Notion · Guadeloupe, 1635-1671
Des femmes et des familles amérindiennes dans la Guadeloupe du XVIIᵉ siècle
Dès les premières années de la colonie, des femmes amérindiennes vivent parmi les colons de la Guadeloupe. Certaines y ont été amenées des îles voisines ou du continent et tenues en esclavage ; l’une au moins, selon un historien, y était née. D’autres apparaissent comme épouses de colons et mères de leurs enfants. En 1664, le rôle fiscal de l’île inscrit une femme qu’il dit « sauvagesse » en tête d’une case, avec ses deux enfants.
Registre paroissial de Capesterre, rôle de 1664 et recensement de 1671, dans leur numérisation par les Archives nationales d’outre-mer, avec les transcriptions publiées par Généalogie et Histoire de la Caraïbe, la transcription de deux actes par Auguste Lacour (1855) et le répertoire de Jean et Denise Goddet-Langlois (1991).
Périodes : Premières implantations et premiers asservissements · Sucre, déportations massives et reprise en main royale · Territoires : Guadeloupe et dépendances · Petites Antilles et circulations intercoloniales
Une enfant amenée par un Flamand, des femmes baptisées
Certaines y sont amenées d’ailleurs et tenues en esclavage. Le dominicain Raymond Breton compte parmi les esclaves que possède Mademoiselle de L’Olive « une petite sauvagesse de Sainte-Alousie [Lucie] qu’un Flamand leur avait amenée » ; selon l’historien Frédéric Régent, cette enfant, présente en 1635, est la première personne tenue en esclavage dont la présence soit attestée en Guadeloupe. Le dominicain André Chevillard, cité par l’historienne Domitille de Gavriloff, rapporte que sa mission aurait acheté à un navire flamand une femme « aroüague », Auramou, qu’il dit employée à faire le pain de cassave, la galette de manioc qui nourrit les îles, et à « autres petites occupations domestiques ». La même mission reçoit Alaïoulé, un garçon que Chevillard dit « Aloague », capturé à huit ou neuf ans par un Kalinago de Saint-Vincent, donné par celui-ci à un autre Kalinago, puis remis à un troisième, appelé Thomas par les Français, qui l’amène aux dominicains ; les Pères font à Thomas « quelque present ».
La paroisse de la Capesterre, sur la côte est de l’île, baptise aussi des femmes et des enfants que ses actes désignent par une catégorie amérindienne. Le 1er décembre 1640, son registre inscrit le baptême d’une femme adulte qu’il désigne seulement comme « une femme sauvagesse appartenant a madame anne ». Le 21 mai 1646, le père Armand de la Paix baptise « deux sauvagesses de terre ferme », venues du continent : l’une reçoit de sa marraine, madame Le Gay, le prénom de Julienne ; l’autre, Guillemine, a pour parrain et marraine Guillaume Le Gay et Magdelaine Huguet. Le 15 août 1647, une enfant que l’acte appelle « une petite Galiby » reçoit le prénom d’Agnès.
Les règles de la Compagnie des îles de l’Amérique, qui gouverne alors les îles, ne fixent pas un seul statut pour ces personnes. Son contrat, renouvelé par un édit de 1642, promet aux « sauvages » convertis au christianisme d’être tenus pour des Français de naissance, avec leurs droits ; l’historien Lucien Peytraud juge cette promesse « destinée à rester bien platonique » : selon lui, elle n’a pas été appliquée. En 1638, la Compagnie interdit aux protestants de posséder des « nègres ou sauvages » : dans ce texte, les deux mots désignent des personnes que l’on possède.
Des familles avec les colons
Dans les mêmes années, des femmes amérindiennes fondent des familles avec des colons. Le 25 mai 1643, au fort Sainte-Marie, le père Jean de Saint-Paul baptise une fille du sieur La Rivière dit des Fossés et « d’une guillibie sauvagesse sa femme ». Une autre transcription de l’acte, publiée en 1855 d’après un exemplaire du greffe de la Basse-Terre, donne à la mère le nom d’Anne Guilibie. Le 28 août 1644, au même fort, une seconde fille, Anne, est baptisée, née de Charles La Rivière dit des Fossés et « de Marie Galiby » ; Jean et Denise Goddet-Langlois, auteurs d’un répertoire des familles de la Guadeloupe du XVIIᵉ siècle, lisent ces deux actes comme ceux d’un même ménage.
Une autre famille se forme autour de Charles des Champs, un colon, et de Susane Belamée, une femme amérindienne. En 1648, le registre consigne le baptême de « deux enfans jumeaux du legitime mariage de Charles des Champs et Susane Belamée sauvagesse » : Charles, « le premier venu », et Jean, déjà ondoyé par la sage-femme, c’est-à-dire baptisé d’un rite simplifié avant la cérémonie à l’église. Un autre Charles est baptisé le 14 mai 1651 ; le 15 octobre 1652, les cérémonies du baptême sont complétées pour une Julienne, venue au monde quatre jours plus tôt environ et déjà ondoyée. Dans ces deux derniers actes, la mère n’est plus inscrite que comme « Susanne Sauvagesse » : la catégorie a pris la place de son nom. D’un baptême à l’autre reviennent certains des mêmes parrains et marraines, issus des ménages coloniaux de la paroisse.
Une femme au moins serait née dans l’archipel avant les colons. À Marie-Galante, île voisine dépendant de la Guadeloupe, le contrôle des habitants de 1665 désigne Marie, épouse de Jean Duval, par le surnom de « l’Indienne ». Selon Frédéric Régent, elle est née vers 1625 en Guadeloupe, dix ans avant l’arrivée des Français, et avait déjà été mariée à deux Français : elle a un fils, Michel Feuilletot, et deux enfants nommés Heusé. Elle est sans doute la mère d’Anne Heusé, mariée à quatorze ans à Robert Leclerc, un Normand, maître de case, c’est-à-dire chef d’un ménage recensé. Sur treize maîtres de case mariés que compte alors l’île, trois ont une épouse d’origine africaine ou amérindienne.
Des femmes inscrites en tête d’une case en 1664
En 1664, la Guadeloupe est recensée pour l’impôt. Le rôle des habitants inscrit les personnes par cases, des ménages numérotés, et range les âges dans deux colonnes : celle des payants, où entrent les hommes libres à partir de douze ans et les personnes esclavisées de douze ans jusqu’à leur mort, et celle des exemptés. Les personnes amérindiennes ne devaient pas ce droit, selon l’éditeur de la transcription, mais le rôle écrit leurs âges tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Une femme, Marie, que le rôle appelle « Marie La Sauuagesse », trente-six ans, est inscrite en tête de la case 152, la dernière du quartier de la Montagne de Bellevue, suivie de son fils Pierrot, sept ans, et de sa fille Anne Marye, douze ans. Son âge a d’abord été écrit dans la colonne des payants, puis barré et réécrit parmi les exemptés, le même geste que pour une veuve d’une autre case, Luce de Coscanne.
Le rôle inscrit aussi en tête de la case 205 Lionoré Lamiré, quarante-deux ans, qu’il dit « Brézillenne » : le mot peut désigner une femme autochtone venue du Brésil, ou seulement son origine. Son nom y est écrit en grand, comme ceux des autres personnes inscrites en tête d’une case. Viennent ses trois fils, nommés Hou, âgés de seize, dix et neuf ans, puis cinq personnes esclavisées : Françoisse, Isabelle, Cristinne, Catherinne et Dominique. D’autres personnes que le rôle dit « sauvage », « sauvagesse » ou « arouague » vivent dans la case d’un autre, à des places très différentes : Pittre et Marye, avec deux jeunes enfants, inscrits à la suite de six personnes esclavisées ; Marye, dite « arouague », cinquante ans, au milieu d’une vingtaine de personnes attachées à une même habitation, une exploitation agricole ; deux enfants dits « sauvages », inscrits sans nom chez Pierre Brun, sieur de Beaupin . Jeanne, épouse de Nicolas Violet dit le Picard, est dite, comme Lionoré, « Bresillainne ».
Le mot « sauvagesse » à la place du nom
Le recensement de 1671 a une autre forme. Il compte dans une colonne de son tableau, intitulée « Sauvages » et parfois « Sauuages, Mestis, Capouis » — elle peut alors réunir des personnes dites métisses et d’autres catégories mal définies —, des personnes qu’il ne nomme pas : vingt-six dans la seule case du sieur de Chasteaudubois. Il nomme pourtant, parmi les femmes mariées, Marie, épouse de Jean-Baptiste Tricotte, maître de case à l’Islet à Goyave, avec trois garçons et deux filles ; sur la même page, les autres épouses portent leur prénom et leur nom de famille, et pour Marie le mot « sauvagesse » tient la place de ce nom. D’une pièce à l’autre, et selon la main qui écrit, la catégorie s’ajoute au nom d’une femme, le remplace, ou devient l’intitulé d’une colonne où des personnes sont seulement comptées.
Sources de la fiche
Les références ci-dessous permettent de retrouver les documents et travaux utilisés. Les faits et interprétations qui structurent la fiche renvoient ensuite à des passages localisés et à leurs limites de portée. Les références sont rangées selon la nature du document atteint et sa relation aux événements : pièces produites au moment des faits ; actes anciens transmis par des copies ou des recueils postérieurs ; récits et études anciens, composés après les faits ; études, éditions et outils de recherche. La date de la notice indique la rédaction ou la publication lorsqu’elle est connue ; l’usage précise la période ou l’expérience racontée. Pour une copie ou un recueil, la notice donne la date de l’acte et celle de la copie ou de l’impression. Pour une édition savante, la notice distingue le texte transmis du travail de l’éditeur. Le libellé de chaque lien indique s’il conduit à la source en ligne, à une notice DOI, à un catalogue ou à la notice d’un éditeur.
Pièces produites au moment des faits
Dépôt des papiers publics des colonies, Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 (1664-1725).
Fac-similé du rôle des habitants de 1664 : cases, âges et colonnes des personnes désignées par une catégorie amérindienne, lues folio par folio.
Voir la page de cette sourceDépôt des papiers publics des colonies, Guadeloupe : recensement — Général, Grande-Terre, Saintes, 1671-1715 (1671).
Fac-similé du recensement de 1671 : intitulé de colonne « Sauuages, Mestis, Capouis », et case de Jean-Baptiste Tricotte, où son épouse Marie est inscrite « sauvagesse » dans la colonne des femmes mariées.
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Actes anciens transmis par des copies ou des recueils postérieurs
Paroisse Saint-Hyacinthe de la Capesterre, Guadeloupe, Extraits des registres des baptêmes, mariages et sépultures des Blancs et Libres, 1637-1655 — copie de 1777 pour le Dépôt des papiers publics des colonies (actes de 1637 à 1655 ; copie de 1777).
Registre paroissial de Capesterre, copie de 1777 dont la certification ne couvre explicitement que les extraits de 1637 et 1639 : baptêmes de 1640, 1643, 1644, 1646, 1647, 1648, 1651 et 1652, avec leurs parrains, marraines et officiants.
Voir la page de cette sourceMédéric Louis Élie Moreau de Saint-Méry, Loix et constitutions des colonies françoises de l’Amérique sous le vent, tome I, 1550–1703 (actes de 1550 à 1703 ; recueil imprimé en 1784).
Recueil de Moreau de Saint-Méry, tome I : l’article XI du contrat de la Compagnie et l’article XIII de l’édit de mars 1642.
Voir la page de cette source
Récits et études anciens, composés après les faits
Auguste Lacour, Histoire de la Guadeloupe, tome I (1855).
Tome I, p. 99 : second témoin des actes de 1643 et de 1648, transcrits en 1855 d’après les registres du greffe de la Basse-Terre ; il nomme la mère de 1643 Anne Guilibie et date le baptême des jumeaux du 11 août 1648.
Voir la page de cette sourceLucien Peytraud, L’esclavage aux Antilles françaises avant 1789 (1897).
Étude de Lucien Peytraud (1897) : la promesse faite aux « sauvages » convertis par le contrat de la Compagnie et l’édit de 1642, et son jugement sur sa portée, p. 29.
Voir la page de cette sourceAndré Chevillard, dominicain, Les desseins de son Éminence de Richelieu pour l’Amérique, reproduction en fac-similé de l’édition de 1659 (Bibliothèque d’histoire antillaise, 4) (1659).
Récit du dominicain André Chevillard (1659), p. 117-120 : la capture d’Alaïoulé enfant, sa remise de Kalinago en Kalinago et son arrivée chez les dominicains.
Voir la page de cette source
Études, éditions et outils de recherche
Généalogie et Histoire de la Caraïbe, Rolle des habitants de la Guadeloupe, 1664 (2015).
Transcription intégrale du rôle de 1664, pour le balayage systématique des désignations et l’avertissement de ses éditeurs sur la nature fiscale et les lacunes du document.
Voir la page de cette sourceGénéalogie et Histoire de la Caraïbe, Recensement de la Guadeloupe en 1671 — renseignements nominatifs et renseignements du terrier.
Transcription du recensement de 1671, pour les effectifs de la colonne « Sauvages ».
Voir la page de cette sourceJean et Denise Goddet-Langlois, La vie en Guadeloupe au XVIIe siècle, suivi du Dictionnaire des familles guadeloupéennes de 1635 à 1700 (1991).
Répertoire qui a signalé ces actes et ces cases ; ses lectures — les deux ménages mixtes, « Brésilienne », « sauvages de terre ferme » — sont distinguées de ce que portent les pièces.
Voir la page de cette sourceFrédéric Régent, Les Maîtres de la Guadeloupe. Propriétaires d’esclaves (1635-1848) (2019).
Étude de Frédéric Régent sur les propriétaires d’esclaves de la Guadeloupe : l’enfant amenée de Sainte-Lucie en 1635, d’après la relation de Breton, p. 46-47 ; Marie dite l’Indienne au contrôle de Marie-Galante de 1665, p. 84-85.
Voir la page de cette sourceDomitille de Gavriloff, La porte étroite. Missions d’évangélisation et esclavage racial en Martinique et à Saint-Domingue (1635-1789) (2025).
Thèse de Domitille de Gavriloff sur les missions et l’esclavage : la délibération de la Compagnie de 1638, p. 134 ; l’achat d’Auramou par les dominicains, d’après Chevillard, p. 297.
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Pièces recherchées
Ce que les archives pourraient encore apprendre
Ces pièces n’ont pas encore été consultées pour cette page. Elles pourraient la compléter ou la corriger.
Ce qu’elles permettraient : Comparer l’ordonnance de 1683 au texte enregistré par le ministère de la Marine, et replacer les personnes nommées dans une politique qui se poursuit au XVIIIe siècle.
COL B 10, fol. 41v, 30 et 11 · Archives nationales d’outre-mer
L’ordonnance de septembre 1683, l’affaire de la Constance et l’instruction qui accompagne la mesure.
COL B 68, p. 15 · Archives nationales d’outre-mer
L’ordonnance de 1739 sur la traite des personnes amérindiennes et l’exception liée à l’état de guerre.
COL B 129, p. 50 et COL B 132, p. 32 · Archives nationales d’outre-mer
Les deux décisions de 1768 et 1769 qui permettent de suivre le statut de Pachicour.
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Sources et limites
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Dans la partie conservée du registre paroissial de Capesterre, le premier acte repéré concernant une…
Dans la partie conservée du registre paroissial de Capesterre, le premier acte repéré concernant une personne désignée par une catégorie amérindienne est un baptême d’adulte : le 1er décembre 1640, « une femme sauvagesse appartenant a madame anne » est baptisée en Guadeloupe. Elle a pour parrain un homme que le registre nomme Guillaume d’Orange, époux de Magdelaine Huguet selon un acte de 1648 du même registre, et pour marraine Elisabeth Naudier. L’acte ne donne ni son nom, ni son âge, ni le lieu de la cérémonie : il la désigne par une catégorie et par la personne à qui il la dit appartenir. Il précise qu’elle a été baptisée « par le même », c’est-à-dire par l’officiant de l’acte précédent, le père Jean de Saint-Paul.
À garder en tête : Ce qui est lu n’est pas le registre tenu en 1640 mais la copie établie en 1777 pour le Dépôt des papiers publics des colonies, et la certification du curé qui y figure ne couvre explicitement que les deux extraits de 1637 et 1639 qui la précèdent. La collection conservée par le service commence à l'entrée de 1639, laquelle recopie aussi l'acte rétrospectif de 1637, et les ANOM avertissent qu’elle peut être lacunaire : « premier acte repéré » décrit cette copie et ce dépouillement, non tous les actes qui ont pu exister. L’en-tête de la copie porte « registres des baptêmes, mariages et sépultures des Blancs et Libres » ; il ne suffit pas à établir la condition de cette femme en 1640. « Sauvagesse » est le mot de l’acte ; « Sauvage » celui de la mention marginale, écrite pour classer. Rien n’autorise à l’appeler kalinago : l’acte ne dit pas d’où elle vient, et le même registre distingue ailleurs les personnes « de terre ferme ». Un acte de baptême dit que le curé la tient pour appartenant à quelqu’un ; il n’établit pas le régime juridique sous lequel elle était tenue, ni s’il fut durable. Toute réutilisation reste bornée aux mots que l’acte porte.
- Extraits des registres des baptêmes, mariages et sépultures des Blancs et Libres, 1637-1655 — copie de 1777 pour le Dépôt des papiers publics des colonies — vue 0003, page de droite, deuxième acte de l’année 1640, mention marginale « Bᵉ Sauvage » ; l’acte précédent, pour l’officiant ; en-tête « Blancs et Libres » sur la page de droite et certification du 15 janvier 1777 sur la page de gauche ; vue 0005, page de gauche, acte du 1er novembre 1648, pour « guillaume dorange et de magdelaine huguet mariés »
- La vie en Guadeloupe au XVIIe siècle, suivi du Dictionnaire des familles guadeloupéennes de 1635 à 1700 — chapitre sur les Caraïbes, page 26 du dérivé texte et du PDF : c’est cet instrument de repérage qui a signalé l’acte et son folio
Jean et Denise Goddet-Langlois rapprochent deux actes du registre paroissial de Capesterre, en Guadeloupe,…
Jean et Denise Goddet-Langlois rapprochent deux actes du registre paroissial de Capesterre, en Guadeloupe, et les lisent comme ceux d’un même ménage formé d’un colon français et d’une femme amérindienne. Le 25 mai 1643, au fort Sainte-Marie, le père Jean de Saint-Paul baptise une fille du sieur La Rivière dit des Fossés et « d’une guillibie sauvagesse sa femme » ; le parrain est Jean Gendrelle, la marraine Anne Deshayes. Le 28 août 1644, au même fort, une seconde fille, nommée Anne, est dite née de Charles La Rivière dit des Fossés et « de Marie Galiby » ; le parrain est François de Bardonne, sieur des Fontaines, la marraine Anne Perreau. Les actes donnent le même nom de père, mais n’établissent pas à eux seuls que la mère de 1643 est Marie Galiby en 1644. Dans un autre ménage, c’est le nom propre de la mère qui disparaît : en 1648, le registre baptise « deux enfans jumeaux du legitime mariage de Charles des Champs et Susane Belamée sauvagesse » ; « le premier venu », nommé Charles, a pour parrain René Poirier dit La Borde et pour marraine Jacquette Ledé ; l’autre, déjà ondoyé par la sage-femme, est nommé Jean par son parrain, le sieur de La Forge, avec pour marraine Anne Deshais, dite madame Laverdure. Le 14 mai 1651, un Charles, tenu par Innocent Bardin et Marguerite La Garigue, puis le 15 octobre 1652 une Julienne, née depuis quatre jours environ et ondoyée par le sieur de La Fleur, tenue par Robert Bonnet dit La Verdure et Julienne Bourgoing, femme de M. Le Gay, sont dits enfants de Charles des Champs et de son épouse, désignée « Susanne Sauvagesse », sans nom propre. Goddet-Langlois tiennent le premier couple pour « le premier couple mixte franco-caraïbe en Guadeloupe qui nous soit connu » et le second pour le deuxième, et précisent que « Galiby ou Guillibie est alors synonyme de caraïbe ou sauvagesse ».
À garder en tête : Ce qui est lu est la copie de 1777, non le registre d’origine. Un second témoin existe : en 1855, Auguste Lacour publie les actes de 1643 et de 1648 d’après des registres déposés au greffe du tribunal de la Basse-Terre ; il nomme la mère de 1643 « Anne Guilibie », écrit « Suzanne Bolamée » pour la mère des jumeaux et date leur baptême du 11 août 1648. La copie de 1777 porte « d’une guillibie », « Belamée », et place l’acte des jumeaux, qui n’a pas de date propre, entre un acte du 11 août et un acte du 17 octobre 1648. Les deux témoins ne sont pas départagés : on ne sait pas si la mère de 1643 était nommée. Charles et Jean sont jumeaux, soit une seule naissance. La présence d’un second Charles en 1651 peut signaler la mort du premier et la reprise du prénom, usage courant, ou autre chose : le registre ne tranche pas. Les mêmes parrains et marraines reparaissent d’un acte à l’autre — le ménage Le Gay, Anne Deshais et Robert Bonnet — sans que cela établisse un lien de dépendance.
- Extraits des registres des baptêmes, mariages et sépultures des Blancs et Libres, 1637-1655 — copie de 1777 pour le Dépôt des papiers publics des colonies — vue 0003, page de droite, pour les baptêmes du 25 mai 1643 et du 28 août 1644, au fort Sainte-Marie, avec leurs parrains et marraines ; vue 0004, dernier acte, pour les jumeaux Deschamps de 1648, signé fr. Breton ; vue 0005, page de droite, pour le baptême du 14 mai 1651, signé fr. Philippe de Beaumont, et pour la suppléance du 15 octobre 1652, signée fr. Pierre Fontaine, avec leurs parrains et marraines ; vues 0004 et 0005 pour les actes du 11 août et du 17 octobre 1648 qui encadrent celui des jumeaux
- La vie en Guadeloupe au XVIIe siècle, suivi du Dictionnaire des familles guadeloupéennes de 1635 à 1700 — chapitre sur les Caraïbes, page 26 du dérivé texte et du PDF : repérage des actes, rang des deux couples et glose sur Galiby ou Guillibie
- Histoire de la Guadeloupe, tome I — tome I, p. 99 (p. 107 du fac-similé Internet Archive) : transcription des actes du 25 mai 1643 et du 11 août 1648 d’après les registres du greffe de la Basse-Terre
Le 21 mai 1646, à l’église Sainte-Marie de la Capesterre en Guadeloupe, le père Armand de la Paix,…
Le 21 mai 1646, à l’église Sainte-Marie de la Capesterre en Guadeloupe, le père Armand de la Paix, supérieur, baptise « deux sauvagesses de terre ferme ». Le registre les nomme : l’une reçoit le prénom de Julienne, donné par sa marraine madame Le Gay ; l’autre celui de Guillemine, avec pour parrain et marraine Guillaume Le Gay et Magdelaine Huguet. L’acte donne un jour, un lieu, un officiant, deux prénoms de baptême et les personnes qui les ont tenues sur les fonts.
À garder en tête : Ce qui est lu est la copie de 1777, non le registre d’origine. Les deux prénoms sont ceux du baptême : ce ne sont pas des noms portés avant, et le registre ne conserve aucun autre nom. « De terre ferme » désigne le continent et non les îles : ces deux femmes ne sont pas dites caraïbes. Goddet-Langlois définissent ailleurs les « Brésiliennes » comme des « sauvages de terre ferme » et décrivent en général les femmes ainsi classées comme le plus souvent asservies par les Portugais ou les Hollandais ; cette généralisation n’établit pas la condition de Julienne et Guillemine. L’acte ne dit rien de leur condition, de leur âge, ni de chez qui elles vivaient. Que leurs parrain et marraine soient Le Gay et Huguet n’établit aucun lien de dépendance : le registre associe les mêmes noms à d’autres baptêmes de la paroisse. Madame Le Gay est probablement Julienne Bourgoing, « femme de mr Le gay », marraine en 1652 d’une enfant de Susanne Sauvagesse : Julienne aurait alors reçu le prénom de sa marraine. L’acte ne dit pas qui donne à Guillemine son prénom, féminin de celui de son parrain.
- Extraits des registres des baptêmes, mariages et sépultures des Blancs et Libres, 1637-1655 — copie de 1777 pour le Dépôt des papiers publics des colonies — vue 0004, page de gauche, acte du 21 mai 1646, mention marginale « Bᵉ Sauvages »
Le 15 août 1647, le capucin Alexis d'Auxerre baptise à Capesterre une enfant que la copie du registre faite…
Le 15 août 1647, le capucin Alexis d'Auxerre baptise à Capesterre une enfant que la copie du registre faite en 1777 appelle « une petite Galiby ». Elle reçoit le prénom Agnès ; la phrase associe le chevalier et Agnès Picaud à ce nom. L'acte ne donne ni parents, ni nom antérieur, ni âge exact, ni condition.
À garder en tête : Ce qui est lu est la copie établie en 1777 pour le Dépôt des papiers publics des colonies, non le registre tenu en 1647 ; la certification du curé ne vise que les extraits de 1637 et 1639. « Galiby » est la catégorie de la copie. Elle ne suffit pas à établir le groupe auquel l'enfant se serait elle-même rattachée, son lieu d'origine ou son statut. La formulation sur les personnes qui la nomment ne doit pas être transformée en filiation.
- Extraits des registres des baptêmes, mariages et sépultures des Blancs et Libres, 1637-1655 — copie de 1777 pour le Dépôt des papiers publics des colonies — vue 0004, page copiée 3, acte du 15 août 1647, mention marginale « Galiby », officiant Alexis d'Auxerre et prénom Agnès
Le rôle des habitants de la Guadeloupe de 1664, conservé aux Archives nationales d’outre-mer, coté G1 469…
Le rôle des habitants de la Guadeloupe de 1664, conservé aux Archives nationales d’outre-mer, coté G1 469 par ses transcripteurs et 5 DPPC 22 aujourd’hui, est un document fiscal : il a été dressé pour connaître les personnes devant des droits à la Compagnie des Indes occidentales, qui rachetait alors l’île. Seuls les hommes libres y sont payants, à partir de douze ans ; toutes les personnes esclavisées le sont, hommes et femmes, de douze ans jusqu’à leur mort. Les personnes amérindiennes, elles, ne devaient pas ce droit selon l’avertissement de l’éditeur de la transcription, qui annonce leur exclusion du sous-total ; le manuscrit montre que les âges de ces personnes sont écrits tantôt du côté des payants, tantôt de celui des exemptés, sans établir leur inclusion dans les sous-totaux. Le rôle en inscrit plusieurs et les nomme. Au folio 24 recto, case 152, la dernière du quartier de la Montagne de Bellevue : « Marie La Sauuagesse Agée de 36 ans », « Pierrot son filz agé de 7 », « Anne Marye sa fille agée de 12 ». L’âge de la mère y est écrit deux fois — une première dans la colonne des payants, barrée d’un trait, une seconde dans celle des exemptés —, et le sous-total de la case porte 3 du côté des exemptés : elle a été inscrite comme payante, puis rayée. Au folio 30 recto, dans le quartier de la Montagne de Saint-Louis, « Marye arouague sauuagesse âgée de 50 » figure au milieu d’une liste d’une vingtaine de personnes attachées à une même habitation, et son âge, lui, n’est pas barré. Au folio 21 verso, dans le même quartier de Bellevue, une même case porte quatre personnes à la suite de six personnes esclavisées nommées : « Pittre sauuage âgé de 40 », « Marye sauuagesse âgée de 38 », « un petit sauuage âgé de 4 » et « un autre petit sauuage âgé de 2 ». Pittre seul y a son âge dans la colonne des payants, comme les six personnes esclavisées qui le précèdent, et il n’est pas barré ; l’âge de Marye est écrit de l’autre côté du filet, avec ceux des deux enfants, sans qu’aucune rature ait été nécessaire. Jean et Denise Goddet-Langlois relèvent en outre deux jeunes « sauvages » de cinq et huit ans chez le sieur Pierre Brun-Beaupin, Jeanne née vers 1630, épouse de Nicolas Violet dit le Picard, et Léonore Lamire née vers 1622. Ces inscriptions ne suffisent pas à établir une règle propre aux personnes amérindiennes ni la condition juridique de chacune.
À garder en tête : Le rôle est fiscal et incomplet : il ne permet pas d’estimer toute la population. Les formes en « brésil- » par lesquelles le rôle désigne Jeanne et Léonore Lamire n’ont pas de sens établi : elles peuvent désigner une personne autochtone venue du Brésil ou seulement une origine, et le répertoire de Goddet-Langlois range Léonore Lamire tantôt parmi les personnes amérindiennes, tantôt parmi des esclaves qu’il présente comme surtout noirs et africains.
- Rolle des habitants de la Guadeloupe, 1664 — avertissement de l’éditeur, pages liminaires, pour la cote, la nature fiscale du document, le régime des payants et l’exclusion annoncée des « sauvages » du sous-total ; transcription intégrale pour la troisième Marye au folio 21 verso, pour les relevés d’autres quartiers — les deux enfants chez Brun-Beaupin, Jeanne épouse de Nicolas Violet, Léonore Lamire — et pour l’index
- La vie en Guadeloupe au XVIIe siècle, suivi du Dictionnaire des familles guadeloupéennes de 1635 à 1700 — chapitre sur les Caraïbes, page 26 du dérivé texte, correspondant à la page 27 du PDF : relevés individuels et renvois aux cases, dont Rec. 1664-X-152 pour Marie la Sauvagesse
- Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 — vue 0002 pour le titre du rôle et la disposition en colonnes ; vue 0076, page de droite, folio 24 recto, pour la case 152 — Marie La Sauvagesse, Pierrot, Anne Marye, l’âge barré en colonne payante et le sous-total de 3 ; vue 0082, page de droite, folio 30 recto, pour Marye Arouague, dont l’âge n’est pas barré ; vue 0074, page de gauche, folio 21 verso, pour la case aux quatre personnes amérindiennes, dont aucun âge n’est barré : celui de Pittre est du côté des payants avec ceux des six personnes esclavisées de la case, ceux de Marye et des deux enfants de l’autre côté du filet, et le total de la case se lit « 10 » et « 8 » de part et d’autre. L’écart entre numéro de vue et folio varie dans le volume
Un relevé systématique du manuscrit du rôle des habitants de la Guadeloupe de 1664 retient quatorze…
Un relevé systématique du manuscrit du rôle des habitants de la Guadeloupe de 1664 retient quatorze personnes auxquelles le rôle applique directement l’une de ses désignations. Neuf sont dites « sauvage », « sauvagesse », « arouague » ou « indien » : Marie la Sauvagesse ; Pittre, Marye et deux petits enfants inscrits dans une même case ; Marye arouague ; deux enfants dans la case de Pierre Brun, sieur de Beaupin ; Cristosphle Indien. Cinq portent une forme en « brésil- » : Lionoré Lamiré Brézillenne, Jeanne Bresillainne, Labreziliaine, Thoiny Brezil et Pierre Bresillain. Deux femmes sont inscrites en tête d’une case : Marie la Sauvagesse, case 152, suivie de ses deux enfants ; Lionoré Lamiré Brézillenne, quarante-deux ans, case 205, au folio 30 verso, dont le nom est écrit en grand comme celui des autres personnes inscrites en tête d’une case, suivie de ses trois fils nommés Hou, âgés de seize, dix et neuf ans, puis de cinq personnes esclavisées — Françoisse, Isabelle, Cristinne, Catherinne et Dominique. Les autres figurent dans le ménage d’un tiers, à des places diverses. L’âge de Marie la Sauvagesse, au folio 24 recto, est écrit du côté des payants, barré, puis réécrit du côté des exemptés ; le même geste se lit pour Luce de Coscanne, veuve, dans une autre case.
À garder en tête : Les enfants que le rôle ne désigne pas lui-même — Pierrot, Anne Marye, les fils Hou — et trois hommes chez qui « Sauvage » tient la place d’un nom de famille restent hors du compte. Les formes en « brésil- » n’ont pas de sens établi dans le rôle : elles peuvent désigner une personne autochtone venue du Brésil ou seulement une origine. En 1671, « native du Brésil » et « Bresilien » désignent une origine, et le répertoire de Goddet-Langlois range Léonore Lamire tantôt parmi les personnes amérindiennes, tantôt parmi des esclaves qu’il présente comme surtout noirs et africains. Thoiny Brezil est inscrit sous l’intitulé « Nègres », Labreziliaine et Pierre Bresillain à la fin de listes de personnes esclavisées. Être inscrite en tête d’une case n’établit pas que Lionoré possédait les cinq personnes esclavisées qui y figurent, ni la condition juridique de Marie. La rature de l’âge de Marie ne prouve pas une exemption propre aux personnes amérindiennes : le même geste touche une veuve libre. Le rôle est fiscal et incomplet : des cases entières manquent, et les éditeurs de sa transcription notent qu’au quartier de la Capesterre les femmes n’y sont pas recensées « si elles ne sont pas maîtresses de case, c’est-à-dire, le plus généralement, veuves ». Le compte mesure des mentions dans ce document, non une population.
- Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 — fac-similé : folio 21 verso, vue 0074, page de gauche (Pittre, Marye et deux enfants dits « sauvage ») ; folio 24 recto, vue 0076, page de droite (Marie la Sauvagesse, ses enfants Pierrot et Anne Marye, et la rature de son âge) ; folio 30 recto, vue 0082, page de droite (Marye arouague) ; folio 33 verso, vue 0086, page de gauche (« Cristosphle Indien age de 25 ») ; folio 30 verso, vue 0083, page de gauche (« Lionoré Lamiré Brézillenne 42 ans », ses trois fils et les cinq personnes esclavisées de la case 205) ; folio 36 recto, vue 0088, page de droite (« Jeanne Bresillainne sa fe. », épouse de Nycollas Violet dit Lepicard) ; vue 0022, page de droite (deux enfants dits « sauuage ») ; vue 0017, page de gauche (« Labreziliaine âgée de 45 ») ; vue 0042, page de droite (« Thoiny Brezil 35 », sous l’intitulé « Nègres ») ; folio 42 verso, vue 0039, page de gauche (« Pierre Bresillain 24 », case 27 de George Lemit) ; page 64 recto de la transcription, vue 0053, page de droite (Luce de Coscanne, veuve, et la rature de son âge) ; vues 0053, 0080 et 0090 pour les trois hommes chez qui « Sauvage » tient la place d’un nom
- Rolle des habitants de la Guadeloupe, 1664 — transcription intégrale, avec ses folios : désignations « sauvage », « sauvagesse », « arouague », « indien » et formes en « brésil- » (bresillain, bresillainne, brezillenne, brezil, labreziliaine) ; avertissement liminaire, « Peut-on faire confiance au recensement ? », p. 3 du PDF, pour les cases non recensées et les femmes du quartier de la Capesterre
- La vie en Guadeloupe au XVIIe siècle, suivi du Dictionnaire des familles guadeloupéennes de 1635 à 1700 — chapitre sur les Caraïbes, page 27 du dérivé texte et du PDF, pour « Léonore Lamire, Brésilienne » et la référence 1664-X-205 ; section « Qui sont ces Noirs », page 29 du dérivé texte et du PDF, pour la même Léonore rangée sous la même référence dans la liste des noms dits africains pour la plupart
Le recensement de la Guadeloupe de 1671 compte dans une colonne de tableau des personnes qu’il ne nomme pas,…
Le recensement de la Guadeloupe de 1671 compte dans une colonne de tableau des personnes qu’il ne nomme pas, à côté de celles que la transcription intitule « nègres », « négresses », « négrillons », « négrittes » et « mulâtres ». Sur le fac-similé, l’intitulé de cette colonne n’est pas uniforme : dans une partie du volume il porte trois mots empilés, « Sauuages, Mestis, Capouis », et dans une autre le seul mot « Sauvages ». La transcription de Généalogie et Histoire de la Caraïbe la rend partout par « Sauvages », et le total qu’on en tire est de cinquante-six personnes dans quatorze cases — vingt-six dans une seule, huit dans une autre, six, quatre, deux, deux, puis huit cases à une personne. Les mêmes comptes donnent, sous ces intitulés, 1 635 « nègres » dans 381 cases, 1 496 « négresses » dans 382, 816 « négrillons », 348 « négrittes » et 55 « mulâtres ». La case aux vingt-six est celle du sieur de Chasteaudubois, à la Montagne de Bellevue : elle porte un serviteur artisan, quatre serviteurs blancs, vingt-six personnes dans cette colonne, et personne sous les deux premiers de ces intitulés. La case aux huit est celle d’Isaac Levasseur, sieur du Buisson, au quartier Saint-Marc de la Grande Terre : elle porte, à côté de ces huit, cinq « nègres », quatre « négresses », trois « négrillons » et trois « négrittes ».
À garder en tête : Ce total n’est pas un compte de personnes amérindiennes. Le fac-similé montre que la colonne, dans une partie au moins du volume, est intitulée « Sauuages, Mestis, Capouis » : elle réunit trois catégories. « Mestis » désigne une filiation mêlée ; ce que « Capouis » désignait n’est pas établi ici. La transcription ne rend que le premier mot, et c’est sur elle que le total a été calculé. Ailleurs dans le volume la même colonne ne porte que « Sauvages » : la composition varie d’un tableau à l’autre, et rien ne dit laquelle vaut pour chacune des quatorze cases comptées. Le total est donc un plafond pour les personnes amérindiennes comptées dans cette colonne, non pour celles que le même recensement nomme ailleurs. Ce sont des effectifs déclarés par case, non des mentions individuelles : le recensement de 1671 ne nomme pas les personnes de cette colonne, il les compte ; il ne dit ni d’où elles viennent ni leur condition juridique ; et le compte ne se compare pas terme à terme avec le rôle de 1664, qui procède autrement.
- Recensement de la Guadeloupe en 1671 — renseignements nominatifs et renseignements du terrier — partie nominative, cote G1 498 : comptes par catégorie relevés case par case sur la transcription intégrale et totalisés ; case 103 de la Montagne de Bellevue pour Chasteaudubois, case 550 du quartier Saint-Marc pour Levasseur
- Guadeloupe : recensement — Général, Grande-Terre, Saintes, 1671-1715 — vue 0150 pour l’intitulé de colonne « Sauuages / Mestis / Capouis » ; vue 0125 pour un tableau où la même colonne ne porte que « Sauvages » ; vues 0110 à 0150 pour la présence de la partie nominative dans le volume
Le recensement de la Guadeloupe de 1671 compte dans une colonne de son tableau, intitulée « Sauvages » ou «…
Le recensement de la Guadeloupe de 1671 compte dans une colonne de son tableau, intitulée « Sauvages » ou « Sauuages, Mestis, Capouis » selon les pages, des personnes qu’il ne nomme pas ; il nomme pourtant une femme qu’il qualifie de « sauvagesse ». Au quartier de l’Islet à Goyave, dans la compagnie de M. Desprailles, la case de Jean-Baptiste Tricotte porte, dans la colonne des femmes mariées, « Marie sauuagesse », puis trois garçons et deux filles ; la colonne « Sauuages, Mestis & Capoys » de cette case est vide. Dans la même colonne des femmes mariées, les autres épouses de la page sont inscrites par leur prénom et leur nom de famille — Marie Pasquet, Jeanne Folquiquant — : pour Marie, la catégorie occupe la place de ce nom.
À garder en tête : Le recensement ne dit ni l’origine de Marie, ni sa condition, ni depuis quand elle est l’épouse de Jean-Baptiste Tricotte. « Sauvage » est aussi un nom de famille dans le même recensement : Suzanne Sauvage, femme de Girard Lance, et Anne Sauvage, femme du sieur André Gressier, sont inscrites dans la même colonne des femmes mariées par leur nom de naissance, au masculin, et ne relèvent pas de cette affirmation. Jacques Sauvage, maître de case à la pointe Saint-Joseph, et Guillaume Sauvage, inscrit avec un autre homme comme maître d’une case du Grand Cul-de-Sac, portent le mot à la place du nom de famille, sans qualification : rien ne permet de les compter parmi les personnes désignées par une catégorie amérindienne. L’épouse de Jean Martigny, « Marie native du bresil », et Berthélemy Fernandes, dit « Bresilien » sous son nom comme d’autres le sont « anglois » ou « flamand », sont désignés par une origine, non par une catégorie amérindienne.
- Guadeloupe : recensement — Général, Grande-Terre, Saintes, 1671-1715 — vue 0159, page de gauche, quartier de l’Islet à Goyave, compagnie de M. Desprailles, deuxième page de la compagnie : ligne de Jean-Baptiste Tricotte — colonne 4 « Femmes mariées » « Marie ſauuageſſe », colonne 5 « 3 », colonne 6 « 2 », colonne 14 « Sauuages, Mestis & Capoys » vide — et, sur la même page, les épouses « Marie Pasquet » (René Bonneau) et « Jeanne Folquiquant » (Guillaume Lefort)
- Recensement de la Guadeloupe en 1671 — renseignements nominatifs et renseignements du terrier — partie nominative, case 681 de la compagnie de Desprailles, l’Islet à Goyave : « JEAN BAP:, TRICOTTE — Épouse : MARIE, (SAUVAGESSE) », trois garçons et deux filles
Selon l’historien Frédéric Régent, la première personne tenue en esclavage dont la présence est attestée en…
Selon l’historien Frédéric Régent, la première personne tenue en esclavage dont la présence est attestée en Guadeloupe est une enfant amérindienne. Il cite la relation du dominicain Raymond Breton pour l’année 1635, où Mademoiselle de L’Olive « a eu un soin très particulier de ses esclaves et spécialement des petits » : « Entre ceux-là, il y avait une petite sauvagesse de Sainte-Alousie [Lucie] qu’un Flamand leur avait amenée ».
À garder en tête : Ce point repose sur la citation de Breton donnée par Régent. Elle ne donne ni le nom de l’enfant, ni son âge, ni les conditions de sa capture, ni ce qu’elle devient ; l’homme que Breton appelle « un Flamand » n’est pas autrement identifié. Le titre « première personne tenue en esclavage attestée » est la lecture de Régent, bornée aux pièces qu’il connaît.
- Les Maîtres de la Guadeloupe. Propriétaires d’esclaves (1635-1848) — p. 46-47 et note 52 : citation de Breton, Relation de l’île de la Guadeloupe, pour l’année 1635
Selon Domitille de Gavriloff, qui cite le dominicain André Chevillard, la mission dominicaine de la…
Selon Domitille de Gavriloff, qui cite le dominicain André Chevillard, la mission dominicaine de la Guadeloupe aurait acheté à un navire de traite flamand une femme « aroüague », Auramou, « en envisageant plus le salut de l’ame que le profit temporel », et dont Chevillard écrit qu’elle ne travaille « qu’à faire le pain de cassave, et autres petites occupations domestiques ». La même mission reçoit Alaïoulé, que Chevillard dit « Aloague » : capturé à huit ou neuf ans par un Kalinago de Saint-Vincent, il est donné par celui-ci « par certaine maniere de present en accord de mariage » à un autre Kalinago de Saint-Vincent, qui le remet à un troisième, appelé Thomas par les Français ; Thomas l’amène lui-même à la résidence dominicaine du Rosaire. Les Pères font à Thomas « quelque present » et assurent à Alaïoulé qu’il sera traité avec douceur.
À garder en tête : Pour Auramou, ce point repose sur les passages de Chevillard cités par Gavriloff, qui emploie le conditionnel pour son achat ; pour Alaïoulé, sur le texte de 1659 lu dans sa reproduction de 1973. Chevillard n’écrit pas que les Pères achètent Alaïoulé : ils font « quelque present » à Thomas. Ces faits ne sont pas datés au-delà de la publication du récit (1659). Le missionnaire présente la mission comme guidée par le salut des âmes ; ce motif est le sien, et il n’exclut ni la propriété ni le travail imposé, que la phrase sur la cassave décrit. On ne sait rien d’Auramou au-delà de ces deux phrases.
- La porte étroite. Missions d’évangélisation et esclavage racial en Martinique et à Saint-Domingue (1635-1789) — p. 295 et note 134 (Alaïoulé), p. 297 et note 144 (Auramou), citations de Chevillard, Les desseins de Son Éminence de Richelieu pour l’Amérique (1659)
- Les desseins de son Éminence de Richelieu pour l’Amérique, reproduction en fac-similé de l’édition de 1659 (Bibliothèque d’histoire antillaise, 4) — p. 117-120, vues 149-152 du fac-similé Gallica bpt6k858067r : capture d’Alaïoulé à huit ou neuf ans, don en accord de mariage, remise à Thomas, arrivée à la résidence du Rosaire, présent des Pères à Thomas et promesse de douceur
L’article XI du contrat de rétablissement de la Compagnie des îles d’Amérique, renouvelé par l’article XIII…
L’article XI du contrat de rétablissement de la Compagnie des îles d’Amérique, renouvelé par l’article XIII de l’édit de mars 1642, dispose que les descendants des Français habitués dans les îles et « les sauvages qui seront convertis à la foi et en feront profession seront censés et réputés naturels français, capables de toutes charges, honneurs, successions, donations, ainsi que les originaires et regnicoles », sans avoir à prendre lettres de déclaration ou de naturalité. Lucien Peytraud, qui cite le texte, juge cette disposition « destinée à rester bien platonique ».
À garder en tête : Peytraud cite le texte et renvoie à Moreau de Saint-Méry, dont le recueil donne les deux articles et la variante de l’édit ; ni le contrat ni l’édit originaux ne sont cités ici. La disposition énonce un droit, non son application : Peytraud la dit restée sans effet. Elle vise les « sauvages » convertis et ne dit rien des personnes déportées d’Afrique. La clause ne vise pas les seuls convertis : elle nomme d’abord « les descendans des François habitués esdites Isles », auxquels les Sauvages convertis sont adjoints ; l’édit dit même « et même les Sauvages qui seront convertis à la Foi Chrétienne ».
- L’esclavage aux Antilles françaises avant 1789 — p. 29 : article XI du contrat de rétablissement de la Compagnie des îles d’Amérique, renvoi à l’article XIII de l’édit de mars 1642 et à Moreau de Saint-Méry, I, 54, et jugement de l’auteur sur sa portée
- Loix et constitutions des colonies françoises de l’Amérique sous le vent, tome I, 1550–1703 — tome I, article XI du contrat rétablissant la Compagnie des îles de l’Amérique, et article XIII de l’édit de mars 1642
Selon l’historienne Domitille de Gavriloff, l’assemblée de la Compagnie des îles de l’Amérique du 1er…
Selon l’historienne Domitille de Gavriloff, l’assemblée de la Compagnie des îles de l’Amérique du 1er septembre 1638 interdit aux protestants la possession de « nègres ou sauvages » et permet à tout colon catholique de les leur soustraire, à condition de les instruire dans la religion catholique.
À garder en tête : La délibération de 1638 est utilisée ici à travers la citation et l’analyse publiées par Gavriloff, qui l’interprète comme la volonté de bâtir des sociétés esclavagistes exclusivement catholiques. Une prescription de la Compagnie ne prouve ni son application en Guadeloupe ni le nombre de personnes amérindiennes que des protestants y détenaient. Elle range « sauvages » avec « nègres » parmi les personnes possédées, sans dire sous quel titre.
- La porte étroite. Missions d’évangélisation et esclavage racial en Martinique et à Saint-Domingue (1635-1789) — p. 134 et note 226 (ANOM COL F2A 13, f° 335-339, cité par l’autrice)
Selon Frédéric Régent, au contrôle des habitants de Marie-Galante de 1665, sur treize maîtres de case qui…
Selon Frédéric Régent, au contrôle des habitants de Marie-Galante de 1665, sur treize maîtres de case qui ont une épouse, trois ont une épouse d’origine africaine ou amérindienne. Marie, épouse de Jean Duval, y est désignée par le surnom de « l’Indienne » ; Régent la dit née vers 1625 en Guadeloupe, avant l’arrivée des Français, et déjà mariée successivement à deux Français : elle a un fils, Michel Feuilletot, et deux enfants nommés Heusé. Elle est « sans doute » la mère d’Anne Heusé, mariée à quatorze ans au maître de case Robert Leclerc, natif de Normandie.
À garder en tête : Ce point repose sur la lecture du contrôle de Marie-Galante publiée par Régent : les âges, l’origine et les liens sont les siens. La naissance en Guadeloupe vers 1625 et les deux unions antérieures sont ses déductions à partir des âges et des patronymes des enfants ; la maternité d’Anne Heusé est donnée comme probable. Le surnom « l’Indienne » est celui du document. Régent conclut que les femmes amérindiennes ou métisses sont « convoitées » : c’est son interprétation.
- Les Maîtres de la Guadeloupe. Propriétaires d’esclaves (1635-1848) — p. 84-85 (contrôle des habitants de Marie-Galante, 1665-1666, ANOM DPPC G1 498 n° 16, cité par l’auteur)