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Esclavage aux Antilles

À propos du site

Qui écrit ce site

Je ne suis pas historien. Je suis informaticien, métropolitain, et je vis aux Antilles. Cette histoire n’est pas celle de ma famille ; c’est celle du lieu où j’habite et de la plupart des gens qui y vivent. Autant l’écrire en haut de cette page. Le site dit « nous » par habitude d’écriture, mais il n’y a qu’une personne derrière, et elle n’a aucun titre à faire valoir sur ce sujet.

Ce site ne se construit pourtant pas seul. Les personnes qui y contribuent par leurs indications, leurs conseils, leurs relectures ou d’autres formes d’aide sont nommées dans les remerciements.

Pourquoi ce site

Dans la plupart des récits, les personnes esclavisées apparaissent en nombre : un effectif, une cargaison, une ligne d’inventaire, un taux de mortalité. Sans nom, sans volonté, sans suite. Ce n’est pas une négligence d’écriture, c’est la forme des documents qui subsistent : ils ont été rédigés par ceux qui achetaient, vendaient, jugeaient et comptaient.

Lus de près, ces mêmes documents portent pourtant autre chose que ce qu’ils voulaient enregistrer. Ils portent des noms. Des fuites, des refus, des procès, des plaintes, des marchandages, des mariages, des enfants nommés, des retours. Des gens qui décident, à l’intérieur d’un système fait pour leur ôter toute décision. C’est autour de cela que le site est construit. Ses dossiers et ses fiches se placent du côté de ces personnes partout où les sources le permettent : ils partent de ce qu’elles vivent, font et subissent, et expliquent depuis là ce que leur imposent maîtres, équipages et institutions (la méthode le détaille). Vies et actions, de son côté, ne range pas des victimes par catégorie : il répertorie des actes, datés, situés, et rattachés à une personne chaque fois que la source la nomme.

Il ne s’agit pas de leur accorder une volonté qu’elles n’ont jamais cessé d’exercer : il s’agit d’arrêter de répéter l’effacement. Cela impose une règle qui passe avant l’intention — ne rien inventer pour combler. Quand la source ne donne qu’une ligne, le site n’écrit qu’une ligne et dit qu’il n’en a qu’une. Un nom retrouvé vaut par ce qu’il est ; un nom supposé ne vaudrait rien et abîmerait tous les autres. Ce que le site ignore est écrit dans les chantiers documentaires.

Ce que cette distance ne me donne pas

Vivre ici ne referme pas cette distance et ne me donne aucun titre supplémentaire : une adresse n’est pas une ascendance. Cela déplace seulement l’endroit où tombent les conséquences d’une phrase mal pesée — sur des voisins plutôt que sur des lecteurs lointains. C’est une raison d’écouter, pas une raison de me croire fondé.

La distance, elle, ne me rend pas plus objectif. C’est plutôt l’inverse qu’il faut en conclure. Il y a dans cette histoire des choses qui se remarquent avant de se démontrer, et que je ne remarquerai pas : un mot qui blesse là où je ne vois qu’un terme d’époque, une place trop grande donnée à ceux qui ont laissé des archives et trop petite à ceux qui n’en ont pas laissé, un silence qui ne me manque pas parce qu’il ne m’enlève rien.

Ce que je sais faire est un travail d’informaticien : construire un appareil qui refuse de publier un fait sans sa source. Chaque fait porteur — une date, un chiffre, une citation — est rattaché à un document précis, avec ce qu’il établit et ce qu’il ne prouve pas, et un contrôle automatique bloque la mise en ligne de ce qui enfreint la règle. C’est décrit en détail dans la méthode.

Cet appareil vérifie que chaque brique est réelle. Il ne dit rien de la justesse de l’ensemble : le choix des sujets, la proportion, le ton, ce qu’on met au premier plan et ce qu’on laisse derrière. Aucune vérification automatique n’attrape cela. C’est exactement là que j’ai besoin d’être lu par d’autres.

Écrivez-moi

Tout avis est utile, et les plus utiles sont ceux que je ne peux pas me donner seul : une erreur de fait, de date ou de transcription ; un mot ou une tournure qui blesse, ou au contraire qui adoucit ce qui ne doit pas l’être ; un cadrage qui vous paraît faux ; un débat entre historiens que le site traverse sans avoir l’air de le voir ; une source que j’ignore ; ce qui manque.

Le site rend aussi publiques les 56 pièces ou ensembles documentaires qu’il cherche actuellement auprès de 19 institutions. Signaler une copie déjà numérisée, corriger une cote ou pouvoir consulter une pièce sur place est une contribution à part entière.

Vous n’avez ni à argumenter votre remarque, ni à la documenter, ni à y mettre les formes. Signalez, je vérifie. Ce qui est fondé est corrigé une fois dans la lecture de source structurée ; toutes les pages qui la reprennent reçoivent l’appareil corrigé et signalent les lectures à reprendre. Leur prose est corrigée séparément lorsqu’elle est touchée. Tout arrive à contact@esclavage-antilles.fr.

Une machine écrit avec moi

Les textes de ce site sont rédigés avec l’aide d’un modèle de langage. Je préfère le dire ici, sur la page où l’on demande qui parle, plutôt que dans une note technique. Seul, je n’aurais pas dépouillé ce volume de sources : la machine sert à lire beaucoup, à recouper et à mettre en forme. Elle ne choisit ni le sujet, ni les sources, ni ce qui est retenu, ni ce qui est écarté, ni ce qui est publié.

Elle relit aussi. Les lecteurs qui éprouvent chaque page avant sa publication, décrits dans la méthode, sont des personas de ce même modèle de langage : leur relecture sépare des regards et laisse une trace, mais ce n’est pas un regard extérieur. Celui-là ne peut venir que de vous.

Le danger qu’elle fait courir est précis, et il vaut mieux le nommer : une machine invente avec aplomb. Un nom, une date, une citation vraisemblable. C’est contre cela que tout l’appareil décrit plus haut est construit — non par goût de la rigueur, mais parce qu’inventer ici reviendrait à ajouter une fiction à des vies dont il ne reste presque rien, et souvent pas même un nom.

Ce site ne dépend de rien

Il n’est adossé à aucune institution, ne reçoit aucun financement, ne vend rien, n’affiche aucune publicité, ne mesure pas son audience et ne collecte aucune donnée. Personne ne me commande ce que j’écris et je n’en tire aucun revenu. Les textes et les données produits pour le site sont librement réutilisables : voir les droits et crédits.

Il ne remplace pas non plus le travail des historiennes et des historiens qui consacrent leur vie à cette histoire, et sans lesquels il n’existerait pas : leurs livres et leurs articles sont cités page par page dans les sources.