Chaque point reprend un énoncé sourcé déjà employé dans un dossier, une fiche ou une entrée autonome de « Vies et actions », avec la localisation exacte de ses preuves et sa limite de portée.
Le 24 février 1785, l’inventaire de la sucrerie de Madame de Vipart, à Trois-Rivières en Guadeloupe, compte…
Point 1 sur 153 · Pratique · 1785-02-24
Le 24 février 1785, l’inventaire de la sucrerie de Madame de Vipart, à Trois-Rivières en Guadeloupe, compte cent personnes asservies, dont dix enfants de huit à neuf ans dits caplaous et ibos, deux désignations d’origine africaine ; le notaire n’indique pas leurs parents, et une seule femme caplaou adulte, de vingt-sept ans, figure sur la liste. Nicole Vanony-Frisch le donne comme le cas le plus notable d’enfants africains de son corpus.
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’historienne n’écrit pas que ces enfants sont arrivés sans parents, seulement que la liste n’en indique pas ; pour Jean-Petit-Baptiste, ibo de neuf ans, plusieurs femmes de la même désignation pourraient être sa mère.
Le 31 mars 1843, devant la Cour de cassation, le conseiller rapporteur Isambert examine le pourvoi…
Point 2 sur 153 · Témoignage · 1843-03-31
Le 31 mars 1843, devant la Cour de cassation, le conseiller rapporteur Isambert examine le pourvoi d’Auguste, condamné comme esclave par la cour d’assises de Saint-Pierre (Martinique) ; pour soutenir qu’Auguste, une trentaine d’années, a été introduit en fraude après l’interdiction de la traite de 1817, il fait valoir qu’autrement « il n’aurait eu que 5 ans et qu’on ne prend à la côte d’Afrique que des adultes ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Énoncé d’un magistrat dans un raisonnement juridique : il pose en principe que la traite n’emportait pas d’enfants, ce que démentent d’autres pièces, comme les dix enfants caplaous et ibos de l’habitation Vipart en 1785. La Gazette résume le rapport, elle n’en donne pas le texte entier.
Maurile de Saint-Michel, carme embarqué pour les îles en 1646, écrit dans son Voyage imprimé en 1652 que les…
Point 3 sur 153 · Témoignage · séjour de l’auteur et publication
Maurile de Saint-Michel, carme embarqué pour les îles en 1646, écrit dans son Voyage imprimé en 1652 que les Africains amenés en Amérique y sont vendus « bien cher ; par exemple quatre mille livres de Petun à sainct Christophle, un Negre ; & trois mille, une Negresse ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Maurile donne un exemple de prix sans date précise ni vente identifiée ; il ne dit pas s’il vaut pour une transaction, un usage courant ou une saison, et il ne le compare pas au prix d’un engagé. Le prix vaut pour Saint-Christophe et ne se transpose pas aux autres îles.
Le 1er octobre 1670, à Basse-Terre, le commis au greffe Greslant recopie sur l’original, « Ensemble les…
Point 4 sur 153 · Événement · 1670-10-01
Le 1er octobre 1670, à Basse-Terre, le commis au greffe Greslant recopie sur l’original, « Ensemble les procez verbaux y contenus », l’état de la distribution des personnes que le juge a réparties au magasin de la Compagnie en septembre, par choix et par tirage au sort. Cet état compte « 332 testes en tout ». Soixante et une d’entre elles figurent sur la ligne « Envoyé a Mariegallande », l’île voisine de Marie-Galante : 20 hommes, 20 femmes, 4 vieux, 2 vieilles, 10 jeunes et 5 enfants, portés pour 132 916 livres 2/3 au compte de la Guadeloupe. L’état compte aussi trois malades et, sur une ligne « Mortz a terre et abord », un vieux et deux vieilles. La vente de l’ensemble monte à 718 750 livres, dont 509 166 livres 2/3 restent dues par la Guadeloupe.
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’état est une copie collationnée, non l’original. Il ne dit pas d’où viennent ces personnes ni quel navire les a portées : le lien avec la Concorde, dont l’écrivain reçoit une personne de la distribution, est probable mais non établi. Il ne nomme aucune des 61 personnes envoyées à Marie-Galante et ne dit ni qui les y reçoit ni ce qu’elles deviennent. Son total de 332 dépasse les 268 personnes vivantes que le procès-verbal compte au magasin le 24 septembre, et la pièce ne dit pas quel ensemble plus large elle compte. Ses trois morts, un vieux et deux vieilles, ne concordent pas avec les deux hommes que le juge trouve morts au magasin le 24 septembre ; la pièce ne permet pas de trancher cet écart.
- Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 — vue 0101 : page de gauche, état de distribution, lignes « Envoyé a Mariegallande » (20, 20, 4, 2, 10, 5 ; 132 916 livres), « Malades », « Morts a terre et abord » (1 vieux, 2 vieilles), « Abrégé général » (« 332 testes En tout ») et collation de Greslant, commis au greffe, à Basse-Terre, le 1er octobre 1670, « le present Estat de distribution Ensemble les procez verbaux y contenus » ; première ligne de l’état : la part des personnes de choix et de celles tirées au sort ; page de droite, « Compte des neigres de l’isle de la Guadaloupe » : envoi à Marie-Galante pour 132 916 livres 2/3, vente de 718 750 livres, reste dû 509 166 livres 2/3.
Un extrait de lettre écrite de la Guadeloupe le 12 septembre 1842, publié dans Le Siècle du 22 décembre et…
Point 5 sur 153 · Témoignage · 1842
Un extrait de lettre écrite de la Guadeloupe le 12 septembre 1842, publié dans Le Siècle du 22 décembre et reproduit par l’abbé Dugoujon, dénonce des maîtres qui, en prévision de l’émancipation, expédient des esclaves pour les vendre à Puerto Rico, où ils se vendent de 300 à 400 gourdes rondes, contre 100 à 150 gourdes percées en Guadeloupe. Il décrit une goélette partie de Pointe-à-Pitre avec une cinquantaine d’esclaves enchaînés : « C’était une chose déplorable à voir que ces infortunés versant d’abondantes larmes et poussant des cris lamentables, parce qu’on les arrachait à leur famille et au sol qui les avait vus naître. » L’auteur dit avoir vu à Vieques, chez le gouverneur Le Guillou, Philothée, venue d’une habitation de la Capesterre, qui « pleure chaque jour son enfant mulâtre, resté sur l’habitation sucrerie de la Capesterre ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’auteur de la lettre n’est pas nommé ; c’est un texte abolitionniste publié dans la presse. Il ne donne ni le nombre total de ces ventes ni le nom des autres personnes vendues ; on ne sait rien de l’enfant de Philothée au-delà de cette phrase. Arlette Gautier attribue la phrase à Dugoujon lui-même.
En 1786, Dessalles, conseiller au Conseil supérieur de la Martinique, écrit que l’article 47 de l’édit de…
Point 6 sur 153 · Témoignage · 1786
En 1786, Dessalles, conseiller au Conseil supérieur de la Martinique, écrit que l’article 47 de l’édit de 1685 « est toujours sévèrement exécutée, lorsqu’il y a réclamation de la part de l’Acquéreur » : un enfant ne doit pas être séparé de sa mère avant l’âge, fixé à quatorze ans, où il peut se passer de son secours. « La mere fait venir les enfants vendus séparément d’elle ; mais aussi les enfants attirent leur mere, lorsqu’ils sont vendus seuls. » Il dit avoir vu des esclaves envoyés à la Guadeloupe et à Saint-Domingue « pour y être vendus & dépaysés, réclamer leurs enfants restés dans la Colonie », et leurs acquéreurs gagner les actions qu’ils intentaient.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Dessalles affirme et dit avoir vu ; il ne cite aucun arrêt, aucun nom ni aucun nombre. Selon lui, l’application dépend d’une réclamation de l’acquéreur, qui agit en justice : les personnes séparées réclament, mais ne plaident pas elles-mêmes. Il oppose ces règles aux « maîtres humains » qu’il loue sur la page précédente ; son tableau ne mesure ni la fréquence des séparations ni celle des réunions.
Les lieux de naissance inscrits sur les listes d’embarquement de Loango
Point 7 sur 153 · Mesure · listes de 1857 · liste de 1862
Selon Céline Flory, trois listes nominatives de la maison Régis donnent un lieu de naissance, dont celles du Clara (325 rachetés), parti pour la Martinique, et du Stella (800 rachetés), parti pour la Guadeloupe, dressées à Loango au moment de l’embarquement en 1857 par des agents français chargés de l’émigration. Sur les 1 138 personnes de ces trois listes, elle relève 539 noms de villes ou de villages : Boma pour 210 personnes, Congo pour 67, Loango pour 32, Cabenda pour 26, et la région du Sundi pour 63. Elle situe plus de la moitié de ces lieux dans la région du Niari, à 150 à 200 km du littoral, les autres au Gabon et au Congo-Brazzaville actuels, et quelques-uns à 1 600 ou 1 800 km des marchés de la côte.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Flory prévient elle-même que ce lieu de naissance est « transmis par les vendeurs et non par les rachetés eux-mêmes », dans un commerce organisé en relais : c’est ce que les vendeurs ont déclaré, non ce que les personnes ont dit. Le compte agrège les trois listes sans les séparer ; la troisième porte sur treize personnes restées en factorerie en 1862. La transcription moderne de la liste du Stella, publiée en ligne en 2020, porte « Bauma » pour 175 personnes, « Beauma » pour une et « Boma » pour 3 ; le livre, qui compte Boma pour 210 personnes sur les trois listes, ne mentionne pas la forme « Bauma », et le rapport entre les deux formes n’est pas établi.
- De l’esclavage à la liberté forcée. Histoire des travailleurs africains engagés dans la Caraïbe française au XIXe siècle — p. 197 et n. 79, PDF 198 : listes du Clara (ANOM, Martinique, 127/1137) et du Stella (SHM, BB4/745) dressées à Loango par Hibert et Huard ; troisième liste de 13 rachetés restés à la factorerie Saint-Victor en 1862 (SHM, BB4/802) ; effectifs par lieu, région du Niari, distances, et réserve sur la transmission par les vendeurs ; annexe 1, p. 391-392 (Clara vers la Martinique, arrivé le 5 décembre 1857 ; Stella vers la Guadeloupe, arrivé le 3 janvier 1858)
- État signalétique des émigrants embarqués sur la Stella — transcription entière, 797 lignes lisibles sur 800 personnes (p. 1 à 26 du PDF) : « Bauma » 175 fois, « Beauma » une fois, « Boma » 3 fois dans la colonne du lieu de naissance
Le premier voyage du Stella vers la Guadeloupe, 1857-1858
Point 8 sur 153 · Événement · 1857-12-04–1858-01-03
Le Stella, navire de la maison Régis, part d’Afrique centrale le 4 décembre 1857 pour son premier voyage ; la liste nominative dressée à Loango compte 800 rachetés. Selon Céline Flory, 19 % meurent pendant la traversée, et 648 personnes débarquent en Guadeloupe le 3 janvier 1858.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le taux de 19 % est celui de Flory et ne compte que les morts de la traversée, non ceux des factoreries avant l’embarquement. Flory mentionne ailleurs 748 rachetés du Stella 1 (p. 355, n. 28) : l’écart avec les 800 de la liste n’est pas expliqué. Le premier bulletin de la Gazette donne 647 débarqués, les récapitulations ultérieures 648.
- De l’esclavage à la liberté forcée. Histoire des travailleurs africains engagés dans la Caraïbe française au XIXe siècle — p. 197, n. 79 (liste des 800 rachetés du Stella, SHM, BB4/745, dressée à Loango à l’embarquement) ; p. 229, n. 74 (mortalité de 19 % pour le Stella 1) ; annexe 1, p. 391-392 (départ le 4 décembre 1857, arrivée le 3 janvier 1858, Guadeloupe) ; annexe 3, p. 396-398 (648 débarqués)
- Gazette officielle de la Guadeloupe — immigration africaine et mouvements du port — Gazette officielle de la Guadeloupe du 2 novembre 1858, p. 450, et du 16 septembre 1859, p. 310 : 648 Africains pour le premier envoi du Stella ; le bulletin daté du 4 janvier 1858 (p. 7) en annonce 647.
Les Africains engagés aux Antilles viennent presque tous du Loango-Congo
Point 9 sur 153 · Mesure · 1857–1862
Selon Céline Flory, 99 % des immigrants africains arrivés en Guadeloupe et 93 % de ceux arrivés en Martinique viennent de la région du Loango-Congo, où la maison Régis les a rachetés ; Boma, sur le fleuve Congo, fournit 69 % de l’ensemble de ses recrues. En Martinique, 468 rachetés de la région du Gabon ne forment jamais un groupe distinct : Flory juge « très probable » qu’ils se soient fondus dans le groupe des Congos.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le Loango-Congo désigne la région des achats, non les lieux de naissance, que les listes d’embarquement situent en majorité dans l’intérieur. Les engagés arrivés avant les rachetés — 71 des îles du Cap-Vert en Guadeloupe, 285 recrutés entre Freetown et Cape Coast en Martinique — ne sont pas comptés parmi les Congos.
Les personnes nées en Afrique sur les habitations de Saint-Domingue, 1760-1800
Point 10 sur 153 · Mesure · 1760–1800
Dans son livre de 1969, l’historien Philip Curtin regroupe par décennie les listes d’habitations de Saint-Domingue publiées de 1961 à 1967 par Gabriel Debien et ses collaborateurs dans le Bulletin de l’Institut français d’Afrique noire, qui donnent la « nation » des personnes nées en Afrique : parmi celles dont la désignation se rapporte à une région, la baie du Bénin représente 27,7 %, 42,0 %, 34,5 % et 30,7 % de 1760 à 1800, décennie par décennie, et l’Afrique centrale 31,9 %, 36,8 %, 32,2 % et 34,6 %. « Congo » et « Arada » y sont les deux désignations les plus fréquentes, alors que les registres maritimes donnent à l’Afrique centrale une part plus forte et à la baie du Bénin une part plus faible.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les désignations sont celles des rédacteurs des listes : « Arada » se lit selon Curtin « vendu par Allada » et « Congo » vaut pour tout locuteur bantou d’Afrique centrale occidentale. Les personnes dites seulement « Afrique » ou « Guinée » sont écartées. Curtin écarte aussi une grande liste de marrons de 1790-1791 et juge que ses tableaux sous-estiment l’Afrique centrale. Les échantillons sont petits pour 1760-1780.
- The Atlantic Slave Trade: A Census — p. 183, n. 22 (livraisons du Bulletin de l’IFAN, 1961-1967) ; p. 191-198, tableaux 55-58 (effectifs par désignation : 188, 174, 568 et 570 personnes) et tableau 59, p. 198, PDF 219, comparaison aux données maritimes
La part des femmes parmi les captifs varie selon la région de départ
Point 11 sur 153 · Mesure · 1714–1792
Dans les registres des navires négriers français du XVIIIe siècle étudiés par David Geggus, les femmes forment 29,8 % des captifs embarqués dans la baie du Bénin et 28,9 % dans la baie du Biafra, mais 21,6 % en Congo-Angola ; on compte 117 hommes pour 100 femmes parmi les captifs de la baie du Biafra et 212 parmi ceux de Congo-Angola.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le corpus est celui des voyages français documentés par Mettas et Daget, 176 997 personnes, dont 39 597 de provenance incertaine ; les enfants forment une troisième catégorie, dont la définition varie selon les séries. Ces proportions décrivent les navires, non les femmes arrivées dans chaque colonie.
Plus d’hommes que de femmes au XVIIIᵉ siècle, moins au XIXᵉ, parmi les personnes asservies des Antilles françaises
Point 12 sur 153 · Mesure · 1659–1847
Arlette Gautier relève que, vers 1659, les négriers amènent aux Antilles françaises une femme et un enfant pour un homme adulte, mais que dès le début du XVIIIᵉ siècle les armateurs conseillent d’acheter deux hommes pour une femme. Selon elle, il en résulte 120 à 130 hommes pour 100 femmes parmi les personnes asservies de la Martinique jusqu’en 1764, environ 113 pour 100 en Guadeloupe de 1719 à 1740 puis 115 en 1772, et 150 pour 100 à Saint-Domingue de 1713 à 1754. Au XIXᵉ siècle, dans les colonies restées françaises, le rapport tombe au-dessous de 100 hommes pour 100 femmes, alors que la traite reprise à partir de 1810 amène encore deux hommes pour une femme.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les rapports sont ceux que Gautier tire des recensements et d’auteurs antérieurs, sans série continue ; les bornes diffèrent d’une colonie à l’autre. Ils décrivent la population asservie présente, non les seules arrivées, sauf pour la traite du XIXᵉ siècle.
La part des personnes nées en Afrique parmi les personnes asservies, de Saint-Domingue aux Petites Antilles
Point 13 sur 153 · Mesure · 1750–1848
D’après Arlette Gautier, les personnes nées en Afrique forment plus de 60 % des personnes asservies de Saint-Domingue entre 1750 et 1790, surtout dans le Sud et l’Ouest, alors qu’elles sont près de la moitié dans le Nord. En Guadeloupe, entre 1760 et 1789, elles ne sont qu’un quart ; en Guadeloupe comme en Martinique, leur part tombe à 10 % entre 1830 et 1848.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ces parts sont des ordres de grandeur tirés d’inventaires et de recensements partiels, non des comptes exhaustifs. Pour Saint-Domingue en 1789, l’estimation pondérée de Geggus sur 352 plantations donne 53,47 % de personnes nées en Afrique : les deux mesures ne portent ni sur les mêmes listes ni sur les mêmes dates.
Une population asservie qui croît par la traite
Point 14 sur 153 · Interprétation · 1751–1791
Arlette Gautier écrit qu’au XVIIIᵉ siècle la croissance de la population asservie de la Guadeloupe et de Saint-Domingue, qui fait plus que doubler dans les quarante ans qui suivent 1751, « est essentiellement due à la poursuite de la traite ». Elle le rattache aux deux effets de la traite sur les familles : la part des personnes nées en Afrique et le surnombre des hommes.
Précisions nécessaires à l’interprétation
C’est l’analyse de Gautier, fondée sur les effectifs de Curtin (1967), aujourd’hui dépassés ; l’article ne chiffre ni les naissances ni les décès, renvoyés à sa thèse de 1986.
L’ascendance africaine de 596 Haïtiens de la cohorte 23andMe
Point 15 sur 153 · Mesure · étude publiée en 2020
Dans l’étude de Micheletti et de ses collègues, fondée sur des clients de l’entreprise 23andMe, 596 personnes dont les quatre grands-parents sont nés en Haïti ont en moyenne 79,8 % d’ascendance africaine et 18,9 % d’ascendance européenne. Rapportées à leur ascendance totale, les quatre populations africaines de référence du service en représentent 28,6 % « Nigerian », 15,4 % « Coastal West African », 12,0 % « Congolese » et 4,3 % « Senegambian & Guinean », le reste de la part africaine n’étant attribué à aucune des quatre. 96 % d’entre elles portent les quatre composantes à la fois ; leur composante « Congolese » est la plus forte des cinq groupes de la Caraïbe anglophone et française présentés dans le même tableau : celle des quatre autres groupes va de 3,0 % à 8,0 %.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les participants sont des clients de 23andMe, surtout des États-Unis : ce sont en majorité des Haïtiens de la diaspora, non un échantillon de la population d’Haïti. Les quatre populations de référence sont des populations actuelles, que le dossier désigne en français comme les composantes « nigériane », « congolaise » et suivantes — « Nigerian » pour le Nigeria, « Coastal West African » pour la Sierra Leone, le Liberia, la Côte d’Ivoire et le Ghana, « Congolese » pour l’Angola et la République démocratique du Congo, « Senegambian & Guinean » pour le Sénégal, la Gambie et les deux Guinées — ; elles ne correspondent pas aux régions de traite, et les côtes du Nigeria actuel appartiennent à la fois à la baie du Bénin et à la baie du Biafra. Leur somme reste inférieure à l’ascendance africaine totale : les pourcentages ne se recalculent pas en parts de régions. Les auteurs, pour la plupart salariés de 23andMe, qui finance l’étude, observent que la composante « Congolese » est partout plus faible qu’attendu et l’attribuent à une méthode qui ne distingue que quatre populations africaines ; l’étude ne compare pas Haïti aux données de traite.
- Genetic Consequences of the Transatlantic Slave Trade in the Americas — supplément, tableau S2 pour l’effectif de 596 ; tableau S7 (fichier mmc3.xlsx, feuille AC33_summary), ligne « Haiti », colonnes (A) « Prop. 4 pop » et (B) « African », « Senegambian Guinean », « Coastal West African », « Nigerian », « Congolese Bantu », « European », et lignes des autres groupes « British Caribbean » pour la comparaison ; texte final, section « Methods » pour la définition des quatre populations africaines, et section « Discordance between IBD and Ancestry Composition » pour la composante « Congolese » plus faible qu’attendu
La Guadeloupe et la Martinique fondues avec les îles britanniques voisines dans l’étude de 2020
Point 16 sur 153 · Mesure · étude publiée en 2020
Dans l’étude de Micheletti et de ses collègues, les personnes dont les grands-parents sont nés en Guadeloupe ou en Martinique sont regroupées avec celles d’Antigua, de la Dominique, de Saint-Kitts-et-Nevis, de Montserrat et des îles Vierges britanniques dans un groupe de 163 personnes ; l’étude ne publie aucune valeur propre à la Guadeloupe ni à la Martinique.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le groupe mêle des îles de colonisation britannique et française dont l’histoire de la traite diffère ; ses moyennes ne décrivent ni la Guadeloupe ni la Martinique.
- Genetic Consequences of the Transatlantic Slave Trade in the Americas — supplément, tableau S2, groupe « British Leeward Islands and French Caribbean » (codes AG, DM, GP, KN, MQ, MS, VG) ; tableau S7 (mmc3.xlsx, feuille AC33_summary), ligne du même groupe, n = 163
Lignées maternelles et paternelles de 198 Guadeloupéens
Point 17 sur 153 · Mesure · étude publiée en 2019
Fanny Mendisco et ses collègues ont analysé l’ADN mitochondrial, transmis par les mères, et le chromosome Y, transmis par les pères, de 198 volontaires de cinq communes de l’archipel guadeloupéen dont les grands-parents sont nés en Guadeloupe. Environ 85 % des lignées maternelles sont d’origine africaine, 12,5 % eurasiatique et 0,5 % amérindienne ; 53 % des lignées paternelles sont d’origine africaine et 44 % européenne. Les lignées maternelles guadeloupéennes partagent le plus d’haplotypes avec des populations actuelles du Bénin (47,3 %), du Nigeria (44,1 %) et de Sierra Leone (40,3 %), puis de l’Angola (33 %) et du Congo (29,7 %).
Précisions nécessaires à l’interprétation
Un pourcentage d’haplotypes partagés mesure une ressemblance avec une population actuelle ; ces pourcentages ne s’additionnent pas et ne donnent pas une part d’ancêtres par région. L’étude ne répartit pas l’ascendance guadeloupéenne entre régions de traite ; ses coefficients de mélange (tableau S6) sont continentaux. Elle ne couvre que l’archipel guadeloupéen, avec des volontaires, et ne porte que sur deux lignées parmi l’ensemble des ancêtres.
L’haplotype « Bénin » de la drépanocytose en Guadeloupe
Point 18 sur 153 · Mesure · études publiées en 1996 et 1997
Chez 534 personnes atteintes de drépanocytose en Guadeloupe, nouveau-nés et adultes, Kéclard et ses collègues trouvent l’haplotype dit « Benin » sur 74,8 % des chromosomes porteurs du gène, devant les haplotypes « Bantu » (11,1 %) et « Senegal » (6,1 %), avec la même répartition chez les nouveau-nés et chez les adultes. Ils jugent ce résultat en désaccord avec les estimations historiques de la traite. Dans l’éditorial qui accompagne leur étude de 1996, Ronald Nagel rattache l’haplotype « Benin » à la baie du Bénin comme à celle du Biafra.
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’étude porte sur un seul gène, soumis à la sélection naturelle, et sur des malades : elle ne mesure pas l’ascendance de toute la population. L’haplotype « Benin » se rencontre aussi dans la baie du Biafra, qui partage avec l’Afrique centrale occidentale le premier rang des régions d’embarquement vers la Guadeloupe : il ne distingue donc pas la baie du Bénin de celle du Biafra ; le désaccord annoncé porte sur les estimations de Curtin (1969), antérieures aux bases actuelles.
- Sickle Cell Disorder, β-Globin Gene Cluster Haplotypes and α-Thalassemia in Neonates and Adults from Guadeloupe — p. 24 (résumé et désaccord avec les « historical records ») et p. 25, tableau, pour 534 malades, 74,8 %, 11,1 % et 6,1 %
- βS haplotypes, α-globin gene status, and hematological data of sickle cell disease patients in Guadeloupe (F.W.I.) — p. 67, tableau I : 194 chromosomes « Benin » sur 266
- The sickle haplotypes in Guadeloupe and the African gene flow — p. v, rattachement de l’haplotype « Benin » à « Benin and Biafra »
Lignées maternelles et paternelles en Haïti
Point 19 sur 153 · Mesure · études publiées en 2012
Dans deux communautés rurales du nord et du sud d’Haïti, Jamie Wilson et ses collègues trouvent chez plus de 99 % des 291 personnes étudiées une lignée maternelle d’origine subsaharienne, et aucune lignée amérindienne. Chez 123 hommes haïtiens, Tanya Simms et ses collègues trouvent 77,2 % de lignées paternelles d’origine subsaharienne et 20,3 % d’origine européenne.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les communautés de Wilson ont été choisies pour un faible métissage ; aucune des deux études ne répartit les lignées africaines entre régions de traite, et 46 des 99 haplotypes africains distincts relevés par Wilson n’ont pas d’équivalent dans ses bases africaines de référence.
Ce que mesure une ascendance génétique, et la transmission africaine par les femmes
Point 20 sur 153 · Interprétation · synthèses publiées en 2021 et 2022
En génétique des populations, l’ascendance désigne la part de variation génétique héritée des ancêtres ; elle diffère de l’ascendance généalogique, qui comprend tous les ancêtres d’une personne, qu’ils lui aient ou non transmis de l’ADN. Dans les populations issues de la traite, les généticiens observent un fort déséquilibre : les descendants d’hommes européens et de femmes africaines sont nombreux, ceux de femmes non asservies et d’hommes asservis très rares, de sorte que l’apport africain passe surtout par les lignées maternelles. Fortes-Lima et Verdu précisent que ces rapports étaient souvent imposés aux femmes asservies.
Précisions nécessaires à l’interprétation
C’est une synthèse de la littérature génétique ; l’intensité du déséquilibre varie selon les territoires, et ni la synthèse de Nieves-Colón ni celle de Fortes-Lima et Verdu ne le chiffrent pour la Martinique, la Guadeloupe ou Haïti. Les études propres à la Guadeloupe et à Haïti le mesurent sur leurs échantillons.
Dans les Affiches américaines du 27 avril 1768, le capitaine Mazure, du navire négrier le Vizon, de Nantes,…
Point 21 sur 153 · Témoignage · départ des deux hommes · parution de l’annonce
Dans les Affiches américaines du 27 avril 1768, le capitaine Mazure, du navire négrier le Vizon, de Nantes, fait rechercher deux hommes « nouveaux », dits de nation Ibo, « sans étampe », « ayant la peau rouge, taille de 5 pieds 3 à 4 pouces », partis dans la nuit du 19 au 20 avril. Le navire est « mouillé dans la Rade de Saint-Marc » et l’annonce précise que les deux hommes proviennent de sa cargaison ; elle renvoie au capitaine, logé chez des négociants de la ville, et ne nomme aucun acheteur.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. Que l’avis renvoie au capitaine et ne nomme aucun acheteur indique que les deux hommes relevaient encore de la cargaison ; l’annonce ne dit pas si la vente de celle-ci avait commencé.
À la Barbade, Equiano ne trouve pas d’acheteur et repart pour la Virginie
Point 22 sur 153 · Témoignage · date non établie
Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano écrit qu’il reste quelques jours à la Barbade, pas plus de quinze selon lui ; puis lui et quelques autres captifs, qu’on ne pouvait pas vendre avec les autres parce qu’ils se désolaient trop (« not saleable amongst the rest, from very much fretting »), sont embarqués sur un sloop pour l’Amérique du Nord et débarqués en Virginie.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Même statut que l’ensemble du récit publié en 1789, dont le caractère autobiographique est débattu. La raison pour laquelle ces captifs ne se vendaient pas est celle qu’Equiano donne ; le récit ne dit pas combien ils étaient.
Dans les Affiches américaines du 14 août 1784, le négociant Huguon aîné fait rechercher un homme « nouveau…
Point 23 sur 153 · Témoignage · départ du magasin · parution de l’annonce
Dans les Affiches américaines du 14 août 1784, le négociant Huguon aîné fait rechercher un homme « nouveau », dit Congo, âgé de 24 à 25 ans et « sans étampe », venu par le brigantin le Bermudien, du Cap, capitaine Ambroise Guerin : il est « parti marron la nuit du 7 au 8 du courant, du magasin de M. Huguon aîné, Négociant ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. Un brigantin « du Cap » peut avoir porté ces personnes depuis un autre port de la colonie : l’annonce n’établit pas une arrivée directe d’Afrique, ni si une vente avait commencé.
Dans le Supplément aux Affiches américaines, Feuille du Cap-François, du 29 novembre 1788, un jeune homme «…
Point 24 sur 153 · Témoignage · départ du jeune homme · parution de l’annonce
Dans le Supplément aux Affiches américaines, Feuille du Cap-François, du 29 novembre 1788, un jeune homme « nouveau », venu par le navire l’Horison, de Bordeaux, capitaine Balguerie, est signalé « parti marron du Port de Paix le 4 du courant » ; les nouvelles sont à donner aux négociants Servary et Boizé jeune, au Port-de-Paix, « chargés de la vente du restant de ladite cargaison ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. L’annonce établit que, le 29 novembre, deux négociants étaient « chargés de la vente du restant de ladite cargaison » ; elle ne dit pas si cette vente était ouverte le 4, jour de la fuite, ni si le jeune homme faisait partie de ce restant, ni dans quelles conditions il attendait.
Dans les Affiches américaines du 24 juin 1772, Couradin du Castillon, lieutenant des vaisseaux du roi établi…
Point 25 sur 153 · Témoignage · départ de Sévère et Louis · parution de l’annonce
Dans les Affiches américaines du 24 juin 1772, Couradin du Castillon, lieutenant des vaisseaux du roi établi au Trou, quartier du nord de Saint-Domingue, fait rechercher deux hommes « nouveaux », dits Congo. Le premier est « nommé Sévere, nom qu’il portoit à bord du Navire l’Ajax, Cap. Duval, où il avoit l’inspection sur les autres Negres » ; âgé de 22 à 24 ans, il porte « au col une petite croix blanche de métal, suspendue par une corde », et « n’étoit sur l’Habitation que depuis dix jours ». Le second, Louis, y était depuis deux mois. Tous deux sont partis le 4 juin.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. L’annonce ne dit ni qui a donné le nom porté à bord, ni en quoi consistait « l’inspection », ni qui l’avait confiée ; elle ne dit pas d’où venait la croix.
Dans les Affiches américaines du 9 avril 1777, un homme « nouveau », dit Ibo, « nommé Hercule, & à bord…
Point 26 sur 153 · Témoignage · parution de l’annonce
Dans les Affiches américaines du 9 avril 1777, un homme « nouveau », dit Ibo, « nommé Hercule, & à bord Banny, parlant mauvais anglais, sans étampe », venu par le navire le Prosper, de Nantes, capitaine Guyot, est signalé « parti maron de chez M. Couturier, aubergiste à S. Marc, depuis douze jours ». Les nouvelles sont à donner à M. Courrejolles, ingénieur du roi à Saint-Marc.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. L’annonce ne dit ni qui a donné les noms d’Hercule et de Banny, ni où cet homme a appris l’anglais, ni quel lien l’unit à Couturier ou à Courrejolles.
Dans les Affiches américaines du 16 octobre 1776, Hector et Dieudonne, dits Congo, tous deux âgés de quinze…
Point 27 sur 153 · Témoignage · départ d’Hector et Dieudonne · parution de l’annonce
Dans les Affiches américaines du 16 octobre 1776, Hector et Dieudonne, dits Congo, tous deux âgés de quinze ans et marqués DUPLAN, « depuis cinq mois dans le pays » et venus par le navire le Saint-Michel, capitaine Desmichel, sont signalés partis ensemble le 3 octobre de l’habitation du sieur Duplan, dans les hauteurs de la Charbonnière.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. L’annonce établit qu’Hector et Dieudonne venaient du même navire, avaient le même acheteur et sont partis ensemble ; elle ne dit pas quel lien les unissait avant ou pendant la traversée.
Dans les Affiches américaines du 14 août 1782, quatre hommes « nouveaux », dits Nago et marqués LAVIL, «…
Point 28 sur 153 · Témoignage · achat des quatre hommes · départ des quatre hommes · parution de l’annonce
Dans les Affiches américaines du 14 août 1782, quatre hommes « nouveaux », dits Nago et marqués LAVIL, « achetés le 9 avril dernier de la cargaison de la Goëlette Danoise l’Arc-en-Ciel, de Saint-Thomas, Capitaine Darell », sont signalés partis d’une des habitations des héritiers Laville, à l’Artibonite, dans la nuit du 4 au 5 août ; l’un est « armé d’une manchette ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. La goélette vient de Saint-Thomas, colonie danoise : l’annonce établit un achat dans la traite entre îles, non une arrivée directe d’Afrique ; elle ne dit pas si les quatre hommes avaient traversé l’Atlantique sur un même navire. « Manchette » désigne aux Antilles un grand coutelas, le sabre d’abattis des champs de canne.
Dans le Supplément aux Affiches américaines du 1er août 1789, deux hommes « nouveaux », dits Congo, venus…
Point 29 sur 153 · Témoignage · départ de César et Lafortune · parution de l’annonce
Dans le Supplément aux Affiches américaines du 1er août 1789, deux hommes « nouveaux », dits Congo, venus dans la « cargaison » du navire la Jeune-Minia, capitaine Boulé, et « étampés sur le bras droit, de l’étampe du navire, LIM », sont signalés partis ensemble le 14 juillet. César, « étampé sur le sein gauche REN », appartient aux sieurs Reynaud et Chateaudun, au Fond de l’Île-à-Vache ; Lafortune, à l’économe de leur habitation.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. César et Lafortune n’ont pas le même propriétaire mais relèvent d’une même habitation : l’annonce n’établit pas que la vente les avait séparés.
- Les Affiches américaines, année 1789 (volume UFDC AA00000449/00022) — Supplément aux Affiches américaines, n° 62, samedi 1er août 1789, p. 423, rubrique « Esclaves en marronage », seconde colonne ; UFDC AA00000449/00022, vue 439 ; en-tête du numéro vue 437. Le nom de l’économe est imprimé « M. M[.]tard », une lettre restant illisible.
Selon Crystal Nicole Eddins, qui s’appuie sur les travaux de Jane Landers, treize fugitifs de Saint-Domingue…
Point 30 sur 153 · Événement · interrogatoire à Santo Domingo
Selon Crystal Nicole Eddins, qui s’appuie sur les travaux de Jane Landers, treize fugitifs de Saint-Domingue pris en 1770 dans la campagne frontalière sont interrogés à Santo Domingo. Parmi eux, un Africain nommé Bucu, qui ne porte pas de marque au fer, ne sait pas depuis combien de temps il est dans la colonie, parce qu’il s’est enfui vers l’est aussitôt après avoir quitté le navire négrier.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le cas est connu de troisième main : Eddins le rapporte d’après Jane Landers, qui l’a tiré d’un interrogatoire espagnol que le dépôt ne détient pas, pas plus que l’étude de Landers. Il ne donne ni le port ni la date de l’arrivée de Bucu, ni son nom dans les pièces françaises. La conclusion d’Eddins sur ce que les arrivants savaient de la frontière reste la sienne.
Les femmes captives face aux capitaines, aux officiers et aux marins des navires négriers
Point 31 sur 153 · Interprétation · date non établie
Dans son histoire du navire négrier, qui porte sur la traite britannique et nord-américaine du XVIIIe siècle, l’historien Marcus Rediker montre que les capitaines exerçaient une terreur sexuelle sur les femmes captives et, avec les officiers, disposaient d’elles à leur gré, et que des marins les violaient, certains à répétition. Devant le Parlement britannique, des défenseurs de la traite faisaient valoir que des ordres interdisaient ces relations ; d’après les témoins qu’il cite, dont l’ancien capitaine John Newton, de tels ordres étaient loin d’être généralement tenus. Rediker souligne enfin que le « consentement » dont parlent certains témoins n’avait pas de sens pour des femmes privées de toute protection.
Précisions nécessaires à l’interprétation
C’est l’analyse d’un historien sur les navires britanniques et nord-américains du XVIIIe siècle, fondée pour l’essentiel sur des témoignages publiés pendant la campagne abolitionniste britannique : elle ne décrit pas ce qui s’est passé sur le navire français de La Courbe en 1687, dont la prescription dit seulement la crainte des « visites » des matelots aux femmes.
- The Slave Ship: A Human History — chapitre 7, « The Captain’s Own Hell », pour la terreur sexuelle que les capitaines font peser sur les femmes captives ; chapitre 8, « The Sailor’s Vast Machine », passage sur les violences de l’équipage envers les femmes (notes 40 à 42) : témoignages de Newton, de Robert Norris devant la commission parlementaire, de Falconbridge et de Leigh, marins « serial rapist » et sens du « consent »
Le récit de La Courbe, achevé après son retour en France, donne sur deux pages la séquence complète d’une…
Point 32 sur 153 · Témoignage · 1687
Le récit de La Courbe, achevé après son retour en France, donne sur deux pages la séquence complète d’une vente aux îles en juin 1687. L’arrivée d’abord : le navire vient du Cap-Vert « charger des négres », on l’identifie de la côte comme la Sirène, et « il vint aussitost une chaloupe a bord dans laquelle etoit l’agent de la Compagnie pour s’informer de la quantité de negres que nous portions ». Le débarquement ensuite, au premier jour et avant toute autre affaire : « Le lendemain matin, au point du jour, on les fit tous debarquer et on les mit dans un grand magazin pour se rafraichir et se reposer » — le placement au magasin est nommé par la fin que lui donne le témoin, et l’ordre de la journée le situe : les captifs mis au magasin, les officiers vont dîner chez le gouverneur. La vente enfin : « les habitants vinrent pour acheter nos nègres qu’ils visiterent comme on feroit des chevaux. L’on en vendit la meilleure partie en tabac qui est la marchandise la plus commune de ce pays et l’on en donnoit trois milliers pour chaque negre ; les autres furent vendus en indigot qu’on acheptoit sur le pied de 40 solz la livre ou en argent d’Espagne qui n’estoit pas de poid ou en cuirs de bœuf et en cotton ; et les pieces d’Inde, c’est a dire les negres sans defaut et de bon age, se vendoient sur le pied de 300 a 340 livres chacun. » Quatre choses en sortent. La vente se paie surtout en denrées — trois milliers de tabac par personne pour la meilleure partie —, et le numéraire, quand il paraît, est de l’argent d’Espagne « qui n’estoit pas de poid ». L’inspection est décrite par sa comparaison, « comme on feroit des chevaux ». La locution « pièce d’Inde » est glosée par le témoin lui-même, et sa définition est double, sans défaut et de bon âge. Et le prix ferme l’autre bout d’une chaîne que le même volume ouvre ailleurs : le mémoire du 26 mars 1693 du même homme annonce le captif « revenant à 30 livres la pièce, et vendus 300 livres aux îles » ; le journal atteste ici les 300 à 340 livres, six ans plus tôt et par observation directe.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce que La Courbe décrit vaut pour cette vente, au Port-de-Paix en juin 1687 : ses prix, ses monnaies et sa procédure ne se généralisent pas. Le journal ne dit ni combien de personnes furent débarquées ou vendues, ni ce que devinrent celles qui n’étaient pas « pièces d’Inde », dont le prix n’est pas donné. L’accord avec son mémoire de 1693 est celui d’un même témoin, non une vérification par une autre source. « Pour se rafraichir et se reposer » est le but que La Courbe donne au magasin ; la formule ne dit pas ce que les personnes y ont vécu. La Courbe voyage sur ce navire, loge chez le gouverneur et écrit pour une compagnie de commerce. Le texte est lu dans l’édition de Prosper Cultru (1913).
- Premier voyage du sieur de La Courbe fait à la coste d'Afrique en 1685 — page 277, vue PDF 345 : l’arrivée du négrier venu du Cap-Vert, l’agent de la Compagnie qui monte à bord « pour s’informer de la quantité de negres que nous portions », et le débarquement au point du jour dans un grand magasin « pour se rafraichir et se reposer »
- Premier voyage du sieur de La Courbe fait à la coste d'Afrique en 1685 — page 280, vue PDF 348 : la vente elle-même — l’inspection « comme on feroit des chevaux », les trois milliers de tabac par personne, l’indigo à 40 sols la livre, l’argent d’Espagne hors poids, les cuirs et le coton, et la pièce d’Inde glosée et tarifée de 300 à 340 livres
- Premier voyage du sieur de La Courbe fait à la coste d'Afrique en 1685 — introduction de Prosper Cultru, page romaine LII, vue PDF 62 : le mémoire du 26 mars 1693, où le même La Courbe annonce « 200 captifs revenant à 30 livres la pièce, et vendus 300 livres aux îles »
Au récit de sa traversée vers Saint-Domingue, en 1687, Michel Jajolet de La Courbe, envoyé de la Compagnie…
Point 33 sur 153 · Prescription · 1687
Au récit de sa traversée vers Saint-Domingue, en 1687, Michel Jajolet de La Courbe, envoyé de la Compagnie royale du Sénégal, interrompt son journal pour écrire deux pages de doctrine sur la manière de conduire les personnes captives pendant la traversée. Le rapport de force d’abord : « Lorsqu’on transporte des negres, comme il sont quelquefois au nombre de deux, trois ou quatre cents, et que l’équipage n’est ordinairement que de 30 ou 40 hommes, il faut bien prendre garde qu’ils ne se revoltent dans la traversée, comme cela arrive trés souvent par le peu de precaution des capitaines et, pour lors, on est obligé pour deffendre sa vie d’en tuer plusieurs, jusqu’a ce que les autres se soumettent ; il y en a même beaucoup qui, voyant qu’ils n’ont pas reussy dans leur entreprise, se jettent à la mer de desespoir et dans la crainte du chatiment. » Puis le dispositif : « on leur met a tous une paire de fers ou grillons, aux pieds, et lorsqu’ils sont mechants, on leur en met deux » ; le corps de garde fermé, aucun homme souffert sur le gaillard, « sur lequel il y a toujours des armes toutes prestes et qu’ils peuvent voir avec des soldats ou matelots pour les tirer, en cas de besoin, et pour leur montrer qu’on est toujours sur ses gardes ; car lorsqu’ils voyent que vous n’y estes pas, cela leur donne courage de se révolter » ; les fers visités « deux fois par jour » ; et à l’heure du repas sur le pont, « faire prendre les armes a ceux qui sont de garde, et faire tourner quelque pierier de leur costé pour les tenir dans le respect ». La résistance est décrite dans le même mouvement : « Se déferrants, et même avec leurs fers, ils ne laissent pas de sauter et de s’aider de ce qu’ils trouvent comme pillons, pinces et autres choses pour assommer les blancs », et « Il n’y avoit pas longtemps qu’on fut obligé d’en tuer jusqu’a 25 dans un des vaisseaux de la Compagnie. » Enfin l’entretien : un seul repas par jour « quand on en a beaucoup », de gros mil « que l’on fait monder par les femmes », c’est-à-dire décortiquer, du poisson mêlé quand on en prend ; la séparation des hommes et des femmes, puis leur enfermement de nuit « de peur que les matelots ne leur aillent rendre visite » ; les corps frottés « de deux jours l’un avec un peu d’huile, ou de beurre fondu, cela les rends luisants et dispots » ; un petit sac de tabac et une pipe à chacun « afin qu’ils puissent se desenuyer en fumant » ; « et aux femmes on leur donne à chacune une petite gamelle ou calbace pour mettre de leau a leurs enfans ». La dernière phrase est un calcul : « Pendans les trois ou quatre premiers jours, on a bon marché de leur nouriture parce qu’ils sont tous malades du mal de mer ; mais sitost qu’ils ont fait corps neuf, on ne sçauroit les rasasier. »
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce texte énonce ce qu’un capitaine doit faire, à l’usage de la Compagnie royale du Sénégal ; il ne rapporte pas ce qui a été fait à bord du navire où La Courbe écrit. Ses nombres — « deux, trois ou quatre cents » personnes, « 30 ou 40 hommes » d’équipage — sont des ordres de grandeur, non des relevés. Les vingt-cinq personnes tuées « dans un des vaisseaux de la Compagnie » sont un fait qu’il rapporte sans nommer le navire, la date ni le lieu, et sans dire qu’il en fut témoin. Les mots « obligé » et « méchants » sont les siens : il écrit en agent de la compagnie, du côté de ceux qui gardent. Le texte est cité d’après l’édition de Prosper Cultru (1913) ; le manuscrit, conservé en deux fragments à la BnF, est incomplet de seize pages.
Au terme d’un développement sur l’odeur, la Description de la partie française de Saint-Domingue, publiée…
Point 34 sur 153 · Pratique · publication en 1797, date des faits non établie
Au terme d’un développement sur l’odeur, la Description de la partie française de Saint-Domingue, publiée par Moreau de Saint-Méry en 1797, note une pratique du commerce : « Les unes et les autres se distinguent bien de l’odeur qu’exhalent les nègres qui arrivent frottés d’huile de palme, par les soins des marchands négriers, qui veulent qu’une peau luisante annonce la santé. »
Précisions nécessaires à l’interprétation
Une phrase incidente dans un passage sur l’odeur, dont l’objet est de classer des corps : elle atteste un apprêt commercial avant la vente, sans dire où il se faisait — à bord, au débarquement, au magasin —, ni à quelle fréquence. L’auteur ne cite aucun marchand ni aucun capitaine.
Dans son numéro du 25 mai 1786, la Gazette de la Martinique annonce pour le dimanche 28 mai la vente au…
Point 35 sur 153 · Témoignage · 1786-05-25–1786-05-28
Dans son numéro du 25 mai 1786, la Gazette de la Martinique annonce pour le dimanche 28 mai la vente au Fort-Royal d'« une cargaison d'environ 200 negres Ibo, de choix ». Le journal ne donne dans cet avis ni le nom du navire, ni celui du vendeur, ni le prix, ni l'identité d'aucune des personnes proposées à la vente.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La source établit la publication d'une vente future et son ordre de grandeur, non la réalisation de la vente le 28 mai. « Environ » interdit de convertir 200 en effectif exact. « Ibo » et « de choix » sont les qualifications commerciales de l'annonce : elles ne prouvent ni le lieu de naissance, ni la langue, ni l'identité personnelle de chacune des personnes. Aucun document détenu ne relie cet avis à un navire, à un vendeur, à des prix réalisés ou au devenir des personnes.
- Gazette de la Martinique, n° XXI, 25 mai 1786 — n° XXI, 25 mai 1786, p. 88, vue 4 sur 4, première colonne, tout premier avis, commençant par « Dimanche prochain » et annonçant pour le 28 « une cargaison d'environ 200 negres Ibo, de choix » ; exemplaire ANOM COL C8 A 86, fol. 163
Dans les « Prix courans des marchandises de France à Saint-Pierre le 25 mai 1786 », la Gazette de la…
Point 36 sur 153 · Mesure · 1786-05-25
Dans les « Prix courans des marchandises de France à Saint-Pierre le 25 mai 1786 », la Gazette de la Martinique place entre le riz et la morue étrangère une ligne qui classe des personnes sous « Negres, traite étrangere » et imprime 1 400 à 1 500 livres. Une note immédiatement dessous élargit la fourchette « depuis le prix de 7 à 800 liv. pour les enfans, jusqu'à 18 à 1900 pour les negres de choix » : de 700–800 livres pour les enfants à 1 800–1 900 pour les personnes que la feuille qualifie « de choix ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Il s'agit d'une cotation imprimée, non d'un registre de ventes, d'une moyenne calculée ou de prix effectivement acquittés. La feuille ne donne ni transactions sous-jacentes, ni nombre de personnes, ni méthode. L'abréviation « l. » est développée en livres ; aucune équivalence monétaire moderne n'est proposée. « Traite étrangère », « enfans » et « de choix » sont ses rubriques. La vente d'environ deux cents personnes annoncée dans la première colonne doit rester distincte : elle est prévue au Fort-Royal, tandis que les prix sont donnés pour Saint-Pierre, et aucune phrase ne les relie.
- Gazette de la Martinique, n° XXI, 25 mai 1786 — n° XXI, 25 mai 1786, p. 88, vue 4 sur 4, deuxième colonne, tableau « Prix courans des marchandises de France à Saint-Pierre le 25 mai 1786 », entre « Riz » et « Morue étrangere » : « Negres, traite étrangere, 1400 à 1500 l. » puis note en italique « Assortis depuis le prix de 7 à 800 liv. pour les enfans, jusqu'à 18 à 1900 pour les negres de choix. » ; exemplaire ANOM COL C8 A 86, fol. 163
Le 24 septembre 1670, en Guadeloupe, un juge se transporte dans un magasin de la Compagnie pour revoir les…
Point 37 sur 153 · Événement · 1670-09-24
Le 24 septembre 1670, en Guadeloupe, un juge se transporte dans un magasin de la Compagnie pour revoir les personnes débarquées la veille. Le procès-verbal du 22 septembre en comptait 270 ; deux hommes sont trouvés morts dans le magasin, ce qui laisse 268 personnes, dont trois malades qui ne sont pas présentées. Quarante-huit personnes sont livrées par choix et préférence. Pour chacune des 220 autres, le juge fait établir un billet conforme à l’étiquette attachée à son bras et portant son numéro. Les billets paraphés sont placés dans quatre chapeaux selon les catégories de conversion marchande, puis les personnes sont distribuées par tirage au sort.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le procès-verbal est un instrument judiciaire et commercial colonial qui compte les personnes comme des « têtes » et les convertit en fractions de « pièces d’Inde ». Il ne donne le nom d’aucune des personnes distribuées, mais nomme les bénéficiaires des lots. Il ne permet pas de connaître leur vie avant le débarquement, leur destination précise après la distribution ni leur sort ultérieur.
- Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 — vues 0098-0101, spécialement vue 0098 page de droite pour la date, le magasin, le débarquement de la veille, les 270 personnes du procès-verbal du 22 septembre, les deux hommes morts, les 268 personnes restantes et les trois malades non présentées ; vue 0099 page de gauche pour les 48 personnes livrées par choix, les 220 restantes, les billets conformes aux étiquettes numérotées attachées aux bras et leur répartition entre quatre chapeaux ; les vues 0099 page de droite à 0101 poursuivent la distribution
À la Tortue et dans la partie française de Saint-Domingue, l’esclavage se développe selon une chronologie…
Point 38 sur 153 · Interprétation · date non établie
À la Tortue et dans la partie française de Saint-Domingue, l’esclavage se développe selon une chronologie différente de celle des Îles-du-Vent : les engagés restent longtemps nombreux, les prises et le commerce interlope jouent un rôle important, et la traite régulière demeure limitée avant la fin des années 1680.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les estimations disponibles sont prudentes et ne permettent pas de traiter la Tortue, le Cap et les différentes côtes comme un espace uniforme.
Sur les navires embarquant des personnes depuis la côte de l’Or à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe…
Point 39 sur 153 · Interprétation · date non établie
Sur les navires embarquant des personnes depuis la côte de l’Or à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, deux dialectes de l’akan, l’anyi-baoulé et le twi, côtoyaient notamment le guan, le ga, l’adangme, l’éwé et des variantes gbe. Des dialectes proches, la connaissance de plusieurs langues, des langues communes et des intermédiaires rendaient des échanges possibles ; des récits décrivent aussi des soins aux malades et aux enfants.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Smallwood étudie principalement le commerce anglais depuis la côte de l’Or entre 1675 et 1725. Une langue comprise ne crée pas automatiquement une relation de confiance ou une action commune. Aucune source propre ne rattache ces situations à un voyage précis.
- Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora — chapitre 4, p. 105–106 pour les deux dialectes de l’akan et les autres langues présentes ; p. 118–121 pour les dialectes proches, le bilinguisme, les langues communes et les intermédiaires ; chapitre 5, p. 122–125 pour les questions échangées, le soin aux malades et l’attention portée aux enfants
La Flore : rupture des fers et accès au pont
Point 40 sur 153 · Témoignage · 1787-12-17
Le procès-verbal de La Flore rapporte que, le 17 décembre 1787 au mouillage près de l’île à Perroquet dans la rivière du Gabon, des personnes captives se libérèrent de leurs fers pendant la nuit, forcèrent les écoutilles et la porte de la rambarde, s’armèrent de pagaies, de couteaux, de bûches et d’outils du tonnelier, frappèrent des membres de l’équipage et que cinq d’entre elles tentèrent de s’échapper à la nage.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le récit est rédigé et signé collectivement par le capitaine et des membres de l’équipage, puis déposé six mois après les faits. Il permet de suivre des actions, mais ne nomme aucune personne captive, ne rapporte aucune de leurs paroles et attribue leurs intentions depuis le point de vue des négriers. Il établit que cinq personnes tentent de s’échapper à la nage, sans préciser où elles comptent aller.
La Flore : tirs, reprise et châtiments
Point 41 sur 153 · Témoignage · 1787-12-17
Le procès-verbal de La Flore déposé le 21 juin 1788 rapporte, à la suite de la révolte de la nuit, que l’équipage tira un canon de la rambarde, tua une personne et blessa deux autres. Il affirme aussi qu’un autre navire envoya une embarcation avec six hommes d’équipage munis de sabres et de pistolets, qui ramenèrent les cinq personnes qui s’étaient jetées à la nage. Celles-ci furent ensuite remises aux fers et attachées deux à deux. Celles que l’équipage jugeait les plus impliquées reçurent cinquante coups de fouet.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le procès-verbal rapporte le tir et le retour des cinq nageurs sans dire si la personne tuée et les deux blessées sont du nombre des cinq ; il ne permet donc pas d’établir combien de personnes l’épisode laisse vivantes. Les catégories de « chefs » et de personnes « les plus coupables » appartiennent à l’équipage, qui dit avoir fouetté pour obtenir des désignations. Le document ne permet ni d’identifier les personnes visées ni de mesurer ce type de répression au-delà de ce voyage.
Miller obtient le retour de son fils
Point 42 sur 153 · Témoignage · 1788
Un second procès-verbal de La Flore ne dit pas comment le fils de Miller a été capturé, mais indique qu’une personne nommée Herblin l’a remis en otage pour le compte de La Jeune Sophie. Le document le compte alors comme un « paquet d’homme », une unité de compte appliquée à une personne, avant son transfert sur La Flore. En 1788, Miller, présenté comme gouverneur de l’île à Roy, arrive avec quarante à cinquante hommes armés et fait saisir la chaloupe du navire. Deux marins blancs sont déshabillés et mis aux fers. Sur les trois chaloupiers noirs qui les accompagnaient, Miller en retient un et renvoie les deux autres porter ses conditions. Il obtient ensuite le retour de son fils ainsi que quatre lots de marchandises. Le procès-verbal dit qu’il garde les chaloupiers noirs et rend la chaloupe le lendemain, sans permettre de suivre ensuite ces trois hommes.
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’épisode est connu par le récit hostile des officiers de La Flore, non par Miller, son fils ni les trois chaloupiers noirs. Le document ne dit ni comment le fils a été saisi avant sa remise par Herblin, ni où vont les deux messagers après avoir porté les conditions, ni comment les trois chaloupiers se trouvent de nouveau sous l’autorité de Miller, ni ce qu’ils deviennent après l’affaire.
Le rapport de mer de L’Auguste rapporte qu’en 1790, alors que le navire était encore au mouillage sur la…
Point 43 sur 153 · Témoignage · 1790
Le rapport de mer de L’Auguste rapporte qu’en 1790, alors que le navire était encore au mouillage sur la côte africaine, les personnes captives se libérèrent de leurs fers et que deux tentèrent de gagner le pont avec des morceaux de bois ; quatre jours après le départ, une nouvelle action collective eut lieu en mer, après quoi le capitaine et l’équipage firent hisser l’un des deux hommes, déjà blessé, au bout de la vergue de misaine puis le firent fusiller afin d’intimider les autres.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le rapport est produit par le capitaine, les officiers et les mariniers qui justifient leur conduite. Aucune personne captive n’est nommée ou citée et le texte emploie le vocabulaire répressif de l’équipage ; il établit la répétition des actions et la décision de mise à mort, pas les intentions individuelles.
L’arrivée du Diligent et les ventes à Saint-Pierre
Point 44 sur 153 · Interprétation · arrivée à Saint-Pierre le 15 mars 1732 · vente du 18 mars à avril 1732, jusqu’au lot vendu à Lamy
Le journal tenu par l’officier Robert Durand, qui écrit « La Diligent », porte l’arrivée du Diligent à Saint-Pierre de la Martinique le 15 mars 1732, après soixante-six jours de traversée, avec 247 personnes captives vivantes. La reconstruction de Robert Harms suit ensuite leur inspection et leur mise en vente : cinq meurent dans l’entrepôt et les 96 dernières sont vendues en un lot au revendeur Lamy, négociant de Saint-Pierre, au prix de 400 livres chacune, moitié payée immédiatement et moitié payable un an plus tard. Harms en déduit par soustraction que les 146 autres ont été remises en gratification à des officiels locaux, ou vendues une à une ou par petits groupes à des planteurs et à des marchands de l’île.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le journal de Durand établit directement l'arrivée, les nombres, les cinq morts et le lot Lamy ; Harms identifie Lamy comme revendeur et reconstruit le reste de la séquence à partir du journal, d'états de compte et d'autres archives produites par les négriers. Il signale lui-même, p. 409–410, que ces sources ne livrent presque aucune identité captive et ne permettent pas de suivre les personnes après leur vente. Le nombre de 146 n'est pas relevé dans une pièce : Harms l'obtient en retranchant de 247 les 96 du lot final et les 5 mortes. Il ne désigne donc aucune phase particulière de la vente, mais réunit toutes les cessions antérieures au lot final, y compris les personnes prélevées en gratification le premier jour. L'acheteur du lot final n'est connu que par son nom de famille — Harms écrit « un marchand d'esclaves de Saint-Pierre nommé Lamy » et Durand « un certain M. Lamy » : son prénom n'est nulle part.
La vente des personnes captives de la Diligent s’ouvre à Saint-Pierre de la Martinique le mardi 18 mars…
Point 45 sur 153 · Pratique · 1732-03-18
La vente des personnes captives de la Diligent s’ouvre à Saint-Pierre de la Martinique le mardi 18 mars 1732, une fois faites devant les fonctionnaires coloniaux les déclarations d’arrivée. Robert Harms rapporte qu’après un examen long et minutieux, ces fonctionnaires blancs présents à bord prélèvent dix à douze des personnes les plus fortes et les mieux portantes à titre de gratification personnelle. Certains d’entre eux traitent ensuite avec le capitaine Pierre Mary, qui vend plusieurs personnes à 950 livres chacune — il espérait ce prix pour chaque homme adulte, et des prix proportionnés pour les femmes et les enfants, alors que les marchandises données à Jakin pour un homme adulte avaient valu environ deux cents livres. Le soir, celles qui n’ont pas été vendues sont nourries, exercées et renvoyées sous le pont pour la nuit ; elles sont exposées de nouveau le lendemain matin.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Harms reconstruit la scène à partir du journal du premier lieutenant Robert Durand et des comptes du voyage. Le nombre prélevé est donné en fourchette. Harms écrit « the white officials » : ce sont les fonctionnaires coloniaux devant lesquels le capitaine venait de faire ses déclarations, et non les officiers du navire — il le confirme p. 338 en écrivant que les marchands inspectèrent les captifs « much as the government officials had done the day before ». Aucune des personnes exposées, prélevées ou vendues n’est nommée, et rien n’indique ce qu’elles ont fait ou dit pendant ces journées.
- The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade — p. 336–337 : ouverture de la vente le 18 mars 1732, prélèvement des fonctionnaires coloniaux, premières ventes à 950 livres et routine quotidienne d’exposition ; p. 334 pour le prix espéré par homme adulte et la valeur moyenne d’environ deux cents livres payée à Jakin
Faute d’acheteurs au prix demandé, le capitaine de la Diligent loue, huit jours après son arrivée à…
Point 46 sur 153 · Pratique · 1732-03-23
Faute d’acheteurs au prix demandé, le capitaine de la Diligent loue, huit jours après son arrivée à Saint-Pierre, un entrepôt fortifié proche du lieu où se réunissent les marchands, et y fait transférer les personnes captives en chaloupe puis en remontant la rivière. Robert Harms rappelle que les entrepôts à esclaves de Saint-Pierre étaient réputés puants, surpeuplés et mal protégés des pluies, et qu’ils avaient fait l’objet d’ordonnances royales de réforme en 1708, 1718 et 1723, restées pour l’essentiel sans effet.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le transfert et le caractère fortifié de l'entrepôt sont directs dans le journal. L'état général des entrepôts est établi par la répétition des ordonnances de réforme mobilisées par Harms, non par une inspection de celui que loue ce capitaine. Ni Durand ni Harms ne décrivent l'intérieur de cet entrepôt précis ni toutes les actions qui s'y déroulent pendant le séjour des personnes transférées.
En 1731, le navire Saint-Louis de la Compagnie des Indes fait escale à Saint-Pierre de la Martinique en…
Point 47 sur 153 · Pratique · 1731
En 1731, le navire Saint-Louis de la Compagnie des Indes fait escale à Saint-Pierre de la Martinique en route vers la Louisiane avec 340 personnes captives ; beaucoup sont tombées malades, et leur état a empiré lorsque les vivres ont manqué. Craignant de les perdre toutes, le capitaine s’arrête pour leur laisser le temps de se rétablir. L’inspecteur sanitaire en juge quatre-vingt-douze inaptes au voyage et ordonne qu’elles soient mises à terre pour s’y rétablir, puis dix autres la semaine suivante. Comme elles ne montrent aucun signe de rétablissement, le navire repart vers la Louisiane avec les 229 personnes restées à bord. Lorsque l’agent de la compagnie demande l’autorisation de vendre à bas prix celles laissées à terre, le gouverneur refuse la vente en invoquant un jugement sanitaire qui les déclare hors d’état d’être vendues, sans que les pièces consultées permettent de savoir s’il reformule le premier avis ou en rapporte un second. Selon Harms, aucun document ne dit ce qu’elles sont devenues.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Harms conclut lui-même qu’aucun document ne conserve le sort de ces personnes et que, très probablement, elles sont mortes : cette dernière inférence est la sienne et n’est pas établie par une pièce. Les nombres sont ceux que rapporte son étude, et ils ne se referment pas. Quatre-vingt-douze et dix font cent deux ; retranchées de trois cent quarante, elles laissent deux cent trente-huit, non les deux cent vingt-neuf que l’étude donne comme reparties à bord. Neuf personnes ne sont expliquées par aucun des nombres qu’il rapporte. La somme, la soustraction et l’écart sont du fait de qui les pose : aucune des trois quantités dérivées — cent deux (102), deux cent trente-huit (238), neuf — n’est écrite dans une pièce.
Lors de l’arrivée de la Diligent à Saint-Pierre de la Martinique en 1732, un inspecteur sanitaire monte à…
Point 48 sur 153 · Pratique · entre l’arrivée du 15 mars et l’ouverture de la vente le 18 mars 1732
Lors de l’arrivée de la Diligent à Saint-Pierre de la Martinique en 1732, un inspecteur sanitaire monte à bord après les déclarations faites devant les fonctionnaires coloniaux. Les autorités de l’île craignant que les personnes déportées n’y apportent des épidémies, cet inspecteur a le droit de mettre le navire entier en quarantaine, ou d’ordonner que celles atteintes de scorbut ou de variole soient débarquées hors de la ville. Robert Harms précise que ces inspecteurs pouvaient à l’occasion être achetés pour fermer les yeux sur de petits problèmes sanitaires, mais qu’ils prenaient très au sérieux les problèmes graves.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Harms énonce ces pouvoirs à propos de l’arrivée de la Diligent en 1732 à Saint-Pierre ; leur portée dans d’autres ports et à d’autres décennies n’est pas établie. Le motif invoqué est la protection de la colonie contre les épidémies, non l’état des personnes examinées.
Le mercredi 19 mars 1732, au deuxième jour de la vente de la Diligent, des marchands d’esclaves de…
Point 49 sur 153 · Pratique · 1732-03-19–1732-03-23
Le mercredi 19 mars 1732, au deuxième jour de la vente de la Diligent, des marchands d’esclaves de Saint-Pierre montent à bord ; Robert Harms les décrit comme des revendeurs, qui achètent par gros lots à bas prix pour revendre ensuite par petits nombres plus cher. Ils inspectent les personnes captives comme les fonctionnaires l’avaient fait la veille, puis offrent beaucoup moins que le prix demandé pour ouvrir le marchandage. Le capitaine Pierre Mary, qui espère approcher 950 livres par homme, refuse de baisser ; les marchands abandonnent la négociation, et Robert Durand note le soir que beaucoup sont venus mais que peu ont acheté. La nouvelle des prix demandés se répand, les marchands cessent de venir ; quelques acheteurs, revendeurs ou habitants, viennent encore en barque le jeudi, le vendredi et le samedi et achètent très peu, et le dimanche aucun ne rame jusqu’au navire. Un rapport publié par le juge et les consuls de la juridiction commerciale de Nantes le 30 janvier 1732, six semaines avant l’arrivée de la Diligent en Martinique, estimait à cinq cents livres le prix de vente moyen d’une personne esclavisée dans les îles.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le journal de Durand établit le prix, la raréfaction des achats et l'ordre des journées, mais non la qualification de tous les visiteurs comme revendeurs ni l'estimation nantaise. Le prix moyen de cinq cents livres est une estimation de la juridiction consulaire de Nantes à un moment donné, non un tarif ni une mesure : il sert de repère de grandeur, pas de référence. Harms écrit lui-même que l'on ne peut que s'interroger sur l'obstination de Pierre Mary ; ce jugement lui appartient. Aucune des personnes exposées pendant ces journées n'est nommée.
L’article médical publié par Sébastien Guillié rapporte que le Rôdeur quitta Le Havre le 24 janvier 1819,…
Point 50 sur 153 · Témoignage · 1819-01-24–1819-06-21
L’article médical publié par Sébastien Guillié rapporte que le Rôdeur quitta Le Havre le 24 janvier 1819, atteignit la côte africaine le 14 mars, mouilla devant Bonny — lieu que l’article associe à la rivière du Calabar —, repartit le 6 avril, puis arriva en Guadeloupe le 21 juin. Environ quinze jours après le départ de Bonny, au moment où l’affection des yeux est observée, le texte compte 160 personnes captives enfermées dans la cale et l’entrepont. L’affection gagne ensuite l’équipage : le même article rapporte que des matelots en sont atteints, que le chirurgien du bord en est resté aveugle, et qu’à l’arrivée en Guadeloupe « l’équipage était dans un état déplorable ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Guillié nomme le chirurgien du bâtiment, Maignan, à la page 75, et indique en note de la page 78 qu’il lui a fourni une partie des détails. Ce texte médical ne remplace ni le journal de bord ni les documents d’armement et de débarquement ; la reprise anglaise traduit la même chaîne au lieu de la confirmer indépendamment. Le nombre de 160 porte chez Guillié sur le moment où l’affection est observée, environ quinze jours après le départ, et non sur l’embarquement ou le débarquement. Rupprecht écrit 170 à ce même stade ; Daget donne 200 personnes chargées à Bonny et 160 débarquées en Guadeloupe. Ces nombres ne doivent pas être fusionnés en un seul effectif de départ.
- Bibliothèque ophtalmologique, ou Recueil d’observations sur les maladies des yeux, tome I : « Observation sur une blépharoblénorrhée contagieuse » — p. 74 pour le départ, l’arrivée sur la côte, Bonny, le départ du 6 avril, l’apparition de l’affection environ quinze jours plus tard et les 160 personnes alors comptées ; p. 78 pour l’arrivée en Guadeloupe le 21 juin 1819
- Fifteenth Report of the Directors of the African Institution — p. 7–10, traduction du récit médical
- Répertoire des expéditions négrières françaises à la traite illégale, 1814–1850 — notice « Le Rôdeur, 1819/46 », p. 88 ; donne 200 personnes chargées à Bonny et 160 débarquées en Guadeloupe
- Le voyage des aveugles. Le Havre–la Guadeloupe, 1819, trad. Souad Degachi et Maxime Shelledy, dans Paulin Ismard (dir.), Benedetta Rossi et Cécile Vidal (coord.), Les Mondes de l’esclavage. Une histoire comparée, Paris, Seuil, 2021, p. 277–283 — version française dans Les Mondes de l’esclavage, p. 278 ; donne 170 personnes captives au moment où les premiers symptômes sont observés
Guillié rapporte qu’à bord du négrier français le Rôdeur, en 1819, sur l’avis du chirurgien Maignan, on…
Point 51 sur 153 · Témoignage · 1819
Guillié rapporte qu’à bord du négrier français le Rôdeur, en 1819, sur l’avis du chirurgien Maignan, on faisait monter les personnes captives sur le pont « afin de leur faire respirer un air plus pur », et qu’il fallut y renoncer parce que beaucoup de ces personnes, « affectés de nostalgie, se jetaient dans la mer, en se tenant embrassés les uns les autres ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Guillié qualifie lui-même leur état de « nostalgie » et ne rapporte aucune parole de ces personnes. Le geste n’est connu que par ce médecin, qui l’explique par son diagnostic : ce mot ne dit pas ce que ces personnes voulaient. La version anglaise dérive du même article.
Le navire anglais James quitte la rade de Dixcove, sur la côte de l’Or, le 8 mars 1676 à destination de la…
Point 52 sur 153 · Événement · 1676-03-08–1676-05-26
Le navire anglais James quitte la rade de Dixcove, sur la côte de l’Or, le 8 mars 1676 à destination de la Barbade. Le journal du capitaine Peter Blake note le retrait des fers le 16 mars, plusieurs distributions de poisson à la fin de mars, puis l’apparition de la Barbade et le mouillage dans la baie de Carlisle le 21 mai : soixante-quatorze jours séparent le départ de l’apparition de l’île. Edwyn Stede, l’un des agents de la Royal African Company à la Barbade, examine les personnes à bord le 22 mai ; elles sont rasées, reçoivent de l’eau fraîche, de l’huile de palme et du tabac le 24 ; 163 sont vendues le 25 et 70 le lendemain, sans débarquement préalable consigné.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le journal est celui du capitaine et organise le voyage par vents, rations, pertes et opérations commerciales. Il date des événements mais ne rapporte pas la manière dont les personnes captives mesurent les jours ni ce qu’elles disent de leur destination. La durée de soixante-quatorze jours est la différence calendaire entre les deux dates, non un chiffre donné par Blake.
- Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume I, 1441–1700 — p. 204–205, journal de Peter Blake : départ de « Dickey’s road » le 8 mars, retrait des fers le 16 mars, poisson les 28–31 mars, Barbade et baie de Carlisle le 21 mai, visite de Stede le 22, préparation le 24 et ventes des 25–26 mai ; note 20 p. 204 pour la fonction de Stede comme l’un des agents de la compagnie à la Barbade
- Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora — chapitre 5, p. 131–148, particulièrement p. 142–148 pour la séquence du James entre le départ, la perte de la terre, les semaines en mer et l’apparition de la Barbade
Pendant la traversée du James en 1676, le compte des morts que tient Peter Blake (« Account of Mortallity »)…
Point 53 sur 153 · Témoignage · 1676-03-31–1676-04-26
Pendant la traversée du James en 1676, le compte des morts que tient Peter Blake (« Account of Mortallity ») porte un garçon malade tombé à la mer dans la nuit du 31 mars ; une femme morte le 15 avril, reçue de Wyembah, tombée malade et qui ne voulait « rien manger ni rien prendre » ; un homme qui se jette par-dessus bord et se noie le 17 avril ; et une femme morte le 26 avril, que Blake a achetée lui-même, après avoir continué à porter son enfant jusqu’à l’épuisement. La provenance que le compte inscrit distingue ces deux femmes. Une version du journal citée par Smallwood précise que l’homme du 17 avril refuse de saisir l’aviron tendu lorsque l’embarcation le rejoint.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Blake décrit les personnes selon leur valeur, leur état physique et la perte enregistrée. Le geste de la mère et les refus sont conservés, mais le document ne livre aucun nom et ne permet pas d’attribuer un motif précis. Le refus de l’aviron est publié par Smallwood à partir du journal sans apparaître dans l’extrait abrégé donné p. 204 par Donnan.
Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte sa propre traversée, depuis son embarquement sur…
Point 54 sur 153 · Témoignage · date non établie
Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte sa propre traversée, depuis son embarquement sur la côte africaine jusqu’à la Barbade, et les questions qu’il pose sous le pont à des personnes de sa région sur leur destination et sur la marche du navire. À la Barbade, il ne trouve pas d’acheteur : au bout de quinze jours au plus, estime-t-il, il est embarqué avec quelques autres captifs restés invendus sur un sloop, un petit navire, pour la Virginie.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le récit est étudié comme la publication d’Equiano en 1789, dont le statut autobiographique fait débat : aucun de ses détails n’est converti en déposition indépendante que confirmerait un journal de bord. Deux documents donnent la Caroline du Sud pour lieu de naissance d’Equiano, qui signait Vassa : le registre de son baptême à Westminster en 1759 et un rôle d’équipage du Racehorse en 1773. Vincent Carretta, qui les a produits, juge les preuves pour et contre une naissance africaine non concluantes ; Paul Lovejoy conteste la valeur de ces deux documents. Le site ne tranche pas. Quel que soit ce lieu, Fogleman et Hanserd retiennent le récit pour ce qu’il apporte, avec des éléments corroborés par d’autres sources, sur la traversée et l’esclavage dans les Amériques.
- The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African — chapitre II, pagination imprimée de 1789 : p. 71–78 pour l’embarquement, la descente sous le pont, le refus de manger et les questions échangées ; p. 79–84 pour le départ, le manque d’air et les trois hommes se jetant à la mer ; p. 84–86 pour les poissons volants, le quadrant, la Barbade et Bridgetown ; chapitre III, p. 90–91, pour les quinze jours au plus passés dans l’île et le départ en sloop pour la Virginie avec quelques autres restés invendus
- Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora — chapitre 5, p. 123–126, analyse de la question « What was to be done with us? » et du navire comme « hollow place »
- Five Hundred African Voices: A Catalog of Published Accounts by Africans Enslaved in the Transatlantic Slave Trade, 1586–1936 — introduction, p. 10 : découverte de Carretta sur le lieu de naissance, caractère « fierce » du débat entre spécialistes, et motif du maintien du récit au catalogue
- Equiano, the African: Biography of a Self-Made Man — préface pour l’enjeu ; chapitre 4 pour le baptême du 9 février 1759 à St Margaret’s, Westminster, et sa planche ; chapitre 7 pour les rôles d’équipage du Racehorse, l’entrée « So. Carolina » du troisième appel et les réserves que Carretta y porte lui-même
- Response to Paul Lovejoy’s ‘Autobiography and Memory: Gustavus Vassa, alias Olaudah Equiano, the African’ — p. 115 pour « Paul Lovejoy may be correct » et le caractère « ultimately inconclusive » des preuves ; p. 116-117 pour l’asymétrie des mobiles, le calcul de vraisemblance sur le rôle du Racehorse et les trois hommes d’équipage nés en Afrique
- Where was Gustavus Vassa, also Known as Olaudah Equiano, Born? Revisiting an Old Question — p. 7, 9 et 12, notes 2, 30 et 52-54 pour la mise en cause des deux documents — attribution par Lovejoy de la mention aux parrain et marraine, cousins de Pascal ; nom du rôle susceptible de ne pas désigner Vassa, présenté comme assistant du docteur Irving — ; p. 3 et 9-15, notes 39-50 et 55-69 pour l’identification proposée d’« Essaka » à Usaka et d’« Equiano » à Ikwuano
Sous le pont du navire d’Equiano : l’air, les fers, la faim et le fouet
Point 55 sur 153 · Témoignage · date non établie
Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte qu’à l’embarquement des hommes de l’équipage le palpent et le soulèvent pour voir s’il est sain. Il demande aux hommes noirs qui l’ont conduit à bord si les hommes blancs vont le manger ; ils lui assurent que non, puis repartent, et il se voit sans chance de regagner la côte. Mis sous le pont, l’odeur et les pleurs le rendent si malade qu’il ne peut plus manger ; deux marins lui présentent à manger et, comme il refuse, l’un le maintient couché et lui lie les pieds pendant que l’autre le fouette. Il aurait voulu se jeter à la mer, mais des filets bordent le navire et l’équipage surveille de près ceux qui ne sont pas enchaînés pour les empêcher de sauter ; il voit d’autres captifs fouettés d’heure en heure parce qu’ils ne mangent pas. Parmi les hommes enchaînés, il trouve des gens de sa nation, qui lui disent qu’on les emmène travailler au pays des hommes blancs ; il leur demande si ces hommes n’ont pas de pays et vivent dans ce lieu creux. Il écrit que leur brutalité ne s’exerce pas seulement sur les captifs : il voit sur le pont un homme blanc fouetté près du mât avant jusqu’à en mourir, puis jeté par-dessus bord ; il en craint davantage ces hommes et s’attend à être traité de même. Tant que le navire reste sur la côte, il est surtout sur le pont, et certains captifs ont la permission d’y rester pour respirer ; le chargement terminé, tous sont mis sous le pont et ne voient plus comment on manœuvre. L’entassement — chacun a à peine la place de se retourner —, la chaleur et la sueur rendent l’air irrespirable, une maladie en fait mourir beaucoup, les fers blessent, des enfants tombent dans les baquets servant de latrines et manquent d’y étouffer, et il entend les cris des femmes et les gémissements des mourants. Affaibli, il est gardé presque toujours sur le pont et, très jeune, n’est pas mis aux fers. Un jour, les marins pêchent, mangent ce qu’ils veulent et rejettent le reste à la mer sous les yeux des captifs qui en demandent ; quelques hommes poussés par la faim essaient d’en prendre en cachette et, découverts, sont durement fouettés. Un jour de mer calme, deux hommes de son pays enchaînés ensemble passent à travers les filets et se jettent à la mer, suivis d’un troisième que sa maladie avait fait laisser sans fers ; l’équipage fait descendre les plus valides sous le pont et met un canot à la mer, deux hommes se noient et le troisième, repris, est fouetté sans pitié. Equiano écrit que beaucoup d’autres les auraient suivis si l’équipage ne les en avait pas empêchés.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le récit a le statut discuté dans la réserve de l’affirmation sur l’embarquement et la traversée d’Equiano : publication de 1789, dont aucun détail n’est converti en déposition indépendante. Equiano qualifie lui-même ce qu’il décrit et prête aux trois hommes la préférence de la mort à l’esclavage : c’est sa lecture de leur geste.
- The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African — chapitre II, pagination imprimée de 1789 : p. 71 pour l’examen par des hommes de l’équipage ; p. 72–74 pour les hommes qui l’ont conduit à bord et son abandon ; p. 74–75 pour la descente sous le pont, l’odeur, le refus de manger, le fouet, les filets, la surveillance et les captifs fouettés d’heure en heure parce qu’ils ne mangent pas ; p. 75–78 pour ses compatriotes enchaînés, leur réponse, l’homme blanc fouetté à mort près du mât avant et le lieu creux ; p. 79–81 pour le pont sur la côte, la mise sous le pont au départ, l’entassement, l’air, la maladie, les fers, les baquets, les cris, et sa garde sur le pont sans fers ; p. 81–82 pour le poisson rejeté et les captifs fouettés ; p. 82–84 pour les trois hommes à la mer, le canot, les deux noyés, le troisième fouetté et les autres empêchés
À la Barbade, Equiano examiné, enfermé dans un enclos puis mis en vente
Point 56 sur 153 · Témoignage · date non établie
Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte que, pendant la traversée, il voit pour la première fois des poissons volants et qu’un marin lui fait regarder par le quadrant, où les nuages lui semblent une terre qui disparaît à mesure qu’ils passent. À la vue de la Barbade, l’équipage pousse un grand cri et fait aux captifs des signes de joie, dont ils ne savent que penser ; le navire mouille devant Bridgetown ; des marchands et des planteurs montent à bord le soir même — d’autres mains que celles des hommes d’équipage qui l’avaient examiné à l’embarquement —, répartissent les captifs en lots, les examinent, les font sauter et leur montrent la terre. Les captifs, qui croient être mangés, passent la nuit dans les cris, jusqu’à ce qu’on fasse venir de terre des esclaves âgés pour leur dire qu’ils ne seront pas mangés, qu’ils vont travailler et qu’ils retrouveront à terre beaucoup de gens de leur pays. Débarqués, ils sont enfermés dans la cour d’un marchand sans distinction de sexe ni d’âge ; quelques jours plus tard, ils sont vendus selon ce qu’il donne pour la manière habituelle : au signal d’un tambour, les acheteurs se ruent dans la cour et choisissent leurs lots. Equiano se souvient de plusieurs frères du compartiment des hommes de son navire vendus dans des lots différents, et de leurs cris quand on les sépare.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Même statut que l’ensemble du récit publié en 1789, dont le caractère autobiographique est débattu. La séparation des frères est un souvenir qu’il rapporte de son propre navire.
- The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African — chapitre II, pagination imprimée de 1789 : p. 84 pour les poissons volants, le quadrant et l’apparition de la Barbade ; p. 85–86 pour le cri de l’équipage, le mouillage devant Bridgetown, les marchands et planteurs à bord, les lots, l’examen, les sauts, la peur d’être mangés et les esclaves âgés venus de terre ; p. 86 pour la cour du marchand ; p. 87–88 pour la vente au signal du tambour et les frères vendus dans des lots différents
Dans le récit qu’Ottobah Cugoano publie en 1787, les personnes conduites de Cape Coast vers la Grenade…
Point 57 sur 153 · Témoignage · date non établie
Dans le récit qu’Ottobah Cugoano publie en 1787, les personnes conduites de Cape Coast vers la Grenade passent plusieurs jours enfermées à bord alors que la terre reste visible. Après le départ, elles concertent un projet pour mettre le feu au navire et mourir ensemble : Cugoano écrit que les femmes et les garçons doivent l’exécuter parce que les hommes sont enchaînés sous le pont ; le projet est dénoncé et empêché, et sa découverte donne lieu, écrit-il, à une scène cruelle et sanglante (« though that was prevented, the discovery was likewise a cruel bloody scene »).
Précisions nécessaires à l’interprétation
Cugoano relie la révélation du projet à une femme de leur région que des responsables du navire faisaient coucher avec eux. Cette situation de violence sexuelle ne permet ni de connaître sa marge de choix ni de la réduire à une figure morale de trahison. Le récit ne donne pas le nom du navire ni une date précise de la traversée.
Cugoano : les marins prenaient les femmes africaines
Point 58 sur 153 · Témoignage · date non établie
Dans le récit qu’il publie en 1787, Ottobah Cugoano, conduit captif de Cape Coast vers la Grenade, écrit qu’il était courant que les marins prennent les femmes africaines pour se coucher sur leurs corps (« it was common for the dirty filthy sailors to take the African women and lie upon their bodies »), alors que les hommes étaient enchaînés et enfermés sous le pont.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Cugoano écrit de mémoire, dans un livre abolitionniste publié en 1787 ; il généralise (« it was common ») à partir de ce qu’il a vu sur son navire, dont il ne donne ni le nom ni la date.
Dans le récit de vie publié sous le nom de Venture Smith en 1798, le navire part d’Anomabu, sur la côte de…
Point 59 sur 153 · Témoignage · date non établie
Dans le récit de vie publié sous le nom de Venture Smith en 1798, le navire part d’Anomabu, sur la côte de l’actuel Ghana, vers la Barbade. Broteer, acheté par l’homme chargé des vivres du navire — le « steward » du récit —, qui lui donne ensuite le nom de Venture, raconte qu’une épidémie de variole éclate pendant la traversée et que, sur 260 personnes parties d’Afrique, 200 au plus sont encore vivantes à l’arrivée.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les nombres appartiennent au récit publié et ne doivent pas être remplacés par les estimations de la base. SlaveVoyages rapproche le texte du voyage 36067 tout en examinant ses écarts ; cette validation de route ne transforme pas toutes les précisions du récit en journal de bord.
Alexander Falconbridge, ancien chirurgien de navires négriers, décrit en 1788 des hommes attachés deux par…
Point 60 sur 153 · Témoignage · date non établie
Alexander Falconbridge, ancien chirurgien de navires négriers, décrit en 1788 des hommes attachés deux par deux, des espaces séparés pour les femmes et les garçons, des personnes couchées sur le côté et parfois sur des plateformes, des montées sur le pont sous chaîne lorsque le temps le permet, deux distributions quotidiennes de nourriture et d’eau, ainsi que le retour sous le pont par mauvais temps. Il décrit aussi le refus de manger réprimé par la violence — il dit avoir vu des braises portées sur une pelle et approchées des lèvres jusqu’à les brûler, avec la menace de les faire avaler —, la danse et le chant imposés, les violences sexuelles des officiers, la fermeture des ouvertures, la maladie et les blessures causées par le frottement du navire.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Falconbridge écrit depuis son expérience de chirurgien dans le combat abolitionniste britannique. Il décrit des pratiques qu’il présente comme courantes et plusieurs situations observées, non un règlement appliqué sans variation sur tous les navires, toutes les routes ou toute la durée de la traite.
- An Account of the Slave Trade on the Coast of Africa — p. 19–20 pour les fers, les espaces et les plateformes ; p. 21–23 pour les montées, les repas, la danse et le chant ; p. 23 pour le refus de manger, les braises portées sur une pelle jusqu’aux lèvres et la menace de les faire avaler ; p. 23–25 pour les violences sexuelles, les ouvertures et les maladies ; p. 28–29 pour les blessures des malades et les personnes ferrées aux morts
Sur le Hudibras, parti de Liverpool vers Old Calabar puis la Barbade et la Grenade en 1786–1787, le récit du…
Point 61 sur 153 · Témoignage · 1786–1787
Sur le Hudibras, parti de Liverpool vers Old Calabar puis la Barbade et la Grenade en 1786–1787, le récit du marin William Butterworth décrit une femme qu’il ne nomme pas, qui parle et chante sur le pont arrière au centre de cercles de femmes et de filles ordonnés par âge, les plus jeunes formant le cercle intérieur et les plus âgées le cercle extérieur ; le groupe lui répond à la fin de certaines phrases. Butterworth rapporte ces séances au passé : cette femme meurt subitement avant que le navire ne quitte la rivière, son corps reste sur le pont jusqu’à l’immersion à la marée montante suivante, et ses compagnes expriment pendant cet intervalle un chagrin bruyant en lui parlant à l’oreille. Le même récit décrit des garçons transportant des messages entre les espaces séparés des hommes et des femmes ; un garçon appelé Bristol sert d’interprète entre plusieurs langues de la région. Une femme appelée « Boatswain Bess » et d’autres femmes préparent avec les hommes un soulèvement prévu à trois heures du matin : les cloisons doivent être abattues pour gagner le pont et les femmes comptent s’armer près de l’espace où les repas sont préparés. Rien ne permet de dire si la femme qui chantait est ou non l’une de celles qui le préparent.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Butterworth publie son récit plusieurs décennies après le voyage et précise qu’il n’avait pas tenu de journal. Il observe depuis l’équipage et interprète les intentions et les émotions des personnes captives. Bristol et « Boatswain Bess » sont des appellations conservées dans son texte, non nécessairement les noms que ces personnes se donnaient ; il ne note pas le nom de la femme qui parle et chante. Le catalogue Wellcome décrit en outre « Wm. Butterworth » comme un pseudonyme et liste Henry Schroeder parmi les contributeurs de l’édition de 1831.
- Three Years Adventures, of a Minor, in England, Africa, the West Indies, South-Carolina and Georgia, volume I — volume I, p. 93 pour l’usage du pont arrière, les cercles ordonnés du plus jeune au plus âgé, la femme qui parle et chante au centre et les réponses du groupe à la fin de certaines phrases ; p. 94 pour sa mort subite, le corps laissé sur le pont jusqu’à l’immersion à la marée montante et le chagrin de ses compagnes qui lui parlent à l’oreille ; p. 109–110 pour Bristol et les langues qu’il interprète ; p. 120–121 pour les messages portés par les garçons, le soulèvement prévu à trois heures, les cloisons à abattre et le rôle de « Boatswain Bess » et des autres femmes
- The Slave Ship: A Human History — chapitre 9, sections « Communicating Belowdecks » et « Singing », récit de William Butterworth sur le Hudibras
Le récit de William Butterworth rapporte sur le Hudibras un soulèvement, puis un second projet qui n’aboutit…
Point 62 sur 153 · Témoignage · 1786–1787
Le récit de William Butterworth rapporte sur le Hudibras un soulèvement, puis un second projet qui n’aboutit pas. Le premier est mené : les hommes attaquent ensemble les quatre membres d’équipage qui distribuent les vivres, avec des barres, des bûches et des briques, et tentent de franchir la cloison qui sépare leur espace de l’arrière du navire. Butterworth écrit qu’ils ont agi avant l’heure prévue, minuit, parce que le navire allait perdre de vue l’île de Príncipe et qu’ils n’auraient alors plus su vers où gouverner pour la regagner. L’équipage tire ; un tiers environ des hommes passe par-dessus bord, certains encore enchaînés par la jambe à un mort qu’ils hissent avec eux sur le plat-bord. Plus des deux tiers des personnes à l’eau s’accrochent au filin de la bouée jetée sur ordre du capitaine ; d’autres ne s’en saisissent pas. Le second projet, préparé avec « Boatswain Bess » et les autres femmes, n’a pas lieu : Bristol apprend le plan dans les conversations qu’il interprète et le rapporte au capitaine. Une troupe armée descend, désigne les deux hommes qui détiennent des couteaux, les fait attacher aux haubans du mât avant et fouetter sans jugement, puis leur laver le corps d’une saumure de poivre de Cayenne, de sel et de jus de salaison ; le charpentier renforce les cloisons. Cinq femmes, dont « Boatswain Bess », sont trouvées au matin enveloppées dans une voile mouillée sur le pont arrière, et les femmes sont ensuite étroitement surveillées. Butterworth, qui compte ce projet comme un second soulèvement, écrit qu’il n’y en eut pas de troisième.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Butterworth publie son récit plusieurs décennies après le voyage et précise qu’il n’avait pas tenu de journal. Il écrit depuis l’équipage, dont il partage le vocabulaire, et prête aux personnes captives des intentions et des motifs. « Un tiers environ » et « plus des deux tiers » sont ses estimations, non un décompte : il ne donne pas le nombre de morts du premier soulèvement. Il attribue le refus de la bouée à la crainte d’être mis à mort par la torture en cas de reprise, sans rapporter de parole qui l’établisse, et il explique lui-même le déclenchement anticipé par la disparition prochaine de la terre, sans citer non plus de parole sur ce point. Interrogés après le second projet, des hommes en rejettent devant lui la cause sur les « Eboes » : la formule est celle qu’il rapporte, et le dossier ne la transforme pas en identification ethnique, non plus que pour le pays qu’Akeiso appelle « Eboe ». Le catalogue Wellcome décrit « Wm. Butterworth » comme un pseudonyme et liste Henry Schroeder parmi les contributeurs de l’édition de 1831.
- Three Years Adventures, of a Minor, in England, Africa, the West Indies, South-Carolina and Georgia, volume I — volume I, p. 102–103 pour l’attaque des quatre distributeurs de vivres, la cloison et le déclenchement anticipé devant la disparition prochaine de Príncipe ; p. 105–107 pour la riposte armée, les hommes passés par-dessus bord et la bouée ; p. 120–121 pour le second soulèvement préparé avec « Boatswain Bess » ; p. 121–123 pour la dénonciation par Bristol, le châtiment des deux hommes, le renforcement des cloisons, les cinq femmes roulées dans une voile mouillée et la surveillance qui suit ; p. 126 pour l’absence de troisième soulèvement
- The Slave Ship: A Human History — chapitre 9, récit de William Butterworth sur le Hudibras
La Diligent quitte Jakin le 27 novembre 1731 avec 256 personnes captives.
Point 63 sur 153 · Interprétation · 1731-11-27–1732-03-15
La Diligent quitte Jakin le 27 novembre 1731 avec 256 personnes captives. La reconstruction de Robert Harms donne au pont qui leur est réservé environ 63 pieds de long sur 21 de large, avec des plateformes et une ventilation médiocre. Le 29 novembre, le capitaine Pierre Mary fait hisser au bout de la vergue du mât avant, puis fusiller devant les autres, un homme qui avait appelé d’autres captifs à se soulever immédiatement ; Robert Durand, premier lieutenant du navire, écrit que cette mise à mort doit servir de leçon. Après des escales à Príncipe et São Tomé, le navire accomplit les soixante-six jours de passage vers Saint-Pierre, où il arrive le 15 mars 1732 avec 247 personnes vivantes.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le journal de Durand établit le départ, l'appel au soulèvement, la répression, les escales, la durée et l'arrivée. Les dimensions de l'espace réservé aux captifs et la ventilation restent celles que Harms reconstruit à partir du journal, des comptes et d'autres sources contemporaines. Ses développements généraux sur la vie quotidienne à bord mobilisent d'autres voyages et ne sont pas attribués à la Diligent. Les soixante-six jours comptent le passage de São Tomé à la Martinique, après la première séquence Jakin–îles portugaises.
- The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade — p. 262–264 pour les 256 personnes, les dimensions, les plateformes, la ventilation et le départ du 27 novembre ; p. 269–270 pour l’action du 29 novembre, l’homme hissé au bout de la vergue du mât avant, la fusillade et la phrase du journal de Durand ; p. xi et xiv pour les charges de Pierre Mary, premier capitaine, et de Robert Durand, premier lieutenant ; p. 329 pour les soixante-six jours et les neuf personnes mortes en mer ; p. 350 pour l’arrivée du 15 mars 1732 et les 247 personnes débarquées vivantes
- Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732 — p. 66–68 : total de 256 personnes, départ de Jakin le 27 novembre et action suivie de l'exécution du 29 novembre ; p. 70–78 pour les relâches à Príncipe et São Tomé ; p. 92–93 pour l'arrivée du 15 mars après soixante-six jours et les 247 personnes vivantes
Dans la biographie publiée en 1854, Mahommah Gardo Baquaqua raconte deux mises en captivité distinctes.
Point 64 sur 153 · Témoignage · 1845
Dans la biographie publiée en 1854, Mahommah Gardo Baquaqua raconte deux mises en captivité distinctes. Une première, pendant une guerre, prend fin lorsque son frère organise son rachat. Plus tard, des hommes dont le livre ne conserve pas les noms suivent Baquaqua, l’attirent hors de Djougou, l’enivrent et le vendent. Baquaqua décrit ensuite la branche fourchue de six pieds passée derrière son cou et fermée devant par un boulon de fer, plusieurs reventes, les nuits enfermé ou les pieds immobilisés, les déplacements à pied puis en bateau, le marquage au fer et la marche enchaînée jusqu’au navire qui l’emporte probablement en 1845.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La page de titre indique que Samuel Moore a écrit et révisé le récit à partir des paroles de Baquaqua ; le texte n’est donc pas une transcription brute. Robin Law, historien de la traite atlantique, relève aussi des tensions entre les versions conservées sur la durée et le statut de Baquaqua avant son exportation. La date de 1845 est une reconstitution probable de Law, pas une date donnée par la biographie. Le navire conduit Baquaqua à Pernambuco, au Brésil, et non aux Antilles : la route de Baquaqua éclaire comparativement la conduite vers la côte sans devenir le modèle d’une route antillaise.
Dans un fragment probablement mis par écrit dans les années 1810–1830 et conservé sous le titre Memoirs of…
Point 65 sur 153 · Témoignage · date non établie
Dans un fragment probablement mis par écrit dans les années 1810–1830 et conservé sous le titre Memoirs of the Life of Florence Hall, la femme dont Robert Johnston transmet le récit présente Akeiso comme son nom « Eboe ». Elle raconte avoir été capturée enfant dans le pays qu’elle appelle « Eboe », avoir marché quinze nuits jusqu’à la mer, puis avoir accompli une longue traversée vers la Jamaïque. À bord, les enfants nus peuvent se déplacer sur le navire tandis que les hommes et les femmes sont enchaînés et maintenus dans l’obscurité sous le pont. Akeiso décrit la nourriture rare et mauvaise, les punitions fréquentes et sévères, et des morts si habituelles que les personnes restées en vie croient que les morts retrouvent leur peuple et leur pays.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le fragment de quatre pages est non signé, non daté et incomplet. Robert Johnston l’a matériellement écrit, mais il a pu écouter Akeiso directement ou copier un récit transmis. Les historiens Randy Browne et John Wood Sweet situent avec confiance cette mise par écrit entre 1810 et 1830 ; l’hypothèse plus précise de 1818–1833 n’est pas une certitude. La période structurée porte sur la création probable du document, non sur le voyage, qui a vraisemblablement eu lieu à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle sans que sa date, le navire ou le port d’embarquement soient établis. Dans la dernière page, « Jamaica » aurait remplacé un mot biffé : Browne et Sweet lisent ce mot comme « Port Royal », tandis que la chercheuse Nicole Aljoe proposait « Barbados ». Seule la destination finale « Jamaica » est certaine. Le titre est la seule indication interne attribuant le récit à une femme appelée Florence Hall, qui n’a pas été identifiée avec certitude dans les registres. Browne et Sweet lisent le pays que le fragment appelle « the Country of the Eboe » comme « clearly a reference to Igbo, somewhere in the Bight of Biafra interior » : cette interprétation appartient à ces deux historiens, et « Eboe » n’est converti ici ni en identification ethnique ni en région administrative actuelle. Le fragment qualifie Akeiso de nom « Eboe », mais ce nom n’est pas actuellement identifié comme un nom igbo certain.
- Memoirs of the Life of Florence Hall — Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9 ; vues 1 à 3 du fac-similé PDF pour le titre, le pays « Eboe », la capture, la marche, la traversée, les déplacements à bord, les fers, l’obscurité, la nourriture, les punitions, les morts, le nom Akeiso et l’arrivée en Jamaïque ; transcription Freedom Narratives FN-OB-1048
- Florence Hall’s ‘Memoirs’: Finding African Women in the Transatlantic Slave Trade — p. 206–211 pour la provenance, la datation, la médiation, le contenu du fragment et l’arrivée en Jamaïque ; p. 210 pour la lecture du pays « Eboe » comme référence à l’Igbo, dans l’arrière-pays de la baie du Biafra ; note 59, p. 221, pour l’incertitude sur l’identification linguistique du nom Akeiso
Ofodobendo : mise en gage et reventes
Point 66 sur 153 · Témoignage · revente à New York en 1741 ; enfance non datée
Dans le mémoire conservé par la communauté religieuse morave de Bethlehem, Ofodobendo Wooma raconte qu’après la mort de son père, vers ses huit ans, son frère le recueille. Celui-ci emprunte deux chèvres pour deux ans et remet l’enfant au prêteur en garantie. Au bout d’un an, le prêteur lui tend « une pipe de tabac sur la route » ; Ofodobendo la piétine. L’homme invoque ce geste pour le vendre avant l’échéance. D’autres acheteurs l’acquièrent et le revendent ensuite à plusieurs reprises, jusqu’à le conduire parmi des personnes dont il ne comprend plus la langue. Dans une grande contrée qu’il appelle « Nemils », un marchand l’achète, l’habille et le place dans sa maison. Sur l’ordre de leur maître, des personnes à son service conduisent l’enfant dans une autre maison où pendent les têtes d’au moins cinquante hommes morts. Il s’attend à être tué sur-le-champ. Celui qu’Ofodobendo appelle alors son compagnon, sans que le mémoire permette de l’identifier, demande aux occupants un prix qu’ils refusent ; il le fait sortir, lui retire ses vêtements et le revend à un autre marchand. Ofodobendo est ensuite placé sur une embarcation avec d’autres captifs. Il y rencontre une jeune fille de sa région qui le réconforte beaucoup. On lui donne du porc, viande interdite dans son pays, et la faim le contraint finalement à en manger. À la côte, les deux enfants rencontrent deux Européens. L’un d’eux, présenté comme capitaine, leur fait signe de le suivre à bord. Ofodobendo estime qu’environ soixante personnes noires s’y trouvent sans être attachées. Après le voyage vers Antigua, il est vendu avec environ trente autres personnes à un capitaine de New York, qui le revend dans cette ville en 1741. Ofodobendo dit avoir alors environ douze ans.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le document des archives de l’Église morave est écrit d’une seule main qui poursuit le récit après la fin de la partie autobiographique. L’historien Daniel B. Thorp ne peut établir s’il s’agit d’une copie remaniée, d’une traduction d’un texte anglais ou de la transcription d’une dictée. Le mémoire transmet d’abord « Eboe », corrigé entre les lignes en « Ibo », et ne permet pas de localiser le lieu natal. Dans son premier état, la phrase de la vente disait : « but he did not wait for that but sold me to another ». Selon la note 47 de Thorp, un ajout porté au bas de la page a ensuite inséré le passage où le prêteur tend une pipe à Ofodobendo, où l’enfant la piétine, où le prêteur présente ce geste comme la cause de la vente et où la vente survient après un an ; le second « but » a été supprimé. Le nom Nemils demeure non identifié ; l’ajout « Niger » a lui-même été barré. Le mémoire décrit les têtes d’au moins cinquante hommes morts et la crainte d’être tué, mais n’établit ni qui a tué ces hommes ni comment leurs têtes sont arrivées là. Le mémoire cesse de parler de la jeune fille après l’embarquement ; rien n’y indique ce qu’elle devient. Le nombre d’environ soixante personnes noires présentes à bord sans être attachées est une estimation d’Ofodobendo, non un compte du capitaine ou de l’équipage. Hormis l’épisode de la pipe, le motif invoqué pour la vente et le délai d’un an, qui proviennent de l’ajout signalé par la note 47, les épisodes rapportés ici, jusqu’à la revente de 1741 à New York, appartiennent à la partie du mémoire rédigée à la première personne.
- Chattel with a Soul: The Autobiography of a Moravian Slave — p. 433–435 pour la provenance, les quatre pages en allemand ancien et les scénarios possibles de mise par écrit ; p. 447–451 pour la traduction annotée du mémoire ; particulièrement p. 447–448 pour le nom Ofodobendo Wooma, la mise en gage, la pipe de tabac piétinée et la vente « after a year's time » avec la note 47 sur l’état antérieur de cette phrase, les reventes, les changements de langue, l’enfermement, la jeune fille, la faim, la côte et l’embarquement, puis p. 448 pour Antigua, la vente vers New York, 1741 et l’âge d’environ douze ans
- The Slave Trade and Culture in the Bight of Biafra: An African Society in the Atlantic World — p. 127–132 pour les enlèvements, les enfants et les limites des échantillons de personnes déportées ; p. 141–142 pour la mise en gage, les reventes et le passage d’Ofodobendo par Antigua
Dans la biographie publiée en 1854 à partir de ses paroles, Mahommah Gardo Baquaqua dit être né à Djougou…
Point 67 sur 153 · Témoignage · 1854
Dans la biographie publiée en 1854 à partir de ses paroles, Mahommah Gardo Baquaqua dit être né à Djougou d’un père originaire du Borgou et d’une mère originaire de Katsina. Il décrit les prières musulmanes de son père et la vie religieuse de sa famille. Après une première captivité suivie d’un rachat, il revient chez lui puis sert comme « Che-re-coo », garde du roi et messager, auprès d’un souverain que Robin Law situe probablement dans une localité voisine subordonnée à Djougou, peut-être Soubroukou. Il décrit à ce titre le prélèvement du vin de palme : envoyé par le souverain, il emmène plusieurs esclaves de celui-ci et se poste avec eux dans les hautes herbes le long de la route du marché, tandis qu’un membre du groupe guette depuis un arbre. À l’approche d’une femme portant du vin, le guetteur avertit le groupe, qui l’entoure. Si le vin est bon, le groupe le garde ; s’il est mauvais, il le rend avec l’ordre de ne pas révéler l’embuscade. Si la quantité ne suffit pas, le groupe recommence avec d’autres femmes.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Samuel Moore a écrit et révisé le livre à partir des paroles de Baquaqua. Le livre ne donne pas l’âge de Baquaqua au moment de la capture ; il avance seulement, p. 9, que Baquaqua « suppose » avoir environ trente ans à la publication de 1854, ce qui placerait sa naissance vers 1824. Robin Law, historien de la traite atlantique, fait naître Baquaqua à la fin des années 1820 et situe Baquaqua « probably in his late teens » au moment de l’enlèvement définitif, p. 124–125 ; le dossier ne qualifie donc pas Baquaqua d’adulte. Les noms de lieux sont transmis par l’orthographe de l’édition de 1854 et les correspondances modernes sont discutées par Law. Le livre n’emploie jamais le mot « Dahomey » : il nomme une ville, « Dohama », qu’il décrit comme grande et pourvue de portes et d’un péage, et c’est à Dohama que Baquaqua cesse d’espérer un retour. Le rattachement du passage par Dohama au royaume du Dahomey appartient à la reconstitution de Law, p. 125, et non au récit. Le texte renseigne une vie particulière à Djougou ; il ne décrit pas une enfance ou une organisation politique typique de l’Afrique occidentale.
Broteer : seconde capture près d’Anomabu
Point 68 sur 153 · Témoignage · date non établie
À l’approche d’Anomabu, sur la côte de l’actuel Ghana, le récit publié sous le nom de Venture Smith décrit les premiers ravisseurs épuisés et presque à court de vivres. Des habitants de la région les attaquent et prennent le groupe, les troupeaux et les biens conduits par les premiers ravisseurs. Broteer dit être alors capturé une seconde fois. Les nouveaux détenteurs placent ensemble les premiers ravisseurs et les personnes qu’ils conduisaient dans un lieu de détention que le récit appelle un « château », en attendant de les vendre. Ils font ensuite monter Broteer et d’autres personnes dans une pirogue, leur ordonnent de se montrer sous leur meilleur jour pour les vendre et les conduisent au navire. À bord, le responsable des vivres achète Broteer contre du rhum et du tissu, le renomme Venture et l’emmène vers la Barbade ; ses éditeurs l’identifient comme Robinson Mumford, prénom que l’imprimé de 1798 donne sous une forme fautive.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le récit emploie le mot anglais « castle », mais Paul E. Lovejoy, dans le volume que dirige James Brewer Stewart, établit qu’en 1739 aucun fort n’est en service à Anomabu : Fort Charles est alors abandonné et le nouvel établissement date de 1753. Le récit ne permet pas de dater l’épisode, et le constat de Lovejoy porte sur cette seule année. Le lieu de détention peut donc se trouver ailleurs sur la côte avant le transfert en pirogue ; sa position exacte n’est pas établie. Anomabu reste le point côtier nommé par Broteer et le mouillage auquel le voyage est rattaché, non le nom certain de chaque étape.
- A Narrative of the Life and Adventures of Venture, a Native of Africa — chapitre I, depuis l’arrivée dans le district côtier appelé Anamaboo jusqu’à l’attaque des premiers ravisseurs, la seconde capture, le lieu de détention appelé « castle », la pirogue, l’ordre de paraître à son avantage, l’achat à bord et l’attribution du nom Venture ; chapitre II pour le départ vers la Barbade
- Venture Smith and the Business of Slavery and Freedom — chapitre « The African Background of Venture Smith », p. 37-39, pour Robinson Mumford et la forme fautive Robertson du récit ; chapitre 1, p. 42 et notes 17–18, p. 53, pour l’absence de fort en service à Anomabu en 1739 ; chapitre 2, p. 59–60, pour la seconde capture et la conduite au navire
Le Thames : une faille dans la garde
Point 69 sur 153 · Événement · 1776-11-08
Le 8 novembre 1776, le navire négrier Thames est au mouillage dans la rade de Cape Coast avec cent soixante personnes captives à bord. Le capitaine Peleg Clarke et plusieurs membres de l’équipage se trouvent loin du navire ; John Bell compte seulement le maître d’équipage, le charpentier, trois autres hommes blancs et lui-même à bord, sans embarcation le long du Thames. Les hommes captifs ont été détachés des chaînes qui les retenaient sur le pont pour être lavés. Ils saisissent le maître d’équipage, le blessent et attaquent pendant plus de quarante minutes la barricade qui les sépare des marins repliés vers l’arrière du navire. John Bell, présenté dans l’édition comme le médecin du bord, rapporte ensuite que les hommes ont dit avoir choisi ce moment parce que de nombreuses personnes blanches avaient quitté le navire ; il ajoute qu’ils avaient déjà envisagé cette action deux ou trois fois.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Donnan publie une transcription du Clarke Letter-Book, non le manuscrit. Bell écrit depuis l’équipage et rapporte après l’action ce que les captifs auraient dit ; cette attribution documente une préparation et un choix du moment, mais elle ne conserve ni leurs mots exacts, ni leurs noms, ni la manière dont ils ont organisé le projet. Les cent soixante personnes désignent l’effectif à bord donné par Bell, non les seuls participants à l’attaque.
- Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume III, New England and the Middle Colonies — document 269, p. 323–324, pages PDF 343–344 : rade de Cape Coast, effectif à bord, capitaine et membres de l’équipage loin du navire, aucune embarcation le long du bord, sortie des chaînes pour le lavage, saisie du maître d’équipage, attaque de la barricade, choix du moment attribué aux captifs et projets antérieurs ; document 278, p. 331, page PDF 351, pour la date et le lieu
Le Thames : barricade, saut et noyades
Point 70 sur 153 · Événement · 1776-11-08
Lorsque la barricade du Thames résiste, tous les hommes que John Bell classe comme fantis et la plupart de ceux qu’il classe comme originaires d’Accra sautent à la mer. Le courant les entraîne sous le vent du navire. Dans une autre pièce, le capitaine Peleg Clarke compte vingt-huit hommes et deux femmes noyés, sans préciser comment ces deux femmes se sont retrouvées dans l’eau. Bell écrit que les femmes n’ont pas pris part à l’action — « The women having no hand in it » — et attribue cette absence au fait qu’elles n’ont pas eu le temps de se concerter. Bell donne successivement trente-six personnes perdues puis trente-quatre manquantes ; le compte arrêté en janvier enregistre finalement trente et un hommes et deux femmes perdus, tandis que le procès-verbal maritime retient un total de trente-trois personnes « perdues et noyées ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les pièces éditées ne concordent pas sur trente-trois, trente-quatre ou trente-six personnes perdues ou manquantes, et elles ne se contrôlent pas l’une l’autre : les documents 268 et 269 renvoient tous deux au même registre, « Clarke Letter-Book, no. 76 », et l’ensemble n’est connu que par l’édition de transcriptions publiée par Elizabeth Donnan en 1932, dont le manuscrit n’a pas été consulté. La divergence oppose deux auteurs, Clarke et Bell, à l’intérieur d’un même fonds transmis par une seule main. Clarke déclare vingt-huit hommes et deux femmes noyés dans sa lettre. Les autres comptes emploient des catégories différentes et ne permettent pas de transformer ce chiffre rapporté en minimum historique. Les catégories « fantis » et « Accra » sont celles de Bell et ne permettent pas d’identifier chaque personne. L’édition ne permet pas de donner un nom aux personnes mortes ou de reconstituer le sort de chacune. L’explication que Bell donne de l’absence des femmes est la sienne : sa lettre ne rapporte sur ce point aucune parole des intéressées. Il n’explique pas davantage comment deux femmes se trouvent parmi les noyées alors qu’il les dit étrangères à l’action.
- Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume III, New England and the Middle Colonies — document 268, p. 321–322, pages PDF 341–342 : vingt-huit hommes et deux femmes déclarés noyés ; document 269, p. 323–324, pages PDF 343–344 : saut collectif, courant et comptes de trente-six puis trente-quatre ; document 272, p. 326, page PDF 346 : perte finale de trente et un hommes et deux femmes, soit trente-trois personnes ; document 278, p. 331, page PDF 351 : total de trente-trois personnes « perdues et noyées », sans répartition par sexe
Six personnes reprises et gardées à Mouree
Point 71 sur 153 · Événement · 1776-11-08–1777-01-08
Après le saut depuis le Thames, le gouverneur du fort néerlandais de Mouree envoie des habitants en pirogue. Ils ramènent au fort quatre hommes et deux garçons trouvés dans l’eau. Le gouverneur les fait garder tandis que les personnes qui les ont repris réclament un paiement au capitaine Peleg Clarke. Clarke ne parvient pas alors à un accord au prix demandé et confie la négociation à un intermédiaire. Le 8 janvier 1777, il écrit avoir réglé le cas des personnes détenues à Mouree « au prix de la moitié », sans dire combien d’entre elles lui ont été remises ni sous quelle forme exacte le règlement a été conclu. Clarke quitte Cape Coast le même jour. Le relevé officiel borne le voyage de l’Afrique à la Jamaïque pour les personnes restées à bord, mais les documents n’établissent pas le sort individuel des six détenues à Mouree.
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’édition ne nomme pas les six personnes et ne conserve pas leur point de vue après leur reprise dans l’eau. John Bell, présenté comme le médecin du bord dans une autre pièce reproduite par l’édition, écrit que Clarke espère obtenir « one half for the other » ; Clarke dit ensuite avoir réglé « at the prices of one half ». Le relevé officiel donne la Jamaïque comme destination du voyage sans préciser ici le port où chaque personne restée à bord est débarquée ou vendue. Le manuscrit du Clarke Letter-Book n’a pas été consulté.
- Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume III, New England and the Middle Colonies — document 268, p. 321–322, pages PDF 341–342, et document 269, p. 324, page PDF 344 : pirogues envoyées par le gouverneur, quatre hommes et deux garçons ramenés, garde au fort, prix réclamé et négociation confiée à M. Mill ; document 272, p. 326, page PDF 346 : cas des personnes de Mouree réglé « au prix de la moitié », perte finale ramenée à trente et un hommes et deux femmes, et départ de Cape Coast le 8 janvier 1777 ; document 278, p. 331, page PDF 351 : voyage du Thames de l’Afrique à la Jamaïque
Broteer : capture et marche vers Anomabu
Point 72 sur 153 · Témoignage · date non établie
Dans le récit publié en 1798, Broteer — ensuite renommé Venture par l’homme qui l’achète — raconte que les habitants d’un territoire proche, chassés par une armée que le récit ne permet pas d’identifier avec assurance, demandent la protection de son père. Celui-ci gouverne alors un autre territoire, accueille les personnes déplacées et leur accorde les mêmes droits et la même protection qu’à ses sujets. Quatre jours après leur arrivée, l’armée poursuit ces personnes, qui fuient de nouveau. Deux jours plus tard, un détachement menace le territoire du père de Broteer et réclame une forte somme d’argent, trois cents bovins ainsi que de nombreux autres animaux. Son père choisit de payer ce tribut pour préserver les droits et les libertés de ses sujets. Le détachement s’engage alors à ne pas l’attaquer. Averti que l’armée prépare malgré cet engagement une attaque, le père de Broteer ordonne le repli de sa famille et de ses sujets. À l’aube, il part avec ses deux autres épouses dans un premier groupe ; la mère de Broteer et ses enfants en forment un second. Les deux groupes quittent les habitations l’un après l’autre et gagnent le même lieu de halte. Ils y allument un feu pour préparer à manger ; la fumée révèle leur présence à des éclaireurs. Lorsque les assaillants approchent, les femmes et les enfants cherchent refuge dans de hauts roseaux tandis que le père de Broteer combat seul, puis se rend. Les assaillants frappent Broteer à la tête, passent une corde autour de son cou et de celui des femmes, puis les conduisent auprès de son père, lui aussi entravé. Tous sont menés au camp. Là, les assaillants interrogent le père de Broteer sur son argent et le torturent. Il refuse d’en révéler l’emplacement et meurt sous les yeux de son fils. L’armée part ensuite vers la mer avec Broteer et les femmes. Sur la route, Broteer porte le fusil d’un chef de reconnaissance, une pierre à moudre, de la nourriture, une natte et des ustensiles. Le groupe prend du bétail et capture encore des hommes, des femmes et des enfants. Dans un lieu dont le nom n’est pas identifié, des habitants cachés dans des abris creusés tirent des flèches par des ouvertures ; les assaillants les enfument et les font sortir avant de poursuivre la route vers Anomabu.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le récit a été publié plusieurs décennies après les faits. La page de titre de l’imprimé de 1798, telle que la transcription la transmet, porte « Related by Himself » et ne nomme personne d’autre ; une mise en forme du texte par un tiers n’y est attachée à aucun nom. Il situe la naissance de Broteer vers 1729 et lui donne environ six ans lors de l’attaque, puis six ans et demi pendant la marche. Le rapprochement du voyage avec l’année 1739 et l’âge porté plus tard sur sa pierre tombale conduisent Paul E. Lovejoy à l’estimer plus proche de douze ans : aucun des deux âges n’est ici retenu comme certain. Le tribut de trois cents bovins est rapporté rétrospectivement dans ce récit. Dukandarra, l’origine de Broteer, l’armée et l’itinéraire intérieur ne sont pas identifiés avec assurance. Ce parcours documente une capture de guerre particulière, non la cause principale des captures sur toutes les routes africaines.
- A Narrative of the Life and Adventures of Venture, a Native of Africa — chapitre I, depuis l’arrivée chez le père de Broteer des habitants chassés de leur territoire, leur accueil sous sa protection, leur nouveau départ, le tribut payé par le père, la promesse de non-attaque et l’avertissement qui déclenche le repli ; puis, du départ des deux groupes familiaux jusqu’au combat et à la reddition du père, à la capture de Broteer et des femmes, à leur conduite au camp, à l’interrogatoire et à la mort du père ; enfin, du départ de l’armée vers la mer jusqu’aux charges imposées à Broteer, aux nouvelles captures et aux habitants enfumés dans leurs abris avant la route vers Anamaboo
- Venture Smith and the Business of Slavery and Freedom — chapitre 1, p. 35–55, pour la discussion de l’âge, de l’origine et de la route ; chapitre 2, p. 56–60, pour la lecture de la capture, de la marche et de l’approche d’Anomabu
Cugoano : enlèvement et ventes successives
Point 73 sur 153 · Témoignage · livre publié en 1787 ; enlèvement non daté
Dans son livre de 1787, Ottobah Cugoano raconte qu’il est né dans la ville d’Agimaque, sur la côte de Fantyn, où son père était compagnon du chef ; à la mort de ce chef, l’enfant est laissé dans sa maison, puis appelé auprès d’Ambro Accasa, neveu du roi défunt qui lui succède à la tête de la chefferie d’Agimaque et d’Assinee, et il vit environ deux ans avec les enfants d’Accasa. Envoyé visiter un oncle établi à une distance considérable d’Agimaque — trois journées de marche —, il y vit environ trois mois, puis est enlevé, sans que le livre donne son âge, avec dix-huit ou vingt autres filles et garçons partis jouer dans les bois. Des hommes armés trompent les enfants et divisent le groupe. L’un des ravisseurs conduit Cugoano avec une fille ; plusieurs détenteurs, intermédiaires et acheteurs prennent ensuite le relais. Inquiet et ne sachant que faire, l’enfant refuse de manger et de boire pendant des journées entières. Dans la maison où il est gardé, un homme lui promet de faire tout son possible pour le ramener chez son oncle. Cugoano recommence alors à manger un peu de fruit et pense que les siens doivent le rechercher. Au terme du déplacement, il voit des personnes enchaînées. Un homme — le livre ne permet pas de dire si c’est celui qui lui avait promis de faire tout son possible pour le ramener — se présente ensuite comme connaissant ses proches à Agimaque et promet de l’y conduire ; il le mène dans un fort de la côte tenu par des Européens et y accepte d’un acheteur un fusil, du tissu et du plomb en échange de l’enfant. Après cet échange, des gardiens l’y enferment pendant trois jours, puis le conduisent à un navire et le transfèrent sur un plus grand bâtiment prêt à partir de Cape Coast, port de la Côte de l’Or, vers la Grenade.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le texte de 1787 ne donne ni l’âge de Cugoano au moment de l’enlèvement ni la date de celui-ci. Le récit distingue deux hommes : Ambro Accasa, avec les enfants duquel Cugoano vivait à Agimaque, que le livre présente comme le neveu du roi défunt auquel il succède et non comme un parent de l’enfant, et l’oncle établi à une distance considérable, chez qui il vivait depuis environ trois mois lorsqu’il est enlevé. Le livre ne nomme aucun des ravisseurs, détenteurs, intermédiaires, vendeur, acheteur ou gardiens successifs. Cette lacune n’empêche pas de suivre leurs actions, mais le récit ne permet pas toujours de savoir si une même personne remplit plusieurs de ces rôles. Cugoano écrit avoir oublié le nom de ce fort, et rien dans le livre ne permet de l’identifier. Ce cas documente un enlèvement particulier d’enfants sur la Côte de l’Or ; il ne mesure pas la fréquence de ce mécanisme ailleurs.
- Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species — p. 5–10 de l’édition de 1787 : p. 5 l’enlèvement pendant un jeu ; p. 6 la naissance à Agimaque, la maison d’Ambro Accasa neveu du roi défunt auquel il succède, les deux années passées avec ses enfants, l’envoi chez un oncle établi à une distance considérable, les trois journées de route jusqu’à sa demeure et les trois mois passés là ; p. 8 la séparation du groupe, le refus de manger, la promesse et le second conducteur ; p. 9 les personnes enchaînées vues au terme du déplacement, le fort, la vente contre un fusil, du tissu et du plomb, les trois jours de prison et le transbordement vers le navire prêt à quitter Cape Coast
À l’ouverture de la vente de la Diligent à Saint-Pierre de la Martinique, des chaloupes amènent à bord des…
Point 74 sur 153 · Pratique · 1732-03-18
À l’ouverture de la vente de la Diligent à Saint-Pierre de la Martinique, des chaloupes amènent à bord des hommes en habits soignés et chapeaux à larges bords — représentants du gouverneur et autres fonctionnaires. Reçus par le capitaine et les officiers, ils sont conduits sur la dunette pour manger et boire, puis parcourent le navire où les personnes captives sont exposées : les femmes sur la dunette, les hommes sur le pont principal et le gaillard d’avant. Robert Harms énumère ce que font d’ordinaire ces visiteurs : ils les regardent, examinent leurs dents, palpent leurs bras et leurs jambes, touchent leurs parties génitales, leur ordonnent de marcher, de se retourner ou de sauter pour montrer leur agilité.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les gestes sont ceux que Harms décrit comme la routine de ces visites ; la source ne dit pas lesquels ont été faits à quelle personne. Harms ajoute que le rituel a certainement rappelé aux captifs leur examen dans la cour du souverain de Jakin par Pierre Mary ou Robert Durand : c’est son inférence, et rien ne l’établit. Ce qu’il avance sur ce qu’elles pouvaient éprouver, il le pose en questions : aucune n’a de réponse dans les sources. Aucune personne exposée n’est nommée.
Aux Antilles françaises, l’usage voulait que les fonctionnaires coloniaux choisissent des personnes captives…
Point 75 sur 153 · Pratique · 1715–1732-03-15
Aux Antilles françaises, l’usage voulait que les fonctionnaires coloniaux choisissent des personnes captives avant l’ouverture de la vente au public : douze pour le gouverneur général, huit pour son lieutenant, six pour l’intendant, souvent à prix réduit. Des arrêts royaux abolirent cette pratique en 1715, puis de nouveau en 1721 lorsqu’il apparut que le premier n’était pas appliqué ; les fonctionnaires devaient désormais se partager un droit de 2 % sur les personnes vendues. En 1732, les marchands de Nantes se plaignaient encore que le gouverneur et ses commandants prélevaient « un nombre arbitraire d’esclaves » en contravention des ordres du roi, les capitaines abandonnant au moins 4 % de leur cargaison et souvent bien davantage. La pratique tenait parce que l’autorisation du gouverneur était requise avant qu’une vente puisse s’ouvrir : dès l’arrivée de la Diligent, le capitaine Pierre Mary envoya Robert Durand à Fort-Royal la demander au gouverneur général.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le droit de 2 % n’est pas un chiffre de partie : c’est ce que les arrêts royaux substituent à la prise en nature, et l’étude l’écrit comme tel. Les marchands de Nantes l’invoquent de leur côté en 1732, mais autrement — ils demandent que les gratifications soient volontaires, versées en argent et plafonnées par la loi à 2 % de la valeur de la cargaison, là où les arrêts portent un droit sur les personnes vendues. La proportion de 4 %, elle, est bien leur chiffre : c’est ce qu’ils affirment que les capitaines abandonnent en fait, dans une plainte où ils sont partie, et rien ne la mesure indépendamment. Les mêmes marchands soutiennent qu’aucune gratification n’était donnée au temps du monopole de la Compagnie des Indes ; cette affirmation sert leur cause, et aucune autre pièce citée ici ne la confirme. La répartition douze-huit-six est la norme de l’usage, non un relevé de ce qui fut pris à bord de la Diligent.
- The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade — p. 335 : répartition coutumière douze, huit et six, arrêts royaux de 1715 et 1721, droit de 2 %, plainte des marchands de Nantes en 1732, proportion effectivement abandonnée et nécessité de l’autorisation du gouverneur ; p. 335–336 pour l’envoi de Durand à Fort-Royal
Du Tertre rapporte que les missionnaires eux-mêmes achetèrent une femme à la Guadeloupe — « la premiere…
Point 76 sur 153 · Témoignage · 1667
Du Tertre rapporte que les missionnaires eux-mêmes achetèrent une femme à la Guadeloupe — « la premiere femme Négre, que nous acheptasmes » — et qu’ils ne purent jamais savoir « le rang qu’avoit tenu chez eux » cette femme, ni « de quelle façon elle avoit esté prise en guerre ». Il ajoute qu’« elle avoit un port de Reyne, & un esprit si élevé au dessus de la misere de sa condition, qu’on voyoit bien qu’elle n’avoit rien perdu de sa dignité, dans sa disgrace ». Les autres personnes déportées de son pays continuaient de la saluer : « Tous les autres Négres de sa terre, hommes & femmes, luy rendoient des respects comme à une Princesse ; quand ils la voyoient à l’Eglise ou en chemin, ils s’arrestoient tout court devant elle, ils mettoient les deux mains à terre, & s’en frappoient les cuisses, & les tenoient en un moment élevées au dessus de leurs testes, qui est la maniere dont ils rendent homage à leurs Souverains. »
Précisions nécessaires à l’interprétation
Cette femme n’est pas nommée, n’est pas datée et son rang n’est pas établi : Du Tertre écrit précisément qu’il n’a jamais pu le savoir. « Princesse », « port de Reyne » et « Souverains » sont ses mots et ses catégories ; l’interprétation du geste comme un hommage rendu à des souverains est la sienne, et rien n’établit ce que les personnes qui l’accomplissaient y mettaient. Le témoignage établit qu’un geste collectif et répété était fait devant elle, en public, à l’église et sur les chemins — non ce qu’il signifiait pour elles. Le même auteur enchaîne, au paragraphe suivant et sur cette même page 496, sur des propos avilissants comparant les personnes selon leur origine — les habitants « estiment davantage les Négres d’Angole que ceux du Cap verd », et Du Tertre leur prête une odeur qui permettrait de « les suivre à la piste » : le passage ne peut pas être lu comme une reconnaissance, et rien ne l’en sépare qu’un alinéa. « De sa terre » désigne une origine commune, non un voyage commun : rien n’établit que ces personnes aient été déportées par le même navire ni au même moment, et le texte ne dit pas comment elles se connaissaient.
Dans le registre où un commis du bureau des colonies résume les lettres des îles, l’extrait daté de février…
Point 77 sur 153 · Événement · lettre du 8 février 1708, qui rapporte une fuite et une vente antérieures, non datées
Dans le registre où un commis du bureau des colonies résume les lettres des îles, l’extrait daté de février 1708 rapporte, quelques lignes après le sort des trente-deux évadés de Barbuda : « Cinq autres negres se sont aussy sauvez de la Barbade a cause du mauvais traittement qu’ils reçoivent de le[urs] M[aistr]es. Ils ont esté vendus 2665 ll. »
Précisions nécessaires à l’interprétation
Aucune de ces cinq personnes n’est nommée ; le registre ne donne d’elles que leur nombre et le prix de leur vente. Le motif de leur fuite — le mauvais traitement reçu de leurs maîtres — est rapporté par le rédacteur de l’extrait, non par elles. Rien ne dit à qui elles furent vendues, ni où. La graphie du registre ne sépare pas Barbuda de la Barbade, et rien n’établit que ces cinq personnes soient parties de la même île que les trente-deux. Le 8 février 1708 date la lettre de Vaucresson ; les événements qu’elle rapporte sont antérieurs mais non datés.
La feuille dressée pour la campagne de 1769-1770 de la Marie-Séraphique ne montre pas seulement un navire :…
Point 78 sur 153 · Pratique · 1769–1770
La feuille dressée pour la campagne de 1769-1770 de la Marie-Séraphique ne montre pas seulement un navire : elle réunit dans un seul cadre quatre plans, une vue peinte et les comptes de l’expédition. Son cartouche compte dans la même phrase « la quantité de 307. captifs divers, en 3. mois 26. jours » et, « ayant en calle, sur le pont, et dans la / chaloupe 351. bariques d’eau ». Le renvoi aux plans, « suivant les plans cy dessous », ne porte que sur les barriques ; les captifs n’en reçoivent aucun, et le « dont la vüe est cy dessous » qui les précède se rattache à Loangue. Sur les deux plans de la cale, les futailles — dessinées une à une, chacune portant à l’encre rouge son chiffre de contenance — occupent tout l’espace sauf l’arrière, où des compartiments nommés reçoivent la poudre et les vivres : « Soutte à Poudre », « Soutte à Pain, contenant 3000 livres remplis de Magnoc pris à Saint Thomé », « Soutte à Pain, contenant 9330 livres », et des soutes à fèves et à ris chiffrées en gamelles — 870, 1210 et 500 —, c’est-à-dire en rations servies. Deux des cinq registres de la feuille portent des corps humains : le plan de l’entre-pont, et la vue peinte, où une bande sombre et serrée court le long du plat-bord sous les deux voiles tendues en tauds — une claire vers l’arrière, une rouge au milieu du navire. Radburn et Eltis situent cette vue « à l’ancre au large de Loango » et y lisent l’entassement des 307 sur le pont : les captifs « apparaissent sur l’image sous la forme d’une masse dense […] leurs têtes dépassant à peine des plats-bords et protégées du soleil par deux larges voiles ». Le cartouche nomme l’armateur Gruel, le capitaine Gaugy, la traite faite à Loangue et le départ du 18 décembre 1769. Les inscriptions de la feuille — cartouche, légendes des plans, intitulés et lignes des tableaux — ne nomment aucune des personnes transportées : les seuls noms de personnes qu’elles portent sont ceux de l’armateur, du capitaine et, au bas des comptes, de L’Hermite, et le seul prénom de femme qu’on y lit est celui du navire. Le cartouche se lit ainsi — capitales d’apparat rendues en minuscules accentuées, graphies et points abréviatifs gardés, passages à la ligne marqués d’une barre : « armé par Mr. Gruel », « sous le commandement de Gaugy, qui a traité a Loangue, dont la vüe est cy dessous », « party le 18. decembe 1769. » — le scripteur omet ici le R de decembre, qu’il écrit correctement dans le bandeau —, « ayant en calle, sur le pont, et dans la / chaloupe 351. bariques d’eau suivant les plans cy dessous. » — sans virgule après « chaloupe », où la pièce passe seulement à la ligne —, et « commencée le 25. aoust, et finie le 16. decembre. 1769. » pour la traite. Les dates du grand tableau ne s’accordent pas avec celle du titre. La traite est dite « commencée le 25. aoust, et finie le 16. decembre. 1769. », soit trois mois et vingt et un jours ; du 25 août au départ du 18 décembre, il s’écoule trois mois et vingt-trois jours. Le titre annonce trois mois et vingt-six jours, terme qui tomberait au 21 décembre, trois jours après le départ. La feuille n’explique pas d’où elle tire ce compte.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le dessin donne l’arrimage prévu, non un relevé fait pendant la traversée. Le nombre de 351 barriques est celui que la feuille déclare. Le fac-similé publié laisse lire la ligne, comme les 307 personnes : ce sont deux postes du même inventaire, dressé par ceux qui en rendaient compte. Les quatre plans sont orientés poupe en haut : « Le Pont » porte son éperon et son beaupré au bas de la planche, et la pointe fine qui termine les plans de cale par le haut est l’étambot, non l’étrave. Les soutes occupent donc l’arrière de la cale — ce que confirme la coupe de 1773, orientée par la chambre du capitaine, qui y range les mêmes soutes à poudre, à pain, à fèves et à ris, et ce que Radburn et Eltis écrivent de leur côté. La bande ne court pas sur toute la longueur du bord : elle en couvre un peu plus de la moitié. Les tauds se prolongent vers l’arrière au-delà d’elle : le taud clair couvre la lisse bien en arrière du début de la bande. En avant, la lisse est nue, hors trois ou quatre figures isolées et vêtues au gaillard d’avant ; en arrière, sur le gaillard, elle porte des figures colorées et habillées parmi les sombres. Sur la vue peinte, ce que porte le plat-bord ne se résout pas non plus en figures individuelles : agrandie, la bande est faite de touches sombres irrégulières dont certaines se lisent comme des têtes. C’est ce que l’étude décrit elle-même — « une masse dense » —, et c’est l’inverse du plan de l’entre-pont, où la même main dessine les captifs un par un. Aucun geste individuel n’y est donc établissable : des traits fins montent de la masse et pourraient se lire comme un bras levé, mais ils ne se distinguent ni d’un cordage ni d’une touche de pinceau. La feuille rattache sa vue à Loangue, « dont la vüe est cy dessous » ; l’identification précise du mouillage est celle de l’étude.
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1770, cartouche, quatre plans et vue peinte ; soutes, gamelles et plat-bord ; sur le nom de l’armateur, le U porte un signe unique en coin, épais et incliné, et non les deux points nets que la même main trace sur le Ü de « VÜE » à la ligne suivante : le nom est donc transcrit « Gruel », le signe étant relevé sans être identifié
- Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique — § 23, lecture de la vue peinte de la feuille de 1770 : le navire y est décrit « à l’ancre au large de Loango » ; « l’encombrement du pont de la Marie-Séraphique, où s’entassaient 307 esclaves » ; « les captifs apparaissent sur l’image sous la forme d’une masse dense […] leurs têtes dépassant à peine des plats-bords et protégées du soleil par deux larges voiles ». § 22 pour la lecture inverse du plan de l’entre-pont, « description des esclaves individuels »
La feuille de 1770 est signée : « L’hermite Fecit.
Point 79 sur 153 · Interprétation · 1770
La feuille de 1770 est signée : « L’hermite Fecit. » se lit au bas de son bandeau comptable, sous le bloc des résultats — deux mots, dont le second porte une capitale. Jean-René L’Hermite était officier de la Marie-Séraphique : selon Radburn et Eltis, il avait fait la campagne de 1769-1770 et celle de 1770-1771, puis servait comme second lieutenant lors de celle de 1772-1773 et comme premier lieutenant en 1773-1774. La feuille est donc signée par un homme que l’étude place à bord pendant la campagne qu’elle représente. À l’inverse, l’étude établit qu’aucun des dessinateurs abolitionnistes de la planche du Brookes — le plan imprimé d’un négrier de Liverpool devenu l’emblème de la campagne abolitionniste anglaise — n’avait vu le navire qu’il représentait.
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’étude écrit qu’« aucun des deux artistes de la SEAST n’avait vu le bateau, et encore moins ses captifs » : elle parle du Brookes lui-même, non des négriers en général, et n’écrit nulle part que la planche fut « dessinée à terre ». Radburn et Eltis tiennent cette feuille-ci pour anonyme et donnent celle de 1773 pour « signée de Jean-René L’Hermite » : le fac-similé montre l’inverse. Celle de 1770 porte la mention, petite et placée dans les comptes plutôt que sur l’image, et celle de 1773 n’en porte aucune. Leur « peinture de 1893 » et leur « représentation de 2005 » désignent des dates de réapparition, non d’exécution — la première pour la feuille de la vente au Cap, la seconde pour celle-ci. L’étude tient ces campagnes de l’ouvrage de Bertrand Guillet et de la base Slave Voyages ; elle ne dit pas quelle part de la feuille L’Hermite a dessinée d’après ce qu’il avait vu. Un fecit signe l’exécution et n’exclut pas un collaborateur : Bertrand Guillet attribue une seconde main à Jean-Baptiste Fautrel-Gaugy, capitaine du navire, et cette part reste une hypothèse.
La coupe du navire portée par la feuille de 1773 nomme les espaces du bord dans une légende alphabétique.
Point 80 sur 153 · Pratique · 1773
La coupe du navire portée par la feuille de 1773 nomme les espaces du bord dans une légende alphabétique. Les lieux où l’on enferme les captifs s’appellent des parcs : « Parc aux Femmes » et « Parc aux Hommes », l’un et l’autre « chaffaudés », c’est-à-dire équipés de plateformes superposées. Une « Cuisine à Négres » — accent aigu sur la pièce — y est un poste distinct. La cale reçoit sa lettre au même titre que les parcs, sous la mention « Cale contenante 335. Bqs. d’Eau ». Le navire mesure 78 pieds de tête en tête et 63 pieds de quille. La légende compte quatorze lettres, de A à Q, J, O et P étant sautées, et se lit : « A. Chambre du Capitaine. B. Chambre du Second Capne. C. 16. Cabanes d’Equipges. D. 4. Cabes. d’Equipages » — une accolade réunit C et D et se ferme sur « sous les Gaillards. » —, « E. Cuisine à Négres. F. Parc aux Femmes G. Parc aux Hommes » — une seconde accolade réunit F et G et se ferme sur « Chaffaudés » —, puis « H. Soutte a Voilles &ca. I. Soutte a Poudre. K. Soutte a Pain. L. Soutte a Feves. M. Soutte a Ris. N. Arche-Pompe. Q. Cale contenante 335. Bqs. d’Eau &ca. ». Sur le dessin, F, G et Q sont portées plusieurs fois — F et G deux fois chacune, Q trois fois — et les onze autres lettres une seule. Les 335 barriques d’eau que porte la cale représentent environ 62 500 litres, pour la désaltération, la cuisine et la toilette.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Parc, chaffaudé et cuisine à nègres sont les mots de la pièce et ne valent que pour ce navire. La légende décrit un aménagement prévu, non l’occupation constatée d’une traversée, et la coupe montre ces espaces vides. Elle appartient en outre à la campagne de 1772-1773 : lisant le plan de 1770, Radburn et Eltis n’y voient de plateformes que du côté des femmes, aucune du côté des hommes, probablement à cause d’un plafond trop bas. Les deux feuilles ne représentent donc pas le même aménagement d’une campagne à l’autre, et les deux séries ne se corrigent pas l’une l’autre. L’équivalence des barriques en litres est donnée par Bernard Michon, seul témoin, sans dire la contenance retenue pour une barrique ; c’est un ordre de grandeur et non une mesure.
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1773, « Coupe du navire » et sa légende A à Q ; échelle sous la coque pour les 78 pieds de tête en tête et indication de quille pour les 63 pieds ; légende relevée mot pour mot et répétitions des lettres comptées sur le dessin — F et G portées deux fois, Q trois fois, les onze autres une seule ; la marque en H de l’étrave, sans empattements et plus grande d’un tiers, est un dessin de charpente et non un renvoi
- Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique — § 19-20, lecture de l’entre-pont du plan de 1770 : trois compartiments — hommes à l’avant du grand mât, garçons au milieu, femmes à l’arrière — et des plateformes du seul côté des femmes
- La Marie-Séraphique, navire de traite nantais au XVIIIe siècle — section « Archive : deux représentations de la Marie-Séraphique » : « Pour la Marie-Séraphique, 335 barriques d’eau sont mentionnées sur la “Coupe du navire”, soit environ 62 500 litres, pour la désaltération, la cuisine et la toilette »
La feuille dressée pour la campagne de 1772-1773 de la Marie-Séraphique porte, au lieu d’un titre manuscrit,…
Point 81 sur 153 · Pratique · 1772–1773
La feuille dressée pour la campagne de 1772-1773 de la Marie-Séraphique porte, au lieu d’un titre manuscrit, un cartouche ovale en capitales gravées qui désigne son sujet sans en donner le jour : « Vue du Cap Français / et / du Nre. la Marie Séraphique de Nantes / capitaine Gaugy / le jour de l’ouverture de sa vente / troisième voyage d’Angole / 1772.1773. » — sept lignes que la pièce ne sépare par aucune virgule. Le jour n’y est pas écrit : c’est le bloc de la vente, plus bas sur la feuille, qui le donne. Le bandeau comptable chiffre le troisième voyage d’Angole, et son tableau général date et situe la traite, non la vente : « commencée a Kinamina le 16. juin 1772. a Loangue le 19. aoust, et finie le 14. 9bre » — deux lieux d’achat successifs sur la côte, et quatre mois et vingt-neuf jours. La vente s’ouvre au Cap-Français, à Saint-Domingue. Le tableau des personnes s’y intitule « Produit à la côte » et non « Produit à Loangue » comme sur la feuille de 1770.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le « 14. 9bre » se lit 14 novembre 1772 : il date la fin de la traite sur la côte, non l’ouverture de la vente au Cap-Français. Ce sont des comptes dressés par l’armement, et non un registre administratif ; à qui ces feuilles étaient destinées, on l’ignore. Kinamina n’est situé par aucune source du fonds ; la pièce ne dit pas non plus si le navire a mouillé ailleurs entre les deux lieux d’achat. Cette feuille ne porte aucune signature, à la différence de celle de 1770.
Le bloc « Produit à la côte » de la feuille de 1773 compte les captifs de la campagne de 1772-1773 en cinq…
Point 82 sur 153 · Mesure · 1772–1773
Le bloc « Produit à la côte » de la feuille de 1773 compte les captifs de la campagne de 1772-1773 en cinq lignes et cinq colonnes — Hommes, Femmes, Negrillons, Negrittes, et un total intitulé « Têtes ». La répartition est portée ligne à ligne : 201, 74, 54 et 21 « pour les Mdises cy contre », soit 350 ; 9, néant, 1 et néant aux « ports-permis suivant les ordres de l’armateur », soit 10 ; 192, 74, 53 et 21 au « Reste pr. cpte. de la cargaisn. », soit 340 ; 5, 1, 1 et néant aux « Morts en traversé et pendant la vente », soit 7 ; 187, 73, 52 et 21 aux « vendus au Cap », soit 333. À la différence de la feuille de 1770, les deux lignes qui retranchent des personnes portent leur total. Et les mots ont changé pour les adultes — Hommes et Femmes au lieu de Negres et Negresses —, quand la colonne des totaux garde « Têtes » sur les deux feuilles.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce sont des comptes dressés par l’armement, et non un registre administratif ; à qui ces feuilles étaient destinées, on l’ignore. Les quatre catégories et l’intitulé de leur total sont ceux de la pièce, et ils sont cités comme tels : la prose du site ne les reprend pas à son compte. Sept morts sur trois cent quarante, c’est ce que la pièce déclare ; son compte ne commence qu’au départ de la côte, où le navire était resté cinq mois à se remplir. Les morts de la traversée et ceux du mois de la vente ne sont pas séparables : la pièce les compte sur une seule ligne. La ligne de solde « Reste pr. cpte. de la cargaisn. » est abrégée sur la pièce et n’y est jamais développée. Trois des vingt-cinq cases portent un signe de néant et non un zéro. La case des Hommes à la ligne des morts est pâle et ne se lit pas avec certitude sur ce tirage : elle vaut 5 par sa colonne, 192 moins 187, comme par sa ligne, 7 moins 1, 1 et néant, où le 7 est inscrit sur la pièce et non déduit. Les deux calculs vérifient la cohérence du même tableau de l’armement ; ils ne sont pas une seconde attestation. À la différence du cas de 1770, ils ne se ramènent pas l’un à l’autre. Les quatre autres lignes se lisent directement, et chacune somme au total porté sur la pièce.
Le bloc « Vente au Cap » de la feuille de 1773 étale le produit de la vente sur treize lignes et porte les…
Point 83 sur 153 · Mesure · 1773
Le bloc « Vente au Cap » de la feuille de 1773 étale le produit de la vente sur treize lignes et porte les dates de son ouverture et de sa clôture : il court « depuis le 14. jer. au. 13 Fevr. 1773 ». Le comptant vaut 251 539 livres, près de la moitié du total, et le reste vient en douze échéances jusqu’à dix-huit mois ; la plus forte des échéances à crédit, 82 632 livres, tombe à douze mois, la suivante étant 46 697 à quinze mois. Le total inscrit est de 548 880 livres, et les treize lignes y somment exactement. Les retours sont portés sur deux lignes qu’une accolade réunit, « en lettres de change » et « sucre, café, et piastres », sans virgule entre elles. Les lettres de change sont des promesses écrites de paiement ; les piastres, des monnaies d’argent employées dans le commerce colonial. Trois ans plus tôt, une vente de somme comparable — 508 150 livres — n’avait porté que 78 178 au comptant, moins d’un sixième, et s’était étalée sur treize échéances jusqu’à vingt-quatre mois : à produit voisin, le calendrier de 1773 est bien plus court, et aucune source consultée n’en donne la raison.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce sont des comptes dressés par l’armement, en livres tournois, et non un registre administratif ; à qui ces feuilles étaient destinées, on l’ignore. Le total inscrit n’est pas une somme reçue mais un total d’engagements, comme celui de 1770. La comparaison des deux rythmes de paiement est un rapprochement fait ici entre deux blocs de deux feuilles ; aucune des deux pièces ne la porte, et aucun des travaux consultés ne l’explique.
Les deux feuilles de la Marie-Séraphique comptent les enfants dans deux colonnes propres, « Negrillons » et…
Point 84 sur 153 · Mesure · 1769–1773
Les deux feuilles de la Marie-Séraphique comptent les enfants dans deux colonnes propres, « Negrillons » et « Negrittes », et leur part augmente d’une campagne à l’autre. En 1769-1770, 51 et 9 enfants sont livrés contre les marchandises, soit 60 sur 312 personnes — 19 pour cent. En 1772-1773, ils sont 54 et 21, soit 75 sur 350 — 21 pour cent. La part des filles parmi eux passe de 9 sur 60 à 21 sur 75. Sur les deux feuilles, la colonne « Negrittes » est la seule dont le chiffre ne varie d’aucune ligne : aucune n’est déduite au titre des ports permis et aucune n’est comptée morte. La dernière ligne n’est toutefois pas la même sur les deux pièces : « Reste jusqu’à ce jour » en 1770, un solde arrêté à un jour qu’elle ne date pas, et « Vendus au Cap » en 1773.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Aucune des deux feuilles ne donne de seuil d’âge ni de taille entre ses colonnes d’adultes et ses colonnes d’enfants : les répartitions publiées sont celles que l’armement déclare, selon des critères qu’il n’explicite pas, et l’écart de deux points entre les deux campagnes peut donc tenir au classement autant qu’aux personnes. Les catégories sont celles de la pièce et sont citées comme telles. L’invariance de la colonne « Negrittes » ne prouve rien : avec 9 puis 21 individus, des effectifs aussi faibles ne permettent pas d’interpréter une case vide, et aucune des deux pièces ne dit qu’on les traitait autrement. Les pourcentages sont calculés ici sur les effectifs livrés contre les marchandises, non sur les soldes.
La Marie-Séraphique a été construite à Nantes pour la traite — « ce qui n’était pas le cas de la plupart des…
Point 85 sur 153 · Interprétation · 1764–1776
La Marie-Séraphique a été construite à Nantes pour la traite — « ce qui n’était pas le cas de la plupart des navires négriers » —, lancée en octobre 1764 sous le nom de Dannecourt, puis achetée en juin 1769 par l’armateur Jacques Gruel, qui la rebaptise du prénom de sa femme. Mesurée en rectangle, elle fait 1 637 pieds carrés pour 67 pieds sur 24 pieds 5 pouces — dimensions dont le produit donne 1 636, l’étude publiant 1 637 : 21 pour cent de moins que le négrier de Liverpool typique de 1782-1807, 38 pour cent de moins que le Brookes. Elle porte deux mâts au lieu de trois, ce qui abaisse les coûts et augmente la vitesse. Sur ses six voyages en Afrique elle transporte 357 personnes en moyenne, quand les navires britanniques en portent d’ordinaire environ 267 et les français approchent de 325. Nicholas Radburn et David Eltis jugent néanmoins qu’elle représente bien les négriers de la seconde moitié du siècle, et qu’elle ressemble davantage au négrier britannique typique que le Brookes lui-même.
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’étude construit une concession, non une causalité : « la Marie-Séraphique était légèrement plus petite que de nombreux négriers contemporains, sa configuration était étrange, mais elle représentait bien les négriers qui naviguaient dans la seconde moitié du XVIIIe siècle ». Ses écarts ne sont donc pas le motif de sa représentativité. Et lorsque l’étude ajoute qu’« elle ressemblait également davantage au négrier britannique typique que le Brooks », elle compare deux navires, non deux planches. Les 1 637 pieds carrés sont le rectangle de la coque, longueur par largeur, non une surface de pont relevée. La valeur se donne en pieds carrés, unité de l’édition anglaise, et non en mètres carrés : la traduction française convertit les surfaces en divisant par 3,28, le nombre de pieds dans un mètre, opération qui convient à une longueur et non à une aire, laquelle demande 10,76. Elle publie ainsi 499 m² là où le rectangle vaut 152. Aucune surface de la traduction n’est reprise. Les surfaces ne sont pas relevées sur plan. Pour cette feuille, les auteurs partent des 1 637 pieds carrés donnés pour la surface horizontale des salles, y ajoutent les plateformes du logement des femmes — vingt-trois pieds sur six de chaque côté, soit 276 pieds carrés — et divisent les 1 913 obtenus par 307 personnes, ce qui donne six pieds trois pouces au pouce près, soit 6,25. La constante de seize pour cent tirée du rapport Parrey, exposée dans l’annexe de l’étude, s’applique aux navires des registres de Liverpool, non à celui-ci. Ces grandeurs servent à comparer, non à mesurer un espace constaté. La moyenne de 357 personnes couvre six voyages et masque leur écart.
Le bloc « Produit à Loangue » de la feuille de 1770 compte les captifs de la campagne de 1769-1770 en cinq…
Point 86 sur 153 · Mesure · 1769–1770
Le bloc « Produit à Loangue » de la feuille de 1770 compte les captifs de la campagne de 1769-1770 en cinq lignes et cinq colonnes — Negres, Negresses, Negrillons, Negrittes, et un total intitulé « Têtes ». La répartition est portée ligne à ligne : 192, 60, 51 et 9 pour les marchandises livrées, soit 312 ; 189, 60, 49 et 9 au « Reste au départ », soit 307 ; 184, 58, 47 et 9 au « Reste jusqu’à ce jour », soit 298. Négrillons et négrittes sont les mots par lesquels ce commerce désigne les enfants : soixante d’entre eux sont livrés contre les marchandises — 51 et 9 —, deux passent au compte privé avec les ports permis, et cinquante-huit restent au compte de l’armement au départ de la côte. Le chiffre de la colonne « Negrittes » est le seul qui ne varie sur aucune ligne. La colonne des totaux n’est remplie que sur les trois lignes de solde. Les deux lignes de déduction — « Port permis à déduire » et « Morts à déduire » — laissent leur case de total au signe de néant. Les cinq ports permis et les neuf morts ne sont donc pas portés par la pièce : ils s’obtiennent en soustrayant ses soldes. Les 307 du cartouche ne sont pas les personnes achetées mais un solde ; les personnes livrées contre les marchandises sont 312.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Une cellule manque : le chiffre des Negres à la ligne des morts tombe sur une lacune du papier, où ne subsistent que deux traces d’encre illisibles. Il vaut 5 par soustraction dans sa colonne, 189 moins 184. La ligne ne fournit pas de seconde vérification : le 9 qu’on y emploierait n’est pas porté par la feuille, il vient de 307 moins 298, deux totaux qui contiennent déjà 189 et 184. Les deux chemins n’en font qu’un ; la valeur tient, la double confirmation non. Les quatre catégories et l’intitulé de leur total sont ceux de la pièce, et ils sont cités comme tels : la prose du site ne les reprend pas à son compte. La feuille ne donne aucun seuil d’âge ni de taille entre ses colonnes d’adultes et ses colonnes d’enfants ; les répartitions publiées sont donc celles que l’armement déclare, selon des critères qu’il n’explicite pas. Rien ne dit si les neuf morts couvrent la traversée entière : le compte part du départ de la côte, le 18 décembre 1769, et s’arrête à un « ce jour » que la feuille ne date pas. Les ports permis sont les places concédées par l’armateur pour un compte privé ; la pièce ne dit pas à qui.
Le bloc « Vente au Cap » de la feuille de 1770 étale le produit de la vente sur quatorze lignes : 78 178…
Point 87 sur 153 · Mesure · 1770
Le bloc « Vente au Cap » de la feuille de 1770 étale le produit de la vente sur quatorze lignes : 78 178 livres au comptant, puis treize échéances à un, deux, trois, quatre, six, huit, neuf, dix, douze, quatorze, quinze, dix-huit et vingt-quatre mois. La plus forte de toutes est celle de douze mois, 156 954 livres ; la dernière, à vingt-quatre mois, porte encore 51 200. Le total inscrit est de 508 150 livres, et les quatorze lignes y somment exactement. Le bloc voisin, « Résultat des opérations », porte en regard 116 372 livres 14 sols 11 deniers de sucre et de café rapportés à Nantes par le navire et 72 380 livres 4 sols 2 deniers de frais et commissions, soit 188 752 livres 19 sols 1 denier de retours ; déduit de la vente générale, ce total laisse 319 397 livres et 11 deniers à recouvrer. Le bloc des résultats s’ouvre sur trois lignes : « Retour à Nantes par le dit Navire, / savoir, / en Scucre & Caffé. » — le scripteur écrit Scucre pour Sucre, graphie gardée telle quelle. Son intitulé est porté en capitales sans accent, « RESULTAT DES OPERATIONS ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce sont des comptes dressés par l’armement, en livres tournois, et non un registre administratif ; à qui ces feuilles étaient destinées, on l’ignore. Le « total des retours » additionne des marchandises rapportées et des frais et commissions, deux natures que la pièce ne distingue pas dans son addition. Les 319 397 livres et 11 deniers sont un solde à recouvrer aux Antilles au moment où la feuille est dressée, non une perte : la pièce ne dit pas s’ils l’ont été.
Le tableau général de la traite de 1769 range dix-sept colonnes de textiles avant tout autre poste —…
Point 88 sur 153 · Pratique · 1769
Le tableau général de la traite de 1769 range dix-sept colonnes de textiles avant tout autre poste — guinées, indiennes, chaffelas et grands coupis, bagutapaux, néganépeaux, grands liménéas, tapsels, grands nicanais, petits nicanais et custas, coupis, boulanges, petits liménéas, fautes, brolles, corots, baguets, draps —, puis l’eau-de-vie, les fusils, les barils de poudre et l’étain. Ses lignes distinguent la traite générale, les coutumes, les courtages et présents, les frais et la consommation du bord. La traite est commencée le 25 août et finie le 16 décembre 1769, et le navire quitte la côte le 18 : entre le premier achat et le départ, il s’écoule près de quatre mois, pendant lesquels le navire achète et finit de se remplir. Combien de temps chaque personne a passé à bord, la feuille ne le dit pas.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les noms de tissus sont ceux du commerce de l’époque et désignent des pièces de dimensions convenues, non des étoffes identifiables sans étude spécialisée. La ligne des coutumes correspond aux droits versés aux autorités de la côte ; la pièce ne dit pas à qui. La feuille ne se recoupe pas elle-même sur la durée : son cartouche annonce la traite faite « en 3 mois 26 jours », quand les dates portées par le tableau en font trois mois et vingt et un jours, du 25 août au 16 décembre, et trois mois et vingt-trois jusqu’au départ du 18 décembre. Les deux mentions sont publiées sans être conciliées.
Les deux feuilles de la Marie-Séraphique datent le premier achat et, pour l’une d’elles, la dernière ligne…
Point 89 sur 153 · Mesure · 1769–1773
Les deux feuilles de la Marie-Séraphique datent le premier achat et, pour l’une d’elles, la dernière ligne de la vente : la durée de l’opération se compte donc sur la pièce elle-même — celle du navire, non celle d’une personne. Campagne de 1769-1770 : la traite est « commencée le 25 août », « finie le 16 décembre », le navire quittant la côte le 18 — cent quinze jours entre le premier achat et le départ ; la feuille ne date ni l’arrivée au Cap-Français ni la vente. Campagne de 1772-1773 : la traite est « commencée a Kinamina le 16. juin 1772 », finie « le 14. 9bre », et le bloc de vente court « depuis le 14. jer. au. 13 Fevr. 1773 » — deux cent douze jours du premier achat à l’ouverture de la vente, deux cent quarante-deux jusqu’à sa dernière ligne. La vente se tenant à bord, ces jours-là comptent eux aussi dans l’opération.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ces durées sont celles du navire, non d’une personne. Aucune des deux feuilles ne suit un individu : rien n’y dit qui a été acheté le premier jour, ni qui a vécu jusqu’à la vente — sept personnes sont comptées mortes en 1772-1773, neuf en 1769-1770, et le compte des morts ne commence qu’au départ de la côte. Les 0,58 m² par personne de 1769-1770 sont calculés sur le solde de 307 que porte la feuille ; Radburn et Eltis relèvent que l’entassement croît à mesure que le navire se remplit. La feuille de 1770 ne date pas sa vente, de sorte que la durée totale jusqu’à la vente n’est calculable que pour 1772-1773. Le cartouche de 1770 annonce par ailleurs une traite faite « en 3. mois 26. jours » quand ses propres dates en comptent 113 : l’écart est publié sans être concilié. Enfin, la traite de 1772 se fait en deux lieux successifs, Kinamina puis Loango, et la pièce ne dit pas si le navire a mouillé ailleurs entre les deux.
Le 17 novembre 1789, trois affranchis d’une même fratrie de la Guadeloupe, qualifiés de mulâtres — François…
Point 90 sur 153 · Événement · 1789-11-17–1790
Le 17 novembre 1789, trois affranchis d’une même fratrie de la Guadeloupe, qualifiés de mulâtres — François Remy, François Michel dit Ismaël et Élizabeth Miotte —, achètent des personnes esclavisées pour constituer un atelier : six pour 10 000 livres, cinq pour 9 500 livres et cinq pour 5 000 livres. Dix jours plus tard, les deux frères en achètent dix-huit autres pour 13 000 livres. Le 1er février 1790, la fratrie acquiert au quartier des Abymes une habitation caféière de dix-neuf carrés plantés en café, vivres et cotons, pour 100 000 livres payées comptant. Une semaine après, chacun des trois teste en désignant les deux autres comme légataires universels et le sieur Laverdant comme exécuteur testamentaire.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les faits sont donnés par Régent d’après des actes notariés qu’il ne reproduit pas et dont il ne donne pas la cote à cet endroit : les prix et les dates ne sont connus ici que par lui. Les trente-quatre personnes achetées ne sont ni nommées ni dénombrées par âge ou par sexe, et rien n’est dit de ce qu’elles sont devenues. Les qualifications « mulâtre » et « affranchi » sont celles des actes. Le paiement des 100 000 livres est dit « comptant » par Régent, qui n’en indique pas l’origine.
- Les Maîtres de la Guadeloupe. Propriétaires d’esclaves (1635-1848) — p. 192, fichier OEBPS/PL19.xhtml, section « Le rôle complémentaire des cultures secondaires » : la fratrie de Mulâtres affranchis François Remy, François Michel dit Ismaël et Élizabeth Miotte ; achats du 17 novembre 1789 de six personnes pour 10 000 livres, cinq pour 9 500 et cinq pour 5 000 ; achat de dix-huit personnes pour 13 000 livres dix jours plus tard ; acquisition de l’habitation caféière le 1er février 1790
Le 21 mai 1646, à l’église Sainte-Marie de la Capesterre en Guadeloupe, le père Armand de la Paix,…
Point 91 sur 153 · Événement · 1646-05-21
Le 21 mai 1646, à l’église Sainte-Marie de la Capesterre en Guadeloupe, le père Armand de la Paix, supérieur, baptise « deux sauvagesses de terre ferme ». Le registre les nomme : l’une reçoit le prénom de Julienne, donné par sa marraine madame Le Gay ; l’autre celui de Guillemine, avec pour parrain et marraine Guillaume Le Gay et Magdelaine Huguet. L’acte donne un jour, un lieu, un officiant, deux prénoms de baptême et les personnes qui les ont tenues sur les fonts.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce qui est lu est la copie de 1777, non le registre d’origine. Les deux prénoms sont ceux du baptême : ce ne sont pas des noms portés avant, et le registre ne conserve aucun autre nom. « De terre ferme » désigne le continent et non les îles : ces deux femmes ne sont pas dites caraïbes. Goddet-Langlois définissent ailleurs les « Brésiliennes » comme des « sauvages de terre ferme » et décrivent en général les femmes ainsi classées comme le plus souvent asservies par les Portugais ou les Hollandais ; cette généralisation n’établit pas la condition de Julienne et Guillemine. L’acte ne dit rien de leur condition, de leur âge, ni de chez qui elles vivaient. Que leurs parrain et marraine soient Le Gay et Huguet n’établit aucun lien de dépendance : le registre associe les mêmes noms à d’autres baptêmes de la paroisse. Madame Le Gay est probablement Julienne Bourgoing, « femme de mr Le gay », marraine en 1652 d’une enfant de Susanne Sauvagesse : Julienne aurait alors reçu le prénom de sa marraine. L’acte ne dit pas qui donne à Guillemine son prénom, féminin de celui de son parrain.
Le plan de l’entre-pont de la feuille de 1770 dessine les captifs un par un, et non en gabarit répété : ils…
Point 92 sur 153 · Pratique · 1770
Le plan de l’entre-pont de la feuille de 1770 dessine les captifs un par un, et non en gabarit répété : ils diffèrent de taille, de corpulence et d’attitude. Radburn et Eltis y lisent que les hommes les plus grands occupent les côtés les plus larges du navire, que les adolescents et les enfants sont poussés dans les espaces intermédiaires plus étroits, que des femmes dorment sur des armoires, des étagères et des rebords, certaines portant des perles aux chevilles et des pagnes à carreaux bleus, l’une, en long vêtement, allaitant un nourrisson ; et que le pied du cabestan traverse la zone des hommes en y formant une barrière de bois sur laquelle ils s’appuient. Le plan montre que les rangées ordinaires sont couchées en travers du navire, tête vers le bordé et pieds vers l’axe, et qu’une seule rangée, au pied du cabestan, rompt cette orientation : ses corps sont couchés dans le sens de la longueur, perpendiculaires aux rangées voisines, tête vers la cloison de ballots et bras allongés au-dessus de la tête jusqu’à elle — la posture même que l’étude décrit ailleurs, « le bras gauche déployé au-dessus de leur tête tel un oreiller ». Le plan porte en outre, en avant de la réserve à voiles et cordages, trois enclos bordés du même damier, contenant des figures enveloppées d’étoffe bleue, couchées à part et disposant d’un espace que les rangées voisines n’ont pas. Radburn et Eltis comptent sept personnes enveloppées d’étoffe et les interprètent comme malades ; sur le fac-similé, les trois enclos en portent deux, trois puis deux, soit sept.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le dessin donne l’aménagement prévu et l’occupation que le dessinateur a voulu figurer, non un relevé fait un jour donné. Presque tout ce qui précède est la lecture de Radburn et Eltis : la pièce ne légende ni les sexes, ni les âges, ni les états, et l’examen du fac-similé ne confirme que des formes.
Que ces personnes soient malades est une déduction, non une lecture. La note 24 du chapitre renvoie séparément à des témoignages sur les zones fermées réservées aux malades et sur le vêtement donné aux malades ; l’étude, elle, énonce directement la conclusion : ces figures sont « les captives malades que l’équipage essayait de maintenir en quarantaine loin de leurs compagnes de voyage ». Ce qui appartient au site n’est donc pas la lecture, mais le raisonnement qui croise ses deux renvois pour l’étayer, et la réserve qui suit. Ces témoignages ne sont pas au fonds. Une lecture concurrente du vêtement reste ouverte, et la même note la porte : le Journal Book de Smeathman observe des vêtements et des perles chez les femmes et les enfants esclavisés, sans rapport avec la maladie. Le vêtement n’est du reste pas propre à ces enclos : la section arrière du plan montre des pagnes bleutés, une figure enveloppée d’étoffe grise et une femme en vêtement long tenant un nourrisson.
Le sexe de ces personnes n’est pas établi : la traduction française emploie le féminin au fil d’un passage sur le logement des femmes, mais les enclos sont en avant de la réserve à voiles et cordages, du côté que la même étude attribue aux hommes et aux garçons, et c’est la section arrière, non celle-ci, qui porte les plateformes dont l’étude écrit qu’il n’y en a aucune du côté des hommes. Le passage anglais correspondant à cette identification n’a pas été consulté. Sur un plan vu de dessus, un corps tracé en pied est un corps couché, non une figure debout. L’étude ne décrit aucune personne debout dans l’entre-pont. C’est le relevé du fac-similé, deux, trois puis deux figures, qui rattache le total de l’étude aux trois enclos.
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1770, plan de « L’entre-pont » : trois compartiments à bordure en damier contenant des figures enveloppées de bleu, tous en avant de la réserve à voiles et cordages ; le compartiment de la section arrière, qui porte la figure au nourrisson, n’a pas cette bordure et n’en est pas un ; pied de cabestan et rangée de corps couchés dans le sens de la longueur au même relevé. Deux figures dans le premier enclos, trois dans le deuxième, deux dans le troisième, en trapèze
- Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique — § 21-22 : « cette description des esclaves individuels à bord de la Marie-Séraphique est plus authentique que l’image schématique du Brooks » ; description des tailles, des rebords, des perles aux chevilles, de la femme qui allaite, du cabestan, et des « sept captives enveloppées de tissu bleu […] à l’intérieur des écoutilles fermées » ; note 24 pour les appuis de la déduction : « pour l’utilisation de zones fermées réservées aux malades, voir S. Lambert (dir.), HCSP, LXIX, p. 35 ; Testimony of Robert Norris, ibid., LXVIII, p. 5 ; Testimony of Archibald Dalzell, ibid., LXIX, p. 121 ; pour l’utilisation de vêtements quand les esclaves étaient malades, voir Testimony of Ecroyde Claxton, ibid., LXXXII, p. 33 » — et, pour le port de vêtements et de perles par les femmes et les enfants esclavisés, le Journal Book de Henry Smeathman, 17 décembre 1771
Le quatrième plan de la feuille de 1770, intitulé « Le Pont », montre que le pont supérieur n’était pas un…
Point 93 sur 153 · Pratique · 1770
Le quatrième plan de la feuille de 1770, intitulé « Le Pont », montre que le pont supérieur n’était pas un espace vide. On y voit des barriques rangées le long des deux bords, des écoutilles grillagées dont l’une paraît ouverte, des marchandises empilées vers l’arrière ; hors de la muraille, deux plates-formes en encorbellement, une par bord, de même construction — une grille du côté du pont, et vers l’extérieur une bande étroite portant quatre disques cerclés ; elles ne sont pas vis-à-vis. Celle de tribord est en avant, et la file de barriques du même bord s’interrompt en face d’elle, le pont y restant nu ; les barriques reprennent au droit des deux logements à barreaux où des animaux sont dessinés, qui la flanquent l’un vers l’avant et l’autre vers l’arrière. Celle de bâbord est bien plus en arrière, au droit des marchandises empilées, et n’a aucun logement. Une barre continue traverse le navire par son milieu. Deux compartiments voisins y sont légendés à l’encre rouge, chacun avec son récipient dessiné : « Cuisine », où figure une marmite sombre, et « Chaudière à Nègres », où figure un grand chaudron. Radburn et Eltis décrivent sur ce pont des anneaux de fer, placés sur le bord des grilles, qui indiqueraient l’endroit où deux longues « chaînes de pont » se trouvaient le long du pont avant et auxquelles l’équipage pouvait attacher les hommes dès leur montée.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le plan donne l’aménagement, non l’usage constaté un jour donné. Les chaînes de pont ne sont pas dessinées et l’étude n’en parle qu’au conditionnel : ce sont les anneaux qui les signalent, et leur emploi est établi par les témoignages du commerce, non par la pièce. L’étude réserve le nom de barricado à la barrière visible sur la feuille de 1773. La barre continue portée en travers du plan de 1770 n’est pas légendée ; ni l’étude ni le site ne lui attribuent une fonction. Les inscriptions « Cuisine » et « Chaudière à Nègres » sont en revanche relevées directement sur la pièce.
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1770, plan « Le Pont » : barriques le long des deux bords, écoutilles grillagées dont une paraît ouverte, deux plates-formes en encorbellement de même construction — grille du côté du navire, bande étroite à quatre disques cerclés vers l’extérieur —, l’une en avant et l’autre en arrière de la barre continue qui coupe le pont en travers ; les deux logements à barreaux où sont dessinés des animaux flanquent la seule plate-forme de tribord ; la file de barriques de tribord court de la barre vers l’avant avec une seule interruption, tout entière en face de cette plate-forme et non des logements, les deux logements ayant des barriques en regard sur toute leur hauteur ; marchandises empilées vers l’arrière ; et les deux compartiments légendés à l’encre rouge « Cuisine » et « Chaudière à Nègres »
- Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique — § 23 : « le pont supérieur de la Marie-Séraphique n’était pas une zone vide, comme dans le cas du Brooks : on y stockait en fait des barriques d’eau, de la nourriture, des marchandises destinées au commerce, du bétail en cage et les treuils et poulies » ; anneaux de fer et « chaînes de pont » décrits au conditionnel ; le barricado est reconnu sur la feuille de 1773 et non sur ce plan
Calculé par l’étude pour la campagne de 1769-1770, la surface moyenne par captif à bord de la…
Point 94 sur 153 · Mesure · 1765–1789
Calculé par l’étude pour la campagne de 1769-1770, la surface moyenne par captif à bord de la Marie-Séraphique — la surface de la coque comptée comme un rectangle, augmentée des plateformes, divisée par le solde que porte la feuille — est de 6,25 pieds carrés, soit 0,58 m². Sur les six expéditions de la Marie-Séraphique, cette moyenne va de 6,25 pieds carrés en 1769-1770 et 5,58 en 1772-1773 jusqu’à 4,5 en 1776-1777, son dernier voyage, en passant par 5 en 1765-1766, 6 en 1770-1771 et 5,17 en 1773-1774.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les surfaces ne sont pas relevées sur plan. Pour cette feuille, les auteurs ajoutent aux 1 637 pieds carrés de la surface horizontale des salles les 276 pieds carrés des plateformes du logement des femmes, et divisent les 1 913 obtenus par 307 personnes. Le quotient est 6,2313, que l’étude arrondit au pouce et écrit « six pieds trois pouces » : 6,25. Elles servent à comparer, non à mesurer un espace réellement occupé. Les valeurs sont celles de l’édition anglaise de 2019, en pieds carrés, et leur conversion faite ici. Aucune valeur de la traduction française de 2024 n’est reprise : celle-ci convertit les surfaces en divisant par 3,28, le nombre de pieds dans un mètre, opération qui convient à une longueur et non à une aire, laquelle demande 10,76. Les deux campagnes que ces feuilles documentent ne sont pas les deux moins entassées des six : celle de 1770-1771, que le dossier ne suit pas, laissait 6 pieds carrés, moins que 1769-1770 et plus que 1772-1773. L’étude avertit que l’image « ne traduit pas complètement l’entassement des Africains à bord de la Marie-Séraphique parce que les captifs avaient moins d’espace, parfois beaucoup moins, lors de ses cinq autres expéditions ». La traduction française porte par ailleurs une coquille d’unité sur le Veloz — « 61 cm² » pour un espace qui, d’après ses propres chiffres, vaut environ 0,59 m² ; ce chiffre n’est pas repris.
Et un second témoin donne un autre chiffre, qui ne mesure pas la même chose. Bernard Michon écrit que sur un navire de traite « la surface utilisable est conçue pour accueillir quatre individus par mètre carré, entassés, nus, enferrés par deux », soit 0,25 m² par personne. Il ne rapporte pas ce chiffre à ce navire-ci : il en donne la coque à 20,41 m sur 7,45 m, soit 152 m² — le rectangle dont Radburn et Eltis font les 1 637 pieds carrés de la surface des salles — et « entre 302 et 361 captifs » pour les quatre expéditions, ce qui fait 2 à 2,4 individus par mètre carré de coque. Michon parle d’une surface utilisable, au présent de la règle et sans campagne assignée ; l’étude divise un rectangle de coque, augmenté des plateformes, par un effectif inscrit sur la feuille. Les deux chiffres ne portent pas sur la même surface et ne se tranchent pas l’un par l’autre.
- Visualizing the Middle Passage: The Brooks and the Reality of Ship Crowding in the Transatlantic Slave Trade — p. 533-565, article dont la traduction de 2024 est faite : il chiffre toutes ses surfaces en pieds carrés et n’en porte aucune en mètres carrés. L’espace par personne de la campagne de 1769-1770 y est donné deux fois sous la forme « 6 feet, 3 inches », soit les 6,25 pieds carrés publiés ici ; la coque du navire y fait 1 637 pieds carrés — « The ship was 1,637 square feet (67 feet by 24 feet, 5 inches) » ; la série des six expéditions est dans la note que la traduction de 2024 numérote 26
- Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique — corps du chapitre — attention, les conversions en mètres carrés de cette traduction sont fausses et aucune n’est reprise ici ; les citations qui suivent situent le passage, elles ne fournissent aucune valeur — « les captifs occupent simplement 1,98 m² par personne » ; « les 470 captifs décrits sur le dessin disposaient chacun en moyenne de 2,18 m² » ; « l’espace disponible en moyenne par esclave lors de 251 voyages ayant eu lieu avant 1789 était de 2,44 m² ; lors de seulement 68 de ces voyages (27 %), les captifs étaient moins entassés que ne le montre le Brooks » ; « lors de 114 des 251 voyages (46 %) […] moins de 1,83 m² par personne ». Note 26 pour la série des six expéditions : 1,5 (1765-1766), 1,91 (1769-1770), 1,83 (1770-1771), 1,70 (1772-1773), 1,57 (1773-1774), 1,32 (1776-1777)
Le navire est lancé à Nantes en octobre 1764 sous le nom de Dannecourt, construit spécialement pour la…
Point 95 sur 153 · Événement · 1764–1777
Le navire est lancé à Nantes en octobre 1764 sous le nom de Dannecourt, construit spécialement pour la traite — ce qui n’était pas le cas de la plupart des négriers. Après une première expédition en 1765-1766, il est vendu en juin 1769 à Jacques Gruel, marchand nantais, qui le rebaptise du prénom de sa femme : Marie-Séraphique. Gruel lui fait faire quatre expéditions vers l’Angola, puis le vend en 1776 à un groupe de marchands nantais qui le rebaptisent Sartine et l’envoient une dernière fois à la côte d’Afrique. Six expéditions de traite en tout, au cours desquelles il transporte en moyenne 357 personnes, quand les négriers britanniques du siècle en portent d’ordinaire environ 267 et les français approchent de 325.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La carrière du navire et l’origine de son nom viennent de l’étude et de la monographie de Bertrand Guillet qu’elle cite, non des deux feuilles, qui ne disent ni l’une ni l’autre. Le prénom de l’épouse de Gruel n’est connu ici que par l’étude. Les moyennes de 267 et 325 personnes sont calculées sur la base de données des expéditions de traite, dont l’étude rappelle qu’elle ne renseigne pas le gréement des négriers français.
- Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique — corps du chapitre : « construit à Nantes et destiné spécialement à la traite – ce qui n’était pas le cas de la plupart des navires négriers –, il fut lancé en octobre 1764 sous le nom de Dannecourt » ; « la Marie-Séraphique transporta en moyenne 357 personnes lors de ses six voyages en Afrique ; au XVIIIe siècle, les bateaux britanniques transportaient d’ordinaire environ 267 captifs et les négriers français approchaient des 325 ». Note 19 pour l’achat de juin 1769 par Jacques Gruel, « un marchand qui rebaptisa le navire en lui donnant le prénom de sa femme, Marie-Séraphique », les quatre expéditions vers l’Angola et la revente de 1776 sous le nom de Sartine
La Biography de Mahommah Gardo Baquaqua, parue à Détroit en 1854, est ce que Robin Law, historien de la…
Point 96 sur 153 · Interprétation · date non établie
La Biography de Mahommah Gardo Baquaqua, parue à Détroit en 1854, est ce que Robin Law, historien de la traite atlantique, appelle « avowedly a joint production » : Baquaqua et un éditeur, Samuel Moore, ministre unitarien venu d’Irlande au Michigan et par ailleurs attesté comme publiciste abolitionniste. La page de titre porte que le livre fut « written and revised from his [i.e. Baquaqua’s] own words » par Moore. Law montre qu’une grande part de la première partie, descriptive, est rédigée à la troisième personne, avec plusieurs citations directes de Baquaqua, et que la première personne ne domine que dans la seconde, celle de la vie de Baquaqua ; certains passages ont manifestement été composés par Moore d’après une matière fournie par Baquaqua, d’autres portent la voix de Baquaqua éditée par Moore. Law conclut néanmoins que « it was Baquaqua who was ultimately in control of the production of the text » : la page de titre nomme Baquaqua, et non Moore, comme auteur, et Baquaqua détenait le copyright. Émigré au Canada au début de 1854, Baquaqua fait publier le livre à Détroit, aux États-Unis : le lieu où vit Baquaqua et le lieu de publication sont séparés par la frontière entre le Canada et les États-Unis. Law suppose que Baquaqua espérait tirer de la publication les moyens de financer son retour en Afrique, espoir manifestement déçu.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La période structurée 1830–1848 classe l’expérience racontée jusqu’à l’arrivée de Baquaqua aux États-Unis en 1847 ; elle ne date pas la publication, qui a lieu en 1854 hors du temps principal de cette édition du site. L’analyse de la production est celle de l’historien Robin Law, non un constat que le livre énoncerait sur lui-même : la part respective des voix de Baquaqua et de Moore est établie par des indices de contenu et de style, et Law signale que l’édition de Moore a pu produire une part de déformation née d’une communication imparfaite entre Baquaqua et Moore. Le contrôle exercé par Baquaqua est qualifié par Law de légal et entrepreneurial plutôt que littéraire au sens étroit : ce contrôle ne garantit pas que chaque phrase soit de Baquaqua. Law distingue enfin deux régimes de fiabilité — après l’arrivée de Baquaqua aux États-Unis en 1847, d’autres pièces corroborent largement le récit ; pour la période antérieure, aucune documentation indépendante ne porte sur la vie individuelle de Baquaqua. Bicknell, qui signe l’étude historique de 2020, distingue Baquaqua comme seul auteur légal, Samuel Moore comme éditeur et George Pomeroy comme imprimeur, puis retrace les demandes de financement et l’initiative de publication. Cette étude éclaire la production du livre ; elle ne fournit pas une preuve indépendante sur la vie africaine de Baquaqua.
Le 7 mars 1712, Mathieu, natif de Surate aux grandes Indes, présenta requête au Conseil souverain de la…
Point 97 sur 153 · Événement · 1712-03-07
Le 7 mars 1712, Mathieu, natif de Surate aux grandes Indes, présenta requête au Conseil souverain de la Martinique. Il y exposa qu’il était sorti de son pays avec un religieux capucin ; qu’arrivé à Nantes, ce religieux l’avait mis entre les mains du sieur Roosé, capitaine de navire, avec lequel il avait fait la course pendant trois ans ; qu’arrivé en l’île, Roosé l’avait donné au sieur Paul Michel, marchand à la Trinité, lequel, « profitant de sa jeunesse », l’avait gardé chez lui et l’avait fait servir en qualité d’esclave pendant treize années. Il concluait à ce que Michel prouvât que Mathieu était son esclave et qu’il l’avait acheté. Michel soutint l’avoir acheté du capitaine Roosé. L’arrêt déclara Mathieu libre, ordonna qu’il jouirait « des mêmes franchises & libertés que les autres libres du Royaume », et fit défenses à Michel de l’y troubler, sauf son recours contre Roosé, « son premier vendeur ». Le dossier d’archives que les historiens citent pour cet arrêt — Archives nationales d’outre-mer, F3 251, page 29 — n’en contient pas le texte : il ne contient que la chemise, qui le date du 7 mars 1712 et porte le renvoi « V. Ann. 1er 363 », c’est-à-dire au tome I, page 363, des Annales du Conseil souverain de la Martinique imprimées en 1786.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le récit de 1712 repose sur Dessalles, conseiller au Conseil souverain, qui le publie en 1786 ; il donne un récit de l’arrêt, non l’acte, et le dossier d’archives que les historiens citent ne contient que la chemise, qui renvoie elle-même à l’imprimé. La date de l’arrêt n’est pas établie. Dessalles donne le 7 mars 1712 comme date de la requête ; la chemise porte cette même date pour l’arrêt, et l’historien Lucien Peytraud, dans son étude publiée en 1897, écrit le 10 mars. Que la cour ait jugé le jour même de la requête est possible et n’est pas établi. Les paroles de Mathieu sont rapportées à la troisième personne et résumées par l’auteur : ce sont les termes de sa requête tels que Dessalles les donne, non les mots exacts de Mathieu. Son nom est celui sous lequel l’imprimé le donne ; ni l’imprimé ni la chemise ne donnent celui qu’il portait à Surate, ni son âge à l’arrivée — « profitant de sa jeunesse » est la formule de la requête. « Faire la course » désigne la guerre de course : on ne sait s’il y servait comme homme d’équipage ou s’il y était tenu. Enfin ce qu’il advint de lui après l’arrêt ne se lit dans aucune des trois pièces citées ici. L’arrêt réserve seulement à Michel un recours contre Roosé ; qu’il l’ait exercé n’est pas connu.
- Les Annales du Conseil souverain de la Martinique, ou tableau historique du gouvernement de cette colonie depuis son premier établissement jusqu’à nos jours, auquel on a joint l’analyse raisonnée des lois qui y ont été publiées — tome I, pages 363 et 364, article « Liberté réclamée par un Indien. Ordre du Roi, qui défend de les vendre comme Esclaves » ; vues 385 et 386 de la numérisation des Archives territoriales de Martinique, ark:/35569/j92p86shgwz3 ; second exemplaire : ANOM COL C8 A 92, ark:/61561/zn401mnihd, vues 434 et 435, licence ouverte Etalab 2.0
- Documents législatifs, 1712-1720 — page 29, vue 17 : la chemise de la collection porte « Arrêt du Conseil de la Martinique en faveur d’un Indien vendu Esclave. Du 7 mars 1712 » et le renvoi « V. Ann. 1er 363 » ; la page 30 est le verso vierge de cette chemise et la page 31 ouvre un acte sans rapport du 29 mars 1712 — le texte de l’arrêt n’est pas dans le volume
- L’esclavage aux Antilles françaises avant 1789 — page imprimée 29, page 49 du PDF intégral Internet Archive : note 2, « Arrêt du Conseil souverain de la Martinique, du 10 mars 1712, en faveur d’un Indien vendu comme esclave. Arch. Col., F, 251, p. 29 »
Un ordre du roi, que Dessalles donne pour enregistré le 8 mai 1739, défend à tous les sujets du roi « de…
Point 98 sur 153 · Prescription · 1739–1786
Un ordre du roi, que Dessalles donne pour enregistré le 8 mai 1739, défend à tous les sujets du roi « de traiter des Esclaves Caraibes & Indiens », et veut que tous ceux qui seront amenés dans les îles, ou qui y iront à l’avenir, soient libres. Peytraud résume de son côté une ordonnance royale du 2 mars 1739 qui interdit la traite des Caraïbes et Indiens « de nations contre lesquelles les Français ne sont point en guerre ». Quarante-sept ans après, Dessalles écrit : « il est très-ordinaire de voir aux Colonies des Indiens qui y sont esclaves : tous les Navires qui y arrivent des grandes Indes en amenent, qu’ils vendent comme de véritables Negres. » Il demande si les capitaines en ont le droit, et ajoute : « Je pense que l’ordre ci-dessus, qui y est absolument contraire, doit fixer le sort de cette classe d’hommes, & les faire déclarer libres dans toutes les réclamations qui seroient faites par eux en justice. »
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les deux auteurs rapportent un même acte : le texte imprimé dans le Code de la Martinique de 1767 est signé le 2 mars 1739 et enregistré au Conseil souverain le 8 mai. Dessalles en cite l’interdiction, qui est générale ; Peytraud en résume le préambule, qui situe la traite visée dans des nations avec lesquelles les Français ne sont pas en guerre. Le constat de 1786 est celui de Dessalles seul : « très-ordinaire » n’est pas un compte, et aucune des pièces citées ne dit combien de personnes venues des Indes orientales étaient alors tenues en esclavage aux Antilles françaises. Enfin, sous la plume de Dessalles, le mot « Indiens » couvre deux réalités — les Amérindiens des îles et du continent, et les gens venus de l’Inde comme Mathieu ; le texte de 1739 ne définit pas le mot, et l’appliquer aussi aux seconds est la lecture de Dessalles.
- Les Annales du Conseil souverain de la Martinique, ou tableau historique du gouvernement de cette colonie depuis son premier établissement jusqu’à nos jours, auquel on a joint l’analyse raisonnée des lois qui y ont été publiées — tome I, pages 363 et 364, article « Liberté réclamée par un Indien. Ordre du Roi, qui défend de les vendre comme Esclaves » ; vues 385 et 386 de la numérisation des Archives territoriales de Martinique, ark:/35569/j92p86shgwz3 ; second exemplaire : ANOM COL C8 A 92, ark:/61561/zn401mnihd, vues 434 et 435, licence ouverte Etalab 2.0 ; l’ordre de 1739 et le constat de 1786 sont page 364
- L’esclavage aux Antilles françaises avant 1789 — page imprimée 29, page 49 du PDF intégral Internet Archive : note 2, « Une ordonnance royale du 2 mars 1739 interdit la traite des Caraïbes et Indiens de nations contre lesquelles les Français ne sont point en guerre. Arch. Col., B, 68, Iles-du-Vent, p. 15 »
- Code de la Martinique — huitième partie « De la Police », p. 455 (vue 473 de la numérisation d’Internet Archive) : « Ordre du Roi, sur les Caraïbes & Indiens, du 2 Mars 1739 », signé à Versailles le 2 mars 1739 et « Enregistrée au Conseil Souverain le 8 Mai 1739 »
L’ordre du roi « sur les Caraïbes & Indiens », signé à Versailles le 2 mars 1739 et enregistré au Conseil…
Point 99 sur 153 · Prescription · signature puis enregistrement au Conseil souverain de la Martinique
L’ordre du roi « sur les Caraïbes & Indiens », signé à Versailles le 2 mars 1739 et enregistré au Conseil souverain de la Martinique le 8 mai 1739, part de ce qu’« il y a des personnes qui vont traiter des Caraïbes & Indiens de nation, contre lesquelles les françois ne sont point en guerre, pour les emmener aux isles du vent de l’Amérique, où ils les vendent comme esclaves ». Il fait « très-expresses inhibitions & défenses à tous françois de traiter des esclaves Caraïbes & Indiens », et veut que « tous ceux qui seront emmenés ou qui iront à l’avenir dans les isles du vent, soient & demeurent libres ». Selon l’historienne Domitille de Gavriloff, la lettre du ministre de la Marine du 10 mars 1739 justifie notamment cette ordonnance parce que « les traiteurs qui n’ont pas beaucoup de conscience font esclaves les libres qu’ils trouvent sans deffense et avec lesquels les françois ne sont point en guerre » ; elle la range parmi les mesures de la Couronne sur l’asservissement des Amérindiens.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le texte est lu dans le recueil imprimé à Saint-Pierre en 1767, non sur l’original ni sur le registre du Conseil. Il ne définit pas le mot « Indiens » : c’est le préambule qui situe la traite visée dans des nations avec lesquelles les Français ne sont pas en guerre, et la lettre du ministre n’est connue que par la citation de Gavriloff. Une prescription ne dit pas combien de personnes furent effectivement déclarées libres en vertu de cet ordre.
- Code de la Martinique — huitième partie « De la Police », p. 455 (vue 473 de la numérisation d’Internet Archive) : « Ordre du Roi, sur les Caraïbes & Indiens, du 2 Mars 1739 », texte entier, signature « Fait à Versailles, le 2 Mars mil sept cent trente neuf » et mention « Enregistrée au Conseil Souverain le 8 Mai 1739 »
- La porte étroite. Missions d’évangélisation et esclavage racial en Martinique et à Saint-Domingue (1635-1789) — p. 315-316 et note 203 (ANOM, COL B 68, f° 15rv, lettre du ministre à Champigny et de la Croix, 10 mars 1739, citée par l’autrice)
Le 13 novembre 1743, à la Martinique, Champigny et La Croix répondent à la lettre que le ministre leur a…
Point 100 sur 153 · Témoignage · de la lettre du ministre à la réponse des administrateurs
Le 13 novembre 1743, à la Martinique, Champigny et La Croix répondent à la lettre que le ministre leur a écrite le 9 octobre 1742 au sujet d’un « Sauvage Panis » acheté par le sieur Daillebout de Cery à un marchand de Montréal. Ils écrivent que « le Juge s’est trompé » en appliquant à cet homme « l’Ordonnance du Roy du 2 Mars 1739 qui declare tous les Caraibes et Indiens de nation libres » : elle ne concerne, selon eux, que les nations contre lesquelles les Français ne sont pas en guerre, « Comme ils le sont avec les Panis ». Dès qu’il s’est vu déclaré libre, l’homme s’est embarqué sur un bâtiment pour la côte d’Espagne ; s’il en revient, ils le feront arrêter et rendront au sieur Daillebout « la Justice qui lui est düe ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
La lettre est la seule pièce lue de l’affaire : elle ne nomme pas l’homme, ne donne ni la date ni la juridiction du jugement qui l’a déclaré libre, et ne dit pas s’il est revenu. La lecture qui borne l’ordonnance aux nations avec lesquelles les Français ne sont pas en guerre est celle des deux administrateurs ; elle s’appuie sur le préambule du texte de 1739, dont le dispositif défend de traiter « des esclaves Caraïbes & Indiens » sans cette restriction.
Le lieu que les deux feuilles de la Marie-Séraphique appellent « Loangue » est rapproché ici de la baie de…
Point 101 sur 153 · Interprétation · 1769–1772
Le lieu que les deux feuilles de la Marie-Séraphique appellent « Loangue » est rapproché ici de la baie de Loango, sur la côte d’Afrique centrale, vers 4,7° de latitude sud, sur le rivage que Phyllis Martin nomme la côte de Loango et qu’elle borne au cap Lopez au nord et à l’embouchure du Congo au sud, « about 460 miles » plus loin. Le nom que l’armement nantais donne à cette destination est « Angole ». São Tomé, que la feuille de 1770 nomme comme provenance de trois mille livres de manioc, est une île du golfe de Guinée située au nord-ouest de cette côte, à quelque sept cent quatre-vingt-dix kilomètres de la baie de Loango. Kinamina, que la feuille de 1773 donne comme premier lieu de traite de la campagne de 1772, n’est situé par aucune source du projet.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Que le « Loangue » des deux feuilles soit la baie que Martin nomme « Loango Bay » n’est pas établi par une pièce : les feuilles écrivent un nom sans coordonnée, Martin place une baie sans citer les feuilles. Le rapprochement s’appuie sur la graphie, sur l’identification par Radburn et Eltis du mouillage de la vue peinte de 1770 au large de Loango, et sur le fait que Martin ne porte aucun autre lieu de ce nom sur toute la côte ; un port voisin de la même côte n’est pas exclu. La position qui en résulte est approximative : la latitude est lue sur une carte imprimée, à une quinzaine de kilomètres près, et la longitude, qui n’est pas de Martin, est prise sur le littoral actuel à cette latitude. Les bornes de la côte de Loango sont celles d’une étude de 1972 sur le commerce extérieur du royaume vili, non une limite d’époque : les feuilles de la Marie-Séraphique n’en portent aucune. Que « Angole » désigne cette côte n’est pas une identification du site : la feuille de 1770 écrit « pour Angole » comme destination et « qui a traité a Loangue » comme lieu, et c’est elle qui rapproche les deux mots. Kinamina n’est porté ni par les feuilles au-delà de son nom, ni par la carte de Martin, qui ne nomme rien d’approchant sur toute la côte.
- The External Trade of the Loango Coast, 1576–1870. The Effects of Changing Commercial Relations on the Vili Kingdom of Loango — chapitre I, « The Vili Kingdom of Loango and its Neighbours », deuxième phrase : « After Cape Lopez, the coastline follows a general south-easterly direction as far as the mouth of the Congo River, about 460 miles away » ; carte 1, « West Central Africa », où l’étiquette « Loango Bay » se lit entre les repères de l’équateur et du 5° S ; la latitude qui en est interpolée et sa marge sont données dans la notice de la carte du dossier, assets/cartes/campagnes-marie-seraphique/README.md
- Land et Populated Places, échelle 1:10 millions — couches « Land » et « Populated Places » au 1:10 M : littoral à la latitude lue sur Martin, cap Lopez, embouchure du Congo et ville de São Tomé ; les coordonnées retenues, les distances et le contrôle de la borne de Martin sont donnés dans la notice de la carte du dossier, assets/cartes/campagnes-marie-seraphique/README.md
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1770, bandeau comptable : « pour Angole », « qui a traité a Loangue, dont la vüe est cy dessous », et soute à pain « contenant 3000 livres remplis de Magnoc pris à Saint Thomé » ; feuille de 1773, tableau général de la traite : « commencée a Kinamina le 16. juin 1772. a Loangue le 19. aoust, et finie le 14. 9bre »
Sur les deux feuilles de la Marie-Séraphique, la colonne qui compte les personnes n’a pas de suite, et elle…
Point 102 sur 153 · Interprétation · feuille de 1770 · feuille de 1773
Sur les deux feuilles de la Marie-Séraphique, la colonne qui compte les personnes n’a pas de suite, et elle ne s’arrête pas à la même case : « Reste jusqu’à ce jour » en 1770, un solde arrêté à un jour que la feuille ne date pas ; « Vendus au Cap » en 1773. Celle de l’argent continue au-delà. La vente de 1770 porte 508 150 livres tournois, dont 78 178 seulement au comptant — moins d’un sixième —, le reste venant en treize échéances jusqu’à vingt-quatre mois. Celle de 1773 porte 548 880 livres, dont 251 539 au comptant, le reste inscrit en douze échéances jusqu’à dix-huit mois. Et au moment où la feuille de 1770 arrête ses comptes, il reste 319 397 livres et 11 deniers à recouvrer aux Antilles. Le chiffre que chaque feuille porte pour sa vente est donc un total d’engagements, non une somme reçue.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le rapprochement des deux colonnes est une lecture de ce site ; chacun des faits qu’il relie est lu sur la pièce. Les 319 397 livres et 11 deniers sont un solde à recouvrer au moment où la feuille est dressée, non une perte : la pièce ne dit pas s’ils ont été recouvrés. Ce sont les comptes de l’armement, en livres tournois, non un registre administratif, et aucune des pièces extérieures consultées pour ce dossier ne les confirme. Que la colonne des personnes s’arrête n’établit pas une intention : elle enregistre ce que l’armement avait à suivre. La dernière ligne de 1770 est un solde, non le terme d’une vente : rien n’y dit que les personnes qu’elle compte aient déjà été vendues.
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1770, tableau « Produit à Loangue », dernière ligne « Reste jusqu’à ce jour », et bloc « Vente au Cap », quatorze lignes du comptant à vingt-quatre mois ; bloc « Résultat des opérations » pour le solde de 319 397 livres et 11 deniers. Feuille de 1773, tableau « Produit à la côte », dernière ligne « Vendus au Cap », et bandeau de vente du 14 janvier au 13 février 1773, treize lignes.
Sur le tableau « Produit à Loangue » de la feuille de 1770, les deux lignes qui retranchent des personnes…
Point 103 sur 153 · Interprétation · date non établie
Sur le tableau « Produit à Loangue » de la feuille de 1770, les deux lignes qui retranchent des personnes portent leurs composantes et, dans leur case de total, un signe de néant que ces composantes contredisent. « Port Permis à déduire » compte trois hommes et deux garçons ; « Morts à déduire » compte deux femmes et deux garçons, le chiffre des hommes morts tombant sur une lacune du papier. Les totaux — cinq personnes passées à un compte privé, neuf mortes — ne sont écrits nulle part sur la pièce, quand toutes les autres lignes du tableau portent le leur sous l’intitulé « Têtes ». Sur le tableau « Produit à la côte » de la feuille de 1773, les deux mêmes lignes portent leur total : dix « ports-permis suivant les ordres de l’armateur », sept « Morts en traversé et pendant la vente ». La même maison, trois ans plus tard, totalise les deux lignes qu’elle avait laissées sans somme.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le rapprochement des deux tableaux est une lecture de ce site. Le total de cinq s’obtient en additionnant sa propre ligne, trois et deux ; celui de neuf ne s’obtient que par la colonne, 307 moins 298, puisque le chiffre des hommes morts est perdu dans la lacune. Ce que la feuille de 1770 voulait ou ne voulait pas totaliser n’est pas établi ; seul l’écart entre les deux pièces l’est. Le chiffre de la colonne « Negrittes » ne varie sur aucune ligne des deux tableaux — neuf, puis vingt et un —, mais de si faibles effectifs ne permettent pas d’interpréter l’absence de toute déduction : elle ne prouve pas que les filles aient été traitées autrement.
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1770, tableau « Produit à Loangue », lignes « Port Permis à déduire » (3, néant, 2, néant, néant) et « Morts à déduire » (lacune, 2, 2, néant, néant) ; feuille de 1773, tableau « Produit à la côte », lignes des ports-permis (9, néant, 1, néant, 10) et des morts (5, 1, 1, néant, 7)
Les deux feuilles de la Marie-Séraphique rangent les personnes captives dans le même cadre que les vivres et…
Point 104 sur 153 · Interprétation · date non établie
Les deux feuilles de la Marie-Séraphique rangent les personnes captives dans le même cadre que les vivres et les marchandises. L’eau se compte en barriques — 351 en 1770 pour la cale, le pont et la chaloupe, 335 en 1773 pour la seule cale —, le pain et le manioc en livres, les fèves et le riz en gamelles, c’est-à-dire en rations servies, de sorte que ces soutes-là se comptent en repas. Les personnes se comptent en quatre colonnes triées par âge et par sexe, additionnées sous un intitulé unique, « Têtes ». Et le tableau général de la traite de 1769 range dix-sept colonnes de textiles avant tout autre poste, l’eau-de-vie, les fusils, la poudre et l’étain venant ensuite.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le rapprochement des unités est une lecture de ce site ; chaque unité est lue sur la pièce. Les mots des colonnes sont ceux du commerce de 1770 et de 1773 — « Negres », « Negresses », « Negrillons », « Negrittes », puis « Hommes » et « Femmes » pour les adultes en 1773 — et ce site ne les reprend pas à son compte. Une gamelle est une ration servie ; la feuille ne dit pas ce qu’elle contenait. À partir de quel âge on cesse d’être compté dans l’une ou l’autre colonne d’enfants, elle ne le dit pas davantage.
On ignore qui a commandé les deux feuilles de la Marie-Séraphique, à qui elles étaient destinées et quand…
Point 105 sur 153 · Interprétation · date non établie
On ignore qui a commandé les deux feuilles de la Marie-Séraphique, à qui elles étaient destinées et quand elles ont été exécutées. Bernard Michon recense quatre motifs possibles — célébrer le bilan des expéditions, rendre hommage à l’épouse de l’armateur Jacques Barthélémy Gruel, prénommée Marie-Anne Séraphique et dont le navire porte le prénom, servir de présent des marins à l’armateur pour saluer la clôture des opérations, ou attirer des investisseurs pour le financement de futurs armements — et conclut « qu’il est impossible de trancher, d’autant que les dates précises de réalisation des dessins ne sont pas connues ». La feuille de 1770 porte au bas de son bandeau comptable la mention « L’hermite Fecit. » ; celle de 1773 ne porte aucune signature.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Michon donne l’hypothèse commerciale pour « séduisante » sans la retenir, et elle ne dit pas la même chose que « rendre compte à des intéressés existants » : attirer des bailleurs futurs n’est pas solder une campagne devant ceux qui l’ont financée. Que les feuilles contiennent les comptes d’une campagne est lu sur la pièce ; ce qu’on voulait en faire ne l’est pas. Michon est ici seul témoin, dans un article de synthèse de sept pages.
- La Marie-Séraphique, navire de traite nantais au XVIIIe siècle — section « Contexte : représenter la traite des esclaves africains au 18e siècle » : « Quelles peuvent être les motifs d’une telle commande et qui sont les destinataires de ces images » ; les quatre hypothèses et la conclusion « Il est impossible de trancher, d’autant que les dates précises de réalisation des dessins ne sont pas connues » ; « Une autre hypothèse, séduisante pour l’historien, serait de mettre en avant la finalité commerciale de cette démarche : attirer des investisseurs pour participer au financement des armements »
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1770, mention « L’hermite Fecit. » au bas du bandeau comptable ; feuille de 1773, bandeau comptable, sans signature
Le paiement des captifs vendus par un navire de traite s’effectue soit en marchandises coloniales, soit en…
Point 106 sur 153 · Pratique · date non établie
Le paiement des captifs vendus par un navire de traite s’effectue soit en marchandises coloniales, soit en argent, et s’étale souvent sur plusieurs années. Le calendrier d’échéances que porte une feuille de vente n’est donc pas une particularité de cette vente-là : c’est, selon Michon, une forme fréquente du règlement au Cap-Français.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Un seul témoin, un article de synthèse de sept pages destiné à un large public, qui donne l’énoncé sans exemple chiffré ni renvoi. Michon l’écrit à propos des ventes au Cap-Français ; rien n’assure qu’il vaille identiquement dans les autres colonies ni sur toute la période. « Souvent » est son mot : l’étalement n’est pas une règle, et la durée ne se déduit d’aucune moyenne.
- La Marie-Séraphique, navire de traite nantais au XVIIIe siècle — section « Archive : deux représentations de la Marie-Séraphique » : « Les transactions se déroulent à bord du navire où les captifs sont vendus par lots. Le paiement des captifs s’effectue, soit en marchandises coloniales, soit en argent, et s’étale souvent sur plusieurs années »
La vente des captifs se déroule à bord du navire, où ils sont vendus par lots.
Point 107 sur 153 · Pratique · date non établie
La vente des captifs se déroule à bord du navire, où ils sont vendus par lots. Michon souligne l’importance des escales dites « de rafraîchissements », qui permettent aux marchands négriers de montrer leurs captifs sous un jour plus présentable pour les vendre aux colons.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Un seul témoin, article de synthèse. Michon rattache ces escales à la durée aléatoire de la traversée ; il ne dit pas si la Marie-Séraphique en a fait, et ses deux feuilles n’en portent aucune. « Rafraîchissements » est le mot du commerce, non celui de ce site, et il désigne une opération faite pour la vente, non pour les personnes.
- La Marie-Séraphique, navire de traite nantais au XVIIIe siècle — section « Archive : deux représentations de la Marie-Séraphique » : « On comprend dès lors l’importance des escales dites de “rafraichissements” permettant aux marchands négriers de montrer leurs captifs sous un jour plus présentable pour les vendre aux colons » ; « Les transactions se déroulent à bord du navire où les captifs sont vendus par lots »
Les manuels de commerce et les instructions données aux capitaines par les armateurs prescrivent de ne…
Point 108 sur 153 · Prescription · date non établie
Les manuels de commerce et les instructions données aux capitaines par les armateurs prescrivent de ne regrouper les captifs dans l’entrepont que la nuit ou par mauvais temps, et de les faire sortir à l’air libre de neuf à dix-sept heures, entre les deux repas.
Précisions nécessaires à l’interprétation
C’est ce que le commerce prescrivait, non ce qui a eu lieu : Michon écrit « en principe » et « normalement », et sa source est ce que recommandaient les manuels et les instructions d’armateurs. Aucune pièce de ce fonds n’établit le régime réel d’une journée à bord d’un navire donné. Cette prescription éclaire en revanche la lecture d’un plan d’entrepont dessiné plein : il montre une disposition, non l’occupation d’une journée entière. Un seul témoin, article de synthèse, qui ne cite aucun manuel en particulier.
- La Marie-Séraphique, navire de traite nantais au XVIIIe siècle — section « Archive : deux représentations de la Marie-Séraphique » : « En principe, les captifs ne sont regroupés dans l’entrepont que la nuit ou par mauvais temps […] c’est normalement le cas de 9 à 17 heures, entre les deux repas » ; « selon les recommandations livrées par les manuels de commerce ou les instructions données aux capitaines par les armateurs »
La traversée de l’Atlantique par un navire de traite dure généralement autour de deux mois au XVIIIe…
Point 109 sur 153 · Mesure · date non établie
La traversée de l’Atlantique par un navire de traite dure généralement autour de deux mois au XVIIIe siècle. Sa durée dépend des conditions météorologiques et de la côte africaine de départ : depuis le Sénégal, trois à quatre semaines ne sont pas exceptionnelles ; depuis la côte d’Angola, il faut compter de quarante à soixante jours.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Un seul témoin, article de synthèse, qui donne ces durées sans série ni renvoi. Ce sont des ordres de grandeur et non des mesures : la durée d’une traversée particulière ne s’en déduit pas. Elles ne comprennent pas le temps passé à la côte à acheter les personnes que le navire emportera, qui peut excéder la traversée elle-même — sur la Marie-Séraphique, la traite de 1769 a duré près de quatre mois.
- La Marie-Séraphique, navire de traite nantais au XVIIIe siècle — section « Archive : deux représentations de la Marie-Séraphique » : « Le middle passage dure généralement autour de deux mois, chiffre que l’on retrouve tout au long du 18e siècle […] Depuis le Sénégal, un temps de trois à quatre semaines n’est pas exceptionnel. Depuis la côte d’Angola, comme dans le cas de la Marie-Séraphique qui fait sa traite à Loango, il faut compter de 40 à 60 jours »
Une cloison de bois en forme d’éventail coupe en deux le pont d’un navire de traite.
Point 110 sur 153 · Pratique · date non établie
Une cloison de bois en forme d’éventail coupe en deux le pont d’un navire de traite. Ouverte par une ou deux portes, elle est percée de meurtrières permettant l’usage d’armes à feu contre d’éventuelles rébellions de captifs, et bordée de lames de fer tranchantes destinées à en empêcher l’escalade. Elle protège le gaillard arrière, décrit comme un réduit défensif.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Michon décrit cette cloison sur la « Vue du Cap-Français » de la Marie-Séraphique et la donne pour un dispositif de navire de traite ; la description elle-même n’a qu’un témoin. Radburn et Eltis nomment le barricado sur la même feuille de 1773 et ne le reconnaissent pas sur le plan de 1770, dont la barre portée en travers du pont n’est légendée nulle part : les deux ne sont pas établis comme un même objet.
La vue peinte de la feuille de 1773 montre le pont du navire couvert de monde sur toute sa longueur, devant…
Point 111 sur 153 · Interprétation · 1773
La vue peinte de la feuille de 1773 montre le pont du navire couvert de monde sur toute sa longueur, devant Le Cap-Français. Des figures y vont et viennent en habits de couleur, chapeaux et bas clairs ; plusieurs ont le bras tendu, et l’une pose la main sur une tête. D’autres, peintes en sombre et sans vêtement, sont serrées en groupes contre le bordage et au pied des mâts. Le partage entre les figures serrées en groupes et celles qui circulent ne suit pas la couleur de la peau : parmi les figures qui circulent, plusieurs sont peintes aussi sombres que celles qui sont serrées en groupes — une figure au visage et au cou sombres porte une longue robe claire et une coiffe nouée, et tend la main vers une figure nue qui tend la sienne ; une autre, sombre également, porte un habit bleu à revers et un tricorne ; plusieurs figures sombres portent des vêtements longs. Au milieu du bord, un escalier extérieur descend jusqu’à l’eau : une figure y descend, coiffée d’une coiffure sombre et peinte dans le clair des figures vêtues, et un homme en tricorne attend au bas des marches. Le long du bord, une chaloupe dont les rameurs, en chemise et chapeau, se tiennent debout à leurs avirons ; devant elle, une seconde embarcation où cinq figures vêtues sont assises basses — chemises claires, bonnets et chapeau à large bord, une culotte bleue.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Aucune figure n’est légendée sur la feuille. Que les figures en habits de couleur soient les acheteurs est la lecture la plus vraisemblable d’une scène que son cartouche date du jour de l’ouverture de la vente, mais la pièce ne l’écrit pas. Les figures sombres et vêtues peuvent être des personnes libres de couleur venues à la vente, des personnes asservies au service d’un acheteur ou des membres de l’équipage : ce sont des possibilités, qu’aucune source de ce dossier ne tranche. Ce qui est établi est plus étroit : sur ce pont, la couleur de la peau ne dit pas qui est vendu, et le vêtement ne dit pas qui est libre. Une vue peinte est un regard et non un relevé : elle ne dit pas combien de personnes se tenaient sur le pont, et sa disposition sert la composition autant que le fait. La lecture des figures est celle de ce site, faite sur la pièce.
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1773, vue peinte : le pont sur toute sa longueur, l’escalier de coupée, la chaloupe accostée et la seconde embarcation au premier plan ; au centre gauche du pont, la figure en longue robe claire et coiffe, au visage sombre, qui tend la main vers une figure nue ; plus à droite, la figure en habit bleu et tricorne, au visage sombre ; sur les marches de la coupée, la figure descendante, coiffée sombre et peinte dans le clair
Dans le corpus SlaveVoyages, pour 716 voyages dont la destination principale imputée est la Martinique…
Point 112 sur 153 · Mesure · 1620–1831
Dans le corpus SlaveVoyages, pour 716 voyages dont la destination principale imputée est la Martinique jusqu’en 1831, 176 151 débarquements sont estimés. Parmi les régions principales imputées nommément localisées, la baie du Bénin arrive en tête avec 50 093 personnes, devant l’Afrique centrale occidentale avec 38 067 et la baie du Biafra avec 21 990. La Côte de l’Or en compte 11 154 et la Sénégambie 10 041 ; la catégorie résiduelle « Other Africa », les régions absentes et les autres façades restent séparées.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ces nombres sont des estimations de débarquements rattachées à la région principale imputée d’un voyage, non un recensement des personnes présentes en Martinique ni une distribution de leurs lieux de naissance. La catégorie « Other Africa » compte 31 304 personnes, 4 216 n’ont aucune région imputée dans l’export employé et une ligne de 226 personnes est classée « Puerto Rico » : aucune de ces valeurs n’est redistribuée. Les voyages ayant plusieurs lieux d’achat renseignés ne sont pas ventilés entre ces lieux. L’interface en ligne de SlaveVoyages peut évoluer après l’export sur lequel reposent ces valeurs ; l’ordre macro-régional donné ici est celui de cet export.
Dans le corpus SlaveVoyages, pour 275 voyages dont la destination principale imputée est la Guadeloupe…
Point 113 sur 153 · Mesure · 1620–1831
Dans le corpus SlaveVoyages, pour 275 voyages dont la destination principale imputée est la Guadeloupe jusqu’en 1831, 63 944 débarquements sont estimés. Parmi les régions principales imputées nommément localisées, la baie du Biafra arrive en tête avec 14 075 personnes, à un niveau proche de l’Afrique centrale occidentale avec 13 204, puis viennent la baie du Bénin avec 6 004 et la Sénégambie avec 5 531.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ces nombres portent sur la destination principale et la région principale imputées du voyage ; ils ne mesurent ni la population présente en Guadeloupe à une date donnée ni le lieu de naissance des personnes. La catégorie « Other Africa » compte 11 423 personnes et 3 600 n’ont aucune région imputée dans l’export employé ; elles ne sont pas redistribuées. Les voyages multirégion ne sont pas ventilés. L’interface en ligne de SlaveVoyages peut évoluer après l’export sur lequel reposent ces valeurs ; l’ordre macro-régional donné ici est celui de cet export.
Dans le corpus SlaveVoyages, pour 2 338 voyages dont la destination principale imputée est Saint-Domingue…
Point 114 sur 153 · Mesure · 1620–1803
Dans le corpus SlaveVoyages, pour 2 338 voyages dont la destination principale imputée est Saint-Domingue jusqu’en 1803, 696 011 débarquements sont estimés. Parmi les régions principales imputées nommément localisées, l’Afrique centrale occidentale domine avec 299 953 personnes, devant la baie du Bénin avec 160 045, la Sénégambie avec 43 644 et la baie du Biafra avec 29 574.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ces nombres décrivent des régions principales imputées de voyages et non les lieux de naissance des personnes ni un recensement de la population de Saint-Domingue. La catégorie « Other Africa » compte 84 742 personnes jusqu’en 1803 et 105 personnes n’ont aucune région imputée ; elles ne sont pas redistribuées. Deux cent quarante-neuf voyages n’ont aucun lieu d’achat renseigné et 267 en portent plusieurs. Les cinq voyages postérieurs à 1803 restent dans l’export sous le libellé Saint-Domingue, mais sont exclus ici afin de ne pas prolonger la colonie française au-delà de l’indépendance d’Haïti. L’interface en ligne de SlaveVoyages peut évoluer après l’export sur lequel reposent ces valeurs ; l’ordre macro-régional donné ici est celui de cet export.
Guillaume Durand reclassifie plus de trois cents expéditions représentant 75 538 personnes transportées vers…
Point 115 sur 153 · Mesure · 1700–1794
Guillaume Durand reclassifie plus de trois cents expéditions représentant 75 538 personnes transportées vers la Martinique entre 1700 et 1794 selon leur lieu de traite : 47 % relèvent de « Togo–Bénin », 22 % de « Gabon–Congo–Cabinda », 6 % de « l’Angola », 13 % de l’ensemble « Ghana–Côte d’Ivoire », 10 % de la catégorie « Sénégal et aire mandingue », et 2 % d’« Ibo–Calabar ». Regrouper les deux lignes d’Afrique centrale occidentale donne 28 % dans ce corpus seulement.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Durand indique avoir repris des données publiées par Jean Mettas et Bernard David et classe des lieux de traite de voyages ; il ne reconstitue pas le lieu de naissance individuel des 75 538 personnes. Les six parts ne s’additionnent qu’à l’intérieur du tableau publié par Durand ; les additionner aux estimations SlaveVoyages confondrait deux traitements du même phénomène. La série s’arrête en 1794 et ne décrit pas la traite clandestine du XIXᵉ siècle. Les intitulés géoculturels employés par Durand sont ici rendus par des régions plus immédiatement lisibles sans effacer les six catégories sources.
Trois corpus martiniquais tardifs rendent la baie du Biafra particulièrement visible sans former un total…
Point 116 sur 153 · Interprétation · 1802–1848
Trois corpus martiniquais tardifs rendent la baie du Biafra particulièrement visible sans former un total commun. À Rivière-Pilote, douze des vingt-trois origines précises annoncées pour des baptêmes de 1802 à 1810 sont classées « Moco » ou « Ibo », même si les six effectifs imprimés ne totalisent que vingt-deux. Au Carbet entre 1810 et 1848, une recension place 73 personnes classées « Ibo » en tête de 244 personnes dont l’origine est dite connue, devant 47 classées « Cap Lahou », 46 « Congo », 38 « Sénégalais » et 15 « Mandingue ». Dans le sous-ensemble strict du répertoire de la traite clandestine pour 1815–1830, cinq des douze notices martiniquaises régionalisées mentionnent la baie du Biafra.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les baptêmes de Rivière-Pilote, les personnes recensées au Carbet et les notices d’expéditions clandestines ne comptent pas le même objet et ne sont pas indépendants au sens statistique ; leurs valeurs ne s’additionnent pas. Le texte complet de la monographie du Carbet n’est pas acquis, de sorte que ses chiffres sont portés par la recension contrôlée de Debien. « Moco » possède des attributions concurrentes selon les sources et n’est rattaché à la baie du Biafra ici que dans le calcul déjà publié par le corpus de Rivière-Pilote. Cette convergence établit une visibilité documentaire tardive, non une majorité démographique pour toute la Martinique.
- La population d'un quartier de la Martinique au début du XIXe siècle d'après les registres paroissiaux : Rivière-Pilote, 1802-1829 — p. 357–358 : 131 baptêmes de personnes dites africaines en 1802–1810, 23 origines précises annoncées ; 8 Moco et 4 Ibo parmi les 22 effectifs effectivement ventilés
- Chronique bibliographique de l'histoire des Antilles françaises (1974-1977) — p. imprimées 24 et 26, PDF 15 et 17 : p. 24 identifie la recension de l’étude de Bernard David sur Le Carbet, 1810–1848 ; p. 26 donne 244 Africains d’origine connue, dont 73 Ibos, 47 du Cap Lahou, 46 Congolais, 38 Sénégalais et 15 Mandingues
- Répertoire des expéditions négrières françaises à la traite illégale, 1814–1850 — sous-ensemble strict 1815–1830 du dépouillement local de Daget : 18 notices martiniquaises, 12 régionalisées, 13 mentions non additives dont 5 pour la baie du Biafra
Dans le corpus notarial de Nicole Vanony-Frisch, couvrant 1760–1789 mais dont 98 % des descriptions datent…
Point 117 sur 153 · Mesure · 1760–1789
Dans le corpus notarial de Nicole Vanony-Frisch, couvrant 1760–1789 mais dont 98 % des descriptions datent de 1776–1789, le tableau des origines compte 1 836 personnes dites africaines. Il classe 1 162 personnes sous le terme très large « Nègres de Guinée ». Parmi les désignations plus précises, « Ibo » arrive en tête avec 248 personnes, devant « Congo » avec 87, « Arada » avec 68, « Soso » avec 57, « Caplaou » avec 49 et « Moco » avec 40.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le corpus comprend 213 inventaires d’habitations complétés par d’autres minutes, avec des pertes documentaires et une sous-représentation de la Grande-Terre. Il ne forme ni un recensement de la Guadeloupe ni un échantillon aléatoire. « Guinée » désigne un espace côtier immense et ne peut être réparti entre les régions. Les autres mots sont des catégories historiques consignées par notaires et propriétaires ; ils n’établissent pas automatiquement une naissance ni une identité actuelle. Les 1 836 personnes appartiennent à un corpus distinct des débarquements estimés par SlaveVoyages.
Dans les minutes des notaires Beaulieu et Saunier étudiées pour les Nippes entre 1721 et 1770, Arlette…
Point 118 sur 153 · Mesure · 1721–1770
Dans les minutes des notaires Beaulieu et Saunier étudiées pour les Nippes entre 1721 et 1770, Arlette Gautier compte 1 812 personnes dites africaines. Le tableau régional place la « Côte des Esclaves », correspondant à la baie du Bénin dans la synthèse, à 30,2 %, devant « Congo » à 20,3 %, la « côte du Biafra » à 17,2 %, la « Sénégambie » à 16,6 % et la « Côte de l’Or » à 9,3 %.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le tableau porte sur les Nippes, dans le Sud de Saint-Domingue, et ne représente pas toute la colonie. Ses catégories sont celles d’une étude publiée à partir de désignations notariales historiques : certaines renvoient à des ports, des langues ou des classements plus larges que les appartenances individuelles. Les cinq parts citées font 93,6 % ; le tableau compte aussi Sierra Leone et la Côte des Graines, à 1,7 % chacune, et « Divers », à 2,5 %, et ses huit parts totalisent 99,5 %. Le titre de l’étude donne 1721–1770, tandis que la première colonne du tableau est intitulée 1720–1730.
Deux corpus locaux de Saint-Domingue placent l’Afrique centrale occidentale en tête sans être additionnés.
Point 119 sur 153 · Mesure · Jacmel, 1757–1791 ; achats Laborde, surtout 1769–1791
Deux corpus locaux de Saint-Domingue placent l’Afrique centrale occidentale en tête sans être additionnés. À Jacmel, entre 1757 et 1791, Roseline Siguret compte 520 personnes portant une désignation africaine : « Congo » est la première catégorie avec 165 personnes, devant « Ibo » avec 81, « Arada » avec 46, « Bambara » avec 40 et « Mondongue » avec 34. Pour trois habitations Laborde de la plaine des Cayes, acquises entre 1768 et 1771, Bernard Foubert relève 2 273 entrées dans le compte des achats, chacune correspondant à une personne tenue en esclavage ; 2 031 comportent une désignation africaine. Il situe environ 2 000 de ces opérations entre 1769 et 1791. Le regroupement prudent des désignations donne 908 personnes rattachées à l’Afrique centrale occidentale, 493 à la baie du Bénin et 147 à la baie du Biafra. Parmi les 540 personnes transportées par les navires de la famille Laborde et de ses partenaires, Foubert en relève 510 enregistrées comme « Congo » et rattache cette concentration aux expéditions dirigées vers Cabinda et Malemba.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Jacmel et les trois habitations Laborde couvrent des lieux, des cultures de plantation, des dates et des opérations documentaires différents. Ces deux corpus ne forment ni deux échantillons indépendants de toute la colonie ni un total commun. Les 2 031 désignations africaines sont obtenues en retranchant des 2 273 entrées les 199 « Créoles », 8 « Mulâtres » et 35 « Indéterminés » ; elles ne constituent pas un total directement daté de 1768 à 1791. Le regroupement des désignations Laborde exclut de ses trois principaux agrégats les catégories ambiguës ou non résolues et ne transforme pas une catégorie d’achat en lieu de naissance. Les inventaires de Jacmel entrent en partie dans la base plus large de Geggus ; ils ne constituent donc pas une corroboration indépendante de celle-ci.
- Esclaves d’indigoteries et de caféières au quartier de Jacmel (1757–1791) — p. 224, tableau contrôlé : 333 personnes dites créoles et 520 personnes portant 31 désignations africaines, après exclusion des inventaires répétés de l’atelier Theuret
- L’origine des esclaves des habitations Laborde — p. 103–123, § 2 pour l’acquisition des habitations entre 1768 et 1771, les 2 273 personnes achetées et les quelque 2 000 achats de 1769 à 1791 ; § 39–40 et tableau du § 40 pour les catégories, dont 2 031 désignations africaines par soustraction ; § 20–24, 32 et 53 pour les armements liés à Laborde vers Cabinda ou Malemba et les 510 personnes enregistrées comme « Congo » sur les 540 livrées par ces navires
David Geggus réunit 352 plantations de Saint-Domingue — 126 sucreries, 176 caféières et 50 indigoteries ou…
Point 120 sur 153 · Mesure · 1770–1791
David Geggus réunit 352 plantations de Saint-Domingue — 126 sucreries, 176 caféières et 50 indigoteries ou cotonneries — et 31 382 personnes dont l’origine est dite connue, principalement entre 1770 et 1791. Par pondération sur une population asservie supposée de 480 000 personnes en 1789, il estime la part des personnes classées « Congo » à 23,9 % pour la colonie et celle des personnes nées en Afrique à 53,47 %, avec de fortes variations selon les régions et les cultures.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La base assemble des listes produites à des dates variables et les estimations de 1789 reposent sur des pondérations ainsi que sur une population supposée de 480 000 personnes ; elles ne sont pas un recensement exhaustif. « Congo » est une catégorie historique large, pas un lieu de naissance précis. La base inclut notamment les listes de Siguret et quatorze listes publiées par Debien : ces études ne constituent donc pas des validations indépendantes. Les différences entre Nord, Ouest, Sud et cultures font partie du résultat ; le seul taux colonial ne les résume pas.
- Kongomania and the Haitian Revolution — tableau 1 pour les 352 plantations, leur répartition par culture et les 31 382 personnes d’origine dite connue ; tableau 2 pour 28,8 % Congo dans le Nord, 20,7 % dans l’Ouest, 21,5 % dans le Sud et 23,9 % pour la colonie ; tableau 3 pour 53,47 % de personnes nées en Afrique
Un port d’embarquement établit une sortie maritime et un réseau d’approvisionnement, pas automatiquement un…
Point 121 sur 153 · Interprétation · date non établie
Un port d’embarquement établit une sortie maritime et un réseau d’approvisionnement, pas automatiquement un lieu de naissance. Pour l’effondrement de l’empire d’Oyo entre 1817 et 1836, une étude de modélisation relie un réseau de plus de 250 lieux peuplés de la région aux ports de Lagos, Ouidah, Little Popo, Jakin, Badagry et Porto-Novo afin de calculer, année par année, plusieurs provenances probables conditionnelles à un port. Une étude de la baie du Biafra montre que Bonny et le Vieux-Calabar étaient alimentés par des routes, des marchands et des reventes reliant le delta du Niger à des régions plus intérieures. Une étude de la côte de Loango suit les circulations du royaume du Kongo et de l’arrière-pays angolais vers Boma, Cabinda, Malemba et cette côte.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le modèle d’Oyo est une première approximation propre à 1817–1836, fondée sur des conflits documentés, un réseau supposé constant et des choix statistiques ; il ne peut être appliqué à une autre façade ou période sans nouvelles données. L’étude de la baie du Biafra décrit des mécanismes régionaux, et la thèse sur la côte de Loango des circulations sur plusieurs siècles : aucune ne restitue la route personnelle de chaque personne arrivée aux Antilles. Le principe « port différent de naissance » est robuste ; le dessin exact d’un arrière-pays reste toujours à établir port par port et période par période.
- A Modelling Strategy to Estimate Conditional Probabilities of African Origins: The Collapse of the Oyo Empire and the Transatlantic Slave Trade, 1817–1836 — prépublication arXiv du 25 août 2020 : p. 5 et § 2 pour la borne Oyo 1817–1836, le réseau de plus de 250 lieux peuplés et les données de conflits ; § 2.2, p. 7, et figure 1, p. 8, pour le réseau ; § 3.2, p. 12–13, pour Lagos, Ouidah, Little Popo, Jakin, Badagry et Porto-Novo ; p. 20–23, figures 3–4, et § 5 pour les sorties conditionnelles, les hypothèses et les limites
- The Slave Trade and Culture in the Bight of Biafra: An African Society in the Atlantic World — chapitres 2 et 3 pour l’expansion des réseaux aro et les routes intérieures vers Bonny et Old Calabar ; chapitre 5 pour guerre, enlèvement, condamnation, dette, mises en gage et reventes ; p. 127–132 pour plusieurs expériences de capture et de déplacement
- The External Trade of the Loango Coast and Its Effects on the Vili, 1576–1870 — p. imprimées 222–223, PDF 224–225 : Boma reçoit le commerce du Kongo et le réexpédie vers Malemba et la côte de Ngoyo ; Cabinda reçoit une part du commerce de Sonyo ; l’essor des circulations depuis le royaume du Kongo et l’arrière-pays angolais vers la côte de Loango accompagne la montée de Boma comme entrepôt du fleuve Congo
Le sous-ensemble strict tiré du répertoire de Serge Daget pour 1815–1830 comprend 18 notices d’expéditions…
Point 122 sur 153 · Mesure · 1815–1830
Le sous-ensemble strict tiré du répertoire de Serge Daget pour 1815–1830 comprend 18 notices d’expéditions clandestines à arrivée martiniquaise et 23 à arrivée guadeloupéenne. Douze notices martiniquaises sont régionalisées et cinq mentionnent la baie du Biafra ; seize notices guadeloupéennes sont régionalisées et dix la mentionnent. Le rapport spécial de l’African Institution de 1821 documente sept routes d’arrivée guadeloupéennes régionalisées, dont cinq liées à Bonny ou au Vieux-Calabar, et une route Sénégal–Martinique.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Une notice d’expédition et une mention régionale ne sont ni une personne ni un effectif débarqué. Une expédition peut porter plusieurs régions : les treize mentions martiniquaises ne représentent que douze notices, et les dix-huit mentions guadeloupéennes seize notices. Le répertoire de Daget n’est pas exhaustif et le rapport de l’African Institution recouvre plusieurs de ses cas ; leurs nombres ne s’additionnent pas. Ces corpus rendent visible la concentration tardive de certaines routes vers Bonny et le Vieux-Calabar sans mesurer la composition entière des populations antillaises.
- Répertoire des expéditions négrières françaises à la traite illégale, 1814–1850 — dépouillement local du répertoire de Daget et tableau dérivé associé : 41 notices strictes, dont 18 Martinique et 23 Guadeloupe ; 12 et 16 notices régionalisées ; 13 et 18 mentions régionales non additives contrôlées dans le corps du répertoire
- De l’état actuel de la traite des noirs, rapport spécial présenté le 8 mai 1821, traduit de l’anglais et accompagné d’un avant-propos du traducteur — rapport spécial traduit, p. imprimées 112, 128, 130–131, 134–135 et 138–141, PDF 134, 150, 152–153, 156–157 et 160–163 : sept arrivées guadeloupéennes régionalisées, dont cinq Bonny ou Vieux-Calabar et deux Sénégal, plus le navire Valentine du Sénégal à la Martinique en 1820
’Sibell : enlèvement, retrouvailles et dispersion
Point 123 sur 153 · Témoignage · récit mis par écrit en 1799 ; faits non datés
Dans son récit mis par écrit à la Barbade par John Ford en 1799, ’Sibell raconte qu’un homme présenté comme son beau-frère l’emporte loin de son pays, la fait marcher de nuit comme de jour, puis la vend contre un fusil et de la poudre après un enfermement avec d’autres personnes capturées. Elle dit découvrir alors les personnes blanches, les grands navires et le bruit des vagues. À bord, elle reconnaît Mimbo, Dublin, Sally et d’autres personnes de son pays ; les ventes les dispersent ensuite sans qu’elle sache ce qu’elles sont devenues.
Précisions nécessaires à l’interprétation
’Sibell ne s’auto-écrit pas : Ford met son récit par écrit dans des circonstances inconnues, et Handler en donne une édition, non un fac-similé. Le texte s’arrête après l’entrée dans le navire et la dispersion par les ventes ; il ne décrit ni les jours en mer ni l’arrivée. Aucun des noms qu’elle rapporte — Mimbo, Dublin, Sally — ne permet d’assigner une origine ethnolinguistique individuelle.
Dans une lettre envoyée du Cap le 17 juillet 1762, Lugny recommande de remplacer la vente à bord des navires…
Point 124 sur 153 · Prescription · 1762-07-17
Dans une lettre envoyée du Cap le 17 juillet 1762, Lugny recommande de remplacer la vente à bord des navires par une vente à terre des personnes déportées. Il propose de tenir séparé le groupe venu de chaque navire dans des magasins aérés, d’aménager un lieu pour les malades et de faire supporter les frais par le commerce. Son argument associe la réduction des morts et des maladies aux intérêts des armateurs et des acheteurs, avec une comparaison explicite à la pratique de la Martinique.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La lettre expose une proposition administrative et commerciale ; elle ne prouve pas que la vente à terre ait été imposée ou pratiquée au Cap. Elle traite les personnes transportées comme des cargaisons, ne les nomme pas et ne conserve pas leur point de vue. La pétition ouverte à droite de la vue 109 après le règlement du 9 mars 1764 est une pièce distincte.
Juda : fers cassés et garde mise en échec
Point 125 sur 153 · Pratique · Épisode rapporté : août 1753 · Lettre : 19 octobre 1753
Dans une lettre du 19 octobre 1753, le conseil du fort français de Juda écrit que les fers disponibles sont si mauvais que les personnes captives les cassent facilement et se révoltent. Il présente ces faits comme récurrents et mentionne un nouvel épisode en août 1753. Selon le conseil, cette situation l’empêche d’exécuter l’ordre de la Compagnie de placer dans la « captiverie » du fort les personnes captives détenues par les capitaines français en traite à Juda. Il demande que ces capitaines apportent les chaînes et fers nécessaires et souhaite faire forger d’autres entraves.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La pièce est produite par les agents français chargés de contrôler le fort et les personnes détenues. Elle ne nomme aucune personne captive et ne donne ni leur nombre, ni le jour, ni le lieu précis, ni le déroulement, ni l’issue de l’épisode d’août. L’ordre de la Compagnie et l’impossibilité déclarée de l’exécuter faute d’entraves jugées solides doivent rester distincts d’une pratique établie de dépôt systématique dans la captiverie. Les chaînes demandées et les fers que le conseil souhaite faire forger sont des mesures projetées, non leur mise en œuvre.
- Lettres, états et comptes du fort Saint-Louis de Juda, juin 1753-juillet 1754 — duplicata de la lettre du conseil datée du 19 octobre 1753, vues 651-652 ; exemplaire non marqué duplicata, vues 654-655 : ordre de mise à la captiverie, faiblesse des fers, captifs qui les cassent et se révoltent, épisode d’août, chaînes et fers demandés aux capitaines, projet de forge et risques invoqués ; dates et titres vues 651 et 654
- Ouidah: The Social History of a West African Slaving ‘Port’, 1727–1892 — chap. 1, p. 18, PDF p. 32 : tableau des formes européennes du nom, dont « Juda » en français, pour la ville aujourd’hui appelée Ouidah ; introduction, p. 1, PDF p. 15 : situation d’Ouidah dans l’actuelle République du Bénin
Le 19 mai 1788, un compte d'avitaillement pour le navire français La Seine place sous le titre « Vivres pour…
Point 126 sur 153 · Pratique · 1788-05-19
Le 19 mai 1788, un compte d'avitaillement pour le navire français La Seine place sous le titre « Vivres pour les nègres » des fèves, du riz, du biscuit, du « petit bœuf », du vin, du sel, du vinaigre, un « élixir de Stoughton », du tabac et des pipes. Il consigne ainsi des achats ou des provisions prévus pour les personnes qui doivent être déportées à bord.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce compte documente un achat ou une prévision d'avitaillement. Il n'établit ni ce qui a effectivement été embarqué, ni les rations distribuées, ni ce que chaque personne a reçu ou consommé. Le titre cité est celui que les producteurs du compte imposent aux personnes visées.
- Livre du premier voyage de La Seine : cargaison, traite, vente et chargement de retour — F/5851, vues 3–4 : compte daté du 19 mai 1788, rubriques « Vivres pour les nègres » et lignes des fèves, du riz, du biscuit, du bœuf, du vin, du sel, du vinaigre, de l’élixir de Stoughton, du tabac et des pipes
Dans une déclaration du 28 juin 1784, les officiers du navire français La Bonne Société disent être partis…
Point 127 sur 153 · Événement · 1784-05-21–1784-06-28
Dans une déclaration du 28 juin 1784, les officiers du navire français La Bonne Société disent être partis de Loango le 21 mai pour Port-au-Prince, à Saint-Domingue, alors que la coque du navire laissait déjà entrer plus d’eau de mer qu’à l’ordinaire et qu’on actionnait les pompes toutes les deux heures. Après un grain violent et une mer très grosse, qui aggravent la fuite, ils font fonctionner continuellement les deux pompes avec des personnes captives et des marins. L’équipage se dit fatigué et atteint du scorbut ; les officiers décident alors de gagner la première île afin de mettre les personnes captives à terre et d’y faire soigner les marins malades.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La déclaration est produite par les officiers du navire : elle ne dit ni comment le travail était réparti entre les personnes, ni ce qu'en pensaient les personnes captives. Elle ne mesure pas l'effet propre de ce travail sur l'issue du navire. Elle ne nomme pas la « première île » que les officiers décident de gagner.
- Archives de l'armement, de la vente, de l'assurance et de la liquidation de La Bonne Société — MS 2290, fol. 55r, vue 35 : déclaration datée du 28 juin, départ de Loango le 21 mai pour Port-au-Prince, eau déjà plus abondante qu’à l’ordinaire et pompes actionnées toutes les deux heures, grain violent et mer très grosse, fonctionnement continuel des deux pompes avec le concours de personnes captives et de marins, équipage fatigué et atteint du scorbut, décision de gagner la première île, d’y mettre les personnes captives à terre et d’y soigner les marins malades
Dans son journal de La Rosalie, Augustin David Osmond compte 23 décès parmi les 523 personnes captives…
Point 128 sur 153 · Mesure · 1789-10-27–1789-12-05
Dans son journal de La Rosalie, Augustin David Osmond compte 23 décès parmi les 523 personnes captives parties de Loango pendant les 38 jours qui vont du premier jour de mer, le 28 octobre 1789, à l'arrivée à la pointe de la Caravelle, en Martinique, le 5 décembre.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Osmond produit le journal depuis l'équipage et désigne rarement les personnes mortes autrement que par une catégorie de sexe et d'âge. Les causes portées en marge sont ses qualifications. Dans leur étude de ce journal, Delente et Delente donnent 518 personnes et 31 morts avant la Martinique ; ces nombres ne concordent ni avec les 523 personnes du départ ni avec les 23 décès que le manuscrit relève jusqu'à la Caravelle, et ce sont ceux du manuscrit qui sont retenus.
À Malimbe, avant le départ de La Seine, la sortie du corps d'une personne morte dans l'espace des malades…
Point 129 sur 153 · Événement · 1788-12-12–1789-03-10
À Malimbe, avant le départ de La Seine, la sortie du corps d'une personne morte dans l'espace des malades détourne l'attention des surveillants le 12 décembre 1788. Un homme et un garçon malades franchissent alors la palissade, gagnent la côte à la nage et ne sont pas retrouvés. Le 10 mars 1789, quatre garçons et un homme malades ou infirmes profitent du déplacement des infirmiers, ouvrent la porte, pratiquent une ouverture dans la palissade, gagnent la côte et ne sont pas repris après plus de cinq heures de recherche.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les deux procès-verbaux sont produits par le capitaine et les officiers. Ils ne nomment aucune des sept personnes, ne rapportent pas leurs paroles et ne permettent pas de suivre leur vie après la fuite. Ces actions appartiennent au séjour du navire à Malimbe et précèdent son passage atlantique.
Le 20 avril 1784, alors que la chaloupe et le canot de La Bonne Société sont absents, des personnes captives…
Point 130 sur 153 · Événement · 1784-04-20
Le 20 avril 1784, alors que la chaloupe et le canot de La Bonne Société sont absents, des personnes captives s'emparent d'une hache, affrontent les tirs des marins et tentent de gagner la mer. Le procès-verbal des officiers donne douze personnes noyées, dont dix hommes et deux femmes, et treize blessées à la tête ; les personnes restées à bord sont ensuite renvoyées dans l'entrepont et mises aux fers.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le procès-verbal est la version des officiers responsables du navire. Il ne nomme aucune personne captive, ne conserve pas leurs paroles et ne permet pas de distinguer leurs objectifs individuels. L'événement se déroule au mouillage à Loango, avant le passage atlantique ; ses nombres ne décrivent pas une pratique générale.
- Archives de l'armement, de la vente, de l'assurance et de la liquidation de La Bonne Société — MS 2290, fol. 54v–55r, vues 34–35 : absence des embarcations, hache saisie, tirs, sauts à la mer, douze personnes noyées, treize blessées à la tête, retour dans l'entrepont et mise aux fers
Dans le récit envoyé par Hamilton Montgomery et publié par la Boston News-Letter, le King David fait route…
Point 131 sur 153 · Témoignage · 1750-05-08–1750-05-14
Dans le récit envoyé par Hamilton Montgomery et publié par la Boston News-Letter, le King David fait route en mer, venu de la côte de Guinée (« bound from the Coast of Guinea »), et les personnes captives ne sont pas aux fers le matin du 8 mai 1750. Un groupe de quinze personnes lance l'action, s'empare des armes, tue le capitaine Edmund Holland et cinq membres de l'équipage, obtient la reddition des autres puis jette neuf marins entravés à la mer. Le premier officier est gardé pour conduire le navire. Après vingt-quatre heures de dérive, ils exigent que le navire soit conduit vers la Côte de l'Or, Calabar ou São Tomé ; leur chef, persuadé qu'on ne pourra pas y parvenir, se range au choix d'une terre où ne vit aucun homme blanc, et La Désirade (« Desiada »), petite île à l’est de la Guadeloupe, est choisie et atteinte le 14 mai, six jours après la prise du navire ; deux hommes blancs et quatre Africains sont alors placés dans une embarcation envoyée vers l'île : si des hommes blancs y vivent, ils doivent revenir, et le reste de l'équipage doit être tué.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le récit est transmis depuis un membre de l'équipage par une chaîne de presse et attribue lui-même rôles, discours et intentions. Il ne nomme aucune personne captive. La première version imprimée du document 218 parle au contraire du 28 mai, d'un navire de Liverpool, d'environ cent hommes français, d'un sloop et de Port-Louis : les deux branches sont contradictoires, non les étapes d'une même chronologie. L'embarcation envoyée le 14 mai n'atteint pas l'île selon la suite du récit de Montgomery.
- Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume II, The Eighteenth Century — document 218, p. 486–487, vues PDF 550–551 : récit attribué à Hamilton Montgomery dans la Boston News-Letter du 6 septembre 1750, action du 8 mai, reddition et mise aux fers de l'équipage, neuf hommes jetés à la mer, maintien du premier officier, vingt-quatre heures de dérive, destinations discutées, La Désirade le 14 mai et embarcation de six personnes
Selon le récit publié par la Boston News-Letter, le King David mouille le 19 mai 1750 dans une île…
Point 132 sur 153 · Interprétation · 19 mai 1750, mouillage dans une île française · vers le 5 juin 1750, à Saint-Christophe · vers le 2 août 1750, départ de Saint-Christophe · 22 septembre 1750, retour à Bristol selon Richardson (variantes : 20 septembre, 10 octobre)
Selon le récit publié par la Boston News-Letter, le King David mouille le 19 mai 1750 dans une île française, en un lieu dont le nom imprimé n'est pas résolu, où Montgomery ne mentionne qu'une aide française limitée. L'entrée de voyage publiée par l’historien David Richardson situe ensuite le navire à Saint-Christophe vers le 5 juin, son départ de l'île vers le 2 août et donne le 22 septembre pour son retour à Bristol, avec des variantes au 20 septembre et au 10 octobre 1750.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le toponyme imprimé par Donnan comme « Grand-tier Point, in Teage » n'est pas identifié. Richardson reconstruit les dates de Saint-Christophe depuis le rôle d'équipage et les marque comme approximatives. Les 350 personnes de son champ 9 constituent un effectif prévu, non un nombre réellement embarqué ou débarqué ; le champ 12 est vide. Aucune des deux sources n'établit ce que deviennent les personnes captives après le contact français.
- Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume II, The Eighteenth Century — document 218, p. 487, vue PDF 551 : mouillage du 19 mai au toponyme imprimé « Grand-tier Point, in Teage, a French Island », « small Assistance » française et absence déclarée de suite sur le navire ou les personnes captives
- Bristol, Africa and the Eighteenth-Century Slave Trade to America, volume III, The Years of Decline, 1746–1769 — p. xii–xiii, vues PDF 14–15, pour la définition des champs et le caractère approximatif des dates tirées des rôles d'équipage ; entrée King David 1749/17, p. 31, vue PDF 67, pour Saint-Christophe, les dates approximatives de juin et août, le retour à Bristol et l'absence de nombre livré ou vendu
Dans la déclaration reçue au Cap-Français le 16 juin 1789, le capitaine et les officiers de La Seine disent…
Point 133 sur 153 · Mesure · 1788-10-04–1789-06-17
Dans la déclaration reçue au Cap-Français le 16 juin 1789, le capitaine et les officiers de La Seine disent avoir mouillé à Malimbe le 4 octobre 1788, y avoir acquis 400 personnes, puis avoir quitté la côte le 13 avril 1789, relâché à l'île de l'Ascension le 30 avril et atteint le Cap le 15 juin. Ils retranchent sept personnes parties à la nage avant le départ et 43 mortes pendant le voyage pour déclarer 350 personnes présentes : 400 = 7 + 43 + 350. Le 17 juin, après que le capitaine a juré que personne n'a été débarqué ni n'est mort depuis l'arrivée, les agents montés à bord comptent eux aussi 350 personnes.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La déclaration et le serment sont produits par les responsables du voyage ; le second chiffre de 350 provient du compte des agents de l'amirauté. Aucun de ces documents ne nomme les personnes déportées. Le bilan ne donne ni leurs trajectoires individuelles, ni les circonstances des 43 décès, ni la composition par âge ou sexe. Les sept fuites appartiennent au séjour de La Seine à Malimbe et précèdent le départ du 13 avril.
Le journal de La Rosalie compte 523 personnes captives au départ de Loango le 27 octobre 1789.
Point 134 sur 153 · Mesure · 1789-10-27–1790-01-27
Le journal de La Rosalie compte 523 personnes captives au départ de Loango le 27 octobre 1789. Il porte 23 décès pendant les 38 jours de mer jusqu'à la pointe de la Caravelle, neuf autres jusqu'au 1er janvier 1790, puis inscrit 487 personnes dans les quatre catégories de son tableau du 2 au 27 janvier et isole encore quatre morts. Additionnés, ces quatre nombres redonnent les 523 personnes du départ : 23 + 9 + 487 + 4 = 523.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le journal et le tableau sont produits depuis le navire et l'opération de vente. Les 487 personnes sont inscrites dans les catégories du tableau ; cette inscription n'établit pas à elle seule l'issue individuelle de chaque personne ni les modalités de la vente. Les 518 personnes et 31 morts avant l'arrivée que donnent Delente et Delente ne concordent pas avec ces nombres du manuscrit, qui sont ceux retenus.
Le compte de vente de La Bonne Société annonce 425 personnes et situe à Saint-Pierre, en Martinique, une…
Point 135 sur 153 · Mesure · du 9 août à septembre 1784
Le compte de vente de La Bonne Société annonce 425 personnes et situe à Saint-Pierre, en Martinique, une vente conduite par le négociant Coeron. La liste s'ouvre le 9 août 1784. Elle inscrit les acheteurs sous la formule « à Messieurs », puis, sans nommer les personnes vendues, consigne leur nombre, des catégories commerciales, le montant de l'opération et, pour certaines lignes, un délai en mois. Elle inscrit 343 personnes, en retranche une et compte 342 personnes vendues. Cinq lignes supplémentaires ventilent 83 autres personnes entre des pertes et situations distinctes, dont 38 morts pendant la vente à Saint-Pierre.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les 425 personnes forment le total annoncé par le compte, non un nombre de ventes. Les catégories sont celles du scribe marchand et ne décrivent pas les identités des personnes ; les noms portés dans la colonne des acheteurs ne donnent pas celui des personnes vendues. Parmi les 83 personnes hors des ventes nettes, la signification d'une ligne de huit reste indéterminée ; la cause de la déduction d'une personne reste incertaine. Les 38 morts sont un total du compte, sans noms, dates individuelles ni causes. Le nom du négociant se lit « Coeron » aux vues 116 et 121 du registre.
- Journal de traite, compte de vente et liquidation de La Bonne Société — MS 2291, pages manuscrites 112–113, vues 116–117 : titre du compte, Saint-Pierre et le négociant « Coeron », nom porté aussi à la vue 121 (état des effets qui lui sont remis) ; ouverture de la liste le 9 août 1784 ; colonnes des acheteurs, des nombres et catégories, des sommes et des termes en mois ; 343 personnes inscrites, une déduction, total net de 342 personnes vendues ; cinq lignes supplémentaires totalisant 83 personnes, dont 38 mortes pendant la vente à Saint-Pierre
Equiano : enlèvement, séparations et transferts
Point 136 sur 153 · Témoignage · récit publié en 1789 ; faits non datés
Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte que deux hommes et une femme le saisissent avec sa sœur dans la maison familiale pendant que les adultes travaillent aux champs. Les ravisseurs leur lient les mains ; Equiano dit avoir été bâillonné puis placé dans un sac après avoir appelé des passants. Les deux enfants passent plusieurs nuits ensemble avant d’être séparés alors qu’ils se tiennent. Equiano passe ensuite entre plusieurs détenteurs. Chez un chef qui travaille le fer, il actionne les soufflets, observe le soleil pour chercher la direction de sa maison, tue accidentellement un poulet et se cache dans un fourré voisin en s’attendant à être fouetté sur-le-champ. Il entend ceux qui le cherchent juger la route de sa maison trop longue et trop embrouillée pour lui, écrit s’en être alors convaincu lui-même et avoir renoncé au départ qu’il préparait pour la nuit ; il quitte le fourré à la nuit tombée, se couche dans les cendres de la cuisine de son maître, d’où il était parti, et y est découvert au matin. Après une nouvelle vente, il retrouve sa sœur pendant une nuit ; leurs détenteurs les laissent se tenir les mains, puis les séparent de nouveau le matin. À Tinmah, une veuve l’achète et le fait vivre avec son fils pendant environ deux mois avant qu’il soit emmené sans avertissement. Il dit poursuivre sa route à pied et en canot, à travers des régions où l’on parle des langues différentes, puis atteindre la côte six ou sept mois après l’enlèvement.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le lieu de naissance d’Equiano et le statut autobiographique de ses premiers chapitres sont disputés. Le registre de son baptême de 1759 et un rôle du Racehorse de 1773 portent la Caroline du Sud ; Vincent Carretta les juge assez importants pour contester une lecture directement autobiographique, sans tenir les preuves pour concluantes. Paul Lovejoy conteste l’application de ces deux mentions à une naissance américaine et propose de reconnaître Usaka et Ikwuano dans le récit africain. Le site ne tranche pas : il attribue chaque détail à la publication de 1789 et ne transforme pas en étapes établies la localisation que propose Lovejoy. Le récit ne permet pas de cartographier précisément la route entre la maison familiale et la côte.
- The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African — volume I, chapitre II, p. 46–51 pour l’enlèvement, les mains liées, le bâillon, le sac et les premières nuits ; p. 49–62 pour les deux séparations et la réunion temporaire avec sa sœur ; p. 51–58 pour le travail des soufflets, l’orientation par le soleil, la fuite et le retour, dont p. 53–54 pour le poulet tué d’un caillou, la menace de la femme qui en avait la charge et l’attente d’une bastonnade immédiate, et p. 55–57 pour la journée passée caché, ce qu’il entend dire de la distance et du chemin, et le retour le soir dans les cendres de la cuisine ; p. 62–70 pour Tinmah, les deux mois dans la maison de la veuve, les changements de langues, les déplacements à pied et en canot et l’arrivée à la côte après six ou sept mois
- Equiano, the African: Biography of a Self-Made Man — p. 28–38 pour la reconstruction proposée du voyage africain et de l’Ogden ; p. 146–148 pour le registre de baptême et le rôle du Racehorse ; p. 303–320 pour l’analyse de la construction littéraire des premiers chapitres
- Where was Gustavus Vassa, also Known as Olaudah Equiano, Born? Revisiting an Old Question — p. 3 et 6–15, notes 2, 30, 39–50 et 52–69, pour la critique des deux documents portant la Caroline du Sud, l’identification proposée d’Essaka à Usaka et d’Equiano à Ikwuano, et les limites des correspondances invoquées
Nealee : refus, fuite et abandon rapporté
Point 137 sur 153 · Témoignage · 1797
Dans le récit de son voyage publié en 1799, Mungo Park raconte qu’en 1797 Nealee avance dans une caravane dirigée par Karfa Taura vers la Gambie. Lorsqu’elle ne parvient plus à marcher, les hommes qui conduisent la caravane retirent sa charge et la donnent à une autre personne captive. Nealee refuse de manger, dit qu’elle préfère mourir et tente de s’enfuir. Elle est fouettée à deux reprises. Après un premier essai sur un âne, quatre personnes captives se relaient par paires pour la porter sur une litière de bambous ; elle est ensuite replacée sur l’âne et en tombe. Park part alors en tête. Plus tard, un homme asservi au service de Karfa rapporte le vêtement de Nealee et dit que Karfa et le maître d’école ont refusé de la tuer mais l’ont laissée sur la route.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Park est un voyageur britannique qui accompagne la caravane, non un témoin extérieur à toutes ses opérations. Il voit la marche, les refus, la tentative de fuite, les coups et les moyens de transport jusqu’à son départ en tête ; la décision finale de Karfa et du maître d’école lui est rapportée ensuite par un homme asservi dont le livre ne conserve pas le nom. Park ne voit ni la mort de Nealee ni ce qui lui arrive après l’abandon.
Autour de la Justice : garanties et refus d’aborder
Point 138 sur 153 · Témoignage · 1669
Delbée, commissaire général de la Marine, commande la Justice, que la Compagnie des Indes occidentales envoie en 1669 sur la côte du golfe de Guinée pour la traite et pour y fonder un établissement. Au cours de ce voyage, Delbée rapporte deux situations où des habitants se méfient des Français au moment de monter à bord. Dans la première, Delbée écrit que ces habitants attendent que les Français prennent de l’eau de mer dans la main et la versent sur leurs propres yeux avant de monter à bord ; ils tiennent ce geste pour la garantie qu’ils ne seront pas retenus. Delbée écrit aussi qu’un Français nommé Gelée aurait enlevé plusieurs personnes neuf ou dix ans plus tôt et que d’autres Français auraient ensuite été tués. Dans la seconde, le 26 décembre 1669 au soir, devant Assenay, des hommes venus en canot vers la Justice reconnaissent des Français et se jettent à la mer plutôt que de monter à bord. Delbée écrit que des Anglais leur ont fait croire que les Français sont des gens sans parole qui enlèvent tous ceux qui viennent commercer avec eux le long de la côte. Le lendemain matin, comme les habitants ne veulent toujours pas venir à bord, la Justice repart, puis doit s’arrêter de nouveau faute de vent. Des hommes venus en canot de Benay, bourg voisin, rapportent alors à Delbée cette explication du refus des habitants d’Assenay et l’invitent à jeter l’ancre devant leur bourg ; Delbée refuse pour poursuivre sa route selon ses ordres.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le journal transmet le récit et les interprétations de Delbée ; il ne fournit ni le témoignage direct des habitants, ni une pièce indépendante sur les enlèvements attribués à Gelée, ni le détail des informations données par les Anglais. Il ne dit pas ce que deviennent les hommes qui se jettent à la mer devant Assenay. Les hommes qui hésitent ou refusent de monter à bord ne sont pas présentés comme captifs. Ces deux situations ne prouvent pas que toutes les relations entre habitants et Français suivent ce modèle.
- Journal du voyage du sieur Delbée aux isles, dans la coste de Guinée — tome II, p. 347–348 pour la qualité de commissaire général de la Marine portée au titre du journal, l’envoi de la Justice par la Compagnie des Indes occidentales pour la traite et pour un établissement sur la côte d’Ardres, et le commandement donné à Delbée ; p. 358–359 pour le signe accompli avec l’eau de mer, la méfiance, l’enlèvement de plusieurs personnes attribué à Gelée neuf ou dix ans auparavant et les morts françaises rapportées ; p. 356 et p. 378 pour le mois, les entrées datées allant du 13 décembre 1669 au 1er janvier 1670 ; p. 367–369 pour la soirée du 26 décembre devant Assenay, les hommes venus en canot qui se jettent à la mer plutôt que de monter à bord, l’avertissement attribué aux Anglais, le départ du lendemain à neuf heures, le nouvel arrêt faute de vent, le canot de Benay qui rapporte cette explication et invite la Justice à jeter l’ancre devant ce bourg, le refus de Delbée et la description d’Assenay et de Benay comme deux bourgs distants de deux lieues
Les bornes britannique et française de l’interdiction
Point 139 sur 153 · Interprétation · 1807–1818
Audra A. Diptee emploie 1807 comme borne de la fin de la traite britannique. Pour la France, Serge Daget qualifie d’illégale la traite sanctionnée en théorie depuis 1814 et dotée de moyens officiels de répression à partir de 1818. Ces dates et ces degrés d’application ne forment pas une interdiction atlantique unique. Les voyages concernés doivent être qualifiés selon la puissance, le droit applicable, le lieu et la date, en examinant comment l’interdiction, la dissimulation ou la répression peuvent en modifier la forme. Ces bornes ne qualifient pas le statut juridique des captures commises en Afrique.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Diptee emploie 1807 comme borne de la traite britannique dans un article consacré aux enfants, non comme une analyse détaillée de la loi et de son application. Daget qualifie le régime français sans reproduire les textes qui le fondent ; « en théorie depuis 1814 » est sa formule et ne doit pas être transformée en application immédiate et uniforme.
Entraves, charges et ravitaillement d’un convoi
Point 140 sur 153 · Témoignage · livre publié en 1738 ; convoi non daté
Dans le livre sur la Gambie publié par Francis Moore en 1738, des groupes de trente à quarante personnes sont attachés cou à cou par des lanières de cuir, à environ un yard de distance. Certaines portent sur la tête un paquet de maïs ou une défense d’éléphant ; le groupe emporte aussi dans des outres l’eau nécessaire aux étapes où il n’en trouve pas.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le volume de 1738 assemble le journal remanié de Moore, d’autres récits et des pièces de la Royal African Company. Ce passage ne nomme aucune personne, n’établit pas un itinéraire individuel et ne permet pas de donner une destination antillaise aux groupes décrits. Le yard est une unité d’époque ; l’équivalence avec un peu moins d’un mètre aide à comprendre l’espacement sans prétendre à une précision supérieure.
Cugoano : communication empêchée avant le départ
Point 141 sur 153 · Témoignage · livre original publié en 1787 ; faits non datés
Cugoano raconte qu’une fois les captifs conduits au navire, des marchands noirs montent à bord tandis que le bâtiment reste plusieurs jours en vue de leur pays. Les captifs sont repoussés sous le pont et ne peuvent parler à ces visiteurs. La traduction française publiée en 1788 attribue cette dissimulation et cette interdiction aux responsables du navire. Cugoano ne trouve donc personne à qui faire connaître sa situation pour qu’Accasa, dans la maison duquel il vivait à Agimaque, en soit averti.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La traduction française de 1788 transmet le même livre que l’original anglais publié l’année précédente : elle précise la formulation et documente sa circulation française, mais ne constitue pas une confirmation indépendante. Cugoano ne nomme ni les marchands qui montent à bord, ni les responsables du navire. Le livre présente Ambro Accasa comme le neveu du roi défunt et non comme un parent de l’enfant ; Cugoano vivait dans sa maison à Agimaque. Le passage établit l’impossibilité, dans cette situation, de faire avertir Accasa ; il ne permet pas de généraliser ce procédé à tous les navires ni d’identifier une tentative de message effectivement commencée.
- Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species — p. 6 et 9–10 de l’édition de 1787 : p. 6 la naissance à Agimaque et la maison d’Ambro Accasa, que le livre présente comme le neveu du roi défunt et non comme un parent de l’enfant ; p. 9–10 l’arrivée au navire, les marchands noirs montant à bord, les captifs repoussés dans les entreponts et empêchés de leur parler, et les plusieurs jours en vue du pays sans que Cugoano puisse faire avertir Accasa à Agimaque
- Réflexions sur la traite et l'esclavage des Nègres, traduites de l'Anglais, d'Ottobah Cugoano, afriquain, esclave à la Grénade et libre en Angleterre — p. 15–16 de la traduction française de 1788 : navire restant le long de la côte, visiteurs venus négocier, captifs cachés sous le pont par les responsables du bâtiment et interdiction de leur parler
À Axim, commercer de nuit sous la menace de capture
Point 142 sur 153 · Témoignage · 1731-08-09
Le 9 août 1731, devant Axim, sur le littoral de l'actuel Ghana, Robert Durand écrit que des habitants peuvent apporter des personnes captives à bord du Diligent seulement de nuit, parce qu'ils seraient eux-mêmes capturés s'ils étaient vus. Des gens venus à bord depuis le fort d'Axim, qui appartient aux Hollandais, proposent aussi un garçon ; Durand écrit que l'on ne s'accorde pas sur son achat.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Durand ne nomme ni les personnes qui apportent les captifs, ni le garçon proposé, et ne dit pas qui capturerait ces porteurs s'ils étaient vus. Son énoncé décrit le risque qu'il comprend à Axim ; il n'établit pas à lui seul une pratique générale de toute la côte.
- Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732 — p. 33, entrée du 9 août : commerce nocturne parce que ceux qui apportent les captifs seraient eux-mêmes pris s'ils étaient aperçus ; garçon proposé à bord depuis le fort, sans accord sur son achat ; fort d'Axim appartenant aux Hollandais ; pages manuscrites consultables dans le fac-similé Yale, objet 2007542, lié à la notice
Après les enlèvements attribués à Demarais
Point 143 sur 153 · Témoignage · 1731-08-30
À l’escale que son journal nomme « Ceuta », le 30 août 1731, Robert Durand explique que le capitaine français Demarais avait enlevé plusieurs personnes captives et emporté des marchandises sans les payer dans plusieurs escales. Depuis ces actions, écrit-il, les vendeurs craignent de monter à bord des navires français : les officiers doivent descendre à terre avec leurs marchandises. Pierre Valteau, second capitaine du Diligent, passe une nuit à terre dans une case et doit veiller les armes à la main contre des hommes qui, selon Durand, attendent que ses compagnons et lui s’endorment pour forcer la case et le voler ; Durand ajoute que ces hommes ne cherchent qu’à venger l’enlèvement de leurs camarades. Durand rapporte ensuite que les canotiers qui devaient conduire Valteau jusqu’au canot du navire font des difficultés et que Valteau y parvient dans la pirogue d’un bâtiment hollandais. Valteau leur paie pourtant un fusil, en plus de plusieurs bouteilles d’eau-de-vie, pour éviter des difficultés avec eux ; Durand écrit qu’on ne leur aurait pas donné tout cela si on ne les avait pas craints. Le journal ne dit pas si ces canotiers sont ceux qui voulaient venger leurs camarades.
Précisions nécessaires à l’interprétation
L'enlèvement, les impayés, la nuit de Valteau à terre et le motif de vengeance sont rapportés par Durand, qui n'en est pas témoin direct et défend aussi la sûreté et le commerce de son propre équipage. Il ne nomme aucune des personnes enlevées ni leurs camarades, et son récit ne permet pas de confondre l'ensemble des habitants de l’escale appelée « Ceuta » dans le journal, d'Axim et d'Accra.
- Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732 — p. 1 et p. 5 pour le rang de second capitaine de Pierre Valteau ; p. 49, entrée du 29 août, pour la case que Valteau va prendre à terre ; p. 50–51, entrée du 30 août : enlèvements imputés à Demarais, insécurité à bord, commerce français déplacé à terre, nuit de Valteau dans sa case, veille armée contre ceux qui attendent le sommeil de ses occupants pour la forcer, vengeance des camarades, difficultés des canotiers, passage par la pirogue hollandaise jusqu’au canot, fusil et eau-de-vie payés aux canotiers par crainte ; pages manuscrites consultables dans le fac-similé Yale, objet 2007542, lié à la notice
Nicolas relie le recul de l’engagement et le recours croissant à l’esclavage africain aux besoins durables…
Point 144 sur 153 · Interprétation · date non établie
Nicolas relie le recul de l’engagement et le recours croissant à l’esclavage africain aux besoins durables du sucre et au calcul de coût des propriétaires. Ce calcul colonial classe des personnes selon une origine racialisée et organise leur disponibilité au travail ; il ne révèle aucune aptitude naturelle des Africains.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Nicolas reprend des formulations d’acclimatation qui naturalisent le choix des maîtres. L’affirmation les reformule comme calcul social ; elle ne chiffre ni prix relatifs ni durée de vie.
En quittant la Guadeloupe en 1703, après cinquante-six jours à terre, les troupes anglaises « amenerent avec…
Point 145 sur 153 · Événement · 1703
En quittant la Guadeloupe en 1703, après cinquante-six jours à terre, les troupes anglaises « amenerent avec eux quinze ou seize de nos deserteurs, Soldats ou engagez, & environ 80. Negres », selon Labat, présent dans l’île pendant l’invasion.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Labat compte ces personnes dans la même phrase que les déserteurs, sans dire si elles ont suivi les Anglais de force, de gré ou sur ordre de leurs maîtres ; ni leurs noms, ni leurs propriétaires, ni leur destination ne sont donnés. Le récit est publié en 1722.
En février 1705, Labat, à bord d’un corsaire français, décrit Barbuda, « la Barboude », comme une petite île…
Point 146 sur 153 · Événement · 1705
En février 1705, Labat, à bord d’un corsaire français, décrit Barbuda, « la Barboude », comme une petite île basse au nord-est d’Antigue, peu habitée, sans rivière ni port, qui « appartient, comme je l’ai entendu dire, au General Codrington ; c’est sa ménagerie » : on y élève moutons, cabrits et volailles et on y cultive tabac, maïs, pois et coton. Des hommes de l’équipage venus de la Guadeloupe « se promettoient bien de faire payer à ce General leurs maisons qu’il avoit fait brûler en 1703 » ; Codrington parti pour Antigue la veille, « ils s’en prirent à ses biens, sa maison fut pillée, on lui enleva douze ou quinze Esclaves », et quelques Irlandais engagés s’embarquent avec eux.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Labat dit tenir de ouï-dire que l’île appartient au général Codrington. Le nombre des personnes enlevées est approximatif ; ni leurs noms, ni leur partage, ni leur sort ne sont donnés. Labat présente les engagés irlandais comme tirés d’un « dur esclavage » : c’est son mot pour des engagés, non le statut des personnes enlevées.
Céline Flory analyse le « rachat » de captifs pratiqué dans l’empire français comme un enchaînement de trois…
Point 147 sur 153 · Interprétation · 1819–1862
Céline Flory analyse le « rachat » de captifs pratiqué dans l’empire français comme un enchaînement de trois opérations : acheter une personne, l’affranchir, puis l’engager pour plusieurs années au service de l’acheteur ou d’un cessionnaire du contrat. Le changement de statut intervient avant que la personne puisse disposer librement de son travail et de sa mobilité ; selon l’autrice, la liberté de condition n’arrive qu’au terme de l’engagement.
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’article est la traduction portugaise d’un texte français ; le livre de 2015 reprend l’analyse. Flory y compare les engagés à temps du Sénégal de 1819-1848 à l’engagisme transocéanique de 1856-1862 : les deux régimes restent distincts et l’analyse ne les confond pas.
Le contrat du 29 mars 1859 présente Kiluemba, né à Quibanda sur la côte de Loango et âgé de vingt-trois ans,…
Point 148 sur 153 · Interprétation · 1859-03-29
Le contrat du 29 mars 1859 présente Kiluemba, né à Quibanda sur la côte de Loango et âgé de vingt-trois ans, comme un homme libre consentant à partir vers une colonie française d’Amérique. Flory relève qu’aucun acte d’affranchissement n’accompagne ce formulaire : la mention imprimée de liberté efface l’achat antérieur et fait du même document la preuve du statut libre et du consentement au travail.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le contrat est cité en traduction portugaise dans l’article ; son fac-similé est reproduit dans le livre de 2015. Il désigne « une des colonies françaises d’Amérique » sans dire laquelle : les trente-trois campagnes de la maison Régis vont toutes à la Martinique ou à la Guadeloupe, mais rien n’indique sur quel navire Kiluemba est parti. L’expression « noir libre » appartient au formulaire imprimé, tandis que le nom, l’âge, le village et la date sont manuscrits ; le contrat ne porte pas la signature de Kiluemba.
- Alforriar sem libertar: a prática do ‘resgate’ de cativos africanos no espaço colonial francês no século XIX — p. 99-100, vues 7-8, notes 22-26 : contrat de Kiluemba, distinction des champs imprimés et manuscrits, puis interprétation de l’effacement du rachat
- De l’esclavage à la liberté forcée. Histoire des travailleurs africains engagés dans la Caraïbe française au XIXe siècle — p. 207, n. 112-113, PDF 208 (contrat non signé par Kiluemba) ; p. 211-212, n. 124, PDF 212-213 (« noir libre », village de Quibanda, côte de Loango, 23 ans) ; document 2, p. 403-404 (fac-similé) ; annexe 1, p. 391-392 (destinations des campagnes Régis)
Dans un mémoire de 1681, Pouançay propose de limiter chaque habitant de Saint-Domingue à quatre personnes…
Point 149 sur 153 · Prescription · 1681
Dans un mémoire de 1681, Pouançay propose de limiter chaque habitant de Saint-Domingue à quatre personnes esclavisées, puis de l'obliger à posséder autant d'engagés que de personnes esclavisées au-delà de ce seuil. Une formulation voisine propose aussi de limiter à cent cinquante par an les personnes envoyées par la Compagnie d'Afrique : les personnes esclavisées coûtant moins cher que les engagés venus de France, leur multiplication détournerait selon lui les habitants des engagés et réduirait la population française disponible pour défendre la colonie.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le mémoire propose une politique et expose son raisonnement ; il ne prouve ni adoption, ni application, ni effectifs réels. Mettre en balance engagés et personnes esclavisées pour le peuplement et la défense ne constitue pas une opposition de l'auteur à la propriété servile.
Selon l’historien Frédéric Régent, la première personne tenue en esclavage dont la présence est attestée en…
Point 150 sur 153 · Témoignage · 1635
Selon l’historien Frédéric Régent, la première personne tenue en esclavage dont la présence est attestée en Guadeloupe est une enfant amérindienne. Il cite la relation du dominicain Raymond Breton pour l’année 1635, où Mademoiselle de L’Olive « a eu un soin très particulier de ses esclaves et spécialement des petits » : « Entre ceux-là, il y avait une petite sauvagesse de Sainte-Alousie [Lucie] qu’un Flamand leur avait amenée ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce point repose sur la citation de Breton donnée par Régent. Elle ne donne ni le nom de l’enfant, ni son âge, ni les conditions de sa capture, ni ce qu’elle devient ; l’homme que Breton appelle « un Flamand » n’est pas autrement identifié. Le titre « première personne tenue en esclavage attestée » est la lecture de Régent, bornée aux pièces qu’il connaît.
Selon Domitille de Gavriloff, qui cite le dominicain André Chevillard, la mission dominicaine de la…
Point 151 sur 153 · Témoignage · 1635–1659
Selon Domitille de Gavriloff, qui cite le dominicain André Chevillard, la mission dominicaine de la Guadeloupe aurait acheté à un navire de traite flamand une femme « aroüague », Auramou, « en envisageant plus le salut de l’ame que le profit temporel », et dont Chevillard écrit qu’elle ne travaille « qu’à faire le pain de cassave, et autres petites occupations domestiques ». La même mission reçoit Alaïoulé, que Chevillard dit « Aloague » : capturé à huit ou neuf ans par un Kalinago de Saint-Vincent, il est donné par celui-ci « par certaine maniere de present en accord de mariage » à un autre Kalinago de Saint-Vincent, qui le remet à un troisième, appelé Thomas par les Français ; Thomas l’amène lui-même à la résidence dominicaine du Rosaire. Les Pères font à Thomas « quelque present » et assurent à Alaïoulé qu’il sera traité avec douceur.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Pour Auramou, ce point repose sur les passages de Chevillard cités par Gavriloff, qui emploie le conditionnel pour son achat ; pour Alaïoulé, sur le texte de 1659 lu dans sa reproduction de 1973. Chevillard n’écrit pas que les Pères achètent Alaïoulé : ils font « quelque present » à Thomas. Ces faits ne sont pas datés au-delà de la publication du récit (1659). Le missionnaire présente la mission comme guidée par le salut des âmes ; ce motif est le sien, et il n’exclut ni la propriété ni le travail imposé, que la phrase sur la cassave décrit. On ne sait rien d’Auramou au-delà de ces deux phrases.
- La porte étroite. Missions d’évangélisation et esclavage racial en Martinique et à Saint-Domingue (1635-1789) — p. 295 et note 134 (Alaïoulé), p. 297 et note 144 (Auramou), citations de Chevillard, Les desseins de Son Éminence de Richelieu pour l’Amérique (1659)
- Les desseins de son Éminence de Richelieu pour l’Amérique, reproduction en fac-similé de l’édition de 1659 (Bibliothèque d’histoire antillaise, 4) — p. 117-120, vues 149-152 du fac-similé Gallica bpt6k858067r : capture d’Alaïoulé à huit ou neuf ans, don en accord de mariage, remise à Thomas, arrivée à la résidence du Rosaire, présent des Pères à Thomas et promesse de douceur
La Justice mouille en Martinique
Point 152 sur 153 · Témoignage · 1670-06-07
Selon le journal de Delbée, la Justice gagne la rade du fort Saint-Pierre, en Martinique, le 7 juin 1670.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La date du 7 juin est déduite de deux indications successives du journal : l’île est aperçue le 6, puis le navire mouille le lendemain.
Le Diligent arrive à Saint-Pierre
Point 153 sur 153 · Témoignage · 1732-03-15
Le journal de Robert Durand situe l’arrivée du Diligent à Saint-Pierre de la Martinique le 15 mars 1732.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Durand écrit « La Diligent » dans son journal ; le dossier reprend la forme « le Diligent » pour ce même navire. Pour l’inspection et les ventes après l’arrivée, voir Robert Harms, The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade (2002), p. 333–350.