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Esclavage aux Antilles

Lieu · Hispaniola, de la zone française à Santo Domingo

San Lorenzo de los Minas : franchir la frontière pour devenir libre, 1677–1748

À partir de 1677, des personnes esclavisées qui ont fui la partie française d’Hispaniola obtiennent la liberté dans la colonie espagnole et sont regroupées près de Santo Domingo. Elles fondent des familles, cultivent et agissent collectivement. Pendant soixante-dix ans, les autorités hésitent pourtant entre les employer, les gouverner séparément, les disperser ou les renvoyer vers la partie française.

La fiche sur San Lorenzo repose principalement sur douze ensembles de documents de l’administration coloniale espagnole conservés par l’Archivo General de Indias (AGI). Ils ont été consultés en ligne sur PARES, le portail qui en diffuse les reproductions. Gouverneurs, magistrats, responsables de l’Église, Conseil des Indes — l’institution qui prépare les décisions de la monarchie espagnole sur ses territoires américains — et monarchie produisent ces documents pour gouverner la liberté, le travail ou le déplacement des habitants. Les habitants avaient des noms, des histoires, des liens et des projets, que ces autorités consignent rarement. Leurs départs, leurs refus, leurs évasions et leurs résistances permettent néanmoins de voir leur action sans leur prêter les objectifs des administrateurs.

Publié le 24 août 2026 · Mis à jour le 25 août 2026 · 9 min de lecture · 11 affirmations contrôlées

Périodes : Passage au sucre et prise de contrôle royal · Construction du régime juridique · Expansion du système esclavagiste · Territoires : Saint-Domingue · Hispaniola et circulations franco-espagnoles

San Lorenzo de los Minas est un village formé à la fin du XVIIe siècle près de la ville de Santo Domingo, dans la partie espagnole d’Hispaniola. Ses premiers habitants documentés sont des femmes et des hommes esclavisés qui ont fui Saint-Domingue, la colonie française installée à l’ouest de la même île. Leur passage d’un territoire colonial à l’autre change leur statut juridique, mais ne les fait pas sortir de tout pouvoir colonial.

Chronologie

De la liberté reconnue au maintien de San Lorenzo

  1. À San Lorenzo, environ cinquante personnes sont déclarées libres et regroupées

    Le gouverneur espagnol refuse de vendre au profit du roi les personnes esclavisées venues de la partie française. Il forme San Lorenzo près de Santo Domingo pour produire des vivres et fournir des hommes entraînés à la lance.

  2. À San Lorenzo, la liberté dépend de l’origine du maître et du mode d’arrivée

    Un acte de 1679 rapporte le passage de seize à plus de soixante habitants de San Lorenzo, sans que ce compte s’accorde avec les quelque cinquante annoncés en 1677. Les habitants travaillent aux murailles. La règle de 1680 distingue les personnes qui ont fui un maître espagnol, celles qui ont fui un maître non espagnol et celles capturées par des Espagnols.

  3. Un poste de prêtre propre au village est créé

    L’archevêque confie San Lorenzo à un prêtre propre au village ; le roi approuve cette organisation l’année suivante et en répartit le financement.

  4. La démolition de San Lorenzo est proposée, puis mise à l’étude

    L’archevêque demande de disperser les habitants de San Lorenzo dans Santo Domingo ; le roi ordonne d’examiner le maintien, le déplacement ou la destruction du village.

  5. À San Lorenzo, les habitants refusent de remplacer le bourreau

    Ils acceptent de servir le roi mais refusent de fournir les hommes chargés d’une exécution ; des retraits dans les bois, des arrestations et des évasions suivent.

  6. À Santo Domingo et La Vega, un renvoi vers la partie française provoque des résistances

    Le gouverneur fait arrêter environ cent personnes venues des établissements français pour les renvoyer vers la partie française, ce qui menace leur liberté reconnue en territoire espagnol. Des détenus sortent de la prison royale et des hommes venus de la rue en libèrent d’autres d’une maison de garde. À La Vega, une autre ville de la colonie espagnole, des hommes et des femmes s’arment contre le transfert. Le conseil ouvert qui conteste ces renvois invoque la liberté reconnue et la fondation de San Lorenzo.

  7. La junte, un conseil colonial, vote pour le maintien de San Lorenzo

    Onze membres sur quatorze choisissent de conserver San Lorenzo. Le gouverneur Pedro Zorrilla affirme que le village est surtout peuplé par les enfants et petits-enfants des personnes venues de la partie française lors de sa fondation.

  8. La monarchie décide de maintenir et développer San Lorenzo

    Le Conseil des Indes puis un ordre royal confirment le village ; l’ordre décrit une partie des habitants comme dispersée et prescrit de la faire revenir.

Sources de cette partie : [1] · [2] · [3] · [4] · [5] · [6] · [7] · [8] · [9] · [10] · [11] · [12]

1677 — Le gouverneur regroupe près de Santo Domingo des personnes déclarées libres

Le 25 octobre 1677, le gouverneur espagnol par intérim Juan de Padilla Guardiola y Guzmán rappelle qu’un ordre royal du 15 juin 1675 avait demandé de vendre les personnes qu’il désigne comme des esclaves fugitifs venus de la partie française. Il écrit que l’Audiencia de Santo Domingo — la haute cour de la colonie — a reconnu leur liberté et qu’il a refusé de les vendre au profit du roi. Il dit avoir regroupé environ cinquante personnes, femmes comprises, sur une terre vacante à une lieue, soit quelques kilomètres, de la ville. Il donne au nouvel établissement le nom de San Lorenzo et lui assigne aussitôt des fonctions : produire des vivres et fournir des hommes entraînés à la lance.

1679–1686 — À San Lorenzo, les autorités lient liberté, travail et institutions

À San Lorenzo, une cédule royale de 1679 — un ordre écrit du roi — rapporte que le nombre d’habitants serait passé de seize à plus de soixante parce que la nouvelle de la liberté reconnue a favorisé de nouveaux départs depuis la zone française. Ce passage de seize à plus de soixante ne s’accorde pas avec les quelque cinquante personnes annoncées par le gouverneur en 1677 ; aucun des deux nombres ne vient d’un recensement indépendant. La cédule indique aussi que les habitants ont été employés aux murailles de la ville de Santo Domingo. La même année, l’archevêque Domingo Fernández de Navarrete propose un prêtre et un gouvernement du village par ses habitants. Il demande qu’un chef espagnol ne puisse plus leur imposer une journée de travail hebdomadaire à son profit. Le gouvernement par les habitants et la fin de ce travail imposé restent ses propositions ; les pièces mobilisées n’en établissent pas l’application.

La règle royale du 3 septembre 1680 ne promet pas la liberté à toute personne qui franchit la frontière. Elle ordonne de rendre à leur propriétaire celles qui ont fui un maître espagnol dont le droit de propriété sur elles est prouvé, mais de libérer celles qui ont fui un maître non espagnol dans leur recherche de liberté. Pour un troisième groupe, celui des personnes capturées par des Espagnols agissant pour leur propre compte, elle exige une enquête et autorise, dans l’intervalle, à leur imposer le travail de réparation de la muraille. L’origine politique du propriétaire et les circonstances de la capture deviennent des critères de statut.

Le village reçoit aussi un encadrement religieux propre. Après avoir visité San Lorenzo, l’archevêque décide le 18 février 1685 d’y établir une cure — la charge confiée à un prêtre pour desservir une paroisse — dotée de 125 pesos. Le 15 octobre 1686, le roi approuve cette cure séparée de la paroisse voisine de Santa Bárbara, confirme Diego Sánchez Gutiérrez comme prêtre et répartit le revenu entre 100 pesos pris sur les dîmes — une part des récoltes ou des revenus destinée à l’Église — et 25 à la charge des habitants. Ces actes créent et financent la charge religieuse ; ils n’établissent pas un fonctionnement continu du service.

1692–1693 — Les autorités envisagent de disperser San Lorenzo

L’encadrement religieux créé à San Lorenzo n’empêche pas un projet de disparition du village. Le 27 août 1692, l’archevêque Fernando Carvajal y Ribera propose de le démolir, de contraindre ses habitants à rejoindre Santo Domingo et de les disperser entre plusieurs quartiers de la capitale. La cédule du 6 octobre 1693 ne décide pas la destruction : elle ordonne à une junte de comparer le maintien, le déplacement et la démolition, en tenant compte des maisons, des enfants, des cultures et du tort que causerait un transfert.

1720–1723 — De San Lorenzo à La Vega, refus, évasions et résistances

En 1720, les habitants de San Lorenzo refusent un rôle que l’autorité veut leur imposer. Le chef du village reçoit l’ordre de fournir six hommes pour fusiller Andrés, condamné à mort, et deux autres pour le lier. Le refus dépasse ces huit hommes : des habitants se retirent dans les bois. Les deux capitaines chargés de fournir les huit hommes rapportent que les habitants acceptent de servir le roi, mais pas de remplacer le bourreau. Les autorités arrêtent cinq habitants, qui s’évadent ensuite. Elles menacent alors les absents de leur faire perdre la liberté et de les envoyer travailler aux chantiers du roi, avant que le chef du village n’annonce le retour de quatre-vingt-quatorze personnes.

En 1723, le gouverneur espagnol fait arrêter environ cent personnes venues des établissements français sous prétexte d’une revue de milice — le rassemblement des hommes qui peuvent être appelés à servir — afin de les renvoyer vers la partie française. Les autorités appellent ce renvoi une « restitution ». Il dépasse le seul village de San Lorenzo, menace la liberté reconnue en territoire espagnol et entre en tension avec la règle différenciée de 1680. Des détenus résistent dans la prison royale ; des hommes venus de la rue libèrent d’autres détenus d’une maison de garde. Dans ce conflit, un conseil ouvert — une assemblée publique à laquelle sont convoqués des membres du clergé et des habitants que le document colonial classe, selon ses termes, parmi les « Noirs » et les « mulâtres » — demande l’arrêt des renvois et porte la contestation devant l’Audiencia. Son recours invoque notamment la liberté déjà reconnue aux arrivants et la fondation de San Lorenzo. À La Vega, autre ville de la colonie, des hommes et des femmes visés par le transfert s’arment contre leur renvoi. L’affrontement fait des morts et des blessés, mais les bilans se contredisent. L’Audiencia accepte d’examiner la contestation, sans qu’une décision finale sur la liberté de l’ensemble du groupe soit conservée dans ces pièces.

1746–1748 — Le maintien de San Lorenzo devient une décision royale

San Lorenzo existe toujours en 1746. Le 21 janvier, la junte prévue en 1693 se réunit enfin, cinquante-trois ans plus tard, pour décider de son sort ; la raison de ce délai n’est pas connue. Onze de ses quatorze membres votent pour maintenir le village, deux pour le détruire et un pour le déplacer sous condition. Le gouverneur Pedro Zorrilla soutient alors que très peu des premiers arrivants vivent encore et que la population est surtout formée de leurs enfants et petits-enfants nés dans l’île. Il invoque leurs cultures vivrières et leurs services aux routes, tranchées et fortifications.

Le Conseil des Indes décide le 11 juillet 1748 de maintenir et de développer San Lorenzo. Un ordre royal du 21 août reprend cette décision, décrit une partie des habitants comme dispersée et prévoit de la faire revenir. Il prescrit aussi de donner au village un gouverneur, une justice locale, une église et un prêtre. Le village n’est donc pas seulement toléré : son maintien est décidé par la monarchie.

Sources de la fiche

Une fiche publiée n’emploie que des affirmations contrôlées et des preuves précisément localisées. Elles sont rangées selon leur distance aux faits.

Écrits au moment des faits

  1. Juan de Padilla Guardiola y Guzmán, gouverneur par intérim de Santo Domingo, Lettre sur la liberté des personnes parties de la zone française et la formation de San Lorenzo (AGI, SANTO_DOMINGO,63,R.3,N.62) (1677-10-25).

    Original de la lettre du 25 octobre 1677 sur la liberté reconnue, le groupe d’environ cinquante personnes et la formation de San Lorenzo.

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  2. Domingo Fernández de Navarrete, archevêque de Santo Domingo, Lettre proposant un gouvernement propre pour le village des personnes parties de la zone française (AGI, SANTO_DOMINGO,93,N.210) (1679-07-18).

    Lettre du 18 juillet 1679 portant le projet de protecteur, de prêtre, de gouvernement propre et la critique du travail hebdomadaire imposé.

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  3. Conseil des Indes et monarchie espagnole, Registre de cédules concernant les personnes parties de la zone française et San Lorenzo (AGI, SANTO_DOMINGO,874,L.21) (1679-1680).

    Cédules du 25 novembre 1679 et du 3 septembre 1680 sur les effectifs rapportés, le travail aux murailles et les critères de liberté ou de restitution.

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  4. Domingo Fernández de Navarrete, archevêque de Santo Domingo, Lettre sur l’érection d’une cure à San Lorenzo (AGI, SANTO_DOMINGO,93,N.228) (1685-02-18).

    Lettre du 18 février 1685 sur la visite de San Lorenzo, la création et le financement de sa cure.

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  5. Monarchie espagnole, Approbation royale de la cure séparée de San Lorenzo (AGI, SANTO_DOMINGO,875,L.23) (1686-10-15).

    Réponse royale du 15 octobre 1686 approuvant une cure séparée et détaillant sa dotation de 125 pesos.

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  6. Fernando Carvajal y Ribera, archevêque de Santo Domingo, Lettre proposant la démolition de San Lorenzo et la dispersion de ses habitants (AGI, SANTO_DOMINGO,93,N.238) (1692-08-27).

    Original de la lettre de l’archevêque Carvajal du 27 août 1692 proposant la démolition et la dispersion des habitants.

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  7. Monarchie espagnole, Cédule ordonnant une junte sur le maintien, le déplacement ou la démolition de San Lorenzo (AGI, SANTO_DOMINGO,876,L.27) (1693-10-06).

    Cédule du 6 octobre 1693 ordonnant une enquête sur le maintien, le déplacement ou la démolition du village.

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  8. Présidence, Audiencia et officiers de Santo Domingo, Dossier sur l’exécution d’Andrés et le refus des habitants de San Lorenzo de servir d’exécuteurs (AGI, SANTO_DOMINGO,255,N.41) (1720).

    Dossier de 1720 sur la réquisition d’exécuteurs, le refus collectif, le retrait dans les bois, les menaces et les retours.

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  9. Gouverneur, Audiencia, cabildo et officiers de Santo Domingo, Dossier sur la restitution aux Français et les résistances de 1723 (AGI, SANTO_DOMINGO,257,N.31) (1723-1724).

    Dossier de 1723 sur les arrestations, les résistances, le conseil ouvert et l’appel contre la restitution aux Français.

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  10. Pedro Zorrilla, gouverneur de Santo Domingo, et junte de 1746, Lettre et pièces sur la junte chargée du sort de San Lorenzo (AGI, SANTO_DOMINGO,942,N.12) (1746-10-21).

    Pièces de 1746 portant les votes de la junte et l’argumentation du gouverneur sur les descendants, les cultures et les services du village.

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  11. Conseil des Indes, Accord du Conseil des Indes pour maintenir et développer San Lorenzo (AGI, INDIFERENTE,576,L.4) (1748-07-11).

    Accord du Conseil des Indes du 11 juillet 1748 décidant le maintien et le développement de San Lorenzo.

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  12. Monarchie espagnole et administration de Santo Domingo, Cédule de maintien de San Lorenzo et pièces d’exécution foncière (AGI, SANTO_DOMINGO,974,N.1) (1748-1761).

    Cédule royale du 21 août 1748 confirmant le maintien et prescrivant l’organisation du village, avec ses pièces d’exécution ultérieures.

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Travaux et éditions de la recherche

  1. Amadeo Julián, La fuga de esclavos de la colonia francesa a la colonia española de Santo Domingo, la fundación del pueblo de los Minas, y la resistencia y solidaridad de los negros libres (2018).

    Étude d’ensemble utilisée pour replacer les pièces désormais acquises dans la durée du village et pour la proposition de démolition de 1691.

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Appareil documentaire

Chaque énoncé qui structure cette fiche est adossé à une preuve localisée dans une source et à une réserve, qui dit ce que cette preuve ne permet pas de conclure. Le détail est ici, pour qui veut vérifier.

Ce que cette fiche affirme, et ce qui le borne

Le 25 octobre 1677, le gouverneur par intérim de Santo Domingo rappelle qu’un ordre royal du 15 juin 1675 avait demandé de vendre « todos los esclavos fugitivos que avian venido del frances ». Il rapporte que l’Audiencia a reconnu leur liberté et qu’il a refusé de les vendre au profit du roi. Il dit avoir réuni environ cinquante personnes, femmes comprises, sur une terre vacante à une lieue de la ville, donné à l’établissement le nom de San Lorenzo et ordonné l’apprentissage de la lance afin de l’employer à la défense de la colonie.

À garder en tête : La lettre du gouverneur de Santo Domingo du 25 octobre 1677 établit la décision judiciaire et le regroupement à San Lorenzo par son regard ; il présente aussitôt ces personnes comme une ressource agricole et militaire. Le nombre d’environ cinquante est son compte, non un recensement indépendant. Cette lettre ne donne ni les noms des habitants, ni leurs itinéraires, ni leurs propres mots sur la fondation du village.

À Santo Domingo en 1679, la liberté reconnue à la plupart des personnes venues de la partie française d’Hispaniola n’excluait ni le travail imposé ni la tutelle espagnole. Une cédule royale du 25 novembre rapporte que l’Audiencia avait déclaré libres la plupart d’entre elles, que le gouverneur les avait établies dans le village de San Lorenzo et fait travailler à la muraille, et que leur nombre était passé de seize à plus de soixante avec la diffusion de la nouvelle. Dans une lettre du 18 juillet, l’archevêque dénonçait le jour de travail hebdomadaire qu’un chef espagnol exigeait à son profit et proposait un protecteur de l’Audiencia ainsi qu’un gouvernement du village par ses habitants, sur le modèle du village autochtone de Boyá.

À garder en tête : La cédule royale du 25 novembre 1679 reprend les effectifs et les décisions concernant San Lorenzo à partir d’une lettre du fiscal : le passage de seize à plus de soixante n’est pas un recensement indépendant. La lettre de l’archevêque du 18 juillet propose un autre gouvernement religieux et civil pour le village. Le jour de travail hebdomadaire au profit du chef est son accusation, et le gouvernement par les habitants sa recommandation : ni l’un ni l’autre ne décrit à lui seul tout le fonctionnement de San Lorenzo. La muraille est celle de Santo Domingo ; ces pièces ne supposent pas que toutes les personnes du village aient travaillé au même moment ni dans les mêmes conditions.

Le 3 septembre 1680, une cédule royale destinée à Santo Domingo distingue trois situations : rendre à leur propriétaire les personnes parties d’un maître espagnol qui prouve son droit ; donner la liberté à celles parties de maîtres non espagnols « en seguimiento de su libertad » ; enquêter sur celles capturées par des particuliers espagnols, tout en pouvant les employer provisoirement aux réparations de la muraille. La règle fait donc dépendre le statut de l’origine politique du propriétaire et du mode d’arrivée, sans reconnaître une liberté uniforme à toutes les personnes venues de la partie française.

À garder en tête : La cédule royale du 3 septembre 1680 prescrit à Santo Domingo un traitement administratif et juridique ; elle ne montre pas comment chaque personne a été classée ni si les restitutions, libérations ou affectations provisoires ont effectivement été exécutées. La formule espagnole est celle de cet acte, qui ne conserve pas la manière dont les personnes concernées formulaient elles-mêmes leur départ.

Le 18 février 1685, l’archevêque Domingo Fernández de Navarrete rapporte avoir visité San Lorenzo et décidé d’y ériger une cure séparée. Le cabildo ecclésiastique et lui affectent aux revenus du curé les dîmes qu’ils percevaient des habitants, pour une dotation fixée à 125 pesos ; des domaines voisins doivent être rattachés au bénéfice, deux candidats sont examinés et l’un d’eux est choisi au nom du roi.

À garder en tête : La lettre de l’archevêque du 18 février 1685 sur la cure de San Lorenzo établit une visite, une décision, un montage financier et une nomination annoncée ; elle ne prouve pas que le service ait commencé à cette date ni qu’un curé ait résidé sans interruption dans le village. Les appréciations religieuses portées sur les habitants sont celles de l’administrateur ecclésiastique et ne décrivent pas leurs propres pratiques.

Le 15 octobre 1686, une réponse royale approuve le maintien d’une cure séparée à San Lorenzo plutôt que son rattachement à Santa Bárbara. Elle confirme Diego Sánchez Gutiérrez comme curé et une congrue de 125 pesos, composée de 100 pesos pris sur les dîmes versées par les habitants et de 25 pesos répartis entre eux, puis charge l’archevêque de veiller à l’exécution et d’en rendre compte.

À garder en tête : La réponse royale du 15 octobre 1686 sur la cure de San Lorenzo prouve l’approbation et l’ordre d’exécution, non la résidence continue d’un curé ni la continuité de l’instruction religieuse. Le 16 septembre 1686 donné par l’étude de Julián correspond à l’approbation du Conseil des Indes ; l’expédition royale conservée dans le registre est datée du 15 octobre.

Entre 1691 et 1693, les autorités espagnoles envisagèrent de démolir San Lorenzo de los Minas et d’en disperser les habitants. Le gouverneur Pérez Caro le proposa en 1691 et l’archevêque Fernando Carvajal y Ribera appuya le transfert le 27 août 1692. Une cédule royale du 6 octobre 1693 ordonna qu’une junte décide entre démolition et maintien ; d’après le dossier réuni par Amadeo Julián, cette junte ne fut alors pas tenue et le village ne fut ni détruit ni déplacé.

À garder en tête : La proposition de démolir San Lorenzo formulée par Pérez Caro en 1691 reste connue ici par l’étude de Julián ; la lettre de Carvajal de 1692 et la cédule de 1693 sont contrôlées sur leurs originaux. La cédule de 1693 ordonne une enquête, non la démolition. La non-tenue immédiate de la junte n’établit pas une opposition explicite des habitants, et le maintien ultérieur ne doit pas être transformé sans preuve en victoire consciente contre la mesure.

À San Lorenzo en 1720, l’ordre de fournir six hommes pour fusiller Andrés et deux autres pour le lier provoque un refus collectif. Des habitants se retirent dans les bois en affirmant, selon leurs capitaines, que remplacer le bourreau ne leur revient pas ; cinq hommes arrêtés brisent ensuite leur entrave et s’évadent. Les autorités menacent les absents de perdre leur liberté et d’être affectés aux ouvrages royaux, puis le chef du village annonce le retour de 94 personnes, dont certaines avec leurs épouses.

À garder en tête : À San Lorenzo en 1720, les paroles des habitants qui refusent de remplacer le bourreau sont rapportées par deux capitaines dans une information produite pour l’autorité ; elles ne forment pas une déposition autonome de chaque participant. Le retour de 94 personnes est le compte donné par le chef du village, non un recensement indépendant. « Sublevación » est le terme des autorités qui cherchent à reprendre le contrôle, non le nom adopté par les habitants.

En 1723, le gouverneur de Santo Domingo fait arrêter sous prétexte de revue de milice environ cent personnes parties des établissements français, en vue de leur restitution. Des détenus résistent et sortent de la prison royale ; des hommes venus de la rue libèrent d’autres détenus d’une maison de garde. Un conseil ouvert auquel le gouverneur dit avoir vu convoquer des membres du clergé et des habitants de la ville, « sans excepter les Noirs ni les mulâtres », demande la suspension de la restitution. À La Vega, des hommes et des femmes s’arment contre le transfert, et l’affrontement fait des morts et des blessés dont les bilans se contredisent. Le recours du conseil invoque notamment la liberté reconnue aux arrivants et la fondation de San Lorenzo. L’appel est admis devant l’Audiencia, mais le dossier ne se clôt pas par un jugement collectif définitif de liberté.

À garder en tête : Dans le conflit de 1723 sur les renvois vers la partie française, le gouverneur de Santo Domingo cherche à discréditer le conseil ouvert et les enquêtes cherchent à attribuer les responsabilités : leurs jugements sur les participants ne sont pas repris comme descriptions neutres. Les effectifs de détenus et de soldats varient selon les pièces. À La Vega, le commandant compte quatre morts et sept blessés parmi les personnes visées, tandis que le cabildo avance dix-neuf ou vingt morts et trois ou quatre Espagnols blessés ; aucun bilan unique n’est retenu. La localisation à Ocoa donnée par une étude n’est pas établie dans les sous-pièces contrôlées.

  • Dossier sur la restitution aux Français et les résistances de 1723 (AGI, SANTO_DOMINGO,257,N.31) — vues PARES 1–10 pour la lettre du gouverneur, les arrestations et le conseil ouvert — vues 2–3 pour la revue, les arrestations, la convocation des ecclésiastiques et des habitants de la ville politique et militaire « sans excepter les Noirs ni les mulâtres » ; vues 43–79 pour la résistance dans la prison royale ; vues 81–90 pour La Vega et les femmes armées de lances ; vues 92–96 pour la maison de garde ; vues 103–272 pour la procédure — liberté reconnue et fondation de San Lorenzo invoquées à la vue 127, appel admis à la vue 155

La junte réunie à Santo Domingo le 21 janvier 1746 pour décider du sort de San Lorenzo compte quatorze avis : onze pour maintenir le village, deux pour le détruire et un pour le déplacer si un lieu plus approprié est trouvé. Elle exécute ainsi, avec plus de cinquante ans de retard, l’enquête que la cédule du 6 octobre 1693 avait ordonnée.

À garder en tête : Le vote de la junte de Santo Domingo du 21 janvier 1746 mesure les avis de ses quatorze membres sur le sort de San Lorenzo, non l’opinion des habitants du village, qui n’y sont pas dénombrés comme votants. Le maintien majoritaire ne constitue pas encore la décision royale et ne prouve pas l’exécution des mesures institutionnelles proposées.

En 1746, le gouverneur Pedro Zorrilla soutient que très peu des premiers arrivants vivent encore à San Lorenzo et que le village est surtout peuplé de leurs enfants et petits-enfants nés dans l’île. Il invoque en faveur du maintien leurs cultures vivrières pour Santo Domingo et leurs services aux routes, tranchées, fascines, fortifications et autres tâches de guerre. Zorrilla déplace ainsi son argument des premiers arrivants vers des familles établies depuis plusieurs générations.

À garder en tête : En 1746, Pedro Zorrilla argumente en faveur du maintien de San Lorenzo ; le portrait qu’il donne de ses habitants n’est ni un recensement généalogique ni une enquête sociale indépendante. « Très peu » n’est pas un nombre, le projet de dépasser deux cents voisins est un objectif et les appréciations sur l’absence de rébellion sont celles du gouverneur.

Le Conseil des Indes décide le 11 juillet 1748 qu’aucune innovation ne doit être apportée à San Lorenzo et demande son maintien et son développement. Une cédule royale du 21 août reprend la décision et ordonne de doter le village d’un gouverneur, d’une justice, d’une église et d’un prêtre, ainsi que d’y faire revenir les habitants dispersés. Le maintien du village est donc décidé ; la réalisation de chacune de ces mesures doit être établie séparément.

À garder en tête : L’accord du Conseil des Indes du 11 juillet 1748 et la cédule royale du 21 août prescrivent le maintien et l’organisation de San Lorenzo ; ils ne prouvent pas que tous les habitants dispersés sont revenus, qu’un gouvernement local a été installé aussitôt ni qu’une cure stable a fonctionné. Les opérations foncières et le paiement attestés dans le dossier jusqu’en 1760 établissent une partie de l’exécution matérielle, pas l’exécution intégrale de la cédule.