Personne · Martinique, 1841-1844
Coralie, entre l’habitation du Vauclin et la geôle de Fort-Royal (1841-1844)
Le 8 octobre 1842, en Martinique, colonie française des Antilles, Coralie quitte avec son enfant l’habitation du Vauclin où elle est esclavisée et gagne la geôle, la prison de la ville de Fort-Royal. Rouvellat de Cussac, ancien magistrat en Martinique, qui publie son histoire dans un livre abolitionniste en 1845, lui prête l’espoir d’y trouver la protection des magistrats. Ramenée au Vauclin, elle repart, puis refuse de suivre ceux qui viennent la chercher en prison, tandis que le père de son enfant réunit mille francs pour les racheter, elle et l’enfant ; le maître en exige quatre mille. La justice ordonne qu’elle soit rendue à son maître.
L’histoire de Coralie est connue par deux livres abolitionnistes écrits par des témoins. Rouvellat de Cussac, ancien magistrat en Martinique, la raconte en 1845 d’après ce qu’on lui a dit et ce qu’il a vu le 29 février 1844 ; le chef d’escadron France, qui commandait la gendarmerie de l’île, publie en 1846 sa propre lettre au gouverneur, son récit de la scène de la prison et les rapports de ses gendarmes. Ces deux imprimés ont été lus sur leurs fac-similés ; les pièces originales qu’ils transcrivent n’ont pas été vues.
Périodes : Contestations et abolition définitive · Indemnisation et réorganisation du travail · Territoires : Martinique · Guadeloupe et dépendances · Guyane · France métropolitaine
Vers 1841 ou 1842, Coralie accompagne sa maîtresse, une dame du Vauclin, à Saint-Pierre, ville de la Martinique. Elle y a pour compagnon un homme libre de couleur, qui n’est pas esclavisé, et devient enceinte. Elle accomplit les travaux les plus pénibles pendant sa grossesse. Quinze jours avant son accouchement, elle est chassée de la maison. Le père de l’enfant la recueille et, selon ce qu’on rapporte à Rouvellat, pourvoit à ses besoins et aux frais de l’accouchement.
Quinze jours après la naissance, Coralie retourne chez sa maîtresse. Le fils de celle-ci la ramène sur son habitation du Vauclin, un domaine agricole. Rouvellat écrit qu’elle est alors « nourrice, et non habituée au travail de la terre » : elle allaite son enfant et n’est pas habituée au travail des champs. Elle est pourtant mise à la houe sous le fouet du commandeur, qui dirige le travail. Aux heures de repos, elle est enfermée, « séparée de son enfant ».
Avec son enfant, vers la geôle de Fort-Royal
Le 8 octobre 1842, Coralie emporte son enfant, s’enfuit de l’habitation du Vauclin et se rend à la geôle de Fort-Royal. Rouvellat pense qu’elle espère y être protégée par les magistrats du patronage, qu’une ordonnance de 1840 charge de visiter les habitations et les maisons pour y examiner notamment le travail, le repos et la discipline des personnes esclavisées.
Sa maîtresse la fait retirer de la geôle le 29 novembre. Reconduite au Vauclin, Coralie est accusée d’être « une empoisonneuse ». On la charge de fers, on la met aux « quatre-piquets » : elle est fouettée, le corps attaché à quatre piquets, et on la tient enfermée hors des heures de travail.
Coralie repart. Le 18 janvier 1843, elle est arrêtée sur le pont Cartouche, à l’entrée de Fort-Royal, avec des fers que Rouvellat décrit comme « trop bien rivés ». Rouvellat tient d’autrui qu’elle allait d’elle-même à la geôle. Six jours après son arrivée, elle en est retirée et reçoit vingt-neuf coups de fouet à son retour au Vauclin. Au travail, elle porte une grosse chaîne et un carcan, un collier de fer ; hors du travail, elle est enfermée au cachot. Elle ne retrouve guère son enfant, qui n’est pas encore sevré, que pour l’allaiter.
Refuser de repartir, sous le fouet et la corde
Dans une lettre de 1845, France, chef d’escadron commandant la gendarmerie de la Martinique, date du 6 septembre 1843 l’arrestation de Coralie à Fort-Royal : elle porte des fers de trois à quatre kilogrammes aux pieds et des marques récentes de collier au cou. Rouvellat ne date pas la troisième venue qu’il raconte et évalue à « près de deux mois » sa détention à la geôle avant le 29 février 1844. Ces indications chronologiques divergent. Dans le récit de Rouvellat, Coralie se dirige de nouveau vers la geôle avec des fers aux pieds ; le concierge de la prison lui ôte sa chaîne.
Pendant cette détention, selon Rouvellat, le fils de la maîtresse obtient du commissaire de police que Coralie soit fouettée dans la geôle. Dans la pièce n° 37 publiée par France, Jules Dispagne, présenté comme le maître de Coralie, obtient de l’autorité locale l’autorisation de lui faire infliger ce châtiment. Elle reçoit vingt-neuf coups de fouet aux « quatre-piquets », devant les prisonniers. Quelques jours plus tard, le fils de sa maîtresse vient la reprendre ; elle refuse de le suivre. Selon Rouvellat, elle déclare « qu'elle mourra plutôt avec son enfant, qu'elle se laissera plutôt hacher sur la place que de revenir chez ses maîtres ».
Des gendarmes à cheval, requis par le procureur général de la Martinique, passent une corde au cou de Coralie et la traînent. Selon Rouvellat, son enfant lui échappe alors des bras. Les gendarmes interrompent leur action et avertissent leur chef. France écrit qu’un d’eux vient le prévenir : il se rend à la geôle, voit Coralie résister et leur dit : « Vous êtes des soldats, laissez cette malheureuse! ce n'est point là le service auquel la gendarmerie est appelée. » Rouvellat prête la même réponse au chef d’escadron qu’il désigne par l’initiale F. Coralie reste à la geôle ; l’autorité s’adresse ensuite à la police pour l’en faire sortir.
Mille francs pour leur liberté, quatre mille exigés
Pendant cette même détention, le père de l’enfant réunit mille francs pour racheter Coralie et leur enfant, afin qu’ils ne soient plus esclavisés. Un employé des ponts et chaussées de Saint-Pierre, que Rouvellat désigne par les initiales M. L. F., offre cette somme au maître de Coralie. La réponse est une lettre datée du Vauclin le 26 janvier 1844, signée « D... », que Rouvellat imprime en copie ; il ne précise pas le lien de son auteur avec la maîtresse et son fils. L’auteur annonce qu’il fera sortir Coralie de la geôle pour la remettre à son service, c’est-à-dire au travail sous son autorité, et écrit : « C'est une créature dont je ne puis me passer, quelque méchante qu'elle est, et je ne la cèderai pas à moins de quatre mille francs pour elle et son enfant. » Il exige ainsi quatre fois la somme offerte. Saisi, le procureur général répond, selon Rouvellat, qu’il « ne pouvait pas forcer un maître à vendre un esclave qu'il disait lui être nécessaire ».
Rendue de force, remise au travail
Le procureur général décide que Coralie sera rendue à son maître, qui devra payer les frais de geôle. Il ordonne au commissaire de police d’employer la force si nécessaire pour la porter jusqu’au bateau du maître.
Le 29 février 1844, Rouvellat voit sortir de la geôle Coralie et son enfant dans un hamac porté par « les nègres de la chaîne », des hommes enchaînés. Les cordes serrent les bras de Coralie au point qu’elle crie : « Bras moi coupé, bon Dieu! » Un homme rattrape l’enfant qui allait tomber. Des femmes entourent Coralie jusqu’au bord de mer ; l’une lui conseille de « savoir souffrir », une autre répond : « laissez-la se plaindre ». Le bateau emporte Coralie et son enfant vers le Vauclin.
Coralie arrive au Vauclin le 6 mars. Rouvellat compte qu’elle est ensuite enfermée environ un mois sur l’habitation, durée qui dépasse selon lui les quinze jours consécutifs prévus par une ordonnance royale de 1841 pour une détention imposée par un maître. Le procureur du roi de Fort-Royal ordonne à Jules Dispagne de mettre fin à cette détention ; le 28 mars, il charge le brigadier de gendarmerie Georgin d’en vérifier l’exécution quelques jours plus tard. Les rapports désignent madame veuve Dispagne comme propriétaire de Coralie : cette désignation concorde avec celle de la dame du Vauclin que Rouvellat nomme seulement par l’initiale D. Ils nomment Jules Dispagne comme celui qui la détient. Le 1er avril, Georgin voit Coralie, toujours esclavisée, travailler au jardin de l’habitation. On lui assure qu’elle n’est plus enfermée depuis plusieurs jours.
Une affaire publiée, un sort inconnu
L’année suivante, la loi du 18 juillet 1845 permet à une personne esclavisée de racheter sa liberté ou celle de ses enfants ; faute d’accord avec le maître, une commission fixe le prix, qui doit être payé avant l’affranchissement. Dans une lettre au gouverneur datée du 30 juillet 1845, France dénonce les violences de Jules Dispagne contre Himitée, une autre femme que Dispagne tient en esclavage, et rappelle l’affaire de Coralie comme un exemple antérieur.
En 1847, L’Abolitioniste français, bulletin de la Société française pour l’abolition de l’esclavage, reproduit la lettre de France en note d’un discours du député Ledru-Rollin tenu le 26 avril à la Chambre des députés. Le passage sur Coralie est imprimé avec cette note ; le député ne prononce pas son nom dans le discours. Le sort de Coralie et de son enfant après avril 1844 n’est pas connu.
Dans un récit plus large
Cette fiche développe un point déjà présent dans les dossiers suivants.
Guadeloupe, Martinique, Saint-Domingue, XVIIe siècle–1848 — Grandir sous l’esclavage
Le 4 mars 1687, à la Guadeloupe, Élie Doucet, un marchand venu de La Rochelle, déclare les personnes de sa maison. Il inscrit sa femme, puis deux enfants de cinq ans et d'un an, puis, sous le mot « negresse », la seule personne qu'il tient en esclavage : Roze, dix ans. Le même jour, la déclaration que le sucrier Isaac Nicolas fait pour sa sœur range encore parmi les « negrittes », les filles, une fille de quinze ans inscrite sous le nom de « petitte marie ».
Résister et sortir de l’esclavage — Partir marron : quitter, tenir, revenir
Le mardi 18 août 1846, au Moule, en Guadeloupe, un propriétaire, Théodore Balangué, vient déclarer au maire que « Douze nègres de mon habitation di[te] Marchand sont en ce moment en état de marronnage », sur un atelier de « trente travailleurs » — l'atelier, ce sont les esclaves qui travaillent ensemble sur l'habitation. L'avant-veille, un dimanche, des hommes et des femmes de cet atelier avaient reçu une instruction religieuse ; le soir, ils « étaient rassemblés autour de ma maison et entretenaient leur maîtresse de l'instruction qui leur avait été faite le jour même au bourg ». Le lundi, cinq d'entre eux se trouvaient absents. Balangué dit ne pouvoir attribuer leur départ « qu'à de mauvais conseils », qu'il impute aux « mauvaises dispositions » de quelques voisins à son égard.
D’autres fiches sur le même point
Cette fiche et les suivantes établissent au moins une même chose.
Événement
Sébastien au cachot du Balisier, et les siens devant la cour
En 1838, à Marie-Galante, une petite île qui dépend de la Guadeloupe, un planteur fait enfermer au cachot Sébastien, un homme qu’il tient en esclavage et qu’il accuse d’empoisonner ses bœufs. Sébastien y meurt ; ses fils l’ont nourri et soutenu, sa compagne et d’autres personnes du domaine l’ont enterré. Quatre ans plus tard, le planteur est jugé pour cette mort : la cour entend des personnes esclavisées, dont la famille de Sébastien, avant d’acquitter le planteur.
Notion
Le pécule : argent, biens et rachat de liberté
Aux Antilles françaises, des personnes esclavisées pouvaient accumuler un peu d’argent et de petits biens, notamment en travaillant en plus de ce que leur maître exigeait d’elles. Avec cet argent, certaines ont acheté leur liberté et celle de leurs enfants. Mais ce prix, c’est à leur maître qu’elles le payaient, et jusqu’en 1845, il pouvait refuser.
Sources de la fiche
Les références ci-dessous permettent de retrouver les documents et travaux utilisés. Les faits et interprétations qui structurent la fiche renvoient ensuite à des passages localisés et à leurs limites de portée. Les références sont rangées selon la nature du document atteint et sa relation aux événements : pièces produites au moment des faits ; récits et études anciens, composés après les faits ; études, éditions et outils de recherche. La date de la notice indique la rédaction ou la publication lorsqu’elle est connue ; l’usage précise la période ou l’expérience racontée. Pour une édition savante, la notice distingue le texte transmis du travail de l’éditeur. Le libellé de chaque lien indique s’il conduit à la source en ligne, à une notice DOI, à un catalogue ou à la notice d’un éditeur.
Pièces produites au moment des faits
Société française pour l’abolition de l’esclavage (éditrice), L’Abolitioniste français, année 1847 (1847).
Compte rendu de la séance de la Chambre des députés du 26 avril 1847, p. 146-147 : la lettre de France du 30 juillet 1845 reproduite en note du discours de Ledru-Rollin.
Voir la page de cette sourceMinistère de la Marine et des Colonies, Exposé général des résultats du patronage des esclaves dans les colonies françaises (1844).
Exposé général du patronage : les visites prescrites aux magistrats par l’ordonnance du 5 janvier 1840 et leur couverture à la Martinique de 1841 à 1843.
Voir la page de cette sourceRoyaume de France, Bulletin des lois du Royaume de France, 1841 : ordonnance du roi du 16 septembre 1841 relative à l’emprisonnement des esclaves dans les colonies françaises (1841).
Ordonnance du 16 septembre 1841 : la détention infligée par le maître limitée à quinze jours consécutifs, que Rouvellat oppose au mois d’enfermement de Coralie.
Voir la page de cette sourceJean-Baptiste-Louis Thinon, Régime des esclaves aux colonies, ou commentaire de la loi du 18 juillet 1845 (1845).
Loi du 18 juillet 1845, article 5 : le rachat de soi et de ses enfants, avec un prix fixé par une commission faute d’accord avec le maître.
Voir la page de cette sourceCommune du Vauclin (Martinique), officier de l’état civil, Registres d’individualité des nouveaux libres du Vauclin et leurs tables alphabétiques, 1848-1849 (Archives territoriales de Martinique, 2E34/9, 2E34/10 et 2E34/11) (1848).
Registres d’individualité du Vauclin, 1848-1849 : les actes relus sur l’image ne nomment pas les anciens propriétaires ; Coralie n’y est pas identifiée avec certitude.
Voir la page de cette source
Récits et études anciens, composés après les faits
J.-B. Rouvellat de Cussac, ancien conseiller aux cours royales de la Guadeloupe et de la Martinique, Situation des esclaves dans les colonies françaises ; urgence de leur émancipation (1845).
Section « CORALIE. », p. 99-109 : le récit de Rouvellat de Cussac, de Saint-Pierre au 13 avril 1844, avec la lettre du maître du 26 janvier 1844 en copie et la scène du 29 février qu’il a vue ; et, p. 13, la définition du quatre-piquets.
Voir la page de cette sourceJoseph France, ancien chef d’escadron, commandant la gendarmerie de la Martinique, La Vérité et les faits ou l’esclavage à nu dans ses rapports avec les maîtres et les agents de l’autorité, avec pièces justificatives (1846).
Pièces justificatives n° 2 (lettre de France au gouverneur, 30 juillet 1845), n° 37 (récit de France, écrit après son rappel en 1845, de la scène de la prison et de la restitution du 29 février 1844), n° 44 et 45 (rapports du brigadier Georgin, 31 mars et 1er avril 1844), p. 59-60, 98-100 et 108-110.
Voir la page de cette source
Études, éditions et outils de recherche
Arlette Gautier, Les sœurs de Solitude. La condition féminine dans l'esclavage aux Antilles du XVIIe au XIXe siècle (1985).
P. 159 : le récit de France repris par Arlette Gautier, qui appuie la reconnaissance du chef d’escadron cité par Rouvellat.
Voir la page de cette source
Sources et limites
Vérifier les faits et interprétations de cette fiche
Chaque point factuel ou interprétatif qui structure cette fiche renvoie à un passage localisé et à une indication de portée. Le détail est ici, pour qui veut vérifier.
Ouvrir les points documentés, leurs sources et leurs limites
Coralie, de Saint-Pierre à la houe du Vauclin
Selon Rouvellat de Cussac, Coralie, personne esclavisée par une dame de la Martinique qu'il ne désigne que par l'initiale D..., suit sa maîtresse à Saint-Pierre vers 1841 ou 1842, y a pour compagnon un homme libre de couleur et devient enceinte. Employée au travail le plus pénible malgré sa grossesse, elle est expulsée de la maison quinze jours avant ses couches et se réfugie chez le père de l'enfant, qui, lui a-t-on « assuré », pourvoit à ses besoins « jusqu'au salaire de l'accouchement ». Rentrée quinze jours après ses couches, elle est ramenée par le fils de la maîtresse sur son habitation du Vauclin où, « nourrice, et non habituée au travail de la terre, elle fut mise à la houe, sous le fouet du commandeur » ; aux heures du repos, on l'enferme « séparée de son enfant ».
À garder en tête : Rouvellat de Cussac écrit en 1844-1845 un livre abolitionniste ; il tient ces faits de ce qu'on lui a dit et ne nomme ni la maîtresse, ni son fils, ni le père de l'enfant. La date du séjour à Saint-Pierre est déduite de son « il y a environ deux ou trois ans ». Les motifs qu'il prête à la maîtresse sont les siens.
- Situation des esclaves dans les colonies françaises ; urgence de leur émancipation — section « CORALIE. », p. 100-101 (vues Gallica 99-100) : séjour à Saint-Pierre « il y a environ deux ou trois ans », grossesse, expulsion, refuge chez l'homme libre de couleur, retour, transfert au Vauclin, travail à la houe et enfermement
Coralie, trois fuites et la geôle de Fort-Royal
Le 8 octobre 1842, Coralie « emporta son enfant, et s'enfuit de l'habitation du Vauclin » pour chercher refuge à la geôle de Fort-Royal ; sa maîtresse l'en fait retirer le 29 novembre et, reconduite au Vauclin, elle est accusée d'être « une empoisonneuse » et chargée de fers. Rouvellat dit aussi qu’on la met aux quatre-piquets et qu’on la tient enfermée hors du travail. Elle repart et est arrêtée le 18 janvier 1843 à l'entrée de Fort-Royal, sur le pont Cartouche, traînant des fers « trop bien rivés » ; retirée de la geôle six jours après, elle reçoit 29 coups de fouet à son arrivée au Vauclin, travaille avec « une grosse chaîne et un carcan », est enfermée au cachot hors du travail et ne reçoit guère son enfant, « qui n'était point encore sevré », que pour l'allaiter. Une troisième fois, à l'hiver 1843-1844, elle « se dirige vers la geôle de Fort-Royal, avec les fers aux pieds », et le concierge lui fait ôter sa chaîne.
À garder en tête : L'auteur ne date pas la troisième venue ; la lettre du 26 janvier 1844 et la détention de « près de deux mois » qui finit le 29 février 1844 la placent vers la fin de 1843 ou le début de 1844. Pour la fuite de janvier 1843, il tient d'autrui qu'elle « se rendait d'elle-même » à la geôle quand elle fut arrêtée. Ce qu'il écrit des croyances de Coralie sur la protection des magistrats est sa reconstitution, non une parole conservée. Ni la pièce de geôle ni les plaintes ne sont transcrites.
- Situation des esclaves dans les colonies françaises ; urgence de leur émancipation — section « CORALIE. », p. 101 (vue 100) : fuite du 8 octobre 1842 et retrait du 29 novembre ; p. 102 (vue 101) : seconde fuite, pont Cartouche, 18 janvier 1843, 29 coups, chaîne, carcan, cachot, allaitement ; p. 104 (vue 103) : troisième venue à la geôle, fers ôtés par le concierge ; p. 106 (vue 105) : lettre du maître du 26 janvier 1844 qui la dit « détenue présentement à la geôle de Fort-Royal » ; p. 101-102 (vues 100-101) : fers et quatre-piquets après le premier retour
À la Martinique, l’ordonnance du 5 janvier 1840 prescrit aux magistrats du patronage de visiter les…
À la Martinique, l’ordonnance du 5 janvier 1840 prescrit aux magistrats du patronage de visiter les habitations rurales et les maisons des villes et bourgs pour examiner notamment la nourriture, l’entretien, le travail, le repos et la discipline. Le tableau ministériel couvrant mai 1841 à mai 1843 réunit 968 visites : 514 dans des sucreries, 214 dans des caféières, 212 dans des habitations de vivres ou d’autres petites cultures et 28 dans des habitations mixtes. Beaucoup d’habitations ont été visitées plusieurs fois et une partie de la population rurale reste hors de cette inspection. Jusqu’en 1842, les rapports portent presque exclusivement sur les campagnes ; ceux de Saint-Pierre et de Fort-Royal déclarent ne pas avoir effectué de visites domiciliaires effectives.
À garder en tête : Les 968 unités sont des visites, non 968 habitations distinctes ni 968 groupes distincts de personnes. Les grandes propriétés ont été privilégiées et la source reconnaît une couverture rurale incomplète ; cette série ne permet donc pas de calculer des proportions représentatives de toute la colonie. Les déclarations de Saint-Pierre et de Fort-Royal décrivent les actes consignés par leurs magistrats, non la preuve qu’aucune maison n’a jamais été visitée. Les instructions prescrivent aussi la manière de produire l’information : renseignement d’abord pris auprès du propriétaire, inspection en sa présence et plaintes entendues sans les provoquer. Enfin, le tableau des jardins imprime 200 comme total des jardins mal cultivés mais 49 et 159 dans les deux cellules d’arrondissement ; la pièce ne permet pas de corriger cette discordance.
- Exposé général des résultats du patronage des esclaves dans les colonies françaises — ordonnance du 5 janvier 1840, p. 4-5 ; instructions et rapports sur l’exécution rurale et urbaine, p. 10-13 ; tableau des renseignements fournis par les magistrats de mai 1841 à mai 1843 et note de couverture, p. 89-90
Rouvellat de Cussac, ancien magistrat en Martinique, écrit au début des années 1840 qu’on voit « dans les…
Rouvellat de Cussac, ancien magistrat en Martinique, écrit au début des années 1840 qu’on voit « dans les pâturages de jeunes gardiens de bestiaux portant des carcans au col, de gros anneaux aux jambes », qui doivent courir après les animaux pour défendre les champs de cannes, et que « la moindre bouchée enlevée par le quadrupède est punie sur le pâtre du quatre-piquets », c’est-à-dire du fouet donné sur le corps attaché à quatre piquets.
À garder en tête : Description générale d’un témoin abolitionniste, sans date, lieu ni enfant nommés.
Coralie arrêtée à Fort-Royal, selon le commandant de la gendarmerie
Dans une lettre au gouverneur de la Martinique datée de Fort-Royal le 30 juillet 1845, le chef d'escadron France, qui commande la gendarmerie de l'île, rapporte que le 6 septembre 1843 « une nommée Coralie, âgée d'environ 29 ans, esclave du même Jules Dispagne », a été arrêtée à Fort-Royal avec aux pieds des fers de 3 à 4 kilogrammes et au cou « des marques récentes d'un collier ». Bien qu'elle nourrisse « un enfant très-chétif », son maître lui fait donner à la geôle 29 coups de fouet. Après cette flagellation, elle refuse de le suivre et oppose « la plus vive résistance » à la gendarmerie requise pour la faire sortir de la prison, « en disant qu'elle préférait y mourir avec son enfant, plutôt que de retourner sur l'habitation de son maître ».
À garder en tête : La lettre est imprimée par France en 1846 dans un livre abolitionniste ; l'original n'est pas collationné. Elle porte sur Himitée, autre femme esclavisée par Jules Dispagne, et ne rappelle Coralie qu'en exemple antérieur : France tient la date du 6 septembre 1843 d'un rapport qu'il ne reproduit pas. La parole de Coralie est rapportée en style indirect. Rouvellat de Cussac date autrement les fuites de Coralie et ne donne pour sa dernière détention que « près de deux mois » avant le 29 février 1844 : la date de France n'est pas recoupée.
- La Vérité et les faits ou l’esclavage à nu dans ses rapports avec les maîtres et les agents de l’autorité, avec pièces justificatives — pièce justificative n° 2, lettre au gouverneur du 30 juillet 1845, p. 59-60 (vues 69-70)
Coralie refuse de suivre le fils de sa maîtresse
Pendant la troisième détention de Coralie à la geôle de Fort-Royal, le fils de sa maîtresse obtient du commissaire de police qu'elle soit fouettée à la geôle : elle « reçoit 29 coups de fouet de la main du bourreau ». Quand il vient la retirer quelques jours plus tard, elle « refuse de le suivre » et déclare, selon Rouvellat de Cussac, « qu'elle mourra plutôt avec son enfant, qu'elle se laissera plutôt hacher sur la place que de revenir chez ses maîtres ». Des gendarmes à cheval requis par le procureur général lui passent une corde au cou et la traînent ; selon Rouvellat, son enfant lui échappe alors des bras. Les gendarmes la laissent et en réfèrent à leur chef, le chef d'escadron que l'auteur désigne par l'initiale F, qui répond que « ce n'est pas là le service auquel la gendarmerie royale est appelée » ; elle reste à la geôle.
À garder en tête : La déclaration de Coralie est rapportée en style indirect par Rouvellat de Cussac, qui n'en est pas témoin ; il ne nomme ni le maître, ni le commissaire, ni le chef d'escadron. L'initiale seule ne suffit pas à identifier ce dernier ; le récit que France publie en 1846 (pièce n° 37), relayé par Gautier et Moitt, établit que c'est lui, puisqu'il y rapporte cette réponse comme la sienne. Moitt place l'épisode en Guadeloupe et fait de France un commissaire de police : les deux récits situent l'affaire à Fort-Royal, en Martinique, et France à la tête de la gendarmerie.
- Situation des esclaves dans les colonies françaises ; urgence de leur émancipation — section « CORALIE. », p. 104 (vue 103) : fouet à la geôle, refus de suivre, corde au cou, gendarmes ; p. 105 (vue 104) : réponse du chef d'escadron désigné par l'initiale F et séjour prolongé ; p. 104 (vue 103) : l’enfant échappe des bras de Coralie pendant que les gendarmes la traînent
- Les sœurs de Solitude. La condition féminine dans l'esclavage aux Antilles du XVIIe au XIXe siècle — p. 159 : récit de Coralie repris de France, « La vérité et les faits », 1846 ; refus de retourner chez le propriétaire, fers aux pieds
Le commandant de la gendarmerie à la geôle de Fort-Royal
Dans la pièce n° 37 de son livre de 1846, le chef d'escadron France écrit que Coralie, qui avait quitté l'habitation de Jules Dispagne « à la suite d'horribles traitements », a été arrêtée avec son jeune enfant « en état de marronnage », des fers aux pieds et les traces d'un collier de fer au cou, et déposée à la geôle de Fort-Royal en disant qu'elle préférait y mourir avec son enfant plutôt que de retourner chez son maître. Dispagne obtient de l'autorité locale l'autorisation de lui faire infliger à la geôle le « quatre-piquets », 29 coups de fouet, devant les prisonniers. Chargés de la reconduire chez son maître, des gendarmes sont « saisi[s] de pitié » devant son état et sa résistance ; l'un d'eux vient en rendre compte à France, qui se rend à la prison, y voit lui-même « la résistance et le désespoir de Coralie » et dit aux gendarmes : « Vous êtes des soldats, laissez cette malheureuse! ce n'est point là le service auquel la gendarmerie est appelée. » L'autorité s'adresse ensuite à la police pour la faire sortir de prison.
À garder en tête : Récit de France, témoin de la scène de la prison, écrit après son rappel de la Martinique en 1845 et publié en 1846 ; il ne date pas sa venue à la geôle. La réponse qu'il dit avoir faite aux gendarmes est celle que Rouvellat de Cussac prête, en 1845, au chef d'escadron qu'il désigne par l'initiale F. L'initiale seule ne suffit pas à identifier ce chef ; le récit de France, qui rapporte cette réponse comme la sienne, établit que c'est lui. La « réquisition » et l'« autorisation » données à Dispagne ne sont pas reproduites.
- La Vérité et les faits ou l’esclavage à nu dans ses rapports avec les maîtres et les agents de l’autorité, avec pièces justificatives — pièce justificative n° 37, p. 98-100 (vues 108-110)
Mille francs offerts, quatre mille exigés
Le père de l'enfant de Coralie, homme libre de couleur, réunit mille francs pour la racheter avec l'enfant ; un employé des ponts et chaussées de Saint-Pierre, désigné M. L. F., offre cette somme au maître. Celui-ci répond par une lettre datée du Vauclin le 26 janvier 1844, transcrite par Rouvellat de Cussac : « loin de vouloir la vendre, je vais la faire sortir de la geôle pour la remettre à mon service. C'est une créature dont je ne puis me passer, quelque méchante qu'elle est, et je ne la cèderai pas à moins de quatre mille francs pour elle et son enfant. » Saisi, le procureur général répond qu'il « ne pouvait pas forcer un maître à vendre un esclave qu'il disait lui être nécessaire ».
À garder en tête : La lettre est connue par la copie que Rouvellat de Cussac imprime, signée « D... » ; l'original n'est pas connu. Les réponses du procureur général sont rapportées par l'auteur d'après l'intercesseur. Les quatre mille francs sont le prix exigé par le maître, non une valeur de marché.
- Situation des esclaves dans les colonies françaises ; urgence de leur émancipation — section « CORALIE. », p. 102 (vue 101) : les mille francs du père ; p. 105-107 (vues 104-106) : intercession de M. L. F., lettre du 26 janvier 1844 en « Copie », réponse du procureur général
Coralie rendue à son maître
Le procureur général de la Martinique décide que Coralie « serait rendue à son maître, à charge par celui-ci de payer les frais de geôle », puis ordonne au commissaire de police de Fort-Royal d'employer au besoin la force et de la faire porter dans le bateau du maître. Le 29 février 1844, Rouvellat de Cussac voit sortir de la geôle Coralie et son enfant dans un hamac « porté par les nègres de la chaîne » ; les cordes serrent les bras de Coralie au point qu’elle crie « Bras moi coupé, bon Dieu! ». Rouvellat rapporte qu’un homme rattrape l’enfant qui allait tomber du hamac. Des femmes l'entourent jusqu'au bord de mer, l'une lui conseillant de « savoir souffrir », une autre répondant : « laissez-la se plaindre ». Partie de Fort-Royal le 29 février, elle n'arrive au Vauclin que le 6 mars ; le 1er avril, un brigadier de gendarmerie envoyé par le procureur du roi la voit travailler avec l'atelier, après ce que Rouvellat compte comme un mois d'enfermement sur l'habitation, à la suite de près de deux mois de geôle.
À garder en tête : La scène du 29 février est vue et transcrite par l'auteur, y compris les paroles en créole qu'il rend à sa manière ; son récit ne dit pas ce qui se passe dans le bateau ni pendant le retour, et ne connaît la visite du 1er avril que par le procès-verbal du brigadier que lui communique le procureur du roi. Le récit s'arrête au 13 avril 1844 : la suite de la vie de Coralie et de son enfant n'est pas connue par cette source. Rouvellat rapporte que les cordes qui serrent les bras de Coralie provoquent ce cri : il ne décrit pas une amputation. Il relève que le mois d’enfermement sur l’habitation contrevient, selon lui, à l’ordonnance du 16 septembre 1841 interdisant plus de quinze jours consécutifs au cachot ; le procureur du roi lui répond qu’il n’a pas le pouvoir de faire davantage. Le texte de cette ordonnance n’est pas contrôlé ici sur la pièce. Les rapports du brigadier que publie France en 1846 (pièces n° 44 et 45) disent qu’on lui a assuré, le 1er avril, qu’elle était sortie de détention « depuis plusieurs jours » : le mois que compte Rouvellat est une approximation, non une durée établie.
- Situation des esclaves dans les colonies françaises ; urgence de leur émancipation — section « CORALIE. », p. 99-100 (vues 98-99) : scène du hamac vue par l'auteur et paroles des témoins ; p. 105 (vue 104) : décision du procureur général ; p. 107 (vue 106) : ordre au commissaire, date du 29 février et arrivée au Vauclin le 6 mars ; p. 108 (vue 107) : visite du brigadier le 1er avril et durées de détention ; p. 99-100 (vues 98-99) : enfant rattrapé près du hamac ; p. 107 (vue 106) : cordes serrées et cri ; p. 108-109 (vues 107-108) : lecture de l’ordonnance de 1841 par Rouvellat et réponse du procureur
Coralie emportée en hamac, selon le commandant de la gendarmerie
Selon le chef d'escadron France, le 29 février 1844, les habitants du quartier de la prison de Fort-Royal entendent « les gémissements et les cris d'une femme qu'on venait de prendre à la geôle » : des « nègres à la chaîne » la portent dans un hamac, avec un enfant de 7 à 8 mois, jusqu'à un bateau qui doit la conduire au Vauclin, sur l'habitation de Jules Dispagne, son maître. Cette femme est Coralie.
À garder en tête : France écrit ce récit après son rappel de la Martinique en 1845 et le publie en 1846 : il ne s’agit pas d’une pièce rédigée au moment de la scène. France rapporte la scène sans dire s'il l'a vue ; Rouvellat de Cussac, qui la voit, la date aussi du 29 février 1844. France donne à l'enfant 7 à 8 mois ; Rouvellat situe la grossesse et l'accouchement à Saint-Pierre « il y a environ deux ou trois ans » et dit l'enfant « point encore sevré » en 1843 : les deux âges ne concordent pas, et rien ne permet de trancher.
- La Vérité et les faits ou l’esclavage à nu dans ses rapports avec les maîtres et les agents de l’autorité, avec pièces justificatives — pièce justificative n° 37, p. 98-99 (vues 108-109)
L’ordonnance royale du 16 septembre 1841 relative à l’emprisonnement des esclaves dans les colonies…
L’ordonnance royale du 16 septembre 1841 relative à l’emprisonnement des esclaves dans les colonies françaises dispose qu’à dater de sa publication dans les colonies, « le maître ne pourra infliger à l’esclave la peine de l’emprisonnement, que pendant quinze jours consécutifs, dans la salle de police de son habitation » ; au-delà, le maître qui juge la détention nécessaire fait conduire l’esclave devant le juge de paix, qui peut l’attacher pour trois mois au plus à l’atelier public de discipline ; l’esclave qui se serait rendu coupable d’un crime doit être mis à la disposition du procureur du Roi « dans le délai de trois jours » ; le maître qui enfreint ces règles encourt une amende de vingt-cinq à cinq cents francs, avec un emprisonnement possible d’un à dix jours.
À garder en tête : Texte normatif : il s’applique à dater de sa publication dans chaque colonie, dont la date en Guadeloupe n’est pas relevée ici, et ne dit ni comment les maîtres l’ont appliqué ni combien d’infractions ont été poursuivies. Il ne vaut pas pour les faits antérieurs. Le texte vaut aussi pour Bourbon, hors du périmètre de ce site.
- Bulletin des lois du Royaume de France, 1841 : ordonnance du roi du 16 septembre 1841 relative à l’emprisonnement des esclaves dans les colonies françaises — bulletin n° 849, n° 9575, p. 235-236 (Gallica bpt6k65288199, vues 267-268)
Coralie remise au travail au Vauclin
Le 28 mars 1844, au Vauclin, le procureur du roi de Fort-Royal donne au brigadier de gendarmerie Georgin l'ordre de vérifier si Coralie, « esclave » de madame veuve Dispagne, est encore détenue sur l'habitation de cette dame : il a ordonné à Jules Dispagne de la mettre en liberté « de suite », mais dit au brigadier de ne pas s'en assurer tout de suite et d'attendre quelques jours. Le 1er avril 1844, Georgin voit Coralie « travailler au jardin avec les nègres de cette habitation », à huit heures un quart du matin ; elle va déjeuner dans sa case, et on lui assure qu'elle « avait été mise en liberté depuis plusieurs jours ».
À garder en tête : « Mise en liberté » désigne la fin de sa détention sur l'habitation, non un affranchissement : Coralie reste esclave et retourne au travail. Le brigadier ne vérifie pas lui-même la date de cette fin ; il la tient de ce qu'on lui dit sur l'habitation. Les deux rapports nomment madame veuve Dispagne comme propriétaire et Jules Dispagne comme celui qui détient Coralie ; leur lien de parenté n'y est pas dit. Rouvellat de Cussac connaît la visite du 1er avril par le procès-verbal du brigadier.
- La Vérité et les faits ou l’esclavage à nu dans ses rapports avec les maîtres et les agents de l’autorité, avec pièces justificatives — pièces justificatives n° 44 (Vauclin, 1er avril 1844) et n° 45 (Vauclin, 31 mars 1844), rapports du brigadier Georgin, p. 108-110 (vues 118-120)
L’article 5 de la loi du 18 juillet 1845 permet aux personnes non libres de racheter leur liberté ou celle…
L’article 5 de la loi du 18 juillet 1845 permet aux personnes non libres de racheter leur liberté ou celle de leurs ascendants, « de leurs femmes et de leurs enfants et descendants légitimes ou naturels » ; faute d’accord avec le maître, le prix est fixé par une commission et payé avant l’acte d’affranchissement.
À garder en tête : Texte de loi : il ouvre un droit, il ne dit pas combien de parents ont pu l’exercer.
La lettre du commandant France imprimée en note d’un discours de 1847
Le 26 avril 1847, à la Chambre des députés, dans le débat sur les pétitions pour l'abolition de l'esclavage, le député Ledru-Rollin dénonce la peine de quinze jours de prison infligée au géreur qui a fait fouetter une femme enceinte jusqu'à la faire avorter ; L'Abolitioniste français, bulletin de la Société française pour l'abolition de l'esclavage, reproduit en note de son discours la lettre du chef d'escadron France au gouverneur du 30 juillet 1845, avec le passage sur Coralie.
À garder en tête : La lettre est reproduite en note par le bulletin, non lue à la tribune : le texte du discours ne nomme pas Coralie. Le compte rendu est celui d'une société abolitionniste. Deux transcriptions indépendantes lisent la date de la lettre « 30 juillet 1845 » ; la couche texte de la numérisation porte à tort « 1815 ».
- L’Abolitioniste français, année 1847 — Chambre des députés, séance du 26 avril 1847, discours de Ledru-Rollin, p. 146-147 (vues 160-161), note 1
Les Coralie des registres d’individualité du Vauclin
Dans les registres d’individualité où les personnes libérées en 1848 au Vauclin reçoivent un nom, les actes lus sur l’image donnent le prénom, le lieu de naissance, l’âge, le métier, le domicile, parfois la filiation et le nom reçu, mais ne nomment ni l’ancien propriétaire ni l’habitation ; le numéro au registre matricule des esclaves y est souvent laissé en blanc. Plusieurs actes portent le prénom Coralie. L’acte 755 du 29 mars 1849 enregistre « Coralie », née à la Martinique, âgée de trente-huit ans selon la lecture la plus probable, cultivatrice, qui reçoit le nom de Pyro ; l’acte suivant est celui d’une fille de Coralie, blanchisseuse d’une vingtaine d’années.
À garder en tête : Seuls les actes des vues 1, 10 et 40 de 2E34/9 et de la vue 76 de 2E34/11 ont été lus sur l’image ; les autres Coralie ont été repérées par un relevé des marges fait au dépouillement et non contrôlé : elles ne sont pas nommées ici, des actes ont pu échapper et des pages sont déchirées. Faute d’ancien propriétaire, et faute d’avoir relevé un enfant dont l’âge corresponde à l’une des deux chronologies de sa naissance — environ cinq ans en 1849 d’après France, sept ou huit d’après Rouvellat —, aucune de ces femmes, Coralie Pyro comprise, ne peut être identifiée à la Coralie de madame veuve Dispagne. Le registre des naissances d’esclaves du Vauclin pour 1842-1845 (2E34/8), qui pourrait nommer la propriétaire de son enfant, n’est pas numérisé.
- Registres d’individualité des nouveaux libres du Vauclin et leurs tables alphabétiques, 1848-1849 (Archives territoriales de Martinique, 2E34/9, 2E34/10 et 2E34/11) — 2E34/11, actes 755-756 (vue 76), lus sur recadrage agrandi ; forme des actes : 2E34/9, vues 1, 10 et 40, et 2E34/11, vue 76