Événement · Marie-Galante, 1838 · Pointe-à-Pitre, 1842
Sébastien au cachot du Balisier, et les siens devant la cour
En 1838, à Marie-Galante, une petite île qui dépend de la Guadeloupe, un planteur fait enfermer au cachot Sébastien, un homme qu’il tient en esclavage et qu’il accuse d’empoisonner ses bœufs. Sébastien y meurt ; ses fils l’ont nourri et soutenu, sa compagne et d’autres personnes du domaine l’ont enterré. Quatre ans plus tard, le planteur est jugé pour cette mort : la cour entend des personnes esclavisées, dont la famille de Sébastien, avant d’acquitter le planteur.
Tout ce que cette page raconte vient du procès de Louis-Joseph Vallentin devant la cour d’assises de Pointe-à-Pitre, en janvier et février 1842, tel que la Gazette officielle de la Guadeloupe l’a publié la même année. Ces numéros de la Gazette, conservés aux Archives départementales de la Guadeloupe, n’ont pas été vus ici : les dépositions sont citées d’après trois études qui les reproduisent, celles des historiens Frédéric Régent (2012), Gilles Delâtre (2023), et Frédéric Régent, Gilda Gonfier et Bruno Maillard (2015).
Période : Contestations et abolition définitive · Territoires : Guadeloupe et dépendances · Petites Antilles et circulations intercoloniales · Martinique · Guyane
En 1838, au Balisier, une habitation de Marie-Galante, c’est-à-dire un domaine agricole avec les personnes qu’on y tient en esclavage, Sébastien est chargé de garder les bœufs. Un bœuf meurt, raconte Adeline, la compagne de Sébastien, et Louis-Joseph Vallentin, l’un des trois propriétaires du domaine, le fait saisir et enfermer au cachot. Adeline rapporte qu’à ce moment, Sébastien supplie son maître : « Monsieur tire-moi un coup de fusil plutôt que de me faire mourir au cachot. » Vallentin, selon Adeline, lui répond qu’il y mourra, comme il a fait mourir les bêtes qu’il l’accuse d’avoir empoisonnées.
L’accusation vient d’un autre homme de l’habitation. Des bêtes mouraient au Balisier depuis plusieurs années quand Vallentin avait acheté le domaine, en 1835. Félicien, un autre homme de l’habitation, accusé le premier, avait été mis aux fers puis enfermé au cachot en février 1836 ; au bout de trois mois, il avait désigné Sébastien, dont la famille, disait-il, comptait des empoisonneurs. Félicien était sorti, puis mort quatre mois plus tard. Les bêtes avaient alors été confiées à Sébastien ; les pertes avaient cessé deux ou trois mois, puis repris. Au procès, un vétérinaire expliquera que des propriétaires qui connaissent mal les signes du charbon, une maladie du bétail, peuvent la prendre pour un empoisonnement ; il ne dit pas de quoi sont mortes les bêtes du Balisier.
Tenir en vie un homme au cachot
Le cachot est une petite construction de maçonnerie. La pluie y tombe par le haut ; Sébastien y est couché sur une planche. C’est Réville, son fils, un enfant d’une douzaine d’années au procès, qui la lui a apportée, et elle s’enfonce dans la boue ; chaque midi, il lui porte aussi de la paille de bananier, pourrie le lendemain. Sébastien casse dans le mur un trou qui donne du jour ; Vallentin le fait boucher.
Les siens le nourrissent. Laurent, un autre fils, et Réville lui apportent de la farine, des patates et de la morue ; ils l’asseyent et le tiennent par les épaules pour qu’il mange. Sébastien tombe malade et ne peut plus se lever ; de petites bêtes lui mangent le visage, dit Adeline. Dans les deux semaines au moins que couvre le récit de Laurent, la femme de Vallentin ne lui envoie de la soupe qu’une fois, et il faut alors, dit Adeline, « la lui faire manger comme à un petit enfant ».
Sébastien enfermé, Vallentin cherche à le vendre. À la fin d’avril ou au début de mai, il demande à un négociant, Louvrier, qui part pour Porto Rico, une colonie espagnole voisine, de l’emmener pour l’y vendre ; le 14 mai, il obtient du gouverneur l’autorisation de l’« exporter », c’est-à-dire de le faire sortir de la colonie pour le vendre ailleurs. Le voyage ne se fait pas.
La date de sa mort n’est pas sûre. Un jour, à l’heure où l’on ouvre le cachot pour lui donner à manger, on le trouve mort. Vallentin dira qu’il est mort le 5 ou le 6 mai, ce qui s’accorde mal avec l’autorisation de le vendre obtenue le 14 ; le décès n’est déclaré que le 14 août. Adeline et Laurent, avec Jacob et Fanchon, une accoucheuse, que Vallentin tient aussi en esclavage, lavent son corps, l’habillent d’une chemise, d’une culotte, c’est-à-dire un pantalon court, et d’un mouchoir, et l’enterrent sans cercueil ; Adeline pose une croix sur sa fosse. Selon Louis, le commandeur, un homme esclavisé chargé de diriger le travail des autres, Vallentin dit en apprenant la mort : « Tant mieux, me voilà enfin débarrassé. Je ne ferai pas d’autres pertes. »
Quatre ans plus tard, devant la cour
Entre-temps, une ordonnance royale du 16 septembre 1841, applicable dans chaque colonie à partir de sa publication, encadre l’emprisonnement qu’un maître inflige lui-même : quinze jours au plus, dans la « salle de police » de son habitation, le local où l’on y enferme les esclaves ; l’esclave qui se serait rendu coupable d’un crime doit être remis au procureur du Roi dans les trois jours. Le 30 octobre 1841, Vallentin est accusé d’avoir donné la mort à Sébastien : l’accusation l’attribue à « l’infect cachot du Balisier ». Au procès, deux huissiers de Joinville, le principal bourg de Marie-Galante, un marchand et un entrepreneur rapporteront un propos qu’ils ont entendu : Leblanc, un planteur qui avait été en affaires avec Vallentin et venait de rompre avec lui, racontait, ivre, qu’on avait trouvé des ossements dans le cachot du Balisier ; rien n’établit que ces ossements aient été ceux de Sébastien. L’un des huissiers dira que le juge d’instruction lui a fait signer la dénonciation de ce propos.
Le procès s’ouvre le 28 janvier 1842 devant la cour d’assises de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. À partir du lendemain, les témoins se succèdent : l’historien Gilles Delâtre en décompte vingt-neuf, dont quinze personnes esclavisées, neuf qu’il classe contre Vallentin et six en sa faveur. Adeline, Réville et Laurent décrivent le cachot, les soins et la mort. Louis, le commandeur, soutient qu’Adeline lui a dit avoir frappé Sébastien d’un coup de pilon ; elle le nie : « Si mon défunt avait reçu ce coup de pilon, il serait resté sur place. » Louis conteste aussi la déposition écrite qu’on lui oppose : le juge, dit-il, écrivait noir quand il disait blanc, et il ne comprend pas tous les mots français. Avant d’entendre les témoins appelés en faveur de Vallentin, son avocat soutient qu’ils appartiennent à la veuve de Leblanc et qu’on les a menacés du fouet s’ils parlaient pour l’accusé ; ceux qu’interroge le président disent qu’on ne les a ni menacés ni poussés à mentir. Les planteurs entendus, dont les deux autres propriétaires du Balisier, disent Vallentin bon maître, trop indulgent pour ses esclaves.
Après la dernière audience, le 2 février, la cour délibère longuement. Elle répond non aux questions de l’accusation et à celle qu’elle y ajoute, tirée des débats, d’un homicide par négligence ou imprudence. Vallentin est acquitté.
Sources de la fiche
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Pièces produites au moment des faits
Royaume de France, Bulletin des lois du Royaume de France, 1841 : ordonnance du roi du 16 septembre 1841 relative à l’emprisonnement des esclaves dans les colonies françaises (1841).
Ordonnance du roi du 16 septembre 1841, publiée au Bulletin des lois : limite de l’emprisonnement infligé par le maître et remise au procureur de l’esclave soupçonné d’un crime.
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Études, éditions et outils de recherche
Gilles Delâtre, « Quand on me battait debout, je saignais en pile. » Témoignages d’esclaves dans les affaires Vaultier de Moyencourt et Vallentin (1841-1842) (2023).
Article de Gilles Delâtre sur deux procès guadeloupéens de 1841-1842, qui cite longuement le compte rendu du procès Vallentin : la chaîne du soupçon de poison, de Félicien à Sébastien, les dépositions de Réville, d’Adeline et de Louis, le propos de Leblanc et les témoins qui le rapportent, l’avocat de l’accusé, le vétérinaire et le verdict.
Voir la page de cette sourceFrédéric Régent, Gilda Gonfier et Bruno Maillard, Libres et sans fers. Paroles d’esclaves (2015).
Anthologie de paroles de personnes esclavisées tirées de procédures judiciaires : dépositions d’Adeline, de Laurent et de Louis au procès Vallentin, avec, en note, le numéro et la date de la Gazette officielle de la Guadeloupe qui les publie et l’audience où elles ont été faites.
Voir la page de cette sourceFrédéric Régent, Figures d’esclaves à travers des procédures judiciaires en Guadeloupe de 1789 à 1848, dans Éric Saunier (dir.), Figures d’esclaves : présences, paroles, représentations, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2012, p. 111-127 (2012).
Chapitre de Frédéric Régent sur trois procédures judiciaires guadeloupéennes : dimensions du cachot, date de l’acte d’accusation, calendrier des audiences et verdict du procès Vallentin, réponse de Félicien à l’accusation d’empoisonnement.
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Pièces recherchées
Ce que les archives pourraient encore apprendre
Ces pièces n’ont pas encore été consultées pour cette page. Elles pourraient la compléter ou la corriger.
Ce qu’elles permettraient : Lire les dépositions d’Adeline, de Réville et de Laurent dans le journal qui les a publiées, et dater la mort de Sébastien.
3K34, Gazette officielle de la Guadeloupe, 1842, n° 9 à 16 · Archives départementales de la Guadeloupe
Les numéros de février et mars 1842 qui publient les audiences du procès Vallentin, du 28 janvier au 2 février.
Capesterre de Marie-Galante, déclarations de décès des personnes esclavisées, 1838 (cote à préciser) · Archives départementales de la Guadeloupe
La déclaration du décès de Sébastien, faite le 14 août 1838.
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Au procès Vallentin, à l’audience du 31 janvier 1842, Adeline, compagne de Sébastien, donne la cause de son…
Au procès Vallentin, à l’audience du 31 janvier 1842, Adeline, compagne de Sébastien, donne la cause de son enfermement : « Mon homme était chargé de la garde des bœufs. Un bœuf mourut ; Sébastien fut mis au cachot. »
À garder en tête : La parole d’Adeline est connue par le compte rendu de la Gazette officielle de la Guadeloupe, qui abrège les audiences et traduit en français des dépositions faites en créole, puis par l’anthologie qui la cite ; la Gazette n’a pas été vue ici. Adeline témoigne au procès du maître de Sébastien, dont elle est aussi l’esclave.
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 7, « Maître qu’à faire froid dans cachot la… », témoignage d’Adeline, note 3 : Gazette officielle de la Guadeloupe, n° 12, 28 février 1842, audience du 31 janvier 1842 (ADG, 3K34)
Au procès Vallentin, Adeline, compagne de Sébastien, rapporte ce qu’il dit quand on l’arrête pour le mettre…
Au procès Vallentin, Adeline, compagne de Sébastien, rapporte ce qu’il dit quand on l’arrête pour le mettre au cachot du Balisier : « Monsieur tire-moi un coup de fusil plutôt que de me faire mourir au cachot. » Selon elle, Louis-Joseph Vallentin, leur maître, lui répond : « tu mourras au cachot comme tu as fait mourir les bestiaux que tu as empoisonnés ». Elle commence ce récit en disant : « J’avais peur de Vallentin. »
À garder en tête : La scène n’est connue que par la déposition d’Adeline, faite en 1842 et publiée par la Gazette officielle de la Guadeloupe, qui traduit en français et abrège ; Delâtre la cite sans donner le numéro ni l’audience, et ni la Gazette ni les minutes n’ont été vues ici. Les paroles de Sébastien et de Vallentin sont celles qu’Adeline leur prête, quatre ans après l’arrestation ; Delâtre relève que le greffier ne garde ici aucun mot créole.
- « Quand on me battait debout, je saignais en pile. » Témoignages d’esclaves dans les affaires Vaultier de Moyencourt et Vallentin (1841-1842) — paragraphe 24 : témoignage d’Adeline, cité d’après le compte rendu de la Gazette officielle de la Guadeloupe
Selon Gilles Delâtre, qui suit la procédure du procès Vallentin, des pertes de bétail se produisent au…
Selon Gilles Delâtre, qui suit la procédure du procès Vallentin, des pertes de bétail se produisent au Balisier, à Marie-Galante, depuis quelques années quand Louis-Joseph Vallentin acquiert l’habitation en 1835. Félicien, accusé, est mis aux fers puis enfermé au cachot en février 1836 ; il finit par nommer Sébastien, « car il est d’une famille de Grande-Anse où il y a des empoisonneurs et sa sœur Madeleine qu’il voit souvent pourrait bien lui procurer le poison ». Libéré après trois mois, Félicien meurt quatre mois plus tard. On confie alors les bêtes de l’habitation à Sébastien ; les pertes cessent deux ou trois mois, puis reprennent, et Sébastien est enfermé au cachot au début de l’année 1838.
À garder en tête : La chaîne est reconstituée par Delâtre à partir du compte rendu du procès de 1842 que publie, en abrégé, la Gazette officielle de la Guadeloupe, conservée aux Archives départementales de la Guadeloupe (3K34) et non vue ici. Les mots qui désignent Sébastien sont ceux que l’enquête prête à Félicien après trois mois de cachot ; ils n’établissent ni l’empoisonnement ni la culpabilité de Sébastien. Delâtre écrit que Félicien fut soumis aux privations du cachot « et peut-être à d’autres sévices » : la contrainte exercée sur lui n’est pas établie au-delà. La date de « début de l’année 1838 » est celle de Delâtre ; un journal cité par Frédéric Régent fait commencer l’enfermement dans le courant d’avril 1838. Régent cite la réponse de Félicien : « L’auteur des empoisonnements dont vous vous plaignez, c’est Sébastien. Sébastien est sorcier » ; il écrit ailleurs (§ 4) que Sébastien était soupçonné « d’avoir fait empoisonner du bétail par Félicien », ce que la chaîne de Delâtre ne dit pas.
- « Quand on me battait debout, je saignais en pile. » Témoignages d’esclaves dans les affaires Vaultier de Moyencourt et Vallentin (1841-1842) — paragraphe 12 : pertes de bétail, enfermement de Félicien en février 1836, désignation de Sébastien, garde des bêtes confiée à Sébastien, enfermement au début de 1838
- Figures d’esclaves à travers des procédures judiciaires en Guadeloupe de 1789 à 1848, dans Éric Saunier (dir.), Figures d’esclaves : présences, paroles, représentations, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2012, p. 111-127 — paragraphe 41 : réponse de Félicien à l’accusation d’empoisonnement, qui désigne Sébastien
Dans le procès Vallentin, le vétérinaire Segrétain distingue plusieurs substances toxiques et explique que…
Dans le procès Vallentin, le vétérinaire Segrétain distingue plusieurs substances toxiques et explique que des propriétaires connaissant mal les symptômes du charbon peuvent prendre cette maladie du bétail pour un empoisonnement. Son intervention met en cause la chaîne qui transforme une perte animale mal comprise en soupçon dirigé contre des personnes esclavisées.
À garder en tête : Segrétain expose une possibilité de confusion et ne diagnostique pas rétrospectivement chaque bête morte au Balisier. L'article interprète son propos comme une interrogation de l'impunité des propriétaires ; cette conséquence demeure l'analyse de Delâtre.
- « Quand on me battait debout, je saignais en pile. » Témoignages d’esclaves dans les affaires Vaultier de Moyencourt et Vallentin (1841-1842) — paragraphe 38 : intervention de Segrétain
Sébastien est enfermé par Louis-Joseph Vallentin dans un cachot maçonné, haut de 1,20 mètre et long de 1,80…
Sébastien est enfermé par Louis-Joseph Vallentin dans un cachot maçonné, haut de 1,20 mètre et long de 1,80 mètre selon l’historien Frédéric Régent. Il y meurt en 1838, après des semaines de détention ; Vallentin, son maître et l’accusé du procès, situe la mort le 5 ou le 6 mai. Adeline, sa compagne, déclare qu'après sa mort, elle et d'autres proches l'ont lavé, vêtu d'une chemise, d'une culotte et d'un mouchoir, puis enterré sans cercueil ; elle place une croix sur sa fosse. Son décès n'est déclaré à l'état civil que le 14 août.
À garder en tête : Régent transmet le compte rendu de la Gazette officielle sans en reproduire le fac-similé. Le début précis de l'enfermement et la cause médicale de la mort ne sont pas établis ici. La croix et les soins funéraires sont les gestes déclarés par Adeline ; ils ne prouvent ni présence ni refus d'un prêtre. La date du 5 ou 6 mai vient du témoignage de Vallentin (Libres et sans fers, chapitre 17, d’après la Gazette officielle de la Guadeloupe, n° 10, 20 février 1842, audience du 29 janvier) ; elle ne s’accorde ni avec l’autorisation d’« exporter » Sébastien obtenue le 14 mai 1838 (Delâtre, § 12), ni avec le journal cité par Régent, qui fait commencer le « supplice » dans le courant d’avril et le fait durer « trois mois environ ». Seuls la Gazette de 1842 et le registre des déclarations de décès de Capesterre, aux Archives départementales de la Guadeloupe, peuvent trancher. Les mesures du cachot sont celles que donne Régent (§ 4), sans en citer la pièce ; dans la déposition que cite Delâtre (§ 19), Réville dit que son père « pouvait s’y tenir debout ».
- Figures d’esclaves à travers des procédures judiciaires en Guadeloupe de 1789 à 1848, dans Éric Saunier (dir.), Figures d’esclaves : présences, paroles, représentations, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2012, p. 111-127 — paragraphes 4, 9 et 27
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 17, « Je n’ai jamais vu de prêtres appelés… », déclaration du décès le 14 août et date « selon le témoignage de son maître », notes 20 et 21 : Gazette officielle de la Guadeloupe, n° 10, 20 février 1842, audience du 29 janvier 1842 (ADG, 3K34)
- « Quand on me battait debout, je saignais en pile. » Témoignages d’esclaves dans les affaires Vaultier de Moyencourt et Vallentin (1841-1842) — paragraphe 19 : déposition de Réville sur le cachot
Réville, âgé d'environ douze ans au procès de 1842 et présenté comme le fils de Sébastien, raconte qu'il…
Réville, âgé d'environ douze ans au procès de 1842 et présenté comme le fils de Sébastien, raconte qu'il apportait chaque midi de la paille de bananier à son père enfermé au cachot du Balisier. Il lui avait aussi procuré une planche pour se coucher, mais celle-ci s'enfonçait dans la boue. Il décrit le trou d'air ouvert par Sébastien puis rebouché sur l'ordre de Vallentin, la maladie de son père et la découverte de son corps à l'heure du repas.
À garder en tête : Le témoignage est transmis par un compte rendu abrégé de la Gazette de Guadeloupe puis par Delâtre ; ni la minute ni le numéro du journal n’ont été vus ici. Il établit les actions et perceptions attribuées à Réville dans cette transmission, non chaque détail matériel indépendamment du procès.
Adeline décrit à la cour le cachot où Sébastien est enfermé : « Il était couché, sans être amarré, sur un…
Adeline décrit à la cour le cachot où Sébastien est enfermé : « Il était couché, sans être amarré, sur un bout de planche. L’eau tombait tout plein dans le cachot. Tous les jours mon garçon Réville lui portait de la paille, et le lendemain elle était pourrie. » Elle ajoute qu’il était entré au cachot avec cinq chemises, toutes pourries à sa mort, que de petites bêtes lui mangeaient la figure et qu’« il ne pouvait pas se lever, on était obligé de le prendre par les épaules ».
À garder en tête : Le passage est abrégé par l’anthologie, qui marque ses coupes ; il est connu par la Gazette, qui traduit et abrège, non par la déposition elle-même. Adeline ne voit pas de trous pratiqués dans les portes, alors que Réville parle d’un trou d’air ouvert par Sébastien puis rebouché : les deux témoignages ne se recouvrent pas et ne se départagent pas ici.
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 7, témoignage d’Adeline sur le cachot, note 21 : Gazette officielle de la Guadeloupe, n° 12, 28 février 1842, audience du 31 janvier 1842 (ADG, 3K34)
À l’audience du 31 janvier 1842 du procès Vallentin, Laurent raconte qu’avec son frère Réville il apporte à…
À l’audience du 31 janvier 1842 du procès Vallentin, Laurent raconte qu’avec son frère Réville il apporte à manger à leur père Sébastien au moins une fois par semaine. Ils l’asseyent, le soutiennent par les épaules et lui donnent farine, patates et morue pendant au moins deux semaines ; selon Laurent, Madame Vallentin n’envoie de la soupe qu’une seule fois.
À garder en tête : La chronique judiciaire reprise par l’anthologie transmet les gestes et la durée annoncée par Laurent ; la Gazette et la procédure ne sont pas contrôlées ici. Ce cas établit un soin familial, non une mesure générale des rations ou de la faim.
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 10, témoignage de Laurent, note 20, audience du procès Vallentin du 31 janvier 1842
Au procès Vallentin, Adeline déclare que, pendant que Sébastien est au cachot, « Mme Vallentin lui avait…
Au procès Vallentin, Adeline déclare que, pendant que Sébastien est au cachot, « Mme Vallentin lui avait envoyé de la soupe. Il fallait la lui faire manger comme à un petit enfant. »
À garder en tête : La parole d’Adeline est connue par le compte rendu de la Gazette officielle de la Guadeloupe, qui traduit et abrège, puis par l’anthologie qui la cite ; la Gazette n’a pas été vue ici. Laurent dit au procès que Mme Vallentin n’envoya de la soupe qu’une fois. La phrase dit qu’à ce moment Sébastien ne pouvait plus manger seul ; elle ne date pas ce repas.
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 13, témoignage d’Adeline, note 9, renvoyant à la note 8 : Gazette officielle de la Guadeloupe, n° 12, 28 février 1842, audience du 31 janvier 1842 (ADG, 3K34)
Alors que Sébastien est soupçonné d'empoisonnement au Balisier, Vallentin obtient le 14 mai 1838…
Alors que Sébastien est soupçonné d'empoisonnement au Balisier, Vallentin obtient le 14 mai 1838 l'autorisation de l'exporter. Le négociant Louvrier témoigne que Vallentin lui demanda, à la fin d'avril ou au début de mai, de l'emmener à Porto Rico pour le vendre. Louvrier n'effectua pas le voyage et la vente projetée n'eut pas lieu ; Sébastien resta enfermé et mourut au cachot.
À garder en tête : L'article transmet l'autorisation et le témoignage mais pas leur pièce originale. Le projet précis visant Sébastien est établi dans ce relais ; le système général d'indemnisation et d'exportation évoqué par Delâtre exige les dossiers administratifs avant quantification ou généralisation.
- « Quand on me battait debout, je saignais en pile. » Témoignages d’esclaves dans les affaires Vaultier de Moyencourt et Vallentin (1841-1842) — paragraphes 12 et 50 ; autorisation, enfermement et témoignage de Louvrier
Après la mort de Sébastien dans le cachot de l’habitation Balisier, Adeline, Jacob, Laurent et Fanchon…
Après la mort de Sébastien dans le cachot de l’habitation Balisier, Adeline, Jacob, Laurent et Fanchon lavent son corps et le conduisent à sa sépulture. Jacob et Fanchon, une accoucheuse de quatre-vingts ans, sont, comme Adeline, tenus en esclavage par Vallentin. Tous deux témoignent au procès de 1842. Adeline, sa compagne, déclare qu’ils lui ont mis une chemise, une culotte et un mouchoir, puis qu’elle a placé une croix sur sa fosse. Les proches accomplissent ainsi des gestes funéraires précis ; au président qui lui demande si l’on a fait un cercueil à Sébastien, Adeline répond : « Non, Monsieur. »
À garder en tête : Les gestes sont transmis par la chronique judiciaire du procès Vallentin reprise dans l’anthologie ; la Gazette et la procédure ne sont pas contrôlées ici. La croix atteste le geste déclaré par Adeline, sans permettre d’assigner à chacun une croyance ni de reconstituer l’ensemble du rite.
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 17, témoignages de Jacob et d’Adeline, note 22, et synthèse des gestes d’Adeline, Jacob, Laurent et Fanchon
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 2, déposition de Fanchon, note 12, et chapitre 9, déposition de Jacob, note 22 : leur âge, leur fonction et leur maître
Selon Louis, commandeur esclavisé du Balisier, Louis-Joseph Vallentin déclare à l’annonce de la mort de…
Selon Louis, commandeur esclavisé du Balisier, Louis-Joseph Vallentin déclare à l’annonce de la mort de Sébastien : « Tant mieux, me voilà enfin débarrassé. Je ne ferai pas d’autres pertes. » Les pertes sont celles du bétail dont il accusait Sébastien.
À garder en tête : La phrase est attribuée à Vallentin par Louis, au procès de 1842, dans le compte rendu de la Gazette officielle de la Guadeloupe que cite l’anthologie ; la Gazette n’a pas été vue ici et aucun autre témoin, dans les passages lus, ne la rapporte. Louis dit lui-même au procès que le juge d’instruction a mal écrit certaines de ses paroles. Le sens de « pertes » est donné par l’accusation d’empoisonnement du bétail portée contre Sébastien.
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 17, note 23, renvoyant à la note 22 : Gazette officielle de la Guadeloupe, n° 12, 28 février 1842, audience du 31 janvier 1842 (ADG, 3K34)
L’ordonnance royale du 16 septembre 1841 relative à l’emprisonnement des esclaves dans les colonies…
L’ordonnance royale du 16 septembre 1841 relative à l’emprisonnement des esclaves dans les colonies françaises dispose qu’à dater de sa publication dans les colonies, « le maître ne pourra infliger à l’esclave la peine de l’emprisonnement, que pendant quinze jours consécutifs, dans la salle de police de son habitation » ; au-delà, le maître qui juge la détention nécessaire fait conduire l’esclave devant le juge de paix, qui peut l’attacher pour trois mois au plus à l’atelier public de discipline ; l’esclave qui se serait rendu coupable d’un crime doit être mis à la disposition du procureur du Roi « dans le délai de trois jours » ; le maître qui enfreint ces règles encourt une amende de vingt-cinq à cinq cents francs, avec un emprisonnement possible d’un à dix jours.
À garder en tête : Texte normatif : il s’applique à dater de sa publication dans chaque colonie, dont la date en Guadeloupe n’est pas relevée ici, et ne dit ni comment les maîtres l’ont appliqué ni combien d’infractions ont été poursuivies. Il ne vaut pas pour les faits antérieurs. Le texte vaut aussi pour Bourbon, hors du périmètre de ce site.
- Bulletin des lois du Royaume de France, 1841 : ordonnance du roi du 16 septembre 1841 relative à l’emprisonnement des esclaves dans les colonies françaises — bulletin n° 849, n° 9575, p. 235-236 (Gallica bpt6k65288199, vues 267-268)
Au procès Vallentin, deux huissiers de Joinville, Castellan et Maulois, le marchand Wachter et…
Au procès Vallentin, deux huissiers de Joinville, Castellan et Maulois, le marchand Wachter et l’entrepreneur Saint-Just rapportent un propos de Leblanc, planteur et négociant avec qui Louis-Joseph Vallentin était en affaires, mort avant le procès : après la rupture de leur association, Leblanc, ivre, leur avait dit qu’on avait trouvé des ossements dans le cachot du Balisier. Selon Maulois, il les avait découverts lui-même en démolissant le cachot ; selon Saint-Just, ce sont ses esclaves qui les avaient trouvés. Maulois ajoute que le juge d’instruction Hardouin lui a dit qu’il était de son devoir de dénoncer ce fait à la justice et lui a fait signer cette dénonciation. L’acte d’accusation, daté du 30 octobre 1841, impute la mort de Sébastien au cachot : « ce n’est pas un coup de pilon, mais l’infect cachot du Balisier qui a tué Sébastien, comme il aurait tué Félicien ».
À garder en tête : Ces récits sont faits au procès, par des témoins dont deux disent n’avoir pas cru Leblanc, qui n’est pas entendu. Les versions divergent sur qui a trouvé les ossements, et rien n’établit qu’ils fussent ceux de Sébastien. Les dépositions lues ne datent ni le propos de Leblanc ni la dénonciation, et ne disent pas si l’instruction avait d’autres origines ; l’ordre « propos, dénonciation, accusation » est celui des témoins et de l’acte, non une chronologie de l’instruction.
- « Quand on me battait debout, je saignais en pile. » Témoignages d’esclaves dans les affaires Vaultier de Moyencourt et Vallentin (1841-1842) — paragraphes 42 à 47 : dépositions de Castellan, Maulois, Wachter et Saint-Just ; paragraphe 56 : acte d’accusation ; note 2 : intitulé du compte rendu, « accusation de meurtre avec préméditation »
- Figures d’esclaves à travers des procédures judiciaires en Guadeloupe de 1789 à 1848, dans Éric Saunier (dir.), Figures d’esclaves : présences, paroles, représentations, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2012, p. 111-127 — paragraphe 9 : date de l’acte d’accusation, 30 octobre 1841
Au procès Vallentin, devant la cour d’assises de Pointe-à-Pitre, vingt-neuf témoins se succèdent à la barre…
Au procès Vallentin, devant la cour d’assises de Pointe-à-Pitre, vingt-neuf témoins se succèdent à la barre à partir du 29 janvier 1842, dont quinze personnes esclavisées : neuf déposent contre l’accusé, six en sa faveur. Avant l’audition des témoins à décharge, l’avocat de Vallentin, Grandpré, soutient que « ces témoins » appartiennent à la veuve Leblanc et qu’ils ont été menacés du fouet s’ils déposaient en faveur de l’accusé ; interrogés par le président, Jean-Pierre et les autres témoins à décharge disent qu’on ne les a ni menacés ni engagés à mentir. Plusieurs planteurs, dont les copropriétaires du Balisier, disent Vallentin bon maître, trop indulgent pour ses esclaves.
À garder en tête : Les comptes sont ceux de Delâtre, d’après le procès-verbal du greffier publié par la Gazette officielle de la Guadeloupe, qui ne restitue pas les audiences en entier ; Régent parle d’« une vingtaine de témoins ». La répartition entre charge et décharge est celle de Delâtre. Delâtre ne trouve que Magdelon mentionnée comme esclave de la veuve Leblanc. Les réponses des témoins à décharge sont données devant l’accusé, maître de plusieurs d’entre eux, et ne permettent pas de mesurer les pressions qu’ils subissaient.
- « Quand on me battait debout, je saignais en pile. » Témoignages d’esclaves dans les affaires Vaultier de Moyencourt et Vallentin (1841-1842) — paragraphe 18 : nombre et répartition des témoins ; paragraphes 28-29 et 33-34 : intervention de Grandpré et réponses des témoins à décharge ; paragraphes 41 et 51 : témoins planteurs et copropriétaires
Au procès Vallentin, Louis, commandeur, soutient qu’Adeline lui aurait dit avoir donné un coup de pilon à…
Au procès Vallentin, Louis, commandeur, soutient qu’Adeline lui aurait dit avoir donné un coup de pilon à Sébastien. Adeline le nie : « Si mon défunt avait reçu ce coup de pilon, il serait resté sur place. Oui, c’est vrai, j’ai eu du train avec Sébastien. Mais, c’est lorsque je n’avais encore que deux enfants de lui. Depuis les trois autres, jamais nous n’avons eu de train, mais je ne lui ai pas donné de coup de pilon. » Elle a donc eu cinq enfants de Sébastien.
À garder en tête : « Avoir du train » veut dire se disputer ; l’anthologie le glose. L’accusation de Louis, commandeur de l’habitation, vient d’un témoin que Réville et Adeline mettent eux-mêmes en cause ; elle n’établit pas le coup de pilon, qu’Adeline nie et que rien d’autre n’atteste. Les cinq enfants sont ceux qu’Adeline dit avoir eus de Sébastien ; seuls Réville et Laurent sont nommés dans les passages lus.
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 13, « J’ai eu des relations tout-à-fait fugitives », échange entre Louis et Adeline, note 8 : Gazette officielle de la Guadeloupe, n° 12, 28 février 1842, audience du 31 janvier 1842 (ADG, 3K34)
À l’audience du 31 janvier 1842 du procès Vallentin, Louis, commandeur esclavisé de l’habitation Balisier à…
À l’audience du 31 janvier 1842 du procès Vallentin, Louis, commandeur esclavisé de l’habitation Balisier à Marie-Galante, conteste la déposition écrite qui lui est relue : il dit que le juge a écrit noir quand il avait dit blanc et qu’il ne comprenait pas tous les mots français. Son désaccord rend visible l’écart possible entre la parole, sa compréhension linguistique et l’écrit judiciaire qui la transmet.
À garder en tête : Le désaccord est publié par une chronique judiciaire reprise dans l’anthologie ; ni la Gazette ni la procédure manuscrite ne sont contrôlées ici. Les auteurs parlent d’un stratagème, mais la parole transmise ne permet pas d’établir le motif de Louis.
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 1, déposition de Louis et notes 16 à 20, d’après la chronique du procès Vallentin
Après les audiences des 28, 29 et 31 janvier puis des 1er et 2 février 1842 à Pointe-à-Pitre, et la…
Après les audiences des 28, 29 et 31 janvier puis des 1er et 2 février 1842 à Pointe-à-Pitre, et la plaidoirie de son avocat, la cour pose contre Louis-Joseph Vallentin les questions de l'acte d'accusation et y ajoute une question subsidiaire, « résultant des débats », d'homicide par négligence ou imprudence. Elle y répond négativement « après une longue délibération dans la chambre du conseil » et acquitte Vallentin de la mort de Sébastien.
À garder en tête : Le verdict est rapporté par l'étude à partir de la Gazette officielle ; les questions exactes et l'arrêt original n’ont pas été vus ici. L'acquittement est l'issue judiciaire, non une preuve que l'enfermement et la mort n'ont pas eu lieu.
- Figures d’esclaves à travers des procédures judiciaires en Guadeloupe de 1789 à 1848, dans Éric Saunier (dir.), Figures d’esclaves : présences, paroles, représentations, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2012, p. 111-127 — paragraphes 9 et 15
- « Quand on me battait debout, je saignais en pile. » Témoignages d’esclaves dans les affaires Vaultier de Moyencourt et Vallentin (1841-1842) — paragraphe 64 : le verdict, cité d’après le compte rendu de la Gazette officielle de la Guadeloupe