XVIIIe siècle — Sur les côtes d’Afrique de l’Ouest : qui pouvait être vendu, et par qui ?
Dans ce dossier : Études sur les gages d’Old Calabar, le père et le fils de la Côte de l’Or, les refuges et l’almamy.
Source
Sylviane A. Diouf (dir.) ; Elisée Soumonni, Thierno Mouctar Bah, Dennis D. Cordell, Adama Guèye, Martin A. Klein, Paul E. Lovejoy et David Richardson, John N. Oriji, Ismail Rashid, Walter Hawthorne, Joseph E. Inikori, David Richardson, Carolyn A. Brown
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Pour Old Calabar, dans la baie du Biafra, Paul E. Lovejoy et David Richardson expliquent qu’à partir des années 1760 des capitaines britanniques demandent des personnes en gage contre les marchandises avancées aux négociants efik. Pour ces derniers, le gage reste normalement rachetable par remboursement ; les capitaines retiennent souvent les personnes à bord et peuvent les emmener si le paiement attendu n’arrive pas dans le délai qu’ils fixent.
Les auteurs étudient surtout les échanges britanniques avec les Efik ; ils signalent des achats français à Old Calabar, mais ces pages n’établissent pas que les capitaines français y exigeaient les mêmes gages. Les délais et les droits de reprise pouvaient être contestés. Un gage n’était pas automatiquement une personne vendue.
Sylviane Diouf reprend un épisode raconté par Paul Erdmann Isert, qui travaillait dans les comptoirs de la Côte de l’Or et dont le récit paraît en 1788 : sur la Côte de l’Or, un homme incapable de rembourser une dette attend d’être envoyé vers les Caraïbes. L’un de ses fils demande à prendre sa place ; selon Isert, l’échange paraît avantageux, le fils étant un jeune homme qui avait plus d’années devant lui que son père. Selon le passage repris par Diouf, un gouverneur fait ensuite libérer le fils, sous condition que la famille réunisse de l’argent dans un délai raisonnable.
L’épisode est connu ici par Diouf, qui lit l’édition traduite d’Isert ; le texte d’Isert n’a pas été acquis. Le passage ne dit pas si la famille réunit l’argent, ni ce que devient le père. Il établit l’offre du fils et la décision conditionnelle rapportée, sans mesurer la fréquence de telles substitutions.
Pour le Cayor et le Baol à l’époque de la traite atlantique, l’historienne Adama Guèye rapporte que des marabouts, responsables religieux musulmans, fondèrent des villages refuges où vinrent s’établir des personnes fuyant les zones de pillage et la domination des ceddo, guerriers liés au pouvoir des souverains. Elle situe souvent ces refuges près de zones boisées et, reprenant Brahim Diop, indique que les ceddo n’y exerçaient pas leur pouvoir.
Guèye construit cette description à partir de recherches, de traditions orales et d’une analyse de Brahim Diop qu’elle cite. Le passage ne nomme pas ici une personne accueillie ni ne permet de compter les refuges ou de mesurer la sécurité de tous leurs habitants. La datation désigne la période étudiée, non la fondation datée d’un village précis.
Selon le témoignage attribué à Carl Bernhard Wadström que reproduit Sylviane Diouf, des Maures avaient livré à la Compagnie du Sénégal cinquante personnes capturées dans les domaines de l’almamy. Celui-ci envoya des représentants les racheter auprès des directeurs de la Compagnie ; à leur arrivée, les cinquante personnes étaient déjà expédiées vers Cayenne.
Le récit de Wadström parvient ici par sa reprise dans Lambert puis Diouf. Diouf place « 12 janvier » en 1787, tandis que l’abrégé de 1791 date du 12 janvier 1788 l’arrivée de Wadström au Sénégal. Cette date ne situe ni l’arrivée des envoyés de l’almamy, ni la capture, la livraison ou l’embarquement des cinquante personnes. Le passage ne nomme aucune des cinquante personnes et ne dit pas ce qu’elles deviennent à Cayenne. Diouf identifie le « King Dalmanny » du témoignage à l’almamy du Fouta-Toro.