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Esclavage aux Antilles

Source

Nouveau voyage aux isles de l’Amérique

Jean-Baptiste Labat

Source imprimée · 1722

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Notice

Droits : Œuvre du domaine public. Textes océrisés d’après les numérisations Internet Archive financées par le Getty Research Institute.

Dans les fiches

Les formats courts qui citent cette source dans leur bibliographie.

Notion

Manger la terre, et le nom qu’on donnait à ceux qui le faisaient

Sur les habitations antillaises — les exploitations agricoles coloniales, où les terres, les bâtiments et les personnes tenues en esclavage forment un même bien —, des gens mangeaient de la terre, et ils en mouraient. Les colons ont donné à cette conduite un nom de maladie, le mal d’estomac, puis des instruments pour l’empêcher : un bâillon, un masque de fer. Cette page ne dit pas ce qui les faisait manger la terre — personne ne le tranche, ni alors ni aujourd’hui. Elle dit ce que le nom permettait de faire.

7 min · 1715–1848 · Martinique, Saint-Domingue, +1

Points étayés

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Les sources coloniales des Antilles françaises donnent de la terre mangée des explications qui ne s’accordent pas. Le père Labat, en 1722, y voit une mort recherchée : il rapporte deux frères séparés chez des maîtres différents qui « prirent la résolution de se faire mourir afin de retourner dans leur pays » et « se mirent à manger de la terre », et il parle d’une « mélancolie noire qui porte les Nègres à manger de la terre, des cendres, de la chaux ». Chanvalon, en 1763, refuse la lecture par le vice — « ce n’est point par un goût dépravé […] c’est une habitude contractée chez eux » — et rapporte que la terre recherchée aux îles imite celle qu’on mangeait en Afrique. Le même auteur, à la page précédente, donne pour cause « des mauvaises nourritures qu’ils ont dans nos Isles même, chez les habitans qui ne leur en donnent point du tout, ou qui ne leur en donnent point assez ». Le manuel de Ducœurjoly, en 1802, place la terre mangée à la suite d’une nourriture monotone, dans la même phrase que le départ en marronnage. Et les colons rapportaient au poison toute mort inexpliquée, mal d’estomac compris.