XVIIe siècle–années 1850 — Faire famille sous l’esclavage
Dans ce dossier : Témoignages du procès Texier Lavalade sur Christon et Hector, à Trois-Rivières.
Source
Frédéric Régent
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Dans ce dossier : Témoignages du procès Texier Lavalade sur Christon et Hector, à Trois-Rivières.
Dans ce dossier : Étude de Frédéric Régent sur des personnes asservies de la Guadeloupe : Thisbé, Lindor et leur maisonnée.
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Événement
Dans cette fiche : Chapitre de Frédéric Régent sur trois procédures judiciaires guadeloupéennes : dimensions du cachot, date de l’acte d’accusation, calendrier des audiences et verdict du procès Vallentin, réponse de Félicien à l’accusation d’empoisonnement.
Notion
Dans cette fiche : Article de Frédéric Régent sur des figures d’esclaves de la Guadeloupe : le pécule de Thisbé.
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Au procès Vallentin, deux huissiers de Joinville, Castellan et Maulois, le marchand Wachter et l’entrepreneur Saint-Just rapportent un propos de Leblanc, planteur et négociant avec qui Louis-Joseph Vallentin était en affaires, mort avant le procès : après la rupture de leur association, Leblanc, ivre, leur avait dit qu’on avait trouvé des ossements dans le cachot du Balisier. Selon Maulois, il les avait découverts lui-même en démolissant le cachot ; selon Saint-Just, ce sont ses esclaves qui les avaient trouvés. Maulois ajoute que le juge d’instruction Hardouin lui a dit qu’il était de son devoir de dénoncer ce fait à la justice et lui a fait signer cette dénonciation. L’acte d’accusation, daté du 30 octobre 1841, impute la mort de Sébastien au cachot : « ce n’est pas un coup de pilon, mais l’infect cachot du Balisier qui a tué Sébastien, comme il aurait tué Félicien ».
Ces récits sont faits au procès, par des témoins dont deux disent n’avoir pas cru Leblanc, qui n’est pas entendu. Les versions divergent sur qui a trouvé les ossements, et rien n’établit qu’ils fussent ceux de Sébastien. Les dépositions lues ne datent ni le propos de Leblanc ni la dénonciation, et ne disent pas si l’instruction avait d’autres origines ; l’ordre « propos, dénonciation, accusation » est celui des témoins et de l’acte, non une chronologie de l’instruction.
Selon Gilles Delâtre, qui suit la procédure du procès Vallentin, des pertes de bétail se produisent au Balisier, à Marie-Galante, depuis quelques années quand Louis-Joseph Vallentin acquiert l’habitation en 1835. Félicien, accusé, est mis aux fers puis enfermé au cachot en février 1836 ; il finit par nommer Sébastien, « car il est d’une famille de Grande-Anse où il y a des empoisonneurs et sa sœur Madeleine qu’il voit souvent pourrait bien lui procurer le poison ». Libéré après trois mois, Félicien meurt quatre mois plus tard. On confie alors les bêtes de l’habitation à Sébastien ; les pertes cessent deux ou trois mois, puis reprennent, et Sébastien est enfermé au cachot au début de l’année 1838.
La chaîne est reconstituée par Delâtre à partir du compte rendu du procès de 1842 que publie, en abrégé, la Gazette officielle de la Guadeloupe, conservée aux Archives départementales de la Guadeloupe (3K34) et non vue ici. Les mots qui désignent Sébastien sont ceux que l’enquête prête à Félicien après trois mois de cachot ; ils n’établissent ni l’empoisonnement ni la culpabilité de Sébastien. Delâtre écrit que Félicien fut soumis aux privations du cachot « et peut-être à d’autres sévices » : la contrainte exercée sur lui n’est pas établie au-delà. La date de « début de l’année 1838 » est celle de Delâtre ; un journal cité par Frédéric Régent fait commencer l’enfermement dans le courant d’avril 1838. Régent cite la réponse de Félicien : « L’auteur des empoisonnements dont vous vous plaignez, c’est Sébastien. Sébastien est sorcier » ; il écrit ailleurs (§ 4) que Sébastien était soupçonné « d’avoir fait empoisonner du bétail par Félicien », ce que la chaîne de Delâtre ne dit pas.
Aux audiences du procès de son maître devant la cour d’assises, en novembre-décembre 1847, Thisbé, quarante ans, esclave de Texier Lavalade à Trois-Rivières, explique son départ en marronnage : son fils Lindor, encore enfant, gardait des animaux d’élevage sur l’habitation, était trop petit pour cette garde et fut battu durement ; elle dit avoir été forcée de partir marronne en l’emmenant avec elle. Elle est passée chez Madame de Touchimbert, voisine, en voulant aller porter plainte à M. de Jabrun, alors maire de la commune ; Madame de Touchimbert l’en a dissuadée et lui a donné du suif, une graisse animale, pour frictionner les coups de Lindor ; selon Thisbé, l’enfant avait à la peau des loupes « par suite des coups que lui avait donné Texier ». Selon la déposition d’Hector, esclave et vraisemblablement commandeur du même maître, elle fut arrêtée à Capesterre, commune voisine de Trois-Rivières.
Le but que Thisbé déclare est d’aller porter plainte ; c’est sa parole devant une cour qui juge son maître, recueillie et traduite par la procédure. Deux dépositions publiées dans Libres et sans fers divergent sur l’auteur des coups portés à Lindor : Thisbé les attribue à Texier Lavalade, tandis que le forgeron libre Christophe, qui dit avoir lui-même enferré Firmin, en donne pour motif ce qu’on lui a dit : « On m’a dit que Firmin avait battu le fils de Thisbé ». L’étude de Frédéric Régent suit la première version. Les deux dépositions sont attestées et ne sont pas départagées ici. Les sources consultées ne donnent pas la date précise du marronnage. La version de Christophe placerait l’épisode avant le 18 novembre 1839, jour où Firmin meurt au cachot ; celle de Thisbé permet seulement de dire que le départ précède son témoignage de 1847.
Après son arrestation, Thisbé est mise au cachot sur l’habitation de Texier Lavalade. Selon la déposition de Cécilia, le maître lui fait dire que, si elle paie les frais d’arrestation, de geôle et de temps perdu, il la fera sortir ; Thisbé y consent, et Marcelin va chercher l’argent qu’elle avait déposé à Trois-Rivières chez une de ses amies. Cette amie s’appelle Florine, elle est extérieure à l’habitation, et son statut juridique — libre ou esclave — n’est pas connu. La déposition d’Hector résume l’issue : Thisbé « indiqua à Monsieur où il trouverait soixante francs qui devaient servir à la délivrer. Cette femme fût mise en liberté ». Frédéric Régent écrit qu’elle rembourse à son maître son temps de marronnage.
Les soixante francs réunissent les trois postes énoncés par Cécilia — arrestation, geôle, temps perdu — sans être ventilés : rien ne permet d’y isoler la part de la prime publique versée pour une capture. La somme est connue par les dépositions d’autres esclaves, non par une pièce comptable. La date de l’épisode n’est pas donnée, et rien ne permet de le situer avant ou après la loi du 18 juillet 1845, qui reconnaît aux esclaves la possibilité de posséder des biens mobiliers : on ne sait donc pas sous quel régime l’argent était déposé chez Florine. La déposition de Cécilia nomme Marcelin sans dire qui il est ni quel est son statut.
Sébastien est enfermé par Louis-Joseph Vallentin dans un cachot maçonné, haut de 1,20 mètre et long de 1,80 mètre selon l’historien Frédéric Régent. Il y meurt en 1838, après des semaines de détention ; Vallentin, son maître et l’accusé du procès, situe la mort le 5 ou le 6 mai. Adeline, sa compagne, déclare qu'après sa mort, elle et d'autres proches l'ont lavé, vêtu d'une chemise, d'une culotte et d'un mouchoir, puis enterré sans cercueil ; elle place une croix sur sa fosse. Son décès n'est déclaré à l'état civil que le 14 août.
Régent transmet le compte rendu de la Gazette officielle sans en reproduire le fac-similé. Le début précis de l'enfermement et la cause médicale de la mort ne sont pas établis ici. La croix et les soins funéraires sont les gestes déclarés par Adeline ; ils ne prouvent ni présence ni refus d'un prêtre. La date du 5 ou 6 mai vient du témoignage de Vallentin (Libres et sans fers, chapitre 17, d’après la Gazette officielle de la Guadeloupe, n° 10, 20 février 1842, audience du 29 janvier) ; elle ne s’accorde ni avec l’autorisation d’« exporter » Sébastien obtenue le 14 mai 1838 (Delâtre, § 12), ni avec le journal cité par Régent, qui fait commencer le « supplice » dans le courant d’avril et le fait durer « trois mois environ ». Seuls la Gazette de 1842 et le registre des déclarations de décès de Capesterre, aux Archives départementales de la Guadeloupe, peuvent trancher. Les mesures du cachot sont celles que donne Régent (§ 4), sans en citer la pièce ; dans la déposition que cite Delâtre (§ 19), Réville dit que son père « pouvait s’y tenir debout ».
Après les audiences des 28, 29 et 31 janvier puis des 1er et 2 février 1842 à Pointe-à-Pitre, et la plaidoirie de son avocat, la cour pose contre Louis-Joseph Vallentin les questions de l'acte d'accusation et y ajoute une question subsidiaire, « résultant des débats », d'homicide par négligence ou imprudence. Elle y répond négativement « après une longue délibération dans la chambre du conseil » et acquitte Vallentin de la mort de Sébastien.
Le verdict est rapporté par l'étude à partir de la Gazette officielle ; les questions exactes et l'arrêt original n’ont pas été vus ici. L'acquittement est l'issue judiciaire, non une preuve que l'enfermement et la mort n'ont pas eu lieu.
Christon, tenue en esclavage sur l'habitation de Madame de Touchimbert, vit depuis longtemps avec Hector, tenu par Texier-Lavalade sur l'habitation voisine. Elle travaille le jardin d'Hector parce que le maître d'Hector ne lui en laisse pas le temps. Elle se sépare de lui ; Hector en est malheureux, et elle revient parce qu'elle ne peut laisser sans vêtements ni vivres un « homme de son pays ». Quand Hector est blessé aux parties génitales, il rejoint la case de Christon, qui le soigne.
L'étude synthétise plusieurs témoignages sans identifier dans ce paragraphe chaque locuteur ni dater les actions. « Homme de son pays » est la formule transmise ; elle n'autorise pas à assigner une origine précise à Christon ou Hector.