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Esclavage aux Antilles

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Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785)

Marie Houllemare

Étude · 2019

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Personne

Marie Kingué, soignante et fabricante de talismans dans le nord de Saint-Domingue

Dans cette fiche : Édition critique du rapport anonyme de 1785 conservé dans les papiers de François de Neufchâteau, et analyse de l’affaire : les pratiques de soin et de divination, l’étendue des réseaux, les dénonciations successives et l’état du droit colonial sur les talismans et les assemblées.

7 min · 1715–1789 · Saint-Domingue, Afrique atlantique

Dans Vies et actions

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Points étayés

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Marie Catherine dite Kingué, tenue en esclavage dans la partie nord de Saint-Domingue, est « présentée par…

Point 1 sur 10 · Pratique · 1785

Marie Catherine dite Kingué, tenue en esclavage dans la partie nord de Saint-Domingue, est « présentée par les historiens comme une guérisseuse ou une sorcière exerçant un fort ascendant sur les esclaves, les libres de couleur et les blancs », et « décrite comme une femme de nation Congo, d’environ trente-six à quarante ans, marquée de cicatrices au visage ». Elle exerce le rôle d’hospitalière, « dévolu à des femmes esclaves, âgées, chargées dans les plantations, aux côtés du chirurgien, de soigner les esclaves ». Son statut est flou : elle est dite esclave du sieur Coillon dit Belhumeur, au Port-Margot, « ou peut-être d’une libre de couleur vivant chez lui » ; elle verse un salaire à la personne qui la tient en esclavage tout en vivant ailleurs, à Plaisance, chez Chailleau, un commandant de milice local. Elle soigne, fait accoucher, et fabrique et vend des « garde-corps », talismans de bois ou de pierre, « dix et douze gourdes, et elle n’en avoit pas pour les demandeurs » : « tout Plaisance portoit un garde de corps, comme on porte un saint suaire ». Le rapport lui prête aussi des « tours de gibecière » : chez Chailleau, commandant de quartier, qui se croit empoisonné, elle lui « tira un crapaud du crâne », puis « un second de son côté », et le rapport enchaîne : « Cet homme émerveillé ne put plus alors se passer de cette nouvelle Médée. Dès ce moment, elle fit sa résidence chez lui » ; Médée est une magicienne meurtrière de la mythologie grecque. Ailleurs, une femme enceinte qu’elle accouche met au monde « une grosse couleuvre morte », que Kingué présente à Belhumeur. Ses accusateurs écrivent qu’elle « faisoit d’ailleurs des élèves, qui étoient sans cesse à l’affux de tout ce qui se passoit dans les ateliers », qu’« on l’envoyoit chercher de tous les cotés » et qu’« elle savoit tous les secrets des habitations ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

Tout ce que les rapports donnent d’elle vient de textes écrits pour la faire poursuivre : le vocabulaire — « absurdités », « tours de gibecière », « imbéciles trop crédules » — est le leur, et « supercherie » est le mot par lequel l’historienne rend leur position. Aucune déclaration d’elle n’est conservée : ses propos ne parviennent qu’au style indirect, sous la plume de ses accusateurs — « Elle lui dit qu’en effet, on lui avoit fait passer au poison ». La description qui donne sa nation, son âge et ses cicatrices n’est rattachée par la source à personne : elle suit une phrase sur ce que les historiens présentent, et le rapport édité, lui, ne donne ni nation, ni âge, ni cicatrices. La transe et la voix d’homme ne figurent pas non plus dans le rapport édité : elles sont dans l’analyse. Le crapaud extrait de la tête du commandant et l’accouchement d’une couleuvre, en revanche, y sont — « serpent » est le mot de l’analyse. Le mot « élèves » est du rapport, où il vaut accusation : la subordonnée qui le suit en fait un réseau de guetteurs. Le mot « vaudou » ne figure pas dans les rapports. Le rapport édité rattache donc l’installation de Marie Kingué chez Chailleau à l’épisode des crapauds — « dès ce moment » — et l’historienne nomme Chailleau dans la phrase même qui rapporte la guérison. Ce que la source établit est cet enchaînement dans le récit d’un accusateur, non que la protection accordée ensuite par Chailleau en découle : le rapport a intérêt à faire de ce commandant un « illuminé » que la ruse a capturé. L’étude le dit « commandant du quartier de Plaisance » à un endroit et « commandant de milice du quartier du Limbé, à Plaisance » à un autre : la source elle-même ne fixe pas lequel des deux quartiers il commande, et rien ici ne le tranche.

  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — édition critique du rapport anonyme sur « Kingé, sorcière et guérisseuse », d’après Archives nationales, fonds François de Neufchâteau, 27 AP 12, dossier 2 : page 155, Belhumeur, l’homme mutilé et le début de l’accouchement ; page 156, couleuvre, crapauds, Médée, résidence chez Chailleau, supplices, élèves et garde-corps ; page 157, phrase finale sur l’arrestation
  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — analyse de l’affaire : page 157, description de Marie Kingué et origine des rapports ; pages 158-159, hospitalière, soins, talismans, divination et droit de correction ; pages 160-161, réseaux, statut et déplacements ; page 162, difficultés de l’arrestation

En 1785, dans la partie nord de Saint-Domingue, Marie Kingué désigne les auteurs supposés d’empoisonnements,…

Point 2 sur 10 · Événement · 1785

En 1785, dans la partie nord de Saint-Domingue, Marie Kingué désigne les auteurs supposés d’empoisonnements, et des personnes ainsi désignées sont suppliciées. Le rapport anonyme écrit qu’« on s’empare des malheureux nègres (victimes de la haine de leurs camarades qui avoient payé Kingué) et on les abandonne au tribunal de cette négresse, qui leur fait donner la question et les dévoue aux flammes » ; « donner la question » signifie ici torturer. Marie Houllemare, qui édite ce rapport, écrit que « ces coupables, ainsi fabriqués par cette femme, sont ensuite punis par leur maître ou son agent, au bûcher ou au fouet ». Le même rapport porte que le sieur Belhumeur « eut la cruauté de la croire, et de faire périr des malheureux, sans autre forme de procès que le jugement de cette négresse ». L’épisode où l’on s’empare des hommes se passe, lui, chez le commandant de quartier qui la logeait, et le rapport n’y nomme personne : il écrit « on », et remet la torture et le bûcher au « tribunal » de Marie Kingué. Les rapports mentionnent nommément au moins quatre planteurs « l’ayant sollicitée pour rechercher des empoisonneurs sur leur habitation ». De telles pratiques « dépassent largement le droit de correction prévu par le Code noir » et sont condamnées par l’administration royale dès les années 1720. Un homme eut « l’adresse de se rendre tout mutilé auprès du juge du Cap, et de se mettre sous la sauvegarde du Roy et de la justice ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le rapport ne met pas les supplices au compte des mêmes mains d’un épisode à l’autre : les « imbéciles trop crédules » qui livrent des innocents aux flammes « à son instigation », Belhumeur nommément — il « eut la cruauté de la croire, et de faire périr des malheureux » —, ou le « tribunal » de Marie Kingué. L’analyse, elle, écrit constamment que les désignés « sont ensuite punis par leur maître ou son agent, au bûcher ou au fouet ». La formule « on les abandonne au tribunal de cette négresse » appartient au récit d’un épisode et charge une femme esclavisée plutôt que les maîtres qui ont ordonné les supplices : c’est l’intérêt d’un texte qui cherche à la faire poursuivre. Le nombre des morts n’est jamais donné : le rapport écrit « beaucoup de nègres innocens », l’étude « plusieurs esclaves ». Aucune des personnes suppliciées n’est nommée, ni l’homme mutilé qui gagna le Cap, et l’on ignore ce qu’il advint de sa plainte. L’étude mentionne à part la plainte d’une personne esclavisée mutilée auprès du juge du Cap. Selon l’étude, cette plainte porta « en mai » et « une première fois » ces agissements à l’attention des autorités, sans effet comme les autres démarches antérieures ; elle ne dit pas que ce soit le même homme. Que des personnes esclavisées aient payé pour faire désigner leurs ennemis est l’affirmation du rapport, non un fait vérifié par ailleurs ; l’historienne en retient, en conclusion, des esclaves « qui ne sont pas forcément solidaires entre eux ».

  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — édition critique du rapport anonyme sur « Kingé, sorcière et guérisseuse », d’après Archives nationales, fonds François de Neufchâteau, 27 AP 12, dossier 2 : page 155, Belhumeur et l’homme mutilé ; page 156, saisies, question, flammes et « tribunal » de Marie Kingué
  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — analyse de l’affaire : page 159, désignations, maîtres ou agents et droit de correction ; page 160, actes attribués à Belhumeur ; page 161, quatre planteurs ; page 162, plainte distincte d’une personne mutilée ; pages 163-164, atteinte à la souveraineté royale

En 1785, les difficultés à appréhender Marie Kingué sont, selon l’étude, « un signe de son autorité dans le…

Point 3 sur 10 · Événement · 1785

En 1785, les difficultés à appréhender Marie Kingué sont, selon l’étude, « un signe de son autorité dans le quartier du Limbé ». Une lettre de dénonciation anonyme du 3 septembre rapporte, dans les termes de l’historienne, « l’impuissance du gérant Pidoux, qui a tenté de l’arrêter : elle l’a mordu publiquement et les esclaves placés sous son autorité l’ont laissée partir, ayant peur d’elle plus que de lui ». L’historienne ajoute, sans qu’on sache si elle résume encore la lettre, que le commandant de quartier Chailleau, chez qui Marie Kingué réside, lui accorde son soutien. Un rapport parvenu le 17 novembre apprend que Belhumeur avait été convoqué chez le sénéchal du Cap, le juge ordinaire de la ville, et que, engagé à faire cesser « les désordres », il « a préféré l’envoyer sur une autre habitation pour la protéger ». Almeida de Suarez, substitut du procureur — c’est-à-dire son adjoint — à Plaisance, recommande de la faire arrêter et juge insuffisants les six hommes de la maréchaussée, la police à cheval. Dans le dernier rapport, François de Neufchâteau, procureur général du Conseil supérieur du Cap, justifie une décision de l’arrêter déjà prise, résume l’affaire aux magistrats et dresse une liste de témoins, Blancs, libres de couleur et esclaves. Le rapport anonyme édité se termine, lui, en écrivant que le ministère public a arrêté le cours des désordres « en faisant décréter et arrêter la sorcière ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

L’issue n’est pas établie. Le rapport édité donne l’arrestation pour décrétée et faite ; l’étude écrit qu’« il n’est pas sûr qu’elle ait véritablement été portée devant les juges, aucun autre document n’attestant de sa condamnation, les registres du Conseil supérieur du Cap pour cette période ayant été détruits ». L’affaire ne paraît pas dans le recueil d’arrêts conservé à partir de novembre 1786 (Archives nationales d’outre-mer, ANOM, C9 A 165), ce qui « semble indiquer une procédure expéditive, l’échec de son arrestation ou un refus des autorités de poursuivre l’affaire ». Aucune de ces trois hypothèses n’est retenue ici, et l’inférence est celle de l’historienne, tirée d’une absence d’archive. La morsure infligée à Pidoux et le refus des personnes esclavisées placées sous son autorité de l’aider sont rapportés par le dénonciateur anonyme, qui a intérêt à montrer l’autorité royale impuissante. Hormis la dernière phrase, qui vient du rapport édité, cet énoncé repose sur l’analyse de rapports que l’étude n’édite pas.

  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — édition du rapport anonyme, page 157, pour la phrase finale « en faisant décréter et arrêter la sorcière »
  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — analyse, pages 161 à 162 : la lettre anonyme du 3 septembre 1785, l’impuissance de Pidoux, le soutien de Chailleau, le rapport parvenu le 17 novembre, la recommandation d’Almeida de Suarez et la liste de témoins du procureur général ; note 16 pour l’absence de l’affaire au recueil d’arrêts

L’instrument de recherche des papiers de François de Neufchâteau décrit sous la cote 27AP/12, dossier 2,…

Point 4 sur 10 · Interprétation · 1785

L’instrument de recherche des papiers de François de Neufchâteau décrit sous la cote 27AP/12, dossier 2, huit pièces de 1785 relatives à des plaintes contre « Marie-Catherine ou Kingué ». L’article de Marie Houllemare édite un rapport et en analyse trois autres au fil de l’affaire ; au moins quatre pièces du dossier restent donc sans description précise dans cette étude.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le décompte de huit vient de l’instrument de recherche, qui ne décrit pas chaque pièce. Les originaux n’ont pas été consultés et l’article ne permet pas de déterminer le contenu, l’étendue ou le producteur des quatre pièces restantes. L’expression racialisée et accusatoire de l’intitulé archivistique n’est pas une qualification adoptée par le site.

  • Papiers de Nicolas François de Neufchâteau (1750-1828), répertoire numérique détaillé, FRAN_IR_000636 — 27AP/12, dossier 2 : intitulé « Lettres au sujet de plaintes contre une sorcière noire, Marie-Catherine ou Kingué. 1785 (8 pièces) »
  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — p. 157-164 et note 4 : présentation du fonds 27AP/12, dossier 2, analyse successive des dénonciations, rapports de Demay et d’Almeida de Suarez et rapport de François de Neufchâteau ; rapport anonyme édité dans l’article

En 1785, Marie Catherine dite Kingué circule entre Port-Margot, Plaisance, le Limbé, Le Borgne et plusieurs…

Point 5 sur 10 · Interprétation · 1785

En 1785, Marie Catherine dite Kingué circule entre Port-Margot, Plaisance, le Limbé, Le Borgne et plusieurs habitations du nord de Saint-Domingue. Son propriétaire est incertain dans l'étude : Belhumeur, ou peut-être une femme libre de couleur vivant chez lui. Marie Kingué verse un salaire à la personne qui la tient en esclavage, vit chez le commandant Chailleau, se déplace jusque dans une voiture, reçoit de l'argent pour ses consultations et vend des garde-corps dix ou douze gourdes. Les rapports nomment au moins quatre planteurs qui la sollicitent. Revenus, clientèle et soutiens élargissent donc sa capacité d'action sans abolir la propriété ni le risque d'arrestation.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Les revenus, déplacements et relations sont connus par des rapports destinés à justifier une poursuite et par l'analyse qu'en donne Houllemare. Le rapport associe les paiements à la crédulité ou à la volonté de nuire ; il ne conserve pas les raisons que les clients donnaient eux-mêmes. « Salaire » désigne ici la somme versée au détenteur selon l'étude, non un contrat de travail libre. Le nom du propriétaire et la qualité territoriale exacte de Chailleau restent contradictoires ou incertains dans l'article.

  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — rapport édité p. 156-157 pour les garde-corps, leur prix, les demandes, les élèves et l'étendue de la renommée ; analyse p. 160-162 pour le statut incertain, le salaire versé au détenteur, la résidence chez Chailleau, les déplacements, la voiture, les quatre planteurs et les soutiens

Le rapport anonyme de 1785 relie la consultation de Marie Kingué aux morts survenues dans les ateliers : «…

Point 6 sur 10 · Témoignage · 1785

Le rapport anonyme de 1785 relie la consultation de Marie Kingué aux morts survenues dans les ateliers : « La rigidité et l’excès du travail avoient-ils conduit quelqu’esclaves au tombeau, on consultoit Kingué ; et Kingué, trouvant du poison partout, faisoit connoître les prétendus coupables. » Chez le commandant de quartier qui la loge, le même rapport écrit que cet homme « avoit perdu quelques nègres, et attribuoit cette perte au poison », que Marie Kingué « se fait conduire précisément dans les cases de coupables », qu’elle y fouille et que « son œil de lynx » lui fait apercevoir « le poison même caché sous terre ». Il ajoute : « Elle gagnoit beaucoup d’argent en mettant à contribution tous les simples des différens quartiers. » Marie Houllemare, qui édite ce rapport, écrit que Belhumeur, présenté comme son maître, « fait tuer et vendre plusieurs esclaves sur ses dires ». Crystal Eddins, qui a lu les lettres du même fonds, rapporte que des voisins de Belhumeur l’accusaient d’avoir surmené les personnes qu’il tenait en esclavage au point que quelques-unes en moururent, et qu’au lieu d’admettre cette cause il consulta Marie Kingué pour savoir si elles avaient été empoisonnées.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le rapport est écrit pour faire poursuivre Marie Kingué : « prétendus coupables » et la parenthèse qui suit la fouille — le poison « que sa main ou celle de son agent avoit placé sans doute » — sont les insinuations de son auteur, non des constats. Ni le rapport, ni l’étude, ni Eddins ne comptent les morts ni ne nomment les personnes mortes au travail, tuées ou vendues. La vente de personnes désignées ne figure pas dans le rapport édité : elle vient de l’analyse de Marie Houllemare. Les accusations de surmenage portées par les voisins de Belhumeur sont rapportées par Eddins en anglais, sans citation de la lettre. Aucune de ces pièces n’établit la cause réelle des morts.

  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — rapport anonyme édité, p. 155 pour « La rigidité et l’excès du travail […] les prétendus coupables » ; p. 156 pour la perte attribuée au poison par le commandant, la fouille des cases, le poison « caché sous terre » et l’argent gagné
  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — analyse, p. 160, pour Belhumeur qui « fait tuer et vendre plusieurs esclaves sur ses dires »
  • Rituals, Runaways, and the Haitian Revolution: Collective Action in the African Diaspora — p. 143 (PDF p. 163), second paragraphe, et note 96, qui renvoie à la lettre 4 du dossier 27AP/12 des Archives nationales : surmenage attribué à Belhumeur par ses voisins, consultation de Marie Kingué sur l’empoisonnement

Marie Houllemare écrit que l’autorité de Marie Kingué s’exerce à la fois sur des personnes esclavisées « qui…

Point 7 sur 10 · Interprétation · 1785

Marie Houllemare écrit que l’autorité de Marie Kingué s’exerce à la fois sur des personnes esclavisées « qui respectent ses dons de guérison et de voyance », jusqu’à la considérer « comme un Dieu » — expression que l’historienne cite entre guillemets —, la tenir, selon ses propres mots, pour « douée du pouvoir de ressusciter les morts » et aller jusqu’« à voler pour la payer », et sur des Blancs « qui lui accordent une confiance aveugle ». L’historienne écrit encore que Marie Kingué « se plonge dans des transes, lors desquelles, affaiblie, elle adopte d’autres voix, dont l’une masculine », et que cette activité de médium « fait partie de son succès ». Crystal Eddins rapporte, d’après d’autres lettres du même dossier, que des Africains la révéraient comme une divinité capable de tuer et de ressusciter et de guérir toutes sortes de maladies.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Ce que ces personnes pensaient de Marie Kingué ne parvient que par les lettres et rapports qui la dénoncent, lus par deux historiennes ; aucune parole de leur part n’est citée par les deux études. Que des personnes aient volé pour la payer est une accusation de ces pièces, non un vol constaté. Les transes et la voix masculine viennent de l’analyse ; le rapport édité ne les mentionne pas. Les rapprochements que proposent Houllemare avec le magnétisme animal et Eddins avec des traditions kongo — nganga, esprit-serpent Mbumba — sont donnés par elles comme des hypothèses et ne sont pas repris ici.

  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — analyse, p. 159 pour les transes, les voix et l’activité de médium ; p. 160 pour le respect de ses dons, « comme un Dieu », le pouvoir de ressusciter, le vol pour la payer et la confiance des Blancs
  • Rituals, Runaways, and the Haitian Revolution: Collective Action in the African Diaspora — p. 143 (PDF p. 163), second paragraphe, phrase sans note propre suivie de la note 98 : révérence envers Marie Kingué comme divinité qui tue, ressuscite et guérit, rapportée d’après d’autres lettres

Crystal Eddins, qui a lu les pièces du dossier de Marie Catherine dite Kingué dans les papiers de François…

Point 8 sur 10 · Interprétation · 1785

Crystal Eddins, qui a lu les pièces du dossier de Marie Catherine dite Kingué dans les papiers de François de Neufchâteau, écrit qu’elle « was known to claim to be free » — qu’elle était connue pour se dire libre. Eddins voit aussi dans l’emploi d’un nom africain l’indice qu’elle renonçait au nom imposé par l’asservissement, et avance, sans l’établir, que Kingué pourrait renvoyer à Kinguélé, siège du royaume de Kakongo, à l’intérieur des terres depuis le port de Malemba. Selon les pièces qu’elle résume, Marie Kingué est kongolaise, âgée de trente-six à quarante ans, et porte « two to three marks of her homeland on her cheek below her eye », deux ou trois marques de son pays sur la joue, sous l’œil.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Eddins ne cite pas la phrase de la pièce qui la dit se déclarer libre : « was known to claim to be free » est sa formulation. Le rapport édité, qui la dit « négresse esclave », et les deux études la tiennent pour esclave en 1785 ; se dire libre ne change pas ce statut juridique. Que le nom exprime un refus est la lecture d’Eddins, et Kinguélé une conjecture qu’elle présente comme une possibilité ; son rapprochement avec une fugitive nommée « Keingue » dans une annonce de décembre 1774 est déclaré par elle non établi et n’est pas repris ici. Marie Houllemare décrit les mêmes traits comme des « cicatrices au visage » : rien ne dit si les deux historiennes lisent la même mention.

  • Rituals, Runaways, and the Haitian Revolution: Collective Action in the African Diaspora — p. 142 (PDF p. 162), deuxième paragraphe, et notes 90 à 92 : âge, origine kongolaise, marques sur la joue, « was known to claim to be free », lecture du nom et hypothèse de Kinguélé
  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — analyse, p. 157 : femme « de nation Congo, d’environ trente-six à quarante ans, marquée de cicatrices au visage »

Les rapports de 1785 mentionnent un homme tenu en esclavage, Polidor, qui travaille avec Marie Kingué.

Point 9 sur 10 · Interprétation · 1785

Les rapports de 1785 mentionnent un homme tenu en esclavage, Polidor, qui travaille avec Marie Kingué. Marie Houllemare observe qu’ils « ne font que le mentionner » et concentrent l’accusation sur elle : elle y lit une dénonciation « à la fois de race et de genre ». Crystal Eddins présente Polidor comme le compagnon qui vivait avec Marie Kingué et comme son lieutenant — « live-in partner and lieutenant » —, kongolais lui aussi, venu de l’habitation Labauche, à Pilate, à Plaisance.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Aucune action propre de Polidor n’est rapportée par les deux études, et son rôle exact ne peut être restitué. Compagnon et lieutenant sont les mots d’Eddins ; Houllemare écrit seulement qu’il travaille avec elle. Ni l’une ni l’autre ne dit ce qu’il devient.

  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — analyse, p. 161, premier paragraphe : « les rapports mentionnent un homme, l’esclave Polidor, qui travaille avec elle, mais ne font que le mentionner »
  • Rituals, Runaways, and the Haitian Revolution: Collective Action in the African Diaspora — p. 142 (PDF p. 162), dernier paragraphe : Polidor, « live-in partner and lieutenant », kongolais, de l’habitation Labauche à Pilate, Plaisance

Selon Crystal Eddins, plusieurs planteurs de Plaisance écrivent en 1785 à François de Neufchâteau, procureur…

Point 10 sur 10 · Événement · 1785

Selon Crystal Eddins, plusieurs planteurs de Plaisance écrivent en 1785 à François de Neufchâteau, procureur général du Conseil supérieur du Cap : ils se sont plaints à Belhumeur des activités de Marie Kingué et sont allés jusqu’aux tribunaux du Cap ; ils demandent une brigade spéciale pour la saisir, parce que la maréchaussée et les Blancs ne seraient pas sûrs « because of their reverence toward her », à cause de la révérence qu’ils lui portent. La lettre nomme notamment trois planteurs qu’Eddins désigne comme « three mulâtre planters of Plaisance », un chirurgien et des commandeurs tenus en esclavage, qui dénoncent son « vagrancy, superstition, charlatanism, and other criminal and dangerous acts ». Belhumeur avait promis de la réprimander, mais « il n’en a rien fait » ; Eddins ajoute qu’apparemment il lui versait des honoraires mensuels pour ses services. Marie Houllemare écrit que l’une des accusations portées contre elle est celle de « vagabondage », d’autant qu’elle agit dans plusieurs paroisses où elle se déplace librement, et que l’auteur de la lettre anonyme du 3 septembre 1785 se dit trop fragile pour porter plainte publiquement, « la centaine d’esclaves de son habitation lui étant acquis de même qu’une partie de ses voisins ». Eddins rapporte enfin qu’une quatrième lettre anonyme, datée du 7 octobre 1785, « seems to suggest » — semble indiquer — que Marie Kingué rassembla cent hommes d’un atelier et les incita à se préparer à se révolter contre leur maître.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Eddins résume en anglais des lettres qu’elle ne cite que par fragments ; « vagabondage » est le mot français que donne Houllemare. Les lettres sont écrites par des adversaires de Marie Kingué, et la « centaine » de soutiens comme les cent hommes du 7 octobre viennent d’auteurs anonymes hostiles à Marie Kingué : aucune liste ne les vérifie, et rien n’établit que les deux lettres parlent du même atelier. L’appel à la révolte n’est qu’une lecture prudente qu’Eddins fait de la lettre du 7 octobre ; aucun soulèvement n’est rapporté. Les honoraires mensuels de Belhumeur, qu’Eddins donne pour apparents, vont en sens inverse du salaire que, selon Houllemare, Marie Kingué verse à la personne qui la tient en esclavage : les deux études ne rapprochent pas ces données, et aucune pièce citée ne les compte. Eddins range la famille Chailleau parmi les noms de la lettre des planteurs, alors que Houllemare présente le commandant Chailleau comme son soutien : la relation entre ces mentions n’est pas établie.

  • Rituals, Runaways, and the Haitian Revolution: Collective Action in the African Diaspora — p. 143 (PDF p. 163), premier paragraphe, et note 95, qui renvoie à la lettre 2 du dossier 27AP/12 des Archives nationales : planteurs de Plaisance, brigade spéciale, « because of their reverence toward her », personnes nommées, accusations, promesse de Belhumeur et honoraires mensuels ; même page, dernier paragraphe, pour la lettre anonyme du 7 octobre 1785
  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) (cette notice) — analyse, p. 161, deuxième paragraphe, pour l’accusation de « vagabondage » ; p. 161-162 pour la lettre anonyme du 3 septembre 1785 et la centaine d’esclaves de l’habitation de son auteur