Le Dictionaire caraibe-françois publié par Raymond Breton en 1665 imprime, parmi les phrases d’exemple qui illustrent ses entrées, deux énoncés en langue kalinago portant sur la présence française. À l’entrée « Aoùlloucaloa, il l’a enlevé », p. 47 : « Káoulloucati oüakáera oüaoüária », que Breton traduit « il nous enlève notre terre ». À l’entrée « lacherékeni, irritation », p. 137 : « cherécae pfráncê ouaóne higniénli », traduit « vous irriterez les François contre nous ». Dans la seconde, les Français sont désignés par un emprunt au nom de leur pays. Le volume français-caraïbe de 1666 imprime de son côté, p. 373, deux entrées voisines : « ma terre, mon païs ; nacáera » et « terre, nónum, f. mónha ».
À garder en tête : Ce sont des phrases d’exemple dans un dictionnaire missionnaire, choisies, transcrites et traduites par Breton pour enseigner la langue à d’autres missionnaires. **Aucun locuteur n’est nommé, aucune situation n’est datée, et rien n’établit que ces phrases précises aient été prononcées devant lui** : un lexicographe compose aussi ses exemples. Ce qu’elles établissent avec certitude est plus étroit et n’est pas rien — que ces énoncés étaient formulables dans cette langue, et qu’un missionnaire ayant vécu dix ans auprès des Kalinagos de la Dominique les a retenus pour illustrer deux mots. La traduction française est la sienne. Ne jamais les présenter comme une parole recueillie ni les attribuer à quiconque. Les deux entrées du volume de 1666 sont reproduites telles qu’elles sont imprimées, côte à côte, sans en tirer d’analyse : le projet ne dispose ni de la compétence linguistique ni de la littérature nécessaires pour décomposer ces formes ou en établir le sens propre.
Le Dictionaire francois-caraibe de Raymond Breton, publié en 1666, se termine p. 414 par un quatrain liminaire signé « Bombille. D. B. », intitulé « Sur le mesme suiet » et adressé « Aux zelez du Salut des Sauuages » : « Au Tyran des Chrestiens allez porter la guerre, / Allez moissonner des Lauriers / Pour vaincre par mer & par terre, / Ce livre fera plus que cent mille guerriers. »
À garder en tête : Le quatrain est d’une autre main que celle de Breton et relève du genre convenu des pièces liminaires : il dit ce qu’un contemporain proclame de l’ouvrage, non ce que son auteur en attendait ni ce qu’il en advint. Le « Tyran des Chrestiens » y désigne le démon dans le registre dévot de ces pièces, et non un adversaire humain : ne pas le lire comme une désignation des Kalinagos.