Notion · Le versant africain de la traite française
Qui vendait les captifs à Ardra ?
En 1670, deux navires de la Compagnie des Indes occidentales chargent 997 personnes sur la côte d’Ardres et les portent à la Martinique. Ils ne les capturent pas : ils les achètent, à un royaume qui vend. 220 meurent en mer. Reste à savoir qui vendait — et ce que le journal de l’acheteur permet d’en dire.
Période : Passage au sucre et prise de contrôle royal · Territoires : Afrique atlantique · France métropolitaine · Martinique
Les Africains vendaient les leurs. La phrase revient dès qu’on parle de la traite, et elle sert presque toujours à diluer une responsabilité. Elle appelle une thèse générale sur un continent ; un journal de bord y oppose un lieu et une date.
Le lieu est la côte d’Ardres, au royaume d’Allada, où la Justice et la Concorde chargent en 1670 des personnes captives. Le journal est tenu par Delbée, commissaire général de la Marine, qui commande la Justice : il n’observe pas la traite, il l’organise.
Le roi d’Ardres répond sans détour, et Delbée le note : il en sort « trois mil esclaves de son Royaume par chacune année, que luy, ou ses sujets, vendent » à ceux qui viennent y traiter. Ces personnes arrivent là par cinq chemins différents — la guerre, la « contribution des Royaumes voisins », la naissance, une condamnation prononcée par ce roi, une dette impayée —, donc avec cinq passés différents, dont le journal ne retiendra rien d’autre. Et le roi ne fait pas que percevoir : il a le choix de toutes les marchandises, « soit pour le payement de ses droits, soit pour l’achapt des Noirs, qu’il veut vendre ».
Le roi prélève par vaisseau, « autant le petit comme le grand, qui est le prix de cinquante Noirs pour un vaisseau ». On paye en outre au Prince — qui choisit après le roi — « la valeur de deux Negres » pour la permission de faire de l’eau, « la valeur de quatre Negres » pour le bois, et rien si l’on n’en use pas. Tout cela se règle en marchandises. La personne n’est donc pas ce qu’on verse : elle est l’unité dans laquelle on compte, et un droit de faire de l’eau se tarife au prix de deux personnes.
Une part de la négociation se règle en France. Le roi d’Ardres nomme « pour mon Ambassadeur vers sa royale Personne Mattheo Lopez Interprete royal », qui gagne Paris par les Isles. Le 19 décembre 1670, au Palais des Tuileries, Delbée lui sert d’interprète et lit à voix haute le papier que l’ambassadeur lui remet : la coutume passe de quatre-vingts captifs à vingt-quatre. Quatre-vingts n’était pas le tarif du royaume — Delbée avertit que « nostre traitte n’a pas esté faite sur le pied ordinaire, mais ie n’en sçay pas la raison ».
Neuf mois et demi plus tôt, en mars 1670, le même Delbée était au mouillage devant cette côte avec 434 personnes enfermées à son bord. Il écrit qu’elles « prenoient beaucoup de melancolie de voir leur terre devant leurs yeux », et qu’il en était « déja tombé quelques-uns malades de tristesse ». Ce sont ses mots, et son journal ne garde aucun des leurs. Il les emmène le mois suivant : trois mois moins sept jours plus tard, il mouille en rade du fort Saint-Pierre, à la Martinique, « avec trois cens trente-quatre Noirs, vivans, m’en étant mort cent dans la traversée ». Cent de celles qui regardaient leur terre depuis le pont ne sont pas arrivées ; la Concorde en perd 120 sur le même trajet.
Le volume nomme l’ambassadeur du roi d’Ardres ; du roi lui-même, il ne donne que le titre. Des 997 personnes achetées, il ne nomme personne, et n’en relie aucune à un village, à une guerre ou à une dette. Il les compte pourtant à l’unité — 434, 334, cent mortes — quand les personnes esclavisées de la suite de l’ambassadeur, qui ne se vendaient pas, sont « six ou sept ». La précision suit l’intérêt commercial.
Dans un récit plus large
Cette fiche développe un point déjà présent dans le dossier suivant.
Années 1650–1685 — Ce que le sucre exige, et l’ordre qu’on écrit
Faire du sucre demande un travail nombreux, coordonné, continu toute l’année. Les propriétaires antillais l’obtiennent en faisant déporter des personnes d’Afrique. Depuis les îles, des personnes s’échappent — en passant la frontière espagnole d’Hispaniola, ou en prenant la mer depuis la Martinique — et le contrôle se resserre. En 1685, le roi met par écrit un ordre que les colonies avaient déjà bâti.
Sources de la fiche
Une fiche publiée n’emploie que des affirmations contrôlées et des preuves précisément localisées.
Delbée ; recueil anonyme signé « Par I. C. S. D. V. », attribué par les catalogues à un Clodoré, Journal du voyage du sieur Delbée aux isles, dans la coste de Guinée (1671).
Journal de l’expédition française de 1669-1670, tenu par l’officier qui commande la Justice. En viennent l’exposé sur l’état du royaume d’Ardres et les voies d’asservissement (p. 436-438), le tarif des droits du roi et du prince (p. 439-440), l’attente au mouillage avec 434 personnes à bord (p. 414), la réception de l’ambassadeur au Palais des Tuileries le 19 décembre 1670 (p. 519-525) et les demandes des directeurs de la Compagnie à Paris le 23 (p. 545-549). Ce n’est pas une description de marché mais un exposé général d’organisateur, et la coutume s’y règle en marchandises : elle se compte en personnes, elle ne se paie pas en personnes.
Voir la page de cette sourceRobin Law, The Slave Coast of West Africa, 1550–1750: The Impact of the Atlantic Slave Trade on an African Society (1991).
Étude de la côte d’Allada utilisée pour situer les restrictions imposées par le roi, sa recherche d’un monopole et la négociation des droits sur les cargaisons.
Voir la page de cette sourceJohn K. Thornton, Africa and Africans in the Making of the Atlantic World, 1400–1800 (1998).
Cadre comparatif sur la place respective de la guerre, des enlèvements et de l’asservissement judiciaire dans les voies de mise en captivité au XVIIe siècle.
Voir la page de cette sourceRobin Law, The Slave Trade in Seventeenth-Century Allada: A Revision (1994).
Révision de la traite d’Allada employée pour situer l’expédition de 1669-1670 dans la série des voyages français, par l’affirmation qui porte la route jusqu’à la Martinique.
Voir la page de cette sourceSlaveVoyages Consortium, Trans-Atlantic Slave Trade Database (2024).
Base des expéditions transatlantiques, employée par la même affirmation pour l’identification du voyage ; elle n’appuie aucun énoncé propre à cette fiche.
Voir la page de cette source
Appareil documentaire
Chaque énoncé qui structure cette fiche est adossé à une preuve localisée dans une source et à une réserve, qui dit ce que cette preuve ne permet pas de conclure. Le détail est ici, pour qui veut vérifier.
Voir les énoncés, leurs preuves et leurs réserves
Dans son exposé sur l’état du royaume d’Ardres et les mœurs de ses sujets, en 1670, Delbée écrit qu’il sort « trois mil esclaves de son Royaume par chacune année, que luy, ou ses sujets, vendent » à ceux qui viennent y traiter. Il en distingue plusieurs espèces : des prisonniers de guerre ; des personnes venues « de contribution des Royaumes voisins, & ceux-là sont Etrangers » ; des « esclaves nez de son païs », enfants de gens de cette condition, « qui acquierent cette servitude par la naissance, & sont en la disposition de leurs Maistres, comme un bœuf, ou un cheval » ; et ceux qui le sont devenus « pour avoir encouru les peines des Loix » — la désobéissance aux commandements du roi valant à celui qui la commet d’avoir « la teste trenchée », après quoi « toutes les femmes & parens sont faits esclaves du Roy » —, ou faute d’avoir payé leurs dettes, leurs créanciers les faisant alors vendre. Le roi ne fait pas que percevoir des droits : il a le choix de toutes les marchandises, « soit pour le payement de ses droits, soit pour l’achapt de Noirs, qu’il veut vendre ».
À garder en tête : Delbée propose les catégories générales d’un organisateur européen de la traite. Il ne relie aucune des 997 personnes embarquées sur la Justice et la Concorde à une catégorie, un village ou une circonstance individuelle de mise en captivité. Le passage n’est pas une scène de marché mais un exposé général, annoncé p. 436 comme « un mot de l’Estat de ce Prince, & de la Religion & meurs de ses sujets » ; l’affirmation l’a présenté comme une description de marché jusqu’au 16 août 2026. Les mêmes pages interdisent de réduire le rôle du roi à celui d’un percepteur : p. 436-437, il sort du royaume « trois mil esclaves […] par chacune année, que luy, ou ses sujets, vendent aux Estrangers » ; p. 438, les proches d’un condamné sont faits « esclaves du Roy » ; p. 438-439, le roi choisit des marchandises « pour l’achapt de Noirs, qu’il veut vendre ».
- Journal du voyage du sieur Delbée aux isles, dans la coste de Guinée — tome II, p. 436–440. P. 436-437 pour l’annonce des « trois mil esclaves » et les espèces de captifs, la phrase étant à cheval sur les deux pages ; p. 437 pour les esclaves nés du pays et la comparaison « comme un bœuf, ou un cheval » ; p. 438 pour la peine de désobéissance, l’asservissement des femmes et parents du condamné, les dettes, et le choix des marchandises « pour l’achapt de Noirs » ; p. 439–440 pour l’organisation du commerce. Pages 437, 438 et 440 contrôlées à l’image. **Le mot qui suit « vendent aux » est perdu au fond de cahier** : la ligne de la p. 437 ne laisse lire que « trangers ». La seule occurrence entière de la page, huit lignes plus bas, porte « Etran-/gers » sans s ; la leçon « Estrangers », publiée jusqu’au 16 août 2026, ne s’établit pas et la citation s’arrête désormais avant le mot.
- Africa and Africans in the Making of the Atlantic World, 1400–1800 — chapitre 4, p. 98–103, pour la place respective de la guerre, des enlèvements et de l’asservissement judiciaire dans les sources du XVIIe siècle
Le droit de traiter au royaume d’Ardres se paie au souverain en marchandises, dont le montant se compte en valeur de personnes captives. Delbée avertit toutefois que ce qu’il a payé n’est pas la règle : « Nostre traitte n’a pas esté faite sur le pied ordinaire, mais ie n’en sçay pas la raison. » Il écrit que les droits du roi « se payent par chaque vaisseau qui vient traiter en son païs avec égalité, sçavoir autant le petit comme le grand, qui est le prix de cinquante Noirs pour un vaisseau », et qu’on paye en outre au prince « la valeur de deux Negres » pour la permission de faire toute l’eau nécessaire et « la valeur de quatre Negres » pour celle de prendre du bois — droits qu’on ne paye pas si l’on n’en use pas. Le 23 décembre 1670, dans la maison de la Compagnie des Indes occidentales à Paris, ses directeurs présentent à l’ambassadeur d’Ardres une liste de demandes, dont celle « Qu’ils ne payassent que vingt-quatre captifs de coûtume, au lieu de quatre-vingts que l’on a fait payer aux derniers vaisseaux ». Quatre jours plus tôt, l’ambassadeur avait annoncé la même réduction devant Louis XIV. Le roi d’Ardres l’avait nommé en ces termes sur la côte : « je nomme pour mon Ambassadeur vers sa royale Personne Mattheo Lopez Interprete royal, qui partira dans vostre vaisseau, pour se rendre au plutost à sa Cour ». Son voyage se fit en deux navires : la Concorde le porta aux Isles, puis il « s’embarqua le 27. Septembre dans le navire la Bergere, appartenant à la Compagnie des Indes occidentales, & commandé par le Capitaine Rauville », qui appareilla le 28 et mit soixante-quatre jours pour une traversée « qui ne passe gueres quarante » ; il arriva à Dieppe le 3 décembre 1670. Il ne voyageait pas seul : à la Martinique, où il fut reçu par le sieur de Baas, lieutenant pour le roi, et défrayé par Pellissier, directeur général de la Compagnie, Delbée décrit « sa suite composée de trois de ses enfans, trois de ses femmes, & six ou sept esclaves ». Ces personnes esclavisées firent donc le même trajet que les 997 vendues, débarquèrent à la même île, puis passèrent en France. Le 19 décembre 1670 à neuf heures du matin, l’introducteur des ambassadeurs vint le chercher à l’Hostel de Luynes avec les carrosses du roi et de la reine, et ils entrèrent « dans le Palais des Tuilleries », où l’audience avait été fixée à dix heures. Delbée, qui lui servait d’interprète, ouvrit « le papier que l’Ambassadeur luy avoit donné » et y lut : « Messieurs de la Compagnie établie depuis un an à Offra ne payeront plus que vingt-quatre Captifs de coûtume, qui n’est gueres plus du quart des quatre-vingts que l’on y paye à present ».
À garder en tête : « Captif » est ici une unité de compte autant qu’une personne : « la valeur de deux Negres » pour le droit de faire de l’eau ne désigne pas deux personnes livrées, et Robin Law écrit que ces droits se payaient « in goods », à un niveau compris entre la valeur de cinquante et de cent personnes. Écrire que la coutume serait « acquittée en hommes » outrepasse donc la source, et rien n’établit que des personnes aient été remises au roi à ce titre. Les deux chiffres du volume ne concordent pas : la p. 440 donne cinquante Noirs comme droit ordinaire, les demandes de décembre 1670 parlent de quatre-vingts payés par les derniers vaisseaux, et Delbée avertit lui-même p. 439 que « Nostre traitte n’a pas esté faite sur le pied ordinaire, mais ie n’en sçay pas la raison ». Quatre-vingts n’est donc pas le tarif du royaume mais ce que ces vaisseaux-là ont payé. Robin Law donne la réduction obtenue à vingt-huit ; le fac-similé porte vingt-quatre en deux endroits, p. 525 et p. 546. Le journal rapporte les réponses de l’ambassadeur, p. 548-549 : sur cette demande, « que c’étoit une chose qu’il avoit promise au Roy, & qui seroit executée ». Une promesse n’est pas une application, et rien n’établit que la réduction ait été pratiquée. Cette affirmation a porté jusqu’au 16 août 2026 la leçon « payafsét », artefact d’océrisation du ſ long lu comme un f, sous une mention de contrôle sur fac-similé qui ne pouvait pas l’avoir produite. L’imprimé porte un ſ long suivi d’un s et une marque de suspension sur le e final ; la leçon est résolue en « payassent ». Le volume écrit « Tuilleries » et « Mattheo Lopez » à la nomination, « Matheo » au récit de l’audience ; hors citation, ce site écrit Tuileries et Mattheo Lopez. L’audience se tient au Palais des Tuileries, non à Versailles : les publications ont porté « à Versailles » jusqu’au 16 août 2026, sans que rien dans le volume l’autorise.
- Journal du voyage du sieur Delbée aux isles, dans la coste de Guinée — tome II, p. 439-440 pour les droits du roi et du prince comptés en valeur de personnes ; p. 545-546 pour la réception de l’ambassadeur d’Ardres par les directeurs de la Compagnie à Paris et l’ouverture de la liste ; p. 546-547 pour la demande de réduction, la citation étant à cheval sur les deux pages ; p. 508 pour la nomination de Mattheo Lopez par le roi d’Ardres ; p. 509, 512 et 513 pour son passage aux Isles sur la Concorde, le retard donné au départ de la Bergère pour qu’il en profite, son embarquement du 27 septembre, le capitaine Rauville et l’arrivée à Dieppe le 3 décembre ; p. 510 pour sa réception à la Martinique par le sieur de Baas et Pellissier, et pour sa suite — « trois de ses enfans, trois de ses femmes, & six ou sept esclaves ». Pages 510 et 513 contrôlées à l’image ; p. 518-519 pour l’audience fixée au 19 décembre à dix heures « dans son Palais des Tuilleries » et le départ de l’Hostel de Luynes à neuf heures avec les carrosses du roi et de la reine ; p. 523-524 pour le papier remis par l’ambassadeur et lu par Delbée ; p. 525 pour l’annonce de la réduction ; p. 548-549 pour les réponses de l’ambassadeur. Pages 440, 508, 519, 523, 524, 525 et 545 à 549 contrôlées à l’image.
- The Slave Coast of West Africa, 1550–1750: The Impact of the Atlantic Slave Trade on an African Society — p. 208 et note 184 : coutumes payées « in goods », niveau compris entre la valeur de cinquante et de cent personnes, et renvoi aux p. 439-440, 525-526 et 546-547 de Delbée
Le 23 décembre 1670, à Paris, les directeurs de la Compagnie des Indes occidentales reçoivent l’ambassadeur d’Ardres dans la chambre où ils tiennent leur assemblée. Après l’avoir remercié de l’expédition donnée à leurs navires la Justice et la Concorde, et de ce que son roi avait « agréer l’establissement de leurs Commis dans ses terres, & de leur avoir fait bâtir une loge tant pour leurs personnes que pour les marchandises de la Compagnie », ils lui présentent une liste de demandes que Delbée reproduit : que leurs vaisseaux soient « preferez à tous ceux des autres Nations » ; que la coutume soit réduite « à l’égard des François, sur le pied ancien, & comme il se pratiquoit du temps des Portugais » ; que le roi fasse payer « ceux qui auroient emprunté des marchandises de ses Commis » ; qu’ils ne soient « point obligez d’en prester à aucun des Seigneurs du Royaume, s’ils ne le connoissent bon payeur » ; qu’il soit « permis à la Compagnie de faire couvrir sa loge & ses magasins, de tuille » ; et que le roi prenne la Compagnie, ses commis et ses biens « en sa protection ».
À garder en tête : Ces demandes sont adressées à l’ambassadeur, en France, et non au roi d’Ardres dans ses terres : l’affirmation a porté jusqu’au 16 août 2026 la formule « présentent au roi d’Ardra », qui déplaçait la scène d’un continent. Le journal rapporte les réponses, p. 548-549, contrairement à ce que cette réserve a dit jusqu’à la même date : l’ambassadeur répond point par point, promet l’exécution de la réduction, tient la troisième demande pour « de justice » et la quatrième pour « trop raisonnable pour estre refusée », mais réserve la cinquième faute d’être assuré des intentions de son maître. Ce sont ses paroles, non une décision du roi d’Ardres. Le même passage porte les contreparties offertes par la Compagnie, que l’affirmation ne restitue pas : des magasins tenus fournis pour plus de cinq cents captifs de réserve, et l’engagement de ne traiter qu’avec ce seul prince. « Seigneurs du Royaume » est le mot de Delbée et lui reste attribué : c’est une transposition féodale française, et rien n’établit qu’Allada ait eu une noblesse terrienne organisée comme celle que ce mot désigne en France.
- Journal du voyage du sieur Delbée aux isles, dans la coste de Guinée — tome II, p. 545 pour la réception de l’ambassadeur par les directeurs de la Compagnie, p. 546 pour l’agrément du roi, la loge et l’ouverture de la liste, p. 546-547 pour les demandes, p. 548-549 pour les réponses et les contreparties ; p. 538 et 544 pour la date du 23 décembre 1670. Pages 545 à 549 contrôlées à l’image : les cinq demandes, les cinq réponses point par point, et les contreparties offertes par la Compagnie.
Au début de mars 1670, alors que la Justice est encore au mouillage sur la côte d’Ardra, Delbée écrit que 434 personnes captives se trouvent à son bord. Il rapporte qu’elles « prenoient beaucoup de melancolie de voir leur terre devant leurs yeux », et qu’il en était « déja tombé quelques-uns malades de tristesse ».
À garder en tête : Delbée désigne ces personnes comme des « Noirs » et interprète lui-même leur état comme de la « melancolie » et de la « tristesse » — mots de son journal, non de leurs bouches. Son témoignage rend visibles l’enfermement et la maladie, mais ne donne pas directement accès à leurs paroles. La phrase n’est pas rapportée pour elle-même : elle sert d’argument à une démarche de son auteur, qui veut débloquer une audience demandée pour un tiers — le sieur Mariage, futur commis général de la loge — afin que la traite avance. L’affirmation a porté jusqu’au 16 août 2026 que Delbée cherchait « l’audience du roi d’Ardres » pour lui-même, ce que la page ne dit pas ; elle ne nomme d’ailleurs pas le roi, et l’audience s’obtient par le Fidalque d’Offra, qu’un présent décide plus sûrement qu’un discours. Rien n’indique combien tombèrent malades ni ce qu’il advint d’eux.
- Journal du voyage du sieur Delbée aux isles, dans la coste de Guinée — tome II, p. 414–415, contrôlées à l’image. P. 414 : « les Noirs qui étoient chargez dans mon bord au nombre de quatre cens trente-quatre, prenoient beaucoup de melancolie de voir leur terre devant leurs yeux, & qu’il en étoit déja tombé quelques-uns malades de tristesse ». La phrase clôt trois jours d’attente — les 3, 4 et 5 mars — et justifie « un dernier effort » de Delbée pour obtenir une audience qui n’était pas demandée pour lui : elle l’était « pour le sieur Mariage qui devoit rester dans la loge en qualité de Commis general, & negocier la cargaison de la Concorde ». P. 415 : il met à terre le 6, va trouver le Fidalque d’Offra et accompagne ses remontrances « d’un present qui l’échauffa sans doute plus que mes parolles, & fit que sur le champ il dépécha un Exprés à Assem, pour obtenir nôtre Audiance » ; l’exprès revient le 7, et l’on part le soir même pour Assem — le roi ne réside pas sur la côte.
La Compagnie des Indes occidentales, ayant formé le dessein d’entreprendre le commerce de Guinée et d’établir un comptoir sur la côte d’Ardra — le royaume d’Allada, sur le littoral de l’actuel Bénin —, y envoie deux navires, la Justice et la Concorde. Le journal du voyage est tenu par Delbée, commissaire général de la Marine, qui commande la Justice ; la frégate est armée et équipée au Havre de Grâce et appareille le 1er novembre 1669. La Justice y embarque 434 personnes avant de partir en mars 1670. Le corps du journal écrit que la Concorde « mit à la voile pour les Isles de l’Amerique, chargé de pres de 580. Noirs », puis qu’elle « arriva à la Martinique le 13. Septembre » : ce nombre de près de 580 est donc un effectif de départ. L’avis de l’imprimeur placé dans le même volume, fondé sur des lettres reçues des îles, compte de son côté 563 personnes embarquées sur la Concorde et 443 signalées vivantes à son arrivée : le 13 septembre 1670 est donné par le corps du journal, tandis que l’avis, lui, ne date que les lettres reçues des îles, « du 22. Septembre ». Selon ce bilan, 120 personnes sont mortes pendant la traversée de la Concorde. **La Justice aussi porte ses captifs à la Martinique**, et Delbée en rend compte lui-même : « j’ay gagné la radde du fort saint Pierre, où j’ay mouillé avec trois cens trente-quatre Noirs, vivans, m’en étant mort cent dans la traversée, depuis Ardres, jusques à la Martinique. » Sur les 434 personnes embarquées, cent sont donc mortes en mer et 334 ont été débarquées vivantes. Il chiffre la durée dans la phrase suivante : « mon voyage a duré, de France, à Ardres, deux mois trois jours, & d’Ardres, aux Isles trois mois moins sept jours. » Les deux navires ensemble : 997 personnes embarquées, 777 débarquées vivantes, 220 mortes pendant la traversée.
À garder en tête : Le nombre de 434 personnes sur la Justice vient du journal de Delbée ; les nombres de 563 et 443 pour la Concorde viennent de l’avis de l’imprimeur, qui invoque des lettres reçues des îles sans les reproduire. Le volume donne ainsi deux effectifs de départ différents pour un même navire, « pres de 580 » dans le récit et 563 dans l’avis, sans les rapprocher ni les expliquer. Le volume ne donne aucun nom ni devenir après le débarquement. Les nombres de la Justice — 334 vivants, cent morts — sont en revanche de la main de Delbée, dans son propre récit, et non de l’avis : ce sont les mieux établis du volume. Leur somme avec ceux de la Concorde donne 777 personnes débarquées vivantes, exactement le chiffre que Robin Law tire de son côté ; l’affirmation a porté jusqu’au 16 août 2026 que « la somme des arrivées varie selon les compilations postérieures » et qu’elle n’était donc pas utilisable, ce qui était faux et privait le site du seul bilan que la source établit elle-même. Le volume écrit « la radde du fort saint Pierre » et « la Bergere » ; hors citation, ce site écrit la rade du fort Saint-Pierre et la Bergère. Le journal désigne la côte et le royaume d’Ardra sans nommer le point d’embarquement : aucun port précis ne peut lui être attribué, et les cartes du site le signalent.
- Journal du voyage du sieur Delbée aux isles, dans la coste de Guinée — tome II, p. 347 pour la décision de la Compagnie des Indes occidentales et la qualité de commissaire général de la Marine portée au titre du journal ; p. 348 pour les deux navires, le commandement de la Justice, son armement au Havre de Grâce et le départ du 1er novembre 1669 ; p. 414–415 pour les 434 personnes sur la Justice ; p. 473–474 pour les 563 personnes embarquées et les 443 arrivées vivantes sur la Concorde, l’avis datant du 22 septembre les lettres reçues des îles et non l’arrivée elle-même ; p. 495 et 509–510 pour les départs et l’arrivée du 13 septembre 1670 ; **p. 469 pour l’arrivée de la Justice à la rade du fort Saint-Pierre, les 334 personnes débarquées vivantes, les cent mortes dans la traversée et la durée du voyage — page contrôlée à l’image**, et jamais dépouillée jusque-là
- Trans-Atlantic Slave Trade Database — export local 2019, voyages 21559 (Concorde) et 21560 (Justice)
- The Slave Trade in Seventeenth-Century Allada: A Revision — p. 75–76, tableau et discussion des voyages français arrivés à Allada en janvier et mars 1670, avec 997 personnes embarquées et 777 débarquées vivantes aux Antilles