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Esclavage aux Antilles

Thème

Abolitions, rétablissement et indemnisation

Cette page rassemble les récits, les repères et les sources déjà publiés sur ce sujet. Elle sert d’index et ne remplace pas une lecture suivie.

Dans les dossiers

Les récits suivis qui abordent ce sujet.

Du XVIIᵉ siècle à aujourd’hui — D’où venaient, en Afrique, les ancêtres des Antillais ?

Beaucoup de Martiniquais, de Guadeloupéens et d’Haïtiens — Haïti est l’ancienne colonie française de Saint-Domingue — se demandent de quelle partie de l’Afrique viennent leurs ancêtres. Les voyages de traite montrent de quelles grandes régions de côtes partaient les captifs débarqués dans chaque île ; ils ne donnent ni le lieu de naissance de chacun, ni la part de chaque région parmi les ancêtres d’aujourd’hui. Ces régions diffèrent d’une île à l’autre. Ce dossier dit d’où viennent ces réponses, pourquoi elles s’arrêtent le plus souvent à de grandes régions, et ce qu’y ajoutent les Africains arrivés après l’abolition et l’ADN des Antillais d’aujourd’hui.

XVIIe siècle–années 1850 — Faire famille sous l’esclavage

Dans la nuit du 26 juin 1750, à Saint-Domingue, deux personnes enlèvent Marie-Jeanne « de la chaîne où [elle] était au pied du lit de sa maîtresse ». C’est son père, André, qui les a payées. André appartient à un maître, sa fille à un autre, et il n’a pas pu l’obtenir de celui-ci « pour de l’argent ». Après trois jours chez une femme libre du Cap et deux autres haltes, Marie-Jeanne est conduite près de son père, sur l’habitation où il vit.

Guadeloupe, Martinique, Saint-Domingue, XVIIe siècle–1848 — Grandir sous l’esclavage

Le 4 mars 1687, à la Guadeloupe, Élie Doucet, un marchand venu de La Rochelle, déclare les personnes de sa maison. Il inscrit sa femme, puis deux enfants de cinq ans et d'un an, puis, sous le mot « negresse », la seule personne qu'il tient en esclavage : Roze, dix ans. Le même jour, la déclaration que le sucrier Isaac Nicolas fait pour sa sœur range encore parmi les « negrittes », les filles, une fille de quinze ans inscrite sous le nom de « petitte marie ».

Résister et sortir de l’esclavage — Partir marron : quitter, tenir, revenir

Le mardi 18 août 1846, au Moule, en Guadeloupe, un propriétaire, Théodore Balangué, vient déclarer au maire que « Douze nègres de mon habitation di[te] Marchand sont en ce moment en état de marronnage », sur un atelier de « trente travailleurs ». L'avant-veille, un dimanche, des hommes et des femmes de cet atelier avaient reçu une instruction religieuse ; le soir, ils « étaient rassemblés autour de ma maison et entretenaient leur maîtresse de l'instruction qui leur avait été faite le jour même au bourg ». Le lundi, cinq d'entre eux se trouvaient absents. Balangué dit ne pouvoir attribuer leur départ « qu'à de mauvais conseils », qu'il impute aux « mauvaises dispositions » de quelques voisins à son égard.

Martinique et Rochefort, 1822–1825 — La révolte du Carbet (1822) : marcher entre les habitations, fuir, être jugés

Le soir du 12 octobre 1822, des personnes asservies se rassemblent dans la case de Jean-Louis, sur l'habitation de Nicolas Fizel, au Carbet en Martinique. Elles viennent de plusieurs habitations des hauteurs. Dans la nuit, un groupe marche de propriété en propriété. Au matin, une partie du groupe gagne les bois. Leur histoire se poursuit sur les chemins de la chasse et devant la Cour royale de la Martinique ; deux condamnés réapparaissent ensuite dans les actes hospitaliers de Rochefort.

Dans les fiches

Des explications courtes pour ouvrir une notion, un document ou une question.

Notion

Libres de couleur : devenir propriétaire sans devenir l’égal des Blancs

Dans la Guadeloupe de la fin du XVIIIe siècle, les autorités classent comme « libres de couleur » des personnes juridiquement libres qu’elles ne rangent pas parmi les Blancs. Cette liberté peut permettre d’acquérir une terre et même de tenir d’autres personnes en esclavage, sans faire disparaître les discriminations. L’histoire de deux frères et de leur sœur, les Remy-Miotte, montre comment des personnes sorties de l’esclavage peuvent acheter des terres et d’autres personnes sans échapper à la barrière de couleur.

9 min · 1664–1802 · Guadeloupe et dépendances, Martinique

Points établis dans les publications

Chaque point reprend un énoncé sourcé déjà employé dans un dossier, une fiche ou une entrée autonome de « Vies et actions », avec la localisation exacte de ses preuves et sa limite de portée.

L’île entière sous le gouvernement haïtien en février 1822

Point 1 sur 9 · Interprétation · 1822-02-09

Selon Frank Moya Pons, Boyer entre à Santo Domingo le 9 février 1822 et y ordonne l’abolition de l’esclavage ; l’unification de l’île sous le gouvernement de la république d’Haïti est alors accomplie.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Synthèses historiques ; l’arrêt du Carbet emploie encore « Saint-Domingue », sans préciser la partie de l’île visée par les hommes auxquels il attribue un projet de passage.

Paul, Charlotte et leurs enfants deviennent Amarens

Point 2 sur 9 · Événement · 5 octobre 1848 (lecture probable)

Au registre des nouveaux citoyens du Moule, l’acte 27, ouvert à la date probablement lue « 5 octobre 1848 », inscrit Paul, trente-deux ans, et Charlotte, trente-trois ans, tous deux nés en Afrique et « demeurant sur l’habitation Régis Couton », puis Vitaline, quatorze ans, Simon, onze ans, Charlottine, dix ans, Polixène, six ans, Benjamin, trois ans, et « Rosa dite Agnès », quinze mois. Paul et Charlotte ayant déclaré reconnaître les six enfants pour les leurs, « tous les six nés et demeurant sur l’habitation Régis Couton », le maire donne aux huit le nom patronymique d’Amarens.

Précisions nécessaires à l’interprétation

L’identification avec la famille déclarée marronne en 1846 et 1847 repose sur la concordance des deux parents, des cinq prénoms d’enfants, de plusieurs de leurs âges et du nom de Régis Couton ; aucun acte ne renvoie de l’un à l’autre. L’âge de Polixène se lit « six » plutôt que « dix » ; le prénom de Vitaline est surchargé. Charlottine a sept ans dans la déclaration du 31 décembre 1846 et dix ans dans le registre de 1848 : ces âges sont incompatibles ; la lecture de 1846 est dite probable. Vitaline n’est nommée dans aucune des deux déclarations de marronnage : les pièces ne disent pas si elle est restée sur l’habitation, si elle vivait ailleurs ou si son maître ne l’a pas déclarée. Le registre de 1848 établit que la famille vit sur l’habitation Couton à la date probablement lue « 5 octobre 1848 » ; il ne dit pas quand ni comment elle y est revenue après octobre 1847.

La loi du 18 juillet 1845 permet aux décrets coloniaux d’« établir une durée moins longue de travail…

Point 3 sur 9 · Prescription · 1845-07-18

La loi du 18 juillet 1845 permet aux décrets coloniaux d’« établir une durée moins longue de travail obligatoire, suivant l’âge ou le sexe des esclaves, leur état de santé ou de maladie, ou la nature des occupations auxquelles ils seront attachés ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

Texte qui ouvre une faculté ; il ne dit pas si elle a été employée.

Aux Abymes, en Guadeloupe, selon Arlette Gautier, la moitié des couples qui prennent le même nom en 1848…

Point 4 sur 9 · Mesure · 1848

Aux Abymes, en Guadeloupe, selon Arlette Gautier, la moitié des couples qui prennent le même nom en 1848 n’habitaient pas la même plantation pendant l’esclavage.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Sondage de Gautier sur les premières inscriptions des Abymes, dont la répartition n’est pas publiée ; le résultat vaut pour ce sondage, non pour toute la Guadeloupe.

Selon Arlette Gautier, après l’abolition de l’esclavage, 40 000 mariages, 20 000 légitimations et 30 000…

Point 5 sur 9 · Mesure · 1848–1858

Selon Arlette Gautier, après l’abolition de l’esclavage, 40 000 mariages, 20 000 légitimations et 30 000 reconnaissances d’enfants ont lieu en moins de dix ans dans les quatre « vieilles colonies » (Guadeloupe, Guyane, Martinique et Réunion) ; en Guadeloupe, le nombre annuel de mariages passe de 61 en 1838 à 101 en 1846 et à 907 en 1856.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Chiffres d’Augustin Cochin repris par Gautier, pour quatre colonies réunies dont deux hors du périmètre principal ; ils ne séparent ni les îles ni les anciens esclaves des autres habitants.

Le rachat selon Flory : entre engagisme et esclavage

Point 6 sur 9 · Interprétation · 1857–1862

Pour Céline Flory, le contrat du racheté lui « est imposé par la force » et le mode d’acquisition de cette main-d’œuvre est semblable à celui de l’esclavage ; mais, légalement libre et soumis à la même législation que les autres immigrants, il relève d’une forme de travail qui « s’inscrit donc entre l’engagisme classique et l’esclavagisme ». Elle conclut que le remboursement du prix du rachat prouve que le recruteur avait « bel et bien acheté » ces personnes, et que la « liberté forcée » par rachat « se résumait à un travail forcé, limité en théorie à dix ans, mais qui pouvait durer bien au delà ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

C’est la thèse de l’historienne, qui distingue elle-même ce régime de l’esclavage par le statut légal : les rachetés sont juridiquement libres. « Liberté forcée » est son expression, non un terme des sources.

Pendant la Liberté générale en Guadeloupe, les personnes libérées de l’esclavage deviennent des citoyens,…

Point 7 sur 9 · Interprétation · 1794–1802

Pendant la Liberté générale en Guadeloupe, les personnes libérées de l’esclavage deviennent des citoyens, mais leur travail et leur lieu de vie restent liés aux habitations. Frédéric Régent relève des successions où des cultivateurs demeurent attachés à une exploitation et sont répartis entre deux habitations ; il conclut que la quasi-impossibilité de choisir son métier et son lieu d’exercice remplace l’esclavage par une forme de travail forcé.

Précisions nécessaires à l’interprétation

La formule « une forme de travail forcé a remplacé l’esclavage » est l’interprétation de Frédéric Régent. Les successions citées montrent des cultivateurs attachés à des habitations et une répartition de leur travail, mais elles ne suffisent pas à décrire un règlement unique ni toutes les situations de la Guadeloupe entre 1794 et 1802. Régent signale aussi une possibilité de négociation lors de certains partages ; contrainte et marge de choix ne se confondent donc pas.

  • Les Maîtres de la Guadeloupe. Propriétaires d’esclaves (1635-1848) — p. 297, fichier OEBPS/PL2.xhtml, chapitre « Abolition et restauration de l’esclavage », section « La situation des planteurs restés en Guadeloupe » : succession Limonon et ses trente-deux cultivateurs laissés en commun, succession Julien Langlois répartissant les cultivateurs entre les habitations du Gallion et de Rivière-Sence, possibilité de négociation lors des partages, puis la conclusion « avec la quasi-impossibilité de choisir son métier et son lieu d’exercice, une forme de travail forcé a remplacé l’esclavage »

Selon Frédéric Régent, la loi du 4 avril 1792 sur l’égalité politique des libres de couleur est appliquée…

Point 8 sur 9 · Événement · 1792-04-04–1792-06-24

Selon Frédéric Régent, la loi du 4 avril 1792 sur l’égalité politique des libres de couleur est appliquée immédiatement en Guadeloupe : dès le 4 juin, le gouverneur appelle de nouvelles assemblées primaires ouvertes à tous les citoyens pour le 24 juin, qui désignent une nouvelle Assemblée coloniale et renouvellent les municipalités, sans qu’aucun citoyen de couleur n’y soit élu ; ils sont peu nombreux à répondre aux critères censitaires.

Précisions nécessaires à l’interprétation

L’explication par les critères censitaires est celle de Régent ; il ne chiffre pas les libres de couleur qui y répondaient.

Céline Flory analyse le « rachat » de captifs pratiqué dans l’empire français comme un enchaînement de trois…

Point 9 sur 9 · Interprétation · 1819–1862

Céline Flory analyse le « rachat » de captifs pratiqué dans l’empire français comme un enchaînement de trois opérations : acheter une personne, l’affranchir, puis l’engager pour plusieurs années au service de l’acheteur ou d’un cessionnaire du contrat. Le changement de statut intervient avant que la personne puisse disposer librement de son travail et de sa mobilité ; selon l’autrice, la liberté de condition n’arrive qu’au terme de l’engagement.

Précisions nécessaires à l’interprétation

L’article est la traduction portugaise d’un texte français ; le livre de 2015 reprend l’analyse. Flory y compare les engagés à temps du Sénégal de 1819-1848 à l’engagisme transocéanique de 1856-1862 : les deux régimes restent distincts et l’analyse ne les confond pas.

Sources reliées

Sources citées par les points publiés ou déjà repérées pour poursuivre l’enquête.

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