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Esclavage aux Antilles

Lieu · Un lieu de l’esclavage aux Antilles

Saint-Domingue, une île partagée : la frontière de 1777

En 1776, dans les montagnes du sud de l’île de Saint-Domingue, des commissaires français et espagnols marquent sur le terrain la limite entre les deux colonies. Là où manquent les pierres pour faire des bornes, ils marquent les grands arbres le long d’un chemin, et leur ligne passe par le « défrichement des nègres Marons du Maniel » : la clairière ouverte par des marrons, des personnes enfuies de l’esclavage, devient un repère de la frontière tracée entre les deux colonies.

Cette page s’appuie sur les deux descriptions de Saint-Domingue publiées par Moreau de Saint-Méry en 1796 et 1797, qui impriment le traité de 1777 et la description des limites de 1776, sur le texte du traité de Ryswick tel que le transmet le recueil de Dumont, sur une lettre et un procès-verbal des administrations coloniales, et sur des études d’historiens : Juan José Ponce Vázquez pour le XVIIe siècle, François Blancpain pour la fin de la colonie, Anne Eller pour l’indépendance dominicaine. La carte relève la limite de 1777 sur une carte gravée en 1796.

Publié le 13 octobre 2026 · 4 min de lecture · 13 points documentés

Périodes : Premières implantations et premiers asservissements · Sucre, déportations massives et reprise en main royale · Sous l’édit de 1685 : la loi et ses usages · Le siècle des grandes plantations et de la traite massive · Première liberté et guerres coloniales · Rétablissement et second esclavage · Contestations et abolition définitive · Départements d’outre-mer, migrations et mémoires · Territoires : Saint-Domingue · Hispaniola et circulations franco-espagnoles

L’île d’Hispaniola est alors partagée entre deux colonies. À l’ouest s’étend la partie française, que l’on nomme d’ordinaire Saint-Domingue ; à l’est, la partie espagnole, qui a ses gouverneurs et son Audiencia à Santo Domingo. Moreau de Saint-Méry, qui publie en 1796 et 1797 une description de chacune, évalue la partie française à un peu plus du tiers de l’île.

Le partage commence par une occupation. En 1605, la population espagnole de l’ouest de l’île en est retirée de force, pour l’empêcher de commercer avec des marchands anglais, français et hollandais. Dans les années 1630, des boucaniers français et anglais s’installent sur ces côtes vidées et vendent leur tabac à l’île de la Tortue ; les gouverneurs de Santo Domingo les en chassent à deux reprises, sans les écarter durablement. En 1697, le traité de paix de Ryswick entre la France et l’Espagne ne nomme pas Saint-Domingue : il prévoit que chaque roi rende à l’autre les places que ses armées ont occupées, et Moreau le résume par le maintien des possessions des deux couronnes « telles qu’elles étaient lorsque la paix précédente avait été rompue ».

Un siècle de limite disputée

La limite reste longtemps disputée. En 1698, le président espagnol de Santo Domingo demande au gouverneur français de reculer ses postes de garde, que l’on appelle des vigies ; le gouverneur répond qu’ils ne sont pas hors des limites. En 1699, le président par intérim lui fait sommation de les retirer. Moreau trouve le résultat final « bien étrange » : quand la colonie française était faible, une poignée de Français s’était établie jusqu’au Rebouc au nord et jusqu’à Neybe au sud ; devenue puissante, elle a pour limites la rivière du Massacre et la rivière des Anses-à-Pitre, une différence qu’il estime à « cinq cens lieues carrées » au moins.

Des bornes, des arbres marqués, une clairière

Le 29 février 1776, à l’Atalaya, le gouverneur espagnol Joseph Solano et le marquis d’Ennery, pour la France, conviennent des limites ; deux commissaires, Joachim Garcia et le vicomte de Choiseul, sont chargés de les marquer sur le terrain par des pyramides et des bornes numérotées. Un traité du 3 juin 1777, arrêté entre les ministres des deux rois, porte sur ces limites. Au nord, la ligne part de la rivière du Massacre, dont le cours et la pêche sont déclarés communs aux deux nations ; au sud, elle suit jusqu’à la mer la rivière que les Espagnols nomment Pedernales et les Français rivière des Anses-à-Pitre. Entre les deux, dans les montagnes du sud, elle suit un chemin dont les grands arbres sont marqués, passe par des gorges et des sources, et par la clairière des marrons du Maniel, entre les bornes 218 et 219.

Carte éditoriale — schéma d’orientation

Faire défiler la carte horizontalement ou l’ouvrir en plein écran.

Carte de l’île d’Hispaniola. Une ligne rouge trace la limite de 1777 entre la partie française, à l’ouest, et la partie espagnole, à l’est, de l’embouchure de la rivière du Massacre au nord à celle de la rivière des Anses-à-Pitre au sud. Des tirets gris tracent la frontière actuelle entre Haïti et la République dominicaine : les deux lignes aboutissent près des mêmes rivières au nord et au sud ; au centre, autour de Hinche, la frontière actuelle passe plus à l’est, et la bande hachurée entre les deux, le Plateau central, était du côté espagnol en 1777.Agrandir

La limite de 1777 et la frontière d’aujourd’hui

La limite de 1777 est relevée sur une carte gravée en 1796 pour Moreau de Saint-Méry ; elle aboutit près des mêmes rivières que la frontière actuelle, mais passait à l’ouest de Hinche.

Limite : carte Sonis-Vallance, 1796, BnF · frontière : Natural Earth, domaine public · lieux : Wikidata, CC0 · Voir sur Wikimedia Commons

Sources de cette partie : Notice bibliographique [3] — Carte de l’isle St Domingue dressée pour l’ouvrage de M. L. E. Moreau de St Méry · Notice bibliographique [12] — Admin 0 — Boundary Lines (land), échelle 1:10 millions, version 5.1.0 · Notice bibliographique [13] — Coordonnées de lieux d’Hispaniola (propriété P625), consultées le 12 et le 13 octobre 2026 · Notice bibliographique [14] — Land et Populated Places, échelle 1:10 millions

Pour les personnes tenues en esclavage, la limite entre les deux colonies, bien avant d’être bornée, sépare deux souverainetés qui les revendiquent l’une et l’autre. Dès les années 1680, passer dans la partie espagnole est une manière de fuir : des pratiques espagnoles d’asile et d’affranchissement attirent des fugitifs de la partie française. En 1751, les administrateurs français estiment qu’au moins trois mille personnes qu’ils revendiquent vivent « chez les Espagnols », malgré les conventions passées entre les deux colonies pour se rendre les fugitifs.

Après 1795, une limite en partie déplacée

La limite survit en partie aux deux colonies. En 1795, au traité de Bâle, l’Espagne cède sa partie à la France. Le 1er janvier 1804, dans l’ancienne colonie française, les insurgés proclament leur indépendance et remplacent le nom de Saint-Domingue par celui d’Haïti. En 1822 commence l’unification de toute l’île sous le président haïtien Jean-Pierre Boyer, qui abolit l’esclavage dans l’est ; le 27 février 1844, des Dominicains proclament à Santo Domingo la séparation d’avec Haïti. Au nord et au sud, la frontière entre Haïti et la République dominicaine aboutit encore près des rivières du Massacre et du Pedernales. Au centre, elle a bougé : la région de Saint-Raphaël, Hinche et Las Cahobas, du côté espagnol en 1777, fait partie d’Haïti après l’indépendance de 1804, et un traité entre les deux républiques a consacré cet état de fait en 1929.

Sources de la fiche

Les références ci-dessous permettent de retrouver les documents et travaux utilisés. Les faits et interprétations qui structurent la fiche renvoient ensuite à des passages localisés et à leurs limites de portée. Les références sont rangées selon la nature du document atteint et sa relation aux événements : pièces produites au moment des faits ; actes anciens transmis par des copies ou des recueils postérieurs ; récits et études anciens, composés après les faits ; études, éditions et outils de recherche. La date de la notice indique la rédaction ou la publication lorsqu’elle est connue ; l’usage précise la période ou l’expérience racontée. Pour une copie ou un recueil, la notice donne la date de l’acte et celle de la copie ou de l’impression. Pour une édition savante, la notice distingue le texte transmis du travail de l’éditeur. Le libellé de chaque lien indique s’il conduit à la source en ligne, à une notice DOI, à un catalogue ou à la notice d’un éditeur.

Pièces produites au moment des faits

  1. Gouverneurs, intendants et administrateurs de Saint-Domingue ; bureaux du secrétariat d'État à la Marine, Saint-Domingue, Correspondance générale, 1785 (COL C9 B 35) (1785).

    Correspondance de Saint-Domingue de 1785 (ANOM, C9B 35) : le procès-verbal de Neybes, qui attribue chacune des personnes établies dans les montagnes du Bahoruco à l’une ou l’autre couronne.

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  2. Gouverneurs, intendants et administrateurs de Saint-Domingue, Saint-Domingue, Correspondance générale (Chastenoye, Maillart puis Dubois de La Motte et Laporte de Lalanne), 1751 (1751).

    Correspondance de Saint-Domingue de 1751 (ANOM, C9A 89) : la lettre des administrateurs du 15 octobre 1751 sur les fugitifs « chez les Espagnols ».

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  3. L. Sonis (dessin), Vallance (gravure), pour Moreau de Saint-Méry, Carte de l’isle St Domingue dressée pour l’ouvrage de M. L. E. Moreau de St Méry (1796).

    Carte gravée en 1796 pour les descriptions de Moreau de Saint-Méry : la limite de 1777 y est un trait rouge, numérisé pour la carte de cette page.

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Actes anciens transmis par des copies ou des recueils postérieurs

  1. Jean Dumont (éd.), Corps universel diplomatique du droit des gens, t. VII, 2e partie (Amsterdam, 1731) : traité de paix entre Louis XIV et Charles II, roi d’Espagne, conclu à Ryswick le 20 septembre 1697 (1731).

    Recueil de Dumont (1731) : le texte du traité de paix franco-espagnol de Ryswick, lu en entier.

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Récits et études anciens, composés après les faits

  1. Médéric Louis Élie Moreau de Saint-Méry, Description topographique et politique de la partie espagnole de l’isle Saint-Domingue, t. I (Philadelphie, 1796) (1796).

    Description de la partie espagnole de Saint-Domingue par Moreau de Saint-Méry (1796) : la chronique des limites, le traité du 3 juin 1777 et la description des limites convenues à l’Atalaya en 1776, avec le passage de la ligne par le défrichement du Maniel.

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  2. Médéric Louis Élie Moreau de Saint-Méry, Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l'isle Saint-Domingue, tome premier (1797).

    Description de la partie française de Saint-Domingue par Moreau de Saint-Méry (1797) : l’étendue des deux parties de l’île et la rivière du Massacre déclarée commune aux deux nations.

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Études, éditions et outils de recherche

  1. Genaro Rodríguez Morel (comp.), Documentos para el estudio de la historia colonial de Santo Domingo (1561–1680), tome II (2018).

    Documents de Santo Domingo publiés par Genaro Rodríguez Morel : la lettre du gouverneur espagnol du 25 octobre 1677 sur les fugitifs venus de la partie française.

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  2. Juan José Ponce Vázquez, Colaboraciones fronterizas, diplomacia y guerra en La Española, 1660–1690 (2015).

    Article de Juan José Ponce Vázquez sur la frontière d’Hispaniola de 1660 à 1690 : l’évacuation de l’ouest en 1605, les boucaniers et la Tortue, l’Audiencia de Santo Domingo.

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  3. David Chaunu, Route des Indes ou îles esclavagistes ? La « pénétration commerciale de l’Amérique espagnole » à l’épreuve de la diplomatie des îles sous Louis XIV (2020).

    Article de David Chaunu sur la diplomatie des îles sous Louis XIV : la frontière d’Hispaniola comme voie de fuite et enjeu entre les deux couronnes dans les années 1680.

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  4. François Blancpain, La Colonie française de Saint-Domingue. De l’esclavage à l’indépendance (2004).

    Synthèse de François Blancpain sur la colonie française : traité de Bâle, indépendance de 1804, Plateau central.

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  5. Anne Eller, We Dream Together: Dominican Independence, Haiti, and the Fight for Caribbean Freedom (2016).

    Étude d’Anne Eller sur l’indépendance dominicaine : l’unification de 1822, l’abolition dans l’est et la séparation de 1844.

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  6. Natural Earth, Admin 0 — Boundary Lines (land), échelle 1:10 millions, version 5.1.0.

    Frontières terrestres actuelles de Natural Earth : la frontière entre Haïti et la République dominicaine, dessinée sur la carte et comparée à la limite de 1777.

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  7. Wikidata, Coordonnées de lieux d’Hispaniola (propriété P625), consultées le 12 et le 13 octobre 2026.

    Coordonnées actuelles des lieux qui ont servi à caler la limite de 1777 et à situer les points de la carte.

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  8. Natural Earth, Land et Populated Places, échelle 1:10 millions.

    Côtes de Natural Earth au 1:10 millions, fond de la carte de cette page.

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Sources et limites

Vérifier les faits et interprétations de cette fiche

Chaque point factuel ou interprétatif qui structure cette fiche renvoie à un passage localisé et à une indication de portée. Le détail est ici, pour qui veut vérifier.

Ouvrir les points documentés, leurs sources et leurs limites

Selon la « Description des limites de l’Isle St-Domingue » que publie Moreau de Saint-Méry en 1796, ces…

Point 1 sur 13 · Prescription · 29 février 1776 · 3 juin 1777

Selon la « Description des limites de l’Isle St-Domingue » que publie Moreau de Saint-Méry en 1796, ces limites sont « convenues à la Attalaya le 29 Février 1776 » entre les plénipotentiaires des deux rois, Dom Joseph Solano, gouverneur de la partie espagnole, et le marquis d’Ennery ; leurs commissaires, Dom Joachim Garcia et le vicomte de Choiseul, sont chargés de « construire des piramides, poser des bornes ». Moreau publie aussi le « Traité arrêté, entre les ministres plénipotentiaires de leurs majestés très-chrétienne & catholique, concernant les limites des possessions Françaises & Espagnoles à Saint-Domingue. Du 3 Juin 1777 ». Au-delà des bornes 217 et 218, la ligne suit un chemin « le long duquel, tous les grands arbres sont marqués ( à défaut de pierres propres à faire des bornes dans les déserts ) » et passe notamment « par le défrichement des nègres Marons du Maniel », jusqu’aux sources de la rivière « nommée par les Espagnols Pedernales, & par les Français Rivière-des-Anses-à-Pitre », où deux bornes portent le numéro 219 ; « le lit de cette rivière est la limite des deux nations » jusqu’à son embouchure à la côte du Sud.

À garder en tête : Textes du traité et de la description des limites tels que Moreau les imprime en 1796 ; les pièces originales n’ont pas été consultées. La description dit par où passe la ligne bornée, non ce que les personnes du Maniel savaient de ce tracé ni comment elles le vivaient. La place du défrichement entre les bornes 218 et 219 se déduit de l’ordre du texte.

Le procès-verbal de Neybes, 28 mai 1785

Point 2 sur 13 · Mesure · 1785-05-28

Le 28 mai 1785, à Neybes, deux commissaires, Don Louis de Chavez y Mendoza pour la partie espagnole et Jean-Marie Desmarattes pour la partie française de Saint-Domingue, dressent le « Procès verbal & vérification des Negres Marrons établis dans les montagnes de Neybes ». Ils comptent 130 personnes. L'état nominatif range chacune par ménage, avec son âge approximatif, son origine et ses cultures : Santiago, « Creole de Banica », environ cinquante ans, marié à Ignace, « Creole de la montagne », environ trente ans, avec Marie, 15 ans, Jean, 7 ans, et un nourrisson de huit mois, et « deux Plantations en Ris, Mahis, Bananes, Cannes et autres vivres » ; Bioro, « Creole de la montagne agé d'environ 60 ans », et sa femme, née dans la montagne et du même âge, avec trois plantations ; André, environ soixante ans, et sa femme ; Philippe, environ trente ans, sa femme Marie et leurs filles Thérèse et Ursule ; Pierre Alexandre et Salvadore, nés dans la montagne, et leurs quatre enfants ; Julien, « hollandais agé de trente ans, sans femme ni enfans ni Plantations ». Le procès-verbal classe ces personnes selon qu'elles relèvent de l'une ou l'autre couronne, « soit pour avoir appartenu eux mêmes à des maîtres François ou Espagnols, soit comme descendans de parens Esclaves de l'une ou de l'autre Nation » : 125 sont attribuées à la partie française.

À garder en tête : Pièce de recensement faite par deux puissances qui revendiquent ces personnes : l'appartenance par descendance est la catégorie des commissaires, non un fait sur les personnes. Les âges sont approximatifs ; le prénom du nourrisson de Santiago (« Domengo » ou « Domengero », selon la transcription indépendante) et plusieurs âges des vues 266-270 sont d'une lecture incertaine. Les vues 266-269 n'ont pas été transcrites entièrement : la composition d'ensemble par ménage n'est pas recomptée ici. « Créole de la montagne » dit le lieu de naissance déclaré, non depuis quand la communauté existe.

  • Saint-Domingue, Correspondance générale, 1785 (COL C9 B 35) — vues 263-271, pièce « N.° 7 » : préambule (v. 263-264), Julien et la famille de Santiago (v. 264), début de l'état nominatif — Bioro, André, Santiague, Philippe, Pierre Alexandre, Sébastien, Joseph (v. 265), fin de l'état et clôture « Fait à Neybes le 28 may 1785 » (v. 270-271) ; copie de la main d'un copiste.
  • Saint-Domingue, Correspondance générale, 1785 (COL C9 B 35) — vues 271-272 : ratification par Bellecombe — « le nombre des Negres Marrons […] s'élève a 130, surquoi 125 ayant été reconnus appartenir aux François pour avoir été leurs Esclaves ou être issus de Parens qui l'étoient ».

Dans une lettre du 25 octobre 1677, le gouverneur espagnol par intérim Juan de Padilla Guardiola décrit…

Point 3 sur 13 · Événement · 1677-10-25

Dans une lettre du 25 octobre 1677, le gouverneur espagnol par intérim Juan de Padilla Guardiola décrit environ cinquante personnes parties de l’ouest d’Hispaniola occupé par des colons français, dont la liberté avait été reconnue par l’Audiencia de Santo Domingo. Il les a regroupées près de la ville pour commencer le peuplement de San Lorenzo et ordonné l’entraînement des hommes à la lance.

À garder en tête : La lettre fait connaître la décision de justice et l’installation par le regard du gouverneur, qui présente aussitôt ces personnes comme une ressource agricole et militaire. Elle ne donne pas leurs noms, leurs itinéraires ni leurs propres mots.

Dans sa Description de la partie française de l’isle Saint-Domingue, publiée en 1797, Moreau de Saint-Méry…

Point 4 sur 13 · Témoignage · 3 juin 1777

Dans sa Description de la partie française de l’isle Saint-Domingue, publiée en 1797, Moreau de Saint-Méry mesure la colonie « depuis la ligne des limites » et évalue la surface de « cette colonie » à deux mille lieues carrées et celle de la « Partie Espagnole » à environ trois mille deux cents, soit cinq mille deux cents pour « l’île St-Domingue », « dont la Colonie Française ne forme guères plus du tiers », bien qu’elle ait au moins cinquante lieues de côtes de plus que le territoire espagnol. À la limite de la paroisse du Fort-Dauphin, il donne la rivière du Massacre pour « le terme des possessions françaises dans cette partie », son cours et sa pêche ayant été déclarés communs aux deux nations « par le traité des limites du 3 Juin 1777 ».

À garder en tête : La surface de la partie française est une évaluation de Moreau, tirée de longueurs et de largeurs moyennes puis majorée pour le relief ; celle de la partie espagnole est un résultat « à-peu-près » qu’il dit avoir déjà trouvé. Elles donnent l’ordre de grandeur du partage de l’île, non une mesure. Le passage sur le traité de 1777 ne décrit la frontière qu’à hauteur de la paroisse du Fort-Dauphin.

Selon l’historien Juan José Ponce Vázquez, l’ouest d’Hispaniola était inhabité au début du XVIIe siècle…

Point 5 sur 13 · Interprétation · date non établie

Selon l’historien Juan José Ponce Vázquez, l’ouest d’Hispaniola était inhabité au début du XVIIe siècle parce que la population espagnole en avait été retirée de force en 1605, pour l’empêcher de commercer avec des marchands anglais, français et hollandais. Dans les années 1630, des aventuriers anglais et français, appelés boucaniers, peuplent les côtes occidentales de l’île : ils chassent le bétail sauvage et cultivent du tabac, qu’ils portent à l’île de la Tortue pour le vendre. Les gouverneurs de Santo Domingo chassent ces étrangers de la Tortue en 1635 et en 1652, mais ils reviennent ; à la fin des années 1650, la présence de Nord-Européens dans les régions vidées de l’île est devenue permanente.

À garder en tête : Ponce Vázquez résume cette implantation ; les dates de l’évacuation et des deux expéditions sont les siennes, sans renvoi aux pièces dans ce passage. Il ne distingue pas ici la part des Français de celle des Anglais.

Le traité de paix conclu à Ryswick le 20 septembre 1697 entre Louis XIV et Charles II, roi d’Espagne, ne…

Point 6 sur 13 · Prescription · 20 septembre 1697

Le traité de paix conclu à Ryswick le 20 septembre 1697 entre Louis XIV et Charles II, roi d’Espagne, ne nomme ni Saint-Domingue ni aucune possession d’Amérique. Son article IX fait restituer par le roi de France au roi d’Espagne les villes, places, forts, châteaux et postes que ses armées ont occupés jusqu’au jour de la paix, et même depuis, « en quelque Lieu du Monde » qu’ils soient situés, et par le roi d’Espagne au roi de France les places, forts, châteaux et postes que ses armées ont occupés durant cette guerre, « en quelques Lieux qu’ils soient situez ». En 1796, Moreau de Saint-Méry, qui retrace l’histoire des limites entre les deux colonies de l’île, résume ce traité comme « portant que les possessions des deux puissances, resteront telles qu’elles étaient lorsque la paix précédente avait été rompue » ; il rapporte aussi qu’en 1698 et 1699 les présidents espagnols contestent encore l’emplacement des postes de garde français.

À garder en tête : Le silence du traité sur l’Amérique est établi sur son texte entier, tel que le recueil de Dumont le transmet en 1731. Le traité ne dit rien de l’établissement français de l’ouest d’Hispaniola ; le maintien des possessions d’avant la guerre est le résumé qu’en donne Moreau un siècle plus tard, non une clause du traité. La frontière reste disputée après la paix.

Moreau de Saint-Méry rapporte qu’en 1698 le président espagnol fait demander au gouverneur Ducasse de…

Point 7 sur 13 · Témoignage · 1698 · 6 février 1699

Moreau de Saint-Méry rapporte qu’en 1698 le président espagnol fait demander au gouverneur Ducasse de reculer les vigies françaises « de six ou sept lieues, jusqu’à Bayaha », et que Ducasse « répond que le président n’a nulle plainte à faire sur les vigies puisqu’elles ne sont pas hors des limites » ; le 6 février 1699, le président par intérim lui fait sommation de retirer ses vigies « jusqu’à Caracol ». Il juge « bien étrange » que l’étendue des deux parties ait suivi « l’ordre inverse de la puissance de chaque nation » : quand les Espagnols étaient encore nombreux, « une poignée de Français s’étaient établis jusques sur les bords du Rebouc au Nord, & jusques sur ceux de Neybe au Sud » ; devenue puissante, la colonie française a pour limites « la rivière du Massacre au Nord, & la rivière des Anses-à-Pitre au Sud », une différence « qu’on ne peut évaluer à moins de cinq cens lieues carrées de surface ».

À garder en tête : Chronique des limites écrite par Moreau en 1796 à partir de pièces qu’il ne reproduit pas ; « bien étrange » et l’évaluation des cinq cents lieues carrées sont son jugement, non une mesure.

Dans les années 1680, la frontière entre la partie française de Saint-Domingue et la colonie espagnole offre…

Point 8 sur 13 · Interprétation · 1680

Dans les années 1680, la frontière entre la partie française de Saint-Domingue et la colonie espagnole offre une voie de fuite à des personnes esclavisées ; des pratiques espagnoles d’asile, d’affranchissement et d’intégration militaire font du marronnage un enjeu diplomatique et territorial.

À garder en tête : L’accueil varie selon la date, l’autorité et la situation de chaque personne. Les deux études montrent aussi que la liberté reconnue par l’Audiencia sert les objectifs espagnols de peuplement, de production et de défense de la frontière.

« Trois mille negres au moins chez les Espagnols »

Point 9 sur 13 · Témoignage · 1751-10-15

Le 15 octobre 1751, au Port-au-Prince, le gouverneur Dubois de La Motte et l'intendant Laporte de Lalanne écrivent au ministre que les conventions passées avec la partie espagnole pour la restitution des fugitifs n'ont eu qu'un succès « fort imparfait », et que « l'on estime que nous devons avoir actuellement Trois mille negres au moins chez les Espagnols. Dans ce nombre il y a plusieurs ouvriers qui y ont porté leurs talens et leur industrie : beaucoup y ont été mariés et y ont multiplié : quelques uns y ont formé des etablissements ».

À garder en tête : Estimation d'administrateurs qui plaident pour un accord de restitution : le chiffre n'a pas de dénominateur ni de liste, et l'on ignore s'il compte les enfants nés dans la partie espagnole. La lettre ne nomme aucune de ces personnes.

Selon François Blancpain, par le traité de Bâle du 22 juillet 1795, l’Espagne cède à la France la partie est…

Point 10 sur 13 · Interprétation · 22 juillet 1795 · 1er janvier 1804

Selon François Blancpain, par le traité de Bâle du 22 juillet 1795, l’Espagne cède à la France la partie est de l’île, aujourd’hui la République dominicaine. Pendant la guerre, Toussaint Louverture chasse les Espagnols du Plateau central, la région de Saint-Raphaël, Hinche et Las Cahobas, qui ne dépendait pas de la partie française de Saint-Domingue et qui fit partie, après l’indépendance, du territoire de la République d’Haïti ; le 21 janvier 1929, un traité entre les deux républiques donne valeur juridique internationale à cet état de fait. Le 1er janvier 1804, les insurgés proclament leur indépendance ; ils ont remplacé le nom de Saint-Domingue par celui d’Haïti.

À garder en tête : Synthèse de 2004 : les dates et l’état de fait consacré en 1929 sont ceux que rapporte Blancpain, sans retour aux actes originaux ici. Il ne date pas précisément la prise du Plateau central.

Selon l’historienne Anne Eller, l’unification de toute l’île d’Hispaniola sous le président haïtien…

Point 11 sur 13 · Interprétation · 1822

Selon l’historienne Anne Eller, l’unification de toute l’île d’Hispaniola sous le président haïtien Jean-Pierre Boyer commence en 1822, et Boyer abolit alors l’esclavage dans l’est de l’île.

À garder en tête : Synthèse de 2016 : la date est celle qu’Eller établit, sans retour aux pièces ici.

Selon l’historienne Anne Eller, le 27 février 1844, un groupe de Dominicains proclame à Santo Domingo la…

Point 12 sur 13 · Interprétation · 27 février 1844

Selon l’historienne Anne Eller, le 27 février 1844, un groupe de Dominicains proclame à Santo Domingo la séparation d’avec Haïti, qui gouvernait alors toute l’île d’Hispaniola ; la sécession officielle intervient le lendemain, et la République dominicaine est proclamée.

À garder en tête : Synthèse de 2016 : la date est celle qu’Eller établit, sans retour aux pièces ici.

Dans les données de Natural Earth au 1:10 millions (version 5.1.0), la frontière terrestre entre Haïti et la…

Point 13 sur 13 · Mesure · date non établie

Dans les données de Natural Earth au 1:10 millions (version 5.1.0), la frontière terrestre entre Haïti et la République dominicaine aboutit au nord à moins d’un kilomètre du point que Wikidata donne pour la rivière du Massacre, et au sud à environ deux kilomètres de celui qu’il donne pour le Pedernales : ses deux extrémités sont encore proches des deux rivières que la description de 1776 donne pour termes de la limite.

À garder en tête : Mesure faite par le site sur deux jeux de données actuels et généralisés : elle situe les extrémités de la frontière, non son tracé exact, que l’échelle de 1:10 millions simplifie. Les points de Wikidata ne précisent pas s’ils désignent l’embouchure ou un autre point du cours d’eau : la mesure établit un voisinage, non que la frontière suive le cours des rivières.