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Esclavage aux Antilles

Période

Engagisme et immigrations sous contrat

Cette page rassemble les récits, les repères et les sources déjà publiés sur ce sujet. Elle sert d’index et ne remplace pas une lecture suivie.

Dans les dossiers

Les récits suivis qui abordent ce sujet.

Du XVIIᵉ siècle à aujourd’hui — D’où venaient, en Afrique, les ancêtres des Antillais ?

Beaucoup de Martiniquais, de Guadeloupéens et d’Haïtiens — Haïti est l’ancienne colonie française de Saint-Domingue — se demandent de quelle partie de l’Afrique viennent leurs ancêtres. Les voyages de traite montrent de quelles grandes régions de côtes partaient les captifs débarqués dans chaque île ; ils ne donnent ni le lieu de naissance de chacun, ni la part de chaque région parmi les ancêtres d’aujourd’hui. Ces régions diffèrent d’une île à l’autre. Ce dossier dit d’où viennent ces réponses, pourquoi elles s’arrêtent le plus souvent à de grandes régions, et ce qu’y ajoutent les Africains arrivés après l’abolition et l’ADN des Antillais d’aujourd’hui.

Points établis dans les publications

Chaque point reprend un énoncé sourcé déjà employé dans un dossier, une fiche ou une entrée autonome de « Vies et actions », avec la localisation exacte de ses preuves et sa limite de portée.

Les lieux de naissance inscrits sur les listes d’embarquement de Loango

Point 1 sur 9 · Mesure · listes de 1857 · liste de 1862

Selon Céline Flory, trois listes nominatives de la maison Régis donnent un lieu de naissance, dont celles du Clara (325 rachetés), parti pour la Martinique, et du Stella (800 rachetés), parti pour la Guadeloupe, dressées à Loango au moment de l’embarquement en 1857 par des agents français chargés de l’émigration. Sur les 1 138 personnes de ces trois listes, elle relève 539 noms de villes ou de villages : Boma pour 210 personnes, Congo pour 67, Loango pour 32, Cabenda pour 26, et la région du Sundi pour 63. Elle situe plus de la moitié de ces lieux dans la région du Niari, à 150 à 200 km du littoral, les autres au Gabon et au Congo-Brazzaville actuels, et quelques-uns à 1 600 ou 1 800 km des marchés de la côte.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Flory prévient elle-même que ce lieu de naissance est « transmis par les vendeurs et non par les rachetés eux-mêmes », dans un commerce organisé en relais : c’est ce que les vendeurs ont déclaré, non ce que les personnes ont dit. Le compte agrège les trois listes sans les séparer ; la troisième porte sur treize personnes restées en factorerie en 1862. La transcription moderne de la liste du Stella, publiée en ligne en 2020, porte « Bauma » pour 175 personnes, « Beauma » pour une et « Boma » pour 3 ; le livre, qui compte Boma pour 210 personnes sur les trois listes, ne mentionne pas la forme « Bauma », et le rapport entre les deux formes n’est pas établi.

Le premier voyage du Stella vers la Guadeloupe, 1857-1858

Point 2 sur 9 · Événement · 1857-12-04–1858-01-03

Le Stella, navire de la maison Régis, part d’Afrique centrale le 4 décembre 1857 pour son premier voyage ; la liste nominative dressée à Loango compte 800 rachetés. Selon Céline Flory, 19 % meurent pendant la traversée, et 648 personnes débarquent en Guadeloupe le 3 janvier 1858.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le taux de 19 % est celui de Flory et ne compte que les morts de la traversée, non ceux des factoreries avant l’embarquement. Flory mentionne ailleurs 748 rachetés du Stella 1 (p. 355, n. 28) : l’écart avec les 800 de la liste n’est pas expliqué. Le premier bulletin de la Gazette donne 647 débarqués, les récapitulations ultérieures 648.

Les Africains engagés aux Antilles viennent presque tous du Loango-Congo

Point 3 sur 9 · Mesure · 1857–1862

Selon Céline Flory, 99 % des immigrants africains arrivés en Guadeloupe et 93 % de ceux arrivés en Martinique viennent de la région du Loango-Congo, où la maison Régis les a rachetés ; Boma, sur le fleuve Congo, fournit 69 % de l’ensemble de ses recrues. En Martinique, 468 rachetés de la région du Gabon ne forment jamais un groupe distinct : Flory juge « très probable » qu’ils se soient fondus dans le groupe des Congos.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le Loango-Congo désigne la région des achats, non les lieux de naissance, que les listes d’embarquement situent en majorité dans l’intérieur. Les engagés arrivés avant les rachetés — 71 des îles du Cap-Vert en Guadeloupe, 285 recrutés entre Freetown et Cape Coast en Martinique — ne sont pas comptés parmi les Congos.

Le contrat imposé aux Africains rachetés : dix ans, cessible, payé en retenues

Point 4 sur 9 · Prescription · 1852-02-13–1862

Selon Céline Flory, l’Africain racheté arrive aux Antilles lié par un contrat de dix ans compté en jours travaillés, soit 3 120 journées dont le décompte revient à l’engagiste ; chaque absence s’y ajoute. Le décret du 13 février 1852 permet à l’engagiste de céder le contrat sans l’accord de l’immigrant, qui ne peut pas le rompre. Le rachat y est inscrit comme une « avance » de 200 francs, dont l’engagé « s’est servi pour sa libération et pour divers frais à son compte » selon le contrat de Kiluemba, et retenu sur son salaire à trois francs par mois ; la somme est la même pour une femme, dont le prix d’achat en Afrique est pourtant inférieur. Un racheté touche ainsi environ 25 centimes par jour, quand un travailleur local gagne environ un franc à la fin des années 1850.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Ce sont les termes des décrets et des contrats, lus par Flory ; ils ne disent pas comment chaque engagiste les a appliqués. Le salaire journalier de 25 centimes est un calcul de Flory pour un racheté de Régis, net des retenues ; une rachetée touche 23 centimes. La cession sans consentement relève du décret de 1852, commun à tous les immigrants.

  • De l’esclavage à la liberté forcée. Histoire des travailleurs africains engagés dans la Caraïbe française au XIXe siècle — p. 275-276, n. 17-25, PDF 276-277 (cession sans consentement, double retenue d’absence, 3 120 jours) ; p. 285, n. 71-73, PDF 286 (contrat de Kiluemba, 29 mars 1859, art. 6 : avance de 200 F « pour sa libération et pour divers frais à son compte », retenue à 3 F par mois ; même somme pour une femme, au prix d’achat inférieur) ; document 2, p. 404, PDF 405 (fac-similé de l’art. 6 : « deux cents francs », « pour sa libération et pour divers frais à son compte ») ; p. 287-288, n. 84-85, PDF 288-289 (25 centimes par jour, environ 1 F pour un travailleur local)

Le rachat selon Flory : entre engagisme et esclavage

Point 5 sur 9 · Interprétation · 1857–1862

Pour Céline Flory, le contrat du racheté lui « est imposé par la force » et le mode d’acquisition de cette main-d’œuvre est semblable à celui de l’esclavage ; mais, légalement libre et soumis à la même législation que les autres immigrants, il relève d’une forme de travail qui « s’inscrit donc entre l’engagisme classique et l’esclavagisme ». Elle conclut que le remboursement du prix du rachat prouve que le recruteur avait « bel et bien acheté » ces personnes, et que la « liberté forcée » par rachat « se résumait à un travail forcé, limité en théorie à dix ans, mais qui pouvait durer bien au delà ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

C’est la thèse de l’historienne, qui distingue elle-même ce régime de l’esclavage par le statut légal : les rachetés sont juridiquement libres. « Liberté forcée » est son expression, non un terme des sources.

La mortalité des Africains engagés en Martinique et en Guadeloupe, 1857-1862

Point 6 sur 9 · Mesure · 1857–1863

Au 1er octobre 1862, sur 10 521 immigrants africains arrivés en Martinique depuis juillet 1857, 2 607 sont morts, soit un quart ; en Guadeloupe, il en reste 4 435 sur 6 142. En 1863, le commissaire à l’immigration de la Martinique écrit que les Africains, payés d’un salaire « si minime », ne touchent leur salaire entier qu’après avoir remboursé les deux cents francs de leur rachat et qu’ils « meurent généralement restant débiteurs ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

Pour la Guadeloupe, Flory imprime 1 705 décès alors que la différence donne 1 707 ; les « restants » peuvent comprendre des départs vers d’autres colonies. Le total martiniquais de 10 521 arrivés diffère des 10 552 débarqués de l’annexe 3.

Les Congos des Antilles : un nom de contrat devenu nom de famille

Point 7 sur 9 · Pratique · 1857–1873

Selon Céline Flory, l’administration coloniale fixe l’identité de chaque immigrant africain d’après son contrat — nom, âge, lieu de naissance, lieu de recrutement — ; ce nom africain devient un patronyme transmis aux enfants. Comme il peut être celui qu’un propriétaire leur avait donné en Afrique, certains, que les Antilles appellent les « Congos », en prennent un autre : des demandes de mariage portent « Soundi dite Zimbou » en Guadeloupe ou « Macaya dit Goma » en Martinique, et en 1872 le Conseil privé de la Martinique admet que Maximin Soucou se marie sous le nom d’usage de son baptême, qui n’est pas celui de son contrat.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Flory ne dit pas combien de Congos ont changé de nom ; les exemples sont ceux qu’elle a relevés dans les demandes d’autorisation de mariage. L’étude ne permet pas de savoir si « Congo » est un nom que les rachetés se sont donné ou qu’on leur a donné.

Les Africains engagés sous contrat en Martinique et en Guadeloupe après l’abolition

Point 8 sur 9 · Mesure · 1857–1862

Après l’abolition de 1848, Céline Flory compte 10 552 arrivées africaines sous contrat en Martinique de 1857 à 1862 et 6 142 en Guadeloupe de 1857 à 1861, soit 16 694 arrivées dans les deux colonies. Elle indique que 98 % relevaient du rachat préalable de captifs et situe le système Régis à Loango, Banana et Boma, sans répartir les personnes entre ces trois lieux.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Ces arrivées sont postérieures à l’abolition de l’esclavage colonial légal et relèvent d’un dispositif contractuel coercitif distinct ; elles ne s’ajoutent pas aux débarquements de la traite. La source ne ventile pas les 16 694 personnes entre Loango, Banana et Boma ni, à partir de ces ports, entre des lieux de naissance intérieurs. La Martinique est couverte jusqu’en 1862 et la Guadeloupe jusqu’en 1861.

Le contrat du 29 mars 1859 présente Kiluemba, né à Quibanda sur la côte de Loango et âgé de vingt-trois ans,…

Point 9 sur 9 · Interprétation · 1859-03-29

Le contrat du 29 mars 1859 présente Kiluemba, né à Quibanda sur la côte de Loango et âgé de vingt-trois ans, comme un homme libre consentant à partir vers une colonie française d’Amérique. Flory relève qu’aucun acte d’affranchissement n’accompagne ce formulaire : la mention imprimée de liberté efface l’achat antérieur et fait du même document la preuve du statut libre et du consentement au travail.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le contrat est cité en traduction portugaise dans l’article ; son fac-similé est reproduit dans le livre de 2015. Il désigne « une des colonies françaises d’Amérique » sans dire laquelle : les trente-trois campagnes de la maison Régis vont toutes à la Martinique ou à la Guadeloupe, mais rien n’indique sur quel navire Kiluemba est parti. L’expression « noir libre » appartient au formulaire imprimé, tandis que le nom, l’âge, le village et la date sont manuscrits ; le contrat ne porte pas la signature de Kiluemba.

Sources reliées

Sources citées par les points publiés ou déjà repérées pour poursuivre l’enquête.