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Esclavage aux Antilles

Source

Rolle des habitants de la Guadeloupe, 1664

Généalogie et Histoire de la Caraïbe

Édition critique · 2015

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Le rôle des habitants de la Guadeloupe de 1664, conservé aux Archives nationales d’outre-mer, coté G1 469…

Point 1 sur 2 · Mesure · 1664

Le rôle des habitants de la Guadeloupe de 1664, conservé aux Archives nationales d’outre-mer, coté G1 469 par ses transcripteurs et 5 DPPC 22 aujourd’hui, est un document fiscal : il a été dressé pour connaître les personnes devant des droits à la Compagnie des Indes occidentales, qui rachetait alors l’île. Seuls les hommes libres y sont payants, à partir de douze ans ; toutes les personnes esclavisées le sont, hommes et femmes, de douze ans jusqu’à leur mort. Les personnes amérindiennes, elles, ne devaient pas ce droit selon l’avertissement de l’éditeur de la transcription, qui annonce leur exclusion du sous-total ; le manuscrit montre que les âges de ces personnes sont écrits tantôt du côté des payants, tantôt de celui des exemptés, sans établir leur inclusion dans les sous-totaux. Le rôle en inscrit plusieurs et les nomme. Au folio 24 recto, case 152, la dernière du quartier de la Montagne de Bellevue : « Marie La Sauuagesse Agée de 36 ans », « Pierrot son filz agé de 7 », « Anne Marye sa fille agée de 12 ». L’âge de la mère y est écrit deux fois — une première dans la colonne des payants, barrée d’un trait, une seconde dans celle des exemptés —, et le sous-total de la case porte 3 du côté des exemptés : elle a été inscrite comme payante, puis rayée. Au folio 30 recto, dans le quartier de la Montagne de Saint-Louis, « Marye arouague sauuagesse âgée de 50 » figure au milieu d’une liste d’une vingtaine de personnes attachées à une même habitation, et son âge, lui, n’est pas barré. Au folio 21 verso, dans le même quartier de Bellevue, une même case porte quatre personnes à la suite de six personnes esclavisées nommées : « Pittre sauuage âgé de 40 », « Marye sauuagesse âgée de 38 », « un petit sauuage âgé de 4 » et « un autre petit sauuage âgé de 2 ». Pittre seul y a son âge dans la colonne des payants, comme les six personnes esclavisées qui le précèdent, et il n’est pas barré ; l’âge de Marye est écrit de l’autre côté du filet, avec ceux des deux enfants, sans qu’aucune rature ait été nécessaire. Jean et Denise Goddet-Langlois relèvent en outre deux jeunes « sauvages » de cinq et huit ans chez le sieur Pierre Brun-Beaupin, Jeanne née vers 1630, épouse de Nicolas Violet dit le Picard, et Léonore Lamire née vers 1622. Ces inscriptions ne suffisent pas à établir une règle propre aux personnes amérindiennes ni la condition juridique de chacune.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le rôle est fiscal et incomplet : il ne permet pas d’estimer toute la population. Les formes en « brésil- » par lesquelles le rôle désigne Jeanne et Léonore Lamire n’ont pas de sens établi : elles peuvent désigner une personne autochtone venue du Brésil ou seulement une origine, et le répertoire de Goddet-Langlois range Léonore Lamire tantôt parmi les personnes amérindiennes, tantôt parmi des esclaves qu’il présente comme surtout noirs et africains.

  • Rolle des habitants de la Guadeloupe, 1664 (cette notice) — avertissement de l’éditeur, pages liminaires, pour la cote, la nature fiscale du document, le régime des payants et l’exclusion annoncée des « sauvages » du sous-total ; transcription intégrale pour la troisième Marye au folio 21 verso, pour les relevés d’autres quartiers — les deux enfants chez Brun-Beaupin, Jeanne épouse de Nicolas Violet, Léonore Lamire — et pour l’index
  • La vie en Guadeloupe au XVIIe siècle, suivi du Dictionnaire des familles guadeloupéennes de 1635 à 1700 — chapitre sur les Caraïbes, page 26 du dérivé texte, correspondant à la page 27 du PDF : relevés individuels et renvois aux cases, dont Rec. 1664-X-152 pour Marie la Sauvagesse
  • Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 — vue 0002 pour le titre du rôle et la disposition en colonnes ; vue 0076, page de droite, folio 24 recto, pour la case 152 — Marie La Sauvagesse, Pierrot, Anne Marye, l’âge barré en colonne payante et le sous-total de 3 ; vue 0082, page de droite, folio 30 recto, pour Marye Arouague, dont l’âge n’est pas barré ; vue 0074, page de gauche, folio 21 verso, pour la case aux quatre personnes amérindiennes, dont aucun âge n’est barré : celui de Pittre est du côté des payants avec ceux des six personnes esclavisées de la case, ceux de Marye et des deux enfants de l’autre côté du filet, et le total de la case se lit « 10 » et « 8 » de part et d’autre. L’écart entre numéro de vue et folio varie dans le volume

Un relevé systématique du manuscrit du rôle des habitants de la Guadeloupe de 1664 retient quatorze…

Point 2 sur 2 · Mesure · 1664

Un relevé systématique du manuscrit du rôle des habitants de la Guadeloupe de 1664 retient quatorze personnes auxquelles le rôle applique directement l’une de ses désignations. Neuf sont dites « sauvage », « sauvagesse », « arouague » ou « indien » : Marie la Sauvagesse ; Pittre, Marye et deux petits enfants inscrits dans une même case ; Marye arouague ; deux enfants dans la case de Pierre Brun, sieur de Beaupin ; Cristosphle Indien. Cinq portent une forme en « brésil- » : Lionoré Lamiré Brézillenne, Jeanne Bresillainne, Labreziliaine, Thoiny Brezil et Pierre Bresillain. Deux femmes sont inscrites en tête d’une case : Marie la Sauvagesse, case 152, suivie de ses deux enfants ; Lionoré Lamiré Brézillenne, quarante-deux ans, case 205, au folio 30 verso, dont le nom est écrit en grand comme celui des autres personnes inscrites en tête d’une case, suivie de ses trois fils nommés Hou, âgés de seize, dix et neuf ans, puis de cinq personnes esclavisées — Françoisse, Isabelle, Cristinne, Catherinne et Dominique. Les autres figurent dans le ménage d’un tiers, à des places diverses. L’âge de Marie la Sauvagesse, au folio 24 recto, est écrit du côté des payants, barré, puis réécrit du côté des exemptés ; le même geste se lit pour Luce de Coscanne, veuve, dans une autre case.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Les enfants que le rôle ne désigne pas lui-même — Pierrot, Anne Marye, les fils Hou — et trois hommes chez qui « Sauvage » tient la place d’un nom de famille restent hors du compte. Les formes en « brésil- » n’ont pas de sens établi dans le rôle : elles peuvent désigner une personne autochtone venue du Brésil ou seulement une origine. En 1671, « native du Brésil » et « Bresilien » désignent une origine, et le répertoire de Goddet-Langlois range Léonore Lamire tantôt parmi les personnes amérindiennes, tantôt parmi des esclaves qu’il présente comme surtout noirs et africains. Thoiny Brezil est inscrit sous l’intitulé « Nègres », Labreziliaine et Pierre Bresillain à la fin de listes de personnes esclavisées. Être inscrite en tête d’une case n’établit pas que Lionoré possédait les cinq personnes esclavisées qui y figurent, ni la condition juridique de Marie. La rature de l’âge de Marie ne prouve pas une exemption propre aux personnes amérindiennes : le même geste touche une veuve libre. Le rôle est fiscal et incomplet : des cases entières manquent, et les éditeurs de sa transcription notent qu’au quartier de la Capesterre les femmes n’y sont pas recensées « si elles ne sont pas maîtresses de case, c’est-à-dire, le plus généralement, veuves ». Le compte mesure des mentions dans ce document, non une population.

  • Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 — fac-similé : folio 21 verso, vue 0074, page de gauche (Pittre, Marye et deux enfants dits « sauvage ») ; folio 24 recto, vue 0076, page de droite (Marie la Sauvagesse, ses enfants Pierrot et Anne Marye, et la rature de son âge) ; folio 30 recto, vue 0082, page de droite (Marye arouague) ; folio 33 verso, vue 0086, page de gauche (« Cristosphle Indien age de 25 ») ; folio 30 verso, vue 0083, page de gauche (« Lionoré Lamiré Brézillenne 42 ans », ses trois fils et les cinq personnes esclavisées de la case 205) ; folio 36 recto, vue 0088, page de droite (« Jeanne Bresillainne sa fe. », épouse de Nycollas Violet dit Lepicard) ; vue 0022, page de droite (deux enfants dits « sauuage ») ; vue 0017, page de gauche (« Labreziliaine âgée de 45 ») ; vue 0042, page de droite (« Thoiny Brezil 35 », sous l’intitulé « Nègres ») ; folio 42 verso, vue 0039, page de gauche (« Pierre Bresillain 24 », case 27 de George Lemit) ; page 64 recto de la transcription, vue 0053, page de droite (Luce de Coscanne, veuve, et la rature de son âge) ; vues 0053, 0080 et 0090 pour les trois hommes chez qui « Sauvage » tient la place d’un nom
  • Rolle des habitants de la Guadeloupe, 1664 (cette notice) — transcription intégrale, avec ses folios : désignations « sauvage », « sauvagesse », « arouague », « indien » et formes en « brésil- » (bresillain, bresillainne, brezillenne, brezil, labreziliaine) ; avertissement liminaire, « Peut-on faire confiance au recensement ? », p. 3 du PDF, pour les cases non recensées et les femmes du quartier de la Capesterre
  • La vie en Guadeloupe au XVIIe siècle, suivi du Dictionnaire des familles guadeloupéennes de 1635 à 1700 — chapitre sur les Caraïbes, page 27 du dérivé texte et du PDF, pour « Léonore Lamire, Brésilienne » et la référence 1664-X-205 ; section « Qui sont ces Noirs », page 29 du dérivé texte et du PDF, pour la même Léonore rangée sous la même référence dans la liste des noms dits africains pour la plupart