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Esclavage aux Antilles

XVIIe–XVIIIe siècles · Dossier 1

Ce qu’il y a entre une capture et un navire

Que vivent et que font les personnes capturées jusqu’au départ d’un navire de traite ?

Un jour, deux enfants restent seuls dans la maison pendant que les adultes travaillent aux champs. Des ravisseurs les emportent — et ce n’est pas encore le début d’une traversée. Ce dossier suit leur séparation, puis d’autres parcours jusqu’aux navires qui partent pour les Antilles, tels que les racontent des récits de personnes réduites en esclavage, publiés sous leur nom ou recueillis par d’autres, et des hommes qui menaient ou accompagnaient ce commerce.

Publié le 14 août 2026 · Mis à jour le 7 octobre 2026 · 19 min de lecture · Texte, documents et schémas sourcés

Collection · 1/3 · De la capture aux Antilles

Carte éditoriale — schéma d’orientation

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Carte de l’Atlantique. Un cercle commun situe Anomabu, associé au parcours de Broteer, Cape Coast, d’où partent le parcours de Cugoano et le navire Thames, et Mouree, où six personnes reprises dans l’eau après le saut du Thames sont détenues. Trois losanges placent les destinations des parcours individuels — Ofodobendo vers Antigua, Broteer vers la Barbade et Cugoano vers la Grenade. Deux carrés placent les destinations des navires — le Thames vers la Jamaïque et la Justice vers la Martinique. Aucune ligne de route n’est tracée.Agrandir

Trois lieux de la côte africaine ; trois parcours et deux navires jusqu’aux Antilles

Anomabu, Cape Coast et Mouree — trois points de la côte de l’actuel Ghana, où des comptoirs européens s’établissent à des dates différentes — partagent un cercle à cette échelle. Aux Antilles, les losanges et les libellés désignent les parcours individuels ; les carrés et les libellés désignent les trajets de navires. Les destinations sont placées sans ligne entre les deux rives, car les sources ne livrent pas tous les itinéraires nécessaires pour les tracer.

Fond de carte : Natural Earth, domaine public · Voir sur Natural Earth · Données historiques : sources du dossier · Cape Coast : Natural Earth Populated Places, domaine public · Anomabu : GeoNames, CC BY 4.0 · carte Esclavage-Antilles.fr, CC BY 4.0 · Voir la licence

Sources de cette partie : Notice bibliographique [5] — A Narrative of the Life and Adventures of Venture, a Native of Africa · Notice bibliographique [15] — Chattel with a Soul: The Autobiography of a Moravian Slave · Notice bibliographique [8] — Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species · Notice bibliographique [3] — Journal du voyage du sieur Delbée aux isles, dans la coste de Guinée · Notice bibliographique [19] — Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume III, New England and the Middle Colonies · Notice bibliographique [22] — Admin 0 — Countries, échelle 1:110 millions · Notice bibliographique [23] — Populated Places, échelle 1:10 millions · Notice bibliographique [24] — Entrée Anomabu (2304538)

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La prise

Deux enfants seuls ; une armée dans les roseaux

Dans le récit qu’il publie en 1789, et dont des historiens discutent la part de souvenir personnel, Olaudah Equiano raconte un jour de son enfance où les adultes travaillaient aux champs. Il reste seul avec sa sœur dans la maison familiale. Deux hommes et une femme les saisissent et leur lient les mains. Equiano appelle des passants ; ses ravisseurs le bâillonnent, puis le placent dans un sac.

Le frère et la sœur passent encore plusieurs nuits ensemble. Leurs détenteurs les séparent un matin, alors que les deux enfants se tiennent l’un à l’autre.

Une autre capture commence tout autrement. Dans un récit publié en 1798 sous le nom de Venture Smith, un homme rapporte ce qui lui est arrivé enfant, lorsqu’il s’appelait Broteer. Son père gouverne alors un territoire. Des habitants d’un pays voisin, chassés par une armée, viennent lui demander protection : il les accueille et leur accorde les mêmes droits et la même protection qu’à ses propres sujets.

Quatre jours après leur arrivée, l’armée poursuit ces personnes, qui fuient de nouveau. Deux jours plus tard, un détachement menace le territoire du père de Broteer et lui réclame une forte somme d’argent, trois cents bovins et beaucoup d’autres animaux. Il paie ce tribut afin de préserver les droits et les libertés de ses sujets. Le détachement s’engage alors à ne pas l’attaquer.

Un avertissement apprend au père de Broteer que l’armée prépare malgré tout une attaque. Il ordonne le repli. À l’aube, il part en tête d’un premier groupe avec deux de ses épouses ; la mère de Broteer et ses enfants forment le second. Les deux groupes gagnent le même lieu de halte et y allument un feu pour préparer à manger. La fumée les signale à des éclaireurs.

Lorsque les assaillants approchent, les femmes et les enfants se réfugient dans de hauts roseaux ; le père de Broteer combat seul, puis se rend. Les assaillants entrent alors dans les roseaux. Ils frappent Broteer à la tête, lui passent une corde au cou et attachent de la même manière les femmes qui l’entourent. Ils ramènent Broteer et ces femmes auprès de son père, lui aussi entravé, puis conduisent tout le groupe au camp. Trois ravisseurs dans une maison ou une armée en campagne : la prise diffère, mais dans les deux cas ceux qui saisissent les personnes les entravent et les emmènent loin des leurs.

Au camp, les assaillants veulent savoir où le père de Broteer a caché son argent. Ils le torturent. Il refuse de le leur dire et meurt devant son fils.

Voir 2 points documentés pour chapitre 1 — Deux enfants seuls ; une armée dans les roseaux

Sources de cette partie : Notice bibliographique [4] — The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African · Notice bibliographique [12] — Equiano, the African: Biography of a Self-Made Man · Notice bibliographique [13] — Where was Gustavus Vassa, also Known as Olaudah Equiano, Born? Revisiting an Old Question · Notice bibliographique [5] — A Narrative of the Life and Adventures of Venture, a Native of Africa · Notice bibliographique [14] — Venture Smith and the Business of Slavery and Freedom

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Sur la route

Marcher, porter, ne plus pouvoir avancer

L’armée repart vers la mer avec Broteer et les femmes capturées. Sur la route, l’enfant porte le fusil d’un chef de reconnaissance, une pierre à moudre, de la nourriture, une natte et des ustensiles.

L’armée prend du bétail et capture encore des hommes, des femmes et des enfants. Plus loin, des habitants se défendent depuis des abris creusés et tirent des flèches par des ouvertures. Les assaillants les enfument pour les faire sortir, puis poursuivent leur marche.

Sur une autre route, en Gambie, Francis Moore, employé de la Royal African Company, une compagnie qui commerce des personnes captives, décrit en 1738 des groupes de trente à quarante personnes reliées cou à cou par des lanières de cuir, à un peu moins d’un mètre les unes des autres. Certaines portent sur la tête du maïs ou des défenses d’éléphant ; des outres contiennent l’eau pour les étapes qui en manquent.

Quand Nealee ne peut plus avancer

En 1797, le voyageur britannique Mungo Park accompagne vers la Gambie une caravane dirigée par Karfa Taura. Nealee, une femme captive de cette caravane, ne parvient plus à marcher. Les conducteurs retirent sa charge et la donnent à une autre personne captive.

Nealee refuse de manger et dit qu’elle préfère mourir, puis tente de s’enfuir. Les conducteurs la rattrapent et la fouettent à deux reprises. Ils la placent d’abord sur un âne ; quatre personnes captives se relaient ensuite par paires pour la porter sur une litière de bambous. Remise sur l’âne, elle en tombe.

Park a pris les devants avec les premiers de la caravane et n’assiste pas à ce qui arrive ensuite à Nealee. Plus tard, un homme asservi au service de Karfa apporte à Park le vêtement de Nealee. Cet homme rapporte que Karfa et Fankooma, maître d’école à Kamalia qui regagne sa région natale avec la caravane, ont refusé de tuer Nealee et l’ont laissée sur la route. Park suppose que Nealee est morte ; son récit n’en apporte pas la confirmation. Sur ces routes, ceux qui mènent les convois font marcher les personnes captives et leur font porter des charges ; pour Nealee, ce sont Karfa et Fankooma qui décident de son sort lorsqu’elle ne peut plus suivre.

Voir 3 points documentés pour chapitre 2 — Marcher, porter, ne plus pouvoir avancer

Sources de cette partie : Notice bibliographique [5] — A Narrative of the Life and Adventures of Venture, a Native of Africa · Notice bibliographique [14] — Venture Smith and the Business of Slavery and Freedom · Notice bibliographique [6] — Travels into the Inland Parts of Africa · Notice bibliographique [7] — Travels in the Interior Districts of Africa: Performed under the Direction and Patronage of the African Association, in the Years 1795, 1796, and 1797

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Changer de mains

Broteer et Equiano, d’un détenteur à l’autre

À l’approche d’Anomabu, sur le littoral de l’actuel Ghana, les premiers ravisseurs de Broteer sont épuisés et presque à court de vivres. Des habitants de la région les attaquent et s’emparent du groupe, des troupeaux et des biens. Broteer dit être alors capturé une seconde fois.

Les vainqueurs enferment ensemble les premiers ravisseurs et les personnes que ceux-ci conduisaient. Broteer appelle ce lieu un « château » ; son récit ne dit pas s’il se trouve à Anomabu même ou ailleurs sur la côte. Tous y sont gardés dans l’attente d’une vente.

Ceux qui retiennent Broteer et ses premiers ravisseurs le font monter dans une pirogue avec d’autres personnes. Ils leur ordonnent de se montrer sous leur meilleur jour pour les vendre, puis les conduisent à un navire.

À bord, Robinson Mumford, responsable des vivres, achète l’enfant contre du rhum et du tissu. Il lui donne un autre nom, Venture, et l’emmène vers la Barbade, une île des Petites Antilles, dans la Caraïbe orientale.

Equiano, l’enfant saisi avec sa sœur dans la maison familiale, passe lui aussi entre plusieurs détenteurs après leur séparation. Chez un chef qui travaille le fer, l’enfant actionne les soufflets, qui attisent le feu de la forge. Il regarde la course du soleil pour chercher de quel côté se trouve sa maison.

Il projette de rentrer chez lui. Il aide aussi une femme âgée à la cuisine et au soin des volailles, et c’est là qu’il tue par accident un poulet et, s’attendant à être fouetté sur-le-champ, se cache dans un fourré voisin. De là, il entend ceux qui le cherchent juger la route de sa maison trop longue et trop embrouillée pour lui ; il raconte que ces paroles le convainquent de renoncer à son projet. Il quitte le fourré quand la nuit tombe et se couche dans les cendres de la cuisine d’où il était parti ; on l’y trouve au matin. Une vente le conduit plus tard dans la maison où vit sa sœur. Pendant une nuit, leurs détenteurs les laissent se tenir les mains ; au matin, ils les séparent de nouveau.

À Tinmah, une veuve l’achète et le fait vivre avec son fils pendant environ deux mois, avant qu’il soit emmené sans avertissement. Il dit avoir poursuivi sa route à pied et en canot, à travers des régions où l’on parle des langues différentes, puis avoir atteint la côte six ou sept mois après son enlèvement. Pour Broteer comme pour Equiano, la première capture ne fixe pas qui détiendra l’enfant : une seconde prise pour l’un, des ventes successives pour l’autre le font passer d’un détenteur à l’autre, jusqu’au navire pour Broteer, jusqu’à la côte pour Equiano.

Voir 2 points documentés pour chapitre 3 — Broteer et Equiano, d’un détenteur à l’autre

Sources de cette partie : Notice bibliographique [5] — A Narrative of the Life and Adventures of Venture, a Native of Africa · Notice bibliographique [14] — Venture Smith and the Business of Slavery and Freedom · Notice bibliographique [4] — The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African · Notice bibliographique [12] — Equiano, the African: Biography of a Self-Made Man · Notice bibliographique [13] — Where was Gustavus Vassa, also Known as Olaudah Equiano, Born? Revisiting an Old Question

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La côte

Sur la côte, la crainte d’être enlevé en approchant des navires, selon deux Français

En 1669, Delbée commande la Justice, navire que la Compagnie française des Indes occidentales envoie sur la côte du golfe de Guinée acheter des personnes captives pour les revendre outre-mer. Avant de monter à bord, écrit le commandant, des habitants demandent à chaque Français de prendre de l’eau de mer dans sa propre main et de se la verser sur les yeux.

Delbée relie leur demande à des enlèvements qu’un Français nommé Gelée aurait commis neuf ou dix ans auparavant ; d’autres Français auraient ensuite été tués. Selon le commandant, les habitants tiennent le geste pour une garantie qu’ils ne seront pas retenus à bord.

Le 26 décembre 1669 au soir, la Justice jette l’ancre devant un bourg de la côte. Des hommes s’approchent en canot ; dès qu’ils reconnaissent des Français, écrit Delbée, ils se jettent à la mer plutôt que de monter à bord. Delbée ne dit pas ce qu’ils deviennent.

Le lendemain matin, aucun habitant ne vient. La Justice repart, mais faute de vent elle doit s’arrêter de nouveau. Des hommes d’un bourg voisin viennent alors en canot jusqu’au navire. D’après Delbée, ils lui expliquent pourquoi les habitants refusent de monter à bord : des Anglais ont présenté les Français comme des gens sans parole, qui enlèvent tous ceux qui viennent commercer avec eux le long de la côte. Les hommes du bourg voisin invitent la Justice à jeter l’ancre devant chez eux. Delbée refuse, écrit-il, afin de poursuivre sa route comme le prévoient ses ordres. Cette route le mène ensuite à la Martinique, où la Justice mouille le 7 juin 1670.

Sur le Diligent, une traite que Durand dit entravée par les enlèvements

Le 9 août 1731, le Diligent, navire français de traite, est ancré devant Axim, sur le littoral de l’actuel Ghana. Robert Durand, l’officier qui tient le journal du voyage, écrit que des habitants ne peuvent apporter des personnes captives à bord que pendant la nuit. Il explique que ces habitants risquent d’être capturés s’ils sont vus, sans dire par qui. Des gens venus du fort néerlandais voisin proposent aussi un garçon aux officiers, sans que l’achat se conclue.

Le 30 août, à une escale que son journal nomme « Ceuta », Robert Durand attribue au capitaine français Demarais, sans en avoir été témoin, des enlèvements de captifs et des marchandises prises sans paiement lors d’escales précédentes. Depuis ces violences, écrit Durand, les vendeurs ont peur de monter sur les bâtiments français. Sur la Justice comme sur le Diligent, les enlèvements attribués à des Français retombent ainsi sur leurs équipages : les habitants que rencontre Delbée exigent une garantie avant de monter à bord ou refusent d’y monter, et à « Ceuta », les officiers du Diligent doivent porter leurs marchandises à terre pour négocier.

À terre, selon Durand, qui n’est pas non plus présent, des hommes dont des camarades ont été enlevés cherchent à les venger : ils attendent que Pierre Valteau, second capitaine du Diligent, s’endorme dans la case où il passe la nuit, pour la forcer et le voler ; Valteau veille jusqu’au matin les armes à la main. Au matin, les canotiers qui devaient le conduire jusqu’au canot du navire font des difficultés, et il y parvient dans la pirogue d’un bâtiment hollandais. Le Diligent arrive à Saint-Pierre de la Martinique le 15 mars 1732.

Voir 5 points documentés pour chapitre 4 — Sur la côte, la crainte d’être enlevé en approchant des navires, selon deux Français

Sources de cette partie : Notice bibliographique [3] — Journal du voyage du sieur Delbée aux isles, dans la coste de Guinée · Notice bibliographique [2] — Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732

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L’embarquement

Vendus avant d’embarquer

Ottobah Cugoano raconte son enlèvement dans un livre qu’il publie en 1787. Envoyé visiter un oncle établi à trois journées de marche d’Agimaque, sa ville natale, dans l’actuel Ghana, il y vit environ trois mois. C’est là qu’il est enlevé, avec dix-huit ou vingt autres filles et garçons, partis jouer dans les bois. Des hommes armés trompent les enfants et divisent le groupe ; plusieurs détenteurs et intermédiaires se relaient ensuite. Inquiet, l’enfant refuse de manger et de boire pendant des journées entières. Dans une maison où il est gardé, un homme promet de faire tout son possible pour le ramener chez l’oncle qu’il était allé visiter, et Cugoano recommence alors à manger un peu de fruit.

Plus loin, un homme le conduit en disant connaître ses proches à Agimaque ; le livre ne permet pas de dire si c’est celui qui lui avait promis de faire tout son possible pour le ramener. Cet homme le vend dans un fort de la côte tenu par des Européens, contre un fusil, du tissu et du plomb. Cugoano y est enfermé trois jours, puis une embarcation vient l’y chercher avec d’autres et les porte jusqu’à Cape Coast — un port de la côte de l’actuel Ghana —, où un navire plus grand s’apprête à partir pour la Grenade.

Le navire demeure plusieurs jours en vue du pays, tandis que des marchands noirs montent à bord. Les responsables du navire repoussent les personnes captives sous le pont et les empêchent de parler à ces visiteurs. Cugoano ne trouve personne à qui faire connaître sa situation pour qu’elle parvienne à Agimaque, où il vivait dans la maison du chef de la ville.

Ofodobendo, donné en gage pour deux chèvres

Ofodobendo Wooma raconte son enfance dans un mémoire conservé par la communauté religieuse morave de Bethlehem ; il y dit avoir environ douze ans en 1741. Il en a environ huit lorsque son père meurt. Son frère le recueille, puis emprunte deux chèvres pour deux ans et remet l’enfant au prêteur en garantie.

Le prêteur n’attend pas le terme : il vend l’enfant avant la fin des deux années. D’autres acheteurs l’acquièrent et le revendent ensuite à plusieurs reprises, jusqu’à l’amener parmi des personnes dont il ne comprend plus la langue.

Un marchand l’achète et l’habille. Sur son ordre, des personnes à son service conduisent l’enfant dans une autre maison, où pendent les têtes d’au moins cinquante hommes morts. L’enfant pense qu’il va être tué. Celui qu’il appelle alors son compagnon — le marchand lui-même, ou l’un de ceux qui le conduisent : le mémoire laisse les deux lectures ouvertes — demande aux occupants un prix qu’ils refusent ; il ramène l’enfant dehors, lui retire ses vêtements, puis le vend à un autre marchand.

Ofodobendo, qui ne comprend plus la langue parlée autour de lui, est emmené lui aussi dans une embarcation avec d’autres personnes captives. Il y rencontre une jeune fille de sa région, qui le réconforte beaucoup. On lui donne du porc, une viande interdite dans son pays : il refuse d’abord d’en manger, puis cède à la faim. La jeune fille reste auprès de lui pendant le déplacement vers la côte.

À la côte, Ofodobendo et la jeune fille rencontrent deux Européens ; celui que le mémoire présente comme le capitaine leur fait signe de le suivre à bord. Le mémoire ne dit pas ce que devient ensuite la jeune fille. Ofodobendo estime qu’environ soixante personnes noires se trouvent sur le navire sans être attachées. Le navire part pour Antigua, dans les Petites Antilles ; le mémoire suit ensuite Ofodobendo jusqu’à New York, où il est revendu en 1741.

’Sibell, vendue contre un fusil et de la poudre

’Sibell raconte qu’un homme qu’elle présente comme son beau-frère l’emmène loin de son pays. Il la fait marcher de nuit comme de jour, l’enferme avec d’autres personnes capturées, puis la vend contre un fusil et de la poudre. John Ford met ce récit par écrit à la Barbade en 1799.

À la côte, ’Sibell découvre les personnes blanches, les grands navires et le bruit des vagues. À bord, elle reconnaît Mimbo, Dublin, Sally et d’autres personnes de son pays. Les ventes les séparent ensuite. Cugoano enlevé, Ofodobendo remis en gage, ’Sibell emmenée par un parent : chacun d’eux passe ainsi par des mains qui l’enferment ou le revendent avant d’atteindre un navire.

Voir 4 points documentés pour chapitre 5 — Vendus avant d’embarquer

Sources de cette partie : Notice bibliographique [8] — Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species · Notice bibliographique [9] — Réflexions sur la traite et l'esclavage des Nègres, traduites de l'Anglais, d'Ottobah Cugoano, afriquain, esclave à la Grénade et libre en Angleterre · Notice bibliographique [15] — Chattel with a Soul: The Autobiography of a Moravian Slave · Notice bibliographique [16] — The Slave Trade and Culture in the Bight of Biafra: An African Society in the Atlantic World · Notice bibliographique [17] — Life Histories of Enslaved Africans in Barbados

6

Avant le départ

Contester la détention

Le conseil du fort français de Juda — aujourd’hui Ouidah, sur la côte de l’actuel Bénin — écrit à sa hiérarchie le 19 octobre 1753 que les personnes captives cassent facilement les fers jugés trop mauvais et se révoltent. Il signale encore un épisode en août sans en raconter le déroulement. Les conseillers demandent aux capitaines d’apporter des chaînes et des fers et veulent faire forger de nouvelles entraves.

Sur le Thames, attaquer la barricade, puis sauter à la mer

Le 8 novembre 1776, le Thames, navire de traite, est au mouillage devant Cape Coast avec cent soixante personnes captives. Le capitaine Peleg Clarke et plusieurs membres de l’équipage sont loin du navire, et aucune embarcation n’est le long du bord : six hommes blancs seulement restent à bord.

Les hommes captifs sont détachés des chaînes qui les retenaient sur le pont afin d’être lavés. John Bell, présenté comme le médecin du bord, rapporte après coup des propos qu’il leur attribue : ils avaient déjà envisagé d’agir deux ou trois fois, et ils choisissent ce moment parce qu’une grande partie de l’équipage a quitté le navire. Ils saisissent et blessent le maître d’équipage, chargé de diriger le travail des matelots.

Pendant plus de quarante minutes, ils attaquent la barricade derrière laquelle les marins se sont repliés. Lorsqu’elle résiste, tous ceux que Bell classe comme Fantis — le nom qu’il donne ici à une population de cette partie de l’actuel Ghana — et la plupart de ceux qu’il dit originaires d’Accra sautent à la mer. Le courant les entraîne loin du bâtiment.

Dans sa lettre, Clarke compte vingt-huit hommes et deux femmes noyés, sans dire comment ces femmes se sont retrouvées dans l’eau. Bell écrit que les femmes n’ont pas pris part à l’action et attribue leur absence au manque de temps pour se concerter.

Après ce saut, le gouverneur du fort néerlandais de Mouree, un autre fort de cette côte de l’actuel Ghana, envoie des habitants en pirogue. Ceux-ci ramènent au fort quatre hommes et deux garçons trouvés dans l’eau. Le gouverneur les fait garder pendant que les habitants qui les ont ramenés demandent un paiement à Clarke. Le capitaine n’accepte pas le prix réclamé et confie la négociation à un intermédiaire.

Le 8 janvier 1777, Clarke écrit avoir réglé l’affaire « au prix de la moitié ». Il ne précise ni ce que mesure cette moitié, ni combien des six personnes lui auraient été remises. Le Thames quitte Cape Coast pour la Jamaïque le même jour.

Sur un navire français, gagner le pont pendant la nuit

Le 17 décembre 1787, la Flore, navire français, est au mouillage près de l’île à Perroquet, dans la rivière du Gabon. Le procès-verbal de l’équipage rapporte que, pendant la nuit, des personnes captives retirent les fers qui les attachent, forcent les écoutilles — les ouvertures du pont — et une porte, puis atteignent le pont supérieur. Elles prennent des pagaies, des couteaux, des bûches et les outils du tonnelier, puis frappent des marins. Cinq tentent de s’échapper en se jetant à l’eau.

L’équipage tire avec un canon fixé au bord du pont : une personne est tuée et deux sont blessées, sans que le procès-verbal dise si ces trois personnes sont du nombre des cinq. Six hommes armés de sabres et de pistolets, venus d’un autre navire, ramènent les cinq nageurs. Les marins les remettent aux fers, les attachent deux à deux et infligent cinquante coups de fouet aux personnes qu’ils désignent comme les plus impliquées. Au fort de Juda, sur le Thames et sur la Flore, des personnes captives cassent des fers trop faibles, profitent d’un équipage réduit ou agissent de nuit ; sur le Thames, l’action finit par des noyades et des reprises, sur la Flore, par le canon, le fouet et les fers remis.

Négocier depuis la terre : un père vient chercher son fils

En 1788, Miller, qu’un autre procès-verbal des officiers de la Flore présente comme le gouverneur de l’île à Roy, arrive avec quarante à cinquante hommes armés pour obtenir le retour de son fils, détenu sur ce navire. Le fils avait été remis en otage, c’est-à-dire retenu pour garantir un engagement, puis transféré sur la Flore. Le procès-verbal le compte comme un « paquet d’homme », unité de compte appliquée à une personne ; Miller vient le réclamer comme son fils.

Miller fait saisir la chaloupe de la Flore lorsque cette chaloupe vient chercher de l’eau. Deux marins blancs sont déshabillés et mis aux fers. Des trois hommes noirs qui conduisent l’embarcation, Miller en garde un et renvoie les deux autres porter ses conditions.

Miller obtient le retour de son fils et quatre lots de marchandises. Le lendemain, il rend la chaloupe. Le procès-verbal dit alors qu’il garde les trois hommes noirs qui la conduisaient, sans dire si les deux messagers étaient revenus.

Voir 7 points documentés pour chapitre 6 — Contester la détention

Sources de cette partie : Notice bibliographique [1] — Lettres, états et comptes du fort Saint-Louis de Juda, juin 1753-juillet 1754 · Notice bibliographique [18] — Ouidah: The Social History of a West African Slaving ‘Port’, 1727–1892 · Notice bibliographique [19] — Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume III, New England and the Middle Colonies · Notice bibliographique [10] — Procès-verbaux de La Flore : résistance collective et négociation avec Miller, 1787–1788 · Notice bibliographique [11] — Procès-verbal sur l’action de Miller pour obtenir le retour de son fils

Conclusion

Broteer, Cugoano, Ofodobendo et ’Sibell changent tous au moins une fois de détenteur avant d’atteindre le navire ; Equiano raconte en avoir changé plusieurs fois pendant les six ou sept mois qu’il dit avoir mis à gagner la côte.

Trois de ces parcours aboutissent à des navires qui partent pour les Petites Antilles : celui de Broteer pour la Barbade, celui de Cugoano pour la Grenade, celui d’Ofodobendo pour Antigua. La Justice et le Diligent, navires français, gagnent la Martinique, colonie française du même arc.

Voir 7 points documentés pour conclusion — Conclusion

Sources de cette partie : Notice bibliographique [4] — The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African · Notice bibliographique [12] — Equiano, the African: Biography of a Self-Made Man · Notice bibliographique [13] — Where was Gustavus Vassa, also Known as Olaudah Equiano, Born? Revisiting an Old Question · Notice bibliographique [5] — A Narrative of the Life and Adventures of Venture, a Native of Africa · Notice bibliographique [14] — Venture Smith and the Business of Slavery and Freedom · Notice bibliographique [15] — Chattel with a Soul: The Autobiography of a Moravian Slave · Notice bibliographique [16] — The Slave Trade and Culture in the Bight of Biafra: An African Society in the Atlantic World · Notice bibliographique [8] — Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species · Notice bibliographique [17] — Life Histories of Enslaved Africans in Barbados · Notice bibliographique [2] — Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732 · Notice bibliographique [3] — Journal du voyage du sieur Delbée aux isles, dans la coste de Guinée · Notice bibliographique [25] — The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade

Méthode et limites des sources

La comparaison reste bornée à ce que chaque document permet de suivre et ne reconstitue aucune route manquante.

Lire la note de méthode complète

Comparer des parcours sans en faire un modèle unique

Les faits précisément datés vont de 1669 à 1797 ; plusieurs parcours restent sans date établie. Ils précèdent la fin de la traite britannique en 1807, borne employée par l’historienne Audra A. Diptee, et l’interdiction française que l’historien Serge Daget situe en théorie en 1814, avec des moyens officiels de répression à partir de 1818. Ces repères ne forment pas une interdiction atlantique unique. Ils servent ici à distinguer ce dossier de celui consacré à la traite clandestine ; ils ne qualifient pas, à eux seuls, le statut des captures commises en Afrique.

Des changements de détenteur ne sont reliés en une seule route que si un même récit en conserve la succession. Les descriptions régionales et les papiers d’équipage éclairent un moyen, une variation ou une issue ; ils ne remplissent pas les portions manquantes d’une trajectoire.

Sources de cette partie : Notice bibliographique [20] — African Children in the British Slave Trade During the Late Eighteenth Century · Notice bibliographique [21] — Répertoire des expéditions négrières françaises à la traite illégale, 1814–1850

Voir 1 point documenté pour note de méthode — Comparer des parcours sans en faire un modèle unique

Sources et limites

Vérifier les faits et interprétations du dossier

Ouvrir les 22 points documentés, leurs sources et leurs limites

Point 1 sur 22 · Témoignage · récit publié en 1789 ; faits non datés · Equiano : enlèvement, séparations et transferts

Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte que deux hommes et une femme le saisissent avec sa sœur dans la maison familiale pendant que les adultes travaillent aux champs. Les ravisseurs leur lient les mains ; Equiano dit avoir été bâillonné puis placé dans un sac après avoir appelé des passants. Les deux enfants passent plusieurs nuits ensemble avant d’être séparés alors qu’ils se tiennent. Equiano passe ensuite entre plusieurs détenteurs. Chez un chef qui travaille le fer, il actionne les soufflets, observe le soleil pour chercher la direction de sa maison, tue accidentellement un poulet et se cache dans un fourré voisin en s’attendant à être fouetté sur-le-champ. Il entend ceux qui le cherchent juger la route de sa maison trop longue et trop embrouillée pour lui, écrit s’en être alors convaincu lui-même et avoir renoncé au départ qu’il préparait pour la nuit ; il quitte le fourré à la nuit tombée, se couche dans les cendres de la cuisine de son maître, d’où il était parti, et y est découvert au matin. Après une nouvelle vente, il retrouve sa sœur pendant une nuit ; leurs détenteurs les laissent se tenir les mains, puis les séparent de nouveau le matin. À Tinmah, une veuve l’achète et le fait vivre avec son fils pendant environ deux mois avant qu’il soit emmené sans avertissement. Il dit poursuivre sa route à pied et en canot, à travers des régions où l’on parle des langues différentes, puis atteindre la côte six ou sept mois après l’enlèvement.

À garder en tête : Le lieu de naissance d’Equiano et le statut autobiographique de ses premiers chapitres sont disputés. Le registre de son baptême de 1759 et un rôle du Racehorse de 1773 portent la Caroline du Sud ; Vincent Carretta les juge assez importants pour contester une lecture directement autobiographique, sans tenir les preuves pour concluantes. Paul Lovejoy conteste l’application de ces deux mentions à une naissance américaine et propose de reconnaître Usaka et Ikwuano dans le récit africain. Le site ne tranche pas : il attribue chaque détail à la publication de 1789 et ne transforme pas en étapes établies la localisation que propose Lovejoy. Le récit ne permet pas de cartographier précisément la route entre la maison familiale et la côte.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [4] — volume I, chapitre II, p. 46–51 pour l’enlèvement, les mains liées, le bâillon, le sac et les premières nuits ; p. 49–62 pour les deux séparations et la réunion temporaire avec sa sœur ; p. 51–58 pour le travail des soufflets, l’orientation par le soleil, la fuite et le retour, dont p. 53–54 pour le poulet tué d’un caillou, la menace de la femme qui en avait la charge et l’attente d’une bastonnade immédiate, et p. 55–57 pour la journée passée caché, ce qu’il entend dire de la distance et du chemin, et le retour le soir dans les cendres de la cuisine ; p. 62–70 pour Tinmah, les deux mois dans la maison de la veuve, les changements de langues, les déplacements à pied et en canot et l’arrivée à la côte après six ou sept mois
  • Source [12] — p. 28–38 pour la reconstruction proposée du voyage africain et de l’Ogden ; p. 146–148 pour le registre de baptême et le rôle du Racehorse ; p. 303–320 pour l’analyse de la construction littéraire des premiers chapitres
  • Source [13] — p. 3 et 6–15, notes 2, 30, 39–50 et 52–69, pour la critique des deux documents portant la Caroline du Sud, l’identification proposée d’Essaka à Usaka et d’Equiano à Ikwuano, et les limites des correspondances invoquées

Employé dans : chapitre 1 — Deux enfants seuls ; une armée dans les roseaux, chapitre 3 — Broteer et Equiano, d’un détenteur à l’autre et conclusion — Conclusion.

Point 2 sur 22 · Témoignage · date non établie · Broteer : capture et marche vers Anomabu

Dans le récit publié en 1798, Broteer — ensuite renommé Venture par l’homme qui l’achète — raconte que les habitants d’un territoire proche, chassés par une armée que le récit ne permet pas d’identifier avec assurance, demandent la protection de son père. Celui-ci gouverne alors un autre territoire, accueille les personnes déplacées et leur accorde les mêmes droits et la même protection qu’à ses sujets. Quatre jours après leur arrivée, l’armée poursuit ces personnes, qui fuient de nouveau. Deux jours plus tard, un détachement menace le territoire du père de Broteer et réclame une forte somme d’argent, trois cents bovins ainsi que de nombreux autres animaux. Son père choisit de payer ce tribut pour préserver les droits et les libertés de ses sujets. Le détachement s’engage alors à ne pas l’attaquer. Averti que l’armée prépare malgré cet engagement une attaque, le père de Broteer ordonne le repli de sa famille et de ses sujets. À l’aube, il part avec ses deux autres épouses dans un premier groupe ; la mère de Broteer et ses enfants en forment un second. Les deux groupes quittent les habitations l’un après l’autre et gagnent le même lieu de halte. Ils y allument un feu pour préparer à manger ; la fumée révèle leur présence à des éclaireurs. Lorsque les assaillants approchent, les femmes et les enfants cherchent refuge dans de hauts roseaux tandis que le père de Broteer combat seul, puis se rend. Les assaillants frappent Broteer à la tête, passent une corde autour de son cou et de celui des femmes, puis les conduisent auprès de son père, lui aussi entravé. Tous sont menés au camp. Là, les assaillants interrogent le père de Broteer sur son argent et le torturent. Il refuse d’en révéler l’emplacement et meurt sous les yeux de son fils. L’armée part ensuite vers la mer avec Broteer et les femmes. Sur la route, Broteer porte le fusil d’un chef de reconnaissance, une pierre à moudre, de la nourriture, une natte et des ustensiles. Le groupe prend du bétail et capture encore des hommes, des femmes et des enfants. Dans un lieu dont le nom n’est pas identifié, des habitants cachés dans des abris creusés tirent des flèches par des ouvertures ; les assaillants les enfument et les font sortir avant de poursuivre la route vers Anomabu.

À garder en tête : Le récit a été publié plusieurs décennies après les faits. La page de titre de l’imprimé de 1798, telle que la transcription la transmet, porte « Related by Himself » et ne nomme personne d’autre ; une mise en forme du texte par un tiers n’y est attachée à aucun nom. Il situe la naissance de Broteer vers 1729 et lui donne environ six ans lors de l’attaque, puis six ans et demi pendant la marche. Le rapprochement du voyage avec l’année 1739 et l’âge porté plus tard sur sa pierre tombale conduisent Paul E. Lovejoy à l’estimer plus proche de douze ans : aucun des deux âges n’est ici retenu comme certain. Le tribut de trois cents bovins est rapporté rétrospectivement dans ce récit. Dukandarra, l’origine de Broteer, l’armée et l’itinéraire intérieur ne sont pas identifiés avec assurance. Ce parcours documente une capture de guerre particulière, non la cause principale des captures sur toutes les routes africaines.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [5] — chapitre I, depuis l’arrivée chez le père de Broteer des habitants chassés de leur territoire, leur accueil sous sa protection, leur nouveau départ, le tribut payé par le père, la promesse de non-attaque et l’avertissement qui déclenche le repli ; puis, du départ des deux groupes familiaux jusqu’au combat et à la reddition du père, à la capture de Broteer et des femmes, à leur conduite au camp, à l’interrogatoire et à la mort du père ; enfin, du départ de l’armée vers la mer jusqu’aux charges imposées à Broteer, aux nouvelles captures et aux habitants enfumés dans leurs abris avant la route vers Anamaboo
  • Source [14] — chapitre 1, p. 35–55, pour la discussion de l’âge, de l’origine et de la route ; chapitre 2, p. 56–60, pour la lecture de la capture, de la marche et de l’approche d’Anomabu

Employé dans : chapitre 1 — Deux enfants seuls ; une armée dans les roseaux et chapitre 2 — Marcher, porter, ne plus pouvoir avancer.

Point 3 sur 22 · Témoignage · livre publié en 1738 ; convoi non daté · Entraves, charges et ravitaillement d’un convoi

Dans le livre sur la Gambie publié par Francis Moore en 1738, des groupes de trente à quarante personnes sont attachés cou à cou par des lanières de cuir, à environ un yard de distance. Certaines portent sur la tête un paquet de maïs ou une défense d’éléphant ; le groupe emporte aussi dans des outres l’eau nécessaire aux étapes où il n’en trouve pas.

À garder en tête : Le volume de 1738 assemble le journal remanié de Moore, d’autres récits et des pièces de la Royal African Company. Ce passage ne nomme aucune personne, n’établit pas un itinéraire individuel et ne permet pas de donner une destination antillaise aux groupes décrits. Le yard est une unité d’époque ; l’équivalence avec un peu moins d’un mètre aide à comprendre l’espacement sans prétendre à une précision supérieure.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [6] — récit de Moore, p. 41–42 ; PDF p. 81–82, description des groupes attachés cou à cou, de leur espacement et des charges de maïs, d’ivoire et d’eau

Employé dans : chapitre 2 — Marcher, porter, ne plus pouvoir avancer.

Point 4 sur 22 · Témoignage · 1797 · Nealee : refus, fuite et abandon rapporté

Dans le récit de son voyage publié en 1799, Mungo Park raconte qu’en 1797 Nealee avance dans une caravane dirigée par Karfa Taura vers la Gambie. Lorsqu’elle ne parvient plus à marcher, les hommes qui conduisent la caravane retirent sa charge et la donnent à une autre personne captive. Nealee refuse de manger, dit qu’elle préfère mourir et tente de s’enfuir. Elle est fouettée à deux reprises. Après un premier essai sur un âne, quatre personnes captives se relaient par paires pour la porter sur une litière de bambous ; elle est ensuite replacée sur l’âne et en tombe. Park part alors en tête. Plus tard, un homme asservi au service de Karfa rapporte le vêtement de Nealee et dit que Karfa et le maître d’école ont refusé de la tuer mais l’ont laissée sur la route.

À garder en tête : Park est un voyageur britannique qui accompagne la caravane, non un témoin extérieur à toutes ses opérations. Il voit la marche, les refus, la tentative de fuite, les coups et les moyens de transport jusqu’à son départ en tête ; la décision finale de Karfa et du maître d’école lui est rapportée ensuite par un homme asservi dont le livre ne conserve pas le nom. Park ne voit ni la mort de Nealee ni ce qui lui arrive après l’abandon.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [7] — chapitre XXV, p. 331–334, vues 379–382 du fac-similé de la troisième édition de 1799 : charge retirée et donnée à une autre captive p. 331 ; refus de nourriture, parole, tentative de fuite, deux épisodes de fouet et premier essai sur l’âne p. 331–332 ; litière de bambous portée successivement par quatre captifs, nouvel essai sur l’âne et chute p. 333 ; vêtement rapporté et décision de laisser Nealee transmise par l’homme asservi au service de Karfa p. 334

Employé dans : chapitre 2 — Marcher, porter, ne plus pouvoir avancer.

Point 5 sur 22 · Témoignage · date non établie · Broteer : seconde capture près d’Anomabu

À l’approche d’Anomabu, sur la côte de l’actuel Ghana, le récit publié sous le nom de Venture Smith décrit les premiers ravisseurs épuisés et presque à court de vivres. Des habitants de la région les attaquent et prennent le groupe, les troupeaux et les biens conduits par les premiers ravisseurs. Broteer dit être alors capturé une seconde fois. Les nouveaux détenteurs placent ensemble les premiers ravisseurs et les personnes qu’ils conduisaient dans un lieu de détention que le récit appelle un « château », en attendant de les vendre. Ils font ensuite monter Broteer et d’autres personnes dans une pirogue, leur ordonnent de se montrer sous leur meilleur jour pour les vendre et les conduisent au navire. À bord, le responsable des vivres achète Broteer contre du rhum et du tissu, le renomme Venture et l’emmène vers la Barbade ; ses éditeurs l’identifient comme Robinson Mumford, prénom que l’imprimé de 1798 donne sous une forme fautive.

À garder en tête : Le récit emploie le mot anglais « castle », mais Paul E. Lovejoy, dans le volume que dirige James Brewer Stewart, établit qu’en 1739 aucun fort n’est en service à Anomabu : Fort Charles est alors abandonné et le nouvel établissement date de 1753. Le récit ne permet pas de dater l’épisode, et le constat de Lovejoy porte sur cette seule année. Le lieu de détention peut donc se trouver ailleurs sur la côte avant le transfert en pirogue ; sa position exacte n’est pas établie. Anomabu reste le point côtier nommé par Broteer et le mouillage auquel le voyage est rattaché, non le nom certain de chaque étape.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [5] — chapitre I, depuis l’arrivée dans le district côtier appelé Anamaboo jusqu’à l’attaque des premiers ravisseurs, la seconde capture, le lieu de détention appelé « castle », la pirogue, l’ordre de paraître à son avantage, l’achat à bord et l’attribution du nom Venture ; chapitre II pour le départ vers la Barbade
  • Source [14] — chapitre « The African Background of Venture Smith », p. 37-39, pour Robinson Mumford et la forme fautive Robertson du récit ; chapitre 1, p. 42 et notes 17–18, p. 53, pour l’absence de fort en service à Anomabu en 1739 ; chapitre 2, p. 59–60, pour la seconde capture et la conduite au navire

Employé dans : chapitre 3 — Broteer et Equiano, d’un détenteur à l’autre et conclusion — Conclusion.

Point 6 sur 22 · Témoignage · 1669 · Autour de la Justice : garanties et refus d’aborder

Delbée, commissaire général de la Marine, commande la Justice, que la Compagnie des Indes occidentales envoie en 1669 sur la côte du golfe de Guinée pour la traite et pour y fonder un établissement. Au cours de ce voyage, Delbée rapporte deux situations où des habitants se méfient des Français au moment de monter à bord. Dans la première, Delbée écrit que ces habitants attendent que les Français prennent de l’eau de mer dans la main et la versent sur leurs propres yeux avant de monter à bord ; ils tiennent ce geste pour la garantie qu’ils ne seront pas retenus. Delbée écrit aussi qu’un Français nommé Gelée aurait enlevé plusieurs personnes neuf ou dix ans plus tôt et que d’autres Français auraient ensuite été tués. Dans la seconde, le 26 décembre 1669 au soir, devant Assenay, des hommes venus en canot vers la Justice reconnaissent des Français et se jettent à la mer plutôt que de monter à bord. Delbée écrit que des Anglais leur ont fait croire que les Français sont des gens sans parole qui enlèvent tous ceux qui viennent commercer avec eux le long de la côte. Le lendemain matin, comme les habitants ne veulent toujours pas venir à bord, la Justice repart, puis doit s’arrêter de nouveau faute de vent. Des hommes venus en canot de Benay, bourg voisin, rapportent alors à Delbée cette explication du refus des habitants d’Assenay et l’invitent à jeter l’ancre devant leur bourg ; Delbée refuse pour poursuivre sa route selon ses ordres.

À garder en tête : Le journal transmet le récit et les interprétations de Delbée ; il ne fournit ni le témoignage direct des habitants, ni une pièce indépendante sur les enlèvements attribués à Gelée, ni le détail des informations données par les Anglais. Il ne dit pas ce que deviennent les hommes qui se jettent à la mer devant Assenay. Les hommes qui hésitent ou refusent de monter à bord ne sont pas présentés comme captifs. Ces deux situations ne prouvent pas que toutes les relations entre habitants et Français suivent ce modèle.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [3] — tome II, p. 347–348 pour la qualité de commissaire général de la Marine portée au titre du journal, l’envoi de la Justice par la Compagnie des Indes occidentales pour la traite et pour un établissement sur la côte d’Ardres, et le commandement donné à Delbée ; p. 358–359 pour le signe accompli avec l’eau de mer, la méfiance, l’enlèvement de plusieurs personnes attribué à Gelée neuf ou dix ans auparavant et les morts françaises rapportées ; p. 356 et p. 378 pour le mois, les entrées datées allant du 13 décembre 1669 au 1er janvier 1670 ; p. 367–369 pour la soirée du 26 décembre devant Assenay, les hommes venus en canot qui se jettent à la mer plutôt que de monter à bord, l’avertissement attribué aux Anglais, le départ du lendemain à neuf heures, le nouvel arrêt faute de vent, le canot de Benay qui rapporte cette explication et invite la Justice à jeter l’ancre devant ce bourg, le refus de Delbée et la description d’Assenay et de Benay comme deux bourgs distants de deux lieues

Employé dans : chapitre 4 — Sur la côte, la crainte d’être enlevé en approchant des navires, selon deux Français.

Point 7 sur 22 · Témoignage · 1731-08-09 · À Axim, commercer de nuit sous la menace de capture

Le 9 août 1731, devant Axim, sur le littoral de l'actuel Ghana, Robert Durand écrit que des habitants peuvent apporter des personnes captives à bord du Diligent seulement de nuit, parce qu'ils seraient eux-mêmes capturés s'ils étaient vus. Des gens venus à bord depuis le fort d'Axim, qui appartient aux Hollandais, proposent aussi un garçon ; Durand écrit que l'on ne s'accorde pas sur son achat.

À garder en tête : Durand ne nomme ni les personnes qui apportent les captifs, ni le garçon proposé, et ne dit pas qui capturerait ces porteurs s'ils étaient vus. Son énoncé décrit le risque qu'il comprend à Axim ; il n'établit pas à lui seul une pratique générale de toute la côte.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — p. 33, entrée du 9 août : commerce nocturne parce que ceux qui apportent les captifs seraient eux-mêmes pris s'ils étaient aperçus ; garçon proposé à bord depuis le fort, sans accord sur son achat ; fort d'Axim appartenant aux Hollandais ; pages manuscrites consultables dans le fac-similé Yale, objet 2007542, lié à la notice

Employé dans : chapitre 4 — Sur la côte, la crainte d’être enlevé en approchant des navires, selon deux Français.

Point 8 sur 22 · Témoignage · 1731-08-30 · Après les enlèvements attribués à Demarais

À l’escale que son journal nomme « Ceuta », le 30 août 1731, Robert Durand explique que le capitaine français Demarais avait enlevé plusieurs personnes captives et emporté des marchandises sans les payer dans plusieurs escales. Depuis ces actions, écrit-il, les vendeurs craignent de monter à bord des navires français : les officiers doivent descendre à terre avec leurs marchandises. Pierre Valteau, second capitaine du Diligent, passe une nuit à terre dans une case et doit veiller les armes à la main contre des hommes qui, selon Durand, attendent que ses compagnons et lui s’endorment pour forcer la case et le voler ; Durand ajoute que ces hommes ne cherchent qu’à venger l’enlèvement de leurs camarades. Durand rapporte ensuite que les canotiers qui devaient conduire Valteau jusqu’au canot du navire font des difficultés et que Valteau y parvient dans la pirogue d’un bâtiment hollandais. Valteau leur paie pourtant un fusil, en plus de plusieurs bouteilles d’eau-de-vie, pour éviter des difficultés avec eux ; Durand écrit qu’on ne leur aurait pas donné tout cela si on ne les avait pas craints. Le journal ne dit pas si ces canotiers sont ceux qui voulaient venger leurs camarades.

À garder en tête : L'enlèvement, les impayés, la nuit de Valteau à terre et le motif de vengeance sont rapportés par Durand, qui n'en est pas témoin direct et défend aussi la sûreté et le commerce de son propre équipage. Il ne nomme aucune des personnes enlevées ni leurs camarades, et son récit ne permet pas de confondre l'ensemble des habitants de l’escale appelée « Ceuta » dans le journal, d'Axim et d'Accra.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — p. 1 et p. 5 pour le rang de second capitaine de Pierre Valteau ; p. 49, entrée du 29 août, pour la case que Valteau va prendre à terre ; p. 50–51, entrée du 30 août : enlèvements imputés à Demarais, insécurité à bord, commerce français déplacé à terre, nuit de Valteau dans sa case, veille armée contre ceux qui attendent le sommeil de ses occupants pour la forcer, vengeance des camarades, difficultés des canotiers, passage par la pirogue hollandaise jusqu’au canot, fusil et eau-de-vie payés aux canotiers par crainte ; pages manuscrites consultables dans le fac-similé Yale, objet 2007542, lié à la notice

Employé dans : chapitre 4 — Sur la côte, la crainte d’être enlevé en approchant des navires, selon deux Français.

Point 9 sur 22 · Témoignage · 1670-06-07 · La Justice mouille en Martinique

Selon le journal de Delbée, la Justice gagne la rade du fort Saint-Pierre, en Martinique, le 7 juin 1670.

À garder en tête : La date du 7 juin est déduite de deux indications successives du journal : l’île est aperçue le 6, puis le navire mouille le lendemain.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [3] — tome II, p. 468–469 : Delbée voit la Martinique le 6 juin 1670 et mouille le lendemain dans la rade du fort Saint-Pierre

Employé dans : chapitre 4 — Sur la côte, la crainte d’être enlevé en approchant des navires, selon deux Français et conclusion — Conclusion.

Point 10 sur 22 · Témoignage · 1732-03-15 · Le Diligent arrive à Saint-Pierre

Le journal de Robert Durand situe l’arrivée du Diligent à Saint-Pierre de la Martinique le 15 mars 1732.

À garder en tête : Durand écrit « La Diligent » dans son journal ; le dossier reprend la forme « le Diligent » pour ce même navire. Pour l’inspection et les ventes après l’arrivée, voir Robert Harms, The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade (2002), p. 333–350.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — p. 92–93 : arrivée à Saint-Pierre de la Martinique le 15 mars 1732
  • Source [25] — p. 350 pour l’arrivée à Saint-Pierre le 15 mars 1732 ; p. 333–350 pour la suite des inspections et des ventes

Employé dans : chapitre 4 — Sur la côte, la crainte d’être enlevé en approchant des navires, selon deux Français et conclusion — Conclusion.

Point 11 sur 22 · Témoignage · livre publié en 1787 ; enlèvement non daté · Cugoano : enlèvement et ventes successives

Dans son livre de 1787, Ottobah Cugoano raconte qu’il est né dans la ville d’Agimaque, sur la côte de Fantyn, où son père était compagnon du chef ; à la mort de ce chef, l’enfant est laissé dans sa maison, puis appelé auprès d’Ambro Accasa, neveu du roi défunt qui lui succède à la tête de la chefferie d’Agimaque et d’Assinee, et il vit environ deux ans avec les enfants d’Accasa. Envoyé visiter un oncle établi à une distance considérable d’Agimaque — trois journées de marche —, il y vit environ trois mois, puis est enlevé, sans que le livre donne son âge, avec dix-huit ou vingt autres filles et garçons partis jouer dans les bois. Des hommes armés trompent les enfants et divisent le groupe. L’un des ravisseurs conduit Cugoano avec une fille ; plusieurs détenteurs, intermédiaires et acheteurs prennent ensuite le relais. Inquiet et ne sachant que faire, l’enfant refuse de manger et de boire pendant des journées entières. Dans la maison où il est gardé, un homme lui promet de faire tout son possible pour le ramener chez son oncle. Cugoano recommence alors à manger un peu de fruit et pense que les siens doivent le rechercher. Au terme du déplacement, il voit des personnes enchaînées. Un homme — le livre ne permet pas de dire si c’est celui qui lui avait promis de faire tout son possible pour le ramener — se présente ensuite comme connaissant ses proches à Agimaque et promet de l’y conduire ; il le mène dans un fort de la côte tenu par des Européens et y accepte d’un acheteur un fusil, du tissu et du plomb en échange de l’enfant. Après cet échange, des gardiens l’y enferment pendant trois jours, puis le conduisent à un navire et le transfèrent sur un plus grand bâtiment prêt à partir de Cape Coast, port de la Côte de l’Or, vers la Grenade.

À garder en tête : Le texte de 1787 ne donne ni l’âge de Cugoano au moment de l’enlèvement ni la date de celui-ci. Le récit distingue deux hommes : Ambro Accasa, avec les enfants duquel Cugoano vivait à Agimaque, que le livre présente comme le neveu du roi défunt auquel il succède et non comme un parent de l’enfant, et l’oncle établi à une distance considérable, chez qui il vivait depuis environ trois mois lorsqu’il est enlevé. Le livre ne nomme aucun des ravisseurs, détenteurs, intermédiaires, vendeur, acheteur ou gardiens successifs. Cette lacune n’empêche pas de suivre leurs actions, mais le récit ne permet pas toujours de savoir si une même personne remplit plusieurs de ces rôles. Cugoano écrit avoir oublié le nom de ce fort, et rien dans le livre ne permet de l’identifier. Ce cas documente un enlèvement particulier d’enfants sur la Côte de l’Or ; il ne mesure pas la fréquence de ce mécanisme ailleurs.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [8] — p. 5–10 de l’édition de 1787 : p. 5 l’enlèvement pendant un jeu ; p. 6 la naissance à Agimaque, la maison d’Ambro Accasa neveu du roi défunt auquel il succède, les deux années passées avec ses enfants, l’envoi chez un oncle établi à une distance considérable, les trois journées de route jusqu’à sa demeure et les trois mois passés là ; p. 8 la séparation du groupe, le refus de manger, la promesse et le second conducteur ; p. 9 les personnes enchaînées vues au terme du déplacement, le fort, la vente contre un fusil, du tissu et du plomb, les trois jours de prison et le transbordement vers le navire prêt à quitter Cape Coast

Employé dans : chapitre 5 — Vendus avant d’embarquer et conclusion — Conclusion.

Point 12 sur 22 · Témoignage · livre original publié en 1787 ; faits non datés · Cugoano : communication empêchée avant le départ

Cugoano raconte qu’une fois les captifs conduits au navire, des marchands noirs montent à bord tandis que le bâtiment reste plusieurs jours en vue de leur pays. Les captifs sont repoussés sous le pont et ne peuvent parler à ces visiteurs. La traduction française publiée en 1788 attribue cette dissimulation et cette interdiction aux responsables du navire. Cugoano ne trouve donc personne à qui faire connaître sa situation pour qu’Accasa, dans la maison duquel il vivait à Agimaque, en soit averti.

À garder en tête : La traduction française de 1788 transmet le même livre que l’original anglais publié l’année précédente : elle précise la formulation et documente sa circulation française, mais ne constitue pas une confirmation indépendante. Cugoano ne nomme ni les marchands qui montent à bord, ni les responsables du navire. Le livre présente Ambro Accasa comme le neveu du roi défunt et non comme un parent de l’enfant ; Cugoano vivait dans sa maison à Agimaque. Le passage établit l’impossibilité, dans cette situation, de faire avertir Accasa ; il ne permet pas de généraliser ce procédé à tous les navires ni d’identifier une tentative de message effectivement commencée.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [8] — p. 6 et 9–10 de l’édition de 1787 : p. 6 la naissance à Agimaque et la maison d’Ambro Accasa, que le livre présente comme le neveu du roi défunt et non comme un parent de l’enfant ; p. 9–10 l’arrivée au navire, les marchands noirs montant à bord, les captifs repoussés dans les entreponts et empêchés de leur parler, et les plusieurs jours en vue du pays sans que Cugoano puisse faire avertir Accasa à Agimaque
  • Source [9] — p. 15–16 de la traduction française de 1788 : navire restant le long de la côte, visiteurs venus négocier, captifs cachés sous le pont par les responsables du bâtiment et interdiction de leur parler

Employé dans : chapitre 5 — Vendus avant d’embarquer.

Point 13 sur 22 · Témoignage · revente à New York en 1741 ; enfance non datée · Ofodobendo : mise en gage et reventes

Dans le mémoire conservé par la communauté religieuse morave de Bethlehem, Ofodobendo Wooma raconte qu’après la mort de son père, vers ses huit ans, son frère le recueille. Celui-ci emprunte deux chèvres pour deux ans et remet l’enfant au prêteur en garantie. Au bout d’un an, le prêteur lui tend « une pipe de tabac sur la route » ; Ofodobendo la piétine. L’homme invoque ce geste pour le vendre avant l’échéance. D’autres acheteurs l’acquièrent et le revendent ensuite à plusieurs reprises, jusqu’à le conduire parmi des personnes dont il ne comprend plus la langue. Dans une grande contrée qu’il appelle « Nemils », un marchand l’achète, l’habille et le place dans sa maison. Sur l’ordre de leur maître, des personnes à son service conduisent l’enfant dans une autre maison où pendent les têtes d’au moins cinquante hommes morts. Il s’attend à être tué sur-le-champ. Celui qu’Ofodobendo appelle alors son compagnon, sans que le mémoire permette de l’identifier, demande aux occupants un prix qu’ils refusent ; il le fait sortir, lui retire ses vêtements et le revend à un autre marchand. Ofodobendo est ensuite placé sur une embarcation avec d’autres captifs. Il y rencontre une jeune fille de sa région qui le réconforte beaucoup. On lui donne du porc, viande interdite dans son pays, et la faim le contraint finalement à en manger. À la côte, les deux enfants rencontrent deux Européens. L’un d’eux, présenté comme capitaine, leur fait signe de le suivre à bord. Ofodobendo estime qu’environ soixante personnes noires s’y trouvent sans être attachées. Après le voyage vers Antigua, il est vendu avec environ trente autres personnes à un capitaine de New York, qui le revend dans cette ville en 1741. Ofodobendo dit avoir alors environ douze ans.

À garder en tête : Le document des archives de l’Église morave est écrit d’une seule main qui poursuit le récit après la fin de la partie autobiographique. L’historien Daniel B. Thorp ne peut établir s’il s’agit d’une copie remaniée, d’une traduction d’un texte anglais ou de la transcription d’une dictée. Le mémoire transmet d’abord « Eboe », corrigé entre les lignes en « Ibo », et ne permet pas de localiser le lieu natal. Dans son premier état, la phrase de la vente disait : « but he did not wait for that but sold me to another ». Selon la note 47 de Thorp, un ajout porté au bas de la page a ensuite inséré le passage où le prêteur tend une pipe à Ofodobendo, où l’enfant la piétine, où le prêteur présente ce geste comme la cause de la vente et où la vente survient après un an ; le second « but » a été supprimé. Le nom Nemils demeure non identifié ; l’ajout « Niger » a lui-même été barré. Le mémoire décrit les têtes d’au moins cinquante hommes morts et la crainte d’être tué, mais n’établit ni qui a tué ces hommes ni comment leurs têtes sont arrivées là. Le mémoire cesse de parler de la jeune fille après l’embarquement ; rien n’y indique ce qu’elle devient. Le nombre d’environ soixante personnes noires présentes à bord sans être attachées est une estimation d’Ofodobendo, non un compte du capitaine ou de l’équipage. Hormis l’épisode de la pipe, le motif invoqué pour la vente et le délai d’un an, qui proviennent de l’ajout signalé par la note 47, les épisodes rapportés ici, jusqu’à la revente de 1741 à New York, appartiennent à la partie du mémoire rédigée à la première personne.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [15] — p. 433–435 pour la provenance, les quatre pages en allemand ancien et les scénarios possibles de mise par écrit ; p. 447–451 pour la traduction annotée du mémoire ; particulièrement p. 447–448 pour le nom Ofodobendo Wooma, la mise en gage, la pipe de tabac piétinée et la vente « after a year's time » avec la note 47 sur l’état antérieur de cette phrase, les reventes, les changements de langue, l’enfermement, la jeune fille, la faim, la côte et l’embarquement, puis p. 448 pour Antigua, la vente vers New York, 1741 et l’âge d’environ douze ans
  • Source [16] — p. 127–132 pour les enlèvements, les enfants et les limites des échantillons de personnes déportées ; p. 141–142 pour la mise en gage, les reventes et le passage d’Ofodobendo par Antigua

Employé dans : chapitre 5 — Vendus avant d’embarquer et conclusion — Conclusion.

Point 14 sur 22 · Témoignage · récit mis par écrit en 1799 ; faits non datés · ’Sibell : enlèvement, retrouvailles et dispersion

Dans son récit mis par écrit à la Barbade par John Ford en 1799, ’Sibell raconte qu’un homme présenté comme son beau-frère l’emporte loin de son pays, la fait marcher de nuit comme de jour, puis la vend contre un fusil et de la poudre après un enfermement avec d’autres personnes capturées. Elle dit découvrir alors les personnes blanches, les grands navires et le bruit des vagues. À bord, elle reconnaît Mimbo, Dublin, Sally et d’autres personnes de son pays ; les ventes les dispersent ensuite sans qu’elle sache ce qu’elles sont devenues.

À garder en tête : ’Sibell ne s’auto-écrit pas : Ford met son récit par écrit dans des circonstances inconnues, et Handler en donne une édition, non un fac-similé. Le texte s’arrête après l’entrée dans le navire et la dispersion par les ventes ; il ne décrit ni les jours en mer ni l’arrivée. Aucun des noms qu’elle rapporte — Mimbo, Dublin, Sally — ne permet d’assigner une origine ethnolinguistique individuelle.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [17] — p. 132–133 pour le récit intégral de ’Sibell ; p. 137–139 pour John Ford, le manuscrit Bodleian Library, MS. Eng. misc. b. 4, fol. 50–51, et les limites d’identification des noms

Employé dans : chapitre 5 — Vendus avant d’embarquer et conclusion — Conclusion.

Point 15 sur 22 · Pratique · Épisode rapporté : août 1753 · Lettre : 19 octobre 1753 · Juda : fers cassés et garde mise en échec

Dans une lettre du 19 octobre 1753, le conseil du fort français de Juda écrit que les fers disponibles sont si mauvais que les personnes captives les cassent facilement et se révoltent. Il présente ces faits comme récurrents et mentionne un nouvel épisode en août 1753. Selon le conseil, cette situation l’empêche d’exécuter l’ordre de la Compagnie de placer dans la « captiverie » du fort les personnes captives détenues par les capitaines français en traite à Juda. Il demande que ces capitaines apportent les chaînes et fers nécessaires et souhaite faire forger d’autres entraves.

À garder en tête : La pièce est produite par les agents français chargés de contrôler le fort et les personnes détenues. Elle ne nomme aucune personne captive et ne donne ni leur nombre, ni le jour, ni le lieu précis, ni le déroulement, ni l’issue de l’épisode d’août. L’ordre de la Compagnie et l’impossibilité déclarée de l’exécuter faute d’entraves jugées solides doivent rester distincts d’une pratique établie de dépôt systématique dans la captiverie. Les chaînes demandées et les fers que le conseil souhaite faire forger sont des mesures projetées, non leur mise en œuvre.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — duplicata de la lettre du conseil datée du 19 octobre 1753, vues 651-652 ; exemplaire non marqué duplicata, vues 654-655 : ordre de mise à la captiverie, faiblesse des fers, captifs qui les cassent et se révoltent, épisode d’août, chaînes et fers demandés aux capitaines, projet de forge et risques invoqués ; dates et titres vues 651 et 654
  • Source [18] — chap. 1, p. 18, PDF p. 32 : tableau des formes européennes du nom, dont « Juda » en français, pour la ville aujourd’hui appelée Ouidah ; introduction, p. 1, PDF p. 15 : situation d’Ouidah dans l’actuelle République du Bénin

Employé dans : chapitre 6 — Contester la détention.

Point 16 sur 22 · Événement · 1776-11-08 · Le Thames : une faille dans la garde

Le 8 novembre 1776, le navire négrier Thames est au mouillage dans la rade de Cape Coast avec cent soixante personnes captives à bord. Le capitaine Peleg Clarke et plusieurs membres de l’équipage se trouvent loin du navire ; John Bell compte seulement le maître d’équipage, le charpentier, trois autres hommes blancs et lui-même à bord, sans embarcation le long du Thames. Les hommes captifs ont été détachés des chaînes qui les retenaient sur le pont pour être lavés. Ils saisissent le maître d’équipage, le blessent et attaquent pendant plus de quarante minutes la barricade qui les sépare des marins repliés vers l’arrière du navire. John Bell, présenté dans l’édition comme le médecin du bord, rapporte ensuite que les hommes ont dit avoir choisi ce moment parce que de nombreuses personnes blanches avaient quitté le navire ; il ajoute qu’ils avaient déjà envisagé cette action deux ou trois fois.

À garder en tête : Donnan publie une transcription du Clarke Letter-Book, non le manuscrit. Bell écrit depuis l’équipage et rapporte après l’action ce que les captifs auraient dit ; cette attribution documente une préparation et un choix du moment, mais elle ne conserve ni leurs mots exacts, ni leurs noms, ni la manière dont ils ont organisé le projet. Les cent soixante personnes désignent l’effectif à bord donné par Bell, non les seuls participants à l’attaque.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [19] — document 269, p. 323–324, pages PDF 343–344 : rade de Cape Coast, effectif à bord, capitaine et membres de l’équipage loin du navire, aucune embarcation le long du bord, sortie des chaînes pour le lavage, saisie du maître d’équipage, attaque de la barricade, choix du moment attribué aux captifs et projets antérieurs ; document 278, p. 331, page PDF 351, pour la date et le lieu

Employé dans : chapitre 6 — Contester la détention.

Point 17 sur 22 · Événement · 1776-11-08 · Le Thames : barricade, saut et noyades

Lorsque la barricade du Thames résiste, tous les hommes que John Bell classe comme fantis et la plupart de ceux qu’il classe comme originaires d’Accra sautent à la mer. Le courant les entraîne sous le vent du navire. Dans une autre pièce, le capitaine Peleg Clarke compte vingt-huit hommes et deux femmes noyés, sans préciser comment ces deux femmes se sont retrouvées dans l’eau. Bell écrit que les femmes n’ont pas pris part à l’action — « The women having no hand in it » — et attribue cette absence au fait qu’elles n’ont pas eu le temps de se concerter. Bell donne successivement trente-six personnes perdues puis trente-quatre manquantes ; le compte arrêté en janvier enregistre finalement trente et un hommes et deux femmes perdus, tandis que le procès-verbal maritime retient un total de trente-trois personnes « perdues et noyées ».

À garder en tête : Les pièces éditées ne concordent pas sur trente-trois, trente-quatre ou trente-six personnes perdues ou manquantes, et elles ne se contrôlent pas l’une l’autre : les documents 268 et 269 renvoient tous deux au même registre, « Clarke Letter-Book, no. 76 », et l’ensemble n’est connu que par l’édition de transcriptions publiée par Elizabeth Donnan en 1932, dont le manuscrit n’a pas été consulté. La divergence oppose deux auteurs, Clarke et Bell, à l’intérieur d’un même fonds transmis par une seule main. Clarke déclare vingt-huit hommes et deux femmes noyés dans sa lettre. Les autres comptes emploient des catégories différentes et ne permettent pas de transformer ce chiffre rapporté en minimum historique. Les catégories « fantis » et « Accra » sont celles de Bell et ne permettent pas d’identifier chaque personne. L’édition ne permet pas de donner un nom aux personnes mortes ou de reconstituer le sort de chacune. L’explication que Bell donne de l’absence des femmes est la sienne : sa lettre ne rapporte sur ce point aucune parole des intéressées. Il n’explique pas davantage comment deux femmes se trouvent parmi les noyées alors qu’il les dit étrangères à l’action.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [19] — document 268, p. 321–322, pages PDF 341–342 : vingt-huit hommes et deux femmes déclarés noyés ; document 269, p. 323–324, pages PDF 343–344 : saut collectif, courant et comptes de trente-six puis trente-quatre ; document 272, p. 326, page PDF 346 : perte finale de trente et un hommes et deux femmes, soit trente-trois personnes ; document 278, p. 331, page PDF 351 : total de trente-trois personnes « perdues et noyées », sans répartition par sexe

Employé dans : chapitre 6 — Contester la détention.

Point 18 sur 22 · Événement · 1776-11-08–1777-01-08 · Six personnes reprises et gardées à Mouree

Après le saut depuis le Thames, le gouverneur du fort néerlandais de Mouree envoie des habitants en pirogue. Ils ramènent au fort quatre hommes et deux garçons trouvés dans l’eau. Le gouverneur les fait garder tandis que les personnes qui les ont repris réclament un paiement au capitaine Peleg Clarke. Clarke ne parvient pas alors à un accord au prix demandé et confie la négociation à un intermédiaire. Le 8 janvier 1777, il écrit avoir réglé le cas des personnes détenues à Mouree « au prix de la moitié », sans dire combien d’entre elles lui ont été remises ni sous quelle forme exacte le règlement a été conclu. Clarke quitte Cape Coast le même jour. Le relevé officiel borne le voyage de l’Afrique à la Jamaïque pour les personnes restées à bord, mais les documents n’établissent pas le sort individuel des six détenues à Mouree.

À garder en tête : L’édition ne nomme pas les six personnes et ne conserve pas leur point de vue après leur reprise dans l’eau. John Bell, présenté comme le médecin du bord dans une autre pièce reproduite par l’édition, écrit que Clarke espère obtenir « one half for the other » ; Clarke dit ensuite avoir réglé « at the prices of one half ». Le relevé officiel donne la Jamaïque comme destination du voyage sans préciser ici le port où chaque personne restée à bord est débarquée ou vendue. Le manuscrit du Clarke Letter-Book n’a pas été consulté.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [19] — document 268, p. 321–322, pages PDF 341–342, et document 269, p. 324, page PDF 344 : pirogues envoyées par le gouverneur, quatre hommes et deux garçons ramenés, garde au fort, prix réclamé et négociation confiée à M. Mill ; document 272, p. 326, page PDF 346 : cas des personnes de Mouree réglé « au prix de la moitié », perte finale ramenée à trente et un hommes et deux femmes, et départ de Cape Coast le 8 janvier 1777 ; document 278, p. 331, page PDF 351 : voyage du Thames de l’Afrique à la Jamaïque

Employé dans : chapitre 6 — Contester la détention.

Point 19 sur 22 · Témoignage · 1787-12-17 · La Flore : rupture des fers et accès au pont

Le procès-verbal de La Flore rapporte que, le 17 décembre 1787 au mouillage près de l’île à Perroquet dans la rivière du Gabon, des personnes captives se libérèrent de leurs fers pendant la nuit, forcèrent les écoutilles et la porte de la rambarde, s’armèrent de pagaies, de couteaux, de bûches et d’outils du tonnelier, frappèrent des membres de l’équipage et que cinq d’entre elles tentèrent de s’échapper à la nage.

À garder en tête : Le récit est rédigé et signé collectivement par le capitaine et des membres de l’équipage, puis déposé six mois après les faits. Il permet de suivre des actions, mais ne nomme aucune personne captive, ne rapporte aucune de leurs paroles et attribue leurs intentions depuis le point de vue des négriers. Il établit que cinq personnes tentent de s’échapper à la nage, sans préciser où elles comptent aller.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [10] — AD14 2II/468, vue 1, lignes 1–31, et vue 2, lignes 1–13 ; procès-verbal déposé le 21 juin 1788

Employé dans : chapitre 6 — Contester la détention.

Point 20 sur 22 · Témoignage · 1787-12-17 · La Flore : tirs, reprise et châtiments

Le procès-verbal de La Flore déposé le 21 juin 1788 rapporte, à la suite de la révolte de la nuit, que l’équipage tira un canon de la rambarde, tua une personne et blessa deux autres. Il affirme aussi qu’un autre navire envoya une embarcation avec six hommes d’équipage munis de sabres et de pistolets, qui ramenèrent les cinq personnes qui s’étaient jetées à la nage. Celles-ci furent ensuite remises aux fers et attachées deux à deux. Celles que l’équipage jugeait les plus impliquées reçurent cinquante coups de fouet.

À garder en tête : Le procès-verbal rapporte le tir et le retour des cinq nageurs sans dire si la personne tuée et les deux blessées sont du nombre des cinq ; il ne permet donc pas d’établir combien de personnes l’épisode laisse vivantes. Les catégories de « chefs » et de personnes « les plus coupables » appartiennent à l’équipage, qui dit avoir fouetté pour obtenir des désignations. Le document ne permet ni d’identifier les personnes visées ni de mesurer ce type de répression au-delà de ce voyage.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [10] — AD14 2II/468, vue 1, lignes 23–31, et vue 2, lignes 1–25

Employé dans : chapitre 6 — Contester la détention.

Point 21 sur 22 · Témoignage · 1788 · Miller obtient le retour de son fils

Un second procès-verbal de La Flore ne dit pas comment le fils de Miller a été capturé, mais indique qu’une personne nommée Herblin l’a remis en otage pour le compte de La Jeune Sophie. Le document le compte alors comme un « paquet d’homme », une unité de compte appliquée à une personne, avant son transfert sur La Flore. En 1788, Miller, présenté comme gouverneur de l’île à Roy, arrive avec quarante à cinquante hommes armés et fait saisir la chaloupe du navire. Deux marins blancs sont déshabillés et mis aux fers. Sur les trois chaloupiers noirs qui les accompagnaient, Miller en retient un et renvoie les deux autres porter ses conditions. Il obtient ensuite le retour de son fils ainsi que quatre lots de marchandises. Le procès-verbal dit qu’il garde les chaloupiers noirs et rend la chaloupe le lendemain, sans permettre de suivre ensuite ces trois hommes.

À garder en tête : L’épisode est connu par le récit hostile des officiers de La Flore, non par Miller, son fils ni les trois chaloupiers noirs. Le document ne dit ni comment le fils a été saisi avant sa remise par Herblin, ni où vont les deux messagers après avoir porté les conditions, ni comment les trois chaloupiers se trouvent de nouveau sous l’autorité de Miller, ni ce qu’ils deviennent après l’affaire.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [11] — AD14 2II/468, vues 3–4 pour la saisie de la chaloupe, la détention, la demande et le retour du fils ; vues 5–6 pour les biens remis et la restitution

Employé dans : chapitre 6 — Contester la détention.

Point 22 sur 22 · Interprétation · 1807–1818 · Les bornes britannique et française de l’interdiction

Audra A. Diptee emploie 1807 comme borne de la fin de la traite britannique. Pour la France, Serge Daget qualifie d’illégale la traite sanctionnée en théorie depuis 1814 et dotée de moyens officiels de répression à partir de 1818. Ces dates et ces degrés d’application ne forment pas une interdiction atlantique unique. Les voyages concernés doivent être qualifiés selon la puissance, le droit applicable, le lieu et la date, en examinant comment l’interdiction, la dissimulation ou la répression peuvent en modifier la forme. Ces bornes ne qualifient pas le statut juridique des captures commises en Afrique.

À garder en tête : Diptee emploie 1807 comme borne de la traite britannique dans un article consacré aux enfants, non comme une analyse détaillée de la loi et de son application. Daget qualifie le régime français sans reproduire les textes qui le fondent ; « en théorie depuis 1814 » est sa formule et ne doit pas être transformée en application immédiate et uniforme.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [20] — p. 185, premier paragraphe et fin de l’introduction : la période postérieure à 1807 est qualifiée d’après la fin de la traite britannique ; le corpus de l’article est borné à 1775–1807
  • Source [21] — introduction, folio ii du volume, page 8 du PDF détenu : traite sanctionnée en théorie depuis 1814 et moyens officiels à partir de 1818

Employé dans : note de méthode — Comparer des parcours sans en faire un modèle unique.

Pour remonter aux sources

Bibliographie du dossier

Les références sont rangées selon la nature du document atteint et sa relation aux événements : pièces produites au moment des faits ; récits et études anciens, composés après les faits ; études, éditions et outils de recherche. La date de la notice indique la rédaction ou la publication lorsqu’elle est connue ; l’usage précise la période ou l’expérience racontée. Pour une édition savante, la notice distingue le texte transmis du travail de l’éditeur. Le libellé de chaque lien indique s’il conduit à la source en ligne, à une notice DOI, à un catalogue ou à la notice d’un éditeur.

Voir les 25 références et les liens disponibles

Pièces produites au moment des faits

  1. Conseil de direction du fort Saint-Louis de Juda et employés du comptoir, Lettres, états et comptes du fort Saint-Louis de Juda, juin 1753-juillet 1754 (26 juin et 10-19 octobre 1753 ; janvier-juillet 1754).

    Lettre du conseil du fort français de Juda du 19 octobre 1753 : les fers cassés et les révoltes signalées empêchent, selon le conseil, d’exécuter l’ordre de placer dans la captiverie du fort les personnes détenues par les capitaines ; il demande des chaînes et projette de nouvelles entraves.

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  2. Robert Durand, Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732 (1731–1732).

    Journal primaire du Diligent : à Axim et à l’escale nommée « Ceuta » dans le journal, risque de capture autour du navire et commerce nocturne ; Durand relie les enlèvements attribués à Demarais au déplacement du commerce à terre et à une réaction locale.

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  3. Delbée ; recueil anonyme signé « Par I. C. S. D. V. », attribué par les catalogues à un Clodoré, Journal du voyage du sieur Delbée aux isles, dans la coste de Guinée (1671).

    Journal de la Justice : méfiance et refus d’interlocuteurs côtiers, organisation du voyage, embarquement sur la côte d’Ardra et départ vers la Martinique.

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Récits et études anciens, composés après les faits

  1. Olaudah Equiano, The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African (1789).

    Récit publié de la saisie d’Olaudah Equiano avec sa sœur, des séparations, du travail des soufflets, de la fuite, des reventes et de l’arrivée à la côte.

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  2. Venture Smith, A Narrative of the Life and Adventures of Venture, a Native of Africa (1798).

    Récit de Broteer : protection organisée par son père, tribut puis repli, combat du père, capture de l’enfant et des femmes, mort du père au camp, marche, seconde prise, pirogue, vente et départ vers la Barbade.

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  3. Francis Moore ; avec le voyage de Bartholomew Stibbs, Travels into the Inland Parts of Africa (1738).

    Livre composite d’un employé de la Royal African Company : groupes attachés cou à cou, charges de maïs ou d’ivoire et eau transportée pendant la conduite en Gambie.

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  4. Mungo Park, Travels in the Interior Districts of Africa: Performed under the Direction and Patronage of the African Association, in the Years 1795, 1796, and 1797 (1799).

    Récit de voyage, cité dans sa troisième édition (Londres, 1799), portant la marche de Nealee, son refus, sa tentative de fuite, les moyens de transport imposés et le témoignage rapporté de son abandon.

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  5. Ottobah Cugoano, Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species (1787).

    Récit publié de l’enlèvement d’un groupe d’enfants, de leurs transferts, du refus de manger, de l’enfermement et du départ de Cape Coast vers la Grenade.

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  6. Ottobah Cugoano ; traduction française anonyme, attribuée sans preuve à Antoine Diannyère, Réflexions sur la traite et l'esclavage des Nègres, traduites de l'Anglais, d'Ottobah Cugoano, afriquain, esclave à la Grénade et libre en Angleterre (1788).

    Traduction française d’époque du livre de Cugoano, comparée au texte anglais pour la dissimulation sous le pont et l’interdiction de parler ainsi que pour sa circulation en français, sans la compter comme témoignage indépendant.

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  7. Giffard, capitaine ; officiers, maîtres et mariniers de La Flore, Procès-verbaux de La Flore : résistance collective et négociation avec Miller, 1787–1788 (1787–1788).

    Procès-verbal de la Flore : rupture des fers, accès au pont, actions contre l’équipage, départs à la nage, reprise et châtiments.

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  8. Giffard, capitaine ; officiers, maîtres et mariniers de La Flore, Procès-verbal sur l’action de Miller pour obtenir le retour de son fils (1788).

    Second procès-verbal de la Flore : action armée de Miller, saisie de la chaloupe, retour de son fils détenu comme otage, marchandises remises et maintien des trois chaloupiers noirs sous son autorité, sans suite connue. Le document ne dit pas comment le fils a été capturé ni quel rôle exact joue Herblin ; il indique que celui-ci l’a remis en otage pour le compte d’un autre navire, la Jeune Sophie, et le compte comme un « paquet d’homme » avant son transfert sur la Flore.

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Études, éditions et outils de recherche

  1. Vincent Carretta, Equiano, the African: Biography of a Self-Made Man (2005).

    Étude de Vincent Carretta sur le registre de baptême d’Olaudah Equiano, le rôle d’équipage du navire Racehorse, la construction des premiers chapitres de son récit et les limites d’une lecture directement autobiographique. Les pages citées sont celles de l’édition de 2005, que l’édition brochée de 2022 reproduit à l’identique ; le lien mène à la page de l’éditeur.

    Voir la notice de l’éditeurVoir la page de cette source
  2. Paul E. Lovejoy, Where was Gustavus Vassa, also Known as Olaudah Equiano, Born? Revisiting an Old Question (2024).

    Réponse aux arguments de Carretta et proposition concurrente sur le lieu de naissance d’Equiano, retenue pour exposer le débat sans le trancher.

    Voir la notice DOIVoir la page de cette source
  3. James Brewer Stewart (dir.) ; avant-propos de James O. Horton, Venture Smith and the Business of Slavery and Freedom (2010).

    Âge discuté de Venture Smith, et trois points de son parcours : Anomabu, Robinson Mumford et le départ vers la Barbade.

    Voir la notice de l’éditeurVoir la page de cette source
  4. Daniel B. Thorp (étude, avec l’édition et la traduction du récit d’Ofodobendo Wooma), Chattel with a Soul: The Autobiography of a Moravian Slave (1988).

    Édition et étude du mémoire d’Ofodobendo Wooma : mise en gage, retouche du passage de la pipe, reventes, jeune fille de sa région, personnes présentes à bord, Antigua et New York.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  5. G. Ugo Nwokeji, The Slave Trade and Culture in the Bight of Biafra: An African Society in the Atlantic World (2010).

    Étude régionale : enlèvements et enfants parmi les personnes déportées, limites des échantillons, et lecture du parcours d’Ofodobendo — mise en gage, reventes, passage par Antigua.

    Voir la notice DOIVoir la page de cette source
  6. Jerome S. Handler, Life Histories of Enslaved Africans in Barbados (1998).

    Édition du récit de ’Sibell mis par écrit en 1799 : enlèvement, marche, enfermement, vente, découverte des navires, retrouvailles à bord et dispersion.

    Voir la notice DOIVoir la page de cette source
  7. Robin Law, Ouidah: The Social History of a West African Slaving ‘Port’, 1727–1892 (2004).

    Identification de « Juda » comme forme française ancienne du nom d’Ouidah et localisation de la ville dans l’actuelle République du Bénin.

    Voir la page de cette source
  8. Elizabeth Donnan, éditrice, Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume III, New England and the Middle Colonies (1932).

    Édition des papiers du Thames : faille de garde, action collective et sauts à la mer ; Bell, Clarke et le compte final donnent des nombres différents ; six personnes sont détenues à Mouree avant le départ vers la Jamaïque.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  9. Audra A. Diptee, African Children in the British Slave Trade During the Late Eighteenth Century (2006).

    Borne de 1807 employée pour distinguer les cas de la traite britannique étudiés avant et après sa fin, sans généralisation aux régimes français.

    Voir la notice DOIVoir la page de cette source
  10. Serge Daget, Répertoire des expéditions négrières françaises à la traite illégale, 1814–1850 (1988).

    Qualification de la traite française illégale, sanctionnée en théorie depuis 1814 et dotée de moyens officiels de répression à partir de 1818.

    Voir la notice de catalogueVoir la page de cette source
  11. Natural Earth, Admin 0 — Countries, échelle 1:110 millions.

    Fond terrestre et frontières actuelles employés pour la carte d’orientation entre les lieux côtiers ouest-africains et les destinations antillaises ; état du dépôt natural-earth-vector, branche master, téléchargé le 15 août 2026.

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  12. Natural Earth, Populated Places, échelle 1:10 millions.

    Coordonnées de Cape Coast employées sur la carte d’orientation.

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  13. GeoNames, Entrée Anomabu (2304538).

    Coordonnées de l’entrée GeoNames 2304538 employées pour placer Anomabu sur la carte d’orientation.

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  14. Robert Harms, The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade (2002).

    Reconstruction du voyage du Diligent, dont son arrivée à Saint-Pierre de la Martinique le 15 mars 1732.

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Pièces recherchées

Ce que les archives pourraient encore apprendre

Ces pièces n’ont pas encore été consultées pour cette page. Elles pourraient la compléter ou la corriger.

Ce qu’elles permettraient : Lire directement les pièces d’un désaccord que la page expose sans pouvoir le trancher.

  • ADM 36/7490, ADM 33/675, ADM 36/7567, ADM 51/757 et ADM 52/1416 · The National Archives (Kew)

    Les rôles et journaux de navires de la marine britannique où paraît le jeune Equiano, dont celui qui lui donne la Caroline du Sud pour lieu de naissance.

Ce qu’elles permettraient : Trancher le nombre de personnes perdues lors de la révolte du Thames, dater le départ de Broteer et contrôler le texte du récit de ’Sibell.

  • Clarke Letter-Book, n° 76 · Newport Historical Society

    Les lettres du capitaine Clarke et du médecin Bell sur la révolte à bord du Thames, en 1776.

  • CO 28/25 · The National Archives (Kew)

    Les relevés du port de la Barbade où paraît le Charming Susanna, le navire qui emmène Broteer en 1739.

  • MS. Eng. misc. b. 4, fol. 50-51 · Bodleian Library (Oxford)

    Le manuscrit de 1799 où John Ford met par écrit, à la Barbade, le récit de ’Sibell.

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