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Esclavage aux Antilles

Source

La Colonie française de Saint-Domingue. De l’esclavage à l’indépendance

François Blancpain

Étude · 2004

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Notice

Droits : Ouvrage commercial ; copie et dérivé réservés au travail documentaire interne, sans redistribution.

Dans les dossiers

Les publications qui citent cette source dans leur bibliographie.

1664–1789 — Combien coûtait la liberté

Aux Antilles, on ne sortait pas de l’esclavage en prenant un bateau. On en sortait en payant — ou en servant. Voici ce qu’une personne devait réunir, obtenir et garder pour être affranchie, en Guadeloupe et à Saint-Domingue, entre 1664 et la Révolution.

Points étayés

Les points publiés dont une preuve renvoie directement à cette source.

Le droit à payer pour obtenir la permission d’affranchir est tarifé, et le tarif distingue selon le sexe puis selon la couleur. Frédéric Régent rapporte qu’une ordonnance royale du 22 mai 1775 fixe la somme à 1 000 livres pour un homme et 2 000 livres pour une femme de moins de quarante ans ; qu’en Guadeloupe, à la fin du XVIIIe siècle, elle atteindrait 1 000 à 2 000 livres pour un homme et 2 000 à 3 000 pour une femme ; et qu’en 1788, à Saint-Domingue, elle passe à 1 500 livres pour un « nègre », 2 000 pour un « mulâtre » et pour une « négresse », 2 500 pour une « mulâtresse ». Il écrit que ces tarifs différentiels sont censés dissuader les velléités des propriétaires en faveur de leurs concubines, et ajoute que le nombre des affranchissements n’en continue pas moins d’augmenter, majoritairement au bénéfice des femmes.

À garder en tête : Aucun de ces montants n’a été retrouvé dans un acte, et ils ne peuvent en aucun cas être présentés comme le texte d’une ordonnance. Les renvois de Régent ont été suivis le 17 août 2026, et ils se séparent. Pour les montants de 1775, sa note 66 donne Auguste Lacour, Histoire de la Guadeloupe, 1855, t. I, p. 400 : la page a été lue et porte les chiffres mot pour mot, mais Lacour est un historien du XIXe siècle qui n’indique aucune pièce à l’appui — la chaîne est donc tracée d’un cran et s’arrête là. Pour le barème dominguois de 1788, sa note 67 donne François Blancpain, La Colonie française de Saint-Domingue, Karthala, 2004 : l’ouvrage est entré au catalogue et a été suivi le 17 août 2026. Il porte le barème mot pour mot — mais à la page 58, non à la page 88 qu’indique la note. Et il le présente comme une hausse de la taxe coloniale du 10 octobre 1764, non comme une suite de l’ordonnance royale de 1775 : en enchaînant les deux, Régent réunit deux instruments distincts, et c’est sa lecture, non celle de sa source. Les montants guadeloupéens de la fin du siècle ne portent aucun renvoi. Le contrôle mené le 16 août 2026 a lu intégralement l’ordonnance des administrateurs d’octobre 1775, articles I à XIX : elle ne porte aucun barème, et l’article XI de l’ordonnance du 22 mai 1775 autorise à taxer sans rien fixer. Le tarif dominguois de 1788 n’a été cherché dans aucun tome du recueil. Les montants guadeloupéens sont donnés par Régent au conditionnel. « Nègre », « négresse », « mulâtre » et « mulâtresse » sont les mots du tarif rapportés par lui, et n’ont ici aucun autre statut que celui de catégories fiscales citées. Le motif dissuasif est son interprétation — il écrit « sont censés dissuader » — et non un motif écrit dans l’acte. Enfin le tarif dit ce qu’il faut payer, non ce que les gens payaient : rien ici n’établit combien de personnes en furent écartées, ni combien d’affranchissements furent prononcés par an.

  • Libres de couleur. Les esclaves affranchis et leurs descendants — chapitre IV, « Limitation des affranchissements et développement du préjugé de couleur », section « La restriction des affranchissements » : ordonnance royale du 22 mai 1775, montants guadeloupéens de la fin du siècle, barème dominguois de 1788, motif dissuasif à l’égard des concubines et augmentation continue des affranchissements au bénéfice des femmes. Localisation par chapitre et intertitre : l’exemplaire détenu ne porte pas la pagination imprimée.
  • Histoire de la Guadeloupe, tome I — tome I, p. 400 : « Ce n’est que le 22 mai 1775 qu’une ordonnance royale détermina la somme à payer pour obtenir la permission d’affranchir, à savoir : mille livres pour les hommes et deux mille livres pour les femmes qui n’avaient pas dépassé l’âge de quarante ans. » C’est la source que Régent donne en note 66 pour ces montants, et elle les porte mot pour mot. Lue sur le texte du fonds local, où le saut de page « — 400 — » tombe au milieu du développement ; Lacour n’indique aucune pièce à l’appui. La même page porte, sur le régime antérieur au tarif, que les permissions étaient « accordées à un prix généralement élevé, dont la base était le bon plaisir du gouverneur et de l’intendant ».
  • La Colonie française de Saint-Domingue. De l’esclavage à l’indépendance — p. 58 (vue 59 du fac-similé, la pagination imprimée étant en retrait d’une vue) : « En 1788, la taxe fut encore augmentée : 1 500 livres pour un nègre, 2 000 livres pour un mulâtre ou pour une négresse, 2 500 livres pour une mulâtresse. » La note 67 de Régent renvoie à la page 88, où l’on trouve Vincent Ogé et rien sur la fiscalité : le renvoi paraît porter une transposition de chiffres. Blancpain présente ce barème comme une hausse de la taxe coloniale instituée le 10 octobre 1764, et ne mentionne pas l’ordonnance royale du 22 mai 1775 dans ce développement.

La taxe sur les affranchissements instituée à Saint-Domingue le 10 octobre 1764 a un produit connu pour une année. En 1786, d’après François Blancpain, elle est payée pour l’affranchissement de 411 personnes — 149 hommes et 262 femmes — et rapporte 523 625 livres au budget de la colonie, soit 1 274 livres en moyenne par personne. Blancpain rapproche ce montant du prix d’achat d’une personne esclavisée, « de l’ordre de 2 000 livres » à cette date, et note que la taxe, instituée « en principe pour en réduire le nombre », n’a fait que faciliter l’obtention des autorisations, « tant la caisse publique était assoiffée ».

À garder en tête : Ces nombres sont ceux que Blancpain tire d’une pièce que ce site n’a pas ouverte — Archives nationales, Colonies C.9.A.158 —, et c’est la seule chose qui les fonde ici : la chaîne s’arrête sur une cote, ce qui vaut mieux qu’un autre historien, mais l’acte n’a pas été vu. Ils portent sur **une seule année et une seule colonie**, et rien n’autorise à les étendre à la Guadeloupe ni aux décennies voisines. Les 1 274 livres sont une division, non un prix payé : c’est le produit total rapporté au nombre de personnes, et il ne dit pas ce que chaque affranchissement a coûté, le barème variant selon le sexe puis selon la couleur. La comparaison avec une valeur d’achat « de l’ordre de 2 000 livres » est une estimation de Blancpain, sans source citée. Enfin ce relevé dit ce qui a été perçu, non combien de personnes furent écartées de la liberté par le prix : les 411 sont celles qui ont payé.

  • La Colonie française de Saint-Domingue. De l’esclavage à l’indépendance — p. 57 (vue 58, la pagination imprimée étant en retrait d’une vue) : institution de la taxe le 10 octobre 1764, son effet contraire à son but déclaré, et le relevé de 1786 — 411 esclaves affranchis, 149 hommes et 262 femmes, 523 625 livres, moyenne de 1 274 livres, comparée à une valeur d’acquisition « de l’ordre de 2 000 livres ». Blancpain donne sa pièce en note 23 : Archives nationales, Colonies C.9.A.158.