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Esclavage aux Antilles

XVIIIe–milieu du XIXe siècle · Dossier 1

Être capturé et conduit vers la côte

Avant le navire, Akeiso, Ofodobendo Wooma et Mahommah Gardo Baquaqua avaient une famille, des activités, des lieux connus et une histoire. Leurs récits montrent comment des ravisseurs, des créanciers, des combattants et des marchands les ont séparés de ces mondes, déplacés, enfermés et revendus jusqu’à la côte africaine. Ils montrent aussi les proches qui interviennent, les liens qui se reforment et les tentatives pour échapper à ce qui est imposé.

Publié le 14 août 2026 · 27 min de lecture · Texte, documents et schémas sourcés

Collection · 1/3 · De la capture aux Antilles

Akeiso est enlevée enfant, un soir, pendant un jeu. Ofodobendo Wooma est remis en gage par son frère vers ses huit ans. Mahommah Gardo Baquaqua, garde et messager d’un souverain, est livré par des compagnons qui l’ont fait boire. Un enlèvement, une dette, une trahison : chacun entre dans la traite par une histoire distincte.

Ces trois personnes ne voyagent ni au même moment ni vers la même destination. Ofodobendo est conduit à Antigua avant d’être revendu à New York en 1741. Akeiso arrive en Jamaïque lors d’un voyage dont la date reste inconnue. Baquaqua est déporté vers le Brésil, probablement en 1845 : plus d’un siècle sépare son enlèvement de celui d’Ofodobendo.

1

Avant la rupture

Des jeux, un deuil, une cour : ce qu’il y avait avant

Le fragment attribué à Akeiso commence par une phrase simple : l’Afrique est son pays. Elle situe les siens au bord d’un grand fleuve dont le manuscrit laisse le nom en blanc : la place est ménagée sur la ligne, jamais remplie. Ses souvenirs d’enfance tiennent dans des gestes ordinaires : accompagner des adultes qui pêchent, éloigner les rapaces des volailles et jouer avec d’autres enfants. Ni ses parents ni son village ne sont nommés ; elle appartient pourtant à un lieu, à un groupe et à un quotidien avant que des hommes ne la capturent.

Ofodobendo Wooma donne son nom au début du mémoire conservé par une communauté chrétienne morave de Pennsylvanie. Son père meurt quand il a environ huit ans. Un frère l’accueille alors dans un foyer où vivent déjà cinq enfants, puis, faute de ressources, le remet à un créancier comme garantie d’un prêt. C’est cette garantie temporaire que la suite transforme en vente définitive.

Baquaqua consacre plusieurs chapitres à Djougou, ville de l’intérieur de l’actuel Bénin. Il parle d’un père originaire du Borgou, à l’est de Djougou, d’une mère originaire de Katsina, beaucoup plus loin au nord-est, de prières musulmanes quotidiennes et d’un oncle qui conduit le culte. Il raconte aussi sa propre place dans les rapports de pouvoir. Il sert un souverain local comme garde et messager. Quand le roi veut du vin de palme, écrit-il, on l’envoie le prendre : il emmène plusieurs des esclaves du roi, se poste avec eux dans les hautes herbes le long de la route du marché, poste un guetteur dans un arbre, et le groupe entoure les femmes qui portent le vin sur la tête. Si le vin est bon, elles repartent sans lui. Sa vie antérieure ne se réduit ni à une origine géographique ni à une figure sans contradictions.

Akeiso est une enfant au moment de la capture ; Ofodobendo dit avoir environ huit ans lors de la mise en gage ; Baquaqua, lui, n’en est plus un — son livre ne donne son âge qu’au moment de la publication, « environ trente ans », et l’historien Robin Law le situe à la fin de son adolescence lors de l’enlèvement — et occupe déjà une place dans la cour d’un souverain. La traite détruit ou détourne dans chacune de ces vies des choses différentes : des jeux, un foyer trouvé après un deuil, une position sociale, des pratiques religieuses et des liens dont les archives ne conservent qu’une partie.

Sources de cette partie : [1] · [2] · [3] · [5] · [6]

Voir les preuves précises et leurs limites

Dans le fragment conservé sous le titre Memoirs of the Life of Florence Hall, Akeiso se souvient d’avoir pêché avec les siens, gardé des volailles et surtout joué avec d’autres enfants. Elle raconte qu’un groupe ennemi les a encerclés pendant un jeu loin des maisons, leur a lié les mains, puis les a conduits de nuit en les cachant le jour. Après quinze nuits de faim, de fatigue et de chagrin, elle voit la mer et le navire. Le fragment attribue la vente aux « ennemis de son pays », qui les ont livrés à des hommes blancs « par goût de la boisson et à cause des querelles de leurs chefs » ; elle dit y perdre d’un coup son pays et sa liberté.

  • Source [1] — Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9, vues 1–2 du fac-similé ; transcription Freedom Narratives FN-OB-1048, du passage « Africa is my Country » à l’apparition de la mer et du navire après la quinzième nuit. La vente est portée par la vue 2, colonne de droite : « The enemies of our Country seized and sold us to the white people, for the love of drink, and from the quarrels of their Chiefs », contrôlée sur le fac-similé
  • Source [2] — p. 206–211 pour la provenance, la datation prudente, la médiation de Robert Johnston et la transcription critique du fragment

À garder en tête : Le fragment est non signé, non daté et incomplet. La période structurée est celle de sa mise par écrit probable, non celle de la capture. Le pays appelé « Eboe », le lieu de capture, le chemin, le port et le navire ne sont pas localisés avec certitude ; les rattacher à Bonny ou à un voyage précis transformerait une hypothèse en biographie.

Dans le mémoire conservé par la communauté morave de Bethlehem, Ofodobendo Wooma raconte qu’après la mort de son père, vers ses huit ans, son frère l’a recueilli puis donné en gage contre deux chèvres prêtées pour deux ans. Le créancier l’a revendu avant l’échéance. Ofodobendo dit avoir ensuite été acheté et vendu à plusieurs reprises et être passé parmi des personnes dont il ne comprenait plus la langue. Dans une grande contrée qu’il appelle « Nemils », un marchand l’achète et l’habille, puis le fait enfermer dans une autre maison où pendent les têtes d’au moins cinquante hommes morts ; il s’attend à être tué sur-le-champ et n’en repart que parce que celui qui le conduit demande de lui un prix plus élevé que les occupants n’acceptent d’en donner. Repris et dépouillé de ses vêtements, il est revendu. Placé sur une embarcation avec d’autres captifs, il y croise une jeune fille de sa région qui le réconforte beaucoup ; affamé, il est contraint de manger une viande interdite dans son pays. Après l’arrivée à la côte et sa première rencontre avec des Européens, la jeune fille et lui suivent ensemble le capitaine et montent à bord, où il compte une soixantaine de personnes noires non attachées, avant d’être embarqués vers Antigua. Il y est vendu avec environ trente autres personnes à un capitaine de New York, qui le revend dans cette ville en 1741, alors qu’il dit avoir environ douze ans.

  • Source [3] — p. 433–435 pour la provenance, les quatre pages en allemand ancien et les scénarios possibles de mise par écrit ; p. 447–451 pour la traduction annotée du mémoire ; particulièrement p. 447–448 pour le nom Ofodobendo Wooma, la mise en gage, les reventes, les changements de langue, l’enfermement, la jeune fille, la faim, la côte et l’embarquement, puis p. 448 pour Antigua, la vente vers New York, 1741 et l’âge d’environ douze ans
  • Source [4] — p. 127–132 pour les enlèvements, les enfants et les limites des échantillons de personnes déportées ; p. 141–142 pour la mise en gage, les reventes et le passage d’Ofodobendu par Antigua

À garder en tête : Le document des Moravian Archives est écrit d’une seule main qui poursuit le récit après la fin de la partie autobiographique ; Thorp ne peut établir s’il s’agit d’une copie remaniée, d’une traduction d’un texte anglais ou de la transcription d’une dictée. Le mémoire transmet d’abord « Eboe », corrigé entre les lignes en « Ibo », et ne permet pas de localiser le lieu natal. Le nom Nemils demeure non identifié ; l’ajout « Niger » a lui-même été barré. La participation de marchands aro et un passage par Bonny sont des hypothèses de Thorp, pas des souvenirs formulés par Ofodobendo. « Guinée » désigne la côte de façon imprécise. La maison aux têtes coupées est désignée par le mémoire comme celle d’un homme qui mange de la chair humaine, avec une explication ajoutée aussitôt selon laquelle ce peuple, en général, n’en mange pas : cette qualification appartient au document et à sa mise en forme morave, non à un constat d’Ofodobendo, et n’est donc pas reprise à son compte. Le mémoire cesse de parler de la jeune fille après l’embarquement ; rien n’y indique ce qu’elle devient. En revanche, la mise en gage, les reventes, les ruptures linguistiques, l’enfermement et les têtes, le motif de prix qui l’en fait sortir, le séjour avec la jeune fille, la montée à bord, l’arrivée à la côte, Antigua, la nouvelle vente et l’année 1741 appartiennent bien à la partie du mémoire rédigée à la première personne.

Dans la biographie publiée à partir de ses paroles, Mahommah Gardo Baquaqua dit être né à Djougou d’un père originaire du Borgou et d’une mère originaire de Katsina. Il décrit les prières musulmanes de son père et la vie religieuse de sa famille. Après une première captivité suivie d’un rachat, il revient chez lui puis sert un souverain local comme « Che-re-coo », garde du roi et messager. Il décrit à ce titre le prélèvement du vin de palme : envoyé par le roi, il emmène plusieurs esclaves de celui-ci, se poste avec eux dans les hautes herbes le long de la route du marché, poste un guetteur dans un arbre, et le groupe entoure les femmes qui portent le vin. Si le vin est bon, elles le perdent ; s’il est mauvais, il leur est rendu avec l’ordre de ne pas dire que les gardes sont en embuscade.

  • Source [5] — p. 9–11 pour Djougou, ses parents et les pratiques musulmanes familiales ; p. 30–31 pour la première capture, le rachat organisé par son frère et le retour ; p. 31–34 pour la charge de « Che-re-coo », son rang derrière Ma-ga-zee et Wa-roo, ses courses de messager et l’embuscade au vin de palme
  • Source [6] — p. 121–126 pour Djougou, le parcours africain et la confrontation du récit aux connaissances locales ; p. 130–132 pour la médiation de Samuel Moore

À garder en tête : Samuel Moore a écrit et révisé le livre à partir des paroles de Baquaqua. Le livre ne donne pas son âge au moment de la capture ; il avance seulement, p. 9, qu’il « suppose » avoir environ trente ans à la publication de 1854, ce qui placerait sa naissance vers 1824. Robin Law, p. 124–125, le fait naître à la fin des années 1820 et le situe « probably in his late teens » au moment de l’enlèvement définitif, et le dossier ne le qualifie donc pas d’adulte. Les noms de lieux sont transmis par l’orthographe de l’édition de 1854 et les correspondances modernes sont discutées par Robin Law. Le livre n’emploie jamais le mot « Dahomey » : il nomme une ville, « Dohama », qu’il décrit comme grande et pourvue de portes et d’un péage, et c’est là que Baquaqua cesse d’espérer un retour. Le rattachement de cette étape au royaume du Dahomey appartient à la reconstitution de Law, p. 125, et non au récit. Le texte renseigne une vie particulière à Djougou ; il ne décrit pas une enfance ou une organisation politique typique de l’Afrique occidentale.

2

Captures, gage, enlèvement, guerre

Plusieurs événements font basculer une vie

Akeiso raconte une capture collective pendant un jeu du soir. Les enfants se trouvent à distance des maisons lorsqu’un groupe qu’elle appelle « l’ennemi » les entoure et les pousse dans un espace clos. Les ravisseurs leur attachent les mains. Les cris s’élèvent en vain, puis le groupe est poussé en avant et ne s’arrête qu’au lever du jour. Elle ne nomme ni ces hommes ni l’endroit où ils la vendent ; elle retient le jeu, l’encerclement, les mains liées et l’éloignement immédiat.

Le manuscrit de cette scène n’est pas de la main d’Akeiso. Robert Johnston, propriétaire de plantation en Jamaïque, l’a écrit ou copié plusieurs années après le voyage ; il a pu l’entendre d’elle ou recopier un récit déjà transmis.

Fac-similé — le document lui-même

Deux colonnes d’une même écriture cursive anglaise, régulière et posée, portant des mots biffés et des ajouts entre les lignes ; un trait rouge, tracé après coup sur la numérisation, encadre le bloc des deux colonnes en laissant les marges au-dehors. Le texte commence au milieu d’une phrase, à l’encerclement des enfants, et court jusqu’aux premiers jours passés à bord : la colonne de droite décrit le dépouillement des perles et des coquillages, les enfants nus autorisés à circuler dans le navire tandis que les hommes et les femmes sont enchaînés et tenus dans l’obscurité en bas, la nourriture rare et même mauvaise, les punitions fréquentes et sévères. Elle porte aussi la phrase que cite la partie 5 : « the enemies of our country seized and sold us to the white people, for the love of drink, and from the quarrels of their chiefs ». La page s’interrompt en milieu de phrase, sur « and death became so frequent » — « frequent » est le dernier mot écrit, seul sur sa ligne.Agrandir

Akeiso : une parole recopiée d’une main qui n’est pas la sienne

Une seule main, régulière, a couvert les deux colonnes : ce n’est pas une parole prise au vol mais une mise au propre, où l’on voit des mots biffés et d’autres glissés entre les lignes. La page commence au milieu d’une phrase — « a party of the enemy came around and drove us into an enclosed place », un groupe de l’ennemi les entoure et les pousse dans un espace clos — et le bas de la colonne de gauche porte « at the end of the 15th night », au bout de la quinzième nuit ; la phrase s’achève en haut de la colonne de droite sur « Great sea, and the ship », la grande mer et le navire. Le trait rouge qui encadre la page appartient à la numérisation, non à un choix de ce site.

Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9, Historical Society of Pennsylvania · numérisation et transcription Early Caribbean Digital Archive, contribution de Nicole N. Aljoe · domaine public

Source de cette partie : [1]

Pour Ofodobendo, la rupture prend la forme d’une mise en gage. Son frère emprunte deux chèvres pour deux ans et le remet au créancier comme garantie. Le prêt devait donc avoir une fin. Au bout d’un an, le créancier donne à l’enfant une pipe de tabac sur la route ; Ofodobendo la piétine. L’homme utilise ce geste comme motif pour le vendre. Le récit montre un changement décisif : une relation temporaire liée à une dette devient l’entrée dans une chaîne de ventes que la famille ne contrôle plus.

Baquaqua connaît deux captivités différentes. La première survient pendant une guerre et ne dure pas. Plus tard, des hommes le suivent au son du tambour, flattent sa position auprès du souverain, le font boire puis le conduisent hors de la ville. Au réveil, il comprend que ses compagnons l’ont livré. Cette fois, aucun proche ne peut interrompre le déplacement.

Deux autres récits, plus brefs, montrent deux mécanismes que ces trois vies ne couvrent pas seules. Broteer, que l’homme qui l’achètera renomme Venture, a environ six ans lorsqu’une armée attaque le territoire gouverné par son père, capture les femmes et les enfants présents et tue son père sous ses yeux. Il porte des charges pendant la marche vers la mer — il se donne alors environ six ans et demi —, puis est enfermé dans le fort d’Anomabu, sur la côte de l’actuel Ghana. C’est à la vente, à bord, qu’on le renomme. Son récit continue au-delà, jusqu’à la Barbade ; c’est ce dossier qui s’arrête au navire.

Ottobah Cugoano est un enfant — il ne donne pas son âge — quand des hommes armés l’enlèvent avec un groupe de filles et de garçons partis jouer dans un champ. Ils étaient, écrit-il, dix-huit ou vingt autres avec lui. Ils trompent les enfants, divisent le groupe et le revendent de relais en relais jusqu’à un fort de la côte de l’Or, l’actuel littoral du Ghana. Le navire qui l’emporte appareille de Cape Coast vers la Grenade, dans les Petites Antilles.

Chronologie

Cinq vies, cinq dates — et pas une seule date de capture

  1. Ofodobendo Wooma est revendu à New York

    Il avait environ huit ans quand son frère l’a remis en gage. Entre les deux, plusieurs reventes, une côte, Antigua. Son mémoire en donne d’autres — 1745, janvier et février 1746 —, mais aucune pour sa capture.

  2. Ottobah Cugoano publie son livre à Londres

    Il avait été enlevé enfant, en jouant dans un champ, avec dix-huit ou vingt autres. Il ne dit ni son âge ni l’année : la date qui reste de lui est celle de sa prise de parole.

  3. Paraît le récit de Broteer, renommé Venture

    Il avait environ six ans lorsqu’une armée a tué son père, et six ans et demi pendant la marche vers Anomabu. Son livre paraît un demi-siècle plus tard.

  4. Le fragment d’Akeiso est mis par écrit en Jamaïque

    Elle était une enfant lors de la capture. Ni l’année de son voyage, ni le port, ni le navire ne sont connus : seule la mise à l’écrit, par une autre main que la sienne, peut être datée — et encore, à vingt ans près.

  5. Baquaqua fait imprimer son livre à Detroit

    Il n’était plus un enfant : son livre lui donne « environ trente ans » à la publication, et Robin Law le situe à la fin de son adolescence lors de l’enlèvement. Déporté vers le Brésil probablement en 1845, il paie lui-même l’impression neuf ans plus tard.

Plus d’un siècle sépare la première de ces dates de la dernière. Aucune n’est le jour où quelqu’un a été saisi : ce sont les dates que les documents savent porter.

Sources de cette partie : [3] · [10] · [9] · [1] · [2] · [5] · [6]

Sources de cette partie : [1] · [2] · [3] · [4] · [5] · [6] · [9] · [10]

Voir les preuves précises et leurs limites

Dans le fragment conservé sous le titre Memoirs of the Life of Florence Hall, Akeiso se souvient d’avoir pêché avec les siens, gardé des volailles et surtout joué avec d’autres enfants. Elle raconte qu’un groupe ennemi les a encerclés pendant un jeu loin des maisons, leur a lié les mains, puis les a conduits de nuit en les cachant le jour. Après quinze nuits de faim, de fatigue et de chagrin, elle voit la mer et le navire. Le fragment attribue la vente aux « ennemis de son pays », qui les ont livrés à des hommes blancs « par goût de la boisson et à cause des querelles de leurs chefs » ; elle dit y perdre d’un coup son pays et sa liberté.

  • Source [1] — Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9, vues 1–2 du fac-similé ; transcription Freedom Narratives FN-OB-1048, du passage « Africa is my Country » à l’apparition de la mer et du navire après la quinzième nuit. La vente est portée par la vue 2, colonne de droite : « The enemies of our Country seized and sold us to the white people, for the love of drink, and from the quarrels of their Chiefs », contrôlée sur le fac-similé
  • Source [2] — p. 206–211 pour la provenance, la datation prudente, la médiation de Robert Johnston et la transcription critique du fragment

À garder en tête : Le fragment est non signé, non daté et incomplet. La période structurée est celle de sa mise par écrit probable, non celle de la capture. Le pays appelé « Eboe », le lieu de capture, le chemin, le port et le navire ne sont pas localisés avec certitude ; les rattacher à Bonny ou à un voyage précis transformerait une hypothèse en biographie.

Dans le mémoire conservé par la communauté morave de Bethlehem, Ofodobendo Wooma raconte qu’après la mort de son père, vers ses huit ans, son frère l’a recueilli puis donné en gage contre deux chèvres prêtées pour deux ans. Le créancier l’a revendu avant l’échéance. Ofodobendo dit avoir ensuite été acheté et vendu à plusieurs reprises et être passé parmi des personnes dont il ne comprenait plus la langue. Dans une grande contrée qu’il appelle « Nemils », un marchand l’achète et l’habille, puis le fait enfermer dans une autre maison où pendent les têtes d’au moins cinquante hommes morts ; il s’attend à être tué sur-le-champ et n’en repart que parce que celui qui le conduit demande de lui un prix plus élevé que les occupants n’acceptent d’en donner. Repris et dépouillé de ses vêtements, il est revendu. Placé sur une embarcation avec d’autres captifs, il y croise une jeune fille de sa région qui le réconforte beaucoup ; affamé, il est contraint de manger une viande interdite dans son pays. Après l’arrivée à la côte et sa première rencontre avec des Européens, la jeune fille et lui suivent ensemble le capitaine et montent à bord, où il compte une soixantaine de personnes noires non attachées, avant d’être embarqués vers Antigua. Il y est vendu avec environ trente autres personnes à un capitaine de New York, qui le revend dans cette ville en 1741, alors qu’il dit avoir environ douze ans.

  • Source [3] — p. 433–435 pour la provenance, les quatre pages en allemand ancien et les scénarios possibles de mise par écrit ; p. 447–451 pour la traduction annotée du mémoire ; particulièrement p. 447–448 pour le nom Ofodobendo Wooma, la mise en gage, les reventes, les changements de langue, l’enfermement, la jeune fille, la faim, la côte et l’embarquement, puis p. 448 pour Antigua, la vente vers New York, 1741 et l’âge d’environ douze ans
  • Source [4] — p. 127–132 pour les enlèvements, les enfants et les limites des échantillons de personnes déportées ; p. 141–142 pour la mise en gage, les reventes et le passage d’Ofodobendu par Antigua

À garder en tête : Le document des Moravian Archives est écrit d’une seule main qui poursuit le récit après la fin de la partie autobiographique ; Thorp ne peut établir s’il s’agit d’une copie remaniée, d’une traduction d’un texte anglais ou de la transcription d’une dictée. Le mémoire transmet d’abord « Eboe », corrigé entre les lignes en « Ibo », et ne permet pas de localiser le lieu natal. Le nom Nemils demeure non identifié ; l’ajout « Niger » a lui-même été barré. La participation de marchands aro et un passage par Bonny sont des hypothèses de Thorp, pas des souvenirs formulés par Ofodobendo. « Guinée » désigne la côte de façon imprécise. La maison aux têtes coupées est désignée par le mémoire comme celle d’un homme qui mange de la chair humaine, avec une explication ajoutée aussitôt selon laquelle ce peuple, en général, n’en mange pas : cette qualification appartient au document et à sa mise en forme morave, non à un constat d’Ofodobendo, et n’est donc pas reprise à son compte. Le mémoire cesse de parler de la jeune fille après l’embarquement ; rien n’y indique ce qu’elle devient. En revanche, la mise en gage, les reventes, les ruptures linguistiques, l’enfermement et les têtes, le motif de prix qui l’en fait sortir, le séjour avec la jeune fille, la montée à bord, l’arrivée à la côte, Antigua, la nouvelle vente et l’année 1741 appartiennent bien à la partie du mémoire rédigée à la première personne.

Dans la biographie publiée en 1854, Mahommah Gardo Baquaqua raconte deux mises en captivité distinctes. Une première, pendant une guerre, prend fin lorsque son frère organise son rachat. Plus tard, il est attiré hors de Djougou, enivré puis vendu. Il décrit ensuite la branche fourchue de six pieds passée derrière son cou et fermée devant par un boulon de fer, plusieurs reventes, les nuits enfermé ou les pieds immobilisés, les déplacements à pied puis en bateau, le marquage au fer et la marche enchaînée jusqu’au navire qui l’emporte probablement en 1845.

  • Source [5] — p. 30–31 pour la capture pendant la guerre et le rachat organisé par son frère ; p. 34–42 pour l’enlèvement hors de Djougou, les reventes, les lieux de détention, les déplacements, le marquage et l’embarquement
  • Source [6] — p. 121–126 pour la structure de la biographie, Djougou, l’enlèvement et la route vers Ouidah ; p. 130–132 pour la médiation de Samuel Moore et les difficultés d’interprétation du parcours africain

À garder en tête : La page de titre indique que Samuel Moore a écrit et révisé le récit à partir des paroles de Baquaqua ; le texte n’est donc pas une transcription brute. Robin Law relève aussi des tensions entre les versions conservées sur la durée et le statut de Baquaqua avant son exportation. La date de 1845 est une reconstitution probable de Law, pas une date donnée par la biographie. Le navire conduit Baquaqua à Pernambuco, au Brésil, et non aux Antilles : cette trajectoire éclaire comparativement la conduite vers la côte sans devenir le modèle d’une route antillaise.

Dans le récit publié en 1798, Broteer — ensuite renommé Venture par l’homme qui l’achète — raconte qu’une armée attaque le territoire gouverné par son père, capture les femmes et les enfants présents et tue son père sous ses yeux. Il a environ six ans lors de l’attaque et se donne environ six ans et demi pendant la marche vers la mer, où il porte une pierre à moudre et d’autres charges. Après de nouvelles captures sur la route, il est enfermé dans le fort d’Anomabu, vendu sur un navire puis rebaptisé Venture. Son récit ne s’arrête pas là : le chapitre I se ferme sur les 260 personnes achetées pour ce navire, et le chapitre II ouvre sur la traversée, une épidémie de variole et les deux cents survivantes au plus à l’arrivée à la Barbade.

  • Source [9] — chapitre I, depuis l’annonce de l’invasion jusqu’à l’attaque, la mort de son père, la marche vers la mer, le port des charges, l’arrivée à Anamaboo, la vente à bord et l’attribution du nom Venture

À garder en tête : Le récit a été publié plusieurs décennies après les faits, dans un texte mis en forme par un tiers. Broteer attribue l’armement des envahisseurs à une nation blanche et estime plusieurs distances et nombres de mémoire ; ces précisions ne sont pas reprises ici comme des mesures indépendamment vérifiées. Son parcours documente une capture de guerre particulière, pas la cause principale de toutes les captures.

Ottobah Cugoano raconte dans son livre de 1787 qu’il est enlevé enfant, sans donner son âge, avec dix-huit ou vingt autres filles et garçons alors qu’ils jouent loin de leurs proches. Des hommes armés les trompent, les divisent et le revendent de relais en relais. Cugoano dit avoir refusé de manger pendant plusieurs jours et avoir espéré que les siens le rechercheraient. Au terme du déplacement, il voit des personnes enchaînées, est vendu contre des marchandises, enfermé trois jours dans un fort puis conduit au navire qui part de Cape Coast vers la Grenade.

  • Source [10] — p. 6–10 de l’édition de 1787, depuis l’enlèvement pendant un jeu et la séparation du groupe jusqu’aux reventes, au refus de manger, à la vente contre des marchandises, aux trois jours de prison et au départ depuis Cape Coast

À garder en tête : Le texte de 1787 ne donne ni l’âge de Cugoano au moment de l’enlèvement, ni la date de celui-ci : les mots « thirteen » et « years of age » n’y figurent pas, et le contrôle du 14 août 2026 sur l’édition Oxford Text Archive a retiré les « environ treize ans » et l’intervalle de dix-sept ans jusqu’à 1787, qui provenaient de la littérature biographique et non de la source citée. Le seul repère de durée que Cugoano donne lui-même est d’avoir vécu « twenty moons », soit deux ans selon sa manière de compter, chez les enfants d’un chef avant d’être envoyé chez un oncle. Il décrit les ruses, les armes et les relais qu’il a connus, mais ne donne pas l’identité de tous les acteurs ni le nom du premier fort. Son cas rend visible l’enlèvement d’un groupe d’enfants sur la côte de l’Or ; il ne mesure pas la fréquence de ce mécanisme ailleurs.

3

Un processus qui dure

Marcher, être revendu, perdre les langues connues

Entre la capture et le navire, chacun change plusieurs fois de mains. Akeiso compte quinze nuits avant de voir la mer. Ofodobendo passe par plusieurs propriétaires, plusieurs langues et un lieu qu’il appelle « Nemils ». Baquaqua nomme une suite de villages, de lieux de détention et de reventes avant de descendre une rivière vers le littoral. Gardes, créanciers, acheteurs et intermédiaires imposent à chaque étape le lieu, la durée et la destination suivante.

Akeiso dit que le groupe avance la nuit et demeure caché le jour. La succession du jour et de la nuit devient sa manière de mesurer la distance. Elle nomme ensemble la faim, la fatigue et le chagrin.

Ofodobendo passe d’une nation à l’autre sans plus comprendre aucune des langues qu’il entend. Dans une grande contrée qu’il appelle « Nemils », un marchand l’achète, l’habille et le loge parmi ses gens. Quelques semaines plus tard, ce marchand le fait conduire par ses gens dans une autre maison, tout près, où il est aussitôt enfermé. Il y voit pendre les têtes d’au moins cinquante hommes et s’attend à être tué sur-le-champ. Ce qui le sauve est un désaccord sur son prix : celui qui l’y a conduit en demande plus que les gens de cette maison n’acceptent de payer. Faute d’accord, il le reprend, lui retire les vêtements qu’il lui avait donnés et le revend ailleurs. Le mémoire nomme ce lieu la maison d’un cannibale ; il ajoute que ce peuple, en général, ne mange pas d’hommes, puis maintient aussitôt que certains le font, et qu’on semblait avoir de l’appétit pour lui parce qu’il était jeune. Ce dossier ne reprend à son compte ni l’accusation ni la concession.

On le place ensuite avec d’autres captifs sur une embarcation, parmi des langues qu’il ne comprend pas, jusqu’à ce qu’il croise une jeune fille venue de sa région.

Pendant trois ou quatre jours, il ne reçoit rien à boire et rien à manger sinon du porc, viande interdite dans son pays. Affamé, il finit par en avaler un peu.

Baquaqua décrit l’objet qui le tient : une branche d’arbre fourchue, taillée pour que la fourche passe derrière son cou et fermée devant par un boulon de fer. La branche fait environ six pieds — un mètre quatre-vingts. Ce n’est pas un collier qui enserre : c’est une branche qui dépasse. Il avertit l’homme qui le conduit qu’il tentera de rentrer à Djougou. Celui-ci accélère le trajet, le surveille et choisit pour la nuit des lieux aménagés pour garder des captifs, où les pieds peuvent être immobilisés dans le mur. Plusieurs acheteurs le font ensuite marcher à travers des bois et des régions qu’il ne connaît pas. À chaque vente, les personnes, le rythme et le prochain lieu changent sans qu’il puisse choisir la destination.

Carte éditoriale — schéma d’orientation

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Carte de l’Afrique de l’Ouest, du golfe de Guinée au nord du Nigeria actuel, intitulée « Le monde de Baquaqua avant la mer » et portant les frontières actuelles. Un seul disque plein marque Djougou, à l’intérieur de l’actuel Bénin, avec la mention « il sert un souverain ». Deux anneaux marquent les contrées d’où viennent ses parents, sans être des villes : le Borgou au nord-est proche, « d’où vient son père », et Katsina beaucoup plus loin dans la même direction mais plus à l’est encore, « d’où vient sa mère ». Une zone estompée s’élargit de Djougou vers le sud et s’efface à mesure ; un bloc de texte posé sur la carte indique qu’il est conduit vers le sud à travers des villages et des lieux de garde que la carte ne place pas. Cette zone donne une direction, non un itinéraire, et elle s’arrête au-dessus d’une file de gros points posée le long du littoral, qui marque une façade maritime sans désigner aucun lieu à l’intérieur.Agrandir

Djougou, entre le pays de ses parents et la côte

Djougou est la seule ville que son livre permette de situer. Son père vient du Borgou et sa mère de Katsina, deux contrées et non deux villes : les anneaux marquent des aires, pas des points. Vers le sud, la précision se perd. Baquaqua nomme les villages et les lieux de garde qu’il traverse, mais cette carte ne les place pas, et il dit lui-même ne plus se rappeler le nom du lieu où on l’embarque : la file de points ne désigne donc aucun point de cette côte.

Fond Natural Earth, domaine public · toponymes modernisés d’après Robin Law · carte Esclavage-Antilles.fr, CC BY 4.0

Sources de cette partie : [5] · [6] · [8]

Schéma de ce site — tracé d’après une source, non un document

Schéma d’un objet seul, vu de côté, sans aucun corps, intitulé sur l’image « Ce que Baquaqua décrit, et rien de plus ». Une branche d’arbre est fourchue à une extrémité : les deux fourchons s’écartent en V sur la gauche, formant une ouverture de la largeur d’un cou, qu’une pièce de fer dessinée en travers ferme par devant et que le dessin étiquette « pièce de fer ». Dans l’ouverture, une ellipse pointillée porte la mention « l’encolure passe ici » : la place du cou est marquée, aucun corps n’est tracé. Depuis la fourche, le manche part vers la droite d’un seul tenant, et occupe l’essentiel de la longueur ; la source ne donnant pas la taille de l’ouverture, cette proportion est un choix de tracé et ne se mesure pas. Une ligne de cote court sous l’objet, de la fourche au bout du manche, et porte la mention « environ six pieds — 1,83 mètre ». Une note précise que le dessin ne reproduit aucune pièce conservée.Agrandir

L’entrave que Baquaqua porte sur la route de la côte

Le livre donne quatre choses, et le dessin ne montre que celles-là : une branche fourchue, la fourche derrière le cou, un boulon de fer devant, environ six pieds. La proportion entre la fourche et le manche est un choix de tracé, non une donnée de la source.

Schéma Esclavage-Antilles.fr, CC BY 4.0, d’après la biographie de 1854, édition Documenting the American South

Source de cette partie : [5]

Sources de cette partie : [1] · [3] · [5] · [6] · [8] · [13] · [12]

Voir les preuves précises et leurs limites

Dans le fragment conservé sous le titre Memoirs of the Life of Florence Hall, Akeiso se souvient d’avoir pêché avec les siens, gardé des volailles et surtout joué avec d’autres enfants. Elle raconte qu’un groupe ennemi les a encerclés pendant un jeu loin des maisons, leur a lié les mains, puis les a conduits de nuit en les cachant le jour. Après quinze nuits de faim, de fatigue et de chagrin, elle voit la mer et le navire. Le fragment attribue la vente aux « ennemis de son pays », qui les ont livrés à des hommes blancs « par goût de la boisson et à cause des querelles de leurs chefs » ; elle dit y perdre d’un coup son pays et sa liberté.

  • Source [1] — Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9, vues 1–2 du fac-similé ; transcription Freedom Narratives FN-OB-1048, du passage « Africa is my Country » à l’apparition de la mer et du navire après la quinzième nuit. La vente est portée par la vue 2, colonne de droite : « The enemies of our Country seized and sold us to the white people, for the love of drink, and from the quarrels of their Chiefs », contrôlée sur le fac-similé
  • Source [2] — p. 206–211 pour la provenance, la datation prudente, la médiation de Robert Johnston et la transcription critique du fragment

À garder en tête : Le fragment est non signé, non daté et incomplet. La période structurée est celle de sa mise par écrit probable, non celle de la capture. Le pays appelé « Eboe », le lieu de capture, le chemin, le port et le navire ne sont pas localisés avec certitude ; les rattacher à Bonny ou à un voyage précis transformerait une hypothèse en biographie.

Dans le mémoire conservé par la communauté morave de Bethlehem, Ofodobendo Wooma raconte qu’après la mort de son père, vers ses huit ans, son frère l’a recueilli puis donné en gage contre deux chèvres prêtées pour deux ans. Le créancier l’a revendu avant l’échéance. Ofodobendo dit avoir ensuite été acheté et vendu à plusieurs reprises et être passé parmi des personnes dont il ne comprenait plus la langue. Dans une grande contrée qu’il appelle « Nemils », un marchand l’achète et l’habille, puis le fait enfermer dans une autre maison où pendent les têtes d’au moins cinquante hommes morts ; il s’attend à être tué sur-le-champ et n’en repart que parce que celui qui le conduit demande de lui un prix plus élevé que les occupants n’acceptent d’en donner. Repris et dépouillé de ses vêtements, il est revendu. Placé sur une embarcation avec d’autres captifs, il y croise une jeune fille de sa région qui le réconforte beaucoup ; affamé, il est contraint de manger une viande interdite dans son pays. Après l’arrivée à la côte et sa première rencontre avec des Européens, la jeune fille et lui suivent ensemble le capitaine et montent à bord, où il compte une soixantaine de personnes noires non attachées, avant d’être embarqués vers Antigua. Il y est vendu avec environ trente autres personnes à un capitaine de New York, qui le revend dans cette ville en 1741, alors qu’il dit avoir environ douze ans.

  • Source [3] — p. 433–435 pour la provenance, les quatre pages en allemand ancien et les scénarios possibles de mise par écrit ; p. 447–451 pour la traduction annotée du mémoire ; particulièrement p. 447–448 pour le nom Ofodobendo Wooma, la mise en gage, les reventes, les changements de langue, l’enfermement, la jeune fille, la faim, la côte et l’embarquement, puis p. 448 pour Antigua, la vente vers New York, 1741 et l’âge d’environ douze ans
  • Source [4] — p. 127–132 pour les enlèvements, les enfants et les limites des échantillons de personnes déportées ; p. 141–142 pour la mise en gage, les reventes et le passage d’Ofodobendu par Antigua

À garder en tête : Le document des Moravian Archives est écrit d’une seule main qui poursuit le récit après la fin de la partie autobiographique ; Thorp ne peut établir s’il s’agit d’une copie remaniée, d’une traduction d’un texte anglais ou de la transcription d’une dictée. Le mémoire transmet d’abord « Eboe », corrigé entre les lignes en « Ibo », et ne permet pas de localiser le lieu natal. Le nom Nemils demeure non identifié ; l’ajout « Niger » a lui-même été barré. La participation de marchands aro et un passage par Bonny sont des hypothèses de Thorp, pas des souvenirs formulés par Ofodobendo. « Guinée » désigne la côte de façon imprécise. La maison aux têtes coupées est désignée par le mémoire comme celle d’un homme qui mange de la chair humaine, avec une explication ajoutée aussitôt selon laquelle ce peuple, en général, n’en mange pas : cette qualification appartient au document et à sa mise en forme morave, non à un constat d’Ofodobendo, et n’est donc pas reprise à son compte. Le mémoire cesse de parler de la jeune fille après l’embarquement ; rien n’y indique ce qu’elle devient. En revanche, la mise en gage, les reventes, les ruptures linguistiques, l’enfermement et les têtes, le motif de prix qui l’en fait sortir, le séjour avec la jeune fille, la montée à bord, l’arrivée à la côte, Antigua, la nouvelle vente et l’année 1741 appartiennent bien à la partie du mémoire rédigée à la première personne.

Dans la biographie publiée à partir de ses paroles, Mahommah Gardo Baquaqua dit être né à Djougou d’un père originaire du Borgou et d’une mère originaire de Katsina. Il décrit les prières musulmanes de son père et la vie religieuse de sa famille. Après une première captivité suivie d’un rachat, il revient chez lui puis sert un souverain local comme « Che-re-coo », garde du roi et messager. Il décrit à ce titre le prélèvement du vin de palme : envoyé par le roi, il emmène plusieurs esclaves de celui-ci, se poste avec eux dans les hautes herbes le long de la route du marché, poste un guetteur dans un arbre, et le groupe entoure les femmes qui portent le vin. Si le vin est bon, elles le perdent ; s’il est mauvais, il leur est rendu avec l’ordre de ne pas dire que les gardes sont en embuscade.

  • Source [5] — p. 9–11 pour Djougou, ses parents et les pratiques musulmanes familiales ; p. 30–31 pour la première capture, le rachat organisé par son frère et le retour ; p. 31–34 pour la charge de « Che-re-coo », son rang derrière Ma-ga-zee et Wa-roo, ses courses de messager et l’embuscade au vin de palme
  • Source [6] — p. 121–126 pour Djougou, le parcours africain et la confrontation du récit aux connaissances locales ; p. 130–132 pour la médiation de Samuel Moore

À garder en tête : Samuel Moore a écrit et révisé le livre à partir des paroles de Baquaqua. Le livre ne donne pas son âge au moment de la capture ; il avance seulement, p. 9, qu’il « suppose » avoir environ trente ans à la publication de 1854, ce qui placerait sa naissance vers 1824. Robin Law, p. 124–125, le fait naître à la fin des années 1820 et le situe « probably in his late teens » au moment de l’enlèvement définitif, et le dossier ne le qualifie donc pas d’adulte. Les noms de lieux sont transmis par l’orthographe de l’édition de 1854 et les correspondances modernes sont discutées par Robin Law. Le livre n’emploie jamais le mot « Dahomey » : il nomme une ville, « Dohama », qu’il décrit comme grande et pourvue de portes et d’un péage, et c’est là que Baquaqua cesse d’espérer un retour. Le rattachement de cette étape au royaume du Dahomey appartient à la reconstitution de Law, p. 125, et non au récit. Le texte renseigne une vie particulière à Djougou ; il ne décrit pas une enfance ou une organisation politique typique de l’Afrique occidentale.

Dans la biographie publiée en 1854, Mahommah Gardo Baquaqua raconte deux mises en captivité distinctes. Une première, pendant une guerre, prend fin lorsque son frère organise son rachat. Plus tard, il est attiré hors de Djougou, enivré puis vendu. Il décrit ensuite la branche fourchue de six pieds passée derrière son cou et fermée devant par un boulon de fer, plusieurs reventes, les nuits enfermé ou les pieds immobilisés, les déplacements à pied puis en bateau, le marquage au fer et la marche enchaînée jusqu’au navire qui l’emporte probablement en 1845.

  • Source [5] — p. 30–31 pour la capture pendant la guerre et le rachat organisé par son frère ; p. 34–42 pour l’enlèvement hors de Djougou, les reventes, les lieux de détention, les déplacements, le marquage et l’embarquement
  • Source [6] — p. 121–126 pour la structure de la biographie, Djougou, l’enlèvement et la route vers Ouidah ; p. 130–132 pour la médiation de Samuel Moore et les difficultés d’interprétation du parcours africain

À garder en tête : La page de titre indique que Samuel Moore a écrit et révisé le récit à partir des paroles de Baquaqua ; le texte n’est donc pas une transcription brute. Robin Law relève aussi des tensions entre les versions conservées sur la durée et le statut de Baquaqua avant son exportation. La date de 1845 est une reconstitution probable de Law, pas une date donnée par la biographie. Le navire conduit Baquaqua à Pernambuco, au Brésil, et non aux Antilles : cette trajectoire éclaire comparativement la conduite vers la côte sans devenir le modèle d’une route antillaise.

Pour de nombreuses personnes déportées au XVIIe siècle, la traversée atlantique est précédée de déplacements forcés, de reventes et d’une attente sur la côte dont la durée et les conditions peuvent déjà exposer à la faim, à la maladie, à la violence et à la mort.

  • Source [13] — chapitre 2, p. 54–71 pour l’acquisition et les intermédiaires ; chapitre 3, p. 72–100 pour le trajet, l’attente côtière, l’alimentation, la maladie et la mortalité ; chapitre 4, p. 101–135 pour la traversée
  • Source [12] — chapitre 2, p. 29–54 pour les déplacements, reventes et enfermements côtiers ; chapitres 4–5, p. 99–152 pour l’embarquement et la traversée

À garder en tête : Newson et Minchin étudient le commerce portugais vers l’Amérique espagnole ; Smallwood travaille surtout sur la côte de l’Or et le commerce anglais. Les étapes sont comparables, pas automatiquement identiques aux routes françaises.

4

Agir dans un espace contraint

Des proches interviennent, des liens se reforment

Le déplacement forcé vise à rendre le retour plus difficile, mais il n’efface pas immédiatement les relations. Lors de sa première capture, Baquaqua croise son frère dans les bois. Les deux hommes font semblant de ne pas se connaître. Le frère trouve ensuite une personne qui achète Baquaqua à bas prix afin de le libérer : si leur lien avait été découvert, explique le récit, les ravisseurs auraient exigé davantage. Ce calcul rend possible un premier retour à Djougou.

Le second enlèvement de Baquaqua ne se termine pas ainsi. Dans les lieux qu’il traverse, il rencontre des amis qui comprennent sa situation, mais aucun n’a les moyens de le délivrer. Il annonce qu’il s’enfuira. L’homme qui le conduit répond par la vitesse, la surveillance et l’immobilisation des pieds la nuit. Il continue d’espérer un retour jusqu’à une ville qu’il appelle « Dohama », sur la route de la côte ; c’est là que cet espoir cesse.

Ofodobendo ne nomme pas la jeune fille croisée sur l’embarcation. Il dit qu’elle vient de sa région, qu’elle le réconforte beaucoup et qu’ils restent ensemble jusqu’à la côte. Au milieu de langues inconnues, deux personnes du même pays se trouvent et rendent l’attente moins solitaire.

Akeiso raconte les cris des enfants au moment où leurs mains sont liées. Ils appellent sans obtenir de secours. Cugoano, enlevé avec d’autres enfants, dit que certains tentent de courir ; les hommes armés les menacent de les tuer, puis divisent le groupe. Il refuse ensuite de manger pendant plusieurs jours et attend que ses proches viennent le chercher. Les ravisseurs exploitent précisément la distance : ils éloignent les enfants des chemins connus et les font passer entre plusieurs gardiens avant que leur entourage puisse les retrouver.

Ces actions n’ont pas toutes la même issue. Un rachat réussit une fois ; une fuite annoncée entraîne davantage de surveillance ; des cris n’arrêtent pas le groupe ; une jeune fille peut soutenir un enfant sans pouvoir interrompre le voyage. Le résultat dépend de la proximité des proches, des armes, des entraves, du nombre de gardiens et de la distance déjà parcourue.

Sources de cette partie : [5] · [3] · [1] · [10]

Voir les preuves précises et leurs limites

Dans la biographie publiée à partir de ses paroles, Mahommah Gardo Baquaqua dit être né à Djougou d’un père originaire du Borgou et d’une mère originaire de Katsina. Il décrit les prières musulmanes de son père et la vie religieuse de sa famille. Après une première captivité suivie d’un rachat, il revient chez lui puis sert un souverain local comme « Che-re-coo », garde du roi et messager. Il décrit à ce titre le prélèvement du vin de palme : envoyé par le roi, il emmène plusieurs esclaves de celui-ci, se poste avec eux dans les hautes herbes le long de la route du marché, poste un guetteur dans un arbre, et le groupe entoure les femmes qui portent le vin. Si le vin est bon, elles le perdent ; s’il est mauvais, il leur est rendu avec l’ordre de ne pas dire que les gardes sont en embuscade.

  • Source [5] — p. 9–11 pour Djougou, ses parents et les pratiques musulmanes familiales ; p. 30–31 pour la première capture, le rachat organisé par son frère et le retour ; p. 31–34 pour la charge de « Che-re-coo », son rang derrière Ma-ga-zee et Wa-roo, ses courses de messager et l’embuscade au vin de palme
  • Source [6] — p. 121–126 pour Djougou, le parcours africain et la confrontation du récit aux connaissances locales ; p. 130–132 pour la médiation de Samuel Moore

À garder en tête : Samuel Moore a écrit et révisé le livre à partir des paroles de Baquaqua. Le livre ne donne pas son âge au moment de la capture ; il avance seulement, p. 9, qu’il « suppose » avoir environ trente ans à la publication de 1854, ce qui placerait sa naissance vers 1824. Robin Law, p. 124–125, le fait naître à la fin des années 1820 et le situe « probably in his late teens » au moment de l’enlèvement définitif, et le dossier ne le qualifie donc pas d’adulte. Les noms de lieux sont transmis par l’orthographe de l’édition de 1854 et les correspondances modernes sont discutées par Robin Law. Le livre n’emploie jamais le mot « Dahomey » : il nomme une ville, « Dohama », qu’il décrit comme grande et pourvue de portes et d’un péage, et c’est là que Baquaqua cesse d’espérer un retour. Le rattachement de cette étape au royaume du Dahomey appartient à la reconstitution de Law, p. 125, et non au récit. Le texte renseigne une vie particulière à Djougou ; il ne décrit pas une enfance ou une organisation politique typique de l’Afrique occidentale.

Dans la biographie publiée en 1854, Mahommah Gardo Baquaqua raconte deux mises en captivité distinctes. Une première, pendant une guerre, prend fin lorsque son frère organise son rachat. Plus tard, il est attiré hors de Djougou, enivré puis vendu. Il décrit ensuite la branche fourchue de six pieds passée derrière son cou et fermée devant par un boulon de fer, plusieurs reventes, les nuits enfermé ou les pieds immobilisés, les déplacements à pied puis en bateau, le marquage au fer et la marche enchaînée jusqu’au navire qui l’emporte probablement en 1845.

  • Source [5] — p. 30–31 pour la capture pendant la guerre et le rachat organisé par son frère ; p. 34–42 pour l’enlèvement hors de Djougou, les reventes, les lieux de détention, les déplacements, le marquage et l’embarquement
  • Source [6] — p. 121–126 pour la structure de la biographie, Djougou, l’enlèvement et la route vers Ouidah ; p. 130–132 pour la médiation de Samuel Moore et les difficultés d’interprétation du parcours africain

À garder en tête : La page de titre indique que Samuel Moore a écrit et révisé le récit à partir des paroles de Baquaqua ; le texte n’est donc pas une transcription brute. Robin Law relève aussi des tensions entre les versions conservées sur la durée et le statut de Baquaqua avant son exportation. La date de 1845 est une reconstitution probable de Law, pas une date donnée par la biographie. Le navire conduit Baquaqua à Pernambuco, au Brésil, et non aux Antilles : cette trajectoire éclaire comparativement la conduite vers la côte sans devenir le modèle d’une route antillaise.

Dans le mémoire conservé par la communauté morave de Bethlehem, Ofodobendo Wooma raconte qu’après la mort de son père, vers ses huit ans, son frère l’a recueilli puis donné en gage contre deux chèvres prêtées pour deux ans. Le créancier l’a revendu avant l’échéance. Ofodobendo dit avoir ensuite été acheté et vendu à plusieurs reprises et être passé parmi des personnes dont il ne comprenait plus la langue. Dans une grande contrée qu’il appelle « Nemils », un marchand l’achète et l’habille, puis le fait enfermer dans une autre maison où pendent les têtes d’au moins cinquante hommes morts ; il s’attend à être tué sur-le-champ et n’en repart que parce que celui qui le conduit demande de lui un prix plus élevé que les occupants n’acceptent d’en donner. Repris et dépouillé de ses vêtements, il est revendu. Placé sur une embarcation avec d’autres captifs, il y croise une jeune fille de sa région qui le réconforte beaucoup ; affamé, il est contraint de manger une viande interdite dans son pays. Après l’arrivée à la côte et sa première rencontre avec des Européens, la jeune fille et lui suivent ensemble le capitaine et montent à bord, où il compte une soixantaine de personnes noires non attachées, avant d’être embarqués vers Antigua. Il y est vendu avec environ trente autres personnes à un capitaine de New York, qui le revend dans cette ville en 1741, alors qu’il dit avoir environ douze ans.

  • Source [3] — p. 433–435 pour la provenance, les quatre pages en allemand ancien et les scénarios possibles de mise par écrit ; p. 447–451 pour la traduction annotée du mémoire ; particulièrement p. 447–448 pour le nom Ofodobendo Wooma, la mise en gage, les reventes, les changements de langue, l’enfermement, la jeune fille, la faim, la côte et l’embarquement, puis p. 448 pour Antigua, la vente vers New York, 1741 et l’âge d’environ douze ans
  • Source [4] — p. 127–132 pour les enlèvements, les enfants et les limites des échantillons de personnes déportées ; p. 141–142 pour la mise en gage, les reventes et le passage d’Ofodobendu par Antigua

À garder en tête : Le document des Moravian Archives est écrit d’une seule main qui poursuit le récit après la fin de la partie autobiographique ; Thorp ne peut établir s’il s’agit d’une copie remaniée, d’une traduction d’un texte anglais ou de la transcription d’une dictée. Le mémoire transmet d’abord « Eboe », corrigé entre les lignes en « Ibo », et ne permet pas de localiser le lieu natal. Le nom Nemils demeure non identifié ; l’ajout « Niger » a lui-même été barré. La participation de marchands aro et un passage par Bonny sont des hypothèses de Thorp, pas des souvenirs formulés par Ofodobendo. « Guinée » désigne la côte de façon imprécise. La maison aux têtes coupées est désignée par le mémoire comme celle d’un homme qui mange de la chair humaine, avec une explication ajoutée aussitôt selon laquelle ce peuple, en général, n’en mange pas : cette qualification appartient au document et à sa mise en forme morave, non à un constat d’Ofodobendo, et n’est donc pas reprise à son compte. Le mémoire cesse de parler de la jeune fille après l’embarquement ; rien n’y indique ce qu’elle devient. En revanche, la mise en gage, les reventes, les ruptures linguistiques, l’enfermement et les têtes, le motif de prix qui l’en fait sortir, le séjour avec la jeune fille, la montée à bord, l’arrivée à la côte, Antigua, la nouvelle vente et l’année 1741 appartiennent bien à la partie du mémoire rédigée à la première personne.

Dans le fragment conservé sous le titre Memoirs of the Life of Florence Hall, Akeiso se souvient d’avoir pêché avec les siens, gardé des volailles et surtout joué avec d’autres enfants. Elle raconte qu’un groupe ennemi les a encerclés pendant un jeu loin des maisons, leur a lié les mains, puis les a conduits de nuit en les cachant le jour. Après quinze nuits de faim, de fatigue et de chagrin, elle voit la mer et le navire. Le fragment attribue la vente aux « ennemis de son pays », qui les ont livrés à des hommes blancs « par goût de la boisson et à cause des querelles de leurs chefs » ; elle dit y perdre d’un coup son pays et sa liberté.

  • Source [1] — Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9, vues 1–2 du fac-similé ; transcription Freedom Narratives FN-OB-1048, du passage « Africa is my Country » à l’apparition de la mer et du navire après la quinzième nuit. La vente est portée par la vue 2, colonne de droite : « The enemies of our Country seized and sold us to the white people, for the love of drink, and from the quarrels of their Chiefs », contrôlée sur le fac-similé
  • Source [2] — p. 206–211 pour la provenance, la datation prudente, la médiation de Robert Johnston et la transcription critique du fragment

À garder en tête : Le fragment est non signé, non daté et incomplet. La période structurée est celle de sa mise par écrit probable, non celle de la capture. Le pays appelé « Eboe », le lieu de capture, le chemin, le port et le navire ne sont pas localisés avec certitude ; les rattacher à Bonny ou à un voyage précis transformerait une hypothèse en biographie.

Ottobah Cugoano raconte dans son livre de 1787 qu’il est enlevé enfant, sans donner son âge, avec dix-huit ou vingt autres filles et garçons alors qu’ils jouent loin de leurs proches. Des hommes armés les trompent, les divisent et le revendent de relais en relais. Cugoano dit avoir refusé de manger pendant plusieurs jours et avoir espéré que les siens le rechercheraient. Au terme du déplacement, il voit des personnes enchaînées, est vendu contre des marchandises, enfermé trois jours dans un fort puis conduit au navire qui part de Cape Coast vers la Grenade.

  • Source [10] — p. 6–10 de l’édition de 1787, depuis l’enlèvement pendant un jeu et la séparation du groupe jusqu’aux reventes, au refus de manger, à la vente contre des marchandises, aux trois jours de prison et au départ depuis Cape Coast

À garder en tête : Le texte de 1787 ne donne ni l’âge de Cugoano au moment de l’enlèvement, ni la date de celui-ci : les mots « thirteen » et « years of age » n’y figurent pas, et le contrôle du 14 août 2026 sur l’édition Oxford Text Archive a retiré les « environ treize ans » et l’intervalle de dix-sept ans jusqu’à 1787, qui provenaient de la littérature biographique et non de la source citée. Le seul repère de durée que Cugoano donne lui-même est d’avoir vécu « twenty moons », soit deux ans selon sa manière de compter, chez les enfants d’un chef avant d’être envoyé chez un oncle. Il décrit les ruses, les armes et les relais qu’il a connus, mais ne donne pas l’identité de tous les acteurs ni le nom du premier fort. Son cas rend visible l’enlèvement d’un groupe d’enfants sur la côte de l’Or ; il ne mesure pas la fréquence de ce mécanisme ailleurs.

5

Au terme des routes intérieures

Voir la mer ne signifie pas comprendre la destination

Au matin qui suit sa quinzième nuit de marche, Akeiso voit ensemble la mer et le navire. Son récit ne décrit ni une ville côtière ni une attente à terre : la phrase passe directement de la marche à l’embarquement. Ce sont les ennemis de son pays, dit-elle, qui les ont saisis et vendus à des hommes blancs ; elle attribue cette vente à leur goût pour la boisson qu’ils en tiraient et aux querelles que menaient leurs chefs. Elle perd d’un coup, écrit-elle, son pays et sa liberté. Elle ne connaît pourtant ni la route du navire, ni sa durée, ni la Jamaïque qui l’attend.

Ofodobendo et la jeune fille restent ensemble sur la côte en attendant ce qui va leur arriver. Un matin, ils voient deux hommes blancs pour la première fois et les prennent pour des démons venus les saisir. L’un d’eux, capitaine de navire, leur fait signe de le suivre ; ils obéissent tous deux et montent à bord ensemble. Ofodobendo y compte une soixantaine de personnes noires qui ne sont pas attachées à cet instant, et se rassure en pensant qu’il sera traité comme elles. Il ne peut pas savoir qu’il sera conduit à Antigua, puis revendu avec une trentaine d’autres personnes à un capitaine de New York.

Baquaqua arrive dans une ville au bord d’un grand fleuve, descend celui-ci pendant deux nuits et un jour, puis rejoint un lieu côtier dont son livre ne donne pas le nom. Des hommes rassemblent les captifs dans un enclos, les placent dos à un feu avec l’ordre de ne pas regarder autour d’eux, et les marquent au fer pendant qu’un gardien tient un fouet. Pour l’embarquement, ils les enchaînent et attachent des cordes autour de leur cou. Baquaqua n’a jamais vu de navire. Il croit d’abord qu’il s’agit d’un objet de culte et craint que les hommes blancs ne les conduisent là pour les tuer.

Ce que ce livre est devenu, sa page de titre le dit encore.

Fac-similé — le document lui-même

Page de titre imprimée en noir et blanc : le titre « Biography of Mahommah G. Baquaqua » domine, suivi de « a native of Zoogoo, in the interior of Africa », d’une parenthèse indiquant sa conversion au christianisme, puis d’un sommaire des matières en petites capitales serrées, dans cet ordre : mœurs et coutumes, notions religieuses, formes de gouvernement, lois, agriculture, manufactures et commerce, modes de guerre — et seulement ensuite sa capture et son esclavage en Afrique de l’Ouest et au Brésil, sa fuite vers les États-Unis, puis Haïti et Port-au-Prince. En bas, en corps plus petit : « written and revised from his own words, by Samuel Moore, Esq. », puis quatre lignes séparées — « DETROIT: », « Printed for the Author, Mahommah Gardo Baquaqua, », « BY GEO. E. POMEROY & CO., TRIBUNE OFFICE. », « 1854. ». Au bas de la reproduction, un tampon de bibliothèque : « SCHOMBURG COLLECTION ».Agrandir

Ce que le livre de 1854 annonce avant d’en venir à la capture

Sous le nom de Baquaqua, la page l’annonce natif de « Zoogoo » — l’orthographe de Djougou en 1854 — puis, entre parenthèses, converti au christianisme. Vient un long sommaire des mœurs, des lois, de l’agriculture et du commerce de la région ; la capture et l’esclavage en Afrique de l’Ouest et au Brésil n’arrivent qu’après lui, suivis de la fuite vers les États-Unis puis vers Port-au-Prince et de l’accueil du missionnaire baptiste W. L. Judd. Samuel Moore, qui a écrit et révisé l’ouvrage à partir des paroles de Baquaqua, est présenté en bas de page comme ancien éditeur d’une gazette maritime anglaise. Les quatre dernières lignes séparent deux rôles que rien n’oblige à confondre : l’imprimeur est Geo. E. Pomeroy & Co., au Tribune Office ; celui pour qui l’on imprime, et donc celui qui paie, est Baquaqua lui-même.

Exemplaire de la Schomburg Collection, numérisé par Documenting the American South, University of North Carolina at Chapel Hill · domaine public

Source de cette partie : [5]

Cugoano arrive pour sa part devant un fort après plusieurs tromperies et reventes. Il voit des personnes attachées deux par deux et comprend qu’un homme l’échange contre un fusil, du tissu et du plomb. Il passe trois jours enfermé avant qu’une embarcation le conduise au navire au large de Cape Coast, sur la côte de l’actuel Ghana. Ces scènes diffèrent, mais elles ont un point commun : la côte n’apporte pas aux captifs une vue d’ensemble de la traite. Elle place leur prochaine destination entre les mains de marchands et d’équipages qui, eux, connaissent le prix, le navire et le port d’arrivée.

Sources de cette partie : [1] · [3] · [5] · [6] · [7] · [10]

Voir les preuves précises et leurs limites

Dans le fragment conservé sous le titre Memoirs of the Life of Florence Hall, Akeiso se souvient d’avoir pêché avec les siens, gardé des volailles et surtout joué avec d’autres enfants. Elle raconte qu’un groupe ennemi les a encerclés pendant un jeu loin des maisons, leur a lié les mains, puis les a conduits de nuit en les cachant le jour. Après quinze nuits de faim, de fatigue et de chagrin, elle voit la mer et le navire. Le fragment attribue la vente aux « ennemis de son pays », qui les ont livrés à des hommes blancs « par goût de la boisson et à cause des querelles de leurs chefs » ; elle dit y perdre d’un coup son pays et sa liberté.

  • Source [1] — Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9, vues 1–2 du fac-similé ; transcription Freedom Narratives FN-OB-1048, du passage « Africa is my Country » à l’apparition de la mer et du navire après la quinzième nuit. La vente est portée par la vue 2, colonne de droite : « The enemies of our Country seized and sold us to the white people, for the love of drink, and from the quarrels of their Chiefs », contrôlée sur le fac-similé
  • Source [2] — p. 206–211 pour la provenance, la datation prudente, la médiation de Robert Johnston et la transcription critique du fragment

À garder en tête : Le fragment est non signé, non daté et incomplet. La période structurée est celle de sa mise par écrit probable, non celle de la capture. Le pays appelé « Eboe », le lieu de capture, le chemin, le port et le navire ne sont pas localisés avec certitude ; les rattacher à Bonny ou à un voyage précis transformerait une hypothèse en biographie.

Dans le mémoire conservé par la communauté morave de Bethlehem, Ofodobendo Wooma raconte qu’après la mort de son père, vers ses huit ans, son frère l’a recueilli puis donné en gage contre deux chèvres prêtées pour deux ans. Le créancier l’a revendu avant l’échéance. Ofodobendo dit avoir ensuite été acheté et vendu à plusieurs reprises et être passé parmi des personnes dont il ne comprenait plus la langue. Dans une grande contrée qu’il appelle « Nemils », un marchand l’achète et l’habille, puis le fait enfermer dans une autre maison où pendent les têtes d’au moins cinquante hommes morts ; il s’attend à être tué sur-le-champ et n’en repart que parce que celui qui le conduit demande de lui un prix plus élevé que les occupants n’acceptent d’en donner. Repris et dépouillé de ses vêtements, il est revendu. Placé sur une embarcation avec d’autres captifs, il y croise une jeune fille de sa région qui le réconforte beaucoup ; affamé, il est contraint de manger une viande interdite dans son pays. Après l’arrivée à la côte et sa première rencontre avec des Européens, la jeune fille et lui suivent ensemble le capitaine et montent à bord, où il compte une soixantaine de personnes noires non attachées, avant d’être embarqués vers Antigua. Il y est vendu avec environ trente autres personnes à un capitaine de New York, qui le revend dans cette ville en 1741, alors qu’il dit avoir environ douze ans.

  • Source [3] — p. 433–435 pour la provenance, les quatre pages en allemand ancien et les scénarios possibles de mise par écrit ; p. 447–451 pour la traduction annotée du mémoire ; particulièrement p. 447–448 pour le nom Ofodobendo Wooma, la mise en gage, les reventes, les changements de langue, l’enfermement, la jeune fille, la faim, la côte et l’embarquement, puis p. 448 pour Antigua, la vente vers New York, 1741 et l’âge d’environ douze ans
  • Source [4] — p. 127–132 pour les enlèvements, les enfants et les limites des échantillons de personnes déportées ; p. 141–142 pour la mise en gage, les reventes et le passage d’Ofodobendu par Antigua

À garder en tête : Le document des Moravian Archives est écrit d’une seule main qui poursuit le récit après la fin de la partie autobiographique ; Thorp ne peut établir s’il s’agit d’une copie remaniée, d’une traduction d’un texte anglais ou de la transcription d’une dictée. Le mémoire transmet d’abord « Eboe », corrigé entre les lignes en « Ibo », et ne permet pas de localiser le lieu natal. Le nom Nemils demeure non identifié ; l’ajout « Niger » a lui-même été barré. La participation de marchands aro et un passage par Bonny sont des hypothèses de Thorp, pas des souvenirs formulés par Ofodobendo. « Guinée » désigne la côte de façon imprécise. La maison aux têtes coupées est désignée par le mémoire comme celle d’un homme qui mange de la chair humaine, avec une explication ajoutée aussitôt selon laquelle ce peuple, en général, n’en mange pas : cette qualification appartient au document et à sa mise en forme morave, non à un constat d’Ofodobendo, et n’est donc pas reprise à son compte. Le mémoire cesse de parler de la jeune fille après l’embarquement ; rien n’y indique ce qu’elle devient. En revanche, la mise en gage, les reventes, les ruptures linguistiques, l’enfermement et les têtes, le motif de prix qui l’en fait sortir, le séjour avec la jeune fille, la montée à bord, l’arrivée à la côte, Antigua, la nouvelle vente et l’année 1741 appartiennent bien à la partie du mémoire rédigée à la première personne.

Dans la biographie publiée en 1854, Mahommah Gardo Baquaqua raconte deux mises en captivité distinctes. Une première, pendant une guerre, prend fin lorsque son frère organise son rachat. Plus tard, il est attiré hors de Djougou, enivré puis vendu. Il décrit ensuite la branche fourchue de six pieds passée derrière son cou et fermée devant par un boulon de fer, plusieurs reventes, les nuits enfermé ou les pieds immobilisés, les déplacements à pied puis en bateau, le marquage au fer et la marche enchaînée jusqu’au navire qui l’emporte probablement en 1845.

  • Source [5] — p. 30–31 pour la capture pendant la guerre et le rachat organisé par son frère ; p. 34–42 pour l’enlèvement hors de Djougou, les reventes, les lieux de détention, les déplacements, le marquage et l’embarquement
  • Source [6] — p. 121–126 pour la structure de la biographie, Djougou, l’enlèvement et la route vers Ouidah ; p. 130–132 pour la médiation de Samuel Moore et les difficultés d’interprétation du parcours africain

À garder en tête : La page de titre indique que Samuel Moore a écrit et révisé le récit à partir des paroles de Baquaqua ; le texte n’est donc pas une transcription brute. Robin Law relève aussi des tensions entre les versions conservées sur la durée et le statut de Baquaqua avant son exportation. La date de 1845 est une reconstitution probable de Law, pas une date donnée par la biographie. Le navire conduit Baquaqua à Pernambuco, au Brésil, et non aux Antilles : cette trajectoire éclaire comparativement la conduite vers la côte sans devenir le modèle d’une route antillaise.

Ottobah Cugoano raconte dans son livre de 1787 qu’il est enlevé enfant, sans donner son âge, avec dix-huit ou vingt autres filles et garçons alors qu’ils jouent loin de leurs proches. Des hommes armés les trompent, les divisent et le revendent de relais en relais. Cugoano dit avoir refusé de manger pendant plusieurs jours et avoir espéré que les siens le rechercheraient. Au terme du déplacement, il voit des personnes enchaînées, est vendu contre des marchandises, enfermé trois jours dans un fort puis conduit au navire qui part de Cape Coast vers la Grenade.

  • Source [10] — p. 6–10 de l’édition de 1787, depuis l’enlèvement pendant un jeu et la séparation du groupe jusqu’aux reventes, au refus de manger, à la vente contre des marchandises, aux trois jours de prison et au départ depuis Cape Coast

À garder en tête : Le texte de 1787 ne donne ni l’âge de Cugoano au moment de l’enlèvement, ni la date de celui-ci : les mots « thirteen » et « years of age » n’y figurent pas, et le contrôle du 14 août 2026 sur l’édition Oxford Text Archive a retiré les « environ treize ans » et l’intervalle de dix-sept ans jusqu’à 1787, qui provenaient de la littérature biographique et non de la source citée. Le seul repère de durée que Cugoano donne lui-même est d’avoir vécu « twenty moons », soit deux ans selon sa manière de compter, chez les enfants d’un chef avant d’être envoyé chez un oncle. Il décrit les ruses, les armes et les relais qu’il a connus, mais ne donne pas l’identité de tous les acteurs ni le nom du premier fort. Son cas rend visible l’enlèvement d’un groupe d’enfants sur la côte de l’Or ; il ne mesure pas la fréquence de ce mécanisme ailleurs.

Le navire est devant eux

La côte termine une route et ouvre un autre enfermement

Akeiso compte les nuits ; Ofodobendo compte les ventes et les langues qu’il cesse de comprendre ; Baquaqua se souvient des lieux de garde, des pieds immobilisés, du fleuve, du marquage et de la chaîne qui le conduit à la plage. Chacun mesure la route avec ce qui lui reste.

Leurs histoires ne sont pas entièrement effacées par la capture. Le frère de Baquaqua organise un premier retour. Une jeune fille venue de sa région reste auprès d’Ofodobendo jusqu’à la côte. Akeiso conserve le souvenir des jeux, des pêches et du nom qu’elle se donnait avant que d’autres lui en associent un nouveau. Cugoano publie à Londres, en 1787, un livre qui condamne la traite et réclame son abolition, en partant de ce qu’il a lui-même vécu.

Au bord de la mer, aucun ne dispose des informations que possèdent les marchands et les équipages. Le navire lui-même reste illisible : Baquaqua le prend d’abord pour un objet de culte. Le dossier suivant commence à cet endroit : lorsque la terre peut encore être visible, mais que les gardes, les parois du navire et l’eau rendent déjà le retour inaccessible.

Sources de cette partie : [1] · [3] · [5] · [10] · [12]

Voir les preuves précises et leurs limites

Dans le fragment conservé sous le titre Memoirs of the Life of Florence Hall, Akeiso se souvient d’avoir pêché avec les siens, gardé des volailles et surtout joué avec d’autres enfants. Elle raconte qu’un groupe ennemi les a encerclés pendant un jeu loin des maisons, leur a lié les mains, puis les a conduits de nuit en les cachant le jour. Après quinze nuits de faim, de fatigue et de chagrin, elle voit la mer et le navire. Le fragment attribue la vente aux « ennemis de son pays », qui les ont livrés à des hommes blancs « par goût de la boisson et à cause des querelles de leurs chefs » ; elle dit y perdre d’un coup son pays et sa liberté.

  • Source [1] — Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9, vues 1–2 du fac-similé ; transcription Freedom Narratives FN-OB-1048, du passage « Africa is my Country » à l’apparition de la mer et du navire après la quinzième nuit. La vente est portée par la vue 2, colonne de droite : « The enemies of our Country seized and sold us to the white people, for the love of drink, and from the quarrels of their Chiefs », contrôlée sur le fac-similé
  • Source [2] — p. 206–211 pour la provenance, la datation prudente, la médiation de Robert Johnston et la transcription critique du fragment

À garder en tête : Le fragment est non signé, non daté et incomplet. La période structurée est celle de sa mise par écrit probable, non celle de la capture. Le pays appelé « Eboe », le lieu de capture, le chemin, le port et le navire ne sont pas localisés avec certitude ; les rattacher à Bonny ou à un voyage précis transformerait une hypothèse en biographie.

Dans le mémoire conservé par la communauté morave de Bethlehem, Ofodobendo Wooma raconte qu’après la mort de son père, vers ses huit ans, son frère l’a recueilli puis donné en gage contre deux chèvres prêtées pour deux ans. Le créancier l’a revendu avant l’échéance. Ofodobendo dit avoir ensuite été acheté et vendu à plusieurs reprises et être passé parmi des personnes dont il ne comprenait plus la langue. Dans une grande contrée qu’il appelle « Nemils », un marchand l’achète et l’habille, puis le fait enfermer dans une autre maison où pendent les têtes d’au moins cinquante hommes morts ; il s’attend à être tué sur-le-champ et n’en repart que parce que celui qui le conduit demande de lui un prix plus élevé que les occupants n’acceptent d’en donner. Repris et dépouillé de ses vêtements, il est revendu. Placé sur une embarcation avec d’autres captifs, il y croise une jeune fille de sa région qui le réconforte beaucoup ; affamé, il est contraint de manger une viande interdite dans son pays. Après l’arrivée à la côte et sa première rencontre avec des Européens, la jeune fille et lui suivent ensemble le capitaine et montent à bord, où il compte une soixantaine de personnes noires non attachées, avant d’être embarqués vers Antigua. Il y est vendu avec environ trente autres personnes à un capitaine de New York, qui le revend dans cette ville en 1741, alors qu’il dit avoir environ douze ans.

  • Source [3] — p. 433–435 pour la provenance, les quatre pages en allemand ancien et les scénarios possibles de mise par écrit ; p. 447–451 pour la traduction annotée du mémoire ; particulièrement p. 447–448 pour le nom Ofodobendo Wooma, la mise en gage, les reventes, les changements de langue, l’enfermement, la jeune fille, la faim, la côte et l’embarquement, puis p. 448 pour Antigua, la vente vers New York, 1741 et l’âge d’environ douze ans
  • Source [4] — p. 127–132 pour les enlèvements, les enfants et les limites des échantillons de personnes déportées ; p. 141–142 pour la mise en gage, les reventes et le passage d’Ofodobendu par Antigua

À garder en tête : Le document des Moravian Archives est écrit d’une seule main qui poursuit le récit après la fin de la partie autobiographique ; Thorp ne peut établir s’il s’agit d’une copie remaniée, d’une traduction d’un texte anglais ou de la transcription d’une dictée. Le mémoire transmet d’abord « Eboe », corrigé entre les lignes en « Ibo », et ne permet pas de localiser le lieu natal. Le nom Nemils demeure non identifié ; l’ajout « Niger » a lui-même été barré. La participation de marchands aro et un passage par Bonny sont des hypothèses de Thorp, pas des souvenirs formulés par Ofodobendo. « Guinée » désigne la côte de façon imprécise. La maison aux têtes coupées est désignée par le mémoire comme celle d’un homme qui mange de la chair humaine, avec une explication ajoutée aussitôt selon laquelle ce peuple, en général, n’en mange pas : cette qualification appartient au document et à sa mise en forme morave, non à un constat d’Ofodobendo, et n’est donc pas reprise à son compte. Le mémoire cesse de parler de la jeune fille après l’embarquement ; rien n’y indique ce qu’elle devient. En revanche, la mise en gage, les reventes, les ruptures linguistiques, l’enfermement et les têtes, le motif de prix qui l’en fait sortir, le séjour avec la jeune fille, la montée à bord, l’arrivée à la côte, Antigua, la nouvelle vente et l’année 1741 appartiennent bien à la partie du mémoire rédigée à la première personne.

Dans la biographie publiée en 1854, Mahommah Gardo Baquaqua raconte deux mises en captivité distinctes. Une première, pendant une guerre, prend fin lorsque son frère organise son rachat. Plus tard, il est attiré hors de Djougou, enivré puis vendu. Il décrit ensuite la branche fourchue de six pieds passée derrière son cou et fermée devant par un boulon de fer, plusieurs reventes, les nuits enfermé ou les pieds immobilisés, les déplacements à pied puis en bateau, le marquage au fer et la marche enchaînée jusqu’au navire qui l’emporte probablement en 1845.

  • Source [5] — p. 30–31 pour la capture pendant la guerre et le rachat organisé par son frère ; p. 34–42 pour l’enlèvement hors de Djougou, les reventes, les lieux de détention, les déplacements, le marquage et l’embarquement
  • Source [6] — p. 121–126 pour la structure de la biographie, Djougou, l’enlèvement et la route vers Ouidah ; p. 130–132 pour la médiation de Samuel Moore et les difficultés d’interprétation du parcours africain

À garder en tête : La page de titre indique que Samuel Moore a écrit et révisé le récit à partir des paroles de Baquaqua ; le texte n’est donc pas une transcription brute. Robin Law relève aussi des tensions entre les versions conservées sur la durée et le statut de Baquaqua avant son exportation. La date de 1845 est une reconstitution probable de Law, pas une date donnée par la biographie. Le navire conduit Baquaqua à Pernambuco, au Brésil, et non aux Antilles : cette trajectoire éclaire comparativement la conduite vers la côte sans devenir le modèle d’une route antillaise.

Ottobah Cugoano raconte dans son livre de 1787 qu’il est enlevé enfant, sans donner son âge, avec dix-huit ou vingt autres filles et garçons alors qu’ils jouent loin de leurs proches. Des hommes armés les trompent, les divisent et le revendent de relais en relais. Cugoano dit avoir refusé de manger pendant plusieurs jours et avoir espéré que les siens le rechercheraient. Au terme du déplacement, il voit des personnes enchaînées, est vendu contre des marchandises, enfermé trois jours dans un fort puis conduit au navire qui part de Cape Coast vers la Grenade.

  • Source [10] — p. 6–10 de l’édition de 1787, depuis l’enlèvement pendant un jeu et la séparation du groupe jusqu’aux reventes, au refus de manger, à la vente contre des marchandises, aux trois jours de prison et au départ depuis Cape Coast

À garder en tête : Le texte de 1787 ne donne ni l’âge de Cugoano au moment de l’enlèvement, ni la date de celui-ci : les mots « thirteen » et « years of age » n’y figurent pas, et le contrôle du 14 août 2026 sur l’édition Oxford Text Archive a retiré les « environ treize ans » et l’intervalle de dix-sept ans jusqu’à 1787, qui provenaient de la littérature biographique et non de la source citée. Le seul repère de durée que Cugoano donne lui-même est d’avoir vécu « twenty moons », soit deux ans selon sa manière de compter, chez les enfants d’un chef avant d’être envoyé chez un oncle. Il décrit les ruses, les armes et les relais qu’il a connus, mais ne donne pas l’identité de tous les acteurs ni le nom du premier fort. Son cas rend visible l’enlèvement d’un groupe d’enfants sur la côte de l’Or ; il ne mesure pas la fréquence de ce mécanisme ailleurs.

Méthode et limites des sources

Pourquoi rapprocher des vies dirigées vers des destinations différentes, ce que chaque document établit et où s’arrête sa portée.

Lire la note de méthode complète

Trois récits, deux comparaisons, et ce que chacun permet de dire

Ce site est consacré aux Antilles. Akeiso arrive en Jamaïque et Ofodobendo à Antigua, deux colonies britanniques. Les archives françaises retenues pour les XVIIe et XVIIIe siècles comptent des personnes achetées sur la côte, mais ne conservent pas une vie suivie depuis l’enfance ou la capture jusqu’à l’embarquement. Les deux récits caribéens donnent accès à cette partie de l’expérience sans prouver qu’une scène identique s’est produite sur une route française.

Baquaqua est conduit au Brésil, non aux Antilles. Son récit est employé comme comparaison explicite pour la première capture interrompue par un rachat, l’enlèvement suivant, les reventes, les entraves et la descente vers la côte. Il n’entre pas dans le dossier maritime antillais et ne sert pas à compléter les blancs d’Akeiso ou d’Ofodobendo.

Le fragment d’Akeiso est non signé, non daté et incomplet. Randy Browne et John Wood Sweet situent sa mise par écrit vers 1810–1830. La date du voyage, le port et le navire restent inconnus. Le dossier conserve donc ses quinze nuits sans les transformer en kilomètres ni tracer la route proposée comme hypothèse par les historiens.

Le mémoire d’Ofodobendo est conservé sur quatre pages en allemand ancien. Daniel B. Thorp ne peut déterminer si le document est une copie remaniée, la traduction d’un texte anglais ou la transcription d’une dictée. La main qui l’a écrit avait d’abord orthographié « Eboe » — le mot qu’Akeiso donne aussi comme nom de son pays — avant qu’on ajoute « Ibo » entre les lignes ; quelqu’un a écrit « Niger » au-dessus de « Nemils », puis l’a biffé. Ces reprises empêchent de fixer aussi bien son origine que sa route. Thorp propose de le rattacher aux marchands aro — un réseau commercial igbo qui contrôlait une grande part des reventes vers le delta du Niger — et au port de Bonny ; ces deux hypothèses restent hors de son parcours personnel.

La maison aux têtes coupées est le passage du mémoire qui demande le plus de précautions. Le texte la désigne comme la maison d’un cannibale, concède que ce peuple en général n’en mange pas, puis maintient que certains le font. La concession ne retire donc pas l’accusation, et le dossier ne s’autorise pas de la première pour effacer la seconde. Cette explication appartient au document et à la communauté morave qui l’a mis en forme, non à ce qu’Ofodobendo aurait constaté : le dossier retient donc ce qu’il voit et ce qu’il craint, ainsi que la raison de prix qui le fait repartir, sans reprendre à son compte la désignation.

La biographie de Baquaqua est publiée en 1854 à partir de ses paroles, avec une rédaction et une révision de Samuel Moore. Les noms de lieux y sont donnés dans l’orthographe de l’édition : « Zoogoo », « Bergoo », « Kashna », « Dohama ». Les formes employées par le dossier et par sa carte — Djougou, Borgou, Katsina — sont les correspondances proposées par Robin Law, non la lettre du livre. C’est pourquoi la carte place Djougou comme ville, laisse le Borgou et Katsina à l’état de contrées et ne place ni Dohama, que le livre décrit comme une grande ville et que les historiens situent sur la route du royaume du Dahomey, ni le port de Ouidah vers lequel Law reconstitue la descente. Robin Law permet de confronter ces noms, de proposer une date probable et de distinguer les passages où la mise en forme de Moore est la plus visible. La source est riche parce que Baquaqua décrit longuement sa vie africaine ; elle n’est pas pour autant une parole sans intermédiaire. Alexandra Bicknell documente ses démarches pour financer, faire imprimer et diffuser le livre, ainsi que la notice de copyright qui le désigne comme auteur et détenteur — mention portée par le volume, non par la page de titre reproduite ici.

Broteer et Cugoano interviennent comme comparaisons courtes pour deux situations documentées : une capture de guerre suivie d’une marche vers Anomabu, et l’enlèvement d’enfants suivi de reventes vers Cape Coast — deux forts voisins de la côte de l’Or, l’actuel littoral du Ghana. Cugoano est déporté à la Grenade, colonie britannique des Petites Antilles. L’instrument de recherche Five Hundred African Voices a servi à contrôler que ces choix ne reposaient pas sur l’idée fausse qu’il n’existerait que quelques récits. Chaque passage publié revient toutefois au texte primaire ou à son édition critique.

Les études de Stephanie Smallwood et de Linda Newson avec Susie Minchin montrent que les marches, reventes, enfermements et attentes côtières forment un processus prolongé avant la traversée. Smallwood travaille surtout sur le commerce anglais depuis cette même côte de l’Or entre 1675 et 1725 ; Newson et Minchin sur des routes portugaises vers l’Amérique espagnole au début du XVIIe siècle. Elles servent à comprendre les articulations, jamais à attribuer une étape non racontée à l’une des trois personnes.

Les durées retenues dans le dossier le sont parce que les trois personnes les ont comptées et racontées : aucun registre marchand ne suit une trajectoire individuelle avec la même continuité. C’est aussi pourquoi les synthèses, qui s’appuient sur ces registres, mettent en avant la guerre, alors que ces récits font apparaître également l’enlèvement, la dette et la tromperie. La comparaison des mécanismes vaut pour leur existence, non pour leur poids respectif.

Sources de cette partie : [1] · [2] · [3] · [4] · [5] · [6] · [7] · [9] · [10] · [11] · [12] · [13]

Voir les preuves précises et leurs limites

Dans le fragment conservé sous le titre Memoirs of the Life of Florence Hall, Akeiso se souvient d’avoir pêché avec les siens, gardé des volailles et surtout joué avec d’autres enfants. Elle raconte qu’un groupe ennemi les a encerclés pendant un jeu loin des maisons, leur a lié les mains, puis les a conduits de nuit en les cachant le jour. Après quinze nuits de faim, de fatigue et de chagrin, elle voit la mer et le navire. Le fragment attribue la vente aux « ennemis de son pays », qui les ont livrés à des hommes blancs « par goût de la boisson et à cause des querelles de leurs chefs » ; elle dit y perdre d’un coup son pays et sa liberté.

  • Source [1] — Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9, vues 1–2 du fac-similé ; transcription Freedom Narratives FN-OB-1048, du passage « Africa is my Country » à l’apparition de la mer et du navire après la quinzième nuit. La vente est portée par la vue 2, colonne de droite : « The enemies of our Country seized and sold us to the white people, for the love of drink, and from the quarrels of their Chiefs », contrôlée sur le fac-similé
  • Source [2] — p. 206–211 pour la provenance, la datation prudente, la médiation de Robert Johnston et la transcription critique du fragment

À garder en tête : Le fragment est non signé, non daté et incomplet. La période structurée est celle de sa mise par écrit probable, non celle de la capture. Le pays appelé « Eboe », le lieu de capture, le chemin, le port et le navire ne sont pas localisés avec certitude ; les rattacher à Bonny ou à un voyage précis transformerait une hypothèse en biographie.

Dans le mémoire conservé par la communauté morave de Bethlehem, Ofodobendo Wooma raconte qu’après la mort de son père, vers ses huit ans, son frère l’a recueilli puis donné en gage contre deux chèvres prêtées pour deux ans. Le créancier l’a revendu avant l’échéance. Ofodobendo dit avoir ensuite été acheté et vendu à plusieurs reprises et être passé parmi des personnes dont il ne comprenait plus la langue. Dans une grande contrée qu’il appelle « Nemils », un marchand l’achète et l’habille, puis le fait enfermer dans une autre maison où pendent les têtes d’au moins cinquante hommes morts ; il s’attend à être tué sur-le-champ et n’en repart que parce que celui qui le conduit demande de lui un prix plus élevé que les occupants n’acceptent d’en donner. Repris et dépouillé de ses vêtements, il est revendu. Placé sur une embarcation avec d’autres captifs, il y croise une jeune fille de sa région qui le réconforte beaucoup ; affamé, il est contraint de manger une viande interdite dans son pays. Après l’arrivée à la côte et sa première rencontre avec des Européens, la jeune fille et lui suivent ensemble le capitaine et montent à bord, où il compte une soixantaine de personnes noires non attachées, avant d’être embarqués vers Antigua. Il y est vendu avec environ trente autres personnes à un capitaine de New York, qui le revend dans cette ville en 1741, alors qu’il dit avoir environ douze ans.

  • Source [3] — p. 433–435 pour la provenance, les quatre pages en allemand ancien et les scénarios possibles de mise par écrit ; p. 447–451 pour la traduction annotée du mémoire ; particulièrement p. 447–448 pour le nom Ofodobendo Wooma, la mise en gage, les reventes, les changements de langue, l’enfermement, la jeune fille, la faim, la côte et l’embarquement, puis p. 448 pour Antigua, la vente vers New York, 1741 et l’âge d’environ douze ans
  • Source [4] — p. 127–132 pour les enlèvements, les enfants et les limites des échantillons de personnes déportées ; p. 141–142 pour la mise en gage, les reventes et le passage d’Ofodobendu par Antigua

À garder en tête : Le document des Moravian Archives est écrit d’une seule main qui poursuit le récit après la fin de la partie autobiographique ; Thorp ne peut établir s’il s’agit d’une copie remaniée, d’une traduction d’un texte anglais ou de la transcription d’une dictée. Le mémoire transmet d’abord « Eboe », corrigé entre les lignes en « Ibo », et ne permet pas de localiser le lieu natal. Le nom Nemils demeure non identifié ; l’ajout « Niger » a lui-même été barré. La participation de marchands aro et un passage par Bonny sont des hypothèses de Thorp, pas des souvenirs formulés par Ofodobendo. « Guinée » désigne la côte de façon imprécise. La maison aux têtes coupées est désignée par le mémoire comme celle d’un homme qui mange de la chair humaine, avec une explication ajoutée aussitôt selon laquelle ce peuple, en général, n’en mange pas : cette qualification appartient au document et à sa mise en forme morave, non à un constat d’Ofodobendo, et n’est donc pas reprise à son compte. Le mémoire cesse de parler de la jeune fille après l’embarquement ; rien n’y indique ce qu’elle devient. En revanche, la mise en gage, les reventes, les ruptures linguistiques, l’enfermement et les têtes, le motif de prix qui l’en fait sortir, le séjour avec la jeune fille, la montée à bord, l’arrivée à la côte, Antigua, la nouvelle vente et l’année 1741 appartiennent bien à la partie du mémoire rédigée à la première personne.

Dans la biographie publiée en 1854, Mahommah Gardo Baquaqua raconte deux mises en captivité distinctes. Une première, pendant une guerre, prend fin lorsque son frère organise son rachat. Plus tard, il est attiré hors de Djougou, enivré puis vendu. Il décrit ensuite la branche fourchue de six pieds passée derrière son cou et fermée devant par un boulon de fer, plusieurs reventes, les nuits enfermé ou les pieds immobilisés, les déplacements à pied puis en bateau, le marquage au fer et la marche enchaînée jusqu’au navire qui l’emporte probablement en 1845.

  • Source [5] — p. 30–31 pour la capture pendant la guerre et le rachat organisé par son frère ; p. 34–42 pour l’enlèvement hors de Djougou, les reventes, les lieux de détention, les déplacements, le marquage et l’embarquement
  • Source [6] — p. 121–126 pour la structure de la biographie, Djougou, l’enlèvement et la route vers Ouidah ; p. 130–132 pour la médiation de Samuel Moore et les difficultés d’interprétation du parcours africain

À garder en tête : La page de titre indique que Samuel Moore a écrit et révisé le récit à partir des paroles de Baquaqua ; le texte n’est donc pas une transcription brute. Robin Law relève aussi des tensions entre les versions conservées sur la durée et le statut de Baquaqua avant son exportation. La date de 1845 est une reconstitution probable de Law, pas une date donnée par la biographie. Le navire conduit Baquaqua à Pernambuco, au Brésil, et non aux Antilles : cette trajectoire éclaire comparativement la conduite vers la côte sans devenir le modèle d’une route antillaise.

Dans le récit publié en 1798, Broteer — ensuite renommé Venture par l’homme qui l’achète — raconte qu’une armée attaque le territoire gouverné par son père, capture les femmes et les enfants présents et tue son père sous ses yeux. Il a environ six ans lors de l’attaque et se donne environ six ans et demi pendant la marche vers la mer, où il porte une pierre à moudre et d’autres charges. Après de nouvelles captures sur la route, il est enfermé dans le fort d’Anomabu, vendu sur un navire puis rebaptisé Venture. Son récit ne s’arrête pas là : le chapitre I se ferme sur les 260 personnes achetées pour ce navire, et le chapitre II ouvre sur la traversée, une épidémie de variole et les deux cents survivantes au plus à l’arrivée à la Barbade.

  • Source [9] — chapitre I, depuis l’annonce de l’invasion jusqu’à l’attaque, la mort de son père, la marche vers la mer, le port des charges, l’arrivée à Anamaboo, la vente à bord et l’attribution du nom Venture

À garder en tête : Le récit a été publié plusieurs décennies après les faits, dans un texte mis en forme par un tiers. Broteer attribue l’armement des envahisseurs à une nation blanche et estime plusieurs distances et nombres de mémoire ; ces précisions ne sont pas reprises ici comme des mesures indépendamment vérifiées. Son parcours documente une capture de guerre particulière, pas la cause principale de toutes les captures.

Ottobah Cugoano raconte dans son livre de 1787 qu’il est enlevé enfant, sans donner son âge, avec dix-huit ou vingt autres filles et garçons alors qu’ils jouent loin de leurs proches. Des hommes armés les trompent, les divisent et le revendent de relais en relais. Cugoano dit avoir refusé de manger pendant plusieurs jours et avoir espéré que les siens le rechercheraient. Au terme du déplacement, il voit des personnes enchaînées, est vendu contre des marchandises, enfermé trois jours dans un fort puis conduit au navire qui part de Cape Coast vers la Grenade.

  • Source [10] — p. 6–10 de l’édition de 1787, depuis l’enlèvement pendant un jeu et la séparation du groupe jusqu’aux reventes, au refus de manger, à la vente contre des marchandises, aux trois jours de prison et au départ depuis Cape Coast

À garder en tête : Le texte de 1787 ne donne ni l’âge de Cugoano au moment de l’enlèvement, ni la date de celui-ci : les mots « thirteen » et « years of age » n’y figurent pas, et le contrôle du 14 août 2026 sur l’édition Oxford Text Archive a retiré les « environ treize ans » et l’intervalle de dix-sept ans jusqu’à 1787, qui provenaient de la littérature biographique et non de la source citée. Le seul repère de durée que Cugoano donne lui-même est d’avoir vécu « twenty moons », soit deux ans selon sa manière de compter, chez les enfants d’un chef avant d’être envoyé chez un oncle. Il décrit les ruses, les armes et les relais qu’il a connus, mais ne donne pas l’identité de tous les acteurs ni le nom du premier fort. Son cas rend visible l’enlèvement d’un groupe d’enfants sur la côte de l’Or ; il ne mesure pas la fréquence de ce mécanisme ailleurs.

Pour de nombreuses personnes déportées au XVIIe siècle, la traversée atlantique est précédée de déplacements forcés, de reventes et d’une attente sur la côte dont la durée et les conditions peuvent déjà exposer à la faim, à la maladie, à la violence et à la mort.

  • Source [13] — chapitre 2, p. 54–71 pour l’acquisition et les intermédiaires ; chapitre 3, p. 72–100 pour le trajet, l’attente côtière, l’alimentation, la maladie et la mortalité ; chapitre 4, p. 101–135 pour la traversée
  • Source [12] — chapitre 2, p. 29–54 pour les déplacements, reventes et enfermements côtiers ; chapitres 4–5, p. 99–152 pour l’embarquement et la traversée

À garder en tête : Newson et Minchin étudient le commerce portugais vers l’Amérique espagnole ; Smallwood travaille surtout sur la côte de l’Or et le commerce anglais. Les étapes sont comparables, pas automatiquement identiques aux routes françaises.

Pour remonter aux sources

Bibliographie du dossier

Les liens conduisent au texte intégral lorsqu’il est librement accessible. Les autres références restent indiquées pour permettre de les retrouver en bibliothèque ou en librairie.

Voir les 13 références et leurs liens
  1. Akeiso, récit conservé sous le titre Memoirs of the Life of Florence Hall, manuscrit non daté mis par écrit par Robert Johnston, Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9, Historical Society of Pennsylvania ; fac-similé et transcription Freedom Narratives FN-OB-1048.

    Vie avant la capture, enlèvement pendant un jeu, mains liées, quinze nuits de marche, apparition de la mer et nom Akeiso.

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  2. Randy M. Browne et John Wood Sweet, « Florence Hall’s ‘Memoirs’: Finding African Women in the Transatlantic Slave Trade », Slavery & Abolition, 37/1, 2016, p. 206–221.

    Provenance et datation du fragment, rôle de Robert Johnston, identification discutée de Florence Hall et limites de la reconstitution géographique.

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  3. Ofodobendo Wooma, récit édité et traduit par Daniel B. Thorp, « Chattel with a Soul: The Autobiography of a Moravian Slave », Pennsylvania Magazine of History and Biography, 112/3, 1988, p. 433–451, particulièrement p. 447–448.

    Nom d’Ofodobendo Wooma, mort du père, mise en gage, reventes, ruptures linguistiques, jeune fille de sa région, faim, côte et départ vers Antigua.

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  4. G. Ugo Nwokeji, The Slave Trade and Culture in the Bight of Biafra: An African Society in the Atlantic World, Cambridge University Press, 2010, p. 127–142.

    Cadre régional des enlèvements d’enfants, des mises en gage et des reventes ; limites d’une identification et d’une route attribuées à Ofodobendo ou Akeiso.

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  5. Mahommah Gardo Baquaqua, Biography of Mahommah G. Baquaqua, a Native of Zoogoo, in the Interior of Africa, écrit et révisé par Samuel Moore, Detroit, 1854, p. 9–42, édition électronique Documenting the American South.

    Famille et vie religieuse à Djougou, service auprès d’un souverain, première capture et rachat, enlèvement, reventes, lieux de garde, fleuve, marquage et embarquement.

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  6. Robin Law, « Individualising the Atlantic Slave Trade: The Biography of Mahommah Gardo Baquaqua of Djougou (1854) », Transactions of the Royal Historical Society, 12, 2002, p. 113–140.

    Situation de Djougou, reconstitution prudente du parcours vers le littoral, date probable de 1845 et analyse du rôle éditorial de Samuel Moore.

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  7. Alexandra Bicknell, « Atlantic Abolition in the Borderlands: The Interesting Narrative of Mahommah Gardo Baquaqua », mémoire de licence avec distinction, Western Michigan University, 2020, particulièrement p. 1–2, 8 et 25–29.

    Démarches de Baquaqua pour réunir des fonds, organiser la publication de 1854 et faire reconnaître son nom, avec les rôles distincts de Samuel Moore et de l’imprimeur George E. Pomeroy.

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  8. Natural Earth, Admin 0 — Countries, échelle 1:50 millions, et Populated Places, échelle 1:10 millions, données du domaine public.

    Fond géographique et coordonnées de Djougou pour la carte d’orientation du parcours de Baquaqua. Les positions du Borgou, de Katsina et du trait côtier sont des placements éditoriaux et ne viennent pas de ce jeu.

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  9. Venture Smith, A Narrative of the Life and Adventures of Venture, a Native of Africa, New London, 1798, chapitre I.

    Vie de Broteer, attaque, mort de son père, capture, charges pendant la marche, fort d’Anomabu, vente et attribution du nom Venture.

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  10. Ottobah Cugoano, Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species, Londres, 1787, p. 6–10, édition Oxford Text Archive.

    Enlèvement d’un groupe d’enfants, tromperies, reventes, refus de manger, vente contre des marchandises, prison et conduite au navire devant Cape Coast.

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  11. Aaron Spencer Fogleman et Robert Hanserd (dir.), Five Hundred African Voices: A Catalog of Published Accounts by Africans Enslaved in the Transatlantic Slave Trade, 1586–1936, 2022, entrées 126, 155, 178 et 435, index Women, Children et Ports of Initial Disembarkation.

    Instrument de découverte et de contrôle du corpus ; les notices orientent vers les sources mais ne les remplacent pas.

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  12. Stephanie E. Smallwood, Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora, Harvard University Press, 2007, chapitres 2, 4 et 5.

    Cadre sur les déplacements, reventes, enfermements côtiers, rupture des relations et passage sous le contrôle du navire dans le commerce anglais depuis la côte de l’Or.

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  13. Linda A. Newson et Susie Minchin, From Capture to Sale: The Portuguese Slave Trade to Spanish South America in the Early Seventeenth Century, Brill, 2007, chapitres 2–4, p. 54–135.

    Cadre comparatif sur l’acquisition, les intermédiaires, les déplacements, l’attente côtière et la continuité entre la route intérieure et la traversée.

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