Aller au contenu
Esclavage aux Antilles

Martinique, 1710-1712 · Étude de cas

Le Gaoulet, Martinique 1710–1712 : des départs au bois jugés comme un complot

Comment des départs au bois et des réunions du dimanche sont-ils devenus, en 1710, un complot puni de mort ?

Le 30 avril 1710, au greffe du Cul-de-Sac de la Trinité, sur la côte est de la Martinique, un habitant de la Capesterre, Jacques Gallet, vient déclarer qu’une femme qu’il possède, Laurence, née dans l’île, est « maronne du vingt huit » : elle s’est enfuie deux jours plus tôt, et il ne sait pas où elle est. Dix-sept mois plus tard, à Saint-Pierre, un juge l’interroge dans le procès que la justice poursuit pour « sedition et Revolte contre les Blancs ». Elle dit qu’elle est partie parce que son maître avait brûlé sa case.

Publié le 11 octobre 2026 · Mis à jour le 12 octobre 2026 · 22 min de lecture · Texte, documents et schémas sourcés

Collection · Étude de cas · Résister et sortir de l’esclavage

À la Martinique, en 1710, les personnes esclavisées appartiennent à un maître, qui les fait travailler sur son habitation — le domaine agricole qu’il exploite — ou dans sa maison, et peut les vendre. Elles logent dans des cases, de petites maisons de bois et de paille. Celles qui s’enfuient sont dites « marronnes » ; le maître déclare leur fuite au greffe, où l’on enregistre les actes de justice, et les milices de l’île, la troupe que forment les habitants libres, leur donnent la chasse. La déclaration de Gallet est une pièce de ce genre, ordinaire.

Entre le départ de Laurence et son interrogatoire, la colonie a jugé un complot. Le gouverneur et l’intendant, qui dirigent l’île au nom du roi, en ont fait poursuivre les accusés. L’affaire a pris le nom que lui donnent les pièces : le Gaoulet.

Ce dossier suit des femmes et des hommes du bois et du bourg de Saint-Pierre, de leurs départs à leurs condamnations, et la justice qui a fait de leurs liens un complot.

Chaque scène est attribuée à l’interrogatoire, à la déclaration ou à la lettre qui l’a conservée ; les interrogatoires sont des réponses d’accusés recueillies par le greffier.

1

Avril-juillet 1710

Partir au bois, danser au bourg

Claude a environ vingt-deux ans. Il est baptisé et appartient à M. de Begue, lieutenant de roi à la Martinique, l’un des officiers qui commandent l’île. Un peu avant la Fête-Dieu de 1710, au début de l’été, il s’enfuit de l’habitation de son maître, dira-t-il au juge, « a Cause que le Commandeur de l’habitation de son Maître L’a voullu battre pour n’avoir pas fait fournir assez de Cannes au Moulin ». Le commandeur est l’homme qui dirige le travail des esclaves aux champs ; le moulin écrase les cannes dont on fait le sucre.

À l’en croire, Claude ne va pas loin. Il dort tantôt dans les cases des esclaves de son maître, tantôt sur l’habitation voisine du sieur de La Grand Cour, tantôt au bord de la mer. Il mange des choux caraïbes pris dans les jardins que les esclaves cultivent pour se nourrir, des crapauds qu’il attrape, et de la farine de manioc que lui donnent quelquefois des esclaves des deux habitations. Pendant un temps, il suit une bande formée d’autres esclaves de son maître, qui se tient dans les hauteurs de l’habitation, où elle a son propre jardin ; il la quitte après une querelle avec celui qui la mène.

Il dit connaître d’autres bandes. L’une réunit des esclaves de Madame Dangennes autour d’un créole, c’est-à-dire d’un homme né dans l’île, nommé Philippe. Une autre rassemble deux hommes du sieur Courtois, de la Basse-Pointe, au nord de l’île, Jérôme et François, un esclave du sieur Descasseaux nommé Mamou, Michau, qui appartient au sieur Desmassias, d’autres hommes, et une femme, Marguerite, la compagne de François. Claude leur prête des titres : Jérôme est le « General des Marons », Michau l’« Intendant », Mamou le « gouverneur ».

Le dimanche, dans la case de Jacob

Claude va aussi au bourg de Saint-Pierre, le port et la ville principale de l’île. Depuis le printemps 1710, dira Claude, un esclave des religieuses ursulines nommé Jacob attire dans sa case, qui est très grande, des esclaves du bourg « pour dancer une Certaine Dance qu’ils appellent Le Gaoulet, qui est de se laisser tomber, se relever, se Cogner le ventre l’un contre l’autre apres quoy Ils font La debauche ». La case est dans l’enclos où les Ursulines logent leurs esclaves. Claude y est allé un dimanche après-midi, puis quatre fois en tout.

On n’entre pas au Gaoulet comme on veut. Il faut l’accord de Jacob, puis acheter un collier de corail et le faire enfiler par une des femmes de la danse. On le présente au « Sergent qui garde la Barriere » de l’enclos, on paie une pièce de dix-huit sols et l’on boit un ponche, une boisson faite d’eau-de-vie ; Jacob attache lui-même le collier au cou de celui qu’il reçoit. Les femmes tiennent les colliers « qui servent pour avoir Entrée dans Le Gaoulet » : Cathault, la femme de Jacob, et Magdelaine, toutes deux esclaves des Ursulines, les enfilent et prennent « dix sols pour chaque Collier ». Babiche, une autre femme du Gaoulet, fournit de la farine à un danseur, Pierrot ; elle et une dizaine d’autres femmes que Claude nomme enfilent aussi des colliers. François Pichon fait aussi, selon Claude, des cordons qu’il vend un écu pièce : aux uns pour revenir chez leur maître après une fuite sans être battus, aux autres pour se battre sans être blessés ou être plus forts que leurs adversaires. La compagnie a ses grades : selon Claude, François, esclave de la veuve Pichon, est « Le General des Gaoulets », et d’autres danseurs sont major, caporal, enseigne, tambour ou soldat. Colin, un autre esclave des Ursulines, vend aux danseurs du tafia, l’eau-de-vie de canne, mais refuse d’être des leurs. Le commandeur blanc des religieuses, croit Claude, reçoit quelques sols pour ne pas les empêcher de danser.

La chasse aux marrons

La colonie poursuit les marrons. Au début de juillet, le gouverneur Gabaret reçoit chaque jour des plaintes d’habitants contre des fugitifs qui, disent-ils, les insultent et les volent sur les grands chemins. Le dimanche 6 juillet 1710, il fait partir en secret 435 hommes des milices pour leur donner la chasse. Ils en prennent très peu. Le 18 juillet, Gabaret propose au ministre de la Marine, à Versailles, une amnistie d’un mois pour qui reviendrait de lui-même chez son maître, parce que beaucoup « n’osent retourner chez leurs maitres crainte du chastiment ». À la mi-juillet 1710, la réponse du gouverneur aux fugitifs est encore la chasse, et un pardon qu’il propose d’offrir, non l’accusation de complot.

Voir 9 points documentés pour chapitre 1 — Partir au bois, danser au bourg

Sources de cette partie : Notice bibliographique [1] — Antilles, en particulier Martinique : copies d'actes, mémoires, lettres et procédures (1635-1721), dont les interrogatoires et pièces de l'affaire dite du Gaoulet · Notice bibliographique [3] — Lettres au secrétaire d'État de la Marine, juillet-décembre 1710, avec pièces jointes, mémoire de l'état présent de l'île et ordonnance du 20 juillet 1710 · Notice bibliographique [8] — Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles — L’affaire dite du Gaoulet de 1710 · Notice bibliographique [9] — The Gauolet Uprising of 1710: Maroons, Rebels, and the Informal Exchange Economy of a Caribbean Sugar Island

2

Juillet-août 1710

Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet »

Le vendredi 25 juillet 1710 au soir, selon le gouverneur, quelques esclaves vont à l’habitation de l’intendant Vaucresson, au Parnasse, près de Saint-Pierre, pour brûler sa maison ; l’intendant est au bourg depuis le mercredi. Aucune pièce ne décrit ce qui s’est passé là. Cette nuit-là, des soldats de la garnison prennent Claude au Parnasse, sur l’habitation du sieur de La Grand Cour ; il dit n’avoir été qu’avec une femme, Fanchon. Trois jours plus tard, Gabaret écrit au ministre qu’on a découvert une « Conspiration d’environ 200. negres » qui voulaient brûler Saint-Pierre et tuer les Blancs. Une trentaine d’accusés sont déjà en prison. Le samedi 26 juillet, le Conseil supérieur, la cour de justice de l’île, réuni pour l’affaire, décide que le juge du bourg, sur l’accusation du procureur du roi, les jugera « prevostablement », c’est-à-dire en dernier ressort, sans appel.

Ce que Claude répond au juge

Le 26 juillet au matin, le juge royal, Claude Honoré Houdin, interroge Claude au greffe de Saint-Pierre, dans un procès contre des accusés « d’un Soulevement Contre les Blancs ». Il lui demande s’il n’est pas vrai que les marrons ont fait un complot avec les esclaves du bourg. Claude répond que les marrons devaient venir trouver, à la mort de la lune, « les negres du Bourg qui dancent le Gaoulet chés les negres des Religieuses pour foncer Ensemble sur les blancs ». Le juge lui demande alors ce qu’il entend dire « par ce mot de Gaoulet », et c’est en répondant à cette question que Claude décrit la danse, la case de Jacob et les colliers. Les noms des danseurs, des femmes et des marrons, et leurs grades, viennent ainsi de réponses à des questions qui supposent déjà un complot et ses officiers. Claude dit tenir de François Pichon ce projet de la lune. D’un jeune esclave du sieur Marcé, Lucas, il rapporte que les esclaves du complot devaient brûler d’abord la maison de l’habitation du gouverneur, dite le Château-Gaillard, puis le bourg, et se retirer s’ils n’étaient pas les plus forts. Le lendemain, il dit n’avoir vu ni entendu parler d’esclaves armés autour de la maison de l’intendant.

Claude est ensuite confronté aux accusés du bourg. L’intendant lui accorde sa grâce, inscrite dans la délibération du Conseil : il aura la vie sauve, mais il doit rester en prison si le Conseil le juge utile « pour la Conviction et Conservation des preuves ». Ce que les juges savent des danseurs et des marrons vient en grande partie de l’homme qui obtient ainsi sa vie en échange de sa parole.

Deux groupes accusés de révolte

Le procureur du roi poursuit deux groupes. Depuis une remontrance du 18 juillet — une demande écrite au juge —, donc avant la nuit du 25 juillet, il poursuit Jeannot, esclave du sieur la Caillerie, « et ses Complices ». Le 26 juillet, une seconde remontrance vise « plusieurs Negres Et Negresses Ditz les Gauolets de ce Bourg S.t pierre » : ceux qui dansent le Gaoulet. Tous sont accusés « de Revolte et Sedition Contre les blancs ». L’intendant, dans sa lettre du 30 août, parle quant à lui de « deux Cabals », l’une au quartier de la Case-Pilote, sur la côte au sud de Saint-Pierre, l’autre au bourg, formées d’esclaves domestiques et d’esclaves des habitations, « presque tous Creoles », c’est-à-dire nés dans l’île, qui devaient rejoindre les marrons. Parmi les pièces du procès figurent « les proces verbaux de torture » : la torture fait partie de l’instruction.

Selon l’intendant, qui le raconte en octobre 1711, les prisons sont pleines, deux alarmes éclatent au bourg, l’une en plein jour, et « le peuple estoit si emeu qu’il crioit hautement qu’on estoit trop longtems à faire des Exemple ». Le juge trouve l’affaire trop grave pour la juger seul. L’intendant fait alors juger l’affaire par le Conseil supérieur lui-même, au bourg ; le Conseil y siège à partir du 12 août, pendant deux jours et demi.

Ce que le procureur demande, ce que le Conseil prononce

Le 14 août, le procureur dit ce qu’il demande. Il accuse Jacob de s’être donné « la qualité de General » et d’avoir distribué d’autres charges, François Pichon d’avoir été un des chefs de l’assemblée, et Simon, un homme libre de couleur qui demeure chez le sieur Barbottin, d’en avoir porté « la qualité de Gouverneur ». Il demande que Jacob et les hommes du groupe de Jeannot soient rompus vifs — les membres brisés à coups de barre de fer — sur un échafaud de la place d’armes de Saint-Pierre, puis laissés sur la roue, et que leurs têtes et leurs mains soient plantées sur des fourches le long des grands chemins. La tête de Jacob doit être dressée sur un poteau au milieu de la savane, le terrain découvert où sont les cases des esclaves des Ursulines, François Pichon brûlé vif dans la même savane, Simon et quatre autres pendus. D’autres accusés, hommes et femmes, doivent assister aux supplices, être fouettés et marqués ; le commandeur blanc des Ursulines, auquel il reproche d’avoir laissé danser dans l’enclos, doit assister au supplice de Jacob puis être banni de l’île pour trois ans. Il demande aussi l’absolution d’une trentaine d’accusés. Ce sont des peines demandées : l’arrêt rendu le même jour en diffère, et l’on ne sait pas quels accusés il condamna à quelle peine.

Selon l’intendant, le Conseil condamne dix-sept personnes à mort : une à être brûlée vive, neuf à la roue — l’une y meurt, une autre est jetée vivante dans le feu —, sept à la potence. Onze autres assistent aux supplices, sont fouettées et marquées d’une fleur de lys au front. Aucune pièce connue ne donne les noms des dix-sept ni des onze. Les exécutions ont lieu en public, à différents jours. L’intendant appelle ces supplices un « remede », c’est-à-dire une terreur organisée, et il en décrit lui-même l’effet : « ces Exemples severes reïterés à differents jours ont fait un si grand effet sur ces gens la qu’on peut dire que tout est a present assés tranquille ». Le gouverneur écrit que « l’epouvante qui est a present parmy eux nous donne la tranquilité », et ne publie pas l’amnistie qu’il proposait en juillet, parce qu’il lui paraît « qu’il est bon de temporiser encore ». D’une danse du dimanche et de départs au bois, la procédure a fait un complot contre les Blancs, et ce complot a été puni en public pour effrayer ceux qui restaient.

Quatre hommes manquent aux exécutions. Dès le 26 juillet, le Conseil a mis à prix la tête de trois d’entre eux, Jérôme, esclave de Courtois, Michau et Mamou, avec défense à quiconque de leur donner asile ou secours, et cet arrêt est affiché dans tous les quartiers de l’île. Le 14 août, le procureur demande d’en augmenter le prix et d’y ajouter François, l’autre esclave de Courtois. Selon l’intendant, 300 livres sont promises pour la tête de l’un d’eux, 600 livres pour qui le livrera vivant.

Voir 17 points documentés pour chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet »

Sources de cette partie : Notice bibliographique [1] — Antilles, en particulier Martinique : copies d'actes, mémoires, lettres et procédures (1635-1721), dont les interrogatoires et pièces de l'affaire dite du Gaoulet · Notice bibliographique [2] — Extraits des registres du greffe civil et criminel de la Martinique et lettres ministérielles, 1700-1711 · Notice bibliographique [3] — Lettres au secrétaire d'État de la Marine, juillet-décembre 1710, avec pièces jointes, mémoire de l'état présent de l'île et ordonnance du 20 juillet 1710 · Notice bibliographique [4] — Lettres au secrétaire d'État de la Marine, à la Martinique, des 5 mai, 4 août, 30 août, 7 octobre et 7 décembre 1710 · Notice bibliographique [5] — Correspondance de la Martinique reçue par le secrétaire d'État de la Marine pour 1711, avec pièces jointes · Notice bibliographique [8] — Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles — L’affaire dite du Gaoulet de 1710

3

Août 1710 - septembre 1711

Vivre au bois avec une tête à prix

La chasse aux quatre hommes commence aussitôt. À la fin d’août ou au début de septembre 1710, l’un d’eux est conduit aux cachots de Saint-Pierre ; l’intendant écrit que « l’on n’a pû rien tirer de luy ». Pour les trois autres, il engage un homme libre de couleur, « aisé, et resolu », qui part dans les bois avec un compagnon et des pistolets, muni d’un ordre secret du gouverneur, pour les tuer ou dire où les prendre. En octobre, selon l’intendant, les trois fugitifs cherchent à enlever des canots pour gagner les îles étrangères ; le gouverneur donne des ordres pour leur en ôter les moyens. Le 1er décembre, un deuxième, « un des plus vigoureux » selon l’intendant, est mis aux prisons du bourg ; Gabaret écrit qu’il « avoit pris parmy eux le titre de gouverneur ». En octobre 1711, l’intendant écrit que deux des quatre ont été « pris, et executés » : ce sont Mamou et François. On ne sait ni quand ni où ils ont été suppliciés.

L’ajoupa de Jérôme

Laurence, la femme dont Jacques Gallet avait déclaré la fuite en avril 1710, vit au bois depuis son départ avec Jérôme, dont elle reconnaît, quand le juge le lui demande, être la compagne. Selon ce qu’elle dira au juge, ils ont d’abord pris des bananes et des figues, puis fait un jardin dans la forêt, sur une terre de la dame Sainte-Marthe. Avec eux vivent deux autres hommes en fuite, Colas et Gabriel, et deux autres femmes. Margot, de son nom Marguerite, esclave d’un habitant nommé Samson Germond, est la compagne de Colas ; elle est partie, malade, « parce que son Maistre ne la voulloit pas faire guerir ». Mande, qu’on appelle aussi Magdelaine, a environ cinquante-cinq ans ; elle est la sœur de Colas et a quitté l’habitation de son maître, au Lamentin, au centre de l’île, à la Pentecôte, « parce que sa maîtresse la voulloit faire battre sans sujet ». Elle a d’abord erré, vivant de ce qu’elle trouvait dans les rivières, et n’a rejoint son frère que deux semaines avant d’être prise. Les trois femmes ne sortent pas de l’ajoupa, l’abri de branches et de feuilles où ils dorment ; les hommes vont dehors sans leur dire où. Laurence dira qu’elle n’a pas pu revenir chez son maître parce que le bois est grand, et que Jérôme l’avait menacée de la tuer en chemin si elle partait.

Au cours de l’été 1711 arrive Jeannot, un créole d’une trentaine d’années qui appartient à la veuve Aubriot. Il porte au front une fleur de lys : il a été pris en 1710 « pour L’affaire du Gaoulet » et marqué. Il est reparti au bois six semaines avant sa reprise, après deux jours de chasse sans rien tuer, par crainte d’être battu au retour, en emportant un fusil, et il a rejoint Jérôme, qui avait un ajoupa. Selon Laurence, il leur raconte les exécutions faites sur ceux que la justice avait jugés comme révoltés, leur montre sa propre marque, et leur dit l’argent promis à qui prendrait Jérôme et Michau, morts ou vifs ; lui-même dira l’avoir appris dans les prisons de Saint-Pierre.

Michau chez Loré

Michel, qu’on appelle Michau, a environ vingt-cinq ans ; il est marron depuis un an et demi. Son maître, Desmassias, est un ancien capitaine de milice, et la fille de celui-ci a épousé le sieur de Loré, commissaire des milices ; leurs deux habitations se touchent. Michau a quitté Jérôme après un différend, plus de huit mois avant septembre 1711, et rôde seul, puis avec Jeannot, l’esclave de la veuve Aubriot. Il travaille, dit-il, avec les esclaves de Loré, qui l’appellent en passant : il aide à mettre le cacao à sécher, coupe du bois et des chevrons pour les charpentes, va couper des choux palmistes, le cœur comestible du palmier, pour la table de Loré. Il le fait, ajoute-t-il, « par l’ordre dud. sieur Deloré qui luy a dit qu’il demandroit Grace pour luy », s’il l’aidait à prendre Jérôme. La femme de Loré lui donne de la toile, et Fanchon, une esclave de la maison, lui en coud un caleçon. Michau passe aussi à l’ajoupa, où il apporte de la farine de manioc ; il dit à Laurence qu’il travaille chez Loré, et qu’il a regret de faire mourir Jérôme.

La chasse du 17 septembre

Michau montre la trace de l’ajoupa à Jean dit Jeannot, un esclave de Loré né en Afrique, que celui-ci emploie à la chasse ; selon Loré, Michau remet aussi à Jean le fusil qui était dans l’ajoupa. Le jeudi 17 septembre 1711, jour de la chasse selon Loré, Michau vient de bon matin à l’ajoupa, raconte Laurence, et dit que Loré ne les cherche pas ; peu après, Loré et un autre officier de milice, le sieur Hache, arrivent avec leurs hommes et font tirer. Laurence dira avoir été blessée par François Ganga, un homme libre de couleur, et le juge lui fera confirmer qu’il chassait à la suite des deux officiers. Selon elle, Loré, la voyant blessée, dit alors à Hache qu’il « falloit l’achever », parce que Loré savait qu’elle savait que Michau travaillait chez lui. Selon Loré, une autre femme, qu’il ne nomme pas, est prise, et Jérôme saute au bas de la falaise et s’enfuit. Loré raconte encore que, la nuit, deux chiens de Jérôme reviennent à l’ajoupa et sont tués, et que le lendemain matin, à trois cent cinquante pas de là, les chasseurs trouvent le jardin : « un quarré de cent pas habitué et planté de choux carayben, pois, Ignammes, Concombres », de l’oseille, du persil et d’autres légumes. Hache le fait « arracher et jetté par terre ».

Jérôme a échappé. Selon Jean, le chasseur de Loré, son maître lui dit alors qu’il fallait absolument prendre Michau, « sinon qu’il le prendroit a sa place » : c’est Jean que Loré prendrait au lieu de Michau. Loré et son beau-frère, le fils Desmassias, font dire à Michau qu’il n’a rien à craindre. Le samedi 19 septembre, vers dix heures du soir, Michau, « se fiant sur nostre parolle », écrit Loré, entre dans la cuisine de Loré. Il est saisi par Loré, son beau-frère et des esclaves postés, amarré et mis aux fers. Le même samedi, Margot et Jeannot, l’esclave de la veuve Aubriot, sont pris. Mande dira qu’on l’a prise alors qu’elle descendait au bourg pour se livrer. Jérôme, blessé au cou, est aperçu au bord de la plantation de cacao de Loré. On ne le retrouve pas. Avec une tête à prix, l’aide et le travail qui faisaient vivre les fugitifs sont devenus la voie par laquelle on les a pris.

Voir 14 points documentés pour chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix

Sources de cette partie : Notice bibliographique [1] — Antilles, en particulier Martinique : copies d'actes, mémoires, lettres et procédures (1635-1721), dont les interrogatoires et pièces de l'affaire dite du Gaoulet · Notice bibliographique [3] — Lettres au secrétaire d'État de la Marine, juillet-décembre 1710, avec pièces jointes, mémoire de l'état présent de l'île et ordonnance du 20 juillet 1710 · Notice bibliographique [4] — Lettres au secrétaire d'État de la Marine, à la Martinique, des 5 mai, 4 août, 30 août, 7 octobre et 7 décembre 1710 · Notice bibliographique [5] — Correspondance de la Martinique reçue par le secrétaire d'État de la Marine pour 1711, avec pièces jointes · Notice bibliographique [8] — Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles — L’affaire dite du Gaoulet de 1710 · Notice bibliographique [9] — The Gauolet Uprising of 1710: Maroons, Rebels, and the Informal Exchange Economy of a Caribbean Sugar Island

4

Septembre-novembre 1711 ; la clémence envers Loré expliquée en 1714

« Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711

Le 21 septembre 1711, le juge Houdin interroge les cinq personnes prises en septembre. Il demande à chacune « pour quel sujet » elle est partie, et les réponses ne se ressemblent pas : Laurence, parce que son maître a brûlé sa case ; Mande, parce que sa maîtresse voulait la faire battre « sans sujet » ; Margot, parce que son maître ne la faisait pas soigner ; Jeannot, par crainte d’être battu. Michau répond qu’il est parti « par Libertinage », un mot de la police des esclaves qui range la fuite parmi les indisciplines. Puis le juge demande à Laurence ce qu’elle devait faire quand Jérôme, Michau, Mamou et les autres devaient « foncer sur les Blancs ». Elle répond qu’elle n’a « point du tout entendu Parler que les negres deussent se revolter contre les Blancs ». Interrogé sur les titres de général et d’intendant qu’on prêtait à Jérôme et à lui-même, Michau répond « qu’il n’a point entendu parler de cela du tout », et dit avoir quitté Jérôme quand il a entendu dire qu’on le disait à la tête des révoltés. Le 7 octobre, la procédure porte toujours contre eux l’accusation de « sedition et Revolte contre les Blancs ».

À la fin de son interrogatoire du 21 septembre, le juge demande à Michau s’il n’a pas eu les oreilles coupées et la fleur de lys, puis une seconde fleur de lys et le jarret coupé — le tendon de la jambe tranché —, « pour ses Maronnages par sentence de Justice ». Il répond que oui. La justice l’avait déjà mutilé pour des fuites antérieures.

Lucas face à Michau

Un autre accusé, Lucas, dont on ne sait pas s’il est le jeune esclave que citait Claude en 1710, est mis à la question, la torture judiciaire, le 27 octobre. Deux jours plus tard, le 29, le juge le confronte à Michau. Lucas soutient que Michau, Jérôme et d’autres, buvant du tafia chez Desmassias, disaient qu’il fallait forcer les prisons, attacher les gardes et faire sauver leurs camarades ; que Michau voulait être chef, et qu’après une querelle où Michau a reçu un coup de bâton, on l’a accepté comme second capitaine. Michau répond que ce sont « toutes autant de faussetés » ; il reconnaît le coup de bâton, reçu sans savoir pourquoi, à un moment où il n’était pas marron. C’est le seul projet précis que le second procès fasse énoncer, et il porte sur une évasion de prison, non sur une révolte contre les Blancs.

Loré devant le juge

Le même jour, le juge entend Loré. Il s’appelle Ambroise Milot, sieur de Loré ; il a une trentaine d’années et il est né à Tours. Il reconnaît avoir fait dire à Michau qu’il ne lui ferait pas de mal et qu’il demanderait sa grâce s’il aidait à prendre Jérôme, mais nie l’avoir fait travailler. Le juge lui demande pourquoi il n’a pas averti le gouverneur général des îles du Vent, supérieur de Gabaret, ni l’intendant, alors qu’il savait la tête de Michau à prix. Il répond que c’est « manque d’y avoir pensé », n’ayant eu « nulle envie de se faire des affaires ».

Les peines

Le 31 octobre 1711, le juge condamne Michau comme « un des Chefs de la sedition et soulevement projetté l’année derniere », obstiné dans ses fuites alors qu’il savait sa tête à prix : il doit être rompu vif sur un échafaud de la place publique de Saint-Pierre, puis mis sur une roue, la face vers le ciel, « pour y finir ses jours ». Jeannot, revenu au bois malgré le châtiment de 1710, est condamné à être pendu. Laurence, Mande et Margot, pour avoir été marronnes et suivi Jérôme et Michau, doivent assister au supplice, être fouettées nues et marquées au front d’une fleur de lys, puis rendues à leurs maîtres. Tous les cinq font appel. Le 3 novembre, le Conseil supérieur déclare Michau convaincu, c’est-à-dire coupable ; l’extrait conservé de sa décision ne dit pas la peine, de sorte qu’on ne sait si la roue fut appliquée, ni ce que devinrent en appel Jeannot et les trois femmes. Le même arrêt condamne Loré à une amende et le prive, avec Desmassias, de la récompense promise pour la capture de Michau. Jérôme est alors le seul des quatre encore libre.

Trois ans plus tard, le 10 septembre 1714, l’intendant Vaucresson explique pourquoi le Conseil n’a pas fait de procès à Loré. Avoir gardé chez lui un homme dont la tête était à prix le rendait « tres Coupable », écrit-il, et le mettait « dans Le Cas de Complicité ». Le Conseil s’est contenté de cent francs d’amende, par égard pour un ancien intendant dont Loré est allié, « et enfin par La consequence qu’il y auroit eû à impliquer un Blanc dans un Cas pareil ». Le second procès a frappé ceux qui avaient vécu au bois avec les chefs, et il a épargné l’officier blanc chez qui l’un d’eux avait trouvé retraite.

Voir 11 points documentés pour chapitre 4 — « Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711

Sources de cette partie : Notice bibliographique [1] — Antilles, en particulier Martinique : copies d'actes, mémoires, lettres et procédures (1635-1721), dont les interrogatoires et pièces de l'affaire dite du Gaoulet · Notice bibliographique [2] — Extraits des registres du greffe civil et criminel de la Martinique et lettres ministérielles, 1700-1711 · Notice bibliographique [5] — Correspondance de la Martinique reçue par le secrétaire d'État de la Marine pour 1711, avec pièces jointes · Notice bibliographique [8] — Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles — L’affaire dite du Gaoulet de 1710 · Notice bibliographique [9] — The Gauolet Uprising of 1710: Maroons, Rebels, and the Informal Exchange Economy of a Caribbean Sugar Island

5

Mai 1712

Phélypeaux : la conspiration de 1710, « chose entierement fausse »

En 1712, une autre peur parcourt l’île : on accuse des esclaves d’empoisonner bêtes et gens et de jeter des sorts. Le Conseil envoie des commissaires enquêter sur place. Le 24 mai 1712, le gouverneur général Phélypeaux, qui commande les îles françaises du Vent et n’est arrivé qu’après le procès de 1710, écrit au ministre ce qu’ils ont trouvé. Des maîtres, même parmi les principaux habitants, donnent eux-mêmes chez eux la question à leurs esclaves, pendant quatre ou cinq jours, pour leur faire avouer qu’ils sont empoisonneurs et sorciers. Ils attachent la personne nue près d’une fourmilière, la frottent de sucre et versent sur elle des fourmis ; ils la lient nue là où piquent le plus les maringouins, des moustiques ; ils lui appliquent sous les pieds des lattes de fer chauffées au rouge. Certains des esclaves ainsi torturés, six mois après, ne peuvent pas encore poser le pied par terre. Il conclut : « il ne faut pas s’estoner si a telles questions ils disent tout ce qu’on veut et a quoy ils n’ont jamais pensé ».

Dans la même lettre, Phélypeaux revient sur 1710. Il y a deux ans, écrit-il, on a mandé au ministre que les esclaves avaient tenté « une conspiration generale contre les blancs, chose entierement fausse », et il ajoute, de ceux qui l’ont écrit : « peutestre furent ils trompés ou voulurent vous tromper ». Les empoisonnements de 1712 sont, selon les commissaires, des « fables de mesme espece que la conspiration il y a deux ans ». Phélypeaux ne cite aucune pièce du procès ; il contredit le gouverneur et l’intendant de 1710, sans que l’autorité d’aucun des trois suffise à trancher. Mais il range la conspiration du Gaoulet avec ces accusations de poison dont il vient de dire comment on les obtenait.

Il dit ne savoir quel remède apporter à ces pratiques, « n’ayant ny autorité ny force pour cela ». Sa lettre ne rouvre le sort d’aucun condamné.

Voir 2 points documentés pour chapitre 5 — Phélypeaux : la conspiration de 1710, « chose entierement fausse »

Sources de cette partie : Notice bibliographique [6] — Lettre au secrétaire d'État de la Marine, au Fort-Royal de la Martinique · Notice bibliographique [7] — L’esclavage aux Antilles françaises avant 1789 · Notice bibliographique [8] — Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles — L’affaire dite du Gaoulet de 1710

Méthode et limites des sources

Le dossier repose sur les pièces des deux procès et sur la correspondance des administrateurs de la Martinique, lues sur les fac-similés.

Lire la note de méthode complète

Comment le dossier du Gaoulet a été établi

Les pièces des procès viennent de deux recueils des Archives nationales d’outre-mer : le volume F3 26, qui copie les interrogatoires, déclarations et conclusions de 1710-1711, et le volume F3 250, qui copie les conclusions du procureur du 14 août 1710, l’intitulé de l’arrêt et la sentence de 1711. La correspondance du gouverneur, de l’intendant et du gouverneur général vient des volumes C8A 17 et C8A 18 de la même institution. Toutes les citations ont été lues sur les images de ces volumes, en conservant la graphie de la pièce. Pour le procès de 1711, les conclusions du procureur du 30 octobre, copiées dans F3 26, demandent les peines que la sentence prononce le lendemain.

L’affaire a été éditée par Myriam Cottias dans un recueil d’interrogatoires d’esclaves, et étudiée par Brett Rushforth, qui y lit une économie d’échange entre le bois, les habitations et le bourg. Le dossier les suit pour le contexte — Rushforth relie aussi les réunions des Ursulines aux routes qui passaient par leur domaine et aux dimanches et fêtes où l’on circulait — et revient aux pièces pour chaque fait raconté. Les motifs de 1714 répondent sans doute, selon Rushforth, à une requête de Loré auprès du roi.

Les ordres du roi sur l’affaire et les registres du Conseil supérieur de la Martinique pour 1710 n’ont pas pu être consultés : ils ne sont pas accessibles en ligne. Les noms des condamnés de 1710 pourraient s’y trouver.

Sources de cette partie : Notice bibliographique [1] — Antilles, en particulier Martinique : copies d'actes, mémoires, lettres et procédures (1635-1721), dont les interrogatoires et pièces de l'affaire dite du Gaoulet · Notice bibliographique [2] — Extraits des registres du greffe civil et criminel de la Martinique et lettres ministérielles, 1700-1711 · Notice bibliographique [3] — Lettres au secrétaire d'État de la Marine, juillet-décembre 1710, avec pièces jointes, mémoire de l'état présent de l'île et ordonnance du 20 juillet 1710 · Notice bibliographique [4] — Lettres au secrétaire d'État de la Marine, à la Martinique, des 5 mai, 4 août, 30 août, 7 octobre et 7 décembre 1710 · Notice bibliographique [5] — Correspondance de la Martinique reçue par le secrétaire d'État de la Marine pour 1711, avec pièces jointes · Notice bibliographique [6] — Lettre au secrétaire d'État de la Marine, au Fort-Royal de la Martinique · Notice bibliographique [8] — Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles — L’affaire dite du Gaoulet de 1710 · Notice bibliographique [9] — The Gauolet Uprising of 1710: Maroons, Rebels, and the Informal Exchange Economy of a Caribbean Sugar Island

Voir 3 points documentés pour note de méthode — Comment le dossier du Gaoulet a été établi

Sources et limites

Vérifier les faits et interprétations du dossier

Ouvrir les 45 points documentés, leurs sources et leurs limites

Point 1 sur 45 · Événement · 1710-04-28–1710-04-30 · Laurence déclarée marronne par son maître

Le 30 avril 1710, au greffe du Cul-de-Sac de la Trinité, à la Martinique, Jacques Gallet, habitant du quartier, déclare « Avoir une negresse nommée Laurence Creole maronne du vingt huit », sans savoir où elle peut être. Laurence était donc partie le 28 avril 1710, trois mois avant la nuit du 25 juillet.

À garder en tête : La déclaration ne donne aucune raison de départ : celle que Laurence donne elle-même vient de son interrogatoire de septembre 1711. L’extrait conservé fut délivré le 25 septembre 1711 pour le procès.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vue 662 : extrait des déclarations de marrons de la juridiction du Cul-de-Sac de la Trinité

Employé dans : chapitre 1 — Partir au bois, danser au bourg.

Point 2 sur 45 · Témoignage · juin-juillet 1710 · Claude, parti avant la Fête-Dieu

Interrogé le 26 juillet 1710 dans une procédure contre des accusés « d’un Soulevement Contre les Blancs », Claude, environ vingt-deux ans, baptisé, esclave de M. de Begue, lieutenant de roi, dit au juge être parti marron « Un peu auparavant La feste de Dieu derniere a Cause que le Commandeur de l’habitation de son Maître L’a voullu battre pour n’avoir pas fait fournir assez de Cannes au Moulin ». Il s’est retiré tantôt dans les cases des esclaves de son maître, tantôt sur l’habitation du sieur de La Grand Cour, tantôt au bord de la mer, et a vécu de choux caraïbes pris dans les jardins des esclaves, de crapauds et de farine que lui donnaient des esclaves des deux habitations. Il a été pris la nuit précédente, au Parnasse, par des soldats de la garnison du bourg.

À garder en tête : La raison du départ est celle que Claude donne au juge, dans un interrogatoire où il est accusé de complot. La Fête-Dieu de 1710 n’est pas datée par la pièce.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 663-665 : interrogatoire de Claude, 26 juillet 1710

Employé dans : chapitre 1 — Partir au bois, danser au bourg et chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 3 sur 45 · Témoignage · 1710-07-26–1710-07-27 · Les bandes de marrons que nomme Claude

Claude décrit au juge plusieurs bandes de marrons. Celle qu’il a fréquentée, formée d’esclaves de son propre maître, se retire « sur L’habitation mesme de Leur Maître dans les haults où Ils ont leur Jardin ». Une autre réunit des esclaves de Madame Dangennes autour d’un nommé Philippe, créole. Une troisième rassemble Jérôme et François, esclaves de Courtois à la Basse-Pointe, Mamou, esclave de Descasseaux, Michau, esclave de Desmassias, d’autres hommes et une femme, Marguerite, compagne de François. Il a entendu dire qu’une bande de vingt hommes se tenait au-dessus de l’habitation du sieur Descours, devant les pitons du Carbet. Il ajoute qu’il avait quitté sa bande dix jours avant sa capture, parce que celui qui était à sa tête lui avait cherché querelle.

À garder en tête : La liste est celle d’un accusé à qui l’on demande des noms ; la bande du Carbet n’est connue que par ouï-dire. Plusieurs noms et maîtres sont d’une lecture difficile et ne sont pas repris ici.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 665-666 et 678 : interrogatoire de Claude, 26 et 27 juillet 1710

Employé dans : chapitre 1 — Partir au bois, danser au bourg.

Point 4 sur 45 · Témoignage · 1710-07-26 · Les grades du Gaoulet et des marrons selon Claude

Interrogé sur la nomination d’« officiers pour aller contre les blancs », Claude répond que François, esclave de la veuve Pichon, est « Le General des Gaoulets » ; il attribue à d’autres danseurs les grades de major, de maître d’hôtel, de caporal, d’enseigne, de tambour, de capitaine et de soldat. Parmi les marrons, il dit Jérôme, esclave de Courtois, « General des Marons », Michau, esclave de Desmassias, « Intendant », et Mamou, esclave de Descasseaux, « gouverneur ».

À garder en tête : Ces grades sont ceux que Claude énonce en réponse à une question qui suppose déjà une organisation militaire contre les Blancs. Ils ne concordent pas avec ceux du procureur du roi le 14 août 1710, qui fait de Jacob le « General » et de Simon, libre de couleur, le « Gouverneur » de l’assemblée. Que Mamou porte ici le titre de gouverneur ne suffit pas à l’identifier au chef « qui avoit pris parmy eux le titre de gouverneur » que Gabaret dit pris en décembre 1710.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vue 669 : interrogatoire de Claude, 26 juillet 1710

Employé dans : chapitre 1 — Partir au bois, danser au bourg et chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 5 sur 45 · Témoignage · printemps-été 1710 · Le Gaoulet, une danse dans la case de Jacob

Interrogé le 26 juillet 1710 sur ce qu’il entend « par ce mot de Gaoulet », Claude répond que depuis trois ou quatre mois Jacob, esclave des Ursulines, attire dans sa case, « qui est fort grande », plusieurs esclaves du bourg de Saint-Pierre « pour dancer une Certaine Dance qu’ils appellent Le Gaoulet, qui est de se laisser tomber, se relever, se Cogner le ventre l’un contre l’autre apres quoy Ils font La debauche ». Il y est allé un dimanche après-midi, puis dit y être allé quatre fois. Pour entrer, il faut l’agrément de Jacob, un collier de corail enfilé par une femme du Gaoulet, présenté au « Sergent qui garde la Barriere », une pièce de dix-huit sols et un ponche, après quoi Jacob attache lui-même le collier au cou du nouveau venu.

À garder en tête : L’essentiel de ce que l’on sait de la danse vient des réponses de Claude, accusé dans une procédure capitale et gracié en échange de sa participation à l’instruction, à des questions qui portent déjà sur un complot. La description de la danse est la sienne ; le sens que lui donnaient ceux qui la dansaient n’est pas conservé. Le procureur du roi y ajoute, le 14 août 1710, ses propres chefs d’accusation contre Jacob, François Pichon et Simon.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 667 et 670 : interrogatoire de Claude, 26 juillet 1710 ; vue 673 pour les quatre visites
  • Source [8] — chapitre p. 15-53, interrogatoire de Claude
  • Source [9] — p. 84-89 : les réunions du Gauolet

Employé dans : chapitre 1 — Partir au bois, danser au bourg et chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 6 sur 45 · Témoignage · 1710 · Selon Claude, interrogé les 26 et 27 juillet 1710, les femmes qui fréquentent le Gaoulet y tiennent des…

Selon Claude, interrogé les 26 et 27 juillet 1710, les femmes qui fréquentent le Gaoulet y tiennent des rôles matériels distincts. Cathault, femme de Jacob, et Magdelaine, femme de Cominan, toutes deux esclaves des Ursulines, enfilent les colliers « qui servent pour avoir Entrée dans Le Gaoulet », et prennent « dix sols pour chaque Collier ». Babiche fournit de la farine à Pierrot, et elle et les autres femmes que Claude nomme — Anne, Jeanne Samba, Agathe, Marthe, Nanon, Magdelon, Dorothée, Jeanneton, Jacqueline et Fanchon — enfilent elles aussi des colliers pour le Gaoulet, où elles sont souvent allées.

À garder en tête : Les fonctions proviennent de la réponse de Claude transcrite sous contrainte, à des questions qui nomment déjà les femmes ; elles n’établissent ni la fréquence des actes ni le sens que chacune donnait aux colliers. Les accusations d’empoisonnement rapportées dans la même procédure sont des ouï-dire et ne qualifient pas ces gestes.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vue 673 : interrogatoire de Claude, 26 juillet 1710
  • Source [8] — chapitre p. 15-53, interrogatoire de Claude des 26-27 juillet 1710
  • Source [9] — p. 87-93 : objets, paiements, vivres et économie d’échange autour du Gauolet

Employé dans : chapitre 1 — Partir au bois, danser au bourg.

Point 7 sur 45 · Interprétation · 1710 · Dans l’interrogatoire édité de Claude, des personnes esclavisées se réunissent et dansent le dimanche dans…

Dans l’interrogatoire édité de Claude, des personnes esclavisées se réunissent et dansent le dimanche dans les cases de l’habitation des Ursulines. Brett Rushforth relie ces rencontres à deux conditions matérielles : le domaine religieux formait un carrefour de routes et le calendrier catholique réservait des dimanches et fêtes pendant lesquels les personnes pouvaient circuler. L’institution possédait donc l’espace et contribuait à régler le temps dans lesquels les réunions devenaient possibles.

À garder en tête : Les sources établissent la propriété, le lieu, le jour et les réunions, mais elles ne disent pas que les Ursulines connaissaient ou autorisaient ces rencontres. L’effet du calendrier et de la géographie est une interprétation de Rushforth, non l’intention des religieuses ni une protection offerte par l’institution.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [8] — chapitre p. 15-53, interrogatoire de Claude des 26-27 juillet 1710 : réunions, danse, dimanche et cases des personnes esclavisées par les Ursulines
  • Source [9] — p. 84-89 : géographie du domaine des Ursulines, carrefour routier, dimanche, fêtes et réunions du Gauolet

Employé dans : chapitre 1 — Partir au bois, danser au bourg.

Point 8 sur 45 · Témoignage · 1710-07-26 · Les cordons de François Pichon

Interrogé sur les « sorcelleries » que ferait François Pichon dans la case de Jacob, Claude répond qu’il « fait des Cordons » : il en donne aux uns pour retourner chez leur maître après une fuite sans être battus, à d’autres pour se battre sans être blessés ou pour être plus forts que leurs adversaires, et se fait donner « pour Chaque Cordon un Escu neuf ».

À garder en tête : Ce que l’on sait des cordons vient de la réponse de Claude à une question qui les range déjà parmi des sorcelleries ; ni le sens que leur donnait François Pichon ni celui qu’y voyaient ceux qui les portaient ne sont conservés.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 671-672 : interrogatoire de Claude, 26 juillet 1710

Employé dans : chapitre 1 — Partir au bois, danser au bourg.

Point 9 sur 45 · Événement · 1710-07-06–1710-07-18 · La chasse aux marrons du 6 juillet 1710

Au début de juillet 1710, le gouverneur de la Martinique, Gabaret, reçoit « journellement » des plaintes contre des marrons de divers quartiers, dont certains auraient volé des habitants sur les grands chemins. Le dimanche 6 juillet, il fait partir secrètement 435 miliciens, dont 60 grenadiers, pour leur donner la chasse, mais « l’on en a pris qu’un tres petit nombre ». Le 18 juillet, il propose une amnistie d’un mois pour ceux qui reviendraient d’eux-mêmes chez leurs maîtres, parce qu’une partie d’entre eux « n’osent retourner chez leurs maitres crainte du chastiment ». Le 4 septembre, après le procès, il écrit ne pas l’avoir publiée, parce qu’il lui paraît « qu’il est bon de temporiser encore Jusques a ce que je voye qu’il n’y ait plus de Coupables de la Conspiration formée ».

À garder en tête : Les vols et le nombre des marrons sont ce que rapportent les plaintes reçues par le gouverneur, non un constat. L’amnistie n’a été qu’une proposition.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [3] — lettres de Gabaret du 18 juillet 1710, fol. 232 r°-v°, et du 4 septembre 1710, fol. 246 r°

Employé dans : chapitre 1 — Partir au bois, danser au bourg et chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 10 sur 45 · Événement · 1710-07-25–1710-07-28 · La nuit du 25 juillet 1710 et le Conseil du lendemain

Le 28 juillet 1710, le gouverneur Gabaret annonce au ministre la découverte d’une « Conspiration d’environ 200. negres » qui auraient voulu brûler le bourg de Saint-Pierre et des habitations et tuer les Blancs qu’ils trouveraient. Il rapporte que le vendredi 25 juillet au soir, quelques-uns sont allés à l’habitation de l’intendant Vaucresson pour brûler sa maison, et qu’une trentaine d’accusés sont déjà en prison. Le samedi 26 juillet, un Conseil réuni à ce sujet décide que le juge ordinaire, sur l’accusation du procureur du roi, les jugera « prevostablement », ainsi que tous les complices qui seraient pris.

À garder en tête : Le nombre de deux cents, le projet d’incendie et l’intention prêtée aux personnes de la nuit du 25 juillet sont les déclarations du gouverneur, trois jours après les faits et avant tout jugement. Aucune pièce conservée ne décrit ce qui s’est passé ce soir-là à l’habitation de l’intendant.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [3] — lettre de Gabaret du 28 juillet 1710, fol. 238 v°-239 r°

Employé dans : chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 11 sur 45 · Événement · 1710-07-18–1711-11-03 · L’affaire dite du Gaoulet, à la Martinique, tient en deux procédures criminelles.

L’affaire dite du Gaoulet, à la Martinique, tient en deux procédures criminelles. La première, ouverte par une remontrance du procureur du 18 juillet 1710, s’élargit après la nuit du 25 juillet : le Conseil supérieur, réuni le 26 juillet, charge le juge royal Claude Honoré Houdin de juger en dernier ressort, puis siège lui-même à Saint-Pierre à partir du 12 août et rend son arrêt le 14 août 1710. La seconde, en septembre-novembre 1711, juge Michau, l’un des chefs dont la tête avait été mise à prix, et les personnes prises avec lui : sentence du juge Houdin le 31 octobre, arrêt du Conseil sur appel le 3 novembre 1711.

À garder en tête : Ni l’arrêt du 14 août 1710 ni celui du 3 novembre 1711 ne sont conservés en entier : le recueil F3 250 ne donne du premier que son intitulé et du second qu’un extrait. Les volumes F3 26 et F3 250 sont des copies réunies au XVIIIe siècle pour Moreau de Saint-Méry, non les registres du greffe ; l’ordre des pièces y est celui du compilateur. Le nom « Gaoulet » vient des pièces elles-mêmes : c’est celui d’une danse que l’on danse dans la case de Jacob, aux Ursulines, et par extension celui des personnes du bourg de Saint-Pierre qui la dansent, non un lieu.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [3] — lettre de Gabaret du 28 juillet 1710, fol. 238 v°-239 r° : Conseil du 26 juillet et jugement prévôtal
  • Source [4] — lettre de Vaucresson du 30 août 1710, fol. 361 v° : refus du juge de juger seul, Conseil assemblé le 12 août pour deux jours et demi
  • Source [2] — p. 849 : conclusions du procureur du roi du 14 août 1710, visant le pouvoir donné au juge Houdin par l’arrêt du 26 juillet ; p. 883 : intitulé de l’arrêt du 14 août 1710
  • Source [2] — p. 911-915 : sentence du juge Houdin du 31 octobre 1711 ; p. 919 : extrait de l’arrêt du 3 novembre 1711
  • Source [1] — vues 663-741 : interrogatoires de 1710 et de 1711, confrontations et conclusions du procureur

Employé dans : chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet » et note de méthode — Comment le dossier du Gaoulet a été établi.

Point 12 sur 45 · Témoignage · 1710-07-26–1710-07-27 · Le projet prêté aux marrons et aux danseurs

Interrogé sur un complot des marrons avec les esclaves du bourg, Claude répond que les marrons devaient venir trouver, à la mort de la lune, « les negres du Bourg qui dancent le Gaoulet chés les negres des Religieuses pour foncer Ensemble sur les blancs ». Il dit l’avoir entendu de François Pichon, et rapporte de Lucas, jeune esclave du sieur Marcé, que les esclaves du complot devaient commencer par brûler la maison de l’habitation du gouverneur Gabaret, dite le Château-Gaillard, puis mettre le feu au bourg et se battre contre les Blancs, « sinon qu’ils se Retireroient s’ils n’estoient pas les plus fortes ». Le lendemain, il dit n’avoir vu ni entendu parler d’esclaves armés autour de la maison de l’intendant au Parnasse.

À garder en tête : Ce sont des propos que Claude dit avoir entendus d’autres accusés, rapportés en réponse à des questions qui nomment déjà le complot, par un homme qui obtient sa grâce. Ils établissent ce que l’instruction a fait dire, non l’existence d’un plan. Sur la nuit du 25 juillet, la seule chose que Claude dit avoir vue est qu’il était seul avec une femme, Fanchon.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 667, 669, 676-678 : interrogatoire de Claude, 26 et 27 juillet 1710

Employé dans : chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 13 sur 45 · Événement · 1710-07-26–1710-08-14 · La grâce de Claude dit Passepartout

Claude dit Passepartout, interrogé dès le 26 juillet 1710, est confronté aux accusés du bourg de Saint-Pierre. Selon les conclusions du procureur du roi du 14 août, l’intendant lui a accordé une grâce, inscrite dans la délibération du Conseil ; il doit pourtant rester en prison si le Conseil le juge utile « pour la Conviction et Conservation des preuves ».

À garder en tête : Les pièces ne disent pas quand la grâce fut promise, avant ou après ses déclarations. Ce que Claude dit des autres accusés est donc la parole d’un accusé qui obtient la vie sauve en échange de sa participation à l’instruction.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — p. 849-850 : confrontations « avec Claude dit Passepartout » ; p. 855 : grâce et maintien en prison
  • Source [1] — vue 663 : ouverture de l’interrogatoire de Claude, « vingt sixiéme Juillet mil sept cens dix du Matin »

Employé dans : chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 14 sur 45 · Événement · 1710-07-18–1710-08-30 · Les deux groupes accusés en 1710

Le procès de l’été 1710 vise deux groupes. Par une remontrance du 18 juillet, avant la nuit du 25 juillet, le procureur du roi poursuit Jeannot, esclave du sieur la Caillerie, « et ses Complices » ; par une seconde remontrance, du 26 juillet, « plusieurs Negres Et Negresses Ditz les Gauolets de ce Bourg S.t pierre ». Tous sont accusés « de Revolte et Sedition Contre les blancs ». L’intendant Vaucresson parle de même de « deux Cabals », l’une au quartier de la Case-Pilote, l’autre dans le bourg de Saint-Pierre, formées d’esclaves domestiques et d’habitation « presque tous Creoles », et écrit que ce sont les personnes de ces deux groupes qui ont été suppliciées.

À garder en tête : Le rapprochement du groupe de Jeannot avec la « cabale » de la Case-Pilote n’est fait par aucune pièce : le procureur ne situe pas ce groupe. La qualification de « Revolte et Sedition » et le projet que l’intendant prête aux deux groupes sont ceux de l’accusation.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — p. 849-850 : conclusions du procureur du roi du 14 août 1710, qui visent les remontrances du 18 et du 26 juillet
  • Source [4] — lettre de Vaucresson du 30 août 1710, fol. 362 r°-v°

Employé dans : chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 15 sur 45 · Événement · 1710-07-26–1710-08-14 · La torture dans le procès de 1710

Dans le procès de 1710, la torture fait partie de la procédure : les conclusions du procureur du roi du 14 août visent « les proces verbaux de torture » au même titre que les interrogatoires, les reconnaissances, les confessions, les dénégations et les confrontations des accusés.

À garder en tête : Les procès-verbaux eux-mêmes ne sont pas conservés : on ne sait ni qui fut soumis à la question, ni sous quelle forme, ni ce qui fut obtenu ainsi.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — p. 849-850 : pièces visées par les conclusions du 14 août 1710

Employé dans : chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 16 sur 45 · Événement · juillet-août 1710 · Saint-Pierre réclame des exemples

En 1711, l’intendant Vaucresson justifie la procédure de 1710 par la pression du bourg de Saint-Pierre : les prisons étaient remplies, il y eut « deux allarmes dans le bourg St Pierre dont une en plein jour », pendant lesquelles « le peuple estoit si emeu qu’il crioit hautement qu’on estoit trop longtems à faire des Exemple ». Il dit avoir alors fait révoquer le pouvoir donné au juge et fait siéger le Conseil au bourg sans interruption.

À garder en tête : Le récit est écrit plus d’un an après les faits par l’intendant, qui y défend la régularité de la procédure ; les lettres de 1710 ne mentionnent pas ces alarmes. Il ne dit ni leurs dates ni qui composait ce « peuple ».

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [5] — lettre de Vaucresson du 30 octobre 1711, fol. 162 v°-163 r°

Employé dans : chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 17 sur 45 · Événement · 1710-08-14 · Les peines demandées par le procureur en 1710

Le 14 août 1710, le procureur du roi demande que Jacob et les hommes du groupe de Jeannot soient rompus vifs sur un échafaud de la place d’armes de Saint-Pierre et laissés sur la roue, leurs têtes et leurs mains exposées sur des fourches le long des grands chemins ; que la tête de Jacob soit plantée sur un poteau au milieu de la savane où sont les cases des esclaves des Ursulines ; que François, esclave de la veuve Pichon, soit brûlé vif dans la même savane ; que Simon et quatre autres soient pendus ; que d’autres, hommes et femmes, assistent aux supplices, soient fouettés et marqués. Il demande aussi l’absolution d’une trentaine d’accusés des deux groupes. Pour les rompus, il précise « huit coups de barre » sur les bras, les cuisses et les jambes. Il demande enfin que le commandeur blanc des Ursulines, Assou, assiste au supplice de Jacob puis soit banni de l’île pour trois ans.

À garder en tête : Ce sont des peines requises, non prononcées. L’arrêt rendu le même jour en diffère : les conclusions demandent environ quatorze morts, l’intendant en compte dix-sept condamnés. On ne sait donc pas quels accusés reçurent quelle peine. Plusieurs noms sont perdus en fin de ligne dans la reliure.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — p. 850-856 : conclusions du procureur du roi du 14 août 1710

Employé dans : chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 18 sur 45 · Événement · 1710-08-14 · L’assemblée de la case de Jacob selon le procureur

Le 14 août 1710, le procureur du roi accuse Jacob, esclave des Ursulines, d’avoir attiré dans sa case « quantité de Negres de ce Bourg S.t pierre », d’en avoir tiré de l’argent et de s’être donné « la qualité de General » en distribuant d’autres charges ; François, esclave de la veuve Pichon, d’avoir été l’un des chefs de cette assemblée ; et Simon, « mulastre libre », d’en avoir été le troisième chef et d’en avoir porté « la qualité de Gouverneur ». Il reproche au commandeur blanc des Ursulines, Assou, d’avoir souffert ces assemblées dans son enclos.

À garder en tête : Ce sont des chefs d’accusation, non des faits établis : l’arrêt qui les a jugés n’est pas conservé. Le titre de « Gouverneur » que le procureur attribue à Simon ne doit pas être confondu avec celui qu’en décembre 1710 le gouverneur Gabaret prête à un chef marron pris dans les bois ; aucune pièce n’établit qu’il s’agisse du même titre. La fin des lignes de la page de gauche est perdue dans la reliure.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — p. 852-853 : conclusions du procureur du roi du 14 août 1710

Employé dans : chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 19 sur 45 · Événement · août 1710 · Selon l’intendant Vaucresson, le Conseil supérieur de la Martinique, réuni à Saint-Pierre à partir du 12…

Selon l’intendant Vaucresson, le Conseil supérieur de la Martinique, réuni à Saint-Pierre à partir du 12 août 1710, condamna à mort dix-sept personnes esclavisées : une à être brûlée vive, neuf à être rompues, dont l’une expira sur la roue et une autre fut jetée vivante au feu, et sept à être pendues. Onze autres durent assister aux supplices, furent fouettées et marquées d’une fleur de lys au front. Les exécutions eurent lieu « à differents jours ».

À garder en tête : Le compte est celui de l’intendant, qui dirigeait la répression. L’intitulé de l’arrêt dans le recueil F3 250, d’une main postérieure, donne les mêmes chiffres, mais il peut dériver de la lettre et ne la corrobore pas de façon indépendante. Le corps de l’arrêt n’est pas conservé : aucun document connu ne donne les noms des dix-sept condamnés ni ceux des onze marqués. Les conclusions du procureur du 14 août nomment des accusés et demandent des peines, mais l’arrêt en diffère, de sorte qu’elles ne permettent pas de savoir qui fut exécuté.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [4] — lettre de Vaucresson du 30 août 1710, fol. 361 v°-362 r° : « l’on en Condamna 17: a mort », répartition des peines et des onze
  • Source [2] — p. 883 : intitulé de l’arrêt du 14 août 1710, qui donne le même compte
  • Source [3] — lettre de Gabaret du 4 septembre 1710, fol. 240 r°-v° : brûlés, rompus, pendus, marqués et fouettés, sans compte
  • Source [8] — chapitre p. 15-53, introduction

Employé dans : chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet » et note de méthode — Comment le dossier du Gaoulet a été établi.

Point 20 sur 45 · Événement · 1710-08-14–1710-09-04 · Des supplices faits pour être vus

Les supplices de l’été 1710 sont publics et répétés pour effrayer. Le gouverneur Gabaret écrit le 4 septembre que les condamnés marqués et fouettés ont dû assister « a la mort des plus coupables » et que « l’epouvante qui est a present parmy eux nous donne la tranquilité ». L’intendant Vaucresson écrit le 30 août que « ces Exemples severes reïterés à differents jours ont fait un si grand effet sur ces gens la qu’on peut dire que tout est a present assés tranquille ».

À garder en tête : L’effet décrit est celui qu’en attendent et qu’en rapportent le gouverneur et l’intendant ; les lettres ne donnent ni les lieux ni les jours des exécutions.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [3] — lettre de Gabaret du 4 septembre 1710, fol. 240 r°-v° et 241 v°
  • Source [4] — lettre de Vaucresson du 30 août 1710, fol. 361 v°-362 r°

Employé dans : chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 21 sur 45 · Événement · 1710-07-26–1710-08-30 · En 1710, la justice de la Martinique met à prix les têtes des hommes qu’elle tenait pour les chefs de la «…

En 1710, la justice de la Martinique met à prix les têtes des hommes qu’elle tenait pour les chefs de la « sedition ». Le 14 août, le procureur du roi demande que soient augmentés les prix fixés par l’arrêt du 26 juillet pour Jérôme, esclave de Courtois, Michau, esclave de Desmassias, et Mamou, esclave de Descasseaux, et qu’y soit ajouté François, lui aussi esclave de Courtois. Le 30 août, l’intendant Vaucresson écrit que 300 livres sont promises pour la tête d’un chef et 600 livres pour le livrer vivant. Défense est faite de leur donner retraite ou assistance, et l’arrêt du 26 juillet est publié et affiché dans tous les quartiers de l’île.

À garder en tête : Les arrêts de mise à prix ne sont pas conservés : leur teneur est connue par le procureur, par les lettres du gouverneur et de l’intendant et par les motifs de 1714. Les montants varient selon les pièces : Gabaret écrit 600 livres par tête, les motifs de 1714 portent 600 livres chacun, l’intendant distingue 300 livres pour une tête et 600 livres pour un homme livré vivant. L’intitulé de l’arrêt du 14 août et les motifs de 1714 ne nomment que trois chefs, sans François. La qualification de « chefs » et le mot « sedition » sont ceux de la justice coloniale.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — p. 855-856 : conclusions du procureur du roi du 14 août 1710, « le prix des testes de Hierosme a Courtois, Michau a des Massias et Mamou a des Casseaux », et « la teste du Negre françois aussy au S.r Courtois »
  • Source [4] — lettre de Vaucresson du 30 août 1710, fol. 362 v° : « la recompense de 300.lt […] et de 600.lt pour les amener en vie »
  • Source [1] — vues 660-661 : motifs de l’arrêt contre Loré, 10 septembre 1714, défense de donner retraite et publication de l’arrêt
  • Source [3] — lettre de Gabaret du 4 septembre 1710, fol. 241 r° : têtes « mises a prix, a 600lt chacune »

Employé dans : chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet ».

Point 22 sur 45 · Événement · août 1710 - octobre 1711 · Le sort des quatre chefs mis à prix

Des quatre hommes désignés comme chefs en 1710 — Jérôme et François, esclaves de Courtois, Michau, esclave de Desmassias, et Mamou, esclave de Descasseaux —, un est pris à la fin d’août ou au début de septembre 1710, et l’intendant écrit que « l’on n’a pû rien tirer de luy » ; un second, « un des plus vigoureux, et determiné negre qu’il y eust dans le païs » selon l’intendant, est conduit dans les prisons de Saint-Pierre le 1er décembre 1710. Le 30 octobre 1711, l’intendant écrit que deux ont été « pris, et executés », que Michau a été pris environ un mois plus tôt et que Jérôme reste seul en liberté. Les deux exécutés sont donc Mamou et François.

À garder en tête : Aucune pièce conservée ne dit lequel de Mamou ou de François fut pris le premier, ni la date et le lieu de leur exécution ; la lettre où l’intendant dit l’avoir annoncée n’a pas été retrouvée. Le gouverneur Gabaret écrit que l’homme pris en décembre 1710 « avoit pris parmy eux le titre de gouverneur » : c’est son affirmation, que rien ne permet de rattacher à l’un des deux.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — p. 855-856 : les quatre noms dans les conclusions du procureur du 14 août 1710
  • Source [4] — post-scriptum de la lettre du 30 août 1710, fol. 365 r° ; lettre du 7 décembre 1710, fol. 391 v°-392 r°
  • Source [3] — lettres du 4 septembre 1710, fol. 241 r°, et du 10 décembre 1710, fol. 264 r°-v°
  • Source [5] — lettre de Vaucresson du 30 octobre 1711, fol. 162 r°-v°

Employé dans : chapitre 2 — Claude interrogé sur « ce mot de Gaoulet », chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix et chapitre 4 — « Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711.

Point 23 sur 45 · Événement · fin août 1710 · Un homme libre envoyé contre les chefs

À la fin d’août 1710, l’intendant Vaucresson engage contre les trois chefs encore en fuite « un Negre libre qui est icy aisé, et resolu ». Celui-ci part dans les bois avec un compagnon pour « tacher de se defaire des trois autres Chefs, ou d’indiquer l’endroit ou on pourroit les prendre », muni d’un ordre secret du gouverneur qui lui permet de porter des pistolets sans être inquiété.

À garder en tête : L’homme et son compagnon ne sont pas nommés, et la lettre ne dit ni ce qui lui fut promis ni ce qu’il obtint.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [4] — post-scriptum de la lettre du 30 août 1710, fol. 365 r°-v°

Employé dans : chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix.

Point 24 sur 45 · Événement · lettre de l’intendant du 7 octobre 1710 · Prendre la mer vers les îles étrangères

Le 7 octobre 1710, l’intendant Vaucresson écrit que les trois chefs encore libres « font encore quelques petits mouvements pour tacher d’enlever des Canots, et se sauver dans les Isles Etrangeres », et que le gouverneur a donné des ordres pour leur en ôter les moyens.

À garder en tête : C’est ce que l’intendant dit savoir de leurs projets ; aucune pièce n’atteste une traversée.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [4] — lettre de Vaucresson du 7 octobre 1710, fol. 367 r°-v°

Employé dans : chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix.

Point 25 sur 45 · Témoignage · 1711-09-21 · Interrogée le 21 septembre 1711 dans la chambre du greffe de la Martinique, Laurence, « paroissant agée de…

Interrogée le 21 septembre 1711 dans la chambre du greffe de la Martinique, Laurence, « paroissant agée de vingt cinq ans ou environ, Creole de cette isle », esclave du sieur Gallet au quartier de la Capesterre, déclara s’être « renduë maronne » depuis « environ un an », « à cause que son maître avoit brustlé la case d’elle repondante ». À la question de quoi ils avaient vécu pendant leur marronnage, elle répondit « qu’ils ont volé des Banannes et des figues jusqu’à ce qu’ils ayent pû faire un jardin dans le Bois, et qu’ils en avoient fait un sur la place de ladite Dame Sainte Marthe ». Le juge lui demanda ensuite « avec quels negres de ce bourg ils negotioient les legumes de leur jardin » ; elle répondit qu’elle ignorait où les hommes allaient « quand ils alloient dehors, parce qu’ils ne leur voulloient pas dire à leur retour », et qu’elle-même et « les deux autres negresses ne sortoient jamais de leur ajoupa ». Elle reconnut être « la maîtresse dudit hierosme » et avoir été avec lui depuis le jour de son départ jusqu’à celui de sa capture.

À garder en tête : Cette déposition est produite sous une accusation criminelle et n’est pas une parole libre : le préambule de son propre interrogatoire la dit « accusée de Maronnage », et plusieurs personnes poursuivies dans la même affaire ont été mises à mort en 1710. Les mots sont ceux du greffier, non les siens : « volé » est la qualification de la procédure, la question sur la négociation des légumes présuppose un fait que la réponse n’établit pas, et l’âge est celui qu’elle paraît avoir aux yeux du tribunal. Le jardin, l’ajoupa et la place de la dame Sainte-Marthe ne sont pas autrement localisés. Le lien avec Jérôme est établi par sa réponse « qu’ouy » à une question fermée du juge, non par une déclaration spontanée.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 689 et 691 : interrogatoire conduit par le juge Claude Honoré Houdin, 21 septembre 1711

Employé dans : chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix.

Point 26 sur 45 · Témoignage · 1710–1711 · Laurence dit avoir vécu environ un an dans les bois avec Jérôme et d’autres personnes.

Laurence dit avoir vécu environ un an dans les bois avec Jérôme et d’autres personnes. Elles prennent d’abord bananes et figues, puis aménagent un jardin sur la place de la dame Sainte-Marthe. Laurence reste dans l’ajoupa avec deux autres femmes et rapporte aussi que Jérôme menaçait de la tuer si elle le quittait. La même déposition fait ainsi connaître une communauté, une tentative de produire des vivres et une contrainte exercée à l’intérieur de la relation.

À garder en tête : Laurence parle dans une procédure capitale et le greffier transmet ses réponses. La durée est approximative. Le jardin est commencé, sans récolte certaine au moment décrit. Rushforth nomme parfois la relation un mariage ; l’interrogatoire édité emploie un autre vocabulaire et la menace rapportée interdit de la présenter comme une union entièrement choisie.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 690-695 : interrogatoire de Laurence, durée, groupe, subsistance, jardin, ajoupa et menace rapportée
  • Source [8] — chapitre p. 15-53, transcription de l’interrogatoire de Laurence
  • Source [9] — p. 75-78 et 89-93 : récit de Laurence et économie du jardin

Employé dans : chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix.

Point 27 sur 45 · Témoignage · 1711-09-21 · La question « pour quel sujet » est posée à chacune des personnes interrogées en septembre 1711, et les…

La question « pour quel sujet » est posée à chacune des personnes interrogées en septembre 1711, et les réponses conservées ne se ramènent pas à une cause unique : le sieur Gallet, maître de Laurence, avait brûlé sa case ; Magdelaine, dite Mande, esclave du sieur Audache, était sortie de l’habitation « parce que sa maîtresse la voulloit faire battre sans sujet » ; Margot, esclave du sieur Germond, dit être partie, malade, « parce que son Maistre ne la voulloit pas faire guerir » ; Jeannot, esclave de la veuve Aubriot, après deux jours de chasse sans rien tuer, a craint d’être battu à son retour ; Michau, au sieur Desmassias, répond être parti « par Libertinage ». Mande ajoute qu’elle n’avait rejoint son frère Colas, marron avec Jérôme, que deux semaines avant d’être prise.

À garder en tête : Cinq réponses obtenues sous la contrainte d’une procédure capitale ne fondent aucune répartition des motifs de départ : ce qui est établi est que la question est posée à chacun et que les réponses diffèrent. « Libertinage » appartient au vocabulaire de la police des esclaves et figure ici dans une réponse transcrite par le greffier, non dans une question : il n’est ni plus ni moins authentique que les autres.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 691, 697, 700, 706 et 709 : interrogatoires du 21 septembre 1711

Employé dans : chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix et chapitre 4 — « Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711.

Point 28 sur 45 · Événement · août 1710 - octobre 1711 · Jeannot, marqué en 1710, repris en 1711

Jeannot, esclave créole de la veuve Aubriot, environ trente ans, reconnaît le 21 septembre 1711 avoir été pris par la justice « pour L’affaire du Gaoulet » et marqué au front d’une fleur de lys : c’est l’un des rares accusés de 1710 dont on connaît le châtiment. Reparti marron six semaines avant sa reprise, après deux jours de chasse sans rien tuer, par crainte d’être battu, il rejoint, avec un fusil, Jérôme, qui avait un ajoupa dans les bois. Selon Laurence, il raconte au groupe les exécutions de 1710, montre sa propre marque et dit l’argent promis pour Jérôme et Michau ; lui-même dit avoir appris cette promesse dans les prisons, pendant l’affaire du Gaoulet. Le 31 octobre 1711, le juge le condamne à être pendu pour avoir récidivé « nonobstant le chastiment par luy subi comme Complice de ladite Revolte ».

À garder en tête : Sa marque de 1710 est établie par sa propre réponse à une question du juge et par la sentence de 1711 ; son nom ne figure dans aucun arrêt de 1710 conservé, et rien ne dit s’il fut l’un des onze que compte l’intendant. On ne sait pas si la pendaison fut confirmée en appel et exécutée.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 700-701 : interrogatoire de Jeannot, 21 septembre 1711 ; vue 694 : interrogatoire de Laurence
  • Source [2] — p. 911-915 : sentence du 31 octobre 1711

Employé dans : chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix.

Point 29 sur 45 · Témoignage · 1711-09-21–1711-11-03 · Travailler chez Loré, sur la promesse d’une grâce

Michau dit au juge, le 21 septembre 1711, avoir travaillé avec les esclaves du sieur de Loré « par l’ordre dud. sieur Deloré qui luy a dit qu’il demandroit Grace pour luy » : les esclaves de Loré l’appelaient en passant, et que Loré « luy avoit promis que s’il faisoit prendre hierosme, Il luy feroit avoir sa grace ». Le 3 novembre 1711, devant le Conseil, il dit que la dame de Loré lui a donné, trois mois plus tôt, la toile du caleçon neuf qu’il porte, cousu par Fanchon, esclave de la maison. Loré, interrogé le 29 octobre, nie l’avoir fait travailler et dit n’avoir eu « d’autre veüe, que de luy faire meritter sa grace » ; s’il n’a pas averti le gouverneur général ni l’intendant, sachant la tête de Michau à prix, c’est « manque d’y avoir pensé », n’ayant eu « nulle envie de se faire des affaires ».

À garder en tête : Les deux hommes se contredisent sur le travail ; chacun parle dans une procédure où il risque, l’un la mort, l’autre une poursuite pour complicité.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vue 713 : interrogatoire de Michau, 21 septembre 1711
  • Source [1] — vues 731-733 : interrogatoire du sieur Deloré, 29 octobre 1711
  • Source [1] — vue 740 : interrogatoire de Michau devant le Conseil supérieur, 3 novembre 1711
  • Source [9] — p. 93-96

Employé dans : chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix et chapitre 4 — « Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711.

Point 30 sur 45 · Interprétation · 1710–1711 · Plusieurs interrogatoires situent Michau chez Loré pendant sa fuite et lui attribuent des travaux de cacao,…

Plusieurs interrogatoires situent Michau chez Loré pendant sa fuite et lui attribuent des travaux de cacao, de séchage de farine, de coupe de bois et de cœurs de palmier. Michau dit être venu dans la cuisine de Loré après avoir été appelé pour indiquer où Jérôme se retirait ; il y est capturé. D’autres réponses associent ce séjour à l’espoir d’obtenir une grâce. Cette relation permet à Loré de tirer du travail de Michau avant de participer à sa reprise.

À garder en tête : Durée du séjour, initiative des travaux, paiement et contenu de la promesse divergent selon les dépositions. « Travail semi-libre » est la catégorie proposée par Rushforth : ce n’est ni un statut juridique de Michau, toujours approprié par Desmassias, ni un accord dont toutes les clauses seraient établies. Ce que voulait Loré au début de la relation n’est pas connu.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vue 709 : interrogatoire de Michau : appel chez Deloré, entrée dans la cuisine et capture ; autres dépositions de septembre-octobre 1711 pour le séjour et le travail
  • Source [8] — chapitre p. 15-53, interrogatoires de Jeannot Aubriot, Margot, Michau et Jeannot Deloré
  • Source [9] — p. 93-96 : travail de Michau, relation avec Deloré, promesse et capture

Employé dans : chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix.

Point 31 sur 45 · Événement · arrêt du Conseil supérieur, 3 novembre 1711 · motifs écrits par l’intendant, 10 septembre 1714 · Le sieur de Loré, officier de milice, gendre du maître de Michau, avait gardé longtemps chez lui Michau,…

Le sieur de Loré, officier de milice, gendre du maître de Michau, avait gardé longtemps chez lui Michau, dont la tête était à prix avec ordre à tous les habitants de lui courir sus. Le 3 novembre 1711, le Conseil supérieur le condamna à une amende et le déclara déchu, avec Desmassias, de la récompense promise pour la capture de Michau. En 1714, l’intendant Vaucresson écrit que cette retraite le rendait « à la Rigueur, tres Coupable, et même le mettoit dans Le Cas de Complicité », et que le Conseil s’était contenté de cent francs d’amende, au lieu de lui faire son procès, par égard pour un ancien intendant dont Loré était allié, « et enfin par La consequence qu’il y auroit eû à impliquer un Blanc dans un Cas pareil ».

À garder en tête : Le motif de la clémence est donné par l’intendant trois ans après les faits, dans un mémoire qui justifie l’arrêt auprès du ministère, et non par l’arrêt lui-même, dont l’extrait ne motive pas la condamnation. Le montant de cent francs est celui que donnent les motifs de 1714.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — p. 919 : extrait de l’arrêt du 3 novembre 1711, amende et déchéance de la récompense
  • Source [1] — vues 660-661 : « Motifs de L’Arrêt […] Contre Le S.r de Loré », signés De Vaucresson, « Fait a la Martinique le 10. 7bre 1714 »
  • Source [9] — p. 93-96 : relation de Michau et de Loré

Employé dans : chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix et chapitre 4 — « Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711.

Point 32 sur 45 · Événement · 1711-09-17–1711-09-18 · La chasse du 17 septembre 1711 et le jardin arraché

Le 17 septembre 1711, le sieur de Loré, commissaire des milices, et le sieur Hache mènent une chasse jusqu’à l’ajoupa de Jérôme, près du morne Patate, guidés par Jean dit Jeannot, l’esclave chasseur de Loré. Les marrons sont surpris ; une des femmes est blessée, une autre prise, et Jérôme s’échappe en sautant au bas de la falaise. La nuit, deux chiens de Jérôme reviennent à l’ajoupa et sont tués. Le lendemain matin, à trois cent cinquante pas de l’ajoupa, ils trouvent le jardin des marrons, « un quarré de cent pas habitué et planté de choux carayben, pois, Ignammes, Concombres », oseille, persil « et autres Legumes pour Leurs nourritures », que Hache fait « arracher et jetté par terre ». Loré déclare aussi que c’est par les promesses que Hache et lui ont faites à son esclave Jean que Michau a remis à celui-ci le fusil qui était dans l’ajoupa.

À garder en tête : Le récit est celui de l’officier qui a mené la chasse, dans une déclaration faite pour la procédure. Laurence dit avoir été blessée par François Ganga, homme libre de couleur qui suivait les deux officiers ; la déclaration rapporte la blessure à ce jour-là. La déclaration de Loré ne nomme pas la femme prise. La déclaration est datée du 17 septembre et rapporte aussi ce qui se passe le lendemain matin. Les pièces ne s’accordent pas sur le propriétaire de ce fusil.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 681-684 : déclaration du sieur de Loré du 17 septembre 1711

Employé dans : chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix.

Point 33 sur 45 · Témoignage · 1711-09-21 · Interrogée sur ce qui l’avait mise dans l’état où elle était, Laurence répondit « qu’elle a esté Blessée…

Interrogée sur ce qui l’avait mise dans l’état où elle était, Laurence répondit « qu’elle a esté Blessée dans le bois de la place de Madame Sainte Marthe par françois Ganga negre libre ». Le juge lui demanda ensuite « si ledit françois n’estoit pas à la chasse des negres Marons, à la suitte des sieurs Deloré et hache » ; elle répondit « qu’ouy ». Le jour où elle fut blessée, ajouta-t-elle, « Michau du sieur Demassias estoit venu les trouver ».

À garder en tête : Le fait que François Ganga chassait à la suite des sieurs Deloré et Hache n’est établi que par une question du juge à laquelle Laurence répond « qu’ouy » : c’est une réponse sollicitée par une question fermée, posée dans une procédure capitale, non une déclaration spontanée. Le « sieur Deloré » des interrogatoires est le sieur de Loré, commissaire des milices, qui signe « Deloré » sa déclaration du 17 septembre 1711 et que l’arrêt du 3 novembre 1711 condamne sous le nom de « sieur de lore ». La date de la blessure n’est pas donnée par Laurence ; la déclaration du 17 septembre la rapporte à la chasse de ce jour.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vue 690, interrogatoire de Laurence du 21 septembre 1711
  • Source [1] — vues 681-684 : déclaration du sieur de Loré du 17 septembre 1711, signée « Deloré »

Employé dans : chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix.

Point 34 sur 45 · Témoignage · 1711-09-17–1711-09-21 · Loré veut faire achever Laurence, selon elle

Selon Laurence, interrogée le 21 septembre 1711, le matin de la chasse, Michau vint à l’ajoupa et dit que le sieur de Loré ne les cherchait pas ; peu après, Loré et Hache firent tirer sur eux. Laurence blessée, Loré dit à Hache « qu’il falloit l’achever », parce qu’il savait qu’elle savait que Michau travaillait chez lui. François Ganga lui dit ensuite que c’était pour cela que Loré voulait la faire achever.

À garder en tête : C’est le récit de Laurence, accusée, et ce qu’elle rapporte de François Ganga ; le motif prêté à Loré est celui que donnent Laurence et, selon elle, François Ganga. Loré, interrogé le 29 octobre, nie avoir employé Michau, et aucune autre pièce ne rapporte ces paroles.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 692-693 : interrogatoire de Laurence, 21 septembre 1711

Employé dans : chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix.

Point 35 sur 45 · Événement · 1711-09-19–1711-09-20 · Michau pris dans la cuisine de Loré

Après la chasse manquée du 17 septembre 1711, le sieur de Loré et son beau-frère Desmassias fils décident de saisir Michau. Loré lui fait dire par son esclave Jean dit Jeannot qu’il n’a rien à craindre, et le samedi 19 septembre, vers dix heures du soir, Michau, « se fiant sur nostre parolle », entre dans la cuisine de Loré, où il est saisi, amarré et mis aux fers. Selon Jean dit Jeannot, Loré lui avait dit qu’il fallait absolument prendre Michau, « sinon qu’il le prendroit a sa place ».

À garder en tête : La menace contre Jean dit Jeannot n’est rapportée que par lui. Les motifs de 1714 font de la capture de Michau la suite de menaces du gouverneur général Phélypeaux contre Loré ; la déclaration de 1711 n’en dit rien.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 685-687 : déclaration du sieur de Loré du 20 septembre 1711
  • Source [1] — vue 720 : interrogatoire de Jeannot, esclave de Loré, 7 octobre 1711
  • Source [1] — vue 709 : interrogatoire de Michau, 21 septembre 1711

Employé dans : chapitre 3 — Vivre au bois avec une tête à prix.

Point 36 sur 45 · Témoignage · 1711-09-21 · Interrogée le 21 septembre 1711 sur ce qu’elle devait faire lorsque plusieurs hommes devaient « foncer sur…

Interrogée le 21 septembre 1711 sur ce qu’elle devait faire lorsque plusieurs hommes devaient « foncer sur les Blancs », Laurence — environ vingt-cinq ans, créole de l’île, esclave du sieur Gallet au quartier de la Capesterre — répondit « qu’elle n’a point du tout entendu Parler que les negres deussent se revolter contre les Blancs ». Lecture faite, elle persista et déclara ne savoir signer.

À garder en tête : La réponse est transcrite par le greffier dans une procédure capitale où Laurence est accusée : elle ne se lit ni comme une confidence ni comme un aveu libre. L’édition donne « veulent se révolter » là où le manuscrit porte « deussent se revolter » — la forme manuscrite rapporte ce que la question du juge suppose — un projet ou un mot d’ordre —, non une volonté prêtée aux personnes ; c’est la forme manuscrite qu’il faut citer. La pièce est datée du 21 septembre 1711 par son en-tête et sa mention marginale ; la déclaration de capture qui la précède est du 20.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 689-695 ; le passage cité vue 695
  • Source [8] — chapitre p. 15-53, transcription de l’interrogatoire de Laurence

Employé dans : chapitre 4 — « Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711.

Point 37 sur 45 · Événement · 1711-10-07 · Le préambule de l’interrogatoire du 7 octobre 1711 énonce le chef d’accusation : la procédure est poursuivie…

Le préambule de l’interrogatoire du 7 octobre 1711 énonce le chef d’accusation : la procédure est poursuivie « à l’encontre du Negre Michau appartenant au sieur Demassias et autres deffendeurs et accusés de sedition et Revolte contre les Blancs ».

À garder en tête : Le chef d’accusation est la qualification retenue par la justice coloniale pendant l’instruction ; aucune pièce du volume n’établit le projet qu’il désigne. Il est cité pour ce qu’il énonce, non pour ce qu’il prouve.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vue 718 : préambule de l’interrogatoire du 7 octobre 1711

Employé dans : chapitre 4 — « Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711.

Point 38 sur 45 · Témoignage · 1711-09-21 · Michau et les titres qu’on lui prête

Interrogé le 21 septembre 1711 sur la question de savoir si Jérôme ne devait pas être « general » et lui « Intendant », Michau répond « qu’il n’a point entendu parler de cela du tout » ; il nie que les marrons dussent rejoindre les danseurs du Gaoulet à la fin de la lune pour fondre sur les Blancs de Saint-Pierre, et dit avoir quitté Jérôme « dans Le temps qu’il a entendu parler de ces bruits la ».

À garder en tête : Ce sont les dénégations d’un accusé que la justice tient pour l’un des chefs mis à prix ; les titres viennent des questions du juge, qui reprennent les réponses de Claude en 1710.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vue 711 : interrogatoire de Michau, 21 septembre 1711

Employé dans : chapitre 4 — « Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711.

Point 39 sur 45 · Événement · aveu de 1711, sur des peines antérieures · Michau, déjà mutilé pour ses marronnages

Interrogé le 21 septembre 1711, Michau, environ vingt-cinq ans, créole, reconnaît avoir eu, « pour ses Maronnages par sentence de Justice », les oreilles coupées et la fleur de lys, puis une seconde fleur de lys et le jarret coupé. Il le reconnaît de nouveau devant le Conseil supérieur le 3 novembre 1711.

À garder en tête : Les sentences elles-mêmes ne sont pas conservées dans ces volumes : ni leurs dates ni le lieu ne sont connus. L’aveu répond à une question du juge.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vue 716 : interrogatoire du 21 septembre 1711
  • Source [1] — vue 740 : interrogatoire devant le Conseil supérieur, 3 novembre 1711

Employé dans : chapitre 4 — « Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711.

Point 40 sur 45 · Témoignage · 1711-10-29 · Lors de la confrontation ordonnée le 29 octobre 1711 par le juge Houdin, Lucas soutint que Michau, Jérôme,…

Lors de la confrontation ordonnée le 29 octobre 1711 par le juge Houdin, Lucas soutint que Michau, Jérôme, Colas et d’autres, buvant du tafia chez le sieur Demassias, disaient entre eux qu’il fallait foncer dans les prisons, amarrer ceux qui les gardaient et faire sauver leurs camarades. Michau, interpellé de fournir ses reproches contre Lucas, dit n’en avoir aucun, puis répondit que ces propos étaient « toutes autant de faussetés ». Il reconnut avoir reçu un coup de bâton sur le bras, mais dit qu’il « ne sçait point pas pourquoy » et qu’à ce moment il n’était pas marron.

À garder en tête : C’est le seul projet concret que la procédure de 1711 parvienne à faire énoncer, et il est contredit par celui qu’on en accuse. Il porte sur une évasion de prison, quand le chef d’accusation reste « sedition et Revolte contre les Blancs ». Les deux hommes sont confrontés sous la menace d’une condamnation capitale, et la lecture qui leur est faite porte sur des interrogatoires antérieurs dont l’un, du 26 août 1711, n’a pas été retrouvé dans le volume. Lucas avait subi la question deux jours plus tôt, le 27 octobre.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — vues 725, 727 et 728 : confrontation du 29 octobre 1711

Employé dans : chapitre 4 — « Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711.

Point 41 sur 45 · Événement · 1711-10-27–1711-10-29 · Lucas mis à la question avant la confrontation

Le 27 octobre 1711, Lucas, esclave accusé dans le procès de Michau, est soumis à la question : la sentence du 31 octobre vise le procès-verbal de cette « question ». Deux jours plus tard, le 29 octobre, il est confronté à Michau et lui soutient en face le projet de forcer les prisons ; le juge lit pour cela ses interrogatoires du 26 août et du 27 octobre.

À garder en tête : Le procès-verbal de question n’est pas conservé : on ne sait ni sous quelle forme Lucas fut torturé ni ce qu’il dit pendant la question. Ce qu’il soutient à la confrontation est la parole d’un accusé qui vient de la subir.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — p. 911-913 : pièces visées par la sentence du 31 octobre 1711, procès-verbal de question du 27 octobre
  • Source [1] — vue 727 : confrontation du 29 octobre 1711, lecture des interrogatoires de Lucas des 26 août et 27 octobre ; vue 734 : réquisitoire qui vise le procès-verbal de question

Employé dans : chapitre 4 — « Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711.

Point 42 sur 45 · Événement · 1711-10-31–1711-11-03 · La sentence du 31 octobre 1711

Le 31 octobre 1711, à Saint-Pierre, le juge Houdin condamne Michel dit Michau, esclave de Desmassias, comme « un des Chefs de la sedition et soulevement projetté l’année derniere », à être rompu vif sur un échafaud de la place publique et mis sur une roue « pour y finir ses jours ». Jeannot, esclave de la veuve Aubriot, déjà châtié en 1710 et revenu au marronnage armé d’un fusil, est condamné à être pendu. Laurence, Magdelaine dite Mande et Marguerite dite Margot, condamnées pour avoir été marronnes et avoir suivi Jérôme et Michau, doivent assister au supplice, être fouettées et marquées au front d’une fleur de lys, puis être rendues à leurs maîtres. Les cinq accusés font appel au Conseil supérieur, qui juge Michau le 3 novembre.

À garder en tête : L’extrait de l’arrêt du 3 novembre déclare Michau « duement attaint et Convaincu » mais ne recopie pas la peine d’appel : aucune pièce conservée ne dit si la roue fut confirmée et exécutée, ni ce que devinrent en appel Jeannot et les trois femmes.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — p. 911-915 : sentence du 31 octobre 1711 ; p. 919 : extrait de l’arrêt du 3 novembre 1711
  • Source [1] — vues 736-738 : conclusions du procureur du roi LeMoyne du 30 octobre 1711, qui requièrent ces peines

Employé dans : chapitre 4 — « Pour quel sujet » : les fugitifs devant le juge, 1711.

Point 43 sur 45 · Événement · lettre du gouverneur général, 24 mai 1712 · de la conspiration annoncée en 1710 à son démenti de 1712 · Le 24 mai 1712, au Fort-Royal, le gouverneur général Phélypeaux rappela au ministre que, deux ans plus tôt…

Le 24 mai 1712, au Fort-Royal, le gouverneur général Phélypeaux rappela au ministre que, deux ans plus tôt environ, on avait écrit à celui-ci que les esclaves de l’île avaient tenté « une conspiration generale contre les blancs, chose entierement fausse », et il ajouta, de ceux qui l’avaient écrit : « peutestre furent ils trompés ou voulurent vous tromper ». Il rapprocha cette conspiration des accusations de poison et de sortilège portées en 1712, que les commissaires du Conseil, envoyés sur les lieux, avaient trouvées « fables de mesme espece que la conspiration il y a deux ans ».

À garder en tête : Phélypeaux est arrivé à la Martinique après le procès de 1710. Son démenti ne cite aucune pièce de 1710 ni de 1711 : il s’appuie sur l’enquête menée en 1712 par les commissaires du Conseil sur le poison, et sa lettre ne rouvre le sort d’aucun condamné. Il contredit les lettres du gouverneur Gabaret et de l’intendant Vaucresson de 1710, sans que l’une ou l’autre voix puisse être tenue pour établie par la seule autorité de son auteur.

Où le vérifier sur la pièce

Employé dans : chapitre 5 — Phélypeaux : la conspiration de 1710, « chose entierement fausse ».

Point 44 sur 45 · Événement · lettre du 24 mai 1712, sur l’enquête de 1712 · La question donnée chez les maîtres

En 1712, selon le gouverneur général Phélypeaux, les commissaires du Conseil envoyés enquêter sur des accusations de poison ont trouvé que des maîtres de la Martinique, y compris parmi les principaux, donnaient chez eux à leurs esclaves la question, répétée jusqu’à quatre ou cinq jours, pour leur faire avouer qu’ils étaient empoisonneurs et sorciers. Il en décrit trois formes : la personne attachée nue près d’une fourmilière, frottée de sucre, couverte de fourmis ; liée nue là où piquent les maringouins ; des lattes de fer chauffées au rouge appliquées sous les pieds. Il conclut qu’« il ne faut pas s’estoner si a telles questions ils disent tout ce qu’on veut et a quoy ils n’ont jamais pensé ». Il dit ignorer quel remède y apporter, « n’ayant ny autorité ny force pour cela ».

À garder en tête : Ce que décrit Phélypeaux vient du rapport des commissaires, non de ses propres constats, et porte sur l’enquête de 1712 sur le poison, non sur le procès de 1710. Il ne nomme aucun maître ni aucune victime.

Où le vérifier sur la pièce

Employé dans : chapitre 5 — Phélypeaux : la conspiration de 1710, « chose entierement fausse ».

Point 45 sur 45 · Interprétation · 1690–1710 · Brett Rushforth interprète les réseaux révélés par l’affaire du Gaoulet comme une économie d’échange…

Brett Rushforth interprète les réseaux révélés par l’affaire du Gaoulet comme une économie d’échange informelle liée à la croissance sucrière de la Martinique. Routes, port de Saint-Pierre, demande de travail et multiplication des transactions renforcent les habitations, mais offrent aussi aux personnes esclavisées, marronnes, libres et à certains Blancs des lieux, des clients et des intermédiaires pour faire circuler vivres, tafia, outils, vêtements, argent, travail et informations hors du contrôle exclusif d’un propriétaire.

À garder en tête : Il s’agit de la lecture de Rushforth à partir d’une procédure exceptionnelle, non d’une mesure de la fréquence de chaque échange dans toute la Martinique. Les chiffres de population, de sucreries, de production et de navires qu’il emploie viennent d’autres séries et ne sont pas nécessaires à cet énoncé. L’économie informelle n’abolit ni l’appropriation des personnes ni la contrainte du travail.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [9] — p. 84-100, particulièrement p. 89-100 : routes, port, jardins, échanges, travail, croissance sucrière et formulation de l’économie informelle
  • Source [8] — chapitre p. 15-53, interrogatoires de Claude, Laurence, Margot, Mande, Michau et des deux Jeannot : relations et biens sur lesquels repose l’interprétation

Employé dans : note de méthode — Comment le dossier du Gaoulet a été établi.

Pour remonter aux sources

Bibliographie du dossier

Les références sont rangées selon la nature du document atteint et sa relation aux événements : pièces produites au moment des faits ; récits et études anciens, composés après les faits ; études, éditions et outils de recherche. La date de la notice indique la rédaction ou la publication lorsqu’elle est connue ; l’usage précise la période ou l’expérience racontée. Pour une édition savante, la notice distingue le texte transmis du travail de l’éditeur. Le libellé de chaque lien indique s’il conduit à la source en ligne, à une notice DOI, à un catalogue ou à la notice d’un éditeur.

Voir les 9 références et les liens disponibles

Pièces produites au moment des faits

  1. Administration coloniale française, Antilles, en particulier Martinique : copies d'actes, mémoires, lettres et procédures (1635-1721), dont les interrogatoires et pièces de l'affaire dite du Gaoulet (1635–1721 ; affaire du Gaoulet : 1710–1714).

    Copies des pièces de la procédure de 1710-1711 : déclaration de fuite de Laurence, interrogatoires de Claude, Laurence, Margot, Mande, Jeannot, Michau et de l’esclave chasseur de Loré, déclarations et interrogatoire de Loré, confrontation de Lucas, conclusions de 1711 et motifs de 1714.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  2. Administration coloniale française, Extraits des registres du greffe civil et criminel de la Martinique et lettres ministérielles, 1700-1711 (1700–1711).

    Recueil de pièces du greffe : conclusions du procureur du 14 août 1710, intitulé de l’arrêt, sentence du 31 octobre 1711 et extrait de l’arrêt du 3 novembre.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  3. Nicolas de Gabaret, gouverneur particulier de la Martinique, commandant en l'absence du gouverneur général, Lettres au secrétaire d'État de la Marine, juillet-décembre 1710, avec pièces jointes, mémoire de l'état présent de l'île et ordonnance du 20 juillet 1710 (18 juillet - 12 décembre 1710).

    Lettres du gouverneur Gabaret au ministre, de juillet à décembre 1710 : chasse du 6 juillet, conspiration annoncée, supplices et chefs mis à prix.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  4. Nicolas-François Arnoul de Vaucresson, intendant des îles du Vent, Lettres au secrétaire d'État de la Marine, à la Martinique, des 5 mai, 4 août, 30 août, 7 octobre et 7 décembre 1710 (5 mai - 7 décembre 1710).

    Lettres de l’intendant Vaucresson de 1710 : compte des condamnés, « deux Cabals », prix des têtes, homme libre engagé, canots, capture de décembre.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  5. Phélypeaux, gouverneur général ; Gabaret, gouverneur ; Vaucresson, intendant ; Mesnier, contrôleur ; Valmeinier, lieutenant de roi ; Binois, ingénieur ; Houdin, juge ; Poinsable, auteur d’une lettre du 13 janvier 1711, Correspondance de la Martinique reçue par le secrétaire d'État de la Marine pour 1711, avec pièces jointes (janvier - octobre 1711).

    Lettre de Vaucresson du 30 octobre 1711 : alarmes et foule de Saint-Pierre en 1710, sort des quatre chefs.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  6. Raymond Balthazar Phélypeaux, gouverneur général des îles du Vent, Lettre au secrétaire d'État de la Marine, au Fort-Royal de la Martinique (24 mai 1712).

    Lettre du gouverneur général Phélypeaux du 24 mai 1712 : démenti de la conspiration et tortures données par des maîtres.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source

Récits et études anciens, composés après les faits

  1. Lucien Peytraud, L’esclavage aux Antilles françaises avant 1789 (1897).

    Ouvrage de Lucien Peytraud qui relaie la lettre de Phélypeaux de 1712 sur les tortures privées.

    Voir la page de cette source

Études, éditions et outils de recherche

  1. Dominique Rogers (dir.) ; chapitre et édition des pièces par Myriam Cottias, Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles — L’affaire dite du Gaoulet de 1710 (2015).

    Édition des interrogatoires de l’affaire par Myriam Cottias, employée pour le contexte et contrôlée sur les pièces.

    Voir la page de cette source
  2. Brett Rushforth, The Gauolet Uprising of 1710: Maroons, Rebels, and the Informal Exchange Economy of a Caribbean Sugar Island (2019).

    Étude de Brett Rushforth sur l’affaire du Gaoulet, l’économie d’échange et la relation entre Michau et Loré.

    Voir la notice DOIVoir la page de cette source

Partager cette page

Comment des départs au bois et des réunions du dimanche sont-ils devenus, en 1710, un complot puni de mort ?