Les points publiés dont une preuve renvoie directement à cette source.
Cinq absents au lendemain d'une instruction religieuse
Point 1 sur 6 · Témoignage · dimanche 16 et lundi 17 août 1846 · déclaration du 18 août 1846
Le 18 août 1846, au Moule, en Guadeloupe, Théodore Balangué, habitant propriétaire, déclare au maire Jean Monnerot que « Douze nègres de mon habitation di[te] Marchand sont en ce moment en état de marronnage », sur un atelier qu'il dit composé de « trente travailleurs ». Selon lui, cinq d'entre eux « se sont trouvés absents de l'habitation le lundi dix sept du courant » ; la veille au soir, ils « étaient rassemblés autour de ma maison et entretenaient leur maîtresse de l'instruction qui leur avait été faite le jour même au bourg », et « Tous paraissaient satisfaits et se montraient disposés à se conformer aux dispositions de l'ordonnance sur l'instruction religieuse des esclaves ». Il dit ne pouvoir attribuer leur départ « qu'à de mauvais conseils », qu'il impute aux « mauvaises dispositions » de quelques-uns de ses voisins à son égard.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Tout ce que l'acte rapporte des cinq personnes vient de leur maître : leur rassemblement, ce dont elles parlent et leur air satisfait sont ce qu'il dit avoir vu ou appris, et les « mauvais conseils » sont son explication. L'acte ne dit ni ce qu'elles ont entendu au bourg, ni pourquoi elles sont parties, ni où elles sont allées, ni lesquelles des neuf personnes nommées dans la déclaration forment ce groupe de cinq. « Leur maîtresse » n'est pas autrement nommée. Une transcription indépendante confirme le nom du bourg, « Bordeaux Bourg », et le cahier n'enregistre aucun retour. Le nom du propriétaire se lit Balangué (g bouclé dans le corps de l'acte, selon une transcription indépendante ; la signature laisse aussi lire Balanqué).
- Déclarations de marronnage d’esclaves, faites par les propriétaires (commune du Moule), 1er avril 1845-1er mai 1848 (cette notice) — vue 013 (f. 9 v° bas et f. 10 r°) et vue 014 (f. 10 v° haut) : déclaration de Théodore Balangué du 18 août 1846, transcrite par le maire au style direct
Partis sur la menace de la salle de police
Point 2 sur 6 · Témoignage · départs déclarés le 18 août 1846
Dans la même déclaration du 18 août 1846, Théodore Balangué dit que, sur les douze absents de son habitation Marchand, au Moule, trois, Augustin, Marie Thérèse et Jean, l'ont quitté « avant la promulgation des nouvelles ordonnances », sans qu'il leur ait, dit-il, « infligé aucun châtiment ni fait aucune menace », et que quatre « m'ont abandonné depuis la promulgation des nouvelles ordonnances sur la menace que je leur fis de les renfermer dans la salle de police de l'habitation, s'ils ne travaillaient pas plus régulièrement ». Les neuf partis depuis ces ordonnances sont Suffren, Anésine, sa fille Mariette et son fils Jérôme, Malgrétout, Charlotte, Michaud, St Délia et sa fille Claire. Il ajoute que l'absence de douze travailleurs sur trente suffit « pour empêcher ou du moins pour retarder considérablement les travaux » et lui porte « un grand préjudice ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
La menace et les absences de motif sont dites par le maître, qui n'a pas d'intérêt à se présenter comme cause de la fuite. La pièce ne dit pas lesquels des neuf noms forment les quatre partis sur la menace et lesquels les cinq absents du 17 août : on ne sait donc pas si Anésine et St Délia sont parties sur la menace ou après l'instruction. Les « nouvelles ordonnances » ne sont pas nommées, sauf celle sur l'instruction religieuse ; leur date de promulgation en Guadeloupe n'est pas dans l'acte. Le nom du propriétaire se lit Balangué dans le corps de l'acte (g bouclé), mais la signature laisse lire Balanqué ; la liste donne des lectures concurrentes pour Mariette (« Moriette »), Malgrétout (« Malgrétoute ») et St Délia (« Fidélia » ou « S.t Délia »).
- Déclarations de marronnage d’esclaves, faites par les propriétaires (commune du Moule), 1er avril 1845-1er mai 1848 (cette notice) — vue 013 (f. 10 r°) : trois départs antérieurs et quatre sur la menace ; vue 014 (f. 10 v°) : liste des neuf noms, atelier de trente travailleurs, préjudice
Une casaque, une houe et une serpe vendues avant de partir
Point 3 sur 6 · Témoignage · vers le 11 octobre 1847, déclaré le 23
Le 23 octobre 1847, au Moule, Joseph Jaudon (ou Landon), habitant propriétaire, déclare au maire que son esclave Palala (ou Talala) « est parti marron depuis environ douze jours, après avoir vendu sa casaque, sa houe et sa serpe, et avoir volé à un autre esclave une serpe qu'il a également vendue ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
La vente et le vol sont ce que le maître déclare, sans dire à qui les objets ont été vendus ni ce que Palala a fait de l'argent. Le nom de l'esclave se lit Palala ou Talala, et celui du maître Jaudon ou Landon : deux lectures de l'image ne départagent pas l'initiale à barre haute de l'un ni la hampe descendante de l'autre. Le cahier ne dit rien de la suite de cette absence.
- Déclarations de marronnage d’esclaves, faites par les propriétaires (commune du Moule), 1er avril 1845-1er mai 1848 (cette notice) — vue 034 (f. 30 v° bas et f. 31 r° haut) : déclaration de Joseph Jaudon du 23 octobre 1847 ; deux ou trois mots rayés après « volé à »
Paul, Charlotte et leurs quatre enfants, décembre 1846
Point 4 sur 6 · Événement · fin octobre-30 décembre 1846 · 31 décembre 1846
Le 31 décembre 1846, à la mairie du Moule, Régis Couton, habitant propriétaire de soixante-trois ans qui ne sait pas signer, déclare marrons six de ses esclaves : Paul, trente ans, « en état de marronnage » « depuis deux mois » ; Charlotte, trente et un ans, « femme du précédent », et « les quatre derniers enfants des deux premiers », Simon, neuf ans, Charlottine, sept ans, Policène, cinq ans, et Benjamin, un an, partis « depuis hier », soit le 30 décembre 1846.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La déclaration est celle du propriétaire, rédigée par le maire : elle donne les dates d’absence qu’il connaît, non le récit des personnes. Elle consigne que Paul est parti environ deux mois avant Charlotte et les enfants ; elle ne dit ni que la mère et les enfants vont le rejoindre, ni où la famille se rend, ni pourquoi elle part. La lecture du nom du déclarant (Couton) et de l’âge de Charlottine (sept ans) est probable dans cette cursive.
- Déclarations de marronnage d’esclaves, faites par les propriétaires (commune du Moule), 1er avril 1845-1er mai 1848 (cette notice) — vue 021 (FRAD971_3Edep_131_117_021_C), f. 17 v°, acte du 31 décembre 1846 (n° d'ordre 50, restitué, absent de la pièce) : déclarant, âges, lien « femme du précédent », filiation des quatre enfants, « depuis deux mois » et « depuis hier »
Seconde déclaration de Régis Couton sur Paul, Charlotte et leurs enfants, octobre 1847
Point 5 sur 6 · Événement · fin septembre-9 octobre 1847 · 11 octobre 1847
Le 11 octobre 1847, Régis Couton déclare de nouveau à la mairie du Moule que « ses esclaves Paul, Charlotte et leurs cinq enfants Simon, Charlottine, Polixène, Benjamin et Rosa sont en état de marronnage, le premier depuis quinze jours, les six autres depuis samedi », soit vers le 26 septembre pour Paul et le samedi 9 octobre 1847 pour Charlotte et les enfants. Neuf mois après la première déclaration, la même famille est absente une seconde fois, dans le même ordre : le père d’abord, la mère et les enfants ensuite.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le cahier n’enregistre aucun retour : que la famille soit revenue ou ait été ramenée entre décembre 1846 et septembre 1847 se déduit de la seconde déclaration, sans date ni circonstance. Rosa, absente de l’acte de 1846, n’a ni âge ni sexe déclarés ; le cahier ne dit pas si elle est née entre les deux actes. Le troisième enfant est écrit « Policène » en 1846 et « Polixène » en 1847 ; l’ordre et le rang dans la fratrie identifient la même enfant. Comme en 1846, l’acte consigne des dates d’absence, non une destination ni un motif.
- Déclarations de marronnage d’esclaves, faites par les propriétaires (commune du Moule), 1er avril 1845-1er mai 1848 (cette notice) — vue 033 (FRAD971_3Edep_131_117_033_C), f. 30 r°, acte du 11 octobre 1847 (n° d’ordre 89, restitué) : noms des sept personnes, « le premier depuis quinze jours, les six autres depuis samedi » ; rapproché de l’acte du 31 décembre 1846, vue 021, f. 17 v°
Paul, Charlotte et leurs enfants deviennent Amarens
Point 6 sur 6 · Événement · 5 octobre 1848 (lecture probable)
Au registre des nouveaux citoyens du Moule, l’acte 27, ouvert à la date probablement lue « 5 octobre 1848 », inscrit Paul, trente-deux ans, et Charlotte, trente-trois ans, tous deux nés en Afrique et « demeurant sur l’habitation Régis Couton », puis Vitaline, quatorze ans, Simon, onze ans, Charlottine, dix ans, Polixène, six ans, Benjamin, trois ans, et « Rosa dite Agnès », quinze mois. Paul et Charlotte ayant déclaré reconnaître les six enfants pour les leurs, « tous les six nés et demeurant sur l’habitation Régis Couton », le maire donne aux huit le nom patronymique d’Amarens.
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’identification avec la famille déclarée marronne en 1846 et 1847 repose sur la concordance des deux parents, des cinq prénoms d’enfants, de plusieurs de leurs âges et du nom de Régis Couton ; aucun acte ne renvoie de l’un à l’autre. L’âge de Polixène se lit « six » plutôt que « dix » ; le prénom de Vitaline est surchargé. Charlottine a sept ans dans la déclaration du 31 décembre 1846 et dix ans dans le registre de 1848 : ces âges sont incompatibles ; la lecture de 1846 est dite probable. Vitaline n’est nommée dans aucune des deux déclarations de marronnage : les pièces ne disent pas si elle est restée sur l’habitation, si elle vivait ailleurs ou si son maître ne l’a pas déclarée. Le registre de 1848 établit que la famille vit sur l’habitation Couton à la date probablement lue « 5 octobre 1848 » ; il ne dit pas quand ni comment elle y est revenue après octobre 1847.
- Registre des nouveaux citoyens du Moule, 16 août-7 octobre 1848 (second registre de la période) — acte 27 (en-tête vue 093, « le cinq Octobre » 1848), articles 43-46 vue 095 (p. 93) et 47-50 avec la clause de reconnaissance vue 096 (p. 94) : âges, naissance en Afrique des parents, habitation Régis Couton, immatricules (Paul 2182, Charlotte 2174), nom Amarens ; table alphabétique, « Amarens », renvoi p. 93
- Déclarations de marronnage d’esclaves, faites par les propriétaires (commune du Moule), 1er avril 1845-1er mai 1848 (cette notice) — vue 021, f. 17 v° (31 décembre 1846) et vue 033, f. 30 r° (11 octobre 1847) : mêmes parents et mêmes enfants, déclarés marrons par Régis Couton