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Esclavage aux Antilles

Source

Dictionaire francois-caraibe

Raymond Breton

Source imprimée · 1666

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Notice

Droits : Œuvre du domaine public. Numérisation de l’exemplaire de la John Carter Brown Library diffusée par Internet Archive sous licence CC BY 4.0 ; crédit imposé « Courtesy of the John Carter Brown Library », modifications à signaler. Conditions vérifiées le 14 août 2026 sur https://jcblibrary.org/permissions.

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1625–1664 — Prendre une terre, fabriquer un statut

À Saint-Christophe, en Guadeloupe et en Martinique, des expéditions françaises s’installent sur des îles habitées et dépossèdent progressivement de leurs terres les Kalinagos, peuples amérindiens des Petites Antilles. Sur ces terres prises, deux formes de travail contraint coexistent d’abord : l’engagement européen, qui a une échéance écrite, et l’asservissement des personnes africaines, qui n’en a pas. C’est dans cet écart que se fabrique, sur place et avant le sucre, un statut dont on ne sort pas et qui tend à s’imposer aux enfants.

Points étayés

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Le Dictionaire caraibe-françois publié par Raymond Breton en 1665 imprime, parmi les phrases d’exemple qui illustrent ses entrées, deux énoncés en langue kalinago portant sur la présence française. À l’entrée « Aoùlloucaloa, il l’a enlevé », p. 47 : « Káoulloucati oüakáera oüaoüária », que Breton traduit « il nous enlève notre terre ». À l’entrée « lacherékeni, irritation », p. 137 : « cherécae pfráncê ouaóne higniénli », traduit « vous irriterez les François contre nous ». Dans la seconde, les Français sont désignés par un emprunt au nom de leur pays. Le volume français-caraïbe de 1666 imprime de son côté, p. 373, deux entrées voisines : « ma terre, mon païs ; nacáera » et « terre, nónum, f. mónha ».

À garder en tête : Ce sont des phrases d’exemple dans un dictionnaire missionnaire, choisies, transcrites et traduites par Breton pour enseigner la langue à d’autres missionnaires. **Aucun locuteur n’est nommé, aucune situation n’est datée, et rien n’établit que ces phrases précises aient été prononcées devant lui** : un lexicographe compose aussi ses exemples. Ce qu’elles établissent avec certitude est plus étroit et n’est pas rien — que ces énoncés étaient formulables dans cette langue, et qu’un missionnaire ayant vécu dix ans auprès des Kalinagos de la Dominique les a retenus pour illustrer deux mots. La traduction française est la sienne. Ne jamais les présenter comme une parole recueillie ni les attribuer à quiconque. Les deux entrées du volume de 1666 sont reproduites telles qu’elles sont imprimées, côte à côte, sans en tirer d’analyse : le projet ne dispose ni de la compétence linguistique ni de la littérature nécessaires pour décomposer ces formes ou en établir le sens propre.

Le Dictionaire francois-caraibe de Raymond Breton, publié en 1666, se termine p. 414 par un quatrain liminaire signé « Bombille. D. B. », intitulé « Sur le mesme suiet » et adressé « Aux zelez du Salut des Sauuages » : « Au Tyran des Chrestiens allez porter la guerre, / Allez moissonner des Lauriers / Pour vaincre par mer & par terre, / Ce livre fera plus que cent mille guerriers. »

À garder en tête : Le quatrain est d’une autre main que celle de Breton et relève du genre convenu des pièces liminaires : il dit ce qu’un contemporain proclame de l’ouvrage, non ce que son auteur en attendait ni ce qu’il en advint. Le « Tyran des Chrestiens » y désigne le démon dans le registre dévot de ces pièces, et non un adversaire humain : ne pas le lire comme une désignation des Kalinagos.

  • Dictionaire francois-caraibe — p. 414, pièce liminaire « Sur le mesme suiet », quatrain signé Bombille D. B., relevé sur le fac-similé