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Esclavage aux Antilles

Source

Histoire générale des Antilles habitées par les François, tome II — VIIIᵉ Traité « Des Esclaves des Antilles de l’Amérique »

Jean-Baptiste Du Tertre

Source d’époque · 1667

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Notice

Droits : Œuvre du domaine public, édition de 1667. Le site ne publie aucune image de cet ouvrage : seules des citations en sont tirées, contrôlées sur le fac-similé du tome II conservé au fonds local et lu le 15 août 2026.

Dans les dossiers

Les publications qui citent cette source dans leur bibliographie.

1625–1664 — Prendre une terre, fabriquer un statut

À Saint-Christophe, en Guadeloupe et en Martinique, des expéditions françaises s’installent sur des îles habitées et dépossèdent progressivement de leurs terres les Kalinagos, peuples amérindiens des Petites Antilles. Sur ces terres prises, deux formes de travail contraint coexistent d’abord : l’engagement européen, qui a une échéance écrite, et l’asservissement des personnes africaines, qui n’en a pas. C’est dans cet écart que se fabrique, sur place et avant le sucre, un statut dont on ne sort pas et qui tend à s’imposer aux enfants.

Points étayés

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Dans le VIIIe Traité de son Histoire générale, consacré aux esclaves des Antilles, Jean-Baptiste Du Tertre distingue trois groupes de personnes asservies dans les colonies françaises : les Arouagues, indigènes du continent, les Brasiliens, et les Nègres. Il écrit des deux premiers qu’ils « sont esclaves à la vérité, puisqu’ils ont perdu leur liberté, et que leurs maîtres en peuvent disposer comme il leur plaît », mais qu’« ils ne souffrent presque rien de la fatigue et des travaux de cette fâcheuse condition, les Nègres seuls en portent toute la peine ». Les habitants les achètent ordinairement pour la pêche et la chasse et ne les emploient pas à la terre. Du Tertre rapporte que les Arouagues meurent de mélancolie si on leur impose un travail qu’ils tiennent pour une peine, qu’on les tuerait plutôt que de les contraindre à sarcler les jardins, à bêcher la terre pour les fosses à manioc ou à déjamber le pétun, et « qu’ils savent fort bien dire que ces sortes de travaux ne sont bons que pour les Nègres ». Lucien Peytraud, qui restitue ce passage, précise que les Arouagues étaient capturés par les Kalinagos et que les Brasiliens étaient enlevés aux Portugais par les Hollandais au cours de la guerre qui les opposait ; il range les deux groupes du côté des « sauvages » que le proverbe rapporté par Du Tertre oppose aux « nègres ».

À garder en tête : Du Tertre est missionnaire et écrit depuis le point de vue des habitants qu’il défend explicitement au seuil de ce traité contre le reproche de tenir des chrétiens en esclavage. Sa description de ce que les Arouagues acceptent ou refusent est une règle de conduite adressée aux maîtres, non un relevé de leurs paroles ; la phrase qu’il leur attribue sur les travaux réservés aux Nègres est rapportée par lui et n’est pas une citation. Il ne les nomme jamais et n’en dénombre aucun. Les catégories « Arouague », « Brasilien » et « Nègre » sont les siennes.

Du Tertre rapporte un proverbe qu’il dit usité dans les îles : « regarder un Sauvage de travers, c’est le battre ; le battre, c’est le tuer ; battre un Nègre, c’est le nourrir. » Il le donne comme la conclusion d’une règle de conduite : il faut laisser aux Arouagues et aux Brasiliens l’opinion qu’ils sont libres et ne leur commander que ce qui flatte leurs inclinations, faute de quoi ils ne font rien, tandis que les Nègres, dont il écrit que « l’humeur arrogante veut être traitée avec autorité », doivent selon lui être commandés avec empire.

À garder en tête : Ce proverbe n’est pas une observation : c’est une maxime de maîtres, que Du Tertre reprend à son compte comme instruction de gestion et qu’il justifie par une prétendue différence de caractère. Le publier exige de dire cela dans la même phrase. Il n’établit rien sur les personnes qu’il classe, seulement sur ce que les colons se disaient entre eux.