Chaque point reprend un énoncé sourcé déjà employé dans un dossier, une fiche ou une entrée autonome de « Vies et actions », avec la localisation exacte de ses preuves et sa limite de portée.
Dans son manuel publié à Basse-Terre en 1792, le planteur Poyen de Sainte-Marie décrit ce qu’il dit avoir…
Point 1 sur 9 · Prescription · publication du manuel
Dans son manuel publié à Basse-Terre en 1792, le planteur Poyen de Sainte-Marie décrit ce qu’il dit avoir établi sur ses habitations pour les enfants sevrés : les mères les remettent à deux femmes qui les conduisent le matin chez la ménagère, laquelle leur donne un petit verre de vin contre les vers et leurs trois repas préparés à la cuisine du maître ; les gardiennes les baignent, leur font ôter les chiques des pieds et les promènent, puis les ramènent le soir chez leurs mères, où il veille à ce qu’ils soient couchés sur de bonnes paillasses et non sur la terre, comme il arrivait autrefois à certains. Il dit avoir pris ces mesures parce que ses « négrillons » étaient auparavant « dans l’état le plus déplorable » et qu’il en perdait beaucoup.
Précisions nécessaires à l’interprétation
C’est le programme d’un planteur, qui dit ce qu’il a fait sur ses propres habitations, non la pratique générale de l’île ; Oudin-Bastide tient ce soin pour exceptionnel. Le texte ne nomme ni les gardiennes ni les enfants.
Joseph Lacroix et Élisabeth : acte biffé et baptême de leur fils
Point 2 sur 9 · Événement · acte de mariage biffé au Lamentin · naissance de Pascal Louis Laurent selon son baptême · baptême de Pascal Louis Laurent au Mouillage
Au Lamentin, un acte de mariage daté du 8 mai 1787, traversé de biffures, nomme Joseph Lacroix, libre, et Élisabeth, désignée « mulâtresse son esclave ». Dans une clause également en partie biffée, « Les Contractans ont déclaré et reconnu » une enfant nommée Élisabeth, née selon l’acte dans le courant de 1781 ; la fin de la formule de légitimation ne se lit pas sûrement. Dans un acte distinct, au Mouillage de Saint-Pierre le 23 août 1794, le curé baptise Pascal Louis Laurent, né le 10 août, « fils legitime de joseph lacroix capre libre » et d’Élisabeth, dite « mulatresse libre comme il conste par son acte de mariage ». Le baptême de 1794 renvoie donc au mariage pour attester sa liberté, sans dater ce mariage dans sa propre formule.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La raison des biffures de l’acte de 1787 n’est pas donnée : elles ne démontrent pas, à elles seules, une annulation juridique du mariage. Sa formule finale de légitimation est trop surchargée pour être citée comme acquise. Le baptême de 1794 ne cite ni l’article neuf, ni un maître, ni les enfants antérieurs ; il ne prouve donc pas le rang de Pascal Louis Laurent parmi les enfants du couple. Les registres n’établissent pas les circonstances de conception ni la parole personnelle d’Élisabeth.
- Registre des baptêmes, mariages et sépultures du Lamentin, 1787 — copie pour le Dépôt des papiers publics des colonies — ANOM, MARTINIQUE/850570, vue 07, fichier 0365, page gauche, acte biffé du 8 mai 1787, qualification des futurs époux et reconnaissance sous l’acte ; copie du registre paroissial
- Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse du Mouillage (Saint-Pierre, Martinique), année 1794, avec table annuelle et légalisation de 1795 — ANOM, MARTINIQUE/850614, vue 31, fichier 0397, page gauche, acte marginal no 192 du 23 août 1794, baptême de Pascal Louis Laurent et formule relative au mariage d’Élisabeth
Désirée épouse Pierre Bois Canon, qu’elle possède, selon l’article neuf
Point 3 sur 9 · Événement · mariage au Lamentin
Au Lamentin, le 19 mars 1793, le préfet apostolique, supérieur général des missions capucines des îles du Vent, donne la bénédiction nuptiale « à la Citoyenne désirée Majeure d’age de cette paroisse Et y demeurante et a pierre Bois Canon Son Esclave Majeur d’age », « conformément à l’ordonnance du Roi du Mois de Mars » 1685, « article neuf ». Une femme libre épouse ainsi l’homme qu’elle possède, et l’acte invoque pour ce mariage la règle que l’article prévoit pour un homme libre qui épouse la femme qu’il possède.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La pièce conservée est une copie collationnée en 1803, et non le feuillet original de 1793. L’acte ne dit ni comment Désirée est devenue libre, ni depuis quand elle possède Pierre Bois Canon, ni si celui-ci devient libre par ce mariage ; il ne nomme aucun enfant. Le mot qui suit « Mil » dans la date de l’ordonnance est surchargé dans la copie ; le reste de la formule désigne l’ordonnance de mars 1685.
- Le Lamentin, baptêmes, mariages et sépultures de 1793, copie collationnée en 1803 et table alphabétique — ANOM, MARTINIQUE/850570, vue 05, fichier 0441, page droite, folio 2, deuxième mariage, acte du 19 mars 1793 : qualité du célébrant, formule « conformément à l’ordonnance du Roi du Mois de Mars » 1685, « article neuf », désignation de Désirée comme « Citoyenne » et de Pierre Bois Canon comme « Son Esclave » ; copie collationnée en 1803
Le rapport de mer de L’Auguste rapporte qu’en 1790, alors que le navire était encore au mouillage sur la…
Point 4 sur 9 · Témoignage · 1790
Le rapport de mer de L’Auguste rapporte qu’en 1790, alors que le navire était encore au mouillage sur la côte africaine, les personnes captives se libérèrent de leurs fers et que deux tentèrent de gagner le pont avec des morceaux de bois ; quatre jours après le départ, une nouvelle action collective eut lieu en mer, après quoi le capitaine et l’équipage firent hisser l’un des deux hommes, déjà blessé, au bout de la vergue de misaine puis le firent fusiller afin d’intimider les autres.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le rapport est produit par le capitaine, les officiers et les mariniers qui justifient leur conduite. Aucune personne captive n’est nommée ou citée et le texte emploie le vocabulaire répressif de l’équipage ; il établit la répétition des actions et la décision de mise à mort, pas les intentions individuelles.
Selon Frédéric Régent, sur le plan cadastral de la Grande-Terre de 1732, une seule concession sur 652…
Point 5 sur 9 · Mesure · 1732–1798
Selon Frédéric Régent, sur le plan cadastral de la Grande-Terre de 1732, une seule concession sur 652 appartient à un homme auquel un qualificatif de couleur est attribué, alors que plusieurs dizaines de ces concessionnaires ont une ancêtre noire. Au début de la Révolution, environ 5 % des esclaves appartiennent au groupe des libres de couleur. Sur environ 2 000 exploitations agricoles recensées en 1796-1798 en Grande-Terre et en Basse-Terre, Petit-Bourg excepté, il compte 384 habitations appartenant à des personnes qu’il classe comme « métissés » et 91 à des « noirs ». Selon lui, ils n’ont quasiment jamais les moyens financiers, ni le crédit, pour acheter des manufactures à sucre.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les groupes « métissés » et « noirs » sont ceux que Régent construit ; ils ne se superposent pas aux rubriques des recensements. L’ancêtre noire des concessionnaires de 1732 est établie par ses recherches généalogiques, non par le plan, qui ne qualifie qu’un concessionnaire. Les 5 % ne sont pas datés plus précisément que le début de la Révolution.
Selon Frédéric Régent, la loi du 4 avril 1792 sur l’égalité politique des libres de couleur est appliquée…
Point 6 sur 9 · Événement · 1792-04-04–1792-06-24
Selon Frédéric Régent, la loi du 4 avril 1792 sur l’égalité politique des libres de couleur est appliquée immédiatement en Guadeloupe : dès le 4 juin, le gouverneur appelle de nouvelles assemblées primaires ouvertes à tous les citoyens pour le 24 juin, qui désignent une nouvelle Assemblée coloniale et renouvellent les municipalités, sans qu’aucun citoyen de couleur n’y soit élu ; ils sont peu nombreux à répondre aux critères censitaires.
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’explication par les critères censitaires est celle de Régent ; il ne chiffre pas les libres de couleur qui y répondaient.
Le 17 novembre 1789, trois affranchis d’une même fratrie de la Guadeloupe, qualifiés de mulâtres — François…
Point 7 sur 9 · Événement · 1789-11-17–1790
Le 17 novembre 1789, trois affranchis d’une même fratrie de la Guadeloupe, qualifiés de mulâtres — François Remy, François Michel dit Ismaël et Élizabeth Miotte —, achètent des personnes esclavisées pour constituer un atelier : six pour 10 000 livres, cinq pour 9 500 livres et cinq pour 5 000 livres. Dix jours plus tard, les deux frères en achètent dix-huit autres pour 13 000 livres. Le 1er février 1790, la fratrie acquiert au quartier des Abymes une habitation caféière de dix-neuf carrés plantés en café, vivres et cotons, pour 100 000 livres payées comptant. Une semaine après, chacun des trois teste en désignant les deux autres comme légataires universels et le sieur Laverdant comme exécuteur testamentaire.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les faits sont donnés par Régent d’après des actes notariés qu’il ne reproduit pas et dont il ne donne pas la cote à cet endroit : les prix et les dates ne sont connus ici que par lui. Les trente-quatre personnes achetées ne sont ni nommées ni dénombrées par âge ou par sexe, et rien n’est dit de ce qu’elles sont devenues. Les qualifications « mulâtre » et « affranchi » sont celles des actes. Le paiement des 100 000 livres est dit « comptant » par Régent, qui n’en indique pas l’origine.
- Les Maîtres de la Guadeloupe. Propriétaires d’esclaves (1635-1848) — p. 192, fichier OEBPS/PL19.xhtml, section « Le rôle complémentaire des cultures secondaires » : la fratrie de Mulâtres affranchis François Remy, François Michel dit Ismaël et Élizabeth Miotte ; achats du 17 novembre 1789 de six personnes pour 10 000 livres, cinq pour 9 500 et cinq pour 5 000 ; achat de dix-huit personnes pour 13 000 livres dix jours plus tard ; acquisition de l’habitation caféière le 1er février 1790
Dans son journal de La Rosalie, Augustin David Osmond compte 23 décès parmi les 523 personnes captives…
Point 8 sur 9 · Mesure · 1789-10-27–1789-12-05
Dans son journal de La Rosalie, Augustin David Osmond compte 23 décès parmi les 523 personnes captives parties de Loango pendant les 38 jours qui vont du premier jour de mer, le 28 octobre 1789, à l'arrivée à la pointe de la Caravelle, en Martinique, le 5 décembre.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Osmond produit le journal depuis l'équipage et désigne rarement les personnes mortes autrement que par une catégorie de sexe et d'âge. Les causes portées en marge sont ses qualifications. Dans leur étude de ce journal, Delente et Delente donnent 518 personnes et 31 morts avant la Martinique ; ces nombres ne concordent ni avec les 523 personnes du départ ni avec les 23 décès que le manuscrit relève jusqu'à la Caravelle, et ce sont ceux du manuscrit qui sont retenus.
Le journal de La Rosalie compte 523 personnes captives au départ de Loango le 27 octobre 1789.
Point 9 sur 9 · Mesure · 1789-10-27–1790-01-27
Le journal de La Rosalie compte 523 personnes captives au départ de Loango le 27 octobre 1789. Il porte 23 décès pendant les 38 jours de mer jusqu'à la pointe de la Caravelle, neuf autres jusqu'au 1er janvier 1790, puis inscrit 487 personnes dans les quatre catégories de son tableau du 2 au 27 janvier et isole encore quatre morts. Additionnés, ces quatre nombres redonnent les 523 personnes du départ : 23 + 9 + 487 + 4 = 523.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le journal et le tableau sont produits depuis le navire et l'opération de vente. Les 487 personnes sont inscrites dans les catégories du tableau ; cette inscription n'établit pas à elle seule l'issue individuelle de chaque personne ni les modalités de la vente. Les 518 personnes et 31 morts avant l'arrivée que donnent Delente et Delente ne concordent pas avec ces nombres du manuscrit, qui sont ceux retenus.