice qui rapporte leur action, connu par un recueil de lois coloniales imprimé en 1784, ne donne ni le jour où elles prennent la chaloupe, ni leur destination, ni jusqu’où elles sont allées.
Le Conseil de la Martinique — la haute cour de l’île — condamne les hommes à l’amputation de la jambe gauche, et les femmes à l’ablation du nez suivie d’un marquage au front. Il ordonne ensuite aux capitaines et maîtres de navires et de barques, ainsi qu’aux personnes que l’arrêt appelle les « Habitans », de surveiller leurs bateaux, chaloupes et canots et de ne laisser à bord, pendant la nuit, ni voiles, ni avirons, ni autres agrès. Il rappelle en particulier à ces « Habitans », comme cela avait déjà été ordonné, de tirer leurs canots devant les corps de garde ou de les faire enchaîner dans des lieux sûrs.
Lire le passage développé : Fiche — Prendre la chaloupe d’un navire pour quitter la Martinique
Sources : Loix et constitutions des colonies françoises de l’Amérique sous le vent, tome I, 1550–1703 · Les Annales du Conseil souverain de la Martinique, ou tableau historique du gouvernement de cette colonie depuis son premier établissement jusqu’à nos jours, auquel on a joint l’analyse raisonnée des lois qui y ont été publiées
1685–1715Sous l’édit de 1685 : la loi et ses usages
Cinq personnes esclavisées fuient une île anglaise ; le registre rapporte les mauvais traitements comme motif
Petites Antilles et circulations intercoloniales
Avant le 8 février 1708, cinq personnes esclavisées s’enfuient d’une île anglaise que le registre écrit « la Barbade » — la Barbade ou Barbuda, deux îles anglaises des Petites Antilles que ses graphies ne distinguent pas sûrement. Le commis qui résume les lettres reçues des îles écrit qu’elles « se sont aussy sauvez » et attribue leur départ aux mauvais traitements qu’elles recevaient de ceux qui les revendiquaient comme leur propriété.
Le même extrait, daté du 8 février 1708, ajoute qu’elles ont été vendues pour 2 665 livres.
Lire le passage développé : Fiche — Salnave et les trente-deux : fuir Barbuda pour la Guadeloupe
À la Martinique, un homme déclaré libre débarque du navire qui devait le renvoyer à Cayenne
Martinique · Guadeloupe et dépendances · Petites Antilles et circulations intercoloniales
Des personnes aroas avaient été envoyées de Cayenne, colonie française de Guyane, à la Martinique, colonie des Antilles, et y avaient été vendues quelques années plus tôt. Un registre de février 1708, qui les nomme « Indiens Aroas », rapporte que l’intendant Vaucresson — l’administrateur royal chargé de la justice et des finances de la colonie — en a fait faire la recherche : un seul homme a été retrouvé, chez les Jésuites — un ordre religieux missionnaire —, et l’intendant l’a déclaré libre.
Un bâtiment — un navire — devait le repasser à Cayenne. Il en débarque, dans le dessein de rester avec ces religieux, et l’intendant y consent à condition qu’il ne soit plus traité comme esclave. Il reste ainsi chez ceux-là mêmes qui le détenaient ; on ignore si la condition fut tenue.
Trente-deux personnes quittent une île anglaise et revendiquent la liberté qu’elles disent tenir de leur baptême
Guadeloupe et dépendances · Martinique · Petites Antilles et circulations intercoloniales
Avant le 8 février 1708, trente-deux personnes quittent une île anglaise — que le résumé administratif identifie par le nom de son détenteur, Codrington — et gagnent la Guadeloupe, colonie française des Antilles, conduites par trois conducteurs dont deux sont explicitement dits libres.
Elles déclarent collectivement vouloir devenir catholiques et jouir d’une liberté qu’elles disent déjà acquise par leur baptême dans les îles anglaises. L’administration française rejette leur argument : elle prévoit de livrer la plupart comme esclaves aux propriétaires français qui les réclameraient, et de confisquer au profit du roi les deux personnes qu’elle dit n’avoir appartenu qu’à des Anglais. Le dispositif rapporté ajoute que les trois conducteurs « jouiroient de leur liberté », sans que l’exécution de cette mesure ni du reste de la décision soit établie.
Lire le passage développé : Fiche — Salnave et les trente-deux : fuir Barbuda pour la Guadeloupe
Un homme s’embarque sur une escadre et gagne la France, où il est emprisonné pour être renvoyé
France métropolitaine · Martinique
Un homme tenu en esclavage par les Capucins — un ordre religieux présent à la Martinique, colonie française des Antilles — s’embarque à bord de l’escadre de M. de Chavagnac, un groupe de navires de guerre en partance, et gagne la France.
À La Rochelle, il est arrêté et emprisonné en attendant l’occasion de le renvoyer. La maréchale de Chamilly — l’épouse du maréchal de ce nom — l’en fait sortir pour qu’il soit fifre — joueur de flûte militaire — dans le régiment de Chamilly. Les Capucins demandent à être payés de sa valeur ; une note répond : « Leur mander rien à faire » — leur écrire qu’il n’y a rien à faire.
Des femmes et des hommes vivent marrons dans les bois de la Martinique et nient devant le juge tout projet de révolte
En 1711, Laurence, Mande — qu’on appelle aussi Magdelaine —, Margot — de son nom Marguerite —, Michau, Jeannot et d’autres vivent marrons, partis de chez ceux qui les tiennent en esclavage, dans les bois de la Martinique, colonie française des Antilles. Michau et Jérôme, avec qui ils vivent, ont la tête mise à prix depuis la répression de 1710. Selon ce que Laurence dira au juge, elle et ses compagnons ont d’abord pris des bananes et des figues, puis fait un jardin dans la forêt. Chacune et chacun donne une raison différente d’être parti : le maître de Laurence avait brûlé sa case, la maîtresse de Mande voulait la faire battre « sans sujet », le maître de Margot ne la faisait pas soigner, Jeannot craignait d’être battu.
Laurence, Mande, Margot, Michau et Jeannot sont pris en septembre 1711, Jérôme restant libre, et interrogés à Saint-Pierre, ville de l’île, par le juge Houdin, sous une accusation de « sedition et Revolte contre les Blancs » qui expose à la mort. Interrogée sur ce qu’elle devait faire lorsque des hommes devaient « foncer sur les Blancs », Laurence répond « qu’elle n’a point du tout entendu Parler que les negres deussent se revolter contre les Blancs » ; lecture faite, elle persiste. Le 29 octobre, confronté à Lucas, qui lui prête des propos sur des prisons à forcer pour faire sauver leurs camarades, Michau répond que ce sont « toutes autant de faussetés ».
Le 31 octobre 1711, le juge condamne Michau à être rompu vif — les membres brisés sur un échafaud de la place publique — puis mis sur une roue « pour y finir ses jours », Jeannot à être pendu, et les trois femmes à être fouettées et marquées au front d’une fleur de lys. Les cinq font appel ; le 3 novembre, le Conseil supérieur, la plus haute cour de l’île, déclare Michau convaincu, c’est-à-dire coupable. En mai 1712, le gouverneur général Phélypeaux écrit au ministre que la « conspiration generale contre les blancs » annoncée en 1710 était « chose entierement fausse » ; sa lettre ne rouvre le sort d’aucun condamné.
Lire le passage développé : Dossier — « Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711
Sources : Lettres au secrétaire d'État de la Marine, juillet-décembre 1710, avec pièces jointes, mémoire de l'état présent de l'île et ordonnance du 20 juillet 1710 · Lettres au secrétaire d'État de la Marine, à la Martinique, des 5 mai, 4 août, 30 août, 7 octobre et 7 décembre 1710 · Extraits des registres du greffe civil et criminel de la Martinique et lettres ministérielles, 1700-1711 · Antilles, en particulier Martinique : copies d'actes, mémoires, lettres et procédures (1635-1721), dont les interrogatoires et pièces de l'affaire dite du Gaoulet · Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles — L’affaire dite du Gaoulet de 1710 · The Gauolet Uprising of 1710: Maroons, Rebels, and the Informal Exchange Economy of a Caribbean Sugar Island · Correspondance de la Martinique reçue par le secrétaire d'État de la Marine pour 1711, avec pièces jointes · Lettre au secrétaire d'État de la Marine, au Fort-Royal de la Martinique
Un homme né à Surate exige de celui qui le retient la preuve qu’il l’a acheté
D’après sa requête, telle que la publie en 1786 un magistrat du Conseil, Mathieu est né à Surate, une ville portuaire de l’ouest de l’Inde. Il en est sorti avec un religieux catholique de l’ordre des capucins, qui l’a remis à Nantes entre les mains d’un capitaine de navire, le sieur Roosé. Mathieu a fait la course avec lui pendant trois ans — la guerre menée en mer contre les navires d’un autre pays —, sans que rien dise s’il servait dans l’équipage ou s’il y était retenu de force. Roosé l’a ensuite donné à Paul Michel, un marchand de la Trinité, un bourg de la Martinique, qui l’a gardé chez lui et l’a fait servir en qualité d’esclave pendant treize années.
Le 7 mars 1712, il présente requête — une demande écrite — au Conseil souverain de la Martinique, la cour qui juge dans l’île. Il ne demande pas qu’on l’affranchisse : il demande que Michel prouve que Mathieu est son esclave et qu’il l’a acheté. C’est la charge de la preuve qu’il déplace, et il la déplace après treize ans. Michel répond l’avoir acheté du capitaine. L’arrêt — la décision de la cour — déclare Mathieu libre et lui reconnaît les mêmes franchises et libertés qu’aux autres libres du royaume, c’est-à-dire les droits des personnes libres.
Lire le passage développé : Fiche — Mathieu demande à l’homme qui le retient de prouver son droit
Sources : Les Annales du Conseil souverain de la Martinique, ou tableau historique du gouvernement de cette colonie depuis son premier établissement jusqu’à nos jours, auquel on a joint l’analyse raisonnée des lois qui y ont été publiées · Documents législatifs, 1712-1720 · L’esclavage aux Antilles françaises avant 1789
1715–1789Le siècle des grandes plantations et de la traite massive
Petite Rose et Isabelle présentent leurs nouveau-nés au baptême
À La Trinité, en Martinique, Petite Rose et Isabelle, deux femmes que le planteur Dubucq de L’Étang tient en esclavage, présentent leurs nouveau-nés au baptême en 1722. Fourcheul, curé dominicain de la paroisse, refuse le sacrement tant que les mères n’ont pas accompli une pénitence publique pour avoir eu ces enfants hors mariage. Le précepteur des enfants de Dubucq donne alors à l’enfant de Petite Rose le baptême d’urgence qu’un laïc peut donner à un nouveau-né en danger de mort — Dubucq le dit en danger, le curé bien portant ; celui d’Isabelle, qu’elle a apporté du Macouba, dans le nord de l’île, est renvoyé sans sacrement.
Dubucq conteste ces refus auprès des autorités royales. André Mane, supérieur de la mission dominicaine de Martinique, demande au contraire qu’on ordonne à Dubucq d’envoyer Petite Rose et Isabelle subir la pénitence ; le 10 octobre 1722, les administrateurs royaux de l’île le lui ordonnent « pour servir d’exemple ». À Versailles, le Conseil de Marine, l’organe du gouvernement royal chargé des colonies, conclut le 30 novembre 1722 que ces pénitences publiques ne conviennent pas.
Lire le passage développé : Fiche — Petite Rose et Isabelle portent leurs enfants au baptême
Sources : Réponses sur les pénitences publiques et l’affaire de Jean Dubuc de L’Étang · Code de la Martinique, actes relatifs au conflit sur les pénitences publiques · Observations sur le jugement du 10 octobre 1722 relatif aux pénitences publiques · Décisions au sujet des pénitences publiques imposées aux femmes noires non mariées qui présentent leurs enfants au baptême
Un homme tente d’entraîner d’autres captifs dans une action sur la Diligent
Afrique atlantique · Martinique
La Diligent, un navire de traite, quitte Jakin, un port du golfe de Guinée, le 27 novembre 1731, avec 256 personnes captives à bord. Deux jours plus tard, un homme dont le nom n’est pas conservé tente d’en entraîner d’autres dans une action immédiate.
Le capitaine Pierre Mary ordonne de le hisser au bout de la vergue du mât avant — une pièce de bois horizontale fixée au mât —, puis de le fusiller devant les autres. Robert Durand, premier lieutenant du navire, écrit dans son journal que cette mise à mort doit servir de leçon.
Lire le passage développé : Dossier — Se parler et agir malgré la garde de l’équipage
Sources : The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade · Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732
Une jeune fille captive reste auprès d’Ofodobendo et le réconforte
Dans le mémoire conservé par la communauté religieuse morave de Bethlehem, en Pennsylvanie, Ofodobendo Wooma — un garçon donné en gage par son frère puis vendu — raconte sa rencontre, sur une embarcation, avec une jeune fille captive venue de la même région que lui. Elle le réconforte beaucoup et reste auprès de lui pendant le déplacement vers la côte. Là, celui que le mémoire présente comme le capitaine d’un navire européen leur fait signe, à tous deux, de le suivre à bord.
Le mémoire cesse ensuite de parler de la jeune fille et ne dit pas ce qu’elle devient.
Lire le passage développé : Dossier — Vendus avant d’embarquer
Sources : Chattel with a Soul: The Autobiography of a Moravian Slave · The Slave Trade and Culture in the Bight of Biafra: An African Society in the Atlantic World
Des captifs s’emparent du King David et choisissent sa route
Afrique atlantique · Guadeloupe et dépendances · Petites Antilles et circulations intercoloniales
Le matin du 8 mai 1750, le King David, un navire de traite venu de la côte de Guinée, en Afrique de l’Ouest, fait route en mer ; aucune personne captive n’est aux fers. Selon le récit d’un membre de l’équipage, Hamilton Montgomery, publié dans un journal de Boston, un groupe de quinze captifs s’empare des armes, tue le capitaine et cinq marins et obtient la reddition des autres. Neuf marins sont ensuite jetés à la mer, entravés. Le premier officier est gardé pour conduire le navire.
Après une journée de dérive, ceux qui tiennent le navire exigent qu’il les mène vers la Côte de l’Or, Calabar ou l’île de São Tomé, en Afrique. Leur chef, persuadé qu’on ne pourra pas y parvenir, accepte de chercher une terre où ne vit aucun homme blanc. Le 14 mai, le navire atteint La Désirade, une petite île à l’est de la Guadeloupe. Une embarcation y est envoyée avec deux hommes blancs et quatre Africains ; selon Montgomery, elle n’atteint pas l’île.
Lire le passage développé : Dossier — Se parler et agir malgré la garde de l’équipage
À Juda, des personnes captives cassent leurs fers et se révoltent
En août 1753, à Juda — aujourd’hui Ouidah, sur la côte de l’actuel Bénin — des personnes captives cassent les fers qui les retiennent et se révoltent. Une lettre datée du 19 octobre, rédigée par le conseil qui administre le fort français, signale cet épisode sans en raconter le déroulement ni l’issue.
Les agents du fort relient cette action à la mauvaise qualité des entraves. Leur lettre affirme que de telles ruptures de fers et révoltes se sont déjà produites plusieurs fois. Ils demandent que les capitaines des navires français apportent des chaînes et des fers, et veulent faire forger de nouvelles entraves pour la « captiverie », l’espace du fort destiné à enfermer les personnes détenues pendant le commerce français de personnes captives à Juda.
Lire le passage développé : Dossier — Contester la détention
Sources : Lettres, états et comptes du fort Saint-Louis de Juda, juin 1753-juillet 1754 · Ouidah: The Social History of a West African Slaving ‘Port’, 1727–1892
Francisque, acheté enfant à Pondichéry, obtient sa liberté en justice à Paris
Francisque a huit ans quand Allain François Ignace Brignon, natif de Saint-Malo qui trafiquait à Pondichéry — un comptoir français en Inde —, l’achète en 1747 avec André, le frère de Francisque, pour huit roupies chacun. Brignon les envoie à sa mère à Saint-Malo pour y être instruits dans la religion catholique et baptisés.
En 1758, l’Amirauté de France, un tribunal, décide que Francisque doit être libéré. Brignon fait appel. Le 22 août 1759, la Grand Chambre du Parlement de Paris, la cour d’appel, juge Francisque libre, sans motiver sa décision.
Ses avocats avaient plaidé qu’un natif de l’Inde, quoique de peau sombre, n’était pas un « nègre » et échappait donc aux édits de 1716 et 1738 sur les esclaves amenés en France. La cour a pu retenir cet argument, ou juger que ces édits, que le Parlement de Paris n’avait jamais enregistrés, ne s’appliquaient pas devant lui. L’argument de l’origine indienne ne pouvait pas servir aux personnes déportées des Antilles ou d’Afrique.
Source : There Are No Slaves in France: The Political Culture of Race and Slavery in the Ancien Régime
À bord du négrier Thames, des hommes captifs saisissent le maître d’équipage et sautent à la mer
Le 8 novembre 1776, le Thames, un navire négrier qui doit déporter vers la Jamaïque les personnes qu’il détient, est ancré au large de Cape Coast, sur la côte ouest-africaine. Le capitaine Peleg Clarke et plusieurs membres de l’équipage sont loin du navire, et aucune embarcation n’est le long du bord. L’équipage a temporairement détaché les hommes captifs des chaînes qui les retenaient sur le pont ; John Bell, présenté comme le médecin du bord dans les transcriptions de 1932 publiées par Elizabeth Donnan, écrit que c’était pour les laver. Ces hommes saisissent le maître d’équipage, le marin qui encadre le travail de l’équipage, et le blessent ; il leur échappe et passe derrière la barricade, la cloison qui barre le pont, où les marins se replient. Pendant plus de quarante minutes, les captifs attaquent cette cloison.
La lettre de Bell, publiée par l’historienne Elizabeth Donnan, rapporte, après l’action, que les hommes ont dit avoir choisi ce moment parce que de nombreuses personnes blanches avaient quitté le navire, et avoir déjà envisagé d’agir deux ou trois fois. Lorsque la barricade résiste, de nombreux hommes sautent à la mer. Le capitaine du Thames, Peleg Clarke, compte vingt-huit hommes et deux femmes noyés ; les autres comptes du même fonds, qui ne séparent pas toujours noyés et manquants, vont de trente-trois à trente-six personnes perdues ou manquantes. Il ne dit pas comment ces femmes se sont retrouvées à l’eau, et Bell écrit qu’elles n’avaient pas pris part à l’action.
Le gouverneur du fort néerlandais de Mouree, un comptoir fortifié de la même côte, envoie des habitants dans de petites embarcations appelées pirogues pour reprendre des personnes dans l’eau : quatre hommes et deux garçons sont ramenés au fort. Clarke et Bell rapportent que le gouverneur les y fait garder pendant que ceux qui les ont repêchés réclament un paiement. Clarke ne parvient pas alors à un accord au prix demandé et confie la négociation à un intermédiaire. Deux mois plus tard, le 8 janvier 1777, Clarke écrit avoir réglé l’affaire des six personnes détenues, « au prix de la moitié » : sa lettre ne dit ni de quoi cette moitié est la moitié, ni combien des six personnes lui ont été remises. Il quitte Cape Coast pour la Jamaïque ce même 8 janvier.
Lire le passage développé : Dossier — Contester la détention
Des captifs de La Bonne Société s’emparent d’une hache au mouillage de Loango
Le 20 avril 1784, La Bonne Société, un navire de traite, est encore au mouillage à Loango, sur la côte de l’actuelle république du Congo, avant de traverser l’Atlantique. Sa chaloupe et son canot sont partis. Des personnes captives à bord s’emparent d’une hache, affrontent les marins qui tirent sur elles et tentent de gagner la mer.
Selon le procès-verbal des officiers du navire, douze se noient, dix hommes et deux femmes, et treize sont blessées à la tête. Les autres sont renvoyées dans l’entrepont, l’étage du navire où l’on enferme les captifs, et mises aux fers.
Lire le passage développé : Dossier — Se parler et agir malgré la garde de l’équipage
Source : Archives de l'armement, de la vente, de l'assurance et de la liquidation de La Bonne Société
Une femme esclavisée désigne de supposés empoisonneurs à la demande de planteurs
En 1785, dans la partie nord de Saint-Domingue — la colonie française devenue Haïti —, au moins quatre planteurs demandent à Marie Kingué, une femme tenue en esclavage réputée pour ses soins et ses divinations, de rechercher de supposés empoisonneurs sur leurs plantations. Un rapport anonyme l’accuse aussi d’être payée par des personnes esclavisées pour désigner leurs ennemis.
Selon l’analyse de l’historienne Marie Houllemare, les hommes désignés sont ensuite punis par leur maître ou son agent, au fouet ou au bûcher. Chez Chailleau — le commandant de milice qui la loge —, le rapport laisse sans nom ceux qui s’emparent des accusés, puis attribue leur torture et leur mise à mort par le feu à ce qu’il appelle le « tribunal » de Marie Kingué.
Lire le passage développé : Fiche — Marie Kingué, soignante et fabricante de talismans dans le nord de Saint-Domingue
Source : Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785)
Une femme esclavisée mord le gérant venu l’arrêter, et des personnes la laissent partir
Pidoux, un gérant — l’homme chargé d’administrer une plantation —, tente d’arrêter Marie Kingué, une femme tenue en esclavage dans le nord de Saint-Domingue, connue pour ses soins et ses désignations d’empoisonneurs supposés. Elle le mord, publiquement, et s’en va. Les personnes esclavisées placées sous l’autorité du gérant la laissent partir — elles avaient, selon le dénonciateur, plus peur d’elle que de lui.
Le substitut du procureur juge que les six hommes de la maréchaussée de Plaisance, la police à cheval, ne suffiront pas à l’appréhender et demande qu’on envoie une troupe depuis Le Cap, alors appelé Cap-Français. L’issue n’est pas connue.
Lire le passage développé : Fiche — Marie Kingué, soignante et fabricante de talismans dans le nord de Saint-Domingue
Source : Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785)
Une femme esclavisée soigne et aide des femmes à accoucher dans plusieurs paroisses
Marie Catherine dite Kingué, tenue en esclavage dans la partie nord de Saint-Domingue — la colonie française devenue Haïti —, soigne et aide des femmes à accoucher. Elle tient le rôle d’hospitalière, que l’historienne Marie Houllemare dit « dévolu à des femmes esclaves, âgées » aux côtés du chirurgien. On l’envoie chercher de plusieurs endroits du nord de la colonie.
L’étendue de sa réputation se lit dans les personnes qui recourent à elle : des personnes esclavisées la consultent, des planteurs la font venir et le commandant de milice Chailleau la loge chez lui. Ces actes ne sont connus que par des rapports écrits en 1785 pour la faire poursuivre, qui les présentent comme des supercheries.
Lire le passage développé : Fiche — Marie Kingué, soignante et fabricante de talismans dans le nord de Saint-Domingue
Source : Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785)
Des garçons portent des messages et des femmes organisent des chants collectifs sur le Hudibras
Afrique atlantique · Petites Antilles et circulations intercoloniales
Sur le Hudibras, un navire parti de Liverpool pour Old Calabar, dans l’actuel Nigeria, puis pour la Barbade et la Grenade en 1786–1787, des garçons portent des messages entre les espaces séparés des hommes et des femmes. Un garçon appelé Bristol interprète plusieurs langues de la région. À bord, des hommes et des femmes préparent aussi ensemble un soulèvement.
William Butterworth, un marin du navire qui raconte ce voyage des décennies plus tard, décrit, sans la nommer, une femme qui parle et chante au centre de cercles de femmes et de filles ordonnés par âge, pendant que le navire est encore dans la rivière de Calabar. Le groupe lui répond à la fin de certaines phrases. Elle meurt subitement avant le départ ; ses compagnes lui parlent à l’oreille pendant que son corps reste sur le pont jusqu’à son immersion à la marée suivante.
Lire le passage développé : Dossier — Se parler et agir malgré la garde de l’équipage
Sources : Three Years Adventures, of a Minor, in England, Africa, the West Indies, South-Carolina and Georgia, volume I · The Slave Ship: A Human History
Des hommes et des femmes organisent deux actions collectives sur le Hudibras
Afrique atlantique · Petites Antilles et circulations intercoloniales
Sur le Hudibras, un navire parti de Liverpool pour Old Calabar, dans l’actuel Nigeria, puis pour la Barbade et la Grenade en 1786–1787, des hommes captifs attaquent ensemble les quatre membres d’équipage qui distribuent les vivres et tentent de franchir la cloison qui ferme leur espace. L’équipage tire. William Butterworth, un marin du navire qui raconte la scène des décennies plus tard, estime qu’environ un tiers des hommes passe par-dessus bord ; il ne donne pas le nombre de morts.
Un second plan prévoit que des hommes abattent les cloisons pour gagner le pont tandis qu’une femme appelée « Boatswain Bess » dans le récit du marin et d’autres femmes s’arment près de l’espace où les repas sont préparés. Un garçon appelé Bristol, qui sert d’interprète au capitaine, apprend le plan et le lui rapporte. Des marins font attacher et fouetter deux hommes, renforcent les cloisons et surveillent ensuite étroitement les femmes.
Lire le passage développé : Dossier — Se parler et agir malgré la garde de l’équipage
Sources : Three Years Adventures, of a Minor, in England, Africa, the West Indies, South-Carolina and Georgia, volume I · The Slave Ship: A Human History
Ottobah Cugoano refuse de manger et de boire puis pense que ses proches doivent le rechercher
Dans son livre publié en 1787, Ottobah Cugoano raconte qu’enfant, enlevé en Afrique de l’Ouest avec dix-huit ou vingt autres filles et garçons qui jouaient loin de leurs proches, il refuse de manger et de boire pendant des journées entières. Lorsque l’homme de la maison où il est gardé promet de faire tout son possible pour le ramener chez son oncle, Cugoano mange un peu de fruit. Il pense alors que ses proches doivent le rechercher.
D’autres personnes conduisent ensuite Cugoano d’un lieu à un autre, puis le remettent à d’autres encore. Plus loin, un homme reçoit un fusil, du tissu et du plomb en échange de Cugoano. Cugoano passe ensuite trois jours enfermé dans un fort.
Lire le passage développé : Dossier — Vendus avant d’embarquer
À bord de La Flore, des personnes captives retirent leurs fers et affrontent l’équipage
Dans la nuit du 17 décembre 1787, La Flore, un navire préparé pour transporter des personnes captives, est ancrée dans la rivière du Gabon, sur la côte atlantique de l’Afrique, près de l’île à Perroquet. Des personnes captives retirent les fers qui les attachent, forcent des ouvertures et une porte, puis atteignent la partie supérieure du navire avec des pagaies, des couteaux, des bûches et des outils. Cinq se jettent à l’eau et tentent de s’échapper à la nage.
L’équipage tire avec un canon : une personne est tuée et deux autres sont blessées, sans que l’on sache si ces trois personnes sont parmi les cinq qui se sont jetées à l’eau. Une embarcation d’un autre navire, avec six hommes d’équipage munis de sabres et de pistolets, ramène les cinq personnes parties à la nage ; elles sont enchaînées de nouveau et attachées deux à deux. L’équipage inflige cinquante coups de fouet à celles qu’il désigne comme les plus impliquées. Le récit conservé de cet épisode est le compte rendu rédigé et signé ensuite par l’équipage : le texte donne le point de vue des marins.
Lire le passage développé : Dossier — Contester la détention
Source : Procès-verbaux de La Flore : résistance collective et négociation avec Miller, 1787–1788
Un homme et un garçon malades s’enfuient à la nage de La Seine
Le 12 décembre 1788, La Seine, un navire de traite, est retenue à Malimbe, sur la côte de l’actuel Cabinda, en Angola, avant de traverser l’Atlantique. Les captifs malades y sont tenus à part, derrière une palissade.
Ce jour-là, pendant qu’on sort le corps d’une personne morte et que les surveillants regardent ailleurs, un homme et un garçon malades franchissent la palissade et gagnent la côte à la nage. La chaloupe envoyée pendant plusieurs heures ne les retrouve pas, et les procès-verbaux du capitaine et des officiers ne disent rien de ce qu’ils deviennent ensuite.
Lire le passage développé : Dossier — Se parler et agir malgré la garde de l’équipage
Source : Dossier composite 2II/469 : pièces de La Seine et rapports de mer de La Minerve et La Bienheureuse
1789–1794Révolutions et première abolition
Olaudah Equiano s’enfuit, se cache un jour entier, puis renonce à rentrer chez lui
Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte qu’enfant, après son enlèvement avec sa sœur puis leur séparation, il passe entre plusieurs détenteurs. Chez un chef qui travaille le fer, il actionne les soufflets, qui attisent le feu de la forge, et observe la course du soleil pour chercher de quel côté se trouve sa maison.
Après avoir tué accidentellement un poulet, Equiano s’attend à être fouetté sur-le-champ et se cache dans un fourré voisin. Caché tout le jour, il entend ceux qui le cherchent juger la route de sa maison trop longue et trop embrouillée pour lui ; il écrit s’en être alors convaincu lui-même et avoir renoncé au départ qu’il préparait pour la nuit. À la nuit tombée, il quitte le fourré et se couche dans les cendres de la cuisine de son maître, d’où il était parti ; on l’y trouve au matin. Une nouvelle vente le conduit plus tard dans la maison où vit sa sœur, mais leurs détenteurs les séparent de nouveau le lendemain matin.
Lire le passage développé : Dossier — Broteer et Equiano, d’un détenteur à l’autre
Sources : The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African · Equiano, the African: Biography of a Self-Made Man · Where was Gustavus Vassa, also Known as Olaudah Equiano, Born? Revisiting an Old Question
Cinq captifs de La Seine percent la palissade et s’enfuient à la nage
Le 10 mars 1789, La Seine, un navire de traite, est retenue à Malimbe, sur la côte de l’actuel Cabinda, en Angola, avant de traverser l’Atlantique. Les captifs malades y sont tenus à part, derrière une palissade.
Profitant du déplacement des infirmiers, quatre garçons et un homme, malades ou infirmes, ouvrent la porte, percent la palissade et nagent jusqu’à la côte. Ils ne sont pas retrouvés après plus de cinq heures de recherche, et les procès-verbaux du capitaine et des officiers ne disent rien de ce qu’ils deviennent ensuite.
Lire le passage développé : Dossier — Se parler et agir malgré la garde de l’équipage
Source : Dossier composite 2II/469 : pièces de La Seine et rapports de mer de La Minerve et La Bienheureuse
Des captifs de L’Auguste se libèrent de leurs fers puis agissent de nouveau en mer
En 1790, L’Auguste, un navire de traite, est au mouillage sur la côte africaine, avant son départ pour la traversée. Des personnes captives se libèrent de leurs fers ; deux hommes, munis de morceaux de bois, tentent de gagner le pont. L’équipage les repousse et l’un d’eux est blessé.
Quatre jours après le départ, une nouvelle action collective commence en mer. Le capitaine et l’équipage font alors hisser l’un des deux hommes, déjà blessé, au bout d’une vergue — une pièce de bois horizontale fixée au mât —, puis le font fusiller devant les autres personnes captives pour les intimider. L’épisode n’est connu que par le rapport de mer que l’équipage signe : c’est sa version des faits.
Lire le passage développé : Dossier — Se parler et agir malgré la garde de l’équipage
Source : Rapport de mer de L’Auguste : résistances répétées et mise à mort, 1790
1794–1802Première liberté et guerres coloniales
Nealee refuse de manger et tente de fuir pendant la marche
Dans le récit de voyage qu’il publie en 1799, le voyageur britannique Mungo Park raconte qu’en 1797 Nealee avance captive dans une caravane dirigée par Karfa Taura vers la Gambie. Lorsqu’elle ne parvient plus à marcher, les conducteurs retirent sa charge. Nealee refuse de manger, dit qu’elle préfère mourir et tente de s’enfuir.
Les conducteurs la rattrapent et la fouettent à deux reprises. Ils la placent sur un âne, puis quatre personnes captives la portent par paires sur une litière de bambous. Après être parti en tête, Park apprend d’un homme asservi au service de Karfa que Karfa et le maître d’école ont laissé Nealee sur la route ; il ne voit pas lui-même cette décision et le récit ne dit pas ce qu’elle devient.
Lire le passage développé : Dossier — Marcher, porter, ne plus pouvoir avancer
1802–1830Rétablissement et second esclavage
Aucune action n’est encore publiée pour cette période. Ce silence est celui de notre dépouillement, pas celui de l’histoire. Voir les chantiers documentaires.
1830–1848Contestations et abolition définitive
Mahommah Gardo Baquaqua conduit pour le souverain qu’il sert un groupe qui saisit du vin transporté vers le marché
Mahommah Gardo Baquaqua raconte cette scène dans une biographie publiée en 1854, écrite et révisée par Samuel Moore à partir des paroles de Baquaqua. Baquaqua sert alors comme garde et messager d’un souverain. Selon l’historien Robin Law, ce souverain est probablement établi dans une localité voisine placée sous l’autorité politique de Djougou, une ville de l’actuel Bénin, peut-être Soubroukou. Le statut exact de Baquaqua à ce moment reste discuté.
Le souverain envoie Baquaqua chercher du vin de palme, une boisson tirée du palmier. Baquaqua conduit plusieurs autres personnes que ce souverain tient en esclavage. Le groupe se cache dans les hautes herbes le long de la route du marché ; l’un de ses membres monte dans un arbre pour guetter. Lorsqu’une femme portant du vin approche, le guetteur avertit le groupe. Baquaqua raconte la suite au « nous » : le groupe entoure la femme et saisit le vin.
Le groupe conserve le vin s’il est bon ; s’il est mauvais, il le rend en ordonnant à la femme de ne pas révéler l’embuscade. Si la quantité obtenue ne suffit pas, l’opération recommence avec d’autres femmes. Le récit dit que ces femmes transportent le vin vers le marché, mais non si elles l’ont produit ou le vendent elles-mêmes, ni quel est leur statut ou leur rapport au souverain. Il ne permet pas non plus de distinguer qui accomplit chaque geste ni quelle marge de choix ont les personnes conduites par Baquaqua. Cette scène montre des gestes organisés — se cacher, guetter, avertir et recommencer — accomplis sur l’ordre du souverain, sous la conduite de Baquaqua et au détriment des femmes interceptées.
Sources : Individualising the Atlantic Slave Trade: The Biography of Mahommah Gardo Baquaqua of Djougou (1854) · Atlantic Abolition in the Borderlands: The Interesting Narrative of Mahommah Gardo Baquaqua · Biography of Mahommah G. Baquaqua, a Native of Zoogoo, in the Interior of Africa
1848–1852Indemnisation et réorganisation du travail
Aucune action n’est encore publiée pour cette période. Ce silence est celui de notre dépouillement, pas celui de l’histoire. Voir les chantiers documentaires.
1852–1870Engagisme et immigrations sous contrat
Aucune action n’est encore publiée pour cette période. Ce silence est celui de notre dépouillement, pas celui de l’histoire. Voir les chantiers documentaires.
1870–1946Suffrage rétabli et assimilation coloniale
Aucune action n’est encore publiée pour cette période. Ce silence est celui de notre dépouillement, pas celui de l’histoire. Voir les chantiers documentaires.
1946–aujourd’huiDépartements d’outre-mer, migrations et mémoires
Aucune action n’est encore publiée pour cette période. Ce silence est celui de notre dépouillement, pas celui de l’histoire. Voir les chantiers documentaires.