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Diego Félix, l'intermédiaire libre de la frontière
Point 1 sur 10 · Interprétation · 1782 - avril 1785
L'intermédiaire que Moreau de Saint-Méry appelle Diègue Félis, « quarteron libre espagnol » — homme libre de la partie espagnole, que le classement colonial par la couleur dit d'un quart d'ascendance africaine —, est identifié par l'historien Jean-Pierre Tardieu à Diego Félix : il écrit « Diègue Félix [Diego Feliz] », puis « Diego Félix », et note que « plusieurs membres de la famille intervinrent dans l'affaire ». Selon Moreau, c'est à lui que Saint-Larry, des Anses-à-Pitre, s'ouvre en 1782 du dessein de porter les marrons du Bahoruco « à se rendre & à former une peuplade de l'agrément du gouvernement » ; c'est par lui qu'il leur fait passer des présents, et c'est avec lui que viennent les quatorze hommes de la rencontre du Trou-Jacob. Moreau nomme aussi Antonio Félis, « autre quarteron libre », parmi les voisins espagnols de la frontière à qui Saint-Larry en parle. Tardieu ajoute que Diego Félix « se fit le porte-parole des marrons » pour demander à Baudouin Desmarattes une entrevue avec son fils, et qu'il est reçu avec deux chefs des marrons par le gouverneur Bellecombe en février 1785. Tardieu juge que cette proposition d'établissement, qu'il retrouve dans les pièces espagnoles, « correspondrait donc bien à la position initiale des marrons lors de ces premiers contacts, contrairement aux allégations postérieures du gouverneur français ». Il présente enfin un Antonio Félix, « propriétaire d'une hatte proche des montagnes de Bahoruco et ami des marrons », qui confirme en 1785 au commissaire espagnol Luis de Chávez leur refus de s'installer dans la partie française.
Précisions nécessaires à l’interprétation
L'identification de Diègue Félis à Diego Félix est celle de Tardieu ; Moreau imprime tantôt « Félis », tantôt « Felis ». Tardieu ne dit pas si Antonio Félix appartient à cette famille, et le rapprochement avec l'Antonio Félis de Moreau n'est fait par aucun des deux. En citant Moreau à la page 22, Tardieu imprime « l'agrément du gouverneur » là où Moreau porte « du gouvernement », et place « [De l'autre] » devant les chefs marrons, alors que chez Moreau « de l'autre » côté se tiennent Saint-Larry, Lopez et Silvère : sa citation ne se reprend pas sans retour à Moreau. Le jugement sur la position initiale des marrons est une interprétation de Tardieu tirée de pièces espagnoles qui n'ont pas été vues.
- Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l’isle Saint-Domingue, tome second — page imprimée 500 (PDF 514) : Diègue Félis, « quarteron libre espagnol », et Antonio Félis, « autre quarteron libre » ; le dessein de Saint-Larry, les présents passés par Diègue Félis et sa présence à la rencontre du Trou-Jacob.
- Les derniers « marrons » de Santo Domingo. Le maniel de Bahoruco (1760-1813) (cette notice) — page imprimée 22 : « Diègue Félix [Diego Feliz] » et la note 1 sur les membres de la famille, le porte-parole des marrons auprès de Baudouin Desmarattes, la réception de février 1785 et le jugement de Tardieu sur la position initiale des marrons ; page imprimée 75 : Antonio Félix et le premier rapport de Chávez, daté du 7 avril 1785.
Saint-Larry et les Desmarattes, intermédiaires français
Point 2 sur 10 · Événement · 1779 - février 1785
Moreau de Saint-Méry présente M. de Saint-Larry, qui ouvre en 1782 les contacts avec les marrons du Bahoruco, comme « ancien arpenteur & lieutenant de milice, établi depuis 1779 aux Anses-à-Pitre », canton de la côte sud proche de la frontière espagnole, « éloigné de toute habitation française, & assez voisin d'Espagnols mal policés » ; il ajoute que les colons installés près du corps-de-garde des Anses-à-Pitre après le traité des limites de 1776 ont quitté ce canton à la suite de plusieurs assassinats et que Saint-Larry y « resta seul ». Saint-Larry rend compte de ses démarches à M. Darcé, major pour le roi à Jacmel, et à M. de Vincent, commandant en second au Port-au-Prince, qui lui répondent d'entretenir la correspondance. Le second relais français est la famille Desmarattes : les marrons font demander à M. Baudouin Desmarattes de voir son fils, que Moreau appelle « le jeune Desmarattes » et nomme plus loin « M. Jean-Marie Desmarattes fils ». L'historien Jean-Pierre Tardieu date de « 17 avril 1783 » l'entrevue de ce fils avec les marrons, dont Moreau n'imprime que le jour et le mois, et écrit que « Desmarattes, poursuivant ses bons offices en 1784 », obtient du gouverneur, « le chevalier Guillaume Léonard de Bellecombe », qu'il reçoive Diego Félix et deux chefs des marrons en février 1785.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Moreau n'imprime pas l'année de l'entrevue d'avril : l'année 1783 est celle que donne Tardieu. Tardieu situe l'entrevue « dans leur camp », quand Moreau la place à la pointe de Nisao, où trente-deux hommes armés arrivent deux heures après le signal de Diègue Félis. Dans la phrase de Tardieu sur les bons offices de 1784, « Desmarattes » ne dit pas s'il s'agit du père ou du fils. Saint-Larry est la graphie de Moreau ; des pièces administratives de 1783 écrivent Saint-Lary.
- Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l’isle Saint-Domingue, tome second — pages imprimées 499-501 (PDF 513-515) : Saint-Larry, ses fonctions et son établissement aux Anses-à-Pitre p. 499 ; Darcé et Vincent, Baudouin Desmarattes et « le jeune Desmarattes » p. 500 ; « M. Jean-Marie Desmarattes fils » p. 501 ; page imprimée 503 (PDF 517) : le départ des colons des Anses-à-Pitre après le traité des limites de 1776 et Saint-Larry resté seul.
- Les derniers « marrons » de Santo Domingo. Le maniel de Bahoruco (1760-1813) (cette notice) — page imprimée 22 : « M. de Saint-Larry, des Anses-à-Pitre », Baudouin Desmarattes et son fils, l'entrevue du 17 avril 1783, les bons offices de 1784 et la réception de février 1785 par Bellecombe.
Le maniel vu par l'ingénieur espagnol en mai 1785
Point 3 sur 10 · Témoignage · 1785-05-10–1785-05-15
Jean-Pierre Tardieu traduit en entier le journal d'un officier espagnol venu au maniel du Bahoruco en mai 1785 : le sous-lieutenant Lorenzo Núñez, qui fait fonction d'ingénieur et doit dresser les plans d'une nouvelle implantation des habitants. Parti du bourg de Neiba le 10 mai avec le curé Bobadilla, le notaire Antonio Pérez, un guide et les deux commissaires français et espagnol, le groupe marche « sous la conduite d'un noir du maniel » et y entre le 12 mai au soir. L'officier rapporte qu'on libère une hutte pour les visiteurs et que « La plupart des noirs se présentèrent peu à peu avec leurs familles pour recevoir la bénédiction du père curé » : « Ils le connaissaient presque tous, car il était déjà venu en cet endroit en d'autres occasions. » Le 13 mai, une partie des hommes ne vient pas, « sous prétexte que beaucoup étaient à la chasse » ; ceux qui écoutent les commissaires le font « avec leurs armes à feu à la main » ou leurs lances déposées tout près, puis se retirent « la figure crispée, apparemment mécontents des propositions qu'on leur fit ». L'officier parcourt alors le campement en ayant « invité le père curé pour cacher mon intention », afin de lever le plan. Il compte les huttes « jusqu'au numéro 42, chiffre qui correspond au nombre de l'ensemble », dispersées sur les versants ; c'est sur ce seul terrain qu'ils cultivent : « Ils ne plantent que des patates douces, un peu de canne, des bananiers ». « Leur commune alimentation est le cochon sauvage qu'ils chassent fort habilement. » Il ne voit aucune fortification : les habitants surveillent les arrivées grâce aux informations « de leurs chasseurs, de leurs gardes et de leurs sentinelles continuellement en poste sur toutes les montagnes ». Il ne voit pas leur point d'eau, mais remarque « les récipients disposés pour recueillir l'eau de pluie coulant des toits des huttes ». Des hémorragies ont tué certains habitants ; un malade est rapporté de la forêt : « Ils faisaient diligence pour le transporter sur leurs épaules au maniel. » La nuit de l'arrivée, une femme accouche dans une hutte au pied de la hauteur que les habitants appellent la Vigie, et « la naissance fut célébrée sur l'heure par une salve de coups de fusil » ; l'officier voit la mère, « avec sa fille nouvellement née ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Traduction française par Tardieu d'un journal espagnol déjà publié par Deive ; le manuscrit, conservé à l'Archivo General de Indias (Santo Domingo 1102), n'a pas été vu. Les pages du journal ne portent ni le nom de leur auteur ni l'année : le nom de Núñez et la date de 1785 viennent du récit de Tardieu (p. 66 et 79). Tout le passage est le regard d'un officier venu lever un plan pour déplacer les habitants, et qui dit avoir caché son intention ; « noirs » est son vocabulaire. Les 42 huttes sont un compte de son plan, non un nombre de familles ni de personnes. La mère et sa fille ne sont pas identifiées à des personnes des listes de 1785. Ce que l'officier voit en mai 1785 ne décrit pas les années antérieures.
- Les derniers « marrons » de Santo Domingo. Le maniel de Bahoruco (1760-1813) (cette notice) — pages imprimées 32-39 : journal traduit par Tardieu (« Notre traduction », n. 1 p. 32, d'après l'édition de C. Esteban Deive, 1985), entrées du 10 au 15 mai — départ et composition du groupe p. 32 et n. 2, guide p. 32-33, accueil et bénédiction p. 35, réunion armée et levé du plan p. 36, huttes, cultures, chasse, guetteurs et eau p. 37, maladie et naissance p. 38, retour par Cristóbal p. 39 ; page 66 : le sous-lieutenant Lorenzo Núñez, faisant fonction d'ingénieur, chargé des plans de la nouvelle implantation ; page 79 : la montée des commissaires de mai 1785, dont Tardieu dit connaître le trajet par ce journal.
Les 48 foyers du tableau espagnol
Point 4 sur 10 · Mesure · liste transmise par Chávez en 1785
Jean-Pierre Tardieu publie sous forme de tableau la liste des habitants du maniel du Bahoruco que l'auditeur Luis de Chávez y Mendoza, commissaire espagnol, transmet en 1785 au gouverneur de Santo Domingo, Isidro de Peralta y Rojas. Le tableau range les habitants en 48 foyers, pour un total imprimé de 133 personnes, et compte pour chaque foyer ses plantations, mot que la pièce emploie pour les terres cultivées. Le premier foyer est celui de Santiago de Banica et d'Ignacia, avec María, Juan et Domingo, et deux plantations ; au cinquième, Felipe et María vivent avec Teresa et Úrsula, avec deux plantations. Rosa, âgée de quatorze ans, est inscrite avec Barbara, âgée de quatre mois, au dix-neuvième foyer ; la veuve Muisunga, avec Ramón et Agustina et deux plantations, au trente-cinquième ; Julián, dit Olandés, seul avec une plantation, au quarante et unième. Tardieu répartit ces 48 foyers en 21 couples avec enfants, dix couples sans enfants, six femmes seules avec enfants, dont deux veuves, et onze hommes célibataires.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Tableau composé par Tardieu d'après une liste espagnole de l'Archivo General de Indias (Santo Domingo 1102) qui n'a pas été vue : graphies, liens de parenté et convention de comptage restent ceux de son édition. Le total de 133 n'est pas l'effectif établi du maniel : la copie française du procès-verbal de Neybes conservée aux ANOM en compte 130, et le premier foyer porte un total de sept pour cinq personnes nommées. Le tableau inscrit Barbara au foyer de Rosa sans que ces pages disent leur relation. La répartition en types de foyers est le décompte de Tardieu, avancé contre une autre lecture de la même liste. Une liste dressée pour répartir les habitants entre deux colonies ne rend pas leurs propres récits.
- Les derniers « marrons » de Santo Domingo. Le maniel de Bahoruco (1760-1813) (cette notice) — pages imprimées 43-46 : tableau des 48 foyers et total imprimé de 133 (n. 1 p. 43 sur le terme employé pour les terres cultivées) — foyers 1 et 5 p. 43-44, foyer 19 p. 44, foyer 35 p. 45, foyer 41 p. 46 ; page 47, n. 1 : répartition des foyers par Tardieu.
Mai 1783 : une délégation demande des terres près de Neiba
Point 5 sur 10 · Témoignage · mai 1783
Selon les lettres espagnoles que résume Jean-Pierre Tardieu, Felipe de Frómesta, commandant de la frontière à Neiba, bourg de la colonie espagnole de Santo Domingo, est sollicité en mai 1783 par des habitants du maniel « établis dans les montagnes de Neiba qui sollicitaient leur réduction dans les environs du bourg », c'est-à-dire leur établissement près de Neiba sous l'autorité espagnole. Frómesta écrit au gouverneur le 5 mai, puis le lendemain du 16 mai, jour où le conseil des échevins de Neiba appuie sa démarche. Les habitants avaient accepté d'envoyer une délégation au bourg pour la Pentecôte ; ils demandent à le rencontrer plus tôt, à la hatte de Cristóbal. Il y trouve « 46 individus dont le curé Bobadilla avait déjà baptisé les nourrissons et les adultes qui ne l'avaient pas encore été ». Quatorze d'entre eux suivent la messe à l'église de Neiba, puis repartent à Cristóbal, « où ils retrouvèrent leurs femmes, chargées d'enfants ». D'après Frómesta, la délégation veut revenir à Neiba pour la Pentecôte attendre la réponse du gouverneur. « Le noir Santiago qui les commandait en second, outre la liberté, sollicitait l'attribution de terres à une lieue du bourg où ils édifieraient leur village et s'adonneraient à la culture. » Frómesta joint à son courrier une lettre des échevins et la liste de « 42 baptêmes effectués lors de cette rencontre », que Tardieu compte comme 20 hommes et 22 femmes.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Récit de Tardieu d'après les lettres de Frómesta et des échevins (Archivo General de Indias, Santo Domingo 1102), qui n'ont pas été vues : la demande des habitants passe par l'officier espagnol qui la transmet. « Réduction » est le mot des pièces pour un regroupement sous contrôle colonial, non celui des habitants. Les 46 sont la délégation rencontrée à Cristóbal, non l'effectif du maniel ; les 42 baptêmes sont une liste, dont Tardieu suppose qu'elle comptait beaucoup d'enfants, et ne permettent pas de dire que d'autres auraient refusé le baptême. Ce Santiago n'est pas identifié par la pièce au Santyague de Moreau de Saint-Méry.
- Les derniers « marrons » de Santo Domingo. Le maniel de Bahoruco (1760-1813) (cette notice) — pages imprimées 58-60 : sollicitation de Frómesta et pièces jointes p. 58 ; appui des échevins du 16 mai 1783, lettre du 5 mai, rencontre de Cristóbal et messe p. 59 ; demande de Santiago, liste des 42 baptêmes et décompte de Tardieu p. 60.
Les conditions du gouverneur espagnol, 1783-1785
Point 6 sur 10 · Prescription · lettres de Peralta, mai 1783 · instructions et acte de pardon espagnols · objections de Peralta à l'accord de Neybes
Selon la correspondance espagnole que résume Jean-Pierre Tardieu, le gouverneur de Santo Domingo, Isidro de Peralta y Rojas, répond le 28 mai 1783 à Felipe de Frómesta, commandant de la frontière à Neiba, qu'il ne peut accorder seul la demande des habitants du maniel : le traité avec la France prévoit la remise mutuelle des fugitifs, et la plupart viennent de la colonie française. Il réclame d'abord « la liste des habitants du maniel avec leur nom, leur sexe, leur âge, leur aspect physique, le nom de leurs propriétaires et leur lieu de provenance dans l'une ou l'autre partie » ; ensuite, « ils auraient à s'engager à livrer tous ceux qui tenteraient de se réfugier auprès d'eux ». La lettre annonce aussi qu'on leur nommera quelqu'un pour les diriger et qu'on leur attribuera des terres pour leurs cultures. Le 30 mai, Peralta propose au gouverneur français Bellecombe de les placer « sous l'autorité de chefs blancs avec obligation de n'admettre auprès d'eux aucun autre noir des deux nations, esclave ou libre, et de participer à la recherche des fugitifs et à la destruction de leurs maniels » ; le 31, il reproche à Frómesta d'avoir laissé tant d'entre eux entrer dans le bourg et ne permettra plus de descendre « qu'à deux d'entre eux ». Les instructions remises le 17 février 1785 à l'auditeur Luis de Chávez y Mendoza, commissaire chargé de l'affaire, reprennent ces conditions : promesse de pardon et de liberté à ceux qui se présenteraient, puis « un recensement général des familles, en précisant leurs caractéristiques physiques et les marques qu'ils porteraient », afin d'attribuer chaque personne à l'une des deux colonies, au besoin « sur l'appartenance de leur mère » ; installation dans le bourg de Neiba ou dans un village délimité par l'ingénieur ; une escouade chargée « de vider les maniels » ; obligation pour les habitants installés « d'arrêter et de livrer les futurs fugitifs des deux nations », sous menace de châtiment s'ils en cachaient ; service dans les « milices, rondes périodiques comme bons connaisseurs des montagnes ». Le même jour, Peralta signe un acte « concédant le pardon et la liberté aux noirs du maniel qui accepteraient leur réduction volontaire ». Le 27 juin 1785, il refuse de ratifier tel quel l'accord franco-espagnol de Neybes, jugeant notamment sa traduction française « incohérente par rapport au droit espagnol pour le cas du rachat de Santiago » et contestant la participation française aux rondes dans les montagnes du Bahoruco, territoire espagnol.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Lettres résumées et instructions traduites par Tardieu d'après l'Archivo General de Indias (Santo Domingo 1102), non vues. Ce sont des conditions et des ordres : ils ne prouvent ni recensement selon ces critères, ni installation, ni capture faite par les habitants. « Pardon », « liberté » et « réduction volontaire » sont les mots du gouvernement espagnol : la liberté promise y reste liée au départ du maniel et à la livraison d'autres fugitifs. Les marques dont parlent les instructions servent à retrouver les anciens maîtres ; leur nature n'est pas précisée dans ces pages.
- Les derniers « marrons » de Santo Domingo. Le maniel de Bahoruco (1760-1813) (cette notice) — pages imprimées 60-61 : réponse de Peralta à Frómesta du 28 mai 1783, lettre à Bellecombe du 30 mai, remontrance du 31 mai ; pages 64-66 : instructions à Chávez du 17 février 1785, articles 1 à 12 (« Notre traduction », n. 1 p. 66), et acte de pardon du même jour p. 66 ; page 85 : objections de Peralta du 27 juin 1785.
Santiago devant les deux commissaires, 4 mai 1785
Point 7 sur 10 · Témoignage · avril-mai 1785
Selon les rapports de l'auditeur Luis de Chávez y Mendoza, commissaire espagnol, que résume Jean-Pierre Tardieu, une délégation du maniel du Bahoruco vient en avril 1785 attendre à Neiba le commissaire français : « Une délégation de 16 noirs, des deux sexes et de tout âge, s'était présentée à Neiba pour l'attendre, aux frais de l'auditeur. » Le commissaire tardant, la délégation repart, sauf Santiago, laissé « sur place pour les représenter » ; ses compagnons dits « français » restent sourds aux invitations de Chávez à y retourner. Chávez envoie ensuite Santiago chercher des nouvelles de Jean-Marie Baudouin Desmarattes, officier de milice de Jacmel et commissaire français, qui arrive enfin à Neiba. Le 4 mai 1785, devant les deux commissaires, Santiago, « le porte-parole des marrons du maniel », répète « qu'en aucune façon ils n'accepteraient de retourner dans la partie française ». Desmarattes lui oppose les assurances que les habitants auraient fait parvenir au gouverneur français ; Santiago le conteste : « Ils ne s'étaient jamais engagés de la sorte. » Les deux commissaires ne le font pas changer d'avis.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les paroles de Santiago ne sont connues que par le rapport de Chávez, résumé en français par Tardieu d'après l'Archivo General de Indias (Santo Domingo 1102), non vu : ce ne sont pas ses mots conservés. Que Santiago parle au nom de tous les habitants est ce que dit le rapport, non un mandat attesté. La contradiction entre son refus et les « assurances » invoquées par Desmarattes n'est pas tranchée par ces pages, qui ne montrent pas ce qui avait été transmis au gouverneur français.
- Les derniers « marrons » de Santo Domingo. Le maniel de Bahoruco (1760-1813) (cette notice) — pages imprimées 76-77 : délégation de seize personnes signalée par Chávez le 14 avril 1785 et son départ le 17 (p. 76-77), mission confiée à Santiago et arrivée de Desmarattes (p. 77), échange du 4 mai rapporté par Chávez le 5 mai 1785 (p. 77).
Mai 1785 : un serment à Neiba, deux femmes retenues, un refus au maniel
Point 8 sur 10 · Événement · 8 mai 1785, puis montée au maniel à la mi-mai
Selon les pièces espagnoles que résume Jean-Pierre Tardieu, les deux commissaires, Luis de Chávez y Mendoza pour Santo Domingo et Jean-Marie Desmarattes pour Saint-Domingue, tiennent le 8 mai 1785, à l'église de Neiba, une cérémonie consignée par le notaire Antonio Pérez : d'après Chávez, cinq familles de créoles dites « françaises » ont accepté de s'établir dans la partie française. Devant le curé Bobadilla, on leur demande s'ils accordent « la liberté, l'asile et un accueil bienveillant à tous les noirs de leurs territoires respectifs réfugiés pour l'heure sur les montagnes de Bahoruco » ; les habitants doivent descendre dans les huit jours à Cristóbal, les créoles « français » pour habiter la partie française, les Espagnols la partie espagnole, et « Ceux qui décideraient de persister dans leur condition de fugitifs se verraient soumis aux rigueurs de la loi ». Les commissaires jurent de tenir ces engagements et signent avec les témoins et « les noirs Santiago, Juan Francisco, Julián, Lorenzo, Gabriel et Juana à qui Santiago expliqua son contenu ». Les habitants ne descendent pas, invoquant la maladie. Avant de monter au maniel avec Desmarattes, Bobadilla et l'ingénieur, Chávez prend la précaution de « garder en otage chez lui deux femmes noires et leurs enfants » : il retient ces femmes et ces enfants chez lui comme gages pendant que les commissaires sont au maniel, et envoie devant eux les deux intermédiaires en qui les habitants ont confiance, Antonio et Diego Félix. Au maniel, les commissaires n'obtiennent « que la confirmation de leur refus de s'établir dans la partie française » ; « Seuls quelques-uns se risquèrent à dire qu'avec le temps, la confiance rétablie, ils pourraient reconsidérer leur décision ». Après trente-six heures sur place, les commissaires redescendent ; les habitants promettent une réponse dans les trois jours, mais « Au bout de quatre jours, aucun noir ne s'était montré ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Récit de Tardieu d'après le procès-verbal notarié et les lettres de Chávez (Archivo General de Indias, Santo Domingo 1102), non vus. Le mot « otage » est celui de son résumé ; ces pages ne nomment pas les deux femmes, ne disent pas combien d'enfants étaient retenus avec elles ni ce qu'il advint d'eux, et rien ne permet de leur donner un nom tiré des listes. Les cinq familles ne sont pas nommées et leur départ n'est pas attesté. La « maladie » est le motif rapporté par les commissaires. Les signataires noirs signent un acte que Santiago leur explique ; il ne dit pas qu'ils agissent au nom de tout le maniel.
- Les derniers « marrons » de Santo Domingo. Le maniel de Bahoruco (1760-1813) (cette notice) — page imprimée 78 : accord annoncé de cinq familles, rapport de Chávez du 10 mai 1785 ; pages 78-79 : cérémonie du 8 mai à l'église de Neiba, serment et signataires ; page 79 : refus de descendre, femmes et enfants gardés « en otage », envoi d'Antonio et de Diego Félix ; pages 79-80 : propositions au maniel, refus, trente-six heures sur place, délai de trois jours et silence au bout de quatre ; pages 35-38 : séjour des visiteurs au maniel d'après le journal traduit.
Neybes, 1785 : deux versions du compte
Point 9 sur 10 · Mesure · procès-verbal du 28 mai et ratification de juin 1785
La version française du procès-verbal de Neybes du 28 mai 1785 que publie Jean-Pierre Tardieu, traduite de l'espagnol — Tardieu en donne pour traducteur Juan Tomati — et signée de Jean-Marie Desmarattes, commissaire français, dit avoir reconnu « cent-trente-trois » marrons, dont « six [version espagnole : deux] » venus de la partie espagnole : Julien, Hollandais d'environ trente ans, et Santiago, créole de Banica, d'environ cinquante ans, marié à Ignacia, née dans la montagne, avec trois enfants, Marie, Jean et Domingue, soit « une famille de cinq personnes ». La ratification du gouverneur français Bellecombe, datée du Port-au-Prince le 10 juin 1785 dans cette édition, porte que le nombre de ces marrons « s'élève à 133, sur qu'oy 131 ayant été reconnu appartenir aux françois pour avoir été leurs esclaves, ou être issus des parents qui l'etaient ». Le 8 juin, Chávez annonçait déjà à Desmarattes que son gouverneur consentait à livrer les habitants, sauf Julián et Santiago, et que Diego Félix accompagnerait « les 131 marrons ». Le tableau espagnol que Tardieu publie par ailleurs totalise lui aussi 133 personnes. La copie française du même procès-verbal conservée aux Archives nationales d'outre-mer écrit en revanche « Cent Trente » personnes, et sa ratification « 130, surquoi 125 » attribuées aux Français.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ces nombres sont ceux qu'écrivent les commissaires et le gouverneur dans chaque version, non des effectifs vérifiés : les copies espagnole et française ne sont pas collationnées ligne à ligne, et aucune des deux n'explique l'écart entre 133/131 et 130/125. Tardieu juge la version française qu'il publie traduite « d'une façon souvent approximative » ; les originaux de l'Archivo General de Indias (Santo Domingo 1102) n'ont pas été vus. Additionner les catégories d'une version ne corrige pas l'autre. Être « reconnu appartenir aux françois » est un classement colonial par l'ancien maître ou l'ascendance, non un fait sur les personnes.
- Les derniers « marrons » de Santo Domingo. Le maniel de Bahoruco (1760-1813) (cette notice) — pages imprimées 81-84 : courrier de Chávez du 8 juin 1785 (« les 131 marrons », p. 81) ; version française du procès-verbal du 28 mai 1785, « cent-trente-trois », « six [version espagnole : deux] », Julien et la famille de Santiago, signature et traducteur (p. 82-83, orthographe initiale respectée selon n. 1 p. 82) ; ratification de Bellecombe du 10 juin 1785, « 133 » et « 131 » (p. 84) ; pages 43-46 : total imprimé de 133 au tableau espagnol.
- Saint-Domingue, Correspondance générale, 1785 (COL C9 B 35) — vue 264 : « Cent Trente » ; vues 271-272 : ratification — « s'élève a 130, surquoi 125 ayant été reconnus appartenir aux François ».
Août-décembre 1785 : rester libres dans la partie espagnole
Point 10 sur 10 · Témoignage · août 1785 · 18 septembre 1785 · 4 décembre 1785, rapport de Caro du 6
Selon les lettres espagnoles que résume Jean-Pierre Tardieu, Antonio de Rosas, chargé de livrer les habitants du maniel aux Français, écrit en août 1785 au gouverneur Peralta que ceux qui sont descendus à Cristóbal réclament l'argent que leur doivent des habitants de Neiba — « plus de cent pesos qu'ils leur devaient pour des volailles et du petit bétail vendus lors des conférences » — et refusent d'aller plus loin sans être payés ; la convalescence de plusieurs femmes retarde aussi le départ. « Rosas resta au maniel pendant 21 jours » à attendre le commissaire français, qui se dit malade. Peralta confie alors l'affaire à Ignacio Caro, commandant de Neiba. Le 18 septembre, Caro reçoit Santiago et Felipe, « les principaux dirigeants du maniel, accompagnés de quatre marrons ». Ils refusent de nouveau de passer dans la partie française, « proposition qu'ils n'avaient d'ailleurs jamais acceptée, prétendirent-ils », malgré les promesses de liberté signées par le gouverneur et l'intendant français que Caro leur oppose : « Le noir La Fortune s'était de son propre chef engagé en leur nom, sans aucun mandat de leur part, mais il reconnut son erreur par la suite. » Ce qu'ils veulent, écrit Tardieu, c'est « former leur village sur le territoire espagnol » ; Caro juge ce souhait inopportun. Le 4 décembre, à la hatte de Cristóbal, descendent « vingt-et-un noirs, parmi lesquels La Fortune, Santiago et Solit (Sal ?), les principaux dirigeants du maniel », d'abord réticents, « prétextant qu'ils n'y trouveraient rien à manger » : Caro les nourrit en « achetant pour cela une tête de bétail ». Venus « armés de fusils et de lances », ils écoutent Caro et Desmarattes ; La Fortune et Solit déclarent « que personne au maniel ne se résoudrait à passer dans la partie française ». Les habitants exigent de « jouir de leur liberté dans la partie espagnole » et demandent si Caro a « la faculté de leur octroyer la liberté de rester dans la province ». Caro répond qu'étant esclaves des Français, c'est à ceux-ci de la leur donner. « C'était tout ce qu'ils voulaient savoir », répondent-ils, et ils se retirent ; les négociateurs apprennent ensuite que « six ou sept des noirs en armes » les ont suivis jusqu'à Neiba.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Toutes ces paroles passent par les rapports de Rosas et de Caro, hostile aux habitants, que Tardieu résume d'après l'Archivo General de Indias (Santo Domingo 1102), non vu. Le jour du mois d'août et le mois de la rencontre du 18 ne sont pas imprimés dans la phrase même : ils se déduisent des lettres datées qui l'encadrent. Les déclarations de septembre et de décembre sont celles de délégations de six puis de vingt et une personnes, à des dates différentes ; elles ne prouvent pas la décision unanime de tout le maniel. Ce que La Fortune avait accepté, et devant qui, n'est pas établi par ces pages ; « Solit (Sal ?) » est la lecture hésitante de Tardieu.
- Les derniers « marrons » de Santo Domingo. Le maniel de Bahoruco (1760-1813) (cette notice) — page imprimée 86 : lettres d'Antonio de Rosas reçues en août 1785 — dette des habitants de Neiba, femmes convalescentes, vingt et un jours au maniel, relais confié à Caro ; page 87 : rencontre de Caro avec Santiago, Felipe et quatre autres habitants le 18 (mois donné par la lettre de Caro du 12 septembre qui précède), désaveu de La Fortune, demande d'un village espagnol ; pages 95-96 : compte rendu de Caro du 6 décembre 1785 sur la rencontre du 4 à Cristóbal.