Document · Une évasion collective et sa répression
Une chaloupe pour quitter la Martinique, 1679
En 1679, plusieurs femmes et hommes esclavisés prennent la chaloupe d’un navire en rade pour quitter la Martinique. L’arrêt rendu par le Conseil souverain de la Martinique, principale cour de justice de la colonie, conserve leur action, les peines infligées et la réponse imposée à tous les détenteurs d’embarcations.
Période : Passage au sucre et prise de contrôle royal · Territoire : Martinique
Fac-similé — le document lui-même
AgrandirL’arrêt du 17 juillet 1679 dans le recueil publié par Moreau de Saint-Méry
La page réunit le récit de l’évasion, les mutilations et le marquage prononcés, puis les nouvelles règles de surveillance des chaloupes et des canots.
Moreau de Saint-Méry (éd.), 1784 · Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France · œuvre du domaine public ; réutilisation non commerciale de la reproduction Gallica libre avec ce créditSource de cette partie : [1]
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Prendre une chaloupe et s’évader hors de l’île
« Plusieurs Esclaves étant accusés et convaincus d’avoir pris et enlevé une Chaloupe à bord d’un Navire étant en rade, et de s’en être servis pour s’évader hors de l’Isle ; ils furent condamnés […] »
L’extrait conserve les majuscules et la graphie « Isle » de l’édition imprimée en 1784. La coupure retire ici le détail des peines, donné dans le texte de la fiche.
En français courant : Plusieurs personnes asservies prennent une embarcation attachée à un navire mouillé en Martinique et l’utilisent pour quitter l’île. Le verbe « s’évader » appartient au texte du Conseil qui les condamne.
Source de cette partie : [1]
Une chaloupe est amarrée à un navire en rade de la Martinique. Plusieurs femmes et hommes réduits en esclavage la prennent et quittent l’île. L’arrêt ne donne ni le jour de leur départ, ni leur destination, ni la durée de leur trajet. Il indique cependant qu’ils ont été repris, puisqu’il rapporte leur condamnation.
Le Conseil condamne les hommes à l’amputation de la jambe gauche. Il condamne les femmes à l’ablation du nez, puis au marquage d’une fleur de lys au front. Il qualifie ces peines d’indulgentes et annonce la mort pour toute nouvelle action semblable. La peine distingue ainsi les corps selon le sexe.
La décision vise ensuite toutes les embarcations accessibles. Capitaines et maîtres de navires et de barques, ainsi que les habitants, doivent retirer voiles, avirons et agrès pendant la nuit. Les habitants doivent en outre tirer leurs canots devant les corps de garde ou les enchaîner dans un lieu sûr. Une action menée par plusieurs personnes entraîne ainsi une nouvelle organisation de la surveillance dans l’île.
Ces femmes et hommes avaient des noms, des proches et une histoire, et ils ont agi ensemble pour quitter l’île. Le texte publié par Moreau de Saint-Méry ne conserve aucun de leurs noms et ne rapporte ni leurs préparatifs ni leur destination. Il permet toutefois d’établir leur geste collectif et son effet immédiat : après leur départ, le pouvoir colonial tente de rendre les moyens de navigation plus difficiles à saisir.
Dans un récit plus large
Cette fiche développe un point déjà présent dans le dossier suivant.
Années 1650–1685 — Ce que le sucre exige, et l’ordre qu’on écrit
Faire du sucre demande un travail nombreux, coordonné, continu toute l’année. Les propriétaires antillais l’obtiennent en faisant déporter des personnes d’Afrique. Depuis les îles, des personnes s’échappent — en passant la frontière espagnole d’Hispaniola, ou en prenant la mer depuis la Martinique — et le contrôle se resserre. En 1685, le roi met par écrit un ordre que les colonies avaient déjà bâti.
Sources de la fiche
Une fiche publiée n’emploie que des affirmations contrôlées et des preuves précisément localisées.
Médéric Louis Élie Moreau de Saint-Méry, Loix et constitutions des colonies françoises de l’Amérique sous le vent, tome I, 1550–1703 (1784).
Édition imprimée utilisée pour l’arrêt du Conseil de la Martinique du 17 juillet 1679, p. 327 ; le registre original n’a pas été contrôlé.
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Appareil documentaire
Chaque énoncé qui structure cette fiche est adossé à une preuve localisée dans une source et à une réserve, qui dit ce que cette preuve ne permet pas de conclure. Le détail est ici, pour qui veut vérifier.
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Un arrêt rendu par le Conseil de la Martinique le 17 juillet 1679 condamne plusieurs femmes et hommes esclavisés qui ont pris et enlevé une chaloupe à bord d’un navire en rade et s’en sont servis pour s’évader hors de l’île. Il condamne les hommes à l’amputation de la jambe gauche, et les femmes à l’ablation du nez suivie du marquage d’une fleur de lys ardente sur le front. Le Conseil déclare avoir « usé d’indulgence » envers les accusés et ordonne qu’à l’avenir un pareil crime soit puni du dernier supplice. Il ordonne aussi aux capitaines et maîtres de navires et de barques comme aux habitants de ne pas laisser voiles, avirons et agrès pendant la nuit ; les habitants doivent tirer leurs canots devant les corps de garde ou les enchaîner.
À garder en tête : L’arrêt est connu ici par le recueil imprimé en 1784 de Moreau de Saint-Méry, qui dit le tirer du recueil de M. Assier ; le registre original du Conseil n’a pas été contrôlé. Le texte ne donne ni la date de l’évasion, ni les noms, ni la destination. La condamnation montre que les personnes ont été reprises, sans préciser les circonstances.
- Loix et constitutions des colonies françoises de l’Amérique sous le vent, tome I, 1550–1703 — tome I, p. 327, arrêt du Conseil de la Martinique du 17 juillet 1679
L’arrêt du 17 juillet 1679 relie directement la condamnation des personnes reprises à une nouvelle organisation du contrôle des embarcations : il rend responsables des évasions les capitaines, maîtres et habitants qui laissent du matériel à bord pendant la nuit, et ordonne aux habitants de tirer leurs canots devant les corps de garde ou de les enchaîner.
À garder en tête : Le lien entre l’évasion jugée et les mesures générales est explicite dans l’arrêt transmis par Moreau. Le registre original du Conseil n’ayant pas été contrôlé, cette affirmation porte sur le texte tel qu’il est publié en 1784.
- Loix et constitutions des colonies françoises de l’Amérique sous le vent, tome I, 1550–1703 — tome I, p. 327, titre, date et mention « Tiré du Recueil de M. Assier »