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Esclavage aux Antilles

Document · Nommer, compter, rayer

Qui a un nom dans le rôle des habitants de 1664 ?

Le rôle dressé en 1664 pour lever un droit sur les habitants de la Guadeloupe nomme mille six cent vingt-huit personnes esclavisées, avec leur âge et la case où elles vivent. Il en compte deux cent quatre-vingt-une autres sans écrire leur nom. Ce partage ne tient pas aux personnes : il tient à qui rédige.

Publié le 16 août 2026 · 3 min de lecture · 3 affirmations contrôlées

Période : Premières implantations et premiers asservissements · Territoire : Guadeloupe et dépendances

Catomma trente ans, Domingue vingt-huit, Foulla cinquante, Nyabé trente-trois, Manine quarante-cinq, Gandon dix-neuf, Riogue quarante, Ganga six, Equiboncou treize : vingt-quatre personnes se suivent sur une seule page de la Capesterre, chacune avec son âge, sous le mot « Nègres ». Le rôle nomme ainsi mille six cent vingt-huit personnes esclavisées sur les mille neuf cent neuf qu’il inscrit, et quatre cent trente-trois d’entre elles portent un nom que ce même document n’emploie pour aucune personne libre.

Le partage entre nommer et compter suit les quartiers. Adrien Heuddelinne, qui dresse le premier jour d’août le rôle de la rivière des Habitants à la rivière du Plessis, nomme toutes les personnes libres jusqu’à un nourrisson de cinq mois, puis écrit dans la même case « un grand Negre et une nesgresse », « une N. 5 mois » et « une N. 1 mois ». Les cent quinze personnes esclavisées de son quartier sont comptées sans être nommées. Jean Nouel dit Saint-Amand, à la montagne Saint-Robert, ne donne ni nom ni âge. À la Capesterre, quatre personnes sur trois cent vingt sont dans ce cas.

Le rôle énonce lui-même ce qu’il ne fait pas. Au folio 37 recto, la longue énumération de la colonie de Monsieur Houel aligne vingt-huit noms — Francisco Aingue, Mathis Bonanga, Manuel Criolle, Phelipes Angolle, Clare Moco, Marya Caconlle — puis s’achève sur une ligne qui porte trente personnes au compte de la case et au total de la page sans en écrire une seule.

Fac-similé — le document lui-même

Page manuscrite de 1664. Une suite de noms suivis d’un âge, chacun précédé du chiffre 1 dans une colonne étroite à gauche. L’avant-dernière ligne, précédée du chiffre 30, porte « Plus 30 Negres nouueaux qui ne sont point nommez ». Sous un trait horizontal, le nombre 108.Agrandir

« Plus 30 Negres nouueaux qui ne sont point nommez »

Bas d’une page du rôle de la Capesterre, en 1664. À gauche, la colonne des payants : un 1 en face de chaque personne nommée, un 30 en face de la ligne qui n’en nomme aucune. Sous le trait, le total de la page, cent huit, les comprend.

FR ANOM, Aix-en-Provence, 5 DPPC 22, folio 37 recto · Archives nationales d’outre-mer (France) · licence ouverte Etalab 2.0

Source de cette partie : [1]

Lire le document

La ligne qui compte trente personnes sans les nommer

1 Marya Caconlle . . . . 9 ans 1 Augustin . . . . . 25 1 Granielle . . . . . 45 1 Marye Mulastre . . . . 70 30 Plus 30 Negres nouueaux qui ne sont point nommez 108

Graphies du manuscrit conservées, y compris « nouueaux » où le u vaut v. Le chiffre placé à gauche de chaque ligne est la marque de la colonne des payants : il vaut 1 par personne, et 30 pour la mention collective. Le 108 en bas de page est le total des payants de la case.

En français courant : Marya Caconlle, neuf ans ; Augustin, vingt-cinq ; Granielle, quarante-cinq ; Marye, mulâtresse, soixante-dix. Plus trente nègres nouveaux qui ne sont point nommés. Total : cent huit. Les trente sont donc comptés, taxés et additionnés comme les autres, et seul leur nom manque.

Source de cette partie : [1]

Un nom déjà écrit pouvait être repris. Au folio 8 verso, dans la case de Guillaume Garet, cinq lignes portent un nom biffé et un autre tracé en marge, d’une seconde main plus fine : Jullienne devient Pedre, Grace devient Charles, Suzanne devient Maria, Jacques devient Anthoine, Pierre devient Louise. Les âges et les qualités ne bougent pas — la ligne réécrite Pedre garde « grande negrette ». Ces cinq personnes n’ont pas eu la main sur ce qui les nommait.

Sources de la fiche

Une fiche publiée n’emploie que des affirmations contrôlées et des preuves précisément localisées.

  1. Dépôt des papiers publics des colonies, Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 (1664).

    Fac-similé du rôle de 1664 : les pages de l’escouade d’Adrien Heuddelinne et de celle de Jean Nouel dit Saint-Amand, la ligne des trente nègres nouveaux au folio 37 recto, et les cinq noms rayés et réécrits au folio 8 verso.

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  2. Généalogie et Histoire de la Caraïbe, Rolle des habitants de la Guadeloupe, 1664 (2015).

    Transcription intégrale, dépouillée ligne à ligne : sept cent quatre-vingt-dix cases, cinq mille cent dix personnes, et le répertoire des prénoms employés pour les personnes libres qui sert d’étalon aux noms des personnes esclavisées.

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  3. Jean et Denise Goddet-Langlois, La vie en Guadeloupe au XVIIe siècle, suivi du Dictionnaire des familles guadeloupéennes de 1635 à 1700 (1991).

    Instrument de repérage qui a signalé le gisement des noms d’origine du rôle et en donne un relevé quartier par quartier, dont le tri et la formule « africains pour la plupart » sont distingués du dépouillement mené ici.

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Appareil documentaire

Chaque énoncé qui structure cette fiche est adossé à une preuve localisée dans une source et à une réserve, qui dit ce que cette preuve ne permet pas de conclure. Le détail est ici, pour qui veut vérifier.

Voir les énoncés, leurs preuves et leurs réserves

Le rôle des habitants de la Guadeloupe de 1664 inscrit mille neuf cent neuf personnes sous une désignation servile. Deux cent quatre-vingt-une n’y reçoivent aucun nom. Sur les mille six cent vingt-huit qu’il nomme, mille cent quatre-vingt-quinze portent un nom que le même rôle emploie aussi pour des personnes libres, et quatre cent trente-trois un nom qu’il n’emploie pour aucune, en trois cent soixante-huit formes distinctes. Ces quatre cent trente-trois mêlent au moins quatre choses : des sobriquets français — Bonhomme, L’Espérance, Sans-Soucy, Maringouin, Patatte, Bougie, Fuzil, Le Raffineur —, des formes ibériques — Fransisque, Salvador, Luzia, Victoria, Petre, Piscador —, des toponymes — Congo, Angola, Japon, Monserat — et des noms sans équivalent dans le répertoire du document — Catomma, Equiboncou, Mezingua, Thionbanne, Macomba, Mantoulou, Bocacha, Cahouée, Dacoua, Nyabé, Semba, Ganga. Chaque entrée porte un âge, et la case donne le quartier et le ménage. Ainsi, sous l’intitulé « Nègres », une seule page de la Capesterre aligne vingt-quatre personnes avec leur âge : Catomma trente ans, Domingue vingt-huit, Foulla cinquante, Nyabé trente-trois, Manine quarante-cinq, Pedre vingt-trois, Gandon dix-neuf, Thoiny Brezil trente-cinq, Mareschal vingt-cinq, Riogue quarante, Pouche trente-cinq, Mathes vingt-huit, Ganga six, Jacques six mois, Marguerite trente, Camaria vingt-deux, Marie Manine trente-cinq, Isabelle vingt, Catherinne trente, Handou trente, Magdelon seize, Balay trente-cinq, Aco seize, Equiboncou treize. La densité varie fortement : quatre-vingt-onze de ces noms à la Capesterre, aucun dans le quartier de la rivière des Habitants.

À garder en tête : CE COMPTE EST UN PLANCHER. Il retient les personnes que le rôle marque — par nègre, négresse, N., négritte, ou par la suite d’un bloc ainsi ouvert — et laisse de côté celles qu’il n’a pas marquées. Le folio 37 recto en donne la mesure : vingt-huit personnes s’y suivent dans la colonie de M. Houel avec un prénom, un âge et la marque de payant, sans un mot de désignation sur toute la page ; le dépouillement ne les compte pas. LE CRITÈRE DES QUATRE CENT TRENTE-TROIS NE DIT RIEN DE L’ORIGINE DES NOMS. Il compare le nom au répertoire des prénoms que ce rôle emploie ailleurs, les variantes graphiques rapprochées selon les équivalences que le document atteste lui-même ; un nom absent de ce répertoire n’est pas pour autant africain, et la liste mêle sobriquets français, formes ibériques et toponymes. Établir qu’un nom est bantou, akan ou igbo demande une compétence linguistique et une bibliographie dont le projet ne dispose pas. Le relevé d’environ cent vingt noms publié par Goddet-Langlois est un tri opéré à l’intérieur de cet ensemble, sur un jugement qu’ils n’énoncent pas, et plusieurs de leurs entrées portent « Rec. 1687 » et ne sont pas de 1664. Enfin le rôle est un document fiscal : ses éditeurs avertissent que les cases de Houel, de Boisseret et des Carmes ne sont pas recensées, que les femmes de la Capesterre n’y figurent pas si elles ne sont pas maîtresses de case, que la Grande-Terre et les Saintes sont absentes et que les sous-totaux sont parfois faux. Ce qu’il ne porte pas n’était pas absent de l’île.

  • Rolle des habitants de la Guadeloupe, 1664 — transcription intégrale, dépouillée ligne à ligne le 16 août 2026 : sept cent quatre-vingt-dix cases, cinq mille cent dix lignes de personnes, avec pour chacune le numéro de case, le folio, la qualité et la colonne — payante ou exemptée — où l’âge est porté ; le répertoire de comparaison compte six cent quarante-cinq formes de prénoms relevées chez les personnes que le rôle n’inscrit pas comme esclavisées
  • Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 — sept pages contrôlées en pleine résolution le 16 août 2026, sur six quartiers : folio 17 recto (vue 0017 page de droite), folio 25 recto (vue 0025 page de droite), folio 37 recto (vue 0033 page de droite), folio 42 verso (vue 0039 page de gauche), folios 45 verso et 46 recto (vue 0042), folio 71 recto (vue 0060 page de droite) ; le rôle occupe les vues 0002 à 0097, les suivantes relevant d’autres documents reliés dans le même volume
  • La vie en Guadeloupe au XVIIe siècle, suivi du Dictionnaire des familles guadeloupéennes de 1635 à 1700 — chapitre sur les Noirs, pages 24 à 27 du dérivé texte : relevé d’environ cent vingt noms d’origine publié quartier par quartier avec les références de case, et formule « africains pour la plupart »

Le rôle des habitants de la Guadeloupe de 1664 est dressé quartier par quartier, au mois d’août, par les commandants d’escouade, pour connaître qui doit un droit à la Compagnie des Indes occidentales. Qu’une personne esclavisée y reçoive un nom dépend de l’escouade qui l’inscrit. Le rôle de l’escouade d’Adrien Heuddelinne, quartier de la rivière des Habitants à la rivière du Plessis, nomme toutes les personnes libres jusqu’à un nourrisson de cinq mois, puis, dans la même case, porte « un grand Negre et une nesgresse » et « deux petitte Negresse âgé de 9 » ; chez Philippes Le Brun, « trois grands Negre et deux Negresse », « un petit Negre 8 », « un Mulastre 6 », « une N. 5 mois » et « une N. 1 mois ». Les cent quinze personnes esclavisées de ce quartier sont comptées sans être nommées. L’escouade de Jean Nouel dit Saint-Amand, à la montagne Saint-Robert, ne donne ni nom ni âge : « Neuf Negrettes travaillantes », « Six petits Negres et un petit Mulattre », « Cinq petittes Negrette » ; quarante-neuf des soixante y sont dans ce cas. À la Capesterre, sur trois cent vingt, quatre. Le rôle sait par ailleurs qu’il ne nomme pas : au folio 37 recto, au bas d’une liste de vingt-huit personnes nommées de la colonie de Monsieur Houel — Francisco Aingue, Mathis Bonanga, Manuel Criolle, Phelipes Angolle, Clare Moco, Marya Caconlle —, il porte « Plus 30 Negres nouueaux qui ne sont point nommez », trente personnes comptées dans le total de la page.

À garder en tête : Le nom manque au document, non aux personnes. Ces hommes, ces femmes et ces enfants avaient des noms, des familles et des liens ; ce sont les commandants d’escouade qui, chargés de dresser le rôle de leur quartier, ont choisi de les consigner ou non, et deux d’entre eux se nomment eux-mêmes en tête de leur liste. Le rôle est fiscal : il compte des têtes imposables, et rien n’oblige un recenseur à nommer ce qu’il compte. On ne sait pas pourquoi tel commandant nomme et tel autre non ; l’écart ne recouvre ni une différence de date — les escouades sont dressées le même mois — ni une différence de taille des ménages. La formule « nègres nouveaux » suggère une arrivée récente, sans qu’on puisse en tirer un lieu ni une date d’embarquement : le rôle ne le dit pas. Enfin les comptes de personnes sans nom dépendent du repérage automatique des entrées collectives — « un nègre », « trois grands nègres et deux négresses » — dans la transcription ; ils ont été vérifiés sur deux pages seulement, une par quartier cité.

  • Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 — folio 17 recto, vue 0017 page de droite, pour l’en-tête « Rolles de l’escouade d’Adrien Heuddelinne faict le premier jour d’aoust 1664 » et les cases Delespinel et Le Brun ; folio 25 recto, vue 0025 page de droite, pour l’escouade de Jean Nouel dit Saint-Amand et les lignes sans âge ; folio 37 recto, vue 0033 page de droite, pour « Plus 30 Negres nouueaux qui ne sont point nommez » et le total 108 en bas de page ; lu sur le fac-similé le 16 août 2026
  • Rolle des habitants de la Guadeloupe, 1664 — transcription intégrale, dépouillement du 16 août 2026 : deux cent quatre-vingt-une personnes esclavisées sans nom sur mille neuf cent neuf, dont cent quinze pour le seul quartier de la rivière des Habitants et quarante-neuf pour la montagne Saint-Robert ; mentions comparables aux folios 51 recto (« deux Negres nouveaux nons nomez ») et 75 recto (« plus 23 Negres et Negresses nouveaux venues »)

Au folio 8 verso du rôle des habitants de la Guadeloupe de 1664, dans la case 20 de Guillaume Garet, cinq personnes esclavisées ont leur nom biffé et un autre écrit dans la marge, d’une seconde main plus fine : Jullienne devient Pedre, Grace devient Charles, Suzanne devient Maria, Jacques devient Anthoine, Pierre devient Louise. Les qualités et les âges de ces lignes ne sont pas touchés — la ligne réécrite Pedre garde « grande negrette », la ligne réécrite Louise garde « âgé de deux ans ». La transcription publiée rend ces lignes en juxtaposant les deux noms, le premier en caractères barrés, ce que l’extraction en texte brut ne restitue pas.

À garder en tête : LE RÔLE NE DIT PAS POURQUOI. Rien n’établit s’il s’agit de corriger une erreur de relevé ou de substituer un nom à un autre ; il est établi qu’une seconde main l’a fait après coup, et que ces personnes n’ont pas eu la main sur ce qui les nommait. Dans deux cas au moins le nouveau nom et la qualité conservée ne s’accordent pas en genre — Jullienne devenue Pedre reste « grande negrette », Pierre devenu Louise —, ce qui ferait penser à une réattribution de ligne plutôt qu’à une correction d’orthographe ; l’hypothèse n’est pas vérifiable sur ce document. La datation de la seconde main n’est pas établie non plus : l’écriture et l’encre diffèrent, sans qu’on puisse dire de combien de temps. Enfin le cas est un cas : il n’est pas donné pour une pratique générale, mais pour ce qu’une case du rôle porte.

  • Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 — folio 8 verso, vue 0009 page de gauche, case 20 : les cinq lignes portant un nom biffé et un nom marginal, lues en pleine résolution le 16 août 2026
  • Rolle des habitants de la Guadeloupe, 1664 — transcription intégrale, folio 8 verso : « JULIENNE PEDRE GRANDE NEGRESSE », « GRACE CHARLES NEGRE », « SUZANNE MARIA NEGRESSE », « JACQUES PETIT ANTHOINE NEGRE », « PIERRE LOUISE » — le premier nom de chaque paire est imprimé en barré double, convention que l’éditeur annonce dans son avertissement