Aller au contenu
Esclavage aux Antilles

Source

La Vérité et les faits ou l’esclavage à nu dans ses rapports avec les maîtres et les agents de l’autorité, avec pièces justificatives

Joseph France, ancien chef d’escadron, commandant la gendarmerie de la Martinique

Source imprimée · 1846

Cette page indique où la source est utilisée sur le site et quels points elle permet d’étayer.

Consulter la source en ligne

Notice

Droits : Texte de 1846 relevant du domaine public ; réutilisation de la numérisation selon les conditions de Manioc, à vérifier avant reproduction.

Dans les fiches

Les formats courts qui citent cette source dans leur bibliographie.

Personne

Coralie, entre l’habitation du Vauclin et la geôle de Fort-Royal (1841-1844)

Dans cette fiche : Pièces justificatives n° 2 (lettre de France au gouverneur, 30 juillet 1845), n° 37 (récit de France, écrit après son rappel en 1845, de la scène de la prison et de la restitution du 29 février 1844), n° 44 et 45 (rapports du brigadier Georgin, 31 mars et 1er avril 1844), p. 59-60, 98-100 et 108-110.

8 min · 1830–1852 · Martinique, Guadeloupe et dépendances, +2

Dans Vies et actions

Les gestes dont le récit renvoie directement à cette source.

Points étayés

Les points publiés dont une preuve renvoie directement à cette source.

Coralie arrêtée à Fort-Royal, selon le commandant de la gendarmerie

Point 1 sur 4 · Événement · 6 septembre 1843

Dans une lettre au gouverneur de la Martinique datée de Fort-Royal le 30 juillet 1845, le chef d'escadron France, qui commande la gendarmerie de l'île, rapporte que le 6 septembre 1843 « une nommée Coralie, âgée d'environ 29 ans, esclave du même Jules Dispagne », a été arrêtée à Fort-Royal avec aux pieds des fers de 3 à 4 kilogrammes et au cou « des marques récentes d'un collier ». Bien qu'elle nourrisse « un enfant très-chétif », son maître lui fait donner à la geôle 29 coups de fouet. Après cette flagellation, elle refuse de le suivre et oppose « la plus vive résistance » à la gendarmerie requise pour la faire sortir de la prison, « en disant qu'elle préférait y mourir avec son enfant, plutôt que de retourner sur l'habitation de son maître ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

La lettre est imprimée par France en 1846 dans un livre abolitionniste ; l'original n'est pas collationné. Elle porte sur Himitée, autre femme esclavisée par Jules Dispagne, et ne rappelle Coralie qu'en exemple antérieur : France tient la date du 6 septembre 1843 d'un rapport qu'il ne reproduit pas. La parole de Coralie est rapportée en style indirect. Rouvellat de Cussac date autrement les fuites de Coralie et ne donne pour sa dernière détention que « près de deux mois » avant le 29 février 1844 : la date de France n'est pas recoupée.

  • La Vérité et les faits ou l’esclavage à nu dans ses rapports avec les maîtres et les agents de l’autorité, avec pièces justificatives (cette notice) — pièce justificative n° 2, lettre au gouverneur du 30 juillet 1845, p. 59-60 (vues 69-70)

Le commandant de la gendarmerie à la geôle de Fort-Royal

Point 2 sur 4 · Événement · fin 1843-février 1844

Dans la pièce n° 37 de son livre de 1846, le chef d'escadron France écrit que Coralie, qui avait quitté l'habitation de Jules Dispagne « à la suite d'horribles traitements », a été arrêtée avec son jeune enfant « en état de marronnage », des fers aux pieds et les traces d'un collier de fer au cou, et déposée à la geôle de Fort-Royal en disant qu'elle préférait y mourir avec son enfant plutôt que de retourner chez son maître. Dispagne obtient de l'autorité locale l'autorisation de lui faire infliger à la geôle le « quatre-piquets », 29 coups de fouet, devant les prisonniers. Chargés de la reconduire chez son maître, des gendarmes sont « saisi[s] de pitié » devant son état et sa résistance ; l'un d'eux vient en rendre compte à France, qui se rend à la prison, y voit lui-même « la résistance et le désespoir de Coralie » et dit aux gendarmes : « Vous êtes des soldats, laissez cette malheureuse! ce n'est point là le service auquel la gendarmerie est appelée. » L'autorité s'adresse ensuite à la police pour la faire sortir de prison.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Récit de France, témoin de la scène de la prison, écrit après son rappel de la Martinique en 1845 et publié en 1846 ; il ne date pas sa venue à la geôle. La réponse qu'il dit avoir faite aux gendarmes est celle que Rouvellat de Cussac prête, en 1845, au chef d'escadron qu'il désigne par l'initiale F. L'initiale seule ne suffit pas à identifier ce chef ; le récit de France, qui rapporte cette réponse comme la sienne, établit que c'est lui. La « réquisition » et l'« autorisation » données à Dispagne ne sont pas reproduites.

  • La Vérité et les faits ou l’esclavage à nu dans ses rapports avec les maîtres et les agents de l’autorité, avec pièces justificatives (cette notice) — pièce justificative n° 37, p. 98-100 (vues 108-110)

Coralie emportée en hamac, selon le commandant de la gendarmerie

Point 3 sur 4 · Événement · 29 février 1844

Selon le chef d'escadron France, le 29 février 1844, les habitants du quartier de la prison de Fort-Royal entendent « les gémissements et les cris d'une femme qu'on venait de prendre à la geôle » : des « nègres à la chaîne » la portent dans un hamac, avec un enfant de 7 à 8 mois, jusqu'à un bateau qui doit la conduire au Vauclin, sur l'habitation de Jules Dispagne, son maître. Cette femme est Coralie.

Précisions nécessaires à l’interprétation

France écrit ce récit après son rappel de la Martinique en 1845 et le publie en 1846 : il ne s’agit pas d’une pièce rédigée au moment de la scène. France rapporte la scène sans dire s'il l'a vue ; Rouvellat de Cussac, qui la voit, la date aussi du 29 février 1844. France donne à l'enfant 7 à 8 mois ; Rouvellat situe la grossesse et l'accouchement à Saint-Pierre « il y a environ deux ou trois ans » et dit l'enfant « point encore sevré » en 1843 : les deux âges ne concordent pas, et rien ne permet de trancher.

  • La Vérité et les faits ou l’esclavage à nu dans ses rapports avec les maîtres et les agents de l’autorité, avec pièces justificatives (cette notice) — pièce justificative n° 37, p. 98-99 (vues 108-109)

Coralie remise au travail au Vauclin

Point 4 sur 4 · Événement · 28 mars-1er avril 1844

Le 28 mars 1844, au Vauclin, le procureur du roi de Fort-Royal donne au brigadier de gendarmerie Georgin l'ordre de vérifier si Coralie, « esclave » de madame veuve Dispagne, est encore détenue sur l'habitation de cette dame : il a ordonné à Jules Dispagne de la mettre en liberté « de suite », mais dit au brigadier de ne pas s'en assurer tout de suite et d'attendre quelques jours. Le 1er avril 1844, Georgin voit Coralie « travailler au jardin avec les nègres de cette habitation », à huit heures un quart du matin ; elle va déjeuner dans sa case, et on lui assure qu'elle « avait été mise en liberté depuis plusieurs jours ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

« Mise en liberté » désigne la fin de sa détention sur l'habitation, non un affranchissement : Coralie reste esclave et retourne au travail. Le brigadier ne vérifie pas lui-même la date de cette fin ; il la tient de ce qu'on lui dit sur l'habitation. Les deux rapports nomment madame veuve Dispagne comme propriétaire et Jules Dispagne comme celui qui détient Coralie ; leur lien de parenté n'y est pas dit. Rouvellat de Cussac connaît la visite du 1er avril par le procès-verbal du brigadier.

  • La Vérité et les faits ou l’esclavage à nu dans ses rapports avec les maîtres et les agents de l’autorité, avec pièces justificatives (cette notice) — pièces justificatives n° 44 (Vauclin, 1er avril 1844) et n° 45 (Vauclin, 31 mars 1844), rapports du brigadier Georgin, p. 108-110 (vues 118-120)