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Esclavage aux Antilles

1769–1773 · Un négrier nantais, deux campagnes

La Marie-Séraphique, deux feuilles

Un même navire négrier nantais, deux campagnes, deux grandes feuilles dessinées, et chiffrées une fois la campagne close — la première signée de Jean-René L’Hermite, la seconde attribuée. Ce ne sont pas des images : ce sont des comptes, et les personnes y figurent au même inventaire que l’eau et les fèves. Les lire l’une après l’autre, c’est voir ce qui change quand on recommence.

Publié le 16 août 2026 · 44 min de lecture · Texte, documents et schémas sourcés

Collection · Pièce étudiée en entier · De la capture aux Antilles

Deux feuilles conservées à Nantes montrent le même navire à trois ans d’intervalle. Il s’appelait Dannecourt jusqu’en juin 1769 ; l’armateur nantais qui l’acheta alors, Jacques Gruel, lui donna le prénom de sa femme. Elle s’appelait Marie-Séraphique — le seul prénom de femme que ces deux feuilles permettent d’écrire, et il désigne le navire, non une personne à bord. La première feuille a été dressée après la campagne de 1769-1770 : elle donne le navire vu de dessus, plan par plan, et le compte de ce qu’il a donné et pris à Loango. La seconde a été dressée pour la campagne de 1772-1773, et son cartouche ajoute à l’année un jour — celui où sa vente s’ouvre au Cap-Français, à Saint-Domingue.

Ensemble, elles donnent ce qu’aucune autre pièce du dossier ne donne : le tissu remis sur la côte d’Afrique, les personnes prises en échange, l’eau et les gamelles embarquées pour les nourrir, la vente à crédit à Saint-Domingue, le sucre et le café rapportés à Nantes, et la dette qui court encore. Tout tient dans deux cadres.

Ce sont deux campagnes distinctes : leurs chiffres ne s’additionnent pas. Mais ce que la seconde feuille écrit là où la première portait un signe de néant en dit plus long que chacune séparément.

1

Loango puis Saint-Domingue, 1769-1770

307 captifs, 351 barriques d’eau, sur la même feuille

Le titre de la première feuille tient en une phrase, et cette phrase fait deux comptes. Le navire a été « armé par Mr. Grüel » — Jacques Gruel, l’armateur nantais qui avance l’argent —, « pour Angole » — le nom que l’armement donne à sa destination —, « sous le commandement de Gaugy, qui a traité a Loangue, dont la vüe est cy dessous » : Loango, sur la côte d’Afrique centrale, dont l’aquarelle donne en effet la vue plus bas. Il porte « la quantité de 307 captifs divers, en 3 mois 26 jours » — la durée de la traite sur la côte, non celle de la traversée ; il est « party le 18 decembre 1769 », d’où la phrase ne le dit pas, mais la traite venait de s’y clore ; et il a « en calle, sur le pont, et dans la chaloupe 351 bariques d’eau suivant les plans cy dessous ». Une seule phrase, deux inventaires — les personnes et l’eau. Et un seul renvoi aux plans : celui de l’eau.

Image d’époque — un regard, pas un constat

Feuille dessinée et aquarellée, reproduite entière et donc très réduite. En haut, un long titre manuscrit. Dessous, quatre plans du navire vus de dessus, alignés à la même échelle : les deux premiers, intitulés Plans de la calle, sont couverts de petites formes ovales serrées en rangées — des futailles —, sauf à l’arrière où des compartiments coloriés à part portent des inscriptions illisibles à cette taille ; le troisième, L’entre-pont, est couvert d’une trame dense de petites figures sombres, dont on ne distingue que la masse ; le quatrième, Le pont, montre les aménagements du pont supérieur. Une échelle en pieds les accompagne. Au milieu de la feuille, une aquarelle du navire à deux mâts à l’ancre devant une côte boisée, avec deux grandes voiles tendues à plat au-dessus du pont et, le long du bordage, une ligne sombre qu’on ne peut pas résoudre à cette taille. En bas, un large bandeau de tableaux comptables à colonnes serrées, également illisibles, dont les intitulés annoncent le tableau général de la traite, le produit à Loangue, la vente au Cap et le résultat des opérations.Agrandir

Les plans, la vue et les comptes dans un seul cadre

Une seule feuille : quatre plans du navire alignés à la même échelle, une vue peinte au milieu, et sur tout le bas les comptes de la campagne. Le grand titre et les intitulés se lisent encore ; le détail des tableaux, non.

Jean-René L’Hermite, Plan, profil et distribution du navire La Marie-Séraphique, vers 1770 · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvre du domaine public, fac-similé Wikimedia Commons

Source de cette partie : [1]

Sous ce titre viennent quatre plans du navire vus de dessus, alignés à la même échelle. Les deux premiers sont ceux de la cale. Chaque futaille y est dessinée séparément, avec un chiffre à l’encre rouge qu’on lit comme sa contenance ; certaines portent la mention « Eau-de-vie », de sorte que tous ces fûts ne sont pas les barriques d’eau du cartouche. À l’arrière de chacun, des compartiments nommés reçoivent les vivres. Le second plan porte « Soutte à Poudre » et deux soutes à pain — l’une « contenant 3000 livres remplis de Magnoc pris à Saint Thomé », le manioc pris à São Tomé, île du golfe de Guinée, pour nourrir ceux qu’on transporte — la mention dit où il a été pris, elle ne place pas l’escale dans le voyage —, l’autre « contenant 9330 livres » —, puis trois soutes chiffrées en gamelles, c’est-à-dire en rations servies : 870 de fèves, 500 de ris — du riz —, et 1210 de fèves encore. Le premier plan porte les siennes, non chiffrées : une soute à pain, deux à fèves, une à ris. L’eau se compte en barriques, le pain en livres, les fèves et le riz en repas servis.

Le troisième plan est le seul endroit de la feuille où les personnes cessent d’être un nombre. Les corps y diffèrent de taille, de corpulence et d’attitude, et le dessinateur les reprend un par un. Presque tous sont couchés en travers du navire, tête vers le bordé et pieds vers l’axe : c’est la largeur de la coque qui mesure leur corps. Une rangée rompt cet ordre à elle seule au milieu du plan : elle traverse d’un bord à l’autre, interrompue en son milieu par le pied du cabestan, et ses corps sont tournés dans le sens de la longueur, épaule contre épaule, tête vers la cloison de ballots, les deux bras allongés au-dessus de la tête jusqu’à cette cloison. Ailleurs, quelques figures isolées sont couchées de même, sans faire rangée. Et vers l’arrière, dans un compartiment à part, une figure en long vêtement tient un nourrisson contre elle. C’est la main qui a numéroté les futailles une à une qui a dessiné tout cela.

Image d’époque — un regard, pas un constat

Détail agrandi du plan de l’entre-pont, vu de dessus, l’arrière du navire vers le haut, son axe vertical dans l’image. En haut et en bas, des rangées de corps humains couchés en travers du navire, tête vers le bordé et pieds vers l’axe, serrés les uns contre les autres : chacun est tracé séparément, dans une position qui diffère de celle de son voisin — sur le dos, sur le côté, un bras replié, une jambe fléchie. Entre ces rangées, une bande étroite occupée par des ballots clairs empilés sur quatre rangs, un compartiment coloré contenant des objets, et au bord gauche un logement de cordages lovés. Sous cette bande, une rangée continue de corps orientés autrement que tous les autres : couchés dans le sens de la longueur du navire, perpendiculaires aux rangées voisines, épaule contre épaule sur toute la largeur, la tête vers la bande de ballots et les deux bras allongés au-dessus de la tête jusqu’à elle ; elle est interrompue en son milieu par deux disques sombres cerclés et un disque clair à cercles concentriques, le pied du cabestan, près duquel une figure isolée est étendue jambes écartées. Plus bas au centre, un compartiment à bordure en damier contient des figures enveloppées d’étoffe bleue. Aucun visage n’est distinguable à cette échelle.Agrandir

Chaque corps tracé à part, comme chaque futaille

Des rangées de corps couchés en travers du navire, chacun dans une posture qui n’est pas celle de son voisin. Entre elles, une bande de ballots empilés, dessinés par la même main et à la même échelle que les corps. Et au milieu, une rangée qui rompt l’orientation de tout le reste : ses corps sont tournés dans l’autre sens, tête contre la bande de ballots, bras allongés au-dessus de la tête, contre les disques du cabestan.

Jean-René L’Hermite, Plan, profil et distribution du navire La Marie-Séraphique, vers 1770, détail de l’entre-pont · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvre du domaine public, fac-similé Wikimedia Commons

Source de cette partie : [1]

Nicholas Radburn et David Eltis ont lu ce plan corps par corps, et leur étude y voit ce que le dessin seul ne dit pas : dans le pied du cabestan, une barrière de bois incommode sur laquelle les hommes sont appuyés ; dans la posture répétée, le bras « déployé au-dessus de leur tête tel un oreiller » ; aux flancs les plus larges du navire, les plus grands, et dans les intervalles plus étroits les adolescents et les enfants ; à l’arrière, des femmes dormant sur des armoires, des étagères et des rebords, certaines portant des perles aux chevilles et des pagnes à carreaux bleus.

Image d’époque — un regard, pas un constat

Détail du plan de l’entre-pont, vu de dessus, vers l’arrière du navire ; le damier de la muraille n’entre que dans l’angle supérieur gauche. Au centre, un compartiment rectangulaire dont le sol reste largement visible. Une figure y est couchée dans le sens de la longueur, vêtue d’une étoffe gris-bleu qui couvre le corps du bassin aux genoux ; contre son torse, une petite tête ronde et un petit corps sombre. À sa droite, une autre figure couchée, les deux bras levés au-dessus de la tête. À sa gauche, le long de la bordure intérieure du compartiment et à la même hauteur qu’elle, deux figures plus petites. Le long de la muraille, à gauche, d’autres figures sont couchées dans le sens de la longueur. Des lignes de points bleus marquent les jambes de plusieurs figures, dans le compartiment comme au-dehors. À droite et en bas du compartiment, des rangées de corps nus couchés en travers du navire, serrés les uns contre les autres sans aucun intervalle. Aucun visage n’est distinguable.Agrandir

Un compartiment où il reste du sol

Vers l’arrière, une baie dont le plancher se voit encore : une figure y est couchée, vêtue, un nourrisson contre elle ; une autre les bras levés ; deux plus petites contre la bordure. À droite commencent les rangées, où personne n’a d’intervalle.

Jean-René L’Hermite, Plan, profil et distribution du navire La Marie-Séraphique, vers 1770, détail de l’entre-pont vers l’arrière · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvre du domaine public, fac-similé Wikimedia Commons

Source de cette partie : [1]

Cette place se chiffre. L’étude compte 6,25 pieds carrés par personne sur cette feuille — un peu moins de six dixièmes de mètre carré. La planche du Brookes, que la Société pour l’abolition de la traite diffusa à des milliers d’exemplaires en 1789, en montre 7,17 pour ses 470 figures, et, pour les hommes qu’elle dessine, six pieds sur seize pouces — cotes que Clarkson relève, et qui font huit pieds carrés. L’image qui a servi à dénoncer l’entassement laisse donc plus de place que cette feuille-ci. Sur 251 traversées britanniques antérieures à 1789, la médiane est de 6,33 pieds carrés, et sur près de la moitié d’entre elles les captifs en avaient moins de six — ce que le commerce appelait un chargement serré.

Des enclos font exception dans cette masse. Bordés d’un damier, ils contiennent des figures enveloppées d’étoffe bleue, couchées à part, avec autour d’elles un espace que les rangées voisines n’ont pas — ce sont les seules figures vêtues de tout le plan avec celles de la section arrière. L’étude compte sept de ces figures, « à l’intérieur des écoutilles fermées », et les dit malades, tenues en quarantaine ; elle ne dit pas dans combien d’enclos. Le relevé du plan en trouve au moins trois. Nous n’avançons pas de total.

Image d’époque — un regard, pas un constat

Détail du plan de l’entre-pont. Au centre, un compartiment rectangulaire bordé d’une bande en damier noir et blanc, divisé en deux cases ; dans chacune, des figures humaines vues de dessus, enveloppées d’une étoffe bleue qui couvre le corps, la tête laissée en brun sombre, les formes se chevauchant en partie. Le fond de la case reste visible autour d’elles, alors que les rangées voisines n’ont aucun intervalle. À gauche, à droite et en dessous du compartiment, pressées contre sa bordure, des rangées de corps nus dessinés en brun très sombre, couchés en travers du navire les uns contre les autres, sans aucun espace entre eux. Au-dessus du compartiment, la rangée dont les corps sont tournés dans l’autre sens, bras allongés au-dessus de la tête, avec les disques du cabestan.Agrandir

Dans l’enclos, de la place ; autour, aucune

Un enclos bordé d’un damier, des figures enveloppées d’étoffe couchées à l’intérieur avec de l’espace entre elles, et tout autour les rangées où personne n’a d’intervalle.

Jean-René L’Hermite, Plan, profil et distribution du navire La Marie-Séraphique, vers 1770, détail de l’entre-pont · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvre du domaine public, fac-similé Wikimedia Commons

Source de cette partie : [1]

Le quatrième plan montre le pont où on les faisait monter par beau temps, et ce pont n’est pas libre. Des barriques sont rangées le long des deux bords, des marchandises empilées vers l’arrière, et une dizaine d’écoutilles grillagées percent l’axe, dont une est ouverte. Hors de la muraille, deux plates-formes en encorbellement, une par bord, et le dessin les fait pareilles : une grille du côté du pont, et vers l’extérieur une bande étroite portant quatre disques cerclés. Elles ne se font pas face. Celle de tribord est en avant, et la file de barriques s’interrompt en face d’elle : le pont y reste nu, puis les barriques reprennent au droit des deux logements à barreaux qui la flanquent, l’un vers l’avant et l’autre vers l’arrière, où des animaux sont dessinés. Celle de bâbord est bien plus en arrière, au droit des marchandises empilées, et rien ne la flanque. La fenêtre reproduite ci-dessous ne montre que la première. Deux compartiments voisins portent leur nom à l’encre rouge, chacun avec son récipient dessiné : « Cuisine », et « Chaudière à Nègres ». La nourriture des captifs a son foyer à elle, nommé sur le plan, comme leur cuisine aura sa lettre sur la feuille suivante. Une barre continue coupe le pont en travers par son milieu, et rien ne la légende ; sur le bord des grilles courent des anneaux de fer, où l’étude situe deux chaînes de pont qui s’y seraient trouvées, et auxquelles l’équipage pouvait attacher les hommes montés des écoutilles.

Image d’époque — un regard, pas un constat

Détail du plan du pont supérieur, vu de dessus, l’arrière du navire vers le haut et l’avant vers le bas. En haut, deux compartiments voisins dessinés en gris, chacun portant une inscription à l’encre rouge, pâle et difficile à lire, et un récipient : à gauche « Cuisine » avec une marmite sombre, à droite « Chaudière à Nègres » avec un grand chaudron brun-rouge. Sous eux, une barre noire continue traverse le pont d’un bord à l’autre. En dessous, deux anneaux à centre noir, un anneau à centre clair concentrique, et un disque brun-olive isolé à gauche. Le long des deux bords, des barriques couchées sont rangées côte à côte, chacune avec son bouchon marqué d’un point ; à gauche, la file s’interrompt sur une courte longueur, où le pont reste nu. Au milieu du pont, alignées dans l’axe, une dizaine de surfaces quadrillées de noir et blanc — des grilles d’écoutille — dont une, plus sombre et hachurée, paraît ouverte ; de petits anneaux sont dessinés le long de leurs bords. À gauche, hors de la muraille, une plate-forme en encorbellement en deux parties : côté navire une grille noire à mailles carrées, et vers l’extérieur une bande étroite où sont dessinés quatre disques cerclés, régulièrement espacés, chacun avec une petite anse sur son flanc. Au-dessus et au-dessous de cette plate-forme, deux logements clairs à barreaux où l’on distingue des formes animales, plusieurs dans celui du haut. En bas, un treuil couché en travers, flanqué de deux barriques et de montants rouges. Aucune figure humaine.Agrandir

Barriques, grilles, deux cages à bétail, et deux foyers nommés

Les grilles d’écoutille alignées dans l’axe, et le long de leurs bords les anneaux de fer, nombreux et réguliers. De part et d’autre, les barriques rangées contre les deux bords. En haut, deux compartiments nommés à l’encre rouge, pâle et difficile à lire : « Cuisine », et « Chaudière à Nègres ». La barre noire qui coupe le pont en travers n’est légendée nulle part. À gauche, hors de la muraille, une plate-forme en encorbellement — une grille, puis quatre disques cerclés vers l’extérieur — flanquée de deux logements à barreaux où des animaux sont dessinés.

Jean-René L’Hermite, Plan, profil et distribution du navire La Marie-Séraphique, vers 1770, détail du plan Le Pont · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvre du domaine public, fac-similé Wikimedia Commons

Source de cette partie : [1]

Au milieu de la feuille, entre les plans et les comptes, une aquarelle montre le navire à l’ancre devant une côte boisée. La feuille ne nomme pas ce mouillage ; l’étude y reconnaît la côte de Loango : le lieu même de la traite. On prend d’abord cette vue pour une marine.

Image d’époque — un regard, pas un constat

Détail fortement agrandi de la vue peinte, au milieu du navire. En haut, une toile tendue à plat au-dessus du pont, peinte en rouge. Sous elle, au-dessus de la lisse du bordage, une bande sombre et dense faite de petites touches irrégulières serrées les unes contre les autres ; plusieurs sont arrondies et se lisent comme des têtes, d’autres ne se distinguent pas. Quelques traits fins montent de cette bande, sans qu’on puisse dire s’ils appartiennent aux figures ou au gréement. En bas, la muraille du navire avec ses sabords rouges et sa frise jaune. Deux cordages traversent l’image en oblique.Agrandir

Ce qu’on prend d’abord pour un motif peint

Sous la toile tendue, au-dessus de la lisse, une bande sombre et serrée dont l’épaisseur n’excède guère la hauteur du bordage. Agrandie, elle ne se résout pas en figures : des touches irrégulières, dont certaines se lisent comme des têtes. Les deux traits obliques sont des cordages.

Jean-René L’Hermite, Plan, profil et distribution du navire La Marie-Séraphique, vers 1770, détail de la vue peinte, au milieu du navire · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvre du domaine public, fac-similé Wikimedia Commons

Source de cette partie : [1]

Cette vue n’est pas une marine. Le long du plat-bord — la pièce de bois qui borde le pont à hauteur de ceinture — court une bande sombre et serrée, sous deux grandes voiles tendues en tauds. Elle couvre un peu plus de la moitié de la coque, moins que les tauds, qui se prolongent vers l’arrière au-delà d’elle. En avant, au gaillard, la lisse porte un bastingage à claire-voie et trois ou quatre petites figures habillées et coiffées, distinctes de la bande. L’étude voit dans cette bande les 307 entassés sur le pont : ils « apparaissent sur l’image sous la forme d’une masse dense […] leurs têtes dépassant à peine des plats-bords ». Fortement agrandie, la bande ne se résout pas en figures : ce sont des touches irrégulières dont certaines se lisent comme des têtes, et quelques traits fins qui montent, sans qu’on puisse dire s’ils appartiennent aux corps ou au gréement. C’est là le partage de cette feuille : la même main dessine les corps un par un sous le pont, et les masse en un seul trait au-dessus.

Le bandeau du bas dit ce que la campagne a coûté. Son grand tableau porte les dates : traite « commencée le 25. aoust, et finie le 16. decembre. 1769 », soit trois mois et vingt et un jours ; du premier achat au départ de la côte, le 18 décembre, il s’écoule trois mois et vingt-trois jours. Le titre de la feuille en annonce trois mois et vingt-six, et n’explique pas d’où il les tire. Ce que ces dates établissent, c’est une attente : ceux qui ont été achetés en août sont restés près de quatre mois au compte du navire, le temps qu’il finisse de se remplir ; où ils l’ont attendu, à bord ou à terre, la feuille ne le dit pas. Ce qu’on a donné en échange : dix-sept colonnes de textiles ouvrent le tableau avant tout autre poste — guinées, indiennes, chaffelas et néganépeaux parmi elles —, et l’eau-de-vie, les fusils et les barils de poudre ne viennent qu’après. Une ligne s’intitule « coutumes » : ce sont les droits versés aux autorités de la côte, le prix de l’accès au marché, compté comme le reste.

Ce qu’on a pris, en regard. Le tableau a cinq colonnes : quatre qui trient les personnes selon les mots du commerce — « Negres », « Negresses », « Negrillons », « Negrittes » —, et une cinquième qui les additionne sous le titre « Têtes ». Sur la ligne des 312 livrées, la répartition est de 192, 60, 51 et 9 ; sur celle des 307 restant au départ, de 189, 60, 49 et 9. Les deux derniers mots désignent des enfants : additionnées, leurs deux colonnes font soixante enfants livrés contre les marchandises, dont neuf filles. La feuille ne dit pas à partir de quel âge on cesse d’être compté dans l’une ou l’autre colonne.

Fac-similé — le document lui-même

Détail agrandi d’un tableau manuscrit tracé à la règle. En haut, le titre « Produit à Loangue », et cinq colonnes dont les quatre premières sont intitulées à la verticale, en petites lettres : « Negres », « Negresses », « Negrillons », « Negrittes » ; la cinquième porte « Têtes ». Cinq lignes, chacune nommée à gauche et suivie de pointillés. « Pr les Marchandises cy contre », précédée d’une petite main dessinée qui pointe : 192, 60, 51, 9, 312. « Port Permis à déduire » : 3, un signe de néant, 2, puis deux signes de néant, y compris dans la colonne des Têtes. « Reste au départ » : 189, 60, 49, 9, 307. « Morts à déduire » : la case des « Negres » est traversée par une lacune du papier, une bande claire aux bords irréguliers, où le support manque, qui commence sous la ligne précédente et descend jusqu’au bas du tableau, puis 2, 2, et deux signes de néant. « Reste jusqu’à ce jour » : 184, 58, 47, 9, 298.Agrandir

La colonne des « Têtes », et ses deux néants

Descendre la colonne de droite : 312, néant, 307, néant, 298. Les deux cases marquées d’un néant sont les deux lignes où l’on retranche des personnes. Dans la moitié basse, une bande de support manque et emporte le chiffre des hommes morts.

Jean-René L’Hermite, Plan, profil et distribution du navire La Marie-Séraphique, vers 1770, détail du bloc Produit à Loangue · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvre du domaine public, fac-similé Wikimedia Commons

Source de cette partie : [1]

Au-dessus de la ligne des 307, la feuille porte les 312 livrées pour les marchandises ; entre les deux, une ligne « Port permis à déduire ». Un port permis est une place concédée par l’armateur pour un compte privé ; la pièce ne dit pas à qui. Ceux qui les occupent sortent du compte de l’armement. Où ils vont, la feuille ne le dit pas. En dessous, une ligne « Morts à déduire », une fois la côte quittée, puis « Reste jusqu’à ce jour », 298. Sur les deux lignes de déduction, la case des « Têtes » porte le signe de néant. Combien de personnes en sortent, la colonne ne le dit pas : il faut le calculer. Cinq places concédées — 312 moins 307, ou 3 et 2 additionnés sur la ligne ; neuf morts — 307 moins 298. Ni l’un ni l’autre de ces totaux n’est écrit sur la feuille. Le nombre porté au titre de la feuille n’est donc pas celui des personnes achetées : c’est un solde, comme on arrête un compte. Et « ce jour » n’est pas daté, de sorte que ces neuf morts ne se rapportent à aucune durée connue.

Ce que la vente a produit enfin : 508 150 livres, dont 78 178 seulement au comptant — moins d’un sixième —, le reste étalé en treize échéances jusqu’à vingt-quatre mois, la plus forte de 156 954 livres tombant à un an. Juste à côté de ce calendrier, un second bloc, celui des résultats, commence par : « Retour à Nantes par le dit Navire, savoir, en Scucre & Caffé » — le scripteur a écrit Scucre —, 116 372 livres. Deux tableaux voisins, l’un pour ce que les personnes rapportent, l’autre pour ce que le navire ramène — et ce sucre et ce café sont le produit du travail de gens mis dans la condition de ceux que le premier chiffre. La feuille les met côte à côte sans les relier. S’y ajoutent 72 380 livres de frais et commissions, que la feuille additionne au sucre sous un même titre, « Total des Retours », 188 752 livres et dix-neuf sols — une marchandise rentrée et une dépense engagée dans la même somme. Déduits de la vente, il reste 319 397 livres à recouvrer. Les personnes, elles, ne sont comptées qu’une dernière fois avant la vente, et la colonne s’arrête là : la feuille chiffre ce qu’elles rapportent et ne les recompte pas.

Fac-similé — le document lui-même

Détail agrandi de deux blocs voisins du bandeau comptable, tracés à la règle. À gauche, sous le titre « Vente au Cap. », une colonne de quinze lignes : « Au Comptant » 78178 livres, puis « A un Mois » 10617, « A deux Mois » 67045, « à trois Ms » 12776, « à quatre Ms » 3334, « à six Mois » 21040, « à huit Ms » 14083, « à hœuf Ms » 7142 — chiffre en partie épaissi par un pâté d’encre brune, et que le total encadré de la colonne confirme —, « à dix Mois » 2800, « à douze Ms » 156954, « à quatorze » 48800, « à quinze Ms » 31931, « à dix-huit Ms » 2250, « à vingt-quatre » 51200, et un total encadré : « Total de la Vente 508150 ». À droite, sous le titre « Resultat des Operations », quatre lignes : « Retour à Nantes par le dit Navire, savoir, en Scucre & Caffé » — lapsus du scripteur pour Sucre — 116372 livres 14 sols 11 deniers ; « Fraix & Commissions » 72380.4.2 ; « Total des Retours » 188752.19.1, « à déduire de la Vente Generale » 508150 ; et enfin « Reste à Recouvrer » 319397. Tout en bas du cadre, en très petites lettres, la mention « L’hermite fecit. »Agrandir

La vente n’est pas une somme, c’est un calendrier

Une ligne par terme de crédit, du comptant à vingt-quatre mois, et le total encadré en bas. Le comptant est la deuxième plus forte ligne de la colonne et ne fait pourtant pas un sixième du total. À droite, le bloc des résultats, où le sucre et le café rapportés à Nantes suivent immédiatement la vente. En bas du cadre, en très petit, la signature du dessinateur.

Jean-René L’Hermite, Plan, profil et distribution du navire La Marie-Séraphique, vers 1770, détail des blocs Vente au Cap et Résultat des opérations · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvre du domaine public, fac-similé Wikimedia Commons

Source de cette partie : [1]

La feuille est signée. « L’hermite fecit. » se lit au bas du bandeau comptable, sous le bloc des résultats. La signature dit qui a fait le dessin, non qui était à bord. Que L’Hermite ait fait cette campagne, c’est l’étude qui le rapporte, d’après la carrière d’officier reconstituée par Bertrand Guillet. Celui qui a dessiné l’entre-pont l’avait donc vu, et il a tracé les corps un par un comme il a numéroté les futailles une par une.

Sources de cette partie : [1] · [2]

Voir les preuves précises et leurs limites

Le bloc « Produit à Loangue » de la feuille de 1770 compte les captifs de la campagne de 1769-1770 en cinq lignes et cinq colonnes — Negres, Negresses, Negrillons, Negrittes, et un total intitulé « Têtes ». La répartition est portée ligne à ligne : 192, 60, 51 et 9 pour les marchandises livrées, soit 312 ; 189, 60, 49 et 9 au « Reste au départ », soit 307 ; 184, 58, 47 et 9 au « Reste jusqu’à ce jour », soit 298. Négrillons et négrittes sont les mots par lesquels ce commerce désigne les enfants : soixante d’entre eux sont livrés contre les marchandises — 51 et 9 —, deux passent au compte privé avec les ports permis, et cinquante-huit restent au compte de l’armement au départ de la côte. Le chiffre des négrittes est le seul qui ne varie sur aucune ligne. La colonne des totaux n’est remplie que sur les trois lignes de solde. Les deux lignes de déduction — « Port permis à déduire » et « Morts à déduire » — laissent leur case de total au signe de néant. Les cinq ports permis et les neuf morts ne sont donc pas portés par la pièce : ils s’obtiennent en soustrayant ses soldes. Les 307 du cartouche ne sont pas les personnes achetées mais un solde ; les personnes livrées contre les marchandises sont 312.

  • Source [1] — feuille de 1770, bloc « Produit à Loangue », cinq lignes relevées colonne par colonne sur le fac-similé de 12 827 × 17 889 pixels le 15 août 2026

À garder en tête : Une cellule manque : le chiffre des Negres à la ligne des morts tombe sur une lacune du papier, contrôlée au master, où ne subsistent que deux traces d’encre illisibles. Il vaut 5 par soustraction dans sa colonne, 189 moins 184, et il n’a pas été lu. Le contrôle documentaire du 15 août 2026 a écarté la seconde vérification qu’une première rédaction revendiquait — 9 moins 2 moins 2 dans sa ligne : ce 9 n’est pas porté par la feuille, il vient de 307 moins 298, deux totaux qui contiennent déjà 189 et 184. Les deux chemins n’en font qu’un ; la valeur tient, la double confirmation non. Les cinq catégories sont celles de la pièce, et elles sont citées comme telles : la prose du site ne les reprend pas à son compte. La feuille ne donne aucun seuil d’âge ni de taille entre ses colonnes d’adultes et ses colonnes d’enfants ; les répartitions publiées sont donc celles que l’armement déclare, selon des critères qu’il n’explicite pas. Les neuf morts ne mesurent pas la traversée entière : le compte part du départ de la côte, le 18 décembre 1769, et s’arrête à un « ce jour » que la feuille ne date pas. Les ports permis sont les places concédées par l’armateur pour un compte privé ; la pièce ne dit pas à qui.

Le tableau général de la traite de 1769 range dix-sept colonnes de textiles avant tout autre poste — guinées, indiennes, chaffelas, bagutapaux, néganépeaux, grands liménéas, tapsels, nicanais, coupis, boulanges, brolles, corots, baguets, draps —, puis l’eau-de-vie, les fusils, les barils de poudre et l’étain. Ses lignes distinguent la traite générale, les coutumes, les courtages et présents, les frais et la consommation du bord. La traite est commencée le 25 août et finie le 16 décembre 1769, et le navire quitte la côte le 18 : entre le premier achat et le départ, il s’écoule près de quatre mois, que les premières personnes achetées passent à bord pendant que le navire finit de se remplir.

  • Source [1] — feuille de 1770, « Tableau général de la traite du dit navire », contrôlé sur le fac-similé le 15 août 2026
  • Source [2] — § 28, sur les durées passées à bord sur la côte africaine et l’entassement croissant à mesure que le navire se remplit

À garder en tête : Les noms de tissus sont ceux du commerce de l’époque et désignent des pièces de dimensions convenues, non des étoffes identifiables sans étude spécialisée. La ligne des coutumes correspond aux droits versés aux autorités de la côte ; la pièce ne dit pas à qui. La feuille ne se recoupe pas elle-même sur la durée : son cartouche annonce la traite faite « en 3 mois 26 jours », quand les dates portées par le tableau — du 25 août au 16 décembre — en comptent 21, et 23 jusqu’au départ du 18 décembre. Les deux mentions sont publiées sans être conciliées.

Le plan de l’entre-pont de la feuille de 1770 dessine les captifs un par un, et non en gabarit répété : ils diffèrent de taille, de corpulence et d’attitude. Radburn et Eltis y lisent que les hommes les plus grands occupent les côtés les plus larges du navire, que les adolescents et les enfants sont poussés dans les espaces intermédiaires plus étroits, que des femmes dorment sur des armoires, des étagères et des rebords, certaines portant des perles aux chevilles et des pagnes à carreaux bleus, l’une, en long vêtement, allaitant un nourrisson ; et que le pied du cabestan traverse la zone des hommes en y formant une barrière de bois sur laquelle ils s’appuient. Le relevé au master y montre que les rangées ordinaires sont couchées en travers du navire, tête vers le bordé et pieds vers l’axe, et qu’une seule rangée, au pied du cabestan, rompt cette orientation : ses corps sont couchés dans le sens de la longueur, perpendiculaires aux rangées voisines, tête vers la cloison de ballots et bras allongés au-dessus de la tête jusqu’à elle — la posture même que l’étude décrit ailleurs, « le bras gauche déployé au-dessus de leur tête tel un oreiller ». Le plan porte en outre, en avant de la réserve à voiles et cordages, au moins trois enclos bordés du même damier, contenant chacun deux à quatre figures enveloppées d’étoffe bleue, couchées à part et disposant d’un espace que les rangées voisines n’ont pas. L’étude en compte sept et y voit des captifs malades mis à l’écart.

  • Source [1] — feuille de 1770, plan de « L’entre-pont », relevé au master le 16 août 2026 : au moins trois compartiments à bordure en damier contenant des figures enveloppées de bleu, en avant de la réserve à voiles et cordages ; pied de cabestan et rangée de corps couchés dans le sens de la longueur au même relevé. Le total de figures par case, publié un temps, a été retiré : le site n’en avance pas
  • Source [2] — § 21-22 : « cette description des esclaves individuels à bord de la Marie-Séraphique est plus authentique que l’image schématique du Brooks » ; description des tailles, des rebords, des perles aux chevilles, de la femme qui allaite, du cabestan, et des « sept captives enveloppées de tissu bleu […] à l’intérieur des écoutilles fermées » ; note 24 pour les appuis de la déduction : « pour l’utilisation de zones fermées réservées aux malades, voir S. Lambert (dir.), HCSP, LXIX, p. 35 ; Testimony of Robert Norris, ibid., LXVIII, p. 5 ; Testimony of Archibald Dalzell, ibid., LXIX, p. 121 ; pour l’utilisation de vêtements quand les esclaves étaient malades, voir Testimony of Ecroyde Claxton, ibid., LXXXII, p. 33 » — et, pour le port de vêtements et de perles par les femmes et les enfants esclavisés, le Journal Book de Henry Smeathman, 17 décembre 1771

À garder en tête : Le dessin donne l’aménagement prévu et l’occupation que le dessinateur a voulu figurer, non un relevé fait un jour donné. Presque tout ce qui précède est la lecture de Radburn et Eltis : la pièce ne légende ni les sexes, ni les âges, ni les états, et le contrôle au master ne confirme que des formes. Sur les enclos, le relevé du 16 août 2026 s’écarte de l’étude et l’écart n’est pas résolu. L’étude compte sept figures dans « les écoutilles fermées » ; le balayage du plan en trouve au moins trois enclos distincts — vers y 5875-6350, y 7380-7960 et y 7930-8380 —, soit davantage de figures. Le site ne publie donc aucun total à lui, et il ne reprend pas celui de l’étude comme un relevé. Que ces personnes soient malades est une déduction, non une lecture. La note 24 du chapitre renvoie séparément à des témoignages sur les zones fermées réservées aux malades et sur le vêtement donné aux malades ; l’étude, elle, énonce directement la conclusion : ces figures sont « les captives malades que l’équipage essayait de maintenir en quarantaine loin de leurs compagnes de voyage ». Ce qui appartient au site n’est donc pas la lecture, mais le raisonnement qui croise ses deux renvois pour l’étayer, et la réserve qui suit. Ces témoignages ne sont pas au fonds. Une lecture concurrente du vêtement reste ouverte, et la même note la porte : le Journal Book de Smeathman observe des vêtements et des perles chez les femmes et les enfants esclavisés, sans rapport avec la maladie. Le vêtement n’est du reste pas propre à ces enclos : la section arrière du plan montre des pagnes bleutés, une figure enveloppée d’étoffe grise et une femme en vêtement long tenant un nourrisson. Le sexe de ces personnes n’est pas établi : la traduction française emploie le féminin au fil d’un passage sur le logement des femmes, mais les enclos sont en avant de la réserve à voiles et cordages, du côté que la même étude attribue aux hommes et aux garçons, et c’est la section arrière, non celle-ci, qui porte les plateformes dont l’étude écrit qu’il n’y en a aucune du côté des hommes. L’original anglais n’a pas été consulté. Une rédaction du 16 août 2026 a décrit cette rangée comme des figures debout, bras levés : sur un plan vu de dessus, un corps tracé en pied est un corps couché, et le contrôle documentaire l’a redressé. L’étude ne décrit aucune personne debout dans l’entre-pont.

Calculé par l’étude pour la campagne de 1769-1770, l’espace dont dispose chaque captif à bord de la Marie-Séraphique est de 6,25 pieds carrés, soit 0,58 m². La planche du Brookes, emblème de l’entassement, en montre 7,17 pour ses 470 figures, soit 0,67 : elle est donc moins entassée que la feuille nantaise. Sur cette même planche, les hommes sont dessinés dans des espaces de six pieds sur seize pouces — cotes que Thomas Clarkson relève, et qui font huit pieds carrés ; la planche est l’œuvre de dessinateurs de la Société pour l’abolition de la traite, qui n’avaient pas vu le navire. Sur 251 traversées antérieures à 1789, l’étude donne une médiane de 6,33 pieds carrés ; sur 27 % seulement de ces traversées les captifs étaient moins entassés que ne le montre le Brookes, et sur 45 % — 114 sur 251 — ils disposaient de moins de 6 pieds carrés, ce que le commerce appelait « tight packing ». Sur les six expéditions de la Marie-Séraphique, l’espace par personne va de 6,25 pieds carrés en 1769-1770 et 5,58 en 1772-1773 jusqu’à 4,5 en 1776-1777, son dernier voyage, en passant par 5 en 1765-1766, 6 en 1770-1771 et 5,17 en 1773-1774.

  • Source [2] — corps du chapitre : « les captifs occupent simplement 1,98 m² par personne » ; « les 470 captifs décrits sur le dessin disposaient chacun en moyenne de 2,18 m² » ; « l’espace disponible en moyenne par esclave lors de 251 voyages ayant eu lieu avant 1789 était de 2,44 m² ; lors de seulement 68 de ces voyages (27 %), les captifs étaient moins entassés que ne le montre le Brooks » ; « lors de 114 des 251 voyages (46 %) […] moins de 1,83 m² par personne ». Note 26 pour la série des six expéditions : 1,5 (1765-1766), 1,91 (1769-1770), 1,83 (1770-1771), 1,70 (1772-1773), 1,57 (1773-1774), 1,32 (1776-1777)

À garder en tête : Les surfaces ne sont pas relevées sur plan. Pour cette feuille, les auteurs ajoutent aux 1 637 pieds carrés de la surface horizontale des salles les 276 pieds carrés des plateformes du logement des femmes, et divisent les 1 913 obtenus par 307 personnes. Le quotient est 6,2313, que l’étude arrondit au pouce et écrit « six pieds trois pouces » : 6,25. Elles servent à comparer, non à mesurer un espace réellement occupé. **Les valeurs sont celles de l’édition anglaise de 2019, en pieds carrés, et leur conversion faite ici. Aucune valeur de la traduction française de 2024 n’est reprise** : celle-ci convertit les surfaces en divisant par 3,28, le nombre de pieds dans un mètre, opération qui convient à une longueur et non à une aire, laquelle demande 10,76. Toutes ses surfaces en sont multipliées par un peu plus de trois — 499 m² pour la coque, 2,18 m² par personne sur la planche du Brookes, 1,91 et 1,70 pour les deux campagnes suivies. L’erreur est celle de la traduction, non des auteurs : l’original ne porte aucune surface en mètres carrés. Contrôlé sur le texte publié dans le Journal of Interdisciplinary History, XLIX-4, 2019, p. 533-565, le 16 août 2026. Une conséquence : la distinction que ce dépôt faisait entre 1,98 m² « lu sur le dessin » et 1,91 m² « calculé dans la base des voyages » n’a pas d’objet, l’original portant 6,25 pieds carrés dans les deux cas. Les deux campagnes que ces feuilles documentent ne sont pas les deux moins entassées des six : celle de 1770-1771, que le dossier ne suit pas, laissait 6 pieds carrés, moins que 1769-1770 et plus que 1772-1773. L’étude avertit que l’image « ne traduit pas complètement l’entassement des Africains à bord de la Marie-Séraphique parce que les captifs avaient moins d’espace, parfois beaucoup moins, lors de ses cinq autres expéditions ». La traduction française porte par ailleurs une coquille d’unité sur le Veloz — « 61 cm² » pour un espace qui, d’après ses propres chiffres, vaut environ 0,59 m² ; ce chiffre n’est pas repris.

La feuille dressée pour la campagne de 1769-1770 de la Marie-Séraphique ne montre pas un navire : elle réunit dans un seul cadre quatre plans, une vue peinte et les comptes de l’expédition. Son cartouche compte dans la même phrase « la quantité de 307 captifs divers, en 3 mois 26 jours » et, « ayant en calle, sur le pont, et dans la chaloupe, 351 bariques d’eau », Le renvoi aux plans, « suivant les plans cy dessous », ne porte que sur les barriques ; les captifs n’en reçoivent aucun, et le « dont la vüe est cy dessous » qui les précède se rattache à Loangue. Sur les deux plans de la cale, les futailles — dessinées une à une, chacune portant à l’encre rouge son chiffre de contenance — occupent tout l’espace sauf l’arrière, où des compartiments nommés reçoivent les vivres : « Soutte à Poudre », « Soutte à Pain, contenant 3000 livres remplis de Magnoc pris à Saint Thomé », « Soutte à Pain, contenant 9330 livres », et des soutes à fèves et à ris chiffrées en gamelles — 870, 1210 et 500 —, c’est-à-dire en rations servies. Deux des cinq registres de la feuille portent des corps humains : le plan de l’entre-pont, et la vue peinte, où une bande sombre et serrée court le long du plat-bord sous les deux voiles tendues en tauds — une claire vers l’arrière, une rouge au milieu du navire. Radburn et Eltis situent cette vue « à l’ancre au large de Loango » et y lisent l’entassement des 307 sur le pont : les captifs « apparaissent sur l’image sous la forme d’une masse dense […] leurs têtes dépassant à peine des plats-bords et protégées du soleil par deux larges voiles ». Le cartouche nomme l’armateur Grüel, le capitaine Gaugy, la traite faite à Loangue et le départ du 18 décembre 1769.

  • Source [1] — feuille de 1770, cartouche, quatre plans et vue peinte, contrôlés sur le fac-similé de 12 827 × 17 889 pixels le 15 août 2026 ; soutes, gamelles et plat-bord relus au master le même jour
  • Source [2] — § 23, lecture de la vue peinte de la feuille de 1770 : le navire y est décrit « à l’ancre au large de Loango » ; « l’encombrement du pont de la Marie-Séraphique, où s’entassaient 307 esclaves » ; « les captifs apparaissent sur l’image sous la forme d’une masse dense […] leurs têtes dépassant à peine des plats-bords et protégées du soleil par deux larges voiles ». § 22 pour la lecture inverse du plan de l’entre-pont, « description des esclaves individuels »

À garder en tête : Le dessin donne l’arrimage prévu, non un relevé fait pendant la traversée. Le nombre de 351 barriques est celui que la feuille déclare — une première rédaction lisait 361, et le contrôle documentaire du 16 août 2026 a rétabli 351 sur le master : le chiffre du milieu a la barre supérieure plate et la panse basse ouverte du 5, quand les 6 de la même main portent une boucle fermée et une hampe courbe. Le fac-similé publié laisse lire la ligne, comme les 307 personnes : ce sont deux postes du même inventaire, dressé par ceux qui en rendaient compte. Les quatre plans sont orientés poupe en haut : « Le Pont » porte son éperon et son beaupré au bas de la planche, et la pointe fine qui termine les plans de cale par le haut est l’étambot, non l’étrave. Les soutes occupent donc l’arrière de la cale — ce que confirme la coupe de 1773, orientée par la chambre du capitaine, qui y range les mêmes soutes à poudre, à pain, à fèves et à ris, et ce que Radburn et Eltis écrivent de leur côté. La bande ne court pas sur toute la longueur du bord : relevée au master, elle va de x ≈ 4150 à x ≈ 6000 sur une coque qui court de x ≈ 3690 à x ≈ 7030, soit un peu plus de la moitié. Les tauds se prolongent vers l’arrière au-delà d’elle : le taud clair couvre la lisse bien en arrière du début de la bande, là où elle porte des figures colorées et habillées parmi les sombres. Une rédaction antérieure disait que les deux emprises coïncidaient ; le relevé au master la dément. En avant, la lisse est nue, hors trois ou quatre figures isolées et vêtues au gaillard d’avant ; en arrière, sur le gaillard, elle porte des figures colorées et habillées parmi les sombres. Une première rédaction écrivait « sur toute la longueur » et « d’un bout à l’autre » : c’était faux. Sur la vue peinte, ce que porte le plat-bord ne se résout pas non plus en figures individuelles : au master, agrandi dix fois, la bande est faite de touches sombres irrégulières dont certaines se lisent comme des têtes. C’est ce que l’étude décrit elle-même — « une masse dense » —, et c’est l’inverse du plan de l’entre-pont, où la même main dessine les captifs un par un. Aucun geste individuel n’y est donc établissable : un bras levé au centre, publié du 15 au 16 août 2026, a été retiré, ces traits fins montant de la masse ne se distinguant pas d’un cordage ni d’une touche de pinceau. L’identification du mouillage est celle de l’étude, non de la feuille, qui ne nomme pas sa côte.

Le quatrième plan de la feuille de 1770, intitulé « Le Pont », montre que le pont supérieur n’était pas un espace vide. On y voit des barriques rangées le long des deux bords, des écoutilles grillagées dont l’une est ouverte, des marchandises empilées vers l’arrière ; hors de la muraille, deux plates-formes en encorbellement, une par bord, de même construction — une grille du côté du pont, et vers l’extérieur une bande étroite portant quatre disques cerclés ; elles ne sont pas vis-à-vis. Celle de tribord est en avant, et la file de barriques du même bord s’interrompt en face d’elle, le pont y restant nu ; les barriques reprennent au droit des deux logements à barreaux où des animaux sont dessinés, qui la flanquent l’un vers l’avant et l’autre vers l’arrière. Celle de bâbord est bien plus en arrière, au droit des marchandises empilées, et n’a aucun logement. Une barre continue traverse le navire par son milieu. Deux compartiments voisins y sont légendés à l’encre rouge, chacun avec son récipient dessiné : « Cuisine », où figure une marmite sombre, et « Chaudière à Nègres », où figure un grand chaudron. Radburn et Eltis décrivent sur ce pont des anneaux de fer, placés sur le bord des grilles, indiquant l’endroit où deux longues « chaînes de pont » se seraient trouvées le long du pont avant, et auxquelles l’équipage pouvait attacher les hommes dès leur montée, les confinant entre les barriques et une barrière de bois appelée barricado. Ils comptent quarante et un hommes d’équipage, qui restaient presque tous de l’autre côté de cette barrière.

  • Source [1] — feuille de 1770, plan « Le Pont », relevé au master les 16 août 2026 : barriques le long des deux bords, écoutilles grillagées dont une paraît ouverte, deux plates-formes en encorbellement de même construction — grille inboard, bande étroite à quatre disques cerclés vers l’extérieur —, celle de tribord (à gauche sur la planche, puisque l’avant y est en bas) au master en x 9190-9535 et y 6795-7320, celle de bâbord de y 4053 à 4580, son bord droit passant de x 11762 en y 4200 à x 11808 en y 4500 — le dessin est incliné et une plage unique en x n’y serait pas exacte ; les deux logements à barreaux où sont dessinés des animaux flanquent la seule plate-forme de tribord, y 6336-6790 vers l’arrière et y 7330-7800 vers l’avant, sur la largeur de sa grille ; la file de barriques de tribord, relevée en luminance sur la bande x 9650-9950 — bande choisie hors de la plate-forme, dont le bord intérieur s’arrête à x 9547 —, court de la barre jusqu’à y 8602 avec une seule interruption, tout entière en face de la plate-forme et non des logements : y 6770-7311 en moyenne de bande, y 6807-7247 si l’on prend les bords des futailles les plus proches de la muraille, contre y 6795-7320 pour la plate-forme ; les deux logements ont des barriques en regard sur toute leur hauteur ; la barre continue en travers par le milieu est relevée à y 5497-5531, en sorte que la plate-forme de bâbord est en arrière d’elle et celle de tribord en avant ; marchandises empilées vers l’arrière ; et les deux compartiments légendés à l’encre rouge « Cuisine » et « Chaudière à Nègres », fenêtre 10240,5100–11060,5450 pour ces seules inscriptions
  • Source [2] — § 23 : « le pont supérieur de la Marie-Séraphique n’était pas une zone vide, comme dans le cas du Brooks : on y stockait en fait des barriques d’eau, de la nourriture, des marchandises destinées au commerce, du bétail en cage et les treuils et poulies » ; anneaux de fer, « chaînes de pont », barricado, et les quarante et un hommes d’équipage

À garder en tête : Le plan donne l’aménagement, non l’usage constaté un jour donné. Les chaînes de pont ne sont pas dessinées et l’étude n’en parle qu’au conditionnel : ce sont les anneaux qui les signalent, et leur emploi est établi par les témoignages du commerce, non par la pièce. Le nombre de quarante et un hommes d’équipage et leur position viennent de l’étude, non du dessin, et l’étude écrit « presque tous ». **L’identification du barricado sur ce plan n’est pas celle de l’étude** : celle-ci écrit que la barrière « qu’on voit sur l’image de 1893 », c’est-à-dire sur la feuille de 1773, s’appelait le barricado. Que la barre continue portée en travers du plan de 1770 soit ce même dispositif est une inférence du site, plausible — elle sépare la partie arrière, où sont la cuisine et les logements, de la partie avant où sont les barriques et les grilles — mais non établie, et la feuille ne la légende pas. Les inscriptions « Cuisine » et « Chaudière à Nègres » sont en revanche relevées directement sur la pièce.

Le bloc « Vente au Cap » de la feuille de 1770 étale le produit de la vente sur quatorze lignes : 78 178 livres au comptant, puis treize échéances à un, deux, trois, quatre, six, huit, neuf, dix, douze, quatorze, quinze, dix-huit et vingt-quatre mois. La plus forte de toutes est celle de douze mois, 156 954 livres ; la dernière, à vingt-quatre mois, porte encore 51 200. Le total imprimé est de 508 150 livres, et les quatorze lignes y somment exactement. Le bloc voisin, « Résultat des opérations », porte en regard 116 372 livres de sucre et de café rapportés à Nantes par le navire et 72 380 de frais et commissions, soit 188 752 livres de retours ; déduits de la vente générale, il reste 319 397 livres à recouvrer.

  • Source [1] — feuille de 1770, blocs « Vente au Cap » et « Résultat des opérations », quatorze échéances et quatre lignes de résultat relevées sur le fac-similé le 15 août 2026

À garder en tête : Ce sont les comptes de l’armement présentés à ses intéressés, en livres tournois, non un registre administratif. Le contrôle de la somme a été refait le 15 août 2026 au soir, après qu’une première lecture eut lu 7 842 au lieu de 7 142 à l’échéance de neuf mois : les quatorze lignes tombent désormais au sou près sur le total que la pièce imprime. Le « total des retours » additionne des marchandises rapportées et des frais et commissions, deux natures que la pièce ne distingue pas dans son addition. Les 319 397 livres sont un solde à recouvrer aux Antilles au moment où la feuille est dressée, non une perte : elle ne dit pas s’ils l’ont été.

La feuille de 1770 est signée : « L’hermite fecit. » se lit au bas de son bandeau comptable, sous le bloc des résultats. Jean-René L’Hermite était officier de la Marie-Séraphique et fit le voyage de 1769-1770 ; il servait comme second lieutenant lors de la campagne de 1772-1773 et comme premier lieutenant en 1773-1774. Les auteurs de cette feuille ont donc vu l’entassement qu’ils dessinent, à la différence des dessinateurs abolitionnistes de la planche du Brookes — le plan imprimé d’un négrier de Liverpool, devenu l’emblème de la campagne abolitionniste anglaise —, dont l’étude établit qu’aucun n’avait vu le navire qu’ils dessinaient.

  • Source [1] — feuille de 1770, mention « L’hermite fecit. » au bas du bandeau comptable, contrôlée sur le fac-similé le 15 août 2026
  • Source [2] — § 18 et note 20 pour les dates de réapparition, les grades de L’Hermite et l’hypothèse de Bertrand Guillet sur une seconde main ; § 12 pour les deux artistes de la SEAST qui n’avaient pas vu le navire

À garder en tête : L’étude écrit qu’« aucun des deux artistes de la SEAST n’avait vu le bateau, et encore moins ses captifs » : elle parle du Brookes lui-même, non des négriers en général, et n’écrit nulle part que la planche fut « dessinée à terre ». Radburn et Eltis tiennent cette feuille-ci pour anonyme et donnent pour signée celle de 1773 : le contrôle du fac-similé établit l’inverse. Celle de 1770 porte la mention, petite et placée dans les comptes plutôt que sur l’image, et celle de 1773 n’en porte aucune. Leur « peinture de 1893 » et leur « représentation de 2005 » désignent des dates de réapparition, non d’exécution — 1893 pour la feuille de la vente au Cap, 2005 pour celle-ci ; c’est ce qui a d’abord fait porter à la campagne de 1769-1770 un grade qui appartient à celle de 1772-1773. L’étude ne dit pas quel grade L’Hermite tenait en 1769-1770. Un fecit signe l’exécution et n’exclut pas un collaborateur : Bertrand Guillet attribue une seconde main à Jean-Baptiste Fautrel-Gaugy, capitaine du navire, et cette part reste une hypothèse. Les deux hommes ont passé chacun 1 716 jours à bord entre 1769 et 1775.

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Kinamina, Loango, puis le Cap-Français, 1772-1773

Le jour où la vente s’ouvre

Trois ans plus tard, la maison Gruel fait dresser une seconde feuille, et elle ne ressemble pas à la première. Celle de 1770 était un plan de travail ; celle-ci est une pièce d’apparat — un cartouche ovale entouré de guirlandes, des rinceaux peints sur les quatre côtés, une rade animée de voiles. Une maison qui fait de sa campagne un ornement de mur : c’est le premier écart entre les deux, et il ne se chiffre pas.

Image d’époque — un regard, pas un constat

Feuille dessinée et aquarellée, reproduite entière et donc très réduite, dans un cadre à rinceaux peints. En haut, un cartouche ovale entouré de guirlandes porte un titre en capitales. Au centre, occupant près de la moitié de la feuille, une grande aquarelle : un navire à deux mâts à l’ancre, vu par le travers, devant une côte montagneuse et une rade où naviguent d’autres voiles ; le pont du navire est couvert d’une foule de petites figures et plusieurs embarcations sont rangées le long du bord. Sous l’aquarelle, une coupe longitudinale du navire légendée de A à Q, encadrée de deux colonnes de texte, avec une échelle en pieds. En bas, un bandeau de tableaux comptables à colonnes serrées, illisibles à cette taille, dont les intitulés annoncent le tableau général de la traite, la mise dehors, le produit à la côte, la vente au Cap et le résultat des opérations.Agrandir

Une campagne encadrée comme un tableau

Cartouche ovale à guirlandes et encadrement à rinceaux peints : la seconde feuille est une pièce d’apparat là où la première était un plan de travail. La vue occupe la moitié haute, la coupe la traverse, les comptes tiennent le bas.

Attribué à Jean-René L’Hermite — la feuille ne porte pas de signature —, Vue du cap Français et du navire La Marie-Séraphique de Nantes, vers 1773 · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvre du domaine public, fac-similé Wikimedia Commons

Source de cette partie : [1]

Le cartouche donne au navire une date plutôt qu’un sujet : « Vue du Cap Français et du N<sup>re</sup> la Marie Seraphique de Nantes, capitaine Gaugy, le jour de l’ouverture de sa vente, troisième voyage d’Angole, 1772.1773. » Il donne l’année, et il y ajoute un jour — qu’il nomme sans le dater ; c’est le bandeau comptable, plus bas, qui donnera le 14 janvier. Ce que la feuille représente n’est ni un navire ni un port : c’est une journée de commerce, et le commerce est celui de personnes.

La vue montre cette journée. Le navire est à l’ancre devant le Cap-Français, les hauteurs de Saint-Domingue derrière lui, le pont couvert de monde sur toute sa longueur. Deux sortes de figures s’y tiennent. Les unes portent des habits de couleur, des chapeaux, des bas clairs ; elles vont et viennent, et plusieurs ont le bras tendu. La feuille ne les nomme pas, mais son cartouche date la scène du jour où la vente s’ouvre : ce sont selon toute vraisemblance les acheteurs, et c’est la seule image de ce dossier où l’on voie ceux qui achètent. Les autres sont sombres et sans vêtement, serrées en groupes contre le bordage et au pied des mâts.

Au milieu du navire, un escalier extérieur descend de la coupée jusqu’à l’eau, et une figure nue s’y trouve ; un homme en tricorne se tient au bas des marches. Le long du bord, une chaloupe : ses rameurs, en chemise blanche et chapeau, se tiennent debout à leurs avirons. Devant elle, une seconde embarcation dont la coque passe au premier plan, et où des figures nues sont assises basses, épaules à peine au-dessus du bord. Rien de tout cela n’est légendé sur la feuille. Elle le peint ; ce qu’elle chiffre plus bas, ce sont les personnes.

Image d’époque — un regard, pas un constat

Détail de l’aquarelle : une bande médiane du navire, l’arrière vers la gauche, sans la poupe ni la proue. Sur le pont, deux sortes de figures. Les unes portent des habits de couleur — bleu, jaune, rose —, des chapeaux et des bas clairs ; elles se tiennent parmi les autres, et plusieurs ont le bras tendu vers elles ; l’une pose la main à plat sur le crâne d’une figure sombre placée devant elle. Les autres sont sombres et sans vêtement, serrées en groupes contre le bordage et au pied des mâts ; on distingue leurs têtes et leurs épaules alignées. À l’arrière, sur le gaillard, des figures en robe blanche et en habit se tiennent au bastingage. Au milieu du navire, un escalier extérieur descend de la coupée jusqu’à l’eau : une figure nue s’y trouve, un homme en tricorne se tient au bas des marches. Le long du bord, une grande chaloupe dont les rameurs, en chemise blanche et chapeau, se tiennent debout à leurs avirons rouges, figurés en pied jusqu’aux culottes claires. Devant elle, une seconde embarcation dont la coque passe au premier plan et masque le bas de la première : des figures nues y sont assises basses, on ne voit que leurs têtes et leurs épaules au-dessus du bord. À l’extrême bord gauche, une figure vêtue et coiffée d’un chapeau, tenant un objet vertical, debout à l’extrémité d’une troisième embarcation dont le cadrage ne montre pas la coque. Aucun visage n’est distinguable.Agrandir

Le pont, le jour où la vente s’ouvre

Les figures en habits de couleur circulent parmi les autres ; plusieurs tendent le bras vers elles, et l’une pose la main sur une tête. Celles qui sont sombres et sans vêtement sont tenues en groupes contre le bordage et au pied des mâts. À l’escalier de coupée, quelqu’un est sur les marches, entre les habits du haut et l’homme en tricorne qui attend en bas. La chaloupe accostée a ses rameurs debout aux avirons ; devant elle, une seconde barque où des personnes nues sont assises basses.

Attribué à Jean-René L’Hermite — la feuille ne porte pas de signature —, Vue du cap Français et du navire La Marie-Séraphique de Nantes, vers 1773, détail du navire et de ses embarcations · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvre du domaine public, fac-similé Wikimedia Commons

Source de cette partie : [1]

Sous la vue, une coupe du navire, légendée de A à Q. Elle nomme les soutes que le plan de 1770 nommait déjà — poudre, pain, fèves, ris — et deux espaces qu’il laissait muets : la soute à voiles et l’arche-pompe. Les logements, elle est seule à les nommer. Quatorze lettres, J, O et P sautées. Trois reviennent aux captifs — « Parc aux Femmes » à l’arrière, « Parc aux Hommes » sur tout le reste de l’entre-pont, l’une et l’autre « chaffaudés », c’est-à-dire pourvus de plateformes superposées, et une « Cuisine à Nègres ». Ces trois-là ne portent aucun chiffre. Trois autres lettres en portent un : « Cale contenante 335 B<sup>qs</sup> d’Eau », « 16 Cabanes d’Équipages », « 4 Cabanes d’Équipages ». La feuille compte l’eau et les couchages de l’équipage, et laisse les captifs sans nombre.

Image d’époque — un regard, pas un constat

Coupe longitudinale du navire, dessinée et aquarellée, encadrée d’une colonne de légende de chaque côté. Le titre « Coupe du navire » est porté au-dessus. Le navire est vu de profil, l’arrière à gauche, l’éperon et le beaupré à droite. Trois niveaux se lisent. En haut, les cabines et les aménagements : à l’arrière A, la chambre du capitaine, B, celle du second, C, seize cabanes d’équipage, et E, la cuisine à nègres ; tout à l’avant sous le gaillard D, quatre autres cabanes ; entre les deux H, la soute à voiles. Au milieu, l’entre-pont, vide sur le dessin, coupé en deux par cette soute : du côté de l’arrière F, le parc aux femmes, puis G, le parc aux hommes, sur tout le reste de la longueur jusqu’à l’étrave — l’une et l’autre lettre portée deux fois, et une accolade les réunit sous le mot « Chaffaudés ». En bas la cale, Q, « contenante 335 barriques d’eau », lettre portée trois fois : son tiers arrière est pris par les soutes I à poudre, K à pain, L à fèves et M à ris, les barriques serrées en rangées occupent tout le reste, et N, l’arche-pompe, se trouve au premier tiers. Aucune des deux lettres des parcs ne porte de chiffre. Au bord supérieur du détail, une bande de mer et les rinceaux du cadre appartiennent à la vue qui surmonte la coupe sur la feuille. Une échelle en pieds court sous la coque, graduée jusqu’à 78.Agrandir

Chaque espace du bord porte un nom

L’empilement se lit d’un coup : le « Parc aux Hommes », marqué G, court jusqu’à l’étrave au-dessus d’une cale où les barriques d’eau occupent tout ce que les soutes ne prennent pas. La cale reçoit son chiffre, les deux parcs n’en reçoivent aucun.

Attribué à Jean-René L’Hermite — la feuille ne porte pas de signature —, Vue du cap Français et du navire La Marie-Séraphique de Nantes, vers 1773, détail de la Coupe du navire · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvre du domaine public, fac-similé Wikimedia Commons

Source de cette partie : [1]

Le bandeau du bas date la campagne au jour près. La traite d’abord : « commencée a Kinamina le 16. juin 1772. a Loangue le 19. aoust, et finie le 14. 9<sup>bre</sup> » — deux lieux d’achat successifs sur la côte, quatre mois et vingt-neuf jours, là où la feuille de 1770 n’en nommait qu’un. Kinamina, la feuille l’écrit et n’en dit rien de plus ; nous ne savons pas le situer. La vente ensuite, « depuis le 14 j<sup>er</sup> au 13 fév<sup>r</sup> 1773 » : un mois.

Carte éditoriale — schéma d’orientation

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Carte du golfe de Guinée méridional et de la côte d’Afrique centrale, surmontée du surtitre « 1770 et 1772 · Deux campagnes, un seul lieu de traite situable » et du titre « Où la Marie-Séraphique a traité ». Le cadre va du quatrième au dix-huitième degré de longitude est, et du premier degré nord au septième degré sud ; la mer occupe la moitié gauche, la terre la moitié droite, séparées par une côte qui descend en diagonale. Un trait ocre épais suit ce littoral depuis un carré évidé posé au cap Lopez, un peu au sud de l’équateur, jusqu’à un second carré évidé posé à l’embouchure du Congo ; il épouse le rivage et s’enroule en trois boucles autour des lagunes du Gabon. Le long de ce trait, côté terre, en grandes capitales espacées et inclinées comme la côte, la mention CÔTE DE LOANGO. Aux trois quarts du chemin depuis le cap Lopez, un point plein cerclé d’un halo marque Loangue, nommé à sa gauche, avec dessous deux lignes citées : « qui a traité a Loangue », 1770, et « a Loangue le 19. aoust », 1772. En haut à gauche, dans le golfe, une petite île porte un cercle évidé nommé São Tomé, légendé « Magnoc pris à Saint Thomé » et « trois mille livres — une provenance, non une escale ». Deux flèches grises partent du large et pointent vers le bord gauche du cadre, sans l’atteindre : l’une vers le haut, « vers Nantes, 5 900 km à vol d’oiseau », l’autre à l’horizontale, « vers le Cap-Français, 9 550 km à vol d’oiseau ». Une échelle de deux cents kilomètres est posée en bas à droite, la mention Océan Atlantique en haut à gauche. Aucune marque ne porte Kinamina. Sous le cadre, trois notes précisent que le trait ocre est la côte de Loango telle que Phyllis Martin la borne, du cap Lopez à l’embouchure du Congo, quelque 460 milles d’une borne à l’autre à vol d’oiseau, et que l’armement l’appelle « Angole » ; que le point plein est le seul lieu de traite que les deux feuilles permettent de situer et que le cercle évidé marque São Tomé, nommée comme provenance du manioc et non comme escale ; et que la feuille de 1773 nomme un second lieu de traite, Kinamina, qu’aucune source du projet ne permet de situer, de sorte qu’il n’est pas sur cette carte.Agrandir

Ce que les deux feuilles permettent de situer, et ce qu’elles ne permettent pas

La traite de 1772 commence à Kinamina et passe à Loangue, et de ces deux noms un seul se place. Le second est sur la côte que Phyllis Martin borne au cap Lopez et à l’embouchure du Congo — celle que l’armement nantais appelle « Angole ». São Tomé, d’où viennent trois mille livres de manioc, est à sept cent quatre-vingt-dix kilomètres au nord-ouest ; rien ne dit que le navire y ait touché. Le blanc laissé pour Kinamina est porté par la carte au même titre que ses points.

Fond Natural Earth, couche « Land » 1:10 M, domaine public · bornes de côte et latitude de la baie de Loango d’après Phyllis M. Martin, The External Trade of the Loango Coast, 1576–1870, Oxford, 1972 · carte Esclavage-Antilles.fr, CC BY 4.0

Sources de cette partie : [3] · [4] · [1]

Son tableau « Produit à la côte » trie les personnes en quatre colonnes — « Hommes », « Femmes », « Negrillons », « Negrittes » — et les additionne sous « Têtes ». Les mots des deux premières ont changé : là où 1770 écrivait « Negres » et « Negresses », 1773 écrit « Hommes » et « Femmes ». La colonne des totaux, elle, porte « Têtes » dans les deux cas. Ce que la pièce fait n’a pas bougé ; la façon de le nommer, oui. Les chiffres : 350 portées au compte des marchandises ; 10 déduites « suivant les ordres de l’armateur », au titre des ports permis ; 340 « pour compte de la cargaison » ; 7 comptées mortes ; 333 « vendus au Cap ».

Fac-similé — le document lui-même

Détail agrandi d’un tableau manuscrit tracé à la règle, dont les intitulés sont tracés en capitales. En haut, le titre en capitales « Produit à la côte ». Cinq colonnes : les quatre premières intitulées à la verticale, en petites capitales, « Hommes », « Femmes », « Negrillons », « Negrittes » ; la cinquième, en capitales droites, « Têtes ». À gauche des colonnes, un espace vide où subsiste la trace effacée d’une petite main dessinée qui pointait. Cinq lignes nommées à gauche. « Pour les Mdises cy contre » : 201, 74, 54, 21, 350. « Ports-permis suivant les ordres de l’armateur » : 9, un signe de néant, 1, un signe de néant, et dans la colonne des Têtes le chiffre 10. « Reste pr Cte de la cargaison » : 192, 74, 53, 21, 340. « Morts en traversé et pendant la vente » : 5, 1, 1, un signe de néant, et dans la colonne des Têtes le chiffre 7. « Vendus au Cap » : 187, 73, 52, 21, 333.Agrandir

En 1773, les déductions sont écrites

Descendre la même colonne, trois ans plus tard : 350, 10, 340, 7, 333. Les deux lignes de retranchement portent leur chiffre. Et la quatrième compte ensemble ceux qui sont morts en mer et ceux qui sont morts pendant le mois de la vente.

Attribué à Jean-René L’Hermite — la feuille ne porte pas de signature —, Vue du cap Français et du navire La Marie-Séraphique de Nantes, vers 1773, détail du bloc Produit à la côte · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvre du domaine public, fac-similé Wikimedia Commons

Source de cette partie : [1]

Deux choses se lisent dans ces cinq lignes, qui ne se lisaient pas trois ans plus tôt. La première : les enfants. 54 dans la colonne des « Negrillons » et 21 dans celle des « Negrittes », soit 75 sur 350 — plus d’un sur cinq, contre 60 sur 312 en 1770, et la part des filles passe de 9 sur 60 à 21 sur 75. La seconde : les déductions sont écrites. En 1770, la colonne des « Têtes » portait un signe de néant sur ses deux lignes de retranchement, et il fallait soustraire pour savoir combien de personnes en sortaient. Ici, le 10 et le 7 sont là. La même maison, trois ans plus tard, totalise ce qu’elle retranchait en silence : c’est le deuxième écart entre les deux feuilles, et celui-là s’écrit dans la colonne.

Fac-similé — le document lui-même

Deux tableaux manuscrits juxtaposés, ramenés à la même hauteur. À gauche, « Produit à Loangue », feuille de 1770 : cinq colonnes dont les quatre premières sont intitulées à la verticale, « Negres », « Negresses », « Negrillons », « Negrittes » ; la cinquième porte « Têtes ». Cinq lignes, dont deux de retranchement — « Port Permis à déduire » et « Morts à déduire ». Sur ces deux lignes, la colonne des « Têtes » ne porte pas de chiffre mais un signe de néant. À droite, « Produit à la côte », feuille de 1773 : mêmes cinq colonnes, les quatre premières encore à la verticale, les deux premières intitulées cette fois « Hommes » et « Femmes ». Sur ses deux lignes de retranchement — « Ports-permis suivant les ordres de l’armateur » et « Morts en traversé et pendant la vente » —, la colonne des « Têtes » porte 10 et 7.Agrandir

Deux fois la même colonne, à trois ans de distance

Les deux tableaux de traite, ramenés à la même hauteur. Sur les lignes où l’on retranche des personnes, la colonne des « Têtes » porte un signe de néant à gauche, et 10 puis 7 à droite. La colonne des totaux garde son intitulé dans les deux cas.

Jean-René L’Hermite, Plan, profil et distribution du navire La Marie-Séraphique, vers 1770, détail du bloc Produit à Loangue · et Vue du cap Français et du navire La Marie-Séraphique de Nantes, vers 1773, attribué au même — la feuille ne porte pas de signature —, détail du bloc Produit à la côte · Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes · œuvres du domaine public, fac-similés Wikimedia Commons, juxtaposés

Source de cette partie : [1]

La ligne des sept porte un intitulé qui interdit de la partager : « Morts en traversé et pendant la vente ». Le même compte réunit la traversée et le mois de vente, de sorte qu’on ne peut pas savoir combien sont morts avant d’arriver et combien sont morts au Cap, pendant qu’on les vendait. Sept sur trois cent quarante est très bas au regard de ce que l’on sait du siècle — mais les taux auxquels on le comparerait ne couvrent que la traversée, quand celui-ci couvre aussi le mois de vente. C’est ce que la pièce déclare, non ce qui est établi, et son compte ne commence qu’au départ de la côte.

En regard, ce que la vente a produit : 548 880 livres, dont 251 539 au comptant, le reste étalé en douze échéances jusqu’à dix-huit mois, la plus lourde de 82 632 livres tombant à un an. Troisième écart, et c’est le plus net : en 1770 la maison encaissait moins d’un sixième le jour dit et attendait deux ans ; ici elle encaisse près de la moitié et solde en dix-huit mois. Elle vend à peu près la même somme et se fait payer beaucoup plus vite.

Et la colonne des personnes s’arrête à la ligne « vendus au Cap », comme elle s’arrêtait à « Reste jusqu’à ce jour » sur la feuille précédente. Après elle, plus personne n’est compté. Ce qui continue, dans les deux cas, c’est la colonne de l’argent : les échéances qui courent, les retours — en sucre et café pour 1770, « en lettres de change, sucre, café, et piastres » pour 1773 —, et le solde à recouvrer. Les feuilles suivent l’argent, pas ceux qu’elles ont vendus.

Sources de cette partie : [4] · [1] · [3] · [2]

Voir les preuves précises et leurs limites

Le lieu que les deux feuilles de la Marie-Séraphique appellent « Loangue » se trouve sur la côte d’Afrique centrale, par 4,66° de latitude sud, sur le rivage que Phyllis Martin nomme la côte de Loango et qu’elle borne au cap Lopez au nord et à l’embouchure du Congo au sud, « about 460 miles » plus loin. Le nom que l’armement nantais donne à cette destination est « Angole ». São Tomé, que la feuille de 1770 nomme comme provenance de trois mille livres de manioc, est une île du golfe de Guinée située au nord-ouest de cette côte, à quelque sept cent quatre-vingt-dix kilomètres de la baie de Loango. Kinamina, que la feuille de 1773 donne comme premier lieu de traite de la campagne de 1772, n’est situé par aucune source du projet.

  • Source [4] — chapitre I, « The Vili Kingdom of Loango and its Neighbours », deuxième phrase : « After Cape Lopez, the coastline follows a general south-easterly direction as far as the mouth of the Congo River, about 460 miles away » ; carte 1, « West Central Africa », où l’étiquette « Loango Bay » se lit entre les repères de l’équateur et du 5° S, d’où 4,66° S par interpolation
  • Source [3] — cap Lopez à 8,695567 E / 0,586602 S et embouchure du Congo à 12,3336 E / 6,0784 S, distants de 732 km à vol d’oiseau, soit 455 milles sur une sphère de rayon 6 371,0088 km — la borne de Martin s’y vérifie à 1,1 % près ; littoral croisant la latitude 4,66° S à 11,7775 E ; ville de São Tomé à 0,337466 N / 6,729650 E d’après la couche « Populated Places » 1:10 M du même fonds, à 789 km à vol d’oiseau de la baie de Loango
  • Source [1] — feuille de 1770, bandeau comptable : « pour Angole », « qui a traité a Loangue, dont la vüe est cy dessous », et soute à pain « contenant 3000 livres remplis de Magnoc pris à Saint Thomé » ; feuille de 1773, tableau général de la traite : « commencée a Kinamina le 16. juin 1772. a Loangue le 19. aoust, et finie le 14. 9bre »

À garder en tête : **Que le « Loangue » des deux feuilles soit la baie que Martin nomme « Loango Bay » n’est pas établi par une pièce.** C’est le pas qui porte tout le reste, et il est fait ici : les feuilles écrivent un nom sans coordonnée, Martin place une baie sans citer les feuilles. Le rapprochement s’appuie sur trois choses, et pas davantage — la graphie, l’identification par Radburn et Eltis du mouillage de la vue peinte de 1770 au large de Loango, et le fait que Martin ne porte aucun autre lieu de ce nom sur toute la côte. Un port voisin de la même côte n’est pas exclu. La latitude de la baie de Loango est lue sur une carte imprimée, non relevée : l’interpolation entre les deux repères de la carte 1 donne 4,66° S. Le fac-similé est tourné d’environ deux degrés, non corrigé, et l’étiquette « Loango Bay » est à cent dix pixels des repères : une seconde lecture donne 4,62° sans correction d’inclinaison et 4,52° avec. La marge est donc de l’ordre de 0,15°, une quinzaine de kilomètres. La longitude n’est pas de Martin : elle est prise sur le littoral Natural Earth à cette latitude, ce qui place une baie sur son rivage sans inventer de coordonnée. Les bornes de la côte de Loango sont celles d’une étude de 1972 sur le commerce extérieur du royaume vili, non une limite d’époque : les feuilles de la Marie-Séraphique n’en portent aucune. Que « Angole » désigne cette côte n’est pas une identification du site : la feuille de 1770 écrit « pour Angole » comme destination et « qui a traité a Loangue » comme lieu, et c’est elle qui rapproche les deux mots. L’ouvrage de Martin n’est pas acquis : le fonds n’en tient qu’une double vue, la carte 1 et la première page du chapitre I. Kinamina n’est porté ni par les feuilles au-delà de son nom, ni par la carte de Martin, qui ne nomme rien d’approchant sur toute la côte.

Le bloc « Produit à Loangue » de la feuille de 1770 compte les captifs de la campagne de 1769-1770 en cinq lignes et cinq colonnes — Negres, Negresses, Negrillons, Negrittes, et un total intitulé « Têtes ». La répartition est portée ligne à ligne : 192, 60, 51 et 9 pour les marchandises livrées, soit 312 ; 189, 60, 49 et 9 au « Reste au départ », soit 307 ; 184, 58, 47 et 9 au « Reste jusqu’à ce jour », soit 298. Négrillons et négrittes sont les mots par lesquels ce commerce désigne les enfants : soixante d’entre eux sont livrés contre les marchandises — 51 et 9 —, deux passent au compte privé avec les ports permis, et cinquante-huit restent au compte de l’armement au départ de la côte. Le chiffre des négrittes est le seul qui ne varie sur aucune ligne. La colonne des totaux n’est remplie que sur les trois lignes de solde. Les deux lignes de déduction — « Port permis à déduire » et « Morts à déduire » — laissent leur case de total au signe de néant. Les cinq ports permis et les neuf morts ne sont donc pas portés par la pièce : ils s’obtiennent en soustrayant ses soldes. Les 307 du cartouche ne sont pas les personnes achetées mais un solde ; les personnes livrées contre les marchandises sont 312.

  • Source [1] — feuille de 1770, bloc « Produit à Loangue », cinq lignes relevées colonne par colonne sur le fac-similé de 12 827 × 17 889 pixels le 15 août 2026

À garder en tête : Une cellule manque : le chiffre des Negres à la ligne des morts tombe sur une lacune du papier, contrôlée au master, où ne subsistent que deux traces d’encre illisibles. Il vaut 5 par soustraction dans sa colonne, 189 moins 184, et il n’a pas été lu. Le contrôle documentaire du 15 août 2026 a écarté la seconde vérification qu’une première rédaction revendiquait — 9 moins 2 moins 2 dans sa ligne : ce 9 n’est pas porté par la feuille, il vient de 307 moins 298, deux totaux qui contiennent déjà 189 et 184. Les deux chemins n’en font qu’un ; la valeur tient, la double confirmation non. Les cinq catégories sont celles de la pièce, et elles sont citées comme telles : la prose du site ne les reprend pas à son compte. La feuille ne donne aucun seuil d’âge ni de taille entre ses colonnes d’adultes et ses colonnes d’enfants ; les répartitions publiées sont donc celles que l’armement déclare, selon des critères qu’il n’explicite pas. Les neuf morts ne mesurent pas la traversée entière : le compte part du départ de la côte, le 18 décembre 1769, et s’arrête à un « ce jour » que la feuille ne date pas. Les ports permis sont les places concédées par l’armateur pour un compte privé ; la pièce ne dit pas à qui.

La coupe du navire portée par la feuille de 1773 nomme les espaces du bord dans une légende alphabétique. Les lieux où l’on enferme les captifs s’appellent des parcs : « Parc aux Femmes » et « Parc aux Hommes », l’un et l’autre « chaffaudés », c’est-à-dire équipés de plateformes superposées. Une « Cuisine à Nègres » y est un poste distinct. La cale reçoit sa lettre au même titre que les parcs, sous la mention « Cale contenante 335 B. d’Eau ». Le navire mesure 78 pieds de tête en tête et 63 pieds de quille.

  • Source [1] — feuille de 1773, « Coupe du navire » et sa légende A à Q, contrôlées sur le fac-similé de 10 866 × 14 041 pixels le 15 août 2026
  • Source [2] — § 19-20, lecture de l’entre-pont du plan de 1770 : trois compartiments — hommes à l’avant du grand mât, garçons au milieu, femmes à l’arrière — et des plateformes du seul côté des femmes

À garder en tête : Parc, chaffaudé et cuisine à nègres sont les mots de la pièce et ne valent que pour ce navire. La légende décrit un aménagement prévu, non l’occupation constatée d’une traversée, et la coupe montre ces espaces vides. Elle appartient en outre à la campagne de 1772-1773 : lisant le plan de 1770, Radburn et Eltis n’y voient de plateformes que du côté des femmes, aucune du côté des hommes, probablement à cause d’un plafond trop bas. Le bord n’était donc pas dans le même état d’une campagne à l’autre, et les deux séries ne se corrigent pas l’une l’autre.

Le bloc « Vente au Cap » de la feuille de 1770 étale le produit de la vente sur quatorze lignes : 78 178 livres au comptant, puis treize échéances à un, deux, trois, quatre, six, huit, neuf, dix, douze, quatorze, quinze, dix-huit et vingt-quatre mois. La plus forte de toutes est celle de douze mois, 156 954 livres ; la dernière, à vingt-quatre mois, porte encore 51 200. Le total imprimé est de 508 150 livres, et les quatorze lignes y somment exactement. Le bloc voisin, « Résultat des opérations », porte en regard 116 372 livres de sucre et de café rapportés à Nantes par le navire et 72 380 de frais et commissions, soit 188 752 livres de retours ; déduits de la vente générale, il reste 319 397 livres à recouvrer.

  • Source [1] — feuille de 1770, blocs « Vente au Cap » et « Résultat des opérations », quatorze échéances et quatre lignes de résultat relevées sur le fac-similé le 15 août 2026

À garder en tête : Ce sont les comptes de l’armement présentés à ses intéressés, en livres tournois, non un registre administratif. Le contrôle de la somme a été refait le 15 août 2026 au soir, après qu’une première lecture eut lu 7 842 au lieu de 7 142 à l’échéance de neuf mois : les quatorze lignes tombent désormais au sou près sur le total que la pièce imprime. Le « total des retours » additionne des marchandises rapportées et des frais et commissions, deux natures que la pièce ne distingue pas dans son addition. Les 319 397 livres sont un solde à recouvrer aux Antilles au moment où la feuille est dressée, non une perte : elle ne dit pas s’ils l’ont été.

Le bandeau comptable de la feuille de 1773 chiffre le troisième voyage d’Angole. Son tableau général date et situe la traite : « commencée a Kinamina le 16. juin 1772. a Loangue le 19. aoust, et finie le 14. 9<sup>bre</sup> » — deux lieux d’achat successifs sur la côte, et quatre mois et vingt-neuf jours. Sur 350 personnes portées au compte des marchandises, dix sont déduites comme « ports-permis suivant les ordres de l’armateur », ce qui laisse 340 pour le compte de la cargaison ; sept sont comptées « morts en traversé et pendant la vente », et 333 sont « vendus au Cap ». Les colonnes distinguent Hommes, Femmes, Négrillons et Négrittes, et totalisent sous l’intitulé « Têtes ». La vente elle-même court « depuis le 14 janvier au 13 février 1773 » et rapporte 548 880 livres, dont 251 539 comptant, le reste à crédit en douze échéances jusqu’à dix-huit mois.

  • Source [1] — feuille de 1773, blocs « Tableau général de la traite » (fenêtre 520,11230–6000,11500, relu à 6× sur le millésime final le 16 août 2026), « Produit à la cote » et « Vente au Cap », contrôlés sur le fac-similé le 15 août 2026

À garder en tête : Le millésime de fin de traite se lit « 14. 9bre », c’est-à-dire 14 novembre 1772 : un premier dépouillement avait lu 13, corrigé au master à six fois l’échelle. Ce sont les comptes de l’armement, présentés aux intéressés, non un registre administratif. Sept morts sur trois cent quarante est très bas pour une traversée du XVIIIe siècle : c’est ce que la pièce déclare, et le compte ne commence qu’au départ de la côte. Les deux morts ne sont pas séparables, la ligne comptant ensemble la traversée et la vente. Hommes, Femmes, Négrillons, Négrittes et Têtes sont les catégories de la pièce. Les douze échéances de crédit relevées sur la pièce somment exactement au total de 548 880 livres qu’elle imprime : le contrôle a été refait le 15 août 2026 au soir, après qu’une première lecture eut mal identifié deux chiffres 5.

Conclusion

Ce que ces feuilles n’avaient pas l’intention de montrer

Ces deux feuilles ont été faites pour rendre des comptes, et elles rendent des comptes : ce qu’on a donné, ce qu’on a pris, ce qu’on a vendu, ce qui reste dû. À ce titre elles sont exactes, et leur exactitude est celle d’un inventaire — les personnes y occupent des colonnes, comme l’eau occupe des barriques et le pain des livres.

Mais l’homme qui a signé la première avait fait le voyage — l’étude le rapporte —, et sa main est allée plus loin que son objet. Rien n’obligeait à distinguer les corps un par un dans l’entre-pont plutôt qu’à les répéter, ni à tourner une rangée dans l’autre sens, bras au-dessus de la tête, ni à ménager autour des figures enveloppées un intervalle que les rangées voisines n’ont pas, ni à mettre une figure en long vêtement tenant un nourrisson contre elle. Et rien n’obligeait, sur la seconde feuille — qu’aucune signature n’attribue —, à peindre l’escalier de coupée avec quelqu’un dessus et un homme en tricorne qui attend en bas.

C’est là, et seulement là, que ces pièces cessent d’être des comptes. Elles ne disent aucun nom, elles ne racontent aucune vie, et elles ne le prétendent pas. Ce qu’elles laissent est plus étroit : une posture, une place, un vêtement, un enfant tenu contre soi — de quoi savoir que les nombres qu’elles alignent avaient un corps chacun.

Source de cette partie : [1]

Voir les preuves précises et leurs limites

Le plan de l’entre-pont de la feuille de 1770 dessine les captifs un par un, et non en gabarit répété : ils diffèrent de taille, de corpulence et d’attitude. Radburn et Eltis y lisent que les hommes les plus grands occupent les côtés les plus larges du navire, que les adolescents et les enfants sont poussés dans les espaces intermédiaires plus étroits, que des femmes dorment sur des armoires, des étagères et des rebords, certaines portant des perles aux chevilles et des pagnes à carreaux bleus, l’une, en long vêtement, allaitant un nourrisson ; et que le pied du cabestan traverse la zone des hommes en y formant une barrière de bois sur laquelle ils s’appuient. Le relevé au master y montre que les rangées ordinaires sont couchées en travers du navire, tête vers le bordé et pieds vers l’axe, et qu’une seule rangée, au pied du cabestan, rompt cette orientation : ses corps sont couchés dans le sens de la longueur, perpendiculaires aux rangées voisines, tête vers la cloison de ballots et bras allongés au-dessus de la tête jusqu’à elle — la posture même que l’étude décrit ailleurs, « le bras gauche déployé au-dessus de leur tête tel un oreiller ». Le plan porte en outre, en avant de la réserve à voiles et cordages, au moins trois enclos bordés du même damier, contenant chacun deux à quatre figures enveloppées d’étoffe bleue, couchées à part et disposant d’un espace que les rangées voisines n’ont pas. L’étude en compte sept et y voit des captifs malades mis à l’écart.

  • Source [1] — feuille de 1770, plan de « L’entre-pont », relevé au master le 16 août 2026 : au moins trois compartiments à bordure en damier contenant des figures enveloppées de bleu, en avant de la réserve à voiles et cordages ; pied de cabestan et rangée de corps couchés dans le sens de la longueur au même relevé. Le total de figures par case, publié un temps, a été retiré : le site n’en avance pas
  • Source [2] — § 21-22 : « cette description des esclaves individuels à bord de la Marie-Séraphique est plus authentique que l’image schématique du Brooks » ; description des tailles, des rebords, des perles aux chevilles, de la femme qui allaite, du cabestan, et des « sept captives enveloppées de tissu bleu […] à l’intérieur des écoutilles fermées » ; note 24 pour les appuis de la déduction : « pour l’utilisation de zones fermées réservées aux malades, voir S. Lambert (dir.), HCSP, LXIX, p. 35 ; Testimony of Robert Norris, ibid., LXVIII, p. 5 ; Testimony of Archibald Dalzell, ibid., LXIX, p. 121 ; pour l’utilisation de vêtements quand les esclaves étaient malades, voir Testimony of Ecroyde Claxton, ibid., LXXXII, p. 33 » — et, pour le port de vêtements et de perles par les femmes et les enfants esclavisés, le Journal Book de Henry Smeathman, 17 décembre 1771

À garder en tête : Le dessin donne l’aménagement prévu et l’occupation que le dessinateur a voulu figurer, non un relevé fait un jour donné. Presque tout ce qui précède est la lecture de Radburn et Eltis : la pièce ne légende ni les sexes, ni les âges, ni les états, et le contrôle au master ne confirme que des formes. Sur les enclos, le relevé du 16 août 2026 s’écarte de l’étude et l’écart n’est pas résolu. L’étude compte sept figures dans « les écoutilles fermées » ; le balayage du plan en trouve au moins trois enclos distincts — vers y 5875-6350, y 7380-7960 et y 7930-8380 —, soit davantage de figures. Le site ne publie donc aucun total à lui, et il ne reprend pas celui de l’étude comme un relevé. Que ces personnes soient malades est une déduction, non une lecture. La note 24 du chapitre renvoie séparément à des témoignages sur les zones fermées réservées aux malades et sur le vêtement donné aux malades ; l’étude, elle, énonce directement la conclusion : ces figures sont « les captives malades que l’équipage essayait de maintenir en quarantaine loin de leurs compagnes de voyage ». Ce qui appartient au site n’est donc pas la lecture, mais le raisonnement qui croise ses deux renvois pour l’étayer, et la réserve qui suit. Ces témoignages ne sont pas au fonds. Une lecture concurrente du vêtement reste ouverte, et la même note la porte : le Journal Book de Smeathman observe des vêtements et des perles chez les femmes et les enfants esclavisés, sans rapport avec la maladie. Le vêtement n’est du reste pas propre à ces enclos : la section arrière du plan montre des pagnes bleutés, une figure enveloppée d’étoffe grise et une femme en vêtement long tenant un nourrisson. Le sexe de ces personnes n’est pas établi : la traduction française emploie le féminin au fil d’un passage sur le logement des femmes, mais les enclos sont en avant de la réserve à voiles et cordages, du côté que la même étude attribue aux hommes et aux garçons, et c’est la section arrière, non celle-ci, qui porte les plateformes dont l’étude écrit qu’il n’y en a aucune du côté des hommes. L’original anglais n’a pas été consulté. Une rédaction du 16 août 2026 a décrit cette rangée comme des figures debout, bras levés : sur un plan vu de dessus, un corps tracé en pied est un corps couché, et le contrôle documentaire l’a redressé. L’étude ne décrit aucune personne debout dans l’entre-pont.

La feuille dressée pour la campagne de 1769-1770 de la Marie-Séraphique ne montre pas un navire : elle réunit dans un seul cadre quatre plans, une vue peinte et les comptes de l’expédition. Son cartouche compte dans la même phrase « la quantité de 307 captifs divers, en 3 mois 26 jours » et, « ayant en calle, sur le pont, et dans la chaloupe, 351 bariques d’eau », Le renvoi aux plans, « suivant les plans cy dessous », ne porte que sur les barriques ; les captifs n’en reçoivent aucun, et le « dont la vüe est cy dessous » qui les précède se rattache à Loangue. Sur les deux plans de la cale, les futailles — dessinées une à une, chacune portant à l’encre rouge son chiffre de contenance — occupent tout l’espace sauf l’arrière, où des compartiments nommés reçoivent les vivres : « Soutte à Poudre », « Soutte à Pain, contenant 3000 livres remplis de Magnoc pris à Saint Thomé », « Soutte à Pain, contenant 9330 livres », et des soutes à fèves et à ris chiffrées en gamelles — 870, 1210 et 500 —, c’est-à-dire en rations servies. Deux des cinq registres de la feuille portent des corps humains : le plan de l’entre-pont, et la vue peinte, où une bande sombre et serrée court le long du plat-bord sous les deux voiles tendues en tauds — une claire vers l’arrière, une rouge au milieu du navire. Radburn et Eltis situent cette vue « à l’ancre au large de Loango » et y lisent l’entassement des 307 sur le pont : les captifs « apparaissent sur l’image sous la forme d’une masse dense […] leurs têtes dépassant à peine des plats-bords et protégées du soleil par deux larges voiles ». Le cartouche nomme l’armateur Grüel, le capitaine Gaugy, la traite faite à Loangue et le départ du 18 décembre 1769.

  • Source [1] — feuille de 1770, cartouche, quatre plans et vue peinte, contrôlés sur le fac-similé de 12 827 × 17 889 pixels le 15 août 2026 ; soutes, gamelles et plat-bord relus au master le même jour
  • Source [2] — § 23, lecture de la vue peinte de la feuille de 1770 : le navire y est décrit « à l’ancre au large de Loango » ; « l’encombrement du pont de la Marie-Séraphique, où s’entassaient 307 esclaves » ; « les captifs apparaissent sur l’image sous la forme d’une masse dense […] leurs têtes dépassant à peine des plats-bords et protégées du soleil par deux larges voiles ». § 22 pour la lecture inverse du plan de l’entre-pont, « description des esclaves individuels »

À garder en tête : Le dessin donne l’arrimage prévu, non un relevé fait pendant la traversée. Le nombre de 351 barriques est celui que la feuille déclare — une première rédaction lisait 361, et le contrôle documentaire du 16 août 2026 a rétabli 351 sur le master : le chiffre du milieu a la barre supérieure plate et la panse basse ouverte du 5, quand les 6 de la même main portent une boucle fermée et une hampe courbe. Le fac-similé publié laisse lire la ligne, comme les 307 personnes : ce sont deux postes du même inventaire, dressé par ceux qui en rendaient compte. Les quatre plans sont orientés poupe en haut : « Le Pont » porte son éperon et son beaupré au bas de la planche, et la pointe fine qui termine les plans de cale par le haut est l’étambot, non l’étrave. Les soutes occupent donc l’arrière de la cale — ce que confirme la coupe de 1773, orientée par la chambre du capitaine, qui y range les mêmes soutes à poudre, à pain, à fèves et à ris, et ce que Radburn et Eltis écrivent de leur côté. La bande ne court pas sur toute la longueur du bord : relevée au master, elle va de x ≈ 4150 à x ≈ 6000 sur une coque qui court de x ≈ 3690 à x ≈ 7030, soit un peu plus de la moitié. Les tauds se prolongent vers l’arrière au-delà d’elle : le taud clair couvre la lisse bien en arrière du début de la bande, là où elle porte des figures colorées et habillées parmi les sombres. Une rédaction antérieure disait que les deux emprises coïncidaient ; le relevé au master la dément. En avant, la lisse est nue, hors trois ou quatre figures isolées et vêtues au gaillard d’avant ; en arrière, sur le gaillard, elle porte des figures colorées et habillées parmi les sombres. Une première rédaction écrivait « sur toute la longueur » et « d’un bout à l’autre » : c’était faux. Sur la vue peinte, ce que porte le plat-bord ne se résout pas non plus en figures individuelles : au master, agrandi dix fois, la bande est faite de touches sombres irrégulières dont certaines se lisent comme des têtes. C’est ce que l’étude décrit elle-même — « une masse dense » —, et c’est l’inverse du plan de l’entre-pont, où la même main dessine les captifs un par un. Aucun geste individuel n’y est donc établissable : un bras levé au centre, publié du 15 au 16 août 2026, a été retiré, ces traits fins montant de la masse ne se distinguant pas d’un cordage ni d’une touche de pinceau. L’identification du mouillage est celle de l’étude, non de la feuille, qui ne nomme pas sa côte.

Le bandeau comptable de la feuille de 1773 chiffre le troisième voyage d’Angole. Son tableau général date et situe la traite : « commencée a Kinamina le 16. juin 1772. a Loangue le 19. aoust, et finie le 14. 9<sup>bre</sup> » — deux lieux d’achat successifs sur la côte, et quatre mois et vingt-neuf jours. Sur 350 personnes portées au compte des marchandises, dix sont déduites comme « ports-permis suivant les ordres de l’armateur », ce qui laisse 340 pour le compte de la cargaison ; sept sont comptées « morts en traversé et pendant la vente », et 333 sont « vendus au Cap ». Les colonnes distinguent Hommes, Femmes, Négrillons et Négrittes, et totalisent sous l’intitulé « Têtes ». La vente elle-même court « depuis le 14 janvier au 13 février 1773 » et rapporte 548 880 livres, dont 251 539 comptant, le reste à crédit en douze échéances jusqu’à dix-huit mois.

  • Source [1] — feuille de 1773, blocs « Tableau général de la traite » (fenêtre 520,11230–6000,11500, relu à 6× sur le millésime final le 16 août 2026), « Produit à la cote » et « Vente au Cap », contrôlés sur le fac-similé le 15 août 2026

À garder en tête : Le millésime de fin de traite se lit « 14. 9bre », c’est-à-dire 14 novembre 1772 : un premier dépouillement avait lu 13, corrigé au master à six fois l’échelle. Ce sont les comptes de l’armement, présentés aux intéressés, non un registre administratif. Sept morts sur trois cent quarante est très bas pour une traversée du XVIIIe siècle : c’est ce que la pièce déclare, et le compte ne commence qu’au départ de la côte. Les deux morts ne sont pas séparables, la ligne comptant ensemble la traversée et la vente. Hommes, Femmes, Négrillons, Négrittes et Têtes sont les catégories de la pièce. Les douze échéances de crédit relevées sur la pièce somment exactement au total de 548 880 livres qu’elle imprime : le contrôle a été refait le 15 août 2026 au soir, après qu’une première lecture eut mal identifié deux chiffres 5.

Méthode et limites des sources

Ces deux feuilles ont été dressées par l’armement pour rendre compte à ceux qui avaient avancé l’argent. Leur exactitude est celle d’un compte, pas celle d’un témoin. Ce qui suit dit d’où vient chaque chose : de la pièce, de l’étude qui l’a lue, ou de nous.

Lire la note de méthode complète

Des comptes présentés à des intéressés, et une étude qui les a lus

L’étude. Tout ce que ce dossier attribue à des historiens vient d’un même texte : Nicholas Radburn et David Eltis, « Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique », traduit par Marie-Jeanne Rossignol, dans Esclavages. Représentations visuelles et cultures matérielles, CNRS Éditions, 2024, en accès ouvert — elle orthographie Brooks le navire de Liverpool que ce dossier écrit ailleurs Brookes, forme aujourd’hui courante ; c’est le même. C’est d’elle que viennent la lecture des corps de l’entre-pont, l’identification du mouillage de 1770 au large de Loango, l’usage du pont, les surfaces par personne et la carrière du navire. Les colonnes, les sommes, les inscriptions et les dates viennent des feuilles.

Ce que les feuilles sont. Les chiffres qu’elles portent sont ceux que l’armateur et le capitaine présentaient à leurs intéressés. Les plans donnent l’arrimage prévu, non l’occupation constatée d’une traversée, et la coupe de 1773 montre des espaces vides. Une mortalité de sept sur trois cent quarante est remarquablement basse : c’est ce que la pièce déclare, non ce qui est établi, et son compte réunit la traversée et le mois de vente.

Une cellule manque, et nous ne la comblons pas. Sur le tableau de 1770, le chiffre des hommes morts tombe sur une lacune du papier. Il vaut 5 par soustraction dans sa colonne — 189 moins 184. On peut aussi passer par la ligne, 9 morts au total moins 2 et 2 ; mais ce 9 vient lui-même de la colonne des « Têtes », de sorte que les deux chemins n’en font qu’un. La valeur tient, la confirmation double non. Le fac-similé publié laisse voir la lacune.

Les enclos, et pourquoi nous ne tranchons pas. L’étude compte sept figures enveloppées, réparties dans les écoutilles fermées, et les dit malades, mises en quarantaine ; sa note renvoie séparément à des témoignages parlementaires sur les zones fermées réservées aux malades et sur le vêtement donné aux malades. Croiser ces deux renvois est notre lecture, non son argument. Trois objections restent ouvertes. Le compte de sept porte sur des figures ; l’étude ne dit pas dans combien d’enclos elle les répartit, et le balayage du plan en trouve au moins trois. Rien n’assure donc que sept couvre ce que le plan porte. Le vêtement n’est pas propre à ces enclos : la section arrière du plan porte des pagnes et de longs vêtements, et la même note renvoie, pour le port de vêtements et de perles, à un journal qui l’observe chez les femmes et les enfants sans rapport avec la maladie. Enfin l’étude les décrit en passant en revue le logement des femmes, à l’arrière, alors que les enclos sont en avant de la réserve à voiles et cordages qui sépare ce logement de celui des hommes. Nous publions donc ce qui se voit, et non un total ni un état.

Le barricado, et les chaînes. Deux barrières de bois différentes apparaissent dans ce dossier et ne doivent pas être confondues. Celle de l’entre-pont, sur le plan de 1770, est le pied du cabestan, et c’est l’étude qui la lit ainsi. Le barricado est autre chose : un mur qui coupait le pont supérieur des négriers au niveau du grand mât, et l’étude prend soin de dire qu’il ne se confond pas avec les cloisons de l’entre-pont. Elle le reconnaît sur la feuille de 1773, non sur le plan de 1770 ; la barre continue portée en travers de ce plan n’est légendée nulle part, et le dossier n’en dit rien de plus. Les chaînes de pont ne sont pas dessinées non plus : ce sont les anneaux qui les signalent, et l’étude en parle au conditionnel.

Le navire dans son temps. Construit à Nantes spécialement pour la traite, ce qui était rare, il est plus petit que le négrier ordinaire — 1 637 pieds carrés si l’on mesure sa coque comme un rectangle, pour 67 pieds sur 24 pieds 5 pouces, contre 2 064 pour le négrier de Liverpool typique de 1782-1807 — et il en porte davantage : 357 personnes en moyenne sur ses six voyages, quand les britanniques en portent environ 267 et les français approchent de 325. L’étude concède ces écarts et conclut malgré eux qu’il représente bien les négriers de la seconde moitié du siècle.

Pourquoi les surfaces sont ici en pieds carrés. L’étude a d’abord paru en anglais, en 2019, et elle y chiffre ses surfaces en pieds carrés. Sa traduction française les convertit en divisant par 3,28, le nombre de pieds dans un mètre : c’est l’opération qui convient à une longueur, non à une aire, laquelle demande 10,76. Toutes les surfaces qu’elle en tire s’en trouvent multipliées par un peu plus de trois. Ce dossier n’en reprend aucune : il donne les pieds carrés de l’original et leur conversion faite. Le détail de ce contrôle est dans la notice de l’étude, au catalogue des sources.

Les surfaces d’entassement. Elles ne sont pas relevées sur les plans. Pour cette feuille, l’étude part des 1 637 pieds carrés qu’elle donne pour la surface horizontale des salles — le même chiffre qu’elle donne ailleurs pour le rectangle de la coque —, y ajoute les plateformes du logement des femmes, vingt-trois pieds sur six de chaque côté, soit 276 pieds carrés, et divise les 1 913 obtenus par les 307 personnes. Le quotient est 6,2313 ; l’étude arrondit au pouce et l’écrit « six pieds trois pouces », qui se lisent en pieds carrés — les 6,25 repris ici partout. Ce sont des grandeurs faites pour comparer, non des mesures d’un espace constaté. Sur les six expéditions du navire, celle de 1769-1770 est la moins entassée avec 6,25 pieds carrés par personne ; celle de 1772-1773 vient au troisième rang avec 5,58, derrière elle et derrière les 6 pieds carrés de 1770-1771, campagne que ce dossier ne suit pas ; la dernière, en 1776-1777, tombe à 4,5.

Les images. Les deux œuvres sont du domaine public et les fichiers viennent de Wikimedia Commons ; le crédit nomme le musée comme lieu de conservation, c’est une mention de provenance et non une licence. La feuille de 1770 porte « L’hermite fecit. » au bas de son bandeau comptable — Radburn et Eltis la tiennent pourtant pour anonyme et donnent pour signée celle de 1773, qui ne porte aucune signature : le contrôle du fac-similé les dément sur ce point, et les crédits de 1773 portent « attribué à ». Cinq recadrages montrent des corps humains et relèvent d’un contrôle supplémentaire, dont les fenêtres et les arbitrages sont écrits dans la notice technique de la source.

Sources de cette partie : [1] · [2]

Voir les preuves précises et leurs limites

Le bloc « Produit à Loangue » de la feuille de 1770 compte les captifs de la campagne de 1769-1770 en cinq lignes et cinq colonnes — Negres, Negresses, Negrillons, Negrittes, et un total intitulé « Têtes ». La répartition est portée ligne à ligne : 192, 60, 51 et 9 pour les marchandises livrées, soit 312 ; 189, 60, 49 et 9 au « Reste au départ », soit 307 ; 184, 58, 47 et 9 au « Reste jusqu’à ce jour », soit 298. Négrillons et négrittes sont les mots par lesquels ce commerce désigne les enfants : soixante d’entre eux sont livrés contre les marchandises — 51 et 9 —, deux passent au compte privé avec les ports permis, et cinquante-huit restent au compte de l’armement au départ de la côte. Le chiffre des négrittes est le seul qui ne varie sur aucune ligne. La colonne des totaux n’est remplie que sur les trois lignes de solde. Les deux lignes de déduction — « Port permis à déduire » et « Morts à déduire » — laissent leur case de total au signe de néant. Les cinq ports permis et les neuf morts ne sont donc pas portés par la pièce : ils s’obtiennent en soustrayant ses soldes. Les 307 du cartouche ne sont pas les personnes achetées mais un solde ; les personnes livrées contre les marchandises sont 312.

  • Source [1] — feuille de 1770, bloc « Produit à Loangue », cinq lignes relevées colonne par colonne sur le fac-similé de 12 827 × 17 889 pixels le 15 août 2026

À garder en tête : Une cellule manque : le chiffre des Negres à la ligne des morts tombe sur une lacune du papier, contrôlée au master, où ne subsistent que deux traces d’encre illisibles. Il vaut 5 par soustraction dans sa colonne, 189 moins 184, et il n’a pas été lu. Le contrôle documentaire du 15 août 2026 a écarté la seconde vérification qu’une première rédaction revendiquait — 9 moins 2 moins 2 dans sa ligne : ce 9 n’est pas porté par la feuille, il vient de 307 moins 298, deux totaux qui contiennent déjà 189 et 184. Les deux chemins n’en font qu’un ; la valeur tient, la double confirmation non. Les cinq catégories sont celles de la pièce, et elles sont citées comme telles : la prose du site ne les reprend pas à son compte. La feuille ne donne aucun seuil d’âge ni de taille entre ses colonnes d’adultes et ses colonnes d’enfants ; les répartitions publiées sont donc celles que l’armement déclare, selon des critères qu’il n’explicite pas. Les neuf morts ne mesurent pas la traversée entière : le compte part du départ de la côte, le 18 décembre 1769, et s’arrête à un « ce jour » que la feuille ne date pas. Les ports permis sont les places concédées par l’armateur pour un compte privé ; la pièce ne dit pas à qui.

La Marie-Séraphique a été construite à Nantes pour la traite — « ce qui n’était pas le cas de la plupart des navires négriers » —, lancée en octobre 1764 sous le nom de Dannecourt, puis achetée en juin 1769 par l’armateur Jacques Gruel, qui la rebaptise du prénom de sa femme. Mesurée en rectangle, elle fait 1 637 pieds carrés pour 67 pieds sur 24 pieds 5 pouces — dimensions dont le produit donne 1 636, l’étude publiant 1 637 : 21 pour cent de moins que le négrier de Liverpool typique de 1782-1807, 38 pour cent de moins que le Brookes. Elle porte deux mâts au lieu de trois, ce qui abaisse les coûts et augmente la vitesse. Sur ses six voyages en Afrique elle transporte 357 personnes en moyenne, quand les navires britanniques en portent d’ordinaire environ 267 et les français approchent de 325. Radburn et Eltis en concluent qu’elle représente bien les négriers de la seconde moitié du siècle, et qu’elle ressemble davantage au négrier britannique typique que le Brookes lui-même.

  • Source [2] — § 17 pour les dimensions et les moyennes comparées, § 18 pour la construction et le gréement, note 19 pour le Dannecourt, l’achat par Gruel et la revente de 1776

À garder en tête : L’étude construit une concession, non une causalité : « la Marie-Séraphique était légèrement plus petite que de nombreux négriers contemporains, sa configuration était étrange, **mais** elle représentait bien les négriers qui naviguaient dans la seconde moitié du XVIIIe siècle ». Ses écarts ne sont donc pas le motif de sa représentativité. Et lorsque l’étude ajoute qu’« elle ressemblait également davantage au négrier britannique typique que le Brooks », elle compare deux navires, non deux planches. Les 1 637 pieds carrés sont le rectangle de la coque, longueur par largeur, non une surface de pont relevée. **La valeur se donne en pieds carrés, unité de l’édition anglaise, et non en mètres carrés** : la traduction française convertit les surfaces en divisant par 3,28, le nombre de pieds dans un mètre, opération qui convient à une longueur et non à une aire, laquelle demande 10,76. Elle publie ainsi 499 m² là où le rectangle vaut 152. Contrôlé sur le Journal of Interdisciplinary History, XLIX-4, 2019, p. 533-565, le 16 août 2026 ; aucune surface de la traduction n’est reprise. Les surfaces ne sont pas relevées sur plan. Pour cette feuille, les auteurs partent des 1 637 pieds carrés donnés pour la surface horizontale des salles, y ajoutent les plateformes du logement des femmes — vingt-trois pieds sur six de chaque côté, soit 276 pieds carrés — et divisent les 1 913 obtenus par 307 personnes, ce qui donne six pieds trois pouces au pouce près, soit 6,25. La constante de seize pour cent tirée du rapport Parrey, exposée dans l’annexe de l’étude, s’applique aux navires des registres de Liverpool, non à celui-ci. Ces grandeurs servent à comparer, non à mesurer un espace constaté. La moyenne de 357 personnes couvre six voyages et masque leur écart. Plus petit que la moyenne et plus chargé qu’elle : c’est ce qui fonde le jugement des auteurs, pour qui ce navire est représentatif et non exceptionnel — la fiche ne doit donc pas s’en servir pour dire l’inverse.

Calculé par l’étude pour la campagne de 1769-1770, l’espace dont dispose chaque captif à bord de la Marie-Séraphique est de 6,25 pieds carrés, soit 0,58 m². La planche du Brookes, emblème de l’entassement, en montre 7,17 pour ses 470 figures, soit 0,67 : elle est donc moins entassée que la feuille nantaise. Sur cette même planche, les hommes sont dessinés dans des espaces de six pieds sur seize pouces — cotes que Thomas Clarkson relève, et qui font huit pieds carrés ; la planche est l’œuvre de dessinateurs de la Société pour l’abolition de la traite, qui n’avaient pas vu le navire. Sur 251 traversées antérieures à 1789, l’étude donne une médiane de 6,33 pieds carrés ; sur 27 % seulement de ces traversées les captifs étaient moins entassés que ne le montre le Brookes, et sur 45 % — 114 sur 251 — ils disposaient de moins de 6 pieds carrés, ce que le commerce appelait « tight packing ». Sur les six expéditions de la Marie-Séraphique, l’espace par personne va de 6,25 pieds carrés en 1769-1770 et 5,58 en 1772-1773 jusqu’à 4,5 en 1776-1777, son dernier voyage, en passant par 5 en 1765-1766, 6 en 1770-1771 et 5,17 en 1773-1774.

  • Source [2] — corps du chapitre : « les captifs occupent simplement 1,98 m² par personne » ; « les 470 captifs décrits sur le dessin disposaient chacun en moyenne de 2,18 m² » ; « l’espace disponible en moyenne par esclave lors de 251 voyages ayant eu lieu avant 1789 était de 2,44 m² ; lors de seulement 68 de ces voyages (27 %), les captifs étaient moins entassés que ne le montre le Brooks » ; « lors de 114 des 251 voyages (46 %) […] moins de 1,83 m² par personne ». Note 26 pour la série des six expéditions : 1,5 (1765-1766), 1,91 (1769-1770), 1,83 (1770-1771), 1,70 (1772-1773), 1,57 (1773-1774), 1,32 (1776-1777)

À garder en tête : Les surfaces ne sont pas relevées sur plan. Pour cette feuille, les auteurs ajoutent aux 1 637 pieds carrés de la surface horizontale des salles les 276 pieds carrés des plateformes du logement des femmes, et divisent les 1 913 obtenus par 307 personnes. Le quotient est 6,2313, que l’étude arrondit au pouce et écrit « six pieds trois pouces » : 6,25. Elles servent à comparer, non à mesurer un espace réellement occupé. **Les valeurs sont celles de l’édition anglaise de 2019, en pieds carrés, et leur conversion faite ici. Aucune valeur de la traduction française de 2024 n’est reprise** : celle-ci convertit les surfaces en divisant par 3,28, le nombre de pieds dans un mètre, opération qui convient à une longueur et non à une aire, laquelle demande 10,76. Toutes ses surfaces en sont multipliées par un peu plus de trois — 499 m² pour la coque, 2,18 m² par personne sur la planche du Brookes, 1,91 et 1,70 pour les deux campagnes suivies. L’erreur est celle de la traduction, non des auteurs : l’original ne porte aucune surface en mètres carrés. Contrôlé sur le texte publié dans le Journal of Interdisciplinary History, XLIX-4, 2019, p. 533-565, le 16 août 2026. Une conséquence : la distinction que ce dépôt faisait entre 1,98 m² « lu sur le dessin » et 1,91 m² « calculé dans la base des voyages » n’a pas d’objet, l’original portant 6,25 pieds carrés dans les deux cas. Les deux campagnes que ces feuilles documentent ne sont pas les deux moins entassées des six : celle de 1770-1771, que le dossier ne suit pas, laissait 6 pieds carrés, moins que 1769-1770 et plus que 1772-1773. L’étude avertit que l’image « ne traduit pas complètement l’entassement des Africains à bord de la Marie-Séraphique parce que les captifs avaient moins d’espace, parfois beaucoup moins, lors de ses cinq autres expéditions ». La traduction française porte par ailleurs une coquille d’unité sur le Veloz — « 61 cm² » pour un espace qui, d’après ses propres chiffres, vaut environ 0,59 m² ; ce chiffre n’est pas repris.

Le navire est lancé à Nantes en octobre 1764 sous le nom de Dannecourt, construit spécialement pour la traite — ce qui n’était pas le cas de la plupart des négriers. Après une première expédition en 1765-1766, il est vendu en juin 1769 à Jacques Gruel, marchand nantais, qui le rebaptise du prénom de sa femme : Marie-Séraphique. Gruel lui fait faire quatre expéditions vers l’Angola, puis le vend en 1776 à un groupe de marchands nantais qui le rebaptisent Sartine et l’envoient une dernière fois à la côte d’Afrique. Six expéditions de traite en tout, au cours desquelles il transporte en moyenne 357 personnes, quand les négriers britanniques du siècle en portent d’ordinaire environ 267 et les français approchent de 325.

  • Source [2] — corps du chapitre : « construit à Nantes et destiné spécialement à la traite – ce qui n’était pas le cas de la plupart des navires négriers –, il fut lancé en octobre 1764 sous le nom de Dannecourt » ; « la Marie-Séraphique transporta en moyenne 357 personnes lors de ses six voyages en Afrique ; au XVIIIe siècle, les bateaux britanniques transportaient d’ordinaire environ 267 captifs et les négriers français approchaient des 325 ». Note 19 pour l’achat de juin 1769 par Jacques Gruel, « un marchand qui rebaptisa le navire en lui donnant le prénom de sa femme, Marie-Séraphique », les quatre expéditions vers l’Angola et la revente de 1776 sous le nom de Sartine

À garder en tête : La carrière du navire et l’origine de son nom viennent de l’étude et de la monographie de Bertrand Guillet qu’elle cite, non des deux feuilles, qui ne disent ni l’une ni l’autre. Le prénom de l’épouse de Gruel n’est pas autrement documenté ici. Les moyennes de 267 et 325 personnes sont calculées sur la base de données des expéditions de traite, dont l’étude rappelle qu’elle ne renseigne pas le gréement des négriers français.

Le bandeau comptable de la feuille de 1773 chiffre le troisième voyage d’Angole. Son tableau général date et situe la traite : « commencée a Kinamina le 16. juin 1772. a Loangue le 19. aoust, et finie le 14. 9<sup>bre</sup> » — deux lieux d’achat successifs sur la côte, et quatre mois et vingt-neuf jours. Sur 350 personnes portées au compte des marchandises, dix sont déduites comme « ports-permis suivant les ordres de l’armateur », ce qui laisse 340 pour le compte de la cargaison ; sept sont comptées « morts en traversé et pendant la vente », et 333 sont « vendus au Cap ». Les colonnes distinguent Hommes, Femmes, Négrillons et Négrittes, et totalisent sous l’intitulé « Têtes ». La vente elle-même court « depuis le 14 janvier au 13 février 1773 » et rapporte 548 880 livres, dont 251 539 comptant, le reste à crédit en douze échéances jusqu’à dix-huit mois.

  • Source [1] — feuille de 1773, blocs « Tableau général de la traite » (fenêtre 520,11230–6000,11500, relu à 6× sur le millésime final le 16 août 2026), « Produit à la cote » et « Vente au Cap », contrôlés sur le fac-similé le 15 août 2026

À garder en tête : Le millésime de fin de traite se lit « 14. 9bre », c’est-à-dire 14 novembre 1772 : un premier dépouillement avait lu 13, corrigé au master à six fois l’échelle. Ce sont les comptes de l’armement, présentés aux intéressés, non un registre administratif. Sept morts sur trois cent quarante est très bas pour une traversée du XVIIIe siècle : c’est ce que la pièce déclare, et le compte ne commence qu’au départ de la côte. Les deux morts ne sont pas séparables, la ligne comptant ensemble la traversée et la vente. Hommes, Femmes, Négrillons, Négrittes et Têtes sont les catégories de la pièce. Les douze échéances de crédit relevées sur la pièce somment exactement au total de 548 880 livres qu’elle imprime : le contrôle a été refait le 15 août 2026 au soir, après qu’une première lecture eut mal identifié deux chiffres 5.

Pour remonter aux sources

Bibliographie du dossier

Les liens conduisent au texte intégral lorsqu’il est librement accessible. Les autres références restent indiquées pour permettre de les retrouver en bibliothèque ou en librairie.

Voir les 4 références et leurs liens
  1. Jean-René L’Hermite, officier du bord, pour la feuille de 1770 ; la feuille de 1773 lui est attribuée sans porter de signature ; Jean-Baptiste Fautrel-Gaugy, capitaine, comme seconde main d’après l’attribution de Bertrand Guillet, Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente (vers 1770–1773).

    Les deux feuilles lues directement sur fac-similés haute définition : cartouches, quatre plans et vue peinte de 1770 ; vue du Cap-Français, coupe légendée de A à Q et bandeau comptable de 1773 ; blocs « Produit à Loangue », « Vente au Cap », « Résultat des opérations », « Produit à la côte ».

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  2. Nicholas Radburn et David Eltis ; traduit de l’anglais par Marie-Jeanne Rossignol, Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique (2024).

    Situe la Marie-Séraphique parmi les négriers de son temps — dimensions, gréement, charge moyenne —, identifie le mouillage de la vue peinte de 1770 au large de Loango et y lit l’entassement des 307 sur le pont, lit l’entre-pont du même plan comme une « description des esclaves individuels », établit que les deux dessinateurs de la planche du Brookes n’avaient pas vu le navire, et donne la carrière de L’Hermite.

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  3. Natural Earth, Land, échelle 1:10 millions.

    Fond de la carte de la côte de Loango : côtes seules, sans frontières actuelles. Fournit aussi les deux points qui bornent cette côte et la longitude du rivage à la latitude de la baie de Loango.

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  4. Phyllis M. Martin, The External Trade of the Loango Coast, 1576–1870. The Effects of Changing Commercial Relations on the Vili Kingdom of Loango (1972).

    Borne la côte de Loango au cap Lopez et à l’embouchure du Congo, « about 460 miles », et place la baie de Loango sur sa carte 1. Deux faits, tirés d’une double vue au fonds local : l’ouvrage n’est pas acquis.

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