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Esclavage aux Antilles

XVIIe–début XIXe siècle · Dossier 2

Traverser l’Atlantique à bord d’un navire négrier

La terre reste d’abord visible. Puis elle disparaît, tandis que le navire continue d’avancer jour et nuit. Sous le pont ou sur le pont, souvent entravés, des femmes, des hommes et des enfants cherchent à comprendre la destination que l’équipage leur impose, parlent, transmettent des messages, prennent soin les uns des autres, refusent et agissent.

Publié le 13 août 2026 · Mis à jour le 14 août 2026 · 25 min de lecture · Texte, documents et schémas sourcés

Collection · 2/3 · De la capture aux Antilles

Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte sa déportation depuis la côte africaine vers la Barbade. Il découvre d’abord la mer, puis un navire qui attend au large. Des hommes de l’équipage examinent son corps. Sous le pont, l’odeur, les cris et la peur l’empêchent de manger ; deux hommes de l’équipage le fouettent lorsqu’il refuse la nourriture. Lorsqu’il rencontre des personnes de sa région, il leur demande ce qui va leur arriver et comment ce grand espace de bois peut se déplacer.

Un autre voyage permet de suivre ce temps jour après jour : du 8 mars au 21 mai 1676, le navire James relie Dixcove, sur la côte de l’actuel Ghana, à la Barbade. Equiano ne se trouve pas sur ce navire : 1789 est la date de publication de son récit, tandis que 1676 est la date du voyage du James. Les autres navires nommés dans ce dossier correspondent eux aussi à des traversées distinctes, rapprochées pour suivre les mêmes moments : la côte qui s’éloigne, les jours en mer, les passages entre le pont et l’espace fermé, les relations, les actions et l’arrivée.

6 repères

Un autre voyage suivi jour après jour : le navire anglais James entre Dixcove et la Barbade en 1676

  1. Dixcove, côte de l’Or, dans l’actuel Ghana

    Le James prend la mer

    Le capitaine Peter Blake connaît la destination et dispose des instruments de navigation ; les personnes captives, elles, ignorent la route vers la Barbade.

    Sources de cette partie : [4] · [5]

  2. Atlantique, pendant un orage

    Peter Blake fait retirer les entraves métalliques

    Huit jours après le départ, Peter Blake note qu’il fait libérer de leurs fers toutes les personnes captives pendant un orage accompagné de tonnerre, d’éclairs et de pluie.

    Source de cette partie : [4]

  3. Atlantique, pendant la nuit

    Un garçon malade tombe à la mer

    Le compte de mortalité indique qu’un garçon très malade tombe par-dessus bord dans la nuit et disparaît. Peter Blake ne note pas son nom.

    Source de cette partie : [4]

  4. Atlantique

    Un homme refuse de revenir à bord

    Un homme se jette à la mer. Lorsque le canot le rejoint, l’homme ne saisit pas l’aviron tendu entre ses bras et se noie.

    Sources de cette partie : [4] · [5]

  5. Atlantique

    Une mère continue de porter son enfant

    Le compte attribue la mort d’une femme à l’épuisement après qu’elle a porté son enfant à travers le navire. Cette femme et cet enfant avaient des noms que Peter Blake ne note pas.

    Sources de cette partie : [4] · [5]

  6. Baie de Carlisle, Barbade

    La terre apparaît

    Le James aperçoit la Barbade et jette l’ancre dans la baie de Carlisle. L’inspection et la préparation de la vente commencent dès le lendemain.

    Source de cette partie : [4]

1

Sur la côte africaine encore visible

Monter à bord sans savoir où l’on va

Equiano arrive devant le navire après des mois de déplacements forcés. Il voit la mer pour la première fois. Sur le pont, des membres de l’équipage le saisissent, le soulèvent et l’examinent. La chaudière, les hommes enchaînés, les langues qu’il ne comprend pas et les gestes de l’équipage lui font craindre d’être tué. Quand les hommes africains qui l’ont conduit jusqu’au navire quittent le bord, le rivage demeure proche mais devient inaccessible.

Sous le pont, Equiano tombe malade. Il refuse la nourriture qu’on lui présente ; deux hommes l’attachent et le fouettent. Plus tard, il retrouve parmi les hommes enchaînés des personnes de sa région. Il leur demande ce que les Européens feront de lui et des autres captifs. Elles lui répondent que les Européens les conduiront dans le pays des Européens pour les faire travailler. Il écrit que cette réponse le rassure un peu, sans lui donner la route, la durée ni ce qui l’attend à l’arrivée.

Ottobah Cugoano, déporté vers l’île de la Grenade, raconte une autre attente. Dans le texte qu’il publie en 1787, il est conduit de Cape Coast, sur la côte de l’actuel Ghana, vers un navire en partance pour cette île. Les personnes enfermées restent plusieurs jours à bord en vue de leur terre. Des marchands africains montent encore sur le navire, mais l’équipage pousse les captifs sous le pont et interdit tout échange avec ces marchands.

La traversée commence donc dans une proximité trompeuse : la terre peut être vue, les activités du rivage peuvent continuer et d’autres embarcations peuvent approcher. Pourtant, les parois, les gardes et l’eau ont déjà transformé cette courte distance en frontière. Quand le navire part, l’enfermement a déjà commencé ; seule la côte s’éloigne.

Sources de cette partie : [1] · [2]

Voir les preuves précises et leurs limites

Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte son arrivée devant un navire négrier, l’examen de son corps, la descente sous le pont, son refus de manger puni par le fouet, puis les questions qu’il adresse à des personnes de sa région sur leur destination et sur la marche du navire. Après le départ, il décrit l’enfermement, le manque d’air, trois hommes qui se jettent à la mer, les poissons volants et l’instrument de navigation, puis l’apparition de la Barbade et l’inspection devant Bridgetown.

  • Source [1] — chapitre II, p. 71–78 pour l’embarquement, la descente sous le pont, le refus de manger et les questions échangées ; p. 79–83 pour le départ, le manque d’air et les trois hommes se jetant à la mer ; p. 83–85 pour les poissons volants, le quadrant, la Barbade et Bridgetown
  • Source [5] — chapitre 5, p. 123–126, analyse de la question « What was to be done with us? » et du navire comme « hollow place »

À garder en tête : La naissance africaine d’Equiano et le statut autobiographique exact de sa traversée ont fait l’objet d’un débat renouvelé. Le récit est certain comme publication de 1789 et doit être présenté sous cette qualification ; il ne faut pas convertir silencieusement chaque détail en déposition indépendante contrôlée par un journal de bord.

Dans le récit qu’Ottobah Cugoano publie en 1787, les personnes conduites de Cape Coast vers la Grenade passent plusieurs jours enfermées à bord alors que la terre reste visible. Après le départ, elles concertent un projet pour mettre le feu au navire et mourir ensemble : Cugoano écrit que les femmes et les garçons doivent l’exécuter parce que les hommes sont enchaînés sous le pont ; le projet est révélé puis réprimé.

  • Source [2] — p. 10, de l’enfermement à bord en vue de la côte au projet de mettre le feu au navire, à sa révélation et à la répression

À garder en tête : Cugoano relie la révélation du projet à une femme de leur région que des responsables du navire faisaient coucher avec eux. Cette situation de violence sexuelle ne permet ni de connaître sa marge de choix ni de la réduire à une figure morale de trahison. Le récit ne donne pas le nom du navire ni une date précise de la traversée.

2

En haute mer, des jours et des nuits en mouvement

Quand la terre disparaît

Le 8 mars 1676, le James quitte Dixcove, sur la côte de l’Or dans l’actuel Ghana, pour la Barbade. Peter Blake, capitaine du navire, connaît la destination et consigne le vent, la route et les événements de chaque journée. Pour les personnes enfermées, le dernier repère terrestre s’efface. Le soleil et la lune permettent encore de reconnaître le passage des jours, mais ni la distance parcourue ni la direction suivie.

En haute mer, le navire poursuit son déplacement pendant la nuit. Au réveil, aucune étape ne donne la mesure du chemin parcouru : la même étendue d’eau entoure le navire, alors qu’il a continué sa route.

Huit jours après le départ du James, Peter Blake fait retirer les fers pendant un orage. À la fin de mars, des poissons pris en mer sont ajoutés à plusieurs repas. Avril apporte des refus, des morts et les soins d’une mère à son enfant. La Barbade n’apparaît que le 21 mai, soixante-quatorze jours après le départ.

Comparaison

Sur le James en 1676 : connaître la route ou voir les jours passer

Pendant les soixante-quatorze jours du voyage, Peter Blake et les personnes captives ne disposent pas des mêmes repères.

Les repères disponibles pendant un même voyage

Peter Blake connaît la route

Le journal, les vents et les instruments relient chaque journée à une position et à la destination prévue.

Les personnes captives voient le temps passer

Le soleil, la lune, un orage, un poisson pris en mer, une maladie ou une mort distinguent certains jours sans révéler la route ni la distance parcourue.

Une même arrivée, pas la même connaissance du trajet

La Barbade ne devient visible pour les personnes captives que le 21 mai, après soixante-quatorze jours de mer depuis Dixcove.

Le capitaine relie chaque journée à une route connue ; les personnes captives voient des jours distincts se succéder sans pouvoir mesurer la distance parcourue.

Sources de cette partie : [4] · [5]

La Diligent permet de suivre une autre route, plus longue avant même la haute mer. En novembre 1731, ce navire négrier quitte Jakin, sur le golfe du Bénin, avec 256 personnes captives, puis passe par Príncipe et São Tomé, dans le golfe de Guinée. À partir de São Tomé, soixante-six jours s’écoulent avant que Saint-Pierre, en Martinique, apparaisse le 15 mars 1732.

Carte éditoriale — schéma d’orientation

Faire défiler la carte horizontalement ou l’ouvrir en plein écran.

Carte de l’Atlantique tropical : le James relie Dixcove à la Barbade en 1676 ; la Diligent part du port côtier de Jakin, passe par les îles de Príncipe et de São Tomé, puis rejoint la Martinique en 1732.Agrandir

Deux traversées vers les Antilles, deux itinéraires documentés

Le James relie directement Dixcove à la Barbade en soixante-quatorze jours. La Diligent quitte le port côtier de Jakin, passe par les îles de Príncipe et de São Tomé, puis met soixante-six jours pour atteindre la Martinique depuis le port de São Tomé. Les tracés relient les étapes connues sans restituer la route quotidienne exacte ; la position de Jakin est approximative.

Fond Natural Earth, domaine public · routes : Donnan, Harms et Law · carte Esclavage-Antilles.fr, CC BY-SA 4.0

Sources de cette partie : [4] · [10] · [11] · [12]

Sources de cette partie : [4] · [5] · [10]

Voir les preuves précises et leurs limites

Le navire anglais James quitte la rade de Dixcove, sur la côte de l’Or, le 8 mars 1676 à destination de la Barbade. Le journal du capitaine Peter Blake note le retrait des fers le 16 mars, plusieurs distributions de poisson à la fin de mars, puis l’apparition de la Barbade et le mouillage dans la baie de Carlisle le 21 mai : soixante-quatorze jours séparent le départ de l’apparition de l’île. Edwyn Stede examine les personnes à bord le 22 mai ; elles sont rasées, reçoivent de l’eau fraîche, de l’huile de palme et du tabac le 24 ; 163 sont vendues le 25 et 70 le lendemain, sans débarquement préalable consigné.

  • Source [4] — p. 204–205, journal de Peter Blake : départ de « Dickey’s road » le 8 mars, retrait des fers le 16 mars, poisson les 28–31 mars, Barbade et baie de Carlisle le 21 mai, visite de Stede le 22, préparation le 24 et ventes des 25–26 mai
  • Source [5] — chapitre 5, p. 131–148, particulièrement p. 142–148 pour la séquence du James entre le départ, la perte de la terre, les semaines en mer et l’apparition de la Barbade

À garder en tête : Le journal est celui du capitaine et organise le voyage par vents, rations, pertes et opérations commerciales. Il date des événements mais ne rapporte pas la manière dont les personnes captives mesurent les jours ni ce qu’elles disent de leur destination. La durée de soixante-quatorze jours est la différence calendaire entre les deux dates, non un chiffre donné par Blake.

Pendant la traversée du James en 1676, le compte de Peter Blake porte un garçon malade tombé à la mer dans la nuit du 31 mars, une femme malade qui refuse de manger le 15 avril, un homme qui se jette par-dessus bord le 17 avril et une femme morte le 26 avril après avoir continué à porter son enfant jusqu’à l’épuisement. Une version du journal citée par Smallwood précise que l’homme du 17 avril refuse de saisir l’aviron tendu lorsque l’embarcation le rejoint.

  • Source [4] — p. 204 pour le saut du 17 avril ; p. 207–208, « Account of Mortallity », pour le garçon du 31 mars, le refus de manger du 15 avril, le saut du 17 avril et la mère morte après avoir porté son enfant le 26 avril
  • Source [5] — chapitre 5, p. 144–146, notamment p. 145 pour l’embarcation, l’aviron tendu et le refus de le saisir

À garder en tête : Blake décrit les personnes selon leur valeur, leur état physique et la perte enregistrée. Le geste de la mère et les refus sont conservés, mais le document ne livre aucun nom et ne permet pas d’attribuer un motif précis. Le refus de l’aviron est publié par Smallwood à partir du journal sans apparaître dans l’extrait abrégé donné p. 204 par Donnan.

La Diligent quitte Jakin le 27 novembre 1731 avec 256 personnes captives. La reconstruction de Robert Harms donne au pont qui leur est réservé environ 63 pieds de long sur 21 de large, avec des plateformes et une ventilation médiocre. Le 29 novembre, le capitaine fait fusiller devant les autres un homme qui a tenté d’entraîner des personnes dans une action immédiate ; Robert Durand écrit que cette mise à mort doit servir de leçon. Après des escales à Príncipe et São Tomé, le navire accomplit les soixante-six jours de passage vers Saint-Pierre, où il arrive le 15 mars 1732.

  • Source [10] — p. 262–264 pour les 256 personnes, les dimensions, les plateformes, la ventilation et le départ du 27 novembre ; p. 267–270 pour l’action du 29 novembre, la fusillade et la phrase du journal de Durand ; p. 329 pour l’arrivée et les soixante-six jours

À garder en tête : Harms reconstruit le voyage à partir du journal de Durand, des comptes et d’autres sources contemporaines. Les dimensions et la mise à mort sont rattachées au navire ; les développements généraux de Harms sur la vie quotidienne à bord mobilisent d’autres voyages et ne sont pas attribués à la Diligent. Les soixante-six jours comptent le passage de São Tomé à la Martinique, après la première séquence Jakin–îles portugaises.

3

Entre l’espace fermé et le pont

L’équipage contrôle l’air, l’espace et les mouvements

Sur la Diligent, 256 personnes sont enfermées dans un espace d’environ 19 mètres de long sur 6,4 mètres à l’endroit le plus large. Des plateformes ajoutent un niveau intermédiaire, mais réduisent encore la hauteur disponible. Dans les parties les plus basses, une personne ne dispose que d’environ 60 centimètres entre les planches. Construit d’abord pour transporter du grain, le navire ventile mal cet espace lorsqu’il est fermé.

Alexander Falconbridge, ancien chirurgien de navires négriers, publie en 1788 ce qu’il a observé sur plusieurs navires britanniques. Il décrit des équipages qui attachent les hommes deux par deux, placent les femmes et les garçons dans des espaces séparés et obligent les personnes à se coucher sur le côté sous le pont, parfois sur des plateformes. Lorsque le temps le permet, les personnes montent le matin. L’équipage relie alors les fers des hommes à une longue chaîne fixée au pont.

Document historique — à lire comme une source

Planche en noir et blanc du navire négrier britannique Brookes : une coupe longitudinale, deux plans de ponts et plusieurs coupes transversales disposent des silhouettes humaines côte à côte et sur des plateformes.Agrandir

Le Brookes dessine le rangement réglementé en 1788

Cette planche britannique de 1788 représente le Brookes sous la réglementation adoptée cette année-là. Les plans et les coupes rendent visibles la disposition dessinée des corps et les plateformes latérales qui ajoutent un niveau. Il s’agit de la représentation réglementée d’un navire précis, non d’une photographie, du plan de la Diligent ou d’une coupe valable pour toutes les traversées.

Library of Congress, Broadside Port. 282, no. 43 · aucune restriction de publication connue

Source de cette partie : [9]

Le mauvais temps inverse ce mouvement. L’équipage ferme les ouvertures latérales et les écoutilles contre la pluie et la mer. La chaleur augmente, l’air circule moins et les personnes restent plus longtemps sous le pont. Ces conditions favorisent les fièvres et de graves maladies intestinales ; les corps affaiblis sont aussi blessés par le frottement contre les planches lorsque le navire roule.

L’équipage distribue les repas à heures fixes, deux fois par jour, avec une quantité d’eau mesurée. Refuser de manger remet en cause cette organisation : Falconbridge a vu des membres d’équipage approcher des braises des lèvres de personnes captives pour les forcer à avaler. La montée sur le pont peut elle-même devenir une contrainte, lorsque l’équipage impose de danser sous la menace du fouet ou de chanter sur commande.

Schéma spatial

L’équipage règle les mouvements entre le pont et l’espace fermé

Deux niveaux sont reliés par des ouvertures surveillées. Monter donne accès à l’air sans mettre fin à la contrainte ; redescendre ou rester enfermé dépend du temps et des décisions prises à bord.

Niveau supérieur
Sur le pont

Air et lumière, repas et eau mesurée. Les hommes restent reliés par leurs fers à une chaîne fixée au navire ; l’équipage surveille les mouvements et peut imposer exercice, danse ou chant.

L’équipage commande les ouvertures et le passage

Il décide qui monte, quand les personnes redescendent et combien de temps l’espace inférieur reste fermé.

Monter quand le temps le permet

Le matin, l’équipage peut ouvrir les passages et faire monter les personnes, tout en maintenant les fers et la garde.

Descendre lorsque les ouvertures sont refermées

Face à la pluie ou à la mer, ou pour renforcer la surveillance, l’équipage ferme les ouvertures et prolonge l’enfermement.

Niveau inférieur
Sous le pont

Coucher sur le côté, faible hauteur, obscurité, chaleur et manque d’air. Le roulis frotte les corps affaiblis contre les planches.

Sur la Diligent, les plateformes ajoutent un niveau dans l’espace inférieur, mais réduisent la hauteur disponible et gênent encore la circulation de l’air.

Sources de cette partie : [8] · [10]

La séparation des espaces expose les femmes à des violences particulières. Falconbridge écrit que des officiers usent du pouvoir qu’ils exercent à bord pour leur imposer des rapports sexuels. Cugoano rapporte lui aussi que des responsables du navire contraignent des femmes africaines ; dans son récit, cette violence précède la révélation du projet de soulèvement par l’une des femmes ainsi contraintes.

Une autre traversée apparaît dans le récit d’Akeiso, déportée enfant du pays qu’elle appelle « Eboe » — le pays igbo, dans le sud-est de l’actuel Nigeria — vers l’île de la Jamaïque. Le fragment qui transmet son récit la nomme Florence Hall ; elle dit qu’Akeiso était son nom avant la déportation.

Sur le navire qui la déporte vers la Jamaïque, raconte-t-elle, les membres de l’équipage laissent les enfants nus se déplacer, tandis qu’ils enchaînent les hommes et les femmes et les maintiennent dans l’obscurité sous le pont. Akeiso décrit une nourriture rare et mauvaise, des punitions fréquentes et des morts devenues si habituelles que les personnes encore en vie pensent que les morts retrouvent leur peuple et leur pays.

Sources de cette partie : [8] · [9] · [10] · [2] · [18] · [19] · [20] · [21]

Voir les preuves précises et leurs limites

Alexander Falconbridge, ancien chirurgien de navires négriers, décrit en 1788 des hommes attachés deux par deux, des espaces séparés pour les femmes et les garçons, des personnes couchées sur le côté et parfois sur des plateformes, des montées sur le pont sous chaîne lorsque le temps le permet, deux distributions quotidiennes de nourriture et d’eau, ainsi que le retour sous le pont par mauvais temps. Il décrit aussi le refus de manger réprimé par la violence, la danse et le chant imposés, les violences sexuelles des officiers, la fermeture des ouvertures, la maladie et les blessures causées par le frottement du navire.

  • Source [8] — p. 19–20 pour les fers, les espaces et les plateformes ; p. 21–23 pour les montées, les repas, le refus de manger, la danse et le chant ; p. 23–25 pour les violences sexuelles, les ouvertures et les maladies ; p. 28–29 pour les blessures des malades et les personnes ferrées aux morts

À garder en tête : Falconbridge écrit depuis son expérience de chirurgien dans le combat abolitionniste britannique. Il décrit des pratiques qu’il présente comme courantes et plusieurs situations observées, non un règlement appliqué sans variation sur tous les navires, toutes les routes ou toute la durée de la traite.

La Diligent quitte Jakin le 27 novembre 1731 avec 256 personnes captives. La reconstruction de Robert Harms donne au pont qui leur est réservé environ 63 pieds de long sur 21 de large, avec des plateformes et une ventilation médiocre. Le 29 novembre, le capitaine fait fusiller devant les autres un homme qui a tenté d’entraîner des personnes dans une action immédiate ; Robert Durand écrit que cette mise à mort doit servir de leçon. Après des escales à Príncipe et São Tomé, le navire accomplit les soixante-six jours de passage vers Saint-Pierre, où il arrive le 15 mars 1732.

  • Source [10] — p. 262–264 pour les 256 personnes, les dimensions, les plateformes, la ventilation et le départ du 27 novembre ; p. 267–270 pour l’action du 29 novembre, la fusillade et la phrase du journal de Durand ; p. 329 pour l’arrivée et les soixante-six jours

À garder en tête : Harms reconstruit le voyage à partir du journal de Durand, des comptes et d’autres sources contemporaines. Les dimensions et la mise à mort sont rattachées au navire ; les développements généraux de Harms sur la vie quotidienne à bord mobilisent d’autres voyages et ne sont pas attribués à la Diligent. Les soixante-six jours comptent le passage de São Tomé à la Martinique, après la première séquence Jakin–îles portugaises.

Dans un fragment probablement mis par écrit dans les années 1810–1830 et conservé sous le titre Memoirs of the Life of Florence Hall, la femme dont Robert Johnston transmet le récit présente Akeiso comme son nom « Eboe ». Elle raconte avoir été capturée enfant dans le pays qu’elle appelle « Eboe », avoir marché quinze nuits jusqu’à la mer, puis avoir accompli une longue traversée vers la Jamaïque. À bord, les membres de l’équipage laissent les enfants nus se déplacer sur le navire tandis qu’ils enchaînent les hommes et les femmes et les maintiennent dans l’obscurité sous le pont. Akeiso décrit la nourriture rare et mauvaise, les punitions fréquentes et sévères, et des morts si habituelles que les personnes restées en vie croient que les morts retrouvent leur peuple et leur pays.

  • Source [18] — Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9 ; vues 1 à 3 du fac-similé PDF pour le titre, le pays « Eboe », la capture, la marche, la traversée, les déplacements à bord, les fers, l’obscurité, la nourriture, les punitions, les morts, le nom Akeiso et l’arrivée en Jamaïque ; transcription Freedom Narratives FN-OB-1048 contrôlée sur ces vues
  • Source [19] — p. 206–211 pour la provenance, la datation, la médiation, le contenu du fragment et l’arrivée en Jamaïque ; note 59, p. 221, pour l’incertitude sur l’identification linguistique du nom Akeiso

À garder en tête : Le fragment de quatre pages est non signé, non daté et incomplet. Robert Johnston l’a matériellement écrit, mais il a pu écouter Akeiso directement ou copier un récit transmis. Browne et Sweet situent avec confiance cette mise par écrit vers 1810–1830 ; l’hypothèse plus précise de 1818–1833 n’est pas une certitude. La période structurée porte sur la création probable du document, non sur le voyage, qui a vraisemblablement eu lieu à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle sans que sa date, le navire ou le port d’embarquement soient établis. Browne et Sweet lisent le mot biffé avant « Jamaica » comme « Port Royal », tandis que Nicole Aljoe proposait « Barbados » : seule la Jamaïque est certaine. Le titre est la seule indication interne attribuant le récit à une femme appelée Florence Hall, qui n’a pas été identifiée avec certitude dans les registres. Le texte qualifie Akeiso de nom « Eboe », mais ce nom n’est pas actuellement identifié comme un nom igbo certain.

Dans le récit qu’Ottobah Cugoano publie en 1787, les personnes conduites de Cape Coast vers la Grenade passent plusieurs jours enfermées à bord alors que la terre reste visible. Après le départ, elles concertent un projet pour mettre le feu au navire et mourir ensemble : Cugoano écrit que les femmes et les garçons doivent l’exécuter parce que les hommes sont enchaînés sous le pont ; le projet est révélé puis réprimé.

  • Source [2] — p. 10, de l’enfermement à bord en vue de la côte au projet de mettre le feu au navire, à sa révélation et à la répression

À garder en tête : Cugoano relie la révélation du projet à une femme de leur région que des responsables du navire faisaient coucher avec eux. Cette situation de violence sexuelle ne permet ni de connaître sa marge de choix ni de la réduire à une figure morale de trahison. Le récit ne donne pas le nom du navire ni une date précise de la traversée.

4

Entre les espaces séparés du navire

Parler, chanter, transmettre et prendre soin

Les personnes embarquées apportent des langues différentes et, pour certaines, en parlent plusieurs. Des langues proches, une langue commune, une personne plurilingue, des gestes, un rythme ou un chant permettent de faire passer une question, une information ou un projet. Ces échanges servent à demander ce qui attend le groupe, à retrouver une personne de sa région, à apporter un soin ou à préparer un soulèvement.

En 1786–1787, le Hudibras, navire négrier parti de Liverpool, embarque des personnes à Old Calabar, sur la côte de l’actuel Nigeria, puis traverse l’Atlantique vers la Barbade et la Grenade. Les hommes, les femmes et les garçons occupent des espaces séparés, mais les messages passent de l’un à l’autre.

Des garçons font circuler ces messages. Le capitaine emploie aussi comme interprète un autre garçon réduit en esclavage. Le marin William Butterworth l’appelle « Bristol » ; le garçon parle anglais et les langues de plusieurs groupes embarqués.

Une femme que Butterworth appelle « Boatswain Bess » et d’autres femmes utilisent ces échanges pour préparer avec les hommes un soulèvement prévu à trois heures du matin. Des cloisons doivent être abattues pour gagner le pont. Près de l’espace où les repas sont préparés, les femmes comptent trouver de quoi s’armer.

Une autre femme du Hudibras parle et chante au centre de cercles formés par les femmes et les filles. Les plus jeunes se placent près d’elle ; les plus âgées entourent le groupe. Les voix lui répondent à certains moments. Ce chant n’est pas celui que l’équipage impose pendant l’exercice : la femme en conduit les paroles et le rythme, tandis que le groupe lui répond. Le marin William Butterworth, qui rapporte la scène, ne note pas son nom.

Sur le James, une mère porte son enfant à travers le navire jusqu’à l’épuisement et meurt le 26 avril. Peter Blake ne note ni son nom ni celui de l’enfant dans son compte.

Sources de cette partie : [5] · [6] · [7] · [4]

Voir les preuves précises et leurs limites

Sur les navires embarquant des personnes depuis la côte de l’Or à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, deux dialectes de l’akan, l’anyi-baoulé et le twi, côtoyaient notamment le guan, le ga, l’adangme, l’éwé et des variantes gbe. Des dialectes proches, la connaissance de plusieurs langues, des langues communes et des intermédiaires rendaient des échanges possibles ; des récits décrivent aussi des soins aux malades et aux enfants.

  • Source [5] — chapitre 4, p. 105–106 pour les deux dialectes de l’akan et les autres langues présentes ; p. 118–121 pour les dialectes proches, le bilinguisme, les langues communes et les intermédiaires ; chapitre 5, p. 122–125 pour les questions échangées, le soin aux malades et l’attention portée aux enfants

À garder en tête : Smallwood étudie principalement le commerce anglais depuis la côte de l’Or entre 1675 et 1725. Une langue comprise ne crée pas automatiquement une relation de confiance ou une action commune. Ces situations ne doivent pas être attribuées à un voyage précis sans source propre.

Sur le Hudibras, parti de Liverpool vers Old Calabar puis la Barbade et la Grenade en 1786–1787, le récit du marin William Butterworth décrit des garçons transportant des messages entre les espaces séparés des hommes et des femmes. Un garçon appelé Bristol sert d’interprète entre plusieurs langues de la région. Une femme appelée « Boatswain Bess » et d’autres femmes préparent avec les hommes un soulèvement prévu à trois heures du matin : les cloisons doivent être abattues pour gagner le pont et les femmes comptent s’armer près de l’espace où les repas sont préparés. Une autre femme, que Butterworth ne nomme pas, parle et chante au centre de cercles de femmes et de filles qui lui répondent.

  • Source [6] — volume I, p. 93–94 pour la femme qui parle et chante au centre des cercles et les réponses du groupe ; p. 109–110 pour Bristol et les langues qu’il interprète ; p. 120–121 pour les messages portés par les garçons, le soulèvement prévu à trois heures, les cloisons à abattre et le rôle de « Boatswain Bess » et des autres femmes
  • Source [7] — chapitre 9, sections « Communicating Belowdecks » et « Singing », récit de William Butterworth sur le Hudibras

À garder en tête : Butterworth publie son récit plusieurs décennies après le voyage et précise qu’il n’avait pas tenu de journal. Il observe depuis l’équipage et interprète les intentions et les émotions des personnes captives. Bristol et « Boatswain Bess » sont des appellations conservées dans son texte, non nécessairement les noms que ces personnes se donnaient ; il ne note pas le nom de la femme qui parle et chante. Le catalogue Wellcome décrit en outre « Wm. Butterworth » comme un pseudonyme et liste Henry Schroeder parmi les contributeurs de l’édition de 1831.

Pendant la traversée du James en 1676, le compte de Peter Blake porte un garçon malade tombé à la mer dans la nuit du 31 mars, une femme malade qui refuse de manger le 15 avril, un homme qui se jette par-dessus bord le 17 avril et une femme morte le 26 avril après avoir continué à porter son enfant jusqu’à l’épuisement. Une version du journal citée par Smallwood précise que l’homme du 17 avril refuse de saisir l’aviron tendu lorsque l’embarcation le rejoint.

  • Source [4] — p. 204 pour le saut du 17 avril ; p. 207–208, « Account of Mortallity », pour le garçon du 31 mars, le refus de manger du 15 avril, le saut du 17 avril et la mère morte après avoir porté son enfant le 26 avril
  • Source [5] — chapitre 5, p. 144–146, notamment p. 145 pour l’embarcation, l’aviron tendu et le refus de le saisir

À garder en tête : Blake décrit les personnes selon leur valeur, leur état physique et la perte enregistrée. Le geste de la mère et les refus sont conservés, mais le document ne livre aucun nom et ne permet pas d’attribuer un motif précis. Le refus de l’aviron est publié par Smallwood à partir du journal sans apparaître dans l’extrait abrégé donné p. 204 par Donnan.

5

Du mouillage africain à la haute mer

Chercher une issue et reprendre l’action

Sur le James, les refus apparaissent au milieu des jours ordinaires. Le 15 avril, une femme malade ne mange plus et refuse ce qu’on lui présente. Deux jours plus tard, un autre homme se jette à la mer. Un marin le rejoint en canot et place un aviron entre ses bras ; l’homme refuse de le saisir et se noie.

Dans le récit de Cugoano, une fois la côte disparue, les personnes captives conviennent de mettre le feu au navire et de mourir ensemble. L’équipage garde les hommes enchaînés sous le pont ; les femmes et les garçons doivent donc allumer le feu. Le projet est révélé avant son exécution et l’équipage répond par une répression sanglante.

Le 17 décembre 1787, le navire La Flore est encore à l’ancre dans la rivière du Gabon. Des personnes captives retirent leurs fers pendant la nuit, forcent des écoutilles et une porte, puis prennent des pagaies, des couteaux, des bûches et des outils. Cinq gagnent l’eau à la nage. L’équipage tire au canon, tue une personne, en blesse d’autres et fait ramener les nageurs par un canot armé.

Sur le navire L’Auguste en 1790, une première action a également lieu près de la côte : des personnes retirent leurs fers et deux hommes tentent de gagner le pont. Quatre jours après le départ, une nouvelle action commence en mer. Le capitaine et l’équipage font alors hisser l’un des deux hommes, déjà blessé, au bout d’une vergue — une pièce horizontale du mât —, puis le font fusiller devant les autres personnes captives.

La haute mer réduit les possibilités de rejoindre une côte ; elle ne supprime ni les décisions ni la coordination. En 1819, le Rôdeur, navire en route de Bonny, sur la côte de l’actuel Nigeria, vers l’île de la Guadeloupe, laisse monter des personnes sur le pont pour respirer. Plusieurs se jettent ensemble à la mer en se tenant les unes aux autres.

Comparaison

La position du navire transforme les issues possibles

Au mouillage, dans les premiers jours ou en haute mer, atteindre l’eau, gagner le pont ou viser le navire n’ouvre pas les mêmes possibilités.

Position du navire et issue matériellement accessible

Au mouillage — La Flore, 1787

Dans la rivière du Gabon, ouvrir les passages et gagner l’eau permet encore de tenter de rejoindre la côte à la nage.

Après le départ — récit de Cugoano, publié en 1787

Les hommes restent enchaînés sous le pont ; les femmes et les garçons doivent mettre en œuvre un projet visant le navire lui-même.

Quatre jours en mer — L’Auguste, 1790

Une nouvelle action collective commence après une première répression menée près de la côte.

Après plusieurs semaines — James, 1676 ; Rôdeur, 1819

Des personnes se jettent à la mer alors que le rivage n’offre plus une issue matériellement accessible.

S’éloigner ferme une issue, pas toute action

La distance rend le retour à la côte hors d’atteinte ; elle ne supprime ni les refus, ni les projets concertés, ni les gestes collectifs.

Dans la rivière du Gabon, la côte reste accessible à la nage ; après plusieurs semaines dans l’Atlantique, elle ne l’est plus.

Sources de cette partie : [4] · [5] · [2] · [13] · [14] · [15]

Sources de cette partie : [4] · [5] · [2] · [13] · [14] · [15] · [16] · [22] · [23] · [20]

Voir les preuves précises et leurs limites

Pendant la traversée du James en 1676, le compte de Peter Blake porte un garçon malade tombé à la mer dans la nuit du 31 mars, une femme malade qui refuse de manger le 15 avril, un homme qui se jette par-dessus bord le 17 avril et une femme morte le 26 avril après avoir continué à porter son enfant jusqu’à l’épuisement. Une version du journal citée par Smallwood précise que l’homme du 17 avril refuse de saisir l’aviron tendu lorsque l’embarcation le rejoint.

  • Source [4] — p. 204 pour le saut du 17 avril ; p. 207–208, « Account of Mortallity », pour le garçon du 31 mars, le refus de manger du 15 avril, le saut du 17 avril et la mère morte après avoir porté son enfant le 26 avril
  • Source [5] — chapitre 5, p. 144–146, notamment p. 145 pour l’embarcation, l’aviron tendu et le refus de le saisir

À garder en tête : Blake décrit les personnes selon leur valeur, leur état physique et la perte enregistrée. Le geste de la mère et les refus sont conservés, mais le document ne livre aucun nom et ne permet pas d’attribuer un motif précis. Le refus de l’aviron est publié par Smallwood à partir du journal sans apparaître dans l’extrait abrégé donné p. 204 par Donnan.

Dans le récit qu’Ottobah Cugoano publie en 1787, les personnes conduites de Cape Coast vers la Grenade passent plusieurs jours enfermées à bord alors que la terre reste visible. Après le départ, elles concertent un projet pour mettre le feu au navire et mourir ensemble : Cugoano écrit que les femmes et les garçons doivent l’exécuter parce que les hommes sont enchaînés sous le pont ; le projet est révélé puis réprimé.

  • Source [2] — p. 10, de l’enfermement à bord en vue de la côte au projet de mettre le feu au navire, à sa révélation et à la répression

À garder en tête : Cugoano relie la révélation du projet à une femme de leur région que des responsables du navire faisaient coucher avec eux. Cette situation de violence sexuelle ne permet ni de connaître sa marge de choix ni de la réduire à une figure morale de trahison. Le récit ne donne pas le nom du navire ni une date précise de la traversée.

Le procès-verbal de La Flore rapporte que, le 17 décembre 1787 au mouillage près de l’île à Perroquet dans la rivière du Gabon, des personnes captives se libérèrent de leurs fers pendant la nuit, forcèrent les écoutilles et la porte de la rambarde, s’armèrent de pagaies, de couteaux, de bûches et d’outils du tonnelier, frappèrent des membres de l’équipage et que cinq d’entre elles tentèrent de s’échapper à la nage.

  • Source [13] — AD14 2II/468, vue 1, lignes 1–31, et vue 2, lignes 1–13 ; procès-verbal déposé le 21 juin 1788 ; fac-similés et transcription institutionnelle contrôlés

À garder en tête : Le récit est rédigé et signé collectivement par le capitaine et des membres de l’équipage, puis déposé six mois après les faits. Il permet de suivre des actions, mais ne nomme aucune personne captive, ne rapporte aucune de leurs paroles et attribue leurs intentions depuis le point de vue des négriers.

Dans le même procès-verbal, l’équipage rapporte avoir tiré un canon de la rambarde, tué une personne et blessé deux autres ; cinq personnes parties à la nage furent ramenées par le canot armé d’un autre navire, les captifs furent de nouveau ferrés deux à deux et ceux que l’équipage jugeait les plus impliqués reçurent cinquante coups de fouet.

  • Source [13] — AD14 2II/468, vue 1, lignes 23–31, et vue 2, lignes 1–25 ; fac-similés et transcription institutionnelle contrôlés

À garder en tête : Les catégories de « chefs » et de personnes « les plus coupables » appartiennent à l’équipage, qui dit avoir fouetté pour obtenir des désignations. Le document ne permet ni d’identifier les personnes visées ni de mesurer ce type de répression au-delà de ce voyage.

Le rapport de mer de L’Auguste rapporte qu’en 1790, alors que le navire était encore au mouillage sur la côte africaine, les personnes captives se libérèrent de leurs fers et que deux tentèrent de gagner le pont avec des morceaux de bois ; quatre jours après le départ, une nouvelle action collective eut lieu en mer, après quoi le capitaine et l’équipage firent hisser l’un des deux hommes, déjà blessé, au bout de la vergue de misaine puis le firent fusiller afin d’intimider les autres.

  • Source [14] — AD14 2II/478, vue 3, colonne de droite, et vue 4, conclusion ; quatre fac-similés HD et extrait institutionnel contrôlés

À garder en tête : Le rapport est produit par le capitaine, les officiers et les mariniers qui justifient leur conduite. Aucune personne captive n’est nommée ou citée et le texte emploie leur vocabulaire répressif ; il établit la répétition des actions et la décision de mise à mort, pas les intentions individuelles.

L’article médical publié par Charles-Louis Guillié rapporte que le Rôdeur quitta Le Havre le 24 janvier 1819, atteignit la côte africaine le 14 mars, mouilla à Bonny dans la rivière du Calabar, repartit le 6 avril, puis arriva en Guadeloupe le 21 juin. Environ quinze jours après le départ de Bonny, au moment où l’affection des yeux est observée, le texte compte 160 personnes captives enfermées dans la cale et l’entrepont.

  • Source [15] — p. 74 pour le départ, l’arrivée sur la côte, Bonny, le départ du 6 avril, l’apparition de l’affection environ quinze jours plus tard et les 160 personnes alors comptées ; p. 78 pour l’arrivée en Guadeloupe le 21 juin 1819
  • Source [16] — p. 7–10, traduction du récit médical
  • Source [25] — notice « Le Rôdeur, 1819/46 », p. 88 ; donne 200 personnes chargées à Bonny et 160 débarquées en Guadeloupe
  • Source [26] — version française dans Les Mondes de l’esclavage, p. 278 ; donne 170 personnes captives au moment où les premiers symptômes sont observés

À garder en tête : Guillié indique en note que le chirurgien du navire, Maignan, lui a fourni une partie des détails. Ce texte médical, publié dans un état révisé, ne remplace ni le journal de bord ni les documents d’armement et de débarquement ; la reprise anglaise traduit la même chaîne au lieu de la confirmer indépendamment. Le nombre de 160 porte chez Guillié sur le moment où l’affection est observée, environ quinze jours après le départ, et non sur l’embarquement ou le débarquement. Rupprecht écrit 170 à ce même stade ; Daget donne 200 personnes chargées à Bonny et 160 débarquées en Guadeloupe. Ces nombres ne doivent pas être fusionnés en un seul effectif de départ.

Guillié rapporte que, lorsqu’on faisait monter les personnes captives sur le pont pour respirer, plusieurs se jetaient à la mer en se tenant embrassées les unes aux autres.

À garder en tête : Guillié qualifie lui-même leur état de « nostalgie » et ne rapporte aucune parole de ces personnes. Le geste est attesté à travers son cadrage médical ; ses motifs précis ne doivent être ni psychologisés ni réduits à cette étiquette. La version anglaise dérive du même article.

6

À l’horizon, la Barbade

Voir apparaître la Barbade, qui n’est pas un retour

Le 21 mai 1676, la Barbade apparaît devant le James. Après plus de deux mois sans repère terrestre, l’île donne enfin une forme à l’horizon. Le lendemain, un agent chargé de la vente monte à bord et examine les personnes captives. Le 24 mai, l’équipage les rase, leur donne de l’eau fraîche pour se laver, puis de l’huile de palme et du tabac. Les ventes commencent le 25 mai, toujours sur le navire.

Au terme d’une autre traversée vers la Barbade, le récit publié par Equiano montre que l’apparition de l’île ne met pas immédiatement fin à la peur. Les cris de joie de l’équipage, les navires réunis devant Bridgetown, le principal port de la Barbade, et les hommes qui montent à bord sont autant de signes inconnus. Les acheteurs séparent les personnes en groupes, les examinent et les font sauter. Lorsque l’équipage les renvoie sous le pont pour la nuit, elles craignent encore d’être tuées.

Venture Smith, déporté enfant d’Anomabu, raconte lui aussi une arrivée à la Barbade, probablement en 1739 à bord du navire Charming Susanna. Une épidémie de variole a traversé le navire : sur 260 personnes parties de cette ville de la côte de l’actuel Ghana, son récit en compte au plus 200 encore vivantes. L’île apparaît ainsi au terme d’un passage qui a déjà transformé le groupe par la maladie et la mort.

La terre retrouvée n’est pas celle qui avait disparu au départ. Elle annonce un port, des agents, des acheteurs et de nouveaux lieux d’enfermement. Les acheteurs peuvent séparer les personnes qui se sont liées pendant la traversée. L’inspection et la vente ouvrent la séquence suivante de la déportation aux Antilles.

Sources de cette partie : [4] · [1] · [3] · [17]

Voir les preuves précises et leurs limites

Le navire anglais James quitte la rade de Dixcove, sur la côte de l’Or, le 8 mars 1676 à destination de la Barbade. Le journal du capitaine Peter Blake note le retrait des fers le 16 mars, plusieurs distributions de poisson à la fin de mars, puis l’apparition de la Barbade et le mouillage dans la baie de Carlisle le 21 mai : soixante-quatorze jours séparent le départ de l’apparition de l’île. Edwyn Stede examine les personnes à bord le 22 mai ; elles sont rasées, reçoivent de l’eau fraîche, de l’huile de palme et du tabac le 24 ; 163 sont vendues le 25 et 70 le lendemain, sans débarquement préalable consigné.

  • Source [4] — p. 204–205, journal de Peter Blake : départ de « Dickey’s road » le 8 mars, retrait des fers le 16 mars, poisson les 28–31 mars, Barbade et baie de Carlisle le 21 mai, visite de Stede le 22, préparation le 24 et ventes des 25–26 mai
  • Source [5] — chapitre 5, p. 131–148, particulièrement p. 142–148 pour la séquence du James entre le départ, la perte de la terre, les semaines en mer et l’apparition de la Barbade

À garder en tête : Le journal est celui du capitaine et organise le voyage par vents, rations, pertes et opérations commerciales. Il date des événements mais ne rapporte pas la manière dont les personnes captives mesurent les jours ni ce qu’elles disent de leur destination. La durée de soixante-quatorze jours est la différence calendaire entre les deux dates, non un chiffre donné par Blake.

Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte son arrivée devant un navire négrier, l’examen de son corps, la descente sous le pont, son refus de manger puni par le fouet, puis les questions qu’il adresse à des personnes de sa région sur leur destination et sur la marche du navire. Après le départ, il décrit l’enfermement, le manque d’air, trois hommes qui se jettent à la mer, les poissons volants et l’instrument de navigation, puis l’apparition de la Barbade et l’inspection devant Bridgetown.

  • Source [1] — chapitre II, p. 71–78 pour l’embarquement, la descente sous le pont, le refus de manger et les questions échangées ; p. 79–83 pour le départ, le manque d’air et les trois hommes se jetant à la mer ; p. 83–85 pour les poissons volants, le quadrant, la Barbade et Bridgetown
  • Source [5] — chapitre 5, p. 123–126, analyse de la question « What was to be done with us? » et du navire comme « hollow place »

À garder en tête : La naissance africaine d’Equiano et le statut autobiographique exact de sa traversée ont fait l’objet d’un débat renouvelé. Le récit est certain comme publication de 1789 et doit être présenté sous cette qualification ; il ne faut pas convertir silencieusement chaque détail en déposition indépendante contrôlée par un journal de bord.

Dans le récit de vie que Venture Smith dicte et publie en 1798, le navire part d’Anomabu vers la Barbade ; une épidémie de variole éclate pendant la traversée et, sur 260 personnes parties d’Afrique, il en compte au plus 200 encore vivantes à l’arrivée.

  • Source [3] — chapitre I, passage du départ d’Anamaboo à l’arrivée à la Barbade, avec la variole et les nombres 260 et 200
  • Source [17] — note de recherche sur le voyage de Venture Smith et voyage 36067, Charming Susanna, James Collingwood, 1739

À garder en tête : Les nombres appartiennent au récit publié et ne doivent pas être remplacés par les estimations de la base. SlaveVoyages rapproche le texte du voyage 36067 tout en examinant ses écarts ; cette validation de route ne transforme pas toutes les précisions du récit en journal de bord.

De la côte africaine à une île antillaise

La traversée impose sa durée sans supprimer toute action

Entre la côte encore visible et l’île qui apparaît à l’ouest, le navire devient le seul sol accessible. Il continue d’avancer la nuit, règle l’air, l’eau, la nourriture et le mouvement, expose les corps à la maladie et transforme chaque changement de temps en changement des conditions d’enfermement.

Dans cet espace, les personnes captives posent des questions, traduisent, portent des messages, chantent, prennent soin d’un enfant ou d’un malade, refusent de manger, retirent leurs fers et préparent des actions. La surveillance et la violence limitent ces gestes sans les faire disparaître.

La terre retrouvée ne restitue ni la liberté ni les lieux perdus. Elle rapproche l’inspection, la vente et de nouvelles séparations. Les acheteurs peuvent alors séparer celles et ceux qui, pendant le passage, avaient parlé, chanté, transmis des messages ou préparé des actions ensemble.

Sources de cette partie : [5] · [6] · [7] · [4] · [13]

Voir les preuves précises et leurs limites

Le navire anglais James quitte la rade de Dixcove, sur la côte de l’Or, le 8 mars 1676 à destination de la Barbade. Le journal du capitaine Peter Blake note le retrait des fers le 16 mars, plusieurs distributions de poisson à la fin de mars, puis l’apparition de la Barbade et le mouillage dans la baie de Carlisle le 21 mai : soixante-quatorze jours séparent le départ de l’apparition de l’île. Edwyn Stede examine les personnes à bord le 22 mai ; elles sont rasées, reçoivent de l’eau fraîche, de l’huile de palme et du tabac le 24 ; 163 sont vendues le 25 et 70 le lendemain, sans débarquement préalable consigné.

  • Source [4] — p. 204–205, journal de Peter Blake : départ de « Dickey’s road » le 8 mars, retrait des fers le 16 mars, poisson les 28–31 mars, Barbade et baie de Carlisle le 21 mai, visite de Stede le 22, préparation le 24 et ventes des 25–26 mai
  • Source [5] — chapitre 5, p. 131–148, particulièrement p. 142–148 pour la séquence du James entre le départ, la perte de la terre, les semaines en mer et l’apparition de la Barbade

À garder en tête : Le journal est celui du capitaine et organise le voyage par vents, rations, pertes et opérations commerciales. Il date des événements mais ne rapporte pas la manière dont les personnes captives mesurent les jours ni ce qu’elles disent de leur destination. La durée de soixante-quatorze jours est la différence calendaire entre les deux dates, non un chiffre donné par Blake.

Sur le Hudibras, parti de Liverpool vers Old Calabar puis la Barbade et la Grenade en 1786–1787, le récit du marin William Butterworth décrit des garçons transportant des messages entre les espaces séparés des hommes et des femmes. Un garçon appelé Bristol sert d’interprète entre plusieurs langues de la région. Une femme appelée « Boatswain Bess » et d’autres femmes préparent avec les hommes un soulèvement prévu à trois heures du matin : les cloisons doivent être abattues pour gagner le pont et les femmes comptent s’armer près de l’espace où les repas sont préparés. Une autre femme, que Butterworth ne nomme pas, parle et chante au centre de cercles de femmes et de filles qui lui répondent.

  • Source [6] — volume I, p. 93–94 pour la femme qui parle et chante au centre des cercles et les réponses du groupe ; p. 109–110 pour Bristol et les langues qu’il interprète ; p. 120–121 pour les messages portés par les garçons, le soulèvement prévu à trois heures, les cloisons à abattre et le rôle de « Boatswain Bess » et des autres femmes
  • Source [7] — chapitre 9, sections « Communicating Belowdecks » et « Singing », récit de William Butterworth sur le Hudibras

À garder en tête : Butterworth publie son récit plusieurs décennies après le voyage et précise qu’il n’avait pas tenu de journal. Il observe depuis l’équipage et interprète les intentions et les émotions des personnes captives. Bristol et « Boatswain Bess » sont des appellations conservées dans son texte, non nécessairement les noms que ces personnes se donnaient ; il ne note pas le nom de la femme qui parle et chante. Le catalogue Wellcome décrit en outre « Wm. Butterworth » comme un pseudonyme et liste Henry Schroeder parmi les contributeurs de l’édition de 1831.

Le procès-verbal de La Flore rapporte que, le 17 décembre 1787 au mouillage près de l’île à Perroquet dans la rivière du Gabon, des personnes captives se libérèrent de leurs fers pendant la nuit, forcèrent les écoutilles et la porte de la rambarde, s’armèrent de pagaies, de couteaux, de bûches et d’outils du tonnelier, frappèrent des membres de l’équipage et que cinq d’entre elles tentèrent de s’échapper à la nage.

  • Source [13] — AD14 2II/468, vue 1, lignes 1–31, et vue 2, lignes 1–13 ; procès-verbal déposé le 21 juin 1788 ; fac-similés et transcription institutionnelle contrôlés

À garder en tête : Le récit est rédigé et signé collectivement par le capitaine et des membres de l’équipage, puis déposé six mois après les faits. Il permet de suivre des actions, mais ne nomme aucune personne captive, ne rapporte aucune de leurs paroles et attribue leurs intentions depuis le point de vue des négriers.

Les coulisses du récit

Comment reconstituer les traversées négrières des XVIIe–XIXe siècles ?

Ce site est consacré aux Antilles françaises. Dans ce dossier, l’objet est la traversée elle-même, avant l’arrivée dans une île : son échelle est celle des routes atlantiques, non celle d’une colonie. Le fil suivi jour après jour est celui d’un navire anglais, le James, parce que le compte tenu par son capitaine enregistre des morts une par une, avec leurs circonstances. Aucune pièce française retenue ici ne descend à ce niveau : la reconstruction de la Diligent donne les dimensions du navire, une mise à mort et des totaux, non des personnes suivies une à une.

Les récits d’Equiano, de Cugoano, d’Akeiso et de Venture Smith, dirigés vers la Barbade, la Grenade ou la Jamaïque, conservent de même des perceptions, des paroles et des questions que les pièces françaises disponibles ne livrent pas. Rapprochés des cas français de la Diligent, de La Flore, de L’Auguste et du Rôdeur, ils établissent que de telles situations existent sur les traversées atlantiques de la période ; ils n’établissent pas qu’une scène précise s’est produite sur un navire français. Leur emploi s’arrête au seuil de l’inspection, de la vente et de l’assignation, là où les dossiers suivants reviennent aux territoires français.

Les récits d’Equiano, de Cugoano et de Venture Smith ont été publiés plusieurs années après les voyages qu’ils racontent. Ils donnent des questions, des perceptions et des actions absentes des journaux de capitaines. Le lieu de naissance d’Equiano et le statut autobiographique exact de sa traversée restent débattus ; le texte est donc présenté comme le récit qu’il publie en 1789, sans transformer ce débat en fil du dossier.

Le fragment d’Akeiso est non daté et incomplet. Robert Johnston l’a matériellement écrit, sans que l’on puisse établir s’il a écouté Akeiso directement ou copié un récit transmis. Les historiens Randy M. Browne et John Wood Sweet situent la mise par écrit du fragment vers 1810–1830 et proposent plus précisément, comme hypothèse, 1818–1833.

Le journal de Peter Blake et son compte de mortalité datent le voyage du James, mais classent les personnes selon les besoins d’un capitaine négrier. William Butterworth raconte le Hudibras plusieurs décennies après les faits et précise qu’il n’avait pas tenu de journal. Falconbridge écrit comme ancien chirurgien engagé dans le combat abolitionniste. Les rapports de La Flore et de L’Auguste sont produits par les équipages qui justifient leur répression. Ces documents situent des faits précis, mais les catégories employées par leurs producteurs ne donnent pas le point de vue des personnes captives.

Les historiens Stephanie E. Smallwood et Marcus Rediker relient ces pièces et permettent de restituer le temps en mer, les langues, les chants et les liens entre compagnons de traversée. Smallwood travaille surtout sur le commerce anglais depuis la côte de l’Or entre 1675 et 1725 ; Rediker rapproche des voyages accomplis dans plusieurs parties de l’Atlantique.

Les historiennes Sowande’ Mustakeem et Audra Diptee permettent de distinguer plus précisément les contraintes rencontrées selon le sexe, l’âge, la santé et la place occupée à bord. Diptee étudie particulièrement les enfants dans la traite britannique entre 1775 et 1807 : cette portée ne devient pas une règle pour tous les voyages racontés ici.

Les historiens David Richardson et Eric Robert Taylor ont comparé plusieurs centaines d’actions à bord. Leurs résultats situent les cas racontés ici dans une histoire plus large, du mouillage à la haute mer ; chacun emploie cependant un corpus et des définitions propres. Les gestes, les lieux et les moments établis pour chaque navire ne sont donc pas transformés en traversée moyenne.

Sources de cette partie : [1] · [2] · [3] · [4] · [8] · [13] · [14] · [6] · [5] · [7] · [18] · [19] · [20] · [21] · [22] · [23]

Voir les preuves précises et leurs limites

Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte son arrivée devant un navire négrier, l’examen de son corps, la descente sous le pont, son refus de manger puni par le fouet, puis les questions qu’il adresse à des personnes de sa région sur leur destination et sur la marche du navire. Après le départ, il décrit l’enfermement, le manque d’air, trois hommes qui se jettent à la mer, les poissons volants et l’instrument de navigation, puis l’apparition de la Barbade et l’inspection devant Bridgetown.

  • Source [1] — chapitre II, p. 71–78 pour l’embarquement, la descente sous le pont, le refus de manger et les questions échangées ; p. 79–83 pour le départ, le manque d’air et les trois hommes se jetant à la mer ; p. 83–85 pour les poissons volants, le quadrant, la Barbade et Bridgetown
  • Source [5] — chapitre 5, p. 123–126, analyse de la question « What was to be done with us? » et du navire comme « hollow place »

À garder en tête : La naissance africaine d’Equiano et le statut autobiographique exact de sa traversée ont fait l’objet d’un débat renouvelé. Le récit est certain comme publication de 1789 et doit être présenté sous cette qualification ; il ne faut pas convertir silencieusement chaque détail en déposition indépendante contrôlée par un journal de bord.

Alexander Falconbridge, ancien chirurgien de navires négriers, décrit en 1788 des hommes attachés deux par deux, des espaces séparés pour les femmes et les garçons, des personnes couchées sur le côté et parfois sur des plateformes, des montées sur le pont sous chaîne lorsque le temps le permet, deux distributions quotidiennes de nourriture et d’eau, ainsi que le retour sous le pont par mauvais temps. Il décrit aussi le refus de manger réprimé par la violence, la danse et le chant imposés, les violences sexuelles des officiers, la fermeture des ouvertures, la maladie et les blessures causées par le frottement du navire.

  • Source [8] — p. 19–20 pour les fers, les espaces et les plateformes ; p. 21–23 pour les montées, les repas, le refus de manger, la danse et le chant ; p. 23–25 pour les violences sexuelles, les ouvertures et les maladies ; p. 28–29 pour les blessures des malades et les personnes ferrées aux morts

À garder en tête : Falconbridge écrit depuis son expérience de chirurgien dans le combat abolitionniste britannique. Il décrit des pratiques qu’il présente comme courantes et plusieurs situations observées, non un règlement appliqué sans variation sur tous les navires, toutes les routes ou toute la durée de la traite.

Sur les navires embarquant des personnes depuis la côte de l’Or à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, deux dialectes de l’akan, l’anyi-baoulé et le twi, côtoyaient notamment le guan, le ga, l’adangme, l’éwé et des variantes gbe. Des dialectes proches, la connaissance de plusieurs langues, des langues communes et des intermédiaires rendaient des échanges possibles ; des récits décrivent aussi des soins aux malades et aux enfants.

  • Source [5] — chapitre 4, p. 105–106 pour les deux dialectes de l’akan et les autres langues présentes ; p. 118–121 pour les dialectes proches, le bilinguisme, les langues communes et les intermédiaires ; chapitre 5, p. 122–125 pour les questions échangées, le soin aux malades et l’attention portée aux enfants

À garder en tête : Smallwood étudie principalement le commerce anglais depuis la côte de l’Or entre 1675 et 1725. Une langue comprise ne crée pas automatiquement une relation de confiance ou une action commune. Ces situations ne doivent pas être attribuées à un voyage précis sans source propre.

Dans un fragment probablement mis par écrit dans les années 1810–1830 et conservé sous le titre Memoirs of the Life of Florence Hall, la femme dont Robert Johnston transmet le récit présente Akeiso comme son nom « Eboe ». Elle raconte avoir été capturée enfant dans le pays qu’elle appelle « Eboe », avoir marché quinze nuits jusqu’à la mer, puis avoir accompli une longue traversée vers la Jamaïque. À bord, les membres de l’équipage laissent les enfants nus se déplacer sur le navire tandis qu’ils enchaînent les hommes et les femmes et les maintiennent dans l’obscurité sous le pont. Akeiso décrit la nourriture rare et mauvaise, les punitions fréquentes et sévères, et des morts si habituelles que les personnes restées en vie croient que les morts retrouvent leur peuple et leur pays.

  • Source [18] — Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9 ; vues 1 à 3 du fac-similé PDF pour le titre, le pays « Eboe », la capture, la marche, la traversée, les déplacements à bord, les fers, l’obscurité, la nourriture, les punitions, les morts, le nom Akeiso et l’arrivée en Jamaïque ; transcription Freedom Narratives FN-OB-1048 contrôlée sur ces vues
  • Source [19] — p. 206–211 pour la provenance, la datation, la médiation, le contenu du fragment et l’arrivée en Jamaïque ; note 59, p. 221, pour l’incertitude sur l’identification linguistique du nom Akeiso

À garder en tête : Le fragment de quatre pages est non signé, non daté et incomplet. Robert Johnston l’a matériellement écrit, mais il a pu écouter Akeiso directement ou copier un récit transmis. Browne et Sweet situent avec confiance cette mise par écrit vers 1810–1830 ; l’hypothèse plus précise de 1818–1833 n’est pas une certitude. La période structurée porte sur la création probable du document, non sur le voyage, qui a vraisemblablement eu lieu à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle sans que sa date, le navire ou le port d’embarquement soient établis. Browne et Sweet lisent le mot biffé avant « Jamaica » comme « Port Royal », tandis que Nicole Aljoe proposait « Barbados » : seule la Jamaïque est certaine. Le titre est la seule indication interne attribuant le récit à une femme appelée Florence Hall, qui n’a pas été identifiée avec certitude dans les registres. Le texte qualifie Akeiso de nom « Eboe », mais ce nom n’est pas actuellement identifié comme un nom igbo certain.

Pour remonter aux sources

Bibliographie du dossier

Les liens conduisent au texte intégral lorsqu’il est librement accessible. Les autres références restent indiquées pour permettre de les retrouver en bibliothèque ou en librairie.

  1. Olaudah Equiano, The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African, 1789, chapitre II, p. 71–85, édition numérique de l’Université de Virginie.

    Embarquement, questions échangées, conditions sous le pont, hommes se jetant à la mer, perceptions du voyage et arrivée devant Bridgetown.

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  2. Ottobah Cugoano, Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species, 1787, p. 10, édition Oxford Text Archive.

    Attente en vue de la côte, projet concerté après le départ, rôle des femmes et des garçons, violence sexuelle et répression.

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  3. Venture Smith, A Narrative of the Life and Adventures of Venture, a Native of Africa, 1798, chapitre I.

    Route d’Anomabu à la Barbade, épidémie de variole et bilan publié de l’arrivée.

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  4. Elizabeth Donnan (éd.), Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume I, 1930, p. 199–209, journal et compte de mortalité de Peter Blake pour le James, 1675–1676, d’après T 70/1211.

    Chronologie continue du départ de Dixcove à l’arrivée en Barbade, événements en mer, soins d’une mère, refus et premières ventes à bord.

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  5. Stephanie E. Smallwood, Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora, Harvard University Press, 2007, chapitres 4 et 5, p. 99–152.

    Langues et relations sur les navires partis de la côte de l’Or ; disparition de la terre, temps en mer et lecture du voyage du James.

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  6. William Butterworth, Three Years Adventures, of a Minor, in England, Africa, the West Indies, South-Carolina and Georgia, volume I, Leeds, 1831, p. 93–94, 109–110 et 120–121, fac-similé Wellcome Collection.

    Sur le Hudibras : cercles de femmes et de filles, chant et réponses du groupe, rôle d’interprète de « Bristol », messages portés par les garçons et préparation d’un soulèvement avec « Boatswain Bess ».

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  7. Marcus Rediker, The Slave Ship: A Human History, Viking, 2007, chapitre 9, « From Captives to Shipmates ».

    Messages, chants, travail, liens entre compagnons de traversée et récit du Hudibras en 1786–1787.

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  8. Alexander Falconbridge, An Account of the Slave Trade on the Coast of Africa, Londres, 1788, p. 19–31.

    Description par un ancien chirurgien des espaces, fers, repas, montées sur le pont, air, maladie, contraintes et violences sexuelles.

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  9. Stowage of the British slave ship Brookes under the Regulated Slave Trade Act of 1788, Library of Congress, Broadside Port. 282, no. 43.

    Plan et coupes d’un navire britannique précis sous la réglementation de 1788, utilisés pour rendre visibles le rangement dessiné des corps et les plateformes latérales sans en faire un modèle universel.

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  10. Robert Harms, The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade, Basic Books, 2002, p. 262–270, 298–329.

    Dimensions et ventilation de la Diligent, départ de Jakin, mise à mort du 29 novembre 1731, journal de Durand et passage vers la Martinique.

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  11. Robin Law, The Slave Coast of West Africa, 1550–1750: The Impact of the Atlantic Slave Trade on an African Society, Oxford University Press, 1991, p. 15.

    Identification de Jakin avec l’actuelle Godomey, utilisée pour placer approximativement le point de départ de la Diligent sur la carte.

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  12. Natural Earth, Admin 0 — Countries, échelle 1:50 millions, données du domaine public.

    Fond géographique simplifié de la carte des traversées du James et de la Diligent.

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  13. Giffard, capitaine, officiers, maîtres et mariniers de La Flore, procès-verbal du 17 décembre 1787, Archives du Calvados, AD14 2II/468, vues 1–2.

    Action collective au mouillage dans la rivière du Gabon, fuite à la nage et répression par l’équipage.

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  14. Thouarn, capitaine, officiers et mariniers de L’Auguste, rapport de mer, 1790, Archives du Calvados, AD14 2II/478, vues 3–4.

    Actions au mouillage puis quatre jours après le départ et mise à mort décidée comme intimidation.

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  15. Charles-Louis Guillié, « Observation sur une blépharoblénorrhée contagieuse », Bibliothèque ophtalmologique, tome I, 1820, p. 74–80.

    Affection des yeux sur le Rôdeur et personnes se jetant ensemble à la mer lors d’une montée sur le pont.

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  16. African Institution, Fifteenth Report of the Directors of the African Institution, Londres, 1821, p. 6–12.

    Traduction du passage de Guillié, utilisée comme relais de la même publication et non comme confirmation indépendante.

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  17. SlaveVoyages Consortium, Trans-Atlantic Slave Trade Database, note de recherche sur le voyage de Venture Smith et voyage 36067.

    Rapprochement du récit de Venture Smith avec le Charming Susanna commandé par James Collingwood en 1739.

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  18. Akeiso, récit conservé sous le titre Memoirs of the Life of Florence Hall, manuscrit non daté mis par écrit par Robert Johnston, Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9, Historical Society of Pennsylvania, fac-similé de quatre vues et transcription Freedom Narratives.

    Récit de la traversée vécue enfant : déplacements sur le navire, fers, obscurité, nourriture, punitions, morts et arrivée en Jamaïque.

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  19. Randy M. Browne et John Wood Sweet, « Florence Hall’s ‘Memoirs’: Finding African Women in the Transatlantic Slave Trade », Slavery & Abolition, 37/1, 2016, p. 206–221.

    Édition critique du fragment d’Akeiso, provenance du manuscrit, médiation de Robert Johnston et limites de la reconstitution du voyage.

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  20. Sowande’ M. Mustakeem, Slavery at Sea: Terror, Sex, and Sickness in the Middle Passage, University of Illinois Press, 2016, chapitres 3 à 6.

    Conditions matérielles, violences sexuelles, participation des femmes aux actions, refus de s’alimenter, maladie et mort selon le sexe, l’âge, la santé et la place à bord.

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  21. Audra A. Diptee, « African Children in the British Slave Trade During the Late Eighteenth Century », Slavery & Abolition, 27/2, 2006, p. 183–196, particulièrement p. 189–192.

    Embarquement et séparation d’enfants, espaces à bord, déplacements de certains garçons, circulation des messages et violences subies par les filles dans la traite britannique de 1775 à 1807.

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  22. David Richardson, « Shipboard Revolts, African Authority, and the Atlantic Slave Trade », William and Mary Quarterly, 58/1, 2001, p. 69–92.

    Comparaison de 392 insurrections à bord, moments du voyage, conditions favorables et participation des femmes ; cadre des cas de La Flore et de L’Auguste.

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  23. Eric Robert Taylor, If We Must Die: Shipboard Insurrections in the Era of the Atlantic Slave Trade, Louisiana State University Press, 2006, chapitres 2, 4 et 6.

    Localisation des actions, rôle des femmes et des enfants, accès aux espaces et issues des insurrections.

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  24. François d’Elbée, Journal du voyage du sieur Delbée aux isles, dans la coste de Guinée, dans Jean de Clodoré, Relation…, tome II, 1671, p. 414–415.

    Source du glossaire pour le mouillage et l’attente de personnes captives à bord devant Ardra.

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  25. Serge Daget, Répertoire des expéditions négrières françaises à la traite illégale, 1814–1850, Nantes, 1988, notice « Le Rôdeur, 1819/46 », p. 88–90.

    Source du glossaire pour situer cale et entrepont dans la reconstruction du Rôdeur.

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  26. Anita Rupprecht, « Le voyage des aveugles. Le Havre–la Guadeloupe, 1819 », dans Les Mondes de l’esclavage, Seuil, 2021, p. 277–283.

    Source du glossaire et contrôle de la reconstruction des espaces du Rôdeur.

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