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Esclavage aux Antilles

Un répertoire de gestes documentés

Vies et actions

Fuir, refuser, prendre soin, défendre sa liberté ou agir ensemble : cette page rassemble des actions précises déjà établies dans les dossiers et les fiches. Chaque entrée donne une date, un lieu et un chemin vers le récit ou le document qui permet de la connaître.

12 actions documentées

La répartition de ces gestes dans le temps suit la densité des sources dépouillées, et non celle des résistances : une période peu fournie ici ne dit rien de ce qui s’y est joué.

1620–1664Premières implantations et premiers asservissements

Aucune action n’est encore publiée pour cette période. Ce silence est celui de notre dépouillement, pas celui de l’histoire. Voir les chantiers documentaires.

1664–1685Passage au sucre et prise de contrôle royal

  1. Une femme malade refuse la nourriture qu’on lui présente sur le James

    Afrique atlantique · Petites Antilles et circulations intercoloniales

    Le 15 avril 1676, le James traverse l’Atlantique entre Dixcove, sur la côte de l’actuel Ghana, et la Barbade. Une femme captive est malade. Le capitaine Peter Blake note qu’elle ne mange plus et qu’elle refuse la nourriture qu’on lui présente.

    Le navire poursuit sa route pendant plus d’un mois avant d’apercevoir la Barbade. Peter Blake inscrit ce geste dans son compte de mortalité, sans conserver le nom de cette femme, ses paroles ni la raison de son refus. Le refus est documenté ; son motif demeure inconnu.

    Lire le passage développé : Dossier — Chercher une issue et reprendre l’action

    Sources : Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume I, 1441–1700 · Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora

  2. Un homme se jette à la mer et refuse l’aviron qu’on lui tend

    Afrique atlantique · Petites Antilles et circulations intercoloniales

    Le 17 avril 1676, pendant la traversée du James vers la Barbade, un homme captif se jette à la mer. L’équipage met un canot à l’eau pour le rejoindre et place un aviron entre ses bras.

    L’homme refuse de saisir l’aviron et se noie dans l’Atlantique. Le journal ne conserve ni son nom ni ses paroles : il établit le saut, le canot envoyé et le refus de revenir à bord, mais ne permet pas de connaître ce qu’il voulait ou espérait.

    Lire le passage développé : Dossier — Chercher une issue et reprendre l’action

    Sources : Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume I, 1441–1700 · Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora

  3. Une mère continue de porter son enfant à bord du James

    Afrique atlantique · Petites Antilles et circulations intercoloniales

    Le 26 avril 1676, le James est toujours en mer en direction de la Barbade. Une femme captive continue de porter son enfant à travers le navire malgré son épuisement. Le compte tenu par le capitaine attribue sa mort à cet effort prolongé.

    Ce geste de soin relie une mère et son enfant au milieu de la traversée imposée. Peter Blake ne note ni leur nom ni ce qui arrive ensuite à l’enfant. Son compte conserve l’action de la mère parce qu’il cherche à expliquer sa mort.

    Lire le passage développé : Dossier — Chercher une issue et reprendre l’action

    Sources : Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume I, 1441–1700 · Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora

  4. Environ cinquante personnes quittent la zone française d’Hispaniola

    Saint-Domingue · Hispaniola et circulations franco-espagnoles

    Avant le 25 octobre 1677, environ cinquante personnes asservies dans l’ouest d’Hispaniola occupé par des colons français quittent cette zone et atteignent la partie espagnole de l’île. L’Audiencia de Santo Domingo, la haute cour de la colonie espagnole, reconnaît leur liberté au lieu d’ordonner leur restitution.

    Le gouverneur espagnol les réunit ensuite à San Lorenzo, près de Santo Domingo. Il veut employer leur travail agricole et les entraîner au maniement de la lance pour défendre la colonie. Leur départ les soustrait donc aux propriétaires français, mais les place sous un autre pouvoir colonial.

    Lire le passage développé : Dossier — Des personnes sortent par la frontière ou par la mer, et le contrôle colonial se resserre

    Sources : Documentos para el estudio de la historia colonial de Santo Domingo (1561–1680), tome II · Colaboraciones fronterizas, diplomacia y guerra en La Española, 1660–1690

  5. Treize personnes gagnent Santo Domingo au cours de huit arrivées

    Saint-Domingue · Hispaniola et circulations franco-espagnoles

    Entre le 11 octobre 1678 et le 13 février 1679, treize personnes parties de l’ouest d’Hispaniola occupé par des colons français atteignent la ville espagnole de Santo Domingo. Le certificat consigne huit dates d’arrivée pour treize personnes : plusieurs d’entre elles se présentent donc ensemble, et deux garçons d’environ onze ou douze ans y sont dits pris par les Français lors du sac de Maracaibo, ville alors sous domination espagnole.

    Le certificat dressé en avril désigne douze de ces personnes par un prénom et en consigne une sans lui en donner aucun. Ces prénoms sont ceux que le greffier espagnol a retenus : ce ne sont pas les noms reçus des familles, et le site ne les publie donc pas comme une restitution. Le document ne décrit pas les itinéraires et ne dit pas quelle décision est ensuite prise pour ces treize personnes.

    Lire le passage développé : Dossier — Des personnes sortent par la frontière ou par la mer, et le contrôle colonial se resserre

    Sources : Documentos para el estudio de la historia colonial de Santo Domingo (1561–1680), tome II · Colaboraciones fronterizas, diplomacia y guerra en La Española, 1660–1690

  6. Des femmes et des hommes prennent une chaloupe pour quitter la Martinique

    Martinique

    Avant le 17 juillet 1679, plusieurs femmes et hommes esclavisés prennent une chaloupe amarrée à un navire en rade de la Martinique et s’en servent pour quitter l’île. L’arrêt qui rapporte leur action ne donne ni le jour du départ ni leur destination ; leur condamnation montre qu’ils ont été repris.

    Le Conseil souverain de la Martinique condamne les hommes à l’amputation de la jambe gauche, et les femmes à l’ablation du nez suivie d’un marquage au front. Il impose ensuite le retrait nocturne des voiles et des avirons, et ordonne aux habitants de tirer leurs canots à terre ou de les enchaîner.

    Lire le passage développé : Dossier — Des personnes sortent par la frontière ou par la mer, et le contrôle colonial se resserre · Fiche — Une chaloupe pour quitter la Martinique, 1679

    Source : Loix et constitutions des colonies françoises de l’Amérique sous le vent, tome I, 1550–1703

1685–1715Construction du régime juridique

  1. Babet Binture réclame en justice la liberté pour elle et ses enfants

    Martinique

    Tenue en esclavage par Elizabeth Merger, veuve de La Palu, Babet Binture présente une requête et réclame la liberté pour elle et ses enfants. Elle ne demande pas un affranchissement : elle soutient être née de père et mère libres, comme sa sœur Catin Lamy que le Conseil supérieur de la Martinique vient de déclarer libre de naissance. Elle agit par un procureur, Jean Deshayes Doussain, et fait citer des témoins ; la partie adverse en produit aussi.

    Le 25 août 1708, l’intendant lui donne raison et ordonne à la veuve de les remettre. Six jours plus tard, la décision est signifiée : Babet Binture y est désignée comme négresse libre, ayant élu domicile au bourg Saint-Pierre. La veuve conteste, est déboutée en 1709, et le roi approuve le jugement en 1710. En 1714 pourtant, le ministre ordonne un nouvel examen de preuves ; ce qu’il a décidé n’est pas conservé.

    Lire le passage développé : Dossier — L’intendant déclare Babet Binture et tous ses enfants libres d’origine · Fiche — Babet Binture réclame sa liberté, Martinique, 1708

    Sources : Extraits des registres du greffe civil et criminel de la Martinique et lettres ministérielles, 1700-1711 · Lettre de Vaucresson au ministre, accusant réception de l’ordre de recevoir l’affaire Babet Binture à un nouvel examen de preuves

  2. Des femmes et des hommes vivent marrons dans les bois de la Martinique et nient devant le juge tout projet de révolte

    Martinique

    Laurence, Marguerite dite Margot, Magdelaine, Michau, Jérôme, Colas, Jeannot et d’autres vivent marrons dans les bois de la Martinique. Ils ont d’abord pris des bananes et des figues, puis fait un jardin ; des couples s’y forment, des vivres circulent entre le bois et les habitations, et Michau se tient une partie du temps chez son propre maître et chez le gendre de celui-ci. Chacune et chacun donne une raison différente d’être parti : le maître de Laurence avait brûlé sa case, la maîtresse de Magdelaine voulait la faire battre sans sujet, Margot était malade.

    Pris l’un après l’autre en septembre et octobre 1711, ils sont interrogés à Saint-Pierre par le juge Houdin, sous une accusation de sédition et révolte contre les Blancs qui expose à la mort. Interrogée sur ce qu’elle devait faire lorsque des hommes devaient foncer sur les Blancs, Laurence répond n’avoir jamais entendu parler que les nègres dussent se révolter ; lecture faite, elle persiste. Confronté à Lucas, qui rapporte des propos sur une prison à forcer, Michau répond que ce sont autant de faussetés.

    Dix-sept personnes sont condamnées à mort. Le sieur de Loré, qui avait donné retraite à Michau au mépris d’un arrêt affiché dans toute l’île, est reconnu par le Conseil dans le cas de complicité, puis condamné à cent francs d’amende — l’administration écrit qu’impliquer un Blanc dans une affaire pareille aurait porté à conséquence. En mai 1712, le gouverneur général mande au ministère que la conspiration générale annoncée était chose entièrement fausse.

    Lire le passage développé : Dossier — Une procédure pour sédition envoie dix-sept personnes à la mort

    Sources : Interrogatoires et pièces de l’affaire dite du Gaoulet, Martinique · Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles — L’affaire dite du Gaoulet de 1710

1715–1789Expansion du système esclavagiste

  1. Des personnes captives se libèrent de leurs fers et gagnent le pont de La Flore

    Afrique atlantique

    Dans la nuit du 17 décembre 1787, La Flore est encore au mouillage dans la rivière du Gabon, près de la côte. Des personnes captives retirent leurs fers, forcent les écoutilles et une porte, puis gagnent le pont avec des pagaies, des couteaux, des bûches et des outils. Cinq se jettent à l’eau pour tenter de rejoindre la terre à la nage.

    L’équipage tire au canon : une personne est tuée et deux autres sont blessées. Un canot armé venu d’un autre navire ramène les cinq nageurs. Les captifs sont ferrés deux à deux et les personnes que l’équipage désigne comme les plus impliquées reçoivent cinquante coups de fouet.

    Lire le passage développé : Dossier — Chercher une issue et reprendre l’action

    Source : Procès-verbal sur la résistance collective à bord de La Flore, 17 décembre 1787

1789–1794Révolutions et première abolition

  1. Des captifs de L’Auguste se libèrent de leurs fers puis agissent de nouveau en mer

    Afrique atlantique

    En 1790, L’Auguste est encore au mouillage sur la côte africaine lorsque des personnes captives se libèrent de leurs fers. Deux hommes, munis de morceaux de bois, tentent de gagner le pont. L’équipage les repousse ; l’un d’eux est blessé.

    Quatre jours après le départ, une nouvelle action collective commence en mer. Le capitaine et l’équipage font hisser l’un des deux hommes, déjà blessé, au bout d’une vergue du mât, puis le font fusiller devant les autres personnes captives pour les intimider.

    Lire le passage développé : Dossier — Chercher une issue et reprendre l’action

    Source : Rapport de mer de L’Auguste : résistances répétées et mise à mort, 1790

1794–1802Première liberté et guerres coloniales

Aucune action n’est encore publiée pour cette période. Ce silence est celui de notre dépouillement, pas celui de l’histoire. Voir les chantiers documentaires.

1802–1830Rétablissement et second esclavage

Aucune action n’est encore publiée pour cette période. Ce silence est celui de notre dépouillement, pas celui de l’histoire. Voir les chantiers documentaires.

1830–1848Contestations et abolition définitive

  1. Une femme tenue en esclavage paie sa propre sortie du cachot de son maître

    Guadeloupe et dépendances

    Ramenée à l’habitation après son arrestation, Thisbé est enfermée au cachot. Son maître lui fait alors demander que si elle paie les frais d’arrestation, de geôle et de temps perdu, il la fera sortir. Elle accepte.

    L’argent existait, et il n’était pas sur l’habitation : un autre esclave, Marcelin, va le chercher à Trois-Rivières chez une amie de Thisbé nommée Florine, dont on ignore si elle était libre ou asservie. Soixante francs. Un témoin résume l’issue en une phrase : Thisbé « indiqua à Monsieur où il trouverait soixante francs qui devaient servir à la délivrer. Cette femme fût mise en liberté ».

    Lire le passage développé : Fiche — Thisbé : partir marronne pour aller porter plainte

    Sources : Libres et sans fers. Paroles d’esclaves · Figures d’esclaves à travers les procédures judiciaires en Guadeloupe (1789-1848)

  2. Une mère part marronne avec son fils battu pour porter plainte au maire

    Guadeloupe et dépendances

    Le fils de Thisbé, Lindor, encore enfant, gardait les bestiaux sur l’habitation de Trois-Rivières, en Guadeloupe. Il était trop petit pour cette garde et il fut battu durement. Sa mère déclare avoir été forcée de partir marronne en l’emmenant avec elle.

    Ce qu’elle décrit n’est pas une fuite vers les bois, mais une démarche : elle voulait aller porter plainte au maire de la commune, M. de Jabrun, avec l’enfant blessé. Elle s’arrête chez une voisine, Madame de Touchimbert, qui l’en dissuade et lui donne du suif pour frictionner les coups. Elle est arrêtée à Capesterre, la commune voisine, sans avoir atteint le maire.

    Lire le passage développé : Fiche — Thisbé : partir marronne pour aller porter plainte

    Sources : Libres et sans fers. Paroles d’esclaves · Figures d’esclaves à travers les procédures judiciaires en Guadeloupe (1789-1848)

1848–1852Indemnisation et réorganisation du travail

Aucune action n’est encore publiée pour cette période. Ce silence est celui de notre dépouillement, pas celui de l’histoire. Voir les chantiers documentaires.