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Esclavage aux Antilles

XVIIe siècle–années 1850 · Dossier 5

Faire famille sous l’esclavage

Comment des personnes tenues en esclavage ont-elles formé et gardé une famille, quand un enfant, un conjoint ou un parent pouvait appartenir à un autre maître ?

Dans la nuit du 26 juin 1750, à Saint-Domingue, deux personnes enlèvent Marie-Jeanne « de la chaîne où [elle] était au pied du lit de sa maîtresse ». C’est son père, André, qui les a payées. André appartient à un maître, sa fille à un autre, et il n’a pas pu l’obtenir de celui-ci « pour de l’argent ». Après trois jours chez une femme libre du Cap et deux autres haltes, Marie-Jeanne est conduite près de son père, sur l’habitation où il vit.

Publié le 1 octobre 2026 · Mis à jour le 11 octobre 2026 · 22 min de lecture · Texte, documents et schémas sourcés

Collection · 5/10 · Vivre dans l’ordre esclavagiste des Antilles françaises

On connaît cette nuit par l’un des deux ravisseurs, Médor, qui appartient au même maître que Marie-Jeanne. Sept ans plus tard, le 26 mai 1757, Médor, qui porte lui-même la barre aux pieds et la chaîne au cou, raconte cet enlèvement devant quatre propriétaires du quartier, dans une procédure pour empoisonnement. Il présente l’enlèvement comme un méfait commis « méchamment ». Ni André ni Marie-Jeanne ne parlent dans la pièce, et l’on ne sait pas ce que voulait Marie-Jeanne. Médor rapporte seulement qu’elle avait elle-même fui son maître quelque temps auparavant : après les trois jours au Cap, elle passe par la case où elle avait été arrêtée pendant cette fuite. Marie-Jeanne reste pourtant la propriété de ce maître, Delavaud. Selon Médor, elle vit désormais presque toujours près de son père, sur l’habitation de M. de Carbon, au Bois de Lance, et André lui fait faire plusieurs voyages avec lui « dans la vue de forcer » Delavaud à la lui vendre. En 1757, sept ans après l’enlèvement, elle est encore auprès de son père, et cinq personnes esclavisées que Médor nomme le savent. On ne sait pas si Delavaud a fini par la vendre.

Dans les colonies françaises des Antilles, une personne tenue en esclavage appartient à un maître, qui peut la vendre, la léguer ou la déplacer. Un père, une mère et leurs enfants peuvent ainsi appartenir à des maîtres différents et vivre sur des habitations différentes — les domaines agricoles où les maîtres font travailler les personnes qu’ils possèdent.

Ce dossier suit des familles de Saint-Domingue, de la Guadeloupe et de la Martinique, du XVIIe siècle aux années qui suivent l’abolition de 1848 : ce que des personnes tenues en esclavage ont fait pour former une famille et la garder, et ce que la propriété de leurs maîtres leur imposait.

Ce dossier repose sur des listes d’habitation et des actes d’état civil, des procédures et des rapports d’administrateurs, des lettres de gérant, des avis et une lettre publiés dans la presse, le récit d’un missionnaire et les reconstitutions d’historiens qui ont compté les familles de quelques habitations et paroisses.

1

Les liens

Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres

Sur la sucrerie Galbaud du Fort, à Léogane, à Saint-Domingue, une femme que les listes de l’habitation appellent Vieille Marthe est née en 1701 ; elle figure déjà, enfant, sur l’inventaire de 1710. Elle met au monde un fils en 1729, puis deux filles en 1735 et 1737. L’une d’elles a à son tour une fille en 1756. En 1773, Vieille Marthe vit toujours sur l’habitation, à soixante-douze ans. Aucune pièce n’écrit ces liens d’un seul tenant : l’historienne Natacha Bonnet les reconstitue en rapprochant les prénoms de listes successives. Sur une habitation aussi ancienne, une parenté se forme ainsi sur trois générations, alors que chacun de ses membres est compté comme un bien.

En reconstituant ces liens, des historiens mesurent ce que les inventaires ne disent pas directement : à quel point les personnes d’une même habitation sont liées entre elles. En Guadeloupe, la grande sucrerie de Bisdary est vendue par les jésuites en 1763 avec 312 esclaves. L’inventaire de cette année-là montre que 259 d’entre eux ont sur la plantation entre un et huit parents proches ou alliés. Vingt ans plus tard, en 1783, les liens que l’historienne Arlette Gautier peut reconstituer donnent en moyenne à un esclave de Bisdary plus de vingt-cinq parents sur la plantation, contre trois et demi en 1763. Elle voit Bisdary devenir un réseau de familles ; elle avertit aussi qu’on ne peut pas dire avec certitude comment cette parenté était vécue.

Ce que les listes laissent de côté

Dans le nord de Saint-Domingue, les états dressés en 1774 et 1775 pour cinq habitations de la famille Galliffet servent à administrer une main-d’œuvre et un patrimoine. Ils inscrivent volontiers les mariages, les mères et les enfants des couples mariés ; ils laissent bien plus souvent de côté les pères non mariés, les unions non reconnues, les parrains et les proches qui vivent sur une autre habitation. En reconstituant les liens à partir de ces états, l’historien Vincent Cousseau trouve pourtant que près de sept personnes sur dix, sur les 1 023 recensées, ont au moins un proche parent sur la même habitation. C’est un minimum : ce que le scribe n’a pas écrit n’était pas absent pour autant.

Dans les listes de recensement et les inventaires de notaire qu’Arlette Gautier a comparés, un lien ne s’inscrit que de trois façons : un homme suivi de « sa femme » et d’enfants, un homme suivi d’une femme et d’enfants, une femme suivie d’enfants. Selon Arlette Gautier, ces manières d’écrire changent avec les notaires, non avec la vie des personnes ; au XIXe siècle, les listes qu’elle étudie séparent hommes, femmes et enfants, « sans doute pour faciliter les séparations ». En Guadeloupe, des inventaires de notaire de la fin du XVIIIe siècle font ainsi apparaître 1 146 groupes formés autour d’une mère et 123 couples mariés seulement : les enfants y sont placés après leur mère, et les pères souvent omis.

Des liens par-delà l’habitation

Les personnes esclavisées entretiennent pourtant des liens que ces listes n’inscrivent pas, et qui franchissent les limites des habitations et des statuts. À Trois-Rivières, en Guadeloupe, avant 1847, Christon vit depuis longtemps avec Hector, selon des témoignages qu’une étude historique rassemble ; elle appartient à Madame de Touchimbert, lui à Texier Lavalade, le maître de l’habitation voisine. Hector a un jardin, une parcelle où il doit cultiver ses propres vivres ; Christon le travaille, parce que le maître d’Hector ne lui en laisse pas le temps. Christon se sépare de lui ; Hector en est malheureux, et elle revient, parce qu’elle ne peut laisser sans vêtements ni vivres un « homme de son pays ». Quand Hector est blessé, il vient dans la case de Christon, qui le soigne.

Le baptême crée d’autres liens encore. À Rivière-Pilote, en Martinique, entre 1803 et 1808, des personnes libres et des personnes esclavisées entourent comme parrains et marraines les enfants baptisés. Parmi les parrains esclavisés dont le registre donne le maître, dix sur dix-huit appartiennent à un autre maître que l’enfant ; parmi les marraines, sept sur seize. En Martinique, parrains et marraines peuvent faire des cadeaux, rendre visite, exercer une autorité sur l’enfant ; des avis de recherche supposent qu’une personne en fuite ira demander leur aide — une supposition de celui qui la recherche, non une aide observée.

Les avis de fuite publiés dans les gazettes des îles laissent voir, eux aussi, des liens que les listes taisent. Le 18 décembre 1788, en Guadeloupe, un avis recherche Marie-Catherine, cinquante ans, et Lavigne, cinquante-cinq ans, partis depuis quatre mois ; il dit qu’on les voit sur les habitations des pères dominicains et sur celle d’un habitant, Blanchet cadet, où vit la mère de Marie-Catherine.

Voir 14 points documentés pour chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres

Sources de cette partie : Notice bibliographique [18] — Les familles esclaves aux Antilles françaises, 1635-1848 · Notice bibliographique [19] — L’organisation du travail servile sur la sucrerie domingoise au XVIIIe siècle, dans Philippe Hroděj (dir.), L’esclave et les plantations : de l’établissement de la servitude à son abolition. Hommage à Pierre Pluchon, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2009, p. 125-159 · Notice bibliographique [20] — Les liens familiaux des esclaves à Saint-Domingue au XVIIIe siècle. L’exemple des habitations Galliffet (1774-1775) · Notice bibliographique [21] — Les esclaves de la Guadeloupe à la fin de l’Ancien Régime d’après les sources notariales (1770-1789) · Notice bibliographique [22] — Les esclaves de la Guadeloupe à la fin de l’Ancien Régime : du code noir aux codes numériques · Notice bibliographique [23] — Les sœurs de Solitude. La condition féminine dans l'esclavage aux Antilles du XVIIe au XIXe siècle · Notice bibliographique [24] — Population et anthroponymie en Martinique du XVIIe siècle à la première moitié du XIXe siècle · Notice bibliographique [25] — Figures d’esclaves à travers des procédures judiciaires en Guadeloupe de 1789 à 1848, dans Éric Saunier (dir.), Figures d’esclaves : présences, paroles, représentations, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2012, p. 111-127 · Notice bibliographique [26] — Libres et sans fers. Paroles d’esclaves · Notice bibliographique [27] — La population d'un quartier de la Martinique au début du XIXe siècle d'après les registres paroissiaux : Rivière-Pilote, 1802-1829 · Notice bibliographique [28] — Le marronnage en Guadeloupe à la veille de la Révolution française de 1789 · Notice bibliographique [29] — La France et ses esclaves : de la colonisation aux abolitions, 1620–1848

2

La naissance

Naître esclave du maître de sa mère

Au François, en Martinique, Adèle, trente-quatre ans, accouche d’une fille le 16 avril 1843, à une heure du matin. Deux jours plus tard, la naissance est déclarée à l’état civil par le gérant de l’habitation Palmistes, que l’acte dit « à Mr Brière de l’Isle & Société ». L’acte désigne Adèle par le numéro sous lequel elle est inscrite au registre matricule des esclaves, B 505, et la dit mariée à un homme nommé Michel ; il ne dit pas que Michel est le père. L’enfant, Marie Sainte, est inscrite comme la fille d’Adèle.

À Léogane, trois quarts de siècle plus tôt, le cahier que la sucrerie Galbaud du Fort tient à partir de 1767 numérote les femmes et inscrit chaque enfant qui naît sur l’habitation par le numéro de sa mère : « fils du no 12 », « fille du no 49 ».

Le droit fait aussi passer par la mère la condition de l’enfant et le maître à qui il appartient. Dans la version de l’édit de mars 1685 sur les esclaves enregistrée en Guadeloupe, les enfants nés du mariage de deux esclaves « appartiendront aux maîtres des femmes esclaves et non à ceux de leurs maris, si le mari et la femme ont des maîtres différens ». L’enfant d’une mère libre est libre malgré la servitude de son père ; l’enfant d’une mère esclave est esclave, même si son père est libre.

Le père n’a aucune place dans cette règle ; il en garde parfois une dans le prénom de l’enfant, sans effet sur sa condition ni sur son maître. À Bisdary, en Guadeloupe, les listes du XVIIIe siècle ne donnent le prénom d’un parent qu’à quatorze enfants de sept familles ; neuf reçoivent celui de leur père. Ce sont souvent des familles qui occupent une place respectée sur la plantation, comme celle du maître charpentier, de sa femme accoucheuse et de leur gendre charpentier. Ces prénoms sont ceux que des scripteurs blancs ont transcrits : on ne connaît pas ceux que les esclaves pouvaient se donner entre eux.

Des pères et des enfants chez d’autres maîtres

À Case-Pilote, en Martinique, de 1760 à 1762, le curé note qui est le père des enfants qu’il baptise. Un peu plus d’un tiers des pères appartiennent au même atelier que la mère, c’est-à-dire au groupe des personnes esclavisées d’une même habitation ; 41 % appartiennent à d’autres maîtres ; près d’un quart sont libres, blancs ou de couleur. Pour ces pères de Case-Pilote, appartenir à un autre maître limite la présence auprès de leurs enfants : selon Arlette Gautier, leur seul temps libre est, au mieux, le dimanche.

Les enfants d’un même couple peuvent eux aussi appartenir à des maîtres différents. À Rivière-Pilote, le 11 février 1815, un couple esclavisé reconnaît dans le registre de la paroisse quatre enfants de cinq à quatorze ans ; l’aînée appartient à un autre propriétaire. Deux couples mariés dans la même paroisse en 1818 et 1823 sont eux-mêmes partagés entre deux propriétaires.

Voir 8 points documentés pour chapitre 2 — Naître esclave du maître de sa mère

Sources de cette partie : Notice bibliographique [1] — Population esclave : naissances, décès, Le François, 1843 · Notice bibliographique [12] — Le François : quatre registres duplicata d’individualité, 2E11/16 à 2E11/19 · Notice bibliographique [19] — L’organisation du travail servile sur la sucrerie domingoise au XVIIIe siècle, dans Philippe Hroděj (dir.), L’esclave et les plantations : de l’établissement de la servitude à son abolition. Hommage à Pierre Pluchon, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2009, p. 125-159 · Notice bibliographique [2] — Le François, 1849, tous actes : troisième exemplaire du registre d’état civil · Notice bibliographique [30] — Le Code Noir. Édit de mars 1685 sur la police des îles de l’Amérique française — version Guadeloupe enregistrée le 10 décembre 1685 · Notice bibliographique [18] — Les familles esclaves aux Antilles françaises, 1635-1848 · Notice bibliographique [27] — La population d'un quartier de la Martinique au début du XIXe siècle d'après les registres paroissiaux : Rivière-Pilote, 1802-1829

3

Le mariage

Se marier, ou non

En Guadeloupe, au XVIIe siècle, une jeune femme esclavisée refuse le mari que son maître lui présente. Un religieux l’interroge ; elle répond qu’elle ne veut ni de cet homme ni d’aucun autre, et qu’elle préfère être malheureuse seule que de mettre au monde des enfants dont les souffrances lui seraient plus sensibles que les siennes. Elle maintient son refus. Le missionnaire dominicain Du Tertre, qui raconte la scène, ne la nomme pas et reformule sa réponse.

En 1685, l’édit sur les esclaves soumet le mariage d’une personne esclavisée au consentement de son maître. Dans sa version enregistrée en Guadeloupe, il n’exige pas le consentement du père et de la mère de l’esclave, « mais celui du maître seulement ». Il défend aux curés de marier des esclaves sans ce consentement, et aux maîtres de les marier contre leur gré.

Des maîtres s’opposent à ces mariages. En Martinique, en 1786, Dessalles, conseiller au Conseil supérieur de l’île, écrit que certains propriétaires ne favorisent pas les mariages de leurs esclaves parce que ces unions les empêchent de diviser les personnes à volonté. Selon Arlette Gautier, des colons refusent aussi de marier des esclaves de maîtres différents, qui seraient « toujours sur les routes » pour visiter leur conjoint.

Vivre en couple, avec ou sans mariage

Les mariages ne mesurent pas les familles : là où l’on peut les compter, beaucoup de couples vivent ensemble et ont des enfants sans être mariés, ou avant de l’être. Sur les habitations Galliffet, dans le nord de Saint-Domingue, Vincent Cousseau situe fréquemment, d’après les états de 1774, le mariage après plusieurs années de vie commune et après les premières naissances. Les trois sucreries proches de l’église de la Petite-Anse comptent cette année-là cinquante-neuf couples mariés ; les deux caféières, plus récentes et plus éloignées de leur église, quatre et aucun. La distance compte, mais ces caféières ont aussi des ateliers plus jeunes, des personnes arrivées plus récemment et des listes moins complètes.

À Bisdary, l’inventaire de 1763 compte 71 familles : 19 couples mariés, 29 couples qui vivent ensemble sans être mariés et 23 familles d’un seul parent. De 1768 à 1778, quatre mariages y ratifient une longue vie commune : les époux ont déjà de nombreux enfants. Après 1783, les inventaires n’en enregistrent plus aucun jusqu’en 1793. Dans les listes de Bisdary, mariage et rang vont aussi ensemble : les ouvriers qualifiés sont bien plus souvent mariés que les autres hommes, ce qu’Arlette Gautier rapporte à leur place dans la hiérarchie de la plantation.

Refuser le mariage, ou se marier encore esclave

En 1841, à Marie-Galante, une île qui dépend de la Guadeloupe, le procureur du roi interroge des esclaves sur le mariage et consigne leurs réponses dans un rapport. Un homme qui vit depuis longtemps avec une femme de son atelier, dont il a plusieurs enfants, lui répond que le mariage a été institué pour les Blancs. Sur une autre habitation, une femme lui répond « que le mariage rendait les hommes trop despotes, et que dans l’état de concubinage les femmes dominaient les hommes et les trouvaient plus généreux ». Le procureur appelle ces refus une « répugnance ».

En Martinique, des couples esclavisés se marient à l’église. À Rivière-Pilote, en 1824, les témoins de l’un de ces mariages sont dits « amis et camarades ». Au François, un couple esclavisé, Petit Charles et Annette Anne, se marie le 10 février 1844. Encore esclaves, ils n’ont pas alors la capacité civile des personnes libres : leurs deux fils, Saint-Pierre Lubin et Jean Charles, nés avant ce mariage, ne sont pas pour autant reconnus devant l’état civil. Ils les reconnaîtront en 1850, une fois libres.

Voir 11 points documentés pour chapitre 3 — Se marier, ou non

Sources de cette partie : Notice bibliographique [15] — Histoire générale des Antilles habitées par les François, tome II — VIIIᵉ Traité « Des Esclaves des Antilles de l’Amérique » · Notice bibliographique [30] — Le Code Noir. Édit de mars 1685 sur la police des îles de l’Amérique française — version Guadeloupe enregistrée le 10 décembre 1685 · Notice bibliographique [16] — Les Annales du Conseil souverain de la Martinique, ou tableau historique du gouvernement de cette colonie depuis son premier établissement jusqu’à nos jours, auquel on a joint l’analyse raisonnée des lois qui y ont été publiées · Notice bibliographique [18] — Les familles esclaves aux Antilles françaises, 1635-1848 · Notice bibliographique [20] — Les liens familiaux des esclaves à Saint-Domingue au XVIIIe siècle. L’exemple des habitations Galliffet (1774-1775) · Notice bibliographique [3] — Exposé général des résultats du patronage des esclaves dans les colonies françaises · Notice bibliographique [4] — Naissances, mariages, décès, Le François, 1850 · Notice bibliographique [31] — Attribution des noms aux nouveaux libres du François, à l’abolition de l’esclavage en 1848 · Notice bibliographique [27] — La population d'un quartier de la Martinique au début du XIXe siècle d'après les registres paroissiaux : Rivière-Pilote, 1802-1829

4

La séparation

Garder les siens face à la séparation

André et Marie-Jeanne, le père et la fille de l’ouverture, appartiennent à deux maîtres, et l’interdiction de vendre séparément les membres d’une famille ne vaut pas pour une famille ainsi partagée. Dans sa version guadeloupéenne, l’article 47 de l’édit de 1685 interdit de saisir et de vendre séparément le mari, la femme et leurs enfants impubères, c’est-à-dire qui n’ont pas atteint la puberté, à condition qu’ils soient « sous la puissance d’un même maître » ; il ne fixe pas cet âge. La sanction joue entre vendeur et acheteur : le vendeur perd, au profit de l’acheteur, ceux qu’il avait gardés ; le texte ne prévoit aucune procédure que les personnes séparées puissent engager elles-mêmes.

En Martinique, en 1786, Dessalles écrit que cette règle « est toujours sévèrement exécutée, lorsqu’il y a réclamation de la part de l’Acquéreur » : c’est l’acheteur qui agit en justice. Un enfant, ajoute Dessalles, ne doit pas être séparé de sa mère avant quatorze ans, l’âge où il peut se passer de son secours. « La mere fait venir les enfants vendus séparément d’elle ; mais aussi les enfants attirent leur mere, lorsqu’ils sont vendus seuls. » Il dit avoir vu des esclaves envoyés à la Guadeloupe et à Saint-Domingue « pour y être vendus & dépaysés, réclamer leurs enfants restés dans la Colonie », et leurs acheteurs gagner les procès qu’ils intentaient. Il ne cite ni nom ni arrêt.

En Guadeloupe, en 1755, la veuve Bachelier réclame Charlotte, mariée à Guillaume. Charlotte vit avec les enfants du couple ; Guillaume, lui, fait partie d’une succession où il est estimé. La reprise de Charlotte la séparerait de son mari. Le rapporteur du Conseil supérieur, la plus haute juridiction de l’île, conclut que Charlotte et Guillaume ne peuvent pas être séparés : la veuve aura la préférence pour les garder tous deux, à charge de remettre Guillaume avec Charlotte et de payer son prix à la succession. L’arrêt réforme le jugement en ce sens.

Une mère et son fils à vendre, des séparations comptées

Des vendeurs proposent de séparer une mère et son fils. En décembre 1769, une annonce de Port-au-Prince, à Saint-Domingue, met en vente une femme qu’elle dit créole, c’est-à-dire née dans la colonie, d’environ trente ans, marchande, couturière, blanchisseuse et un peu cuisinière, avec son fils de treize ou quatorze ans, domestique, qui commence le métier de perruquier : on peut les acheter ensemble ou séparément. L’annonce ne les nomme pas, et l’on ne sait pas s’ils ont été vendus.

À Bisdary, en Guadeloupe, sur 48 couples recensés en 1763, 14 ont été séparés avant que la femme ait quarante-cinq ans, par la mort ou par la vente, sans qu’on puisse dire laquelle. Une femme mariée passe au service d’un abbé — l’étude ne dit pas si elle a été vendue, cédée ou prêtée — et ne reparaît plus auprès de son mari. Quatre enfants sur cinq nés sur la plantation y ont pourtant vécu avec leur père et leur mère.

Fuir ensemble, refuser de partir

Des personnes esclavisées agissent aussi elles-mêmes pour protéger les leurs, les garder ou les rejoindre ; l’issue dépend alors d’un propriétaire, d’un gérant ou d’une autorité de la colonie. À Saint-Domingue, en 1704, une mère et sa fille de dix ou onze ans, achetées par deux religieux carmes, s’enfuient ensemble après que la mère a déclaré que l’un d’eux, le père Grégoire, avait voulu contraindre sexuellement l’enfant. Les autorités de la colonie décident alors de faire revenir la mère pour un mois, le temps d’obliger le père Grégoire à les vendre toutes les deux. Auger, l’administrateur qui rapporte l’affaire au ministre, écrit qu’il avait déjà ordonné cette vente, à cause du scandale de leur achat par deux religieux. La fille revient elle aussi, sans que la pièce dise comment ; elle déclare alors avoir été violée, et la mère renouvelle sa plainte. Les autorités font ouvrir une enquête et examiner l’enfant, puis arrêter le religieux. On ne sait pas si la mère et sa fille ont été vendues, ni si elles l’ont été ensemble.

En Guadeloupe, dans un récit sans date dont l’historien Vincent di Ruggiero situe les faits au XVIIIe siècle, Mme d’Aoust veut faire transporter sur une autre habitation les esclaves de la sucrerie de Houëlbourg, au Petit-Cul-de-Sac. Au jour fixé, l’homme chargé de les emmener ne trouve personne : ils se sont enfuis. Il en retrouve un, Janot, et cherche à le convaincre. Selon ce récit, Janot lui répond qu’« étant en possession d’une femme et de deux enfants chez le sieur de Villers, il fallait que le mandataire de Mme d’Aoust le vendit audit Villiers ou bien qu’il acheta sa femme et ses enfants, sans quoi il ne s’en irait jamais » ; la citation écrit le nom de ce propriétaire Villers, puis Villiers. On ne sait pas si sa femme et ses enfants ont été achetés, ni s’il a été vendu.

Un fils emmené en France, une mère tenue de rester

Sur la sucrerie Galbaud du Fort, à Léogane, Philippe Galbaud du Fort emmène à Nantes comme valet, en 1745, Criquet, fils de Thérèse, une esclave née sur la sucrerie. Une dizaine d’années plus tard, Criquet est renvoyé à Léogane, où il retrouve « sa mère et son père », écrit l’historien Gabriel Debien, qui suit les lettres du gérant et du procureur de la sucrerie. Reparti pour la France à la fin de 1767, il demande à revenir : il veut revoir « le pays natal », selon ces lettres. Le 1er avril 1768, le gérant, Parison, s’y oppose : de nouveaux règlements, écrit-il, exposent les noirs qui ne figurent pas sur un recensement à être « vendus au profit du roi, quoique libres depuis longtemps ».

Dix jours plus tard, le 11 avril 1768, Thérèse achète au même gérant une liberté qui l’oblige à rester toujours sur la sucrerie pour aider les femmes de l’habitation à accoucher ; les autorités de la colonie ne la reconnaissent pas. Malgré l’opposition du gérant, Criquet revoit Léogane, écrit Debien.

Des esclaves expédiés pour être vendus à Puerto Rico, dénonce une lettre de 1842

En 1842, une lettre écrite de la Guadeloupe le 12 septembre et publiée sans nom d’auteur dans la presse parisienne dénonce des maîtres qui, prévoyant l’émancipation, expédient des esclaves à Puerto Rico, l’île espagnole voisine, pour les y vendre beaucoup plus cher. Elle décrit une goélette partie de Pointe-à-Pitre avec une cinquantaine d’esclaves enchaînés : « C’était une chose déplorable à voir que ces infortunés versant d’abondantes larmes et poussant des cris lamentables, parce qu’on les arrachait à leur famille et au sol qui les avait vus naître. »

À Vieques, une petite île voisine de Puerto Rico, l’auteur de la lettre dit avoir vu Philothée chez le gouverneur. Elle vient d’une habitation de Capesterre, en Guadeloupe, et « pleure chaque jour son enfant mulâtre, resté sur l’habitation sucrerie de la Capesterre ».

Voir 12 points documentés pour chapitre 4 — Garder les siens face à la séparation

Sources de cette partie : Notice bibliographique [17] — [Déclaration de Médor, esclave du sieur Delavau, reçue aux Perches le 26 mai 1757], pièce I des extraits joints à la correspondance sur les empoisonnements · Notice bibliographique [32] — Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles · Notice bibliographique [13] — « Code de la Guadeloupe », huitième partie, titre troisième, « De la Police » — version guadeloupéenne de l’édit de mars 1685, enregistrée le 10 décembre 1685 · Notice bibliographique [16] — Les Annales du Conseil souverain de la Martinique, ou tableau historique du gouvernement de cette colonie depuis son premier établissement jusqu’à nos jours, auquel on a joint l’analyse raisonnée des lois qui y ont été publiées · Notice bibliographique [14] — Toutes colonies — pièces concernant essentiellement l’esclavage · Notice bibliographique [5] — Les Affiches américaines, année 1769 · Notice bibliographique [18] — Les familles esclaves aux Antilles françaises, 1635-1848 · Notice bibliographique [6] — Mémoire des affaires des RR. Capucins du Cap et de plusieurs conduites religieuses · Notice bibliographique [28] — Le marronnage en Guadeloupe à la veille de la Révolution française de 1789 · Notice bibliographique [33] — Les esclaves aux Antilles françaises (XVIIe-XVIIIe siècles) · Notice bibliographique [7] — Lettres sur l’esclavage dans les colonies françaises · Notice bibliographique [25] — Figures d’esclaves à travers des procédures judiciaires en Guadeloupe de 1789 à 1848, dans Éric Saunier (dir.), Figures d’esclaves : présences, paroles, représentations, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2012, p. 111-127

5

L’abolition

Faire reconnaître sa famille après l’abolition

L’esclavage est aboli dans les colonies françaises en 1848. Les personnes qui en sortent deviennent des citoyens, et l’état civil doit les inscrire, chacune avec un nom de famille.

L’ampleur que prennent le mariage et la reconnaissance des enfants après l’abolition se mesure sur tous les habitants de quatre colonies, sans séparer les anciens esclaves des autres : dans les dix années qui suivent, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion réunies comptent 40 000 mariages, 20 000 légitimations et 30 000 reconnaissances d’enfants.

Au François, en Martinique, Michel et Adèle sont inscrits le 3 mars 1849 sous le nom de Behot. L’acte d’Adèle rappelle le numéro qu’elle portait au registre des esclaves, B 505 : c’est celui de la mère de Marie Sainte en 1843, que l’acte de naissance disait déjà mariée à Michel. Les trois actes suivants inscrivent sous le même nom Chéry, Ulric et Marie Sainte, qu’ils disent enfants d’Adèle ; ils ne nomment pas Michel comme leur père. Cette Marie Sainte a cinq ans et est née au François : prénom, âge, lieu et mère désignent tous l’enfant de 1843.

Fac-similé — le document lui-même

Sept lignes manuscrites d’un registre d’état civil. L’officier y déclare Michel et Adèle unis par le mariage, sous le nom que l’acte écrit Béhot. Les époux déclarent ensuite trois enfants nés d’eux, numérotés : Chéry, treize ans ; Ulric, neuf ans ; Marie Sainte, cinq ans. La dernière phrase dit qu’ils les reconnaissent pour leurs fils et filles, voulant leur conférer la légitimité. Le recadrage commence et s’arrête au milieu de l’acte.Agrandir

Le jour de leur mariage, Michel et Adèle Behot reconnaissent trois enfants

Au François, le 14 avril 1849, l’acte de mariage énumère les trois enfants nés « antérieurement » du couple, avec leur âge, puis la phrase de reconnaissance qui leur confère la légitimité.

FR ANOM, Aix-en-Provence, état civil du François, 1849, acte 119 · Archives nationales d’outre-mer (France) · licence ouverte Etalab 2.0 · Voir la source en ligne

Source de cette partie : Notice bibliographique [2] — Le François, 1849, tous actes : troisième exemplaire du registre d’état civil

Le 14 avril 1849, Michel et Adèle se marient devant l’officier de l’état civil. L’acte dit Michel âgé de cinquante ans, né au François et « n’ayant pas été reconnu de ses parents » ; Adèle, quarante ans, « née en Afrique, de parents inconnus ». Les époux déclarent que trois enfants sont nés d’eux — Chéry, treize ans, Ulric, neuf ans, et Marie Sainte, cinq ans —, les reconnaissent pour leurs deux fils et leur fille et déclarent vouloir leur conférer la légitimité. L’officier applique le Code civil, que l’acte cite : parce que leurs parents les reconnaissent dans l’acte même du mariage, Chéry, Ulric et Marie Sainte deviennent des enfants légitimes, avec les mêmes droits que s’ils étaient nés de ce mariage. Le mot « légitime » est ici une catégorie du Code civil : le mariage donne de nouveaux effets en droit à la famille que Michel, Adèle et leurs enfants formaient déjà. Près de six ans après sa naissance, Marie Sainte est reconnue par son père.

Dans la même commune, le 31 juillet 1850, Petit Charles et Annette Anne, mariés à l’église en 1844, reconnaissent leurs deux fils, Saint-Pierre Lubin et Jean Charles ; l’acte de reconnaissance écrit le nom de la mère Anne Annette.

Aux Abymes, en Guadeloupe, le 5 septembre 1848, Sylvain, ouvrier de la distillerie de rhum, quarante-neuf ans, et Andrèse, dite Elisa, cultivatrice, vingt-sept ans, sont inscrits ensemble. Tous deux sont nés en Afrique et vivent sur l’habitation Boisripeaux. Ils reconnaissent deux filles, Pauline, dix ans, et Augustine, trois ans. Le registre leur donne à tous les quatre le nom de Coguio ; il ne dit pas qui l’a choisi. Une mention ajoutée en marge le 20 mai 1851 indique que Pauline a été légitimée par le mariage de ses parents.

Aux Abymes encore, le 2 octobre 1848, Koaly, cultivateur d’environ quarante-huit ans, lui aussi né en Afrique, reconnaît cinq enfants d’Anne Rose, déjà inscrits sous le nom de Sacoby, qu’ils gardent dans cette inscription.

Des couples qui ne vivaient pas sur la même plantation

Aux Abymes, dans son sondage des inscriptions de 1848, Arlette Gautier trouve que la moitié des couples qui prennent un même nom en 1848 ne vivaient pas sur la même plantation pendant l’esclavage. Le nom commun inscrit ainsi à l’état civil des liens formés entre plusieurs habitations ; la reconnaissance et le mariage, quand ils suivent, leur donnent des effets juridiques nouveaux.

Voir 10 points documentés pour chapitre 5 — Faire reconnaître sa famille après l’abolition

Sources de cette partie : Notice bibliographique [12] — Le François : quatre registres duplicata d’individualité, 2E11/16 à 2E11/19 · Notice bibliographique [1] — Population esclave : naissances, décès, Le François, 1843 · Notice bibliographique [2] — Le François, 1849, tous actes : troisième exemplaire du registre d’état civil · Notice bibliographique [31] — Attribution des noms aux nouveaux libres du François, à l’abolition de l’esclavage en 1848 · Notice bibliographique [8] — Code civil des Français · Notice bibliographique [4] — Naissances, mariages, décès, Le François, 1850 · Notice bibliographique [9] — Registre d’état civil des nouveaux citoyens des Abymes, 30 août-25 septembre 1848 · Notice bibliographique [34] — « Les esclaves africains à la Guadeloupe en 1848 d’après les registres d’état civil des nouveaux citoyens conservés aux Archives de la Guadeloupe » · Notice bibliographique [10] — Registre d’état civil des nouveaux citoyens des Abymes, 26 septembre-14 novembre 1848 · Notice bibliographique [18] — Les familles esclaves aux Antilles françaises, 1635-1848

Conclusion

Sous l’esclavage, la propriété ne se contente pas de séparer des familles : d’elle dépendent le maître à qui appartient un enfant, le consentement exigé pour un mariage et la protection d’une famille contre une vente séparée. En 1750, selon Médor, qui le raconte sept ans plus tard, André ne peut obtenir « pour de l’argent » sa fille Marie-Jeanne, qui appartient à un autre maître : il la fait enlever et la garde près de lui, alors qu’elle reste la propriété de ce maître. En 1849, au François, Michel et Adèle Behot déclarent devant l’officier de l’état civil les trois enfants nés d’eux pendant l’esclavage ; par leur mariage, ils leur confèrent la légitimité. André devait garder près de lui une fille qui restait la propriété d’un autre maître ; après l’abolition, des parents peuvent déclarer leurs enfants et donner à leurs liens des effets en droit.

Voir 6 points documentés pour conclusion — Conclusion

Sources de cette partie : Notice bibliographique [13] — « Code de la Guadeloupe », huitième partie, titre troisième, « De la Police » — version guadeloupéenne de l’édit de mars 1685, enregistrée le 10 décembre 1685 · Notice bibliographique [30] — Le Code Noir. Édit de mars 1685 sur la police des îles de l’Amérique française — version Guadeloupe enregistrée le 10 décembre 1685 · Notice bibliographique [17] — [Déclaration de Médor, esclave du sieur Delavau, reçue aux Perches le 26 mai 1757], pièce I des extraits joints à la correspondance sur les empoisonnements · Notice bibliographique [32] — Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles · Notice bibliographique [2] — Le François, 1849, tous actes : troisième exemplaire du registre d’état civil · Notice bibliographique [12] — Le François : quatre registres duplicata d’individualité, 2E11/16 à 2E11/19 · Notice bibliographique [31] — Attribution des noms aux nouveaux libres du François, à l’abolition de l’esclavage en 1848 · Notice bibliographique [8] — Code civil des Français

Méthode et limites des sources

Le dossier rapproche, moment par moment, des familles de trois colonies connues par des pièces de nature différente, du XVIIe siècle aux années 1850.

Lire la note de méthode complète

Comment les familles de ce dossier ont été réunies

Aucune pièce ne suit une famille de sa formation à l’abolition. Chaque document saisit un ou deux moments — une naissance, un mariage, une vente, une plainte, une inscription — dans une île et une décennie. Le dossier les ordonne donc par moments de la vie d’une famille plutôt que par territoire ; seule la famille Behot, au François, se retrouve à trois de ces moments, reliée d’un acte à l’autre par le matricule d’Adèle et par le prénom, l’âge, le lieu de naissance et la mère de Marie Sainte ; deux Marie Sainte naissent au François à deux jours d’intervalle en avril 1843, et seule la mère les distingue. Les actes d’individualité de 1849 sont lus dans les duplicata des registres établis en 1858-1859.

Saint-Domingue est mieux documentée que la Guadeloupe et la Martinique pour le XVIIIe siècle, grâce aux papiers de grandes habitations ; la Guadeloupe et la Martinique le sont mieux pour les années 1840 et pour 1848-1851. Les proportions citées valent pour les lieux étudiés : de grandes plantations anciennes, peuplées surtout de personnes nées dans l’île, ne représentent pas les habitations plus récentes où arrivaient des personnes déportées d’Afrique. Dans quatre listes martiniquaises du début du XVIIIe siècle, Vincent Cousseau reconstruit 71,8 % des personnes en groupes de parenté, sans que l’ordre d’inscription prouve qu’elles vivaient ensemble.

Aucune séparation par vente n’a pu être suivie personne par personne dans les trois colonies, et le dossier n’étudie pas ce que la Révolution et la première abolition de 1794 ont changé pour les familles. Les ordres de grandeur des mariages, légitimations et reconnaissances après 1848 viennent d’Augustin Cochin, repris par Arlette Gautier, pour quatre colonies réunies, tous habitants confondus.

Sources de cette partie : Notice bibliographique [18] — Les familles esclaves aux Antilles françaises, 1635-1848 · Notice bibliographique [24] — Population et anthroponymie en Martinique du XVIIe siècle à la première moitié du XIXe siècle · Notice bibliographique [20] — Les liens familiaux des esclaves à Saint-Domingue au XVIIIe siècle. L’exemple des habitations Galliffet (1774-1775) · Notice bibliographique [1] — Population esclave : naissances, décès, Le François, 1843 · Notice bibliographique [12] — Le François : quatre registres duplicata d’individualité, 2E11/16 à 2E11/19 · Notice bibliographique [2] — Le François, 1849, tous actes : troisième exemplaire du registre d’état civil

Voir 6 points documentés pour note de méthode — Comment les familles de ce dossier ont été réunies

Sources et limites

Vérifier les faits et interprétations du dossier

Ouvrir les 51 points documentés, leurs sources et leurs limites

Point 1 sur 51 · Mesure · 1763–1783 · À Bisdary, en Guadeloupe, 259 des 312 esclaves ont en 1763 de un à huit parents proches ou alliés sur la…

À Bisdary, en Guadeloupe, 259 des 312 esclaves ont en 1763 de un à huit parents proches ou alliés sur la plantation, surtout dans des familles nucléaires. En 1783, 69 esclaves forment quatre groupes familiaux de 12 à 26 membres et 76 autres une famille étendue de neuf ménages ; le nombre moyen de parents consanguins ou alliés d’un esclave passe de 3,5 à 25,5. Selon Arlette Gautier, Bisdary devient ainsi un réseau de relations familiales qui donne un tout autre sens à la vie sur la plantation.

À garder en tête : Reconstitution de Gautier à partir des listes ; elle avertit qu’on ne peut pas dire avec certitude comment cette parenté était vécue, et qu’il est risqué de fonder une analyse sur une seule liste.

Où le vérifier sur la pièce

Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres.

Point 2 sur 51 · Pratique · 1701–1773 · Sur la sucrerie Galbaud du Fort, à Léogane (Saint-Domingue), Natacha Bonnet suit des lignées sur trois…

Sur la sucrerie Galbaud du Fort, à Léogane (Saint-Domingue), Natacha Bonnet suit des lignées sur trois générations. « Vieille Marthe », née en 1701 et inscrite parmi les « négrittes » en 1710, a un fils, Jean Cottard, en 1729, puis Vénus en 1735 et Jeanne Marthe en 1737 ; Jeanne Marthe a une fille, Marie-Jeanne, en 1756 ; Vieille Marthe vit encore sur l’habitation en 1773, à 72 ans. Catin Arada, née en 1730, a quatre enfants sur l’habitation entre 1750 et 1757 ; sa fille Marthe a un fils, Ambroise, à dix-sept ans. Marothe, née vers 1682, a un fils, Ambroise, né en 1702, devenu tonnelier puis commandeur en 1757.

À garder en tête : Reconstitution de Bonnet par le rapprochement des prénoms de listes successives ; elle ne donne que des naissances, des morts et des fonctions, aucune action ni parole. Deux Ambroise et plusieurs Vénus portent le même prénom : ne pas les confondre.

Où le vérifier sur la pièce

Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres.

Point 3 sur 51 · Interprétation · 1774–1775 · Sur cinq habitations Galliffet du nord de Saint-Domingue, les états de 1774 et 1775 sont conçus pour…

Sur cinq habitations Galliffet du nord de Saint-Domingue, les états de 1774 et 1775 sont conçus pour administrer une main-d’œuvre et un patrimoine. Ils consignent plus volontiers les mariages, les mères et la filiation des enfants de couples mariés que les pères non mariés, les unions non reconnues, les parrainages ou les proches vivant sur une autre habitation. La prépondérance des mères dans ces listes résulte donc aussi de la manière dont les gestionnaires reconnaissent et enregistrent les liens.

À garder en tête : Cette lecture porte sur trois sucreries et deux caféières appartenant au même ensemble Galliffet ; elle ne décrit ni toute la colonie ni tous les types de propriétés. Elle repose sur l’analyse publiée par Vincent Cousseau des états conservés dans le fonds 107 AP, non sur une nouvelle lecture de ces états. Une relation omise par le scribe n’est pas historiquement absente, mais l’étude ne permet pas non plus de restituer individuellement tous les liens qu’il a laissés de côté.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [20] — p. 22-25 pour le corpus, la production et le croisement des états de 1774 et 1775 ; p. 37-40 pour les filiations maternelles, les pères non mariés et les unités dites monoparentales en apparence

Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres.

Point 4 sur 51 · Mesure · 1774 · Dans la reconstitution de Vincent Cousseau à partir des états Galliffet de 1774, 68,9 % des 1 023 personnes…

Dans la reconstitution de Vincent Cousseau à partir des états Galliffet de 1774, 68,9 % des 1 023 personnes sont étroitement apparentées à au moins une autre personne de la même habitation selon les catégories qu’il peut reconstruire. Dans les trois sucreries, cette proportion atteint 630 personnes sur 865, soit 72,8 %.

À garder en tête : Ces pourcentages ne sont pas des moyennes de Saint-Domingue. Ils portent sur cinq habitations Galliffet, trois sucreries anciennes et deux caféières plus récentes, et sur les catégories que Cousseau peut reconstruire dans des listes de gestion. Les pères non mariés, les relations entre habitations, certains couples et certains liens masqués par un surnom ou un transfert y sont sous-enregistrés : le résultat est un minimum documentaire pour ce terrain, non le taux réel de parenté.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [20] — p. 24 pour le total corrigé de 1 023 personnes ; p. 33-35 pour les catégories reconstruites, les 68,9 % sur les cinq habitations et les 630 personnes sur 865 dans les trois sucreries

Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres et note de méthode — Comment les familles de ce dossier ont été réunies.

Point 5 sur 51 · Mesure · 1776–1789 · Vanony-Frisch regroupe dans sa base 1 146 ensembles formés autour d’une mère et relève 123 couples mariés…

Vanony-Frisch regroupe dans sa base 1 146 ensembles formés autour d’une mère et relève 123 couples mariés ainsi que sept personnes veuves. Dans les listes, les enfants sont généralement placés après leur mère, dont ils suivent le statut juridique, tandis que les pères sont souvent omis. Les couples mariés sont plus âgés que l’ensemble recensé et concentrés sur quelques grandes sucreries. Ces actes documentent donc à la fois des liens familiaux et la manière dont le droit de propriété les trie.

À garder en tête : Un groupe dressé autour d’une mère n’est pas une famille complète, et le silence sur un père ne prouve pas son absence. L’étude emploie parfois « famille matriarcale » : cette conclusion n’est pas reprise. Les inventaires ne consignent pas tous les liens, le mariage exige le consentement du maître et les âges sont estimés.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [21] — p. 67-76, notamment p. 67-71 pour 1 146 groupes maternels, 123 couples mariés et sept veufs ou veuves ; tableaux 10-14 pour âges, enfants et catégories
  • Source [22] — p. 108-109 pour le rangement des listes par groupes familiaux, le nombre d’enfants et les couples ; l’interprétation paternaliste de cet ordre est écartée

Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres.

Point 6 sur 51 · Interprétation · date non établie · Les listes coloniales étudiées par Gautier ne reflètent pas directement les liens vécus.

Les listes coloniales étudiées par Gautier ne reflètent pas directement les liens vécus. Certaines regroupent les personnes par familles ; d’autres énumèrent d’abord les hommes, puis les femmes avec leurs enfants et rendent ainsi les pères moins visibles. Cette transformation documentaire accompagne le regard du propriétaire devenu chef d’entreprise, mais elle ne prouve ni la disparition des couples ni l’absence de liens paternels.

À garder en tête : Les listes sont hétérogènes par date, colonie, plantation et producteur. L’interprétation porte sur leurs catégories et leur ordre ; elle ne permet pas de reconstituer sans les actes originaux chaque famille ni de généraliser une pratique notariale à toutes les Antilles.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [23] — p. 73 et 82-87, spécialement p. 82-83 : regroupements familiaux, ordre des listes, comparaison de Nippes, Bisdary et Rochechouart

Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres.

Point 7 sur 51 · Mesure · 1700–1730 · Quatre listes d'habitations rendent visibles de nombreux liens de parenté

Dans quatre listes d'habitations du début du XVIIIe siècle, Cousseau reconstruit 71,8 % des personnes en groupes de parenté ; les unités nucléaires y sont plus nombreuses que les unités matrifocales.

À garder en tête : Le résultat ne vaut que pour quatre listes et dépend de la reconstruction de l'auteur. L'ordre d'inscription ne prouve pas la cohabitation, et les personnes nouvellement déportées pèsent fortement parmi les personnes sans lien repéré.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [24] — p. 360-384 et annexes 21a-21d, p. 843-845

Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres et note de méthode — Comment les familles de ce dossier ont été réunies.

Point 8 sur 51 · Interprétation · date non établie · Selon Arlette Gautier, les listes d’esclaves des recensements et des inventaires notariés donnent toujours…

Selon Arlette Gautier, les listes d’esclaves des recensements et des inventaires notariés donnent toujours prénom, sexe et âge, mais n’inscrivent les liens que de trois manières : un homme suivi de « sa femme » et des enfants, un homme suivi d’une femme et d’enfants, une femme suivie d’enfants. Les esclaves sont souvent énumérés par famille au XVIIe siècle, plus rarement au XVIIIe, au profit de blocs « mères et enfants », puis au XIXe siècle hommes, femmes et enfants à part, « sans doute pour faciliter les séparations ». Ces notations changent avec les notaires, non avec les pratiques des esclaves : les 10 % de couples mariés et 10 % de couples concubins que Vanony-Frisch compte dans 1 269 familles guadeloupéennes de 1760 à 1789 seraient ainsi sous-estimés.

À garder en tête : Interprétation de Gautier fondée sur la comparaison de listes de plusieurs plantations (Gautier 1984) ; « sans doute pour faciliter les séparations » est son hypothèse. Les 10 % sont la lecture que Gautier donne de Vanony-Frisch, dont l’étude relève 123 couples mariés.

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Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres.

Point 9 sur 51 · Mesure · XVIIIe siècle ; listes de 1763 pour Birmingham et Bisdary · Selon Arlette Gautier, près de 60 % des esclaves adultes vivent en couple dans les sucreries guadeloupéennes…

Selon Arlette Gautier, près de 60 % des esclaves adultes vivent en couple dans les sucreries guadeloupéennes de Birmingham et de Bisdary en 1763 et dans celle de Galbaud du Fort à Saint-Domingue, et 72 % dans la sucrerie martiniquaise étudiée par Debien (1960). Elle refuse de généraliser : ces plantations sont anciennes, grandes, à population créole et à mortalité moins forte — Bisdary n’a que 5 % d’Africains en 1763, contre un quart dans l’ensemble de la Guadeloupe — et le fait même d’avoir dressé des listes par familles montre des maîtres favorables, ou du moins pas hostiles, aux familles.

À garder en tête : Pourcentages repris par Gautier de plusieurs études et de ses propres comptes ; ils valent pour ces grandes plantations anciennes, non pour les trois colonies.

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Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres et note de méthode — Comment les familles de ce dossier ont été réunies.

Point 10 sur 51 · Témoignage · témoignages au procès de 1847 sur des faits antérieurs non datés · Christon, tenue en esclavage sur l'habitation de Madame de Touchimbert, vit depuis longtemps avec Hector,…

Christon, tenue en esclavage sur l'habitation de Madame de Touchimbert, vit depuis longtemps avec Hector, tenu par Texier-Lavalade sur l'habitation voisine. Elle travaille le jardin d'Hector parce que le maître d'Hector ne lui en laisse pas le temps. Elle se sépare de lui ; Hector en est malheureux, et elle revient parce qu'elle ne peut laisser sans vêtements ni vivres un « homme de son pays ». Quand Hector est blessé aux parties génitales, il rejoint la case de Christon, qui le soigne.

À garder en tête : L'étude synthétise plusieurs témoignages sans identifier dans ce paragraphe chaque locuteur ni dater les actions. « Homme de son pays » est la formule transmise ; elle n'autorise pas à assigner une origine précise à Christon ou Hector.

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Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres.

Point 11 sur 51 · Interprétation · témoignages des affaires Vallentin et Texier Lavalade · À Marie-Galante, François et Jacob décrivent le jardin de Sébastien et l’énergie qu’il consacre à travailler…

À Marie-Galante, François et Jacob décrivent le jardin de Sébastien et l’énergie qu’il consacre à travailler pour lui-même. À Trois-Rivières, Christon explique qu’elle entretient le jardin d’Hector, son compagnon, parce que le maître d’Hector ne lui laisse pas de temps pour le faire. Le jardin produit ainsi nourriture, revenus et travail pour soi, tout en reportant sur les personnes esclavisées l’entretien que le propriétaire doit légalement assurer.

À garder en tête : Les témoignages établissent ces jardins et ces relations précises. La généralisation sur le transfert de l’entretien est celle des auteurs, confrontée aux prescriptions qu’ils citent ; elle ne mesure ni la surface, ni le rendement, ni la fréquence de ces arrangements dans toute la Guadeloupe.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [26] — chapitre 9, témoignages de François, Jacob, Vallentin et Christon, notes 21 à 30

Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres.

Point 12 sur 51 · Mesure · 1803–1808 · Dans les baptêmes de 1803, 1804, 1807 et 1808 où le statut des parrains et marraines est précisé, des…

Dans les baptêmes de 1803, 1804, 1807 et 1808 où le statut des parrains et marraines est précisé, des personnes libres et esclavisées entourent les enfants baptisés. Parmi les parrains esclavisés dont le propriétaire est indiqué, huit relèvent du même propriétaire que l’enfant et dix d’un autre ; pour les marraines, neuf du même et sept d’un autre. Le parrainage rend ainsi visibles des relations qui franchissent statut et propriété.

À garder en tête : Le sous-ensemble dépend des actes où le statut est explicite. Il établit un lien rituel au baptême, non la liberté du choix, la nature familiale ou affective de chaque relation, ni les services attendus ensuite.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [27] — p. 349 : statuts des parrains et marraines pour trente-neuf baptêmes, et propriétaires des parrains et marraines esclavisés

Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres.

Point 13 sur 51 · Pratique · 1715–1848 · Le parrainage crée des liens de soutien, où des avis de recherche supposent un refuge

Parrains et marraines peuvent donner des cadeaux, rendre visite et exercer une autorité ; des avis de marronnage supposent en outre que certaines personnes en fuite chercheront l'aide de leurs parents spirituels.

À garder en tête : Les gestes de soutien sont diversement attestés. Dans les avis de marronnage, le refuge chez un parrain ou une marraine peut être une anticipation du poursuivant plutôt qu'une aide directement observée.

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Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres.

Point 14 sur 51 · Événement · 1788–1788-12-18 · Le 18 décembre 1788, la Gazette de la Guadeloupe publie un avis qui recherche Lavigne, cinquante-cinq ans,…

Le 18 décembre 1788, la Gazette de la Guadeloupe publie un avis qui recherche Lavigne, cinquante-cinq ans, et Marie-Catherine, cinquante ans, tous deux créoles, « marrons depuis 4 mois ». L’avis situe leurs « allures » sur les habitations des pères dominicains et sur celle de M. cadet Blanchet, « où ladite négresse a sa mere », et promet deux moëdes à qui les conduira chez M. Pagesy, à la Pointe-Noire, ou chez M. Mathieu Baujean, à la Basse-Terre.

À garder en tête : L’avis ne dit pas d’où Marie-Catherine et Lavigne sont partis : Pointe-Noire et Basse-Terre sont les lieux où l’on doit les ramener. Il ne nomme pas non plus la paroisse des habitations où on les voit ; Vincent di Ruggiero les situe au Baillif. L’avis indique des lieux fréquentés et la présence de la mère ; il ne prouve ni que rejoindre celle-ci soit le motif du départ, ni que les deux aient toujours circulé ensemble, ni leur sort après l’avis.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [11] — n° LI, 18 décembre 1788, p. 114, première colonne ; vue 108 du volume relié BnF FOL-LC12-13 (Gallica, ark cb327804505), lue sur l’image en pleine définition le 11 octobre 2026 : âges, « marrons depuis 4 mois », habitations des dominicains et de M. cadet Blanchet, mère de Marie-Catherine, récompense et lieux où les conduire
  • Source [28] — p. 13 puis p. 36 et annexe 2 p. 57 : analyse de l’avis du 18 décembre 1788, qui situe au Baillif les habitations nommées et rattache les deux personnes à l’habitation Pagésy de Pointe-Noire
  • Source [29] — chapitre VI, passage sur le marronnage individuel, appel de note 58, dans un exemplaire non paginé : reprise du trajet de Marie-Catherine et Lavigne vers le Baillif et du lien avec la mère

Employé dans : chapitre 1 — Familles et autres liens au-delà des listes des maîtres.

Point 15 sur 51 · Pratique · 1843-04-16–1843-04-18 · Au François, le 18 avril 1843, la naissance de Marie Sainte est déclarée à l’état civil par le sieur de…

Au François, le 18 avril 1843, la naissance de Marie Sainte est déclarée à l’état civil par le sieur de Lagarrigue, « géreur de l’habitation Palmistes à Mr Brière de l’Isle & Société ». Selon l’acte no 67, Adèle, âgée de trente-quatre ans, inscrite au registre matricule B sous le no 505 et « mariée au nommé Michel », est accouchée d’une fille le 16 avril, à une heure du matin.

À garder en tête : L’acte ne dit pas explicitement qu’Adèle vit sur l’habitation Palmistes : il établit que la naissance est déclarée par le gérant de cette habitation. Il ne nomme ni le propriétaire ni le lieu de vie de Michel, et ne précise pas la date du mariage. La formule « qu’il a nommé » appartient au registre et n’établit pas qui a choisi le prénom de l’enfant.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — Archives territoriales de Martinique, 2E11/15, vue 11, page de droite, acte no 67 du 18 avril 1843

Employé dans : chapitre 2 — Naître esclave du maître de sa mère.

Point 16 sur 51 · Interprétation · 1843-04-16–1849-03-03 · Au François, l’acte no 67 du 18 avril 1843 enregistre la naissance, le 16 avril, de Marie Sainte, fille…

Au François, l’acte no 67 du 18 avril 1843 enregistre la naissance, le 16 avril, de Marie Sainte, fille d’Adèle, alors dite mariée à Michel. Le 3 mars 1849, l’acte d’individualité no 2709 inscrit sous Behot une Marie Sainte née au François, âgée de cinq ans et fille d’Adèle. La concordance du prénom, du lieu, de l’âge, de la mère et de la séquence familiale étaye leur identification comme une même personne.

À garder en tête : Aucun renvoi explicite ne relie les deux numéros d’acte : l’identification repose sur la convergence de cinq traits et doit rester formulée comme telle. L’acte de 1843 dit Adèle mariée à Michel, mais ne formule pas une déclaration de paternité de Michel dans les termes d’un état civil postérieur. Deux Marie Sainte naissent au François à deux jours d’intervalle en avril 1843 (actes 66 et 67) : prénom, lieu et âge ne les distinguent pas, seule la mère le fait, et le matricule B 505 relie directement l’Adèle de 1843 à Adèle Behot. Les actes d’individualité de 1849 sont lus dans les duplicata établis en 1858-1859 (2E11/16 à 2E11/19), non dans les originaux.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [1] — Archives territoriales de Martinique, 2E11/15, vue 11, acte 67 du 18 avril 1843 : naissance de Marie Sainte le 16 avril, fille d’Adèle, matricule B 505, dite mariée à Michel
  • Source [12] — Archives territoriales de Martinique, 2E11/19, vue 8, acte 2709 du 3 mars 1849 : Marie Sainte Behot, née au François, âgée de cinq ans et fille d’Adèle

Employé dans : chapitre 2 — Naître esclave du maître de sa mère, chapitre 5 — Faire reconnaître sa famille après l’abolition et note de méthode — Comment les familles de ce dossier ont été réunies.

Point 17 sur 51 · Pratique · 1767–1773 · Sur la sucrerie Galbaud du Fort, à Léogane, le cahier tenu du 10 juin 1767 à la fin de 1773 donne pour…

Sur la sucrerie Galbaud du Fort, à Léogane, le cahier tenu du 10 juin 1767 à la fin de 1773 donne pour chaque esclave sa naissance et, le cas échéant, sa mort ; les femmes y sont numérotées et les enfants créoles inscrits par leur ascendance maternelle, « fils du no 12 » ou « fille du no 49 ». Selon Natacha Bonnet, 16 enfants seulement y naissent de 1767 à 1773.

À garder en tête : Le cahier est connu ici par la seule description qu’en donne Bonnet.

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Employé dans : chapitre 2 — Naître esclave du maître de sa mère.

Point 18 sur 51 · Pratique · 1843-04-18–1849-04-14 · Le 3 mars 1849 au François, l’acte d’individualité no 2706 inscrit sous Behot « la citoyenne Adèle, née en…

Le 3 mars 1849 au François, l’acte d’individualité no 2706 inscrit sous Behot « la citoyenne Adèle, née en Afrique, âgée de quarante ans », inscrite précédemment au registre matricule des esclaves sous le no 505, lettre B. C’est le matricule que porte Adèle, âgée de trente-quatre ans et « mariée au nommé Michel », dans l’acte de naissance no 67 du 18 avril 1843 qui enregistre sa fille Marie Sainte. L’acte no 2705 inscrit Michel, né au François, âgé de cinquante ans, matricule B 462. Le 14 avril 1849, l’acte de mariage dit Michel Béhot âgé de cinquante ans, né au François et « n’ayant pas été reconnu de ses parents », et Adèle Béhot âgée de quarante ans, « née en Afrique, de parents inconnus », cultivatrice.

À garder en tête : « Née en Afrique » est la déclaration des actes de 1849 ; l’acte de 1843 ne donne pas le lieu de naissance d’Adèle et aucune pièce réunie ne dit quand ni comment elle a été amenée en Martinique. Le numéro de matricule relie directement l’Adèle de 1843 à celle de 1849, et les âges concordent ; il n’établit pas à lui seul que la Marie Sainte de 1849 soit l’enfant de 1843, identification qui repose aussi sur le prénom, l’âge, le lieu de naissance et la mère. Deux Marie Sainte naissent au François à deux jours d’intervalle en avril 1843 ; seule la mère les distingue. Les actes d’individualité de 1849 sont lus dans les duplicata établis en 1858-1859 (2E11/16 à 2E11/19), non dans les originaux.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [12] — Archives territoriales de Martinique, 2E11/19, vue 7, page de droite, actes 2705 (Michel, matricule B 462) et 2706 (Adèle, née en Afrique, quarante ans, matricule B 505) du 3 mars 1849 ; fac-similé lu
  • Source [1] — Archives territoriales de Martinique, 2E11/15, vue 11, page de droite, acte no 67 du 18 avril 1843 : Adèle, trente-quatre ans, « Rre B. No 505 », mariée au nommé Michel ; fac-similé lu
  • Source [2] — Archives nationales d’outre-mer, état civil du François, 1849, collection MARTINIQUE/850545, vue 39, image DAFCAOM04_DPPCEC_850545_0194, acte 119 du 14 avril, comparution des époux : âges, lieux de naissance et filiation ; fac-similé lu

Employé dans : chapitre 2 — Naître esclave du maître de sa mère, chapitre 5 — Faire reconnaître sa famille après l’abolition et note de méthode — Comment les familles de ce dossier ont été réunies.

Point 19 sur 51 · Prescription · 1685-12-10 · Dans la version de l’édit de mars 1685 enregistrée en Guadeloupe, l’article 12 dispose que « les enfans qui…

Dans la version de l’édit de mars 1685 enregistrée en Guadeloupe, l’article 12 dispose que « les enfans qui naîtront des mariages entre les esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves et non à ceux de leurs maris, si le mari et la femme ont des maîtres différens ». L’article 13 ajoute que si un homme tenu en esclavage épouse une femme libre, les enfants « soient de la condition de leur mere, et soient libres comme elle, nonobstant la servitude de leur Pere », et que « si le Pere est libre et la mere esclave, les enfans soient esclaves pareillement ». Le statut de l’enfant suit donc celui de la mère dans les deux sens, et l’enfant né d’une femme tenue en esclavage revient au maître de celle-ci.

À garder en tête : Ces articles énoncent une règle de droit, non une pratique observée : ils ne mesurent ni le nombre de mariages reconnus, ni le sort effectif des enfants, et ne disent rien des unions que le texte ne reconnaît pas. L’apparat de l’édition signale que les autres versions conservées portent « suivent la condition » au lieu de « soient de la condition », sauf celles de la Martinique. La transmission par la mère est ici établie pour la version guadeloupéenne ; l’étendre sans contrôle aux autres versions serait un raccourci.

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  • Source [30] — articles 12 et 13, et apparat des variantes de ces deux articles

Employé dans : chapitre 2 — Naître esclave du maître de sa mère et conclusion — Conclusion.

Point 20 sur 51 · Mesure · 1760–1762 · À Case-Pilote, en Martinique, le curé note de 1760 à 1762 l’identité des pères des enfants baptisés : 49…

À Case-Pilote, en Martinique, le curé note de 1760 à 1762 l’identité des pères des enfants baptisés : 49 esclaves du même atelier que la mère (36 %), dont 20 mariés, 56 esclaves d’autres maîtres (41 %), les autres pères étant libres (23 %), blancs ou de couleur. Selon Arlette Gautier, la présence d’un père d’un autre atelier ne peut être que lointaine : il n’a, au mieux, que le dimanche de libre.

À garder en tête : Comptes de Bernard David repris par Gautier ; Case-Pilote est l’un des seuls endroits où ces mentions sont connues, et la paternité déclarée au curé ne dit rien de la vie commune.

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Employé dans : chapitre 2 — Naître esclave du maître de sa mère.

Point 21 sur 51 · Mesure · date non établie · Dans les six listes de Bisdary du XVIIIe siècle, en Guadeloupe, le prénom d’un parent n’est donné qu’à 14…

Dans les six listes de Bisdary du XVIIIe siècle, en Guadeloupe, le prénom d’un parent n’est donné qu’à 14 enfants de sept familles, dont 9 reçoivent celui de leur père ; dans neuf cas l’adulte occupe une position respectable, comme le maître charpentier, sa femme accoucheuse et leur gendre charpentier. Arlette Gautier rappelle qu’on ne connaît que les prénoms transcrits par les Blancs, non ceux que les esclaves pouvaient se donner.

À garder en tête : Indicateur construit par Gautier ; la faiblesse des connaissances sur les réseaux de parenté peut faire sous-estimer la transmission des prénoms.

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Employé dans : chapitre 2 — Naître esclave du maître de sa mère.

Point 22 sur 51 · Interprétation · 1815-02-11–1824 · Le 11 février 1815, un couple esclavisé reconnaît quatre enfants âgés de cinq à quatorze ans, dont l’aînée…

Le 11 février 1815, un couple esclavisé reconnaît quatre enfants âgés de cinq à quatorze ans, dont l’aînée appartient à un autre propriétaire. Deux autres couples mariés en 1818 et 1823 sont eux-mêmes répartis entre propriétaires ; en 1824, des témoins d’un mariage sont dits « amis et camarades ». Le mariage paroissial enregistre des liens que la propriété continue de diviser sans les faire disparaître.

À garder en tête : L’article localise les actes mais ne fournit pas les noms dans ce passage ni toute la suite des trajectoires. Le sacrement atteste les reconnaissances et les statuts au moment de l’acte, non la cohabitation quotidienne ou le sort ultérieur de chaque enfant.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [27] — p. 351 : mariages de 1815, 1818 et 1823, enfants reconnus, propriétaires distincts et témoins du 4 mai 1824 no 2

Employé dans : chapitre 2 — Naître esclave du maître de sa mère et chapitre 3 — Se marier, ou non.

Point 23 sur 51 · Témoignage · scène non datée, rapportée en 1667 · Du Tertre rapporte qu’à la Guadeloupe une jeune femme esclavisée refusa le mari présenté par son maître.

Du Tertre rapporte qu’à la Guadeloupe une jeune femme esclavisée refusa le mari présenté par son maître. Interrogée par un religieux, elle répondit qu’elle ne voulait ni de cet homme ni d’aucun autre et préférait être malheureuse seule plutôt que de mettre au monde des enfants dont les souffrances lui seraient plus sensibles que les siennes. Elle maintint son refus et fut, selon l’auteur, surnommée « la Pucelle des Isles ».

À garder en tête : La femme, son maître, le conjoint proposé, le religieux et la date ne sont pas nommés. Du Tertre reformule sa réponse et lui donne un surnom chrétien qui n’est pas son nom. Le passage établit, dans son récit, un refus maintenu et son motif attribué, non une parole transcrite mot à mot.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [15] — tome II, chapitre II, § IV, p. 505 (page PDF 539)

Employé dans : chapitre 3 — Se marier, ou non.

Point 24 sur 51 · Prescription · 1685 · Dans la version de l’édit de mars 1685 enregistrée en Guadeloupe, l’article 10 étend aux personnes…

Dans la version de l’édit de mars 1685 enregistrée en Guadeloupe, l’article 10 étend aux personnes esclavisées les formes du mariage prescrites pour les libres, « sans néanmoins que le consentement du Pere et de la mere de l’esclave, y soit nécessaire, mais celui du maître seulement ». L’article 11 défend aux curés de marier des esclaves « s’ils ne font apparoir du consentement de leurs maîtres » et défend aux maîtres « d’user d’aucune contrainte sur leurs esclaves pour les marier contre leur gré ». Le mariage d’une personne esclavisée dépend donc du consentement de son maître, non de celui de ses parents, et le texte interdit en même temps de l’y forcer.

À garder en tête : Ces articles prescrivent ; ils ne disent ni combien de mariages ont été célébrés, ni si les maîtres ont refusé ou imposé des unions. L’apparat relève des variantes de forme dans les autres versions (« observées », « aucunes contraintes »), sans changement de la règle. La transcription est celle de l’édition critique de Niort sur la copie guadeloupéenne.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [30] — p. 36, articles 10 et 11, et notes 81 à 86 de l’apparat

Employé dans : chapitre 3 — Se marier, ou non et conclusion — Conclusion.

Point 25 sur 51 · Interprétation · règle matrimoniale de l’édit · commentaire de Dessalles et annotation manuscrite · Dessalles rappelle que l’édit de 1685 soumet les mariages des personnes esclavisées aux mêmes formalités de…

Dessalles rappelle que l’édit de 1685 soumet les mariages des personnes esclavisées aux mêmes formalités de publication et de célébration que ceux des personnes libres. Il affirme ensuite que certains propriétaires refusent de favoriser ces unions parce qu’elles empêchent de diviser les personnes à volonté. Il défend pour sa part le mariage comme moyen d’accroître la population née dans la colonie ; une annotation manuscrite rappelle le cas précis d’époux appartenant à des maîtres différents. Le sacrement protège certains liens tout en restant discuté depuis les intérêts de la propriété et de la reproduction.

À garder en tête : La règle ne prouve pas la célébration effective des mariages. Dessalles attribue un motif aux propriétaires sans en fournir de série, et son argument nataliste ne restitue pas les projets des époux. L’annotation de l’exemplaire ANOM est une couche distincte et son auteur n’est pas établi par la page seule.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [16] — tome I, p. 238-239, vues ANOM 309-310 ; p. 257, vue ANOM 328, texte imprimé et annotation

Employé dans : chapitre 3 — Se marier, ou non.

Point 26 sur 51 · Interprétation · date non établie · Selon Arlette Gautier, certains colons refusent de laisser se marier des esclaves qu’ils ne pourraient plus…

Selon Arlette Gautier, certains colons refusent de laisser se marier des esclaves qu’ils ne pourraient plus vendre séparément, et refusent aussi le mariage d’esclaves de maîtres différents, parce qu’ils seraient « toujours sur les routes » pour visiter leur conjoint et parce que la famille de l’esclave est tenue pour une partie dépendante de celle du maître.

À garder en tête : Synthèse de Gautier, sans citation de la pièce qui porte l’expression « toujours sur les routes » à cet endroit de l’article.

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Employé dans : chapitre 3 — Se marier, ou non.

Point 27 sur 51 · Interprétation · 1774 · Sur les cinq habitations Galliffet étudiées en 1774, la reconstitution des âges, des unions et des…

Sur les cinq habitations Galliffet étudiées en 1774, la reconstitution des âges, des unions et des descendances conduit Vincent Cousseau à situer fréquemment le mariage après plusieurs années de vie commune et après les premières naissances. Dans cet instantané, les femmes mariées de trente à quarante-neuf ans n’ont pas une descendance sensiblement plus nombreuse que les femmes non mariées du même âge : le mariage enregistré ne suffit donc pas à identifier l’existence ni le commencement d’une famille.

À garder en tête : L’énoncé reprend l’interprétation démographique de Cousseau sur cinq habitations et un instantané de 1774 ; il ne date pas chaque mise en couple et ne vaut pas pour toutes les personnes esclavisées de Saint-Domingue. Les registres sous-documentent précisément les unions non mariées et les pères, tandis que les caféières ne consignent pas les couples comme les sucreries. L’absence de surnatalité visible n’établit aucune absence de différences individuelles ni de changement dans le temps.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [20] — p. 35-38 pour les mariages consignés, leur place dans les trajectoires conjugales et la comparaison des descendances ; p. 42-43 pour les conclusions sur mariage, couples et familles

Employé dans : chapitre 3 — Se marier, ou non.

Point 28 sur 51 · Interprétation · 1774 · En 1774, les trois sucreries Galliffet anciennes, très créolisées et proches de l'église de la Petite-Anse,…

En 1774, les trois sucreries Galliffet anciennes, très créolisées et proches de l'église de la Petite-Anse, comptent cinquante-neuf couples mariés dans l'échantillon analysé par Cousseau. Les caféières récentes et plus éloignées de l'église Sainte-Rose n'en comptent que quatre à Castella et aucun à Bahon. Cousseau attribue l'écart à la jeunesse des ateliers, à leur enregistrement moins complet et aussi à la distance qui rend le sacrement moins accessible.

À garder en tête : La distance à l'église est une contribution parmi plusieurs, non une cause suffisante. Les structures d'âge, le recrutement récent et les différences de classement des listes réduisent aussi le nombre d'unions visibles ; l'étude ne décrit pas l'intervention d'un prêtre particulier.

Où le vérifier sur la pièce

Employé dans : chapitre 3 — Se marier, ou non.

Point 29 sur 51 · Mesure · 1763–1793 · À Bisdary, grande sucrerie de la Guadeloupe vendue par les Jésuites en 1763 avec 312 esclaves, l’inventaire…

À Bisdary, grande sucrerie de la Guadeloupe vendue par les Jésuites en 1763 avec 312 esclaves, l’inventaire de cette année-là compte, selon Arlette Gautier, 71 familles : 19 couples mariés, 29 couples concubins et 23 familles monoparentales. Les familles légitimes ne forment qu’un quart des familles de 1763 à 1793. De 1768 à 1778, quatre mariages ratifient une longue vie commune, les mariés ayant de nombreux enfants ; les inventaires n’enregistrent plus aucun mariage après 1783, jusqu’au dernier, de 1793.

À garder en tête : Comptes de Gautier sur les inventaires de Bisdary (Gautier 1984), dont les blocs familiaux sont recopiés d’un inventaire à l’autre ; une plantation ne représente pas la Guadeloupe.

Où le vérifier sur la pièce

Employé dans : chapitre 3 — Se marier, ou non.

Point 30 sur 51 · Mesure · 1763–1783 · À Bisdary, en Guadeloupe, les ouvriers qualifiés forment 36 % des hommes célibataires, 48 % des concubins et…

À Bisdary, en Guadeloupe, les ouvriers qualifiés forment 36 % des hommes célibataires, 48 % des concubins et 69 % des époux, alors qu’ils ne sont que 38 % des hommes ; en 1763, l’homme marié a en moyenne trois ans de plus que sa femme, et le concubin un an et huit mois. Pour Arlette Gautier, le type de vie familiale des hommes dépend fortement de leur place dans la hiérarchie de la plantation.

À garder en tête : Comptes de Gautier sur une seule plantation.

Où le vérifier sur la pièce

Employé dans : chapitre 3 — Se marier, ou non.

Point 31 sur 51 · Témoignage · 1841-09-06 · Dans son rapport du 6 septembre 1841, le procureur du roi de Marie-Galante, en Guadeloupe, rapporte que des…

Dans son rapport du 6 septembre 1841, le procureur du roi de Marie-Galante, en Guadeloupe, rapporte que des esclaves interrogés repoussent le mariage. Un homme, vivant depuis longtemps avec une femme du même atelier dont il a plusieurs enfants, lui répond que le mariage a été institué pour les Blancs, réponse que le procureur dit faite avec insouciance ; sur une autre habitation, une femme lui répond « que le mariage rendait les hommes trop despotes, et que dans l’état de concubinage les femmes dominaient les hommes et les trouvaient plus généreux ».

À garder en tête : Les paroles sont rapportées au style indirect par un magistrat qui voit dans ce refus une « répugnance » et qui qualifie lui-même d’insouciante la réponse de l’homme ; ni l’homme ni la femme ne sont nommés. Arlette Gautier renvoie à tort à la p. 590 et prête aux femmes la réponse de l’homme.

Où le vérifier sur la pièce

Employé dans : chapitre 3 — Se marier, ou non.

Point 32 sur 51 · Pratique · 1844-02-10–1850-08-31 · Le 31 juillet 1850 au François, Petit Charles Blunel et Anne Annette Blunel reconnaissent Saint-Pierre Lubin…

Le 31 juillet 1850 au François, Petit Charles Blunel et Anne Annette Blunel reconnaissent Saint-Pierre Lubin et Jean Charles comme leurs fils, nés avant leur mariage religieux du 10 février 1844, célébré lorsqu’ils étaient privés de capacité civile. Le mariage de Saint-Pierre Lubin, le 31 août 1850, renvoie à cette reconnaissance. Ces actes corrigent la date du 31 août publiée pour la reconnaissance : le 31 août est la date du mariage du fils, non celle de la reconnaissance parentale.

À garder en tête : La relation parentale devient explicite dans l’acte du 31 juillet 1850 ; elle ne doit pas être déduite rétroactivement de la seule succession des actes d’individualité de février 1849. La correction de date est bornée à la reconnaissance Blunel décrite dans le bulletin no 32.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [4] — Archives territoriales de Martinique, 2E11/21 du François, vue 115, acte 250 du 31 juillet 1850 : reconnaissance des deux fils par Petit Charles et Anne Annette ; vue 134, acte 294 du 31 août 1850 : mariage de Saint-Pierre Lubin et renvoi à la reconnaissance du 31 juillet
  • Source [31] — p. 10, reconstruction de la famille Blunel et reconnaissance datée du 31 août 1850

Employé dans : chapitre 3 — Se marier, ou non et chapitre 5 — Faire reconnaître sa famille après l’abolition.

Point 33 sur 51 · Témoignage · 1750-06-26–1757-05-26 · Selon la déclaration que Médor, esclave du sieur Delavaud, fait aux Perches le 26 mai 1757, la barre aux…

Selon la déclaration que Médor, esclave du sieur Delavaud, fait aux Perches le 26 mai 1757, la barre aux pieds et la chaîne au cou, devant quatre habitants du quartier, André, qui appartient à M. de Carbon, n’avait pu obtenir « pour de l’argent » sa fille Marie-Jeanne, qui appartient à Delavaud. Après avoir reçu de lui de l’argent à plusieurs reprises, Médor et Vénus enlèvent Marie-Jeanne dans la nuit du 26 juin 1750, « de la chaîne où [elle] était au pied du lit de sa maîtresse ». Ils la conduisent chez Geneviève Baudin, libre au Cap, où elle reste trois jours, puis elle passe chez M. Delarue et chez Madame Bauval, dans la case où elle avait été arrêtée marronne quelque temps auparavant, avant d’être menée à son père sur l’habitation de M. de Carbon, au Bois de Lance. Elle y reste presque toujours ; André lui fait faire plusieurs voyages avec lui « dans la vue de forcer » Delavaud à la lui vendre. En 1757, selon Médor, son père la détient encore et cinq personnes esclavisées qu’il nomme le savent.

À garder en tête : Tout le récit est celui de Médor, qui parle enchaîné sur l’habitation de son maître, dans une procédure pour poison où ses déclarations s’accusent et se corrigent ; il le présente comme un méfait commis « méchamment ». Ni André ni Marie-Jeanne ne parlent dans la pièce : la volonté de Marie-Jeanne, les raisons de sa fuite antérieure et l’issue du projet de vente ne sont pas connues. L’édition modernisée de Garrigus et Rogers rend fidèlement ce passage du manuscrit, qui écrit « Delavau ».

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [17] — ANOM, COL C9 A 102, pièce I datée du 26 mai 1757 (vue 23), passage sur André et Marie-Jeanne au bas de la vue 26 et en haut de la vue 27
  • Source [32] — chapitre « La confession de Médor », déclaration du 26 mai 1757 reçue aux Perches par Aymar, Borel de Neuilly, Hamelin et Richer (ANOM, C9A 102 ; version abrégée en F3/88), passage sur l’enlèvement de Marie-Jeanne et notes 12 à 14 de l’éditeur ; édition numérique consultée, sans la pagination du volume imprimé

Employé dans : chapitre 4 — Garder les siens face à la séparation et conclusion — Conclusion.

Point 34 sur 51 · Prescription · 1685 · L’article 47 de la version guadeloupéenne de l’édit de mars 1685 interdit de saisir et vendre séparément le…

L’article 47 de la version guadeloupéenne de l’édit de mars 1685 interdit de saisir et vendre séparément le mari, la femme et leurs enfants impubères lorsqu’ils sont sous la puissance d’un même maître : « Ne pourront être saisis et vendus séparément le mari et la femme et leurs enfans impuberes, s’ils sont sous la puissance d’un même maître ; déclarons nulles les saisies et ventes qui en seront faites ; ce que nous voulons avoir lieu dans les alienations volontaires, sous peine contre ceux qui feront les alienations, d’être privés de celui ou de ceux qu’ils auront gardés, qui seront adjugés aux acquereurs, sans qu’ils soient tenus de faire aucun supplement de prix ». L’interdiction couvre la saisie, la vente et l’aliénation volontaire, et sa sanction frappe le vendeur, privé sans indemnité de ceux qu’il avait gardés, adjugés à l’acquéreur.

À garder en tête : L’article prescrit ; son texte seul n’établit ni qu’il ait été appliqué ni à quelle fréquence. Sa condition d’un même maître laisse hors de son champ une famille déjà partagée entre deux maîtres. Le texte ne fixe pas l’âge jusqu’auquel un enfant est tenu pour impubère, ne dit rien des unions qu’il ne reconnaît pas, et ne décrit aucune procédure ouverte aux personnes concernées : la nullité et la peine qu’il énonce jouent entre le vendeur et l’acquéreur. Il est lu dans la copie manuscrite de Moreau de Saint-Méry, l’original du registre du Conseil souverain de Basse-Terre n’ayant pas été retrouvé ; l’article 47 y est lisible en entier, et les variantes des autres versions ne sont pas relevées ici.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [13] — p. 673, vue 374 : article 47, lu en entier sur le fac-similé publié — « Ne pourront être saisis et vendus séparément le mari et la femme et leurs enfans impuberes, s’ils sont sous la puissance d’un même maître ; déclarons nulles les saisies et ventes qui en seront faites ; ce que nous voulons avoir lieu dans les alienations volontaires, sous peine contre ceux qui feront les alienations, d’être privés de celui ou de ceux qu’ils auront gardés, qui seront adjugés aux acquereurs, sans qu’ils soient tenus de faire aucun supplement de prix »

Employé dans : chapitre 4 — Garder les siens face à la séparation et conclusion — Conclusion.

Point 35 sur 51 · Témoignage · 1786 · En 1786, Dessalles, conseiller au Conseil supérieur de la Martinique, écrit que l’article 47 de l’édit de…

En 1786, Dessalles, conseiller au Conseil supérieur de la Martinique, écrit que l’article 47 de l’édit de 1685 « est toujours sévèrement exécutée, lorsqu’il y a réclamation de la part de l’Acquéreur » : un enfant ne doit pas être séparé de sa mère avant l’âge, fixé à quatorze ans, où il peut se passer de son secours. « La mere fait venir les enfants vendus séparément d’elle ; mais aussi les enfants attirent leur mere, lorsqu’ils sont vendus seuls. » Il dit avoir vu des esclaves envoyés à la Guadeloupe et à Saint-Domingue « pour y être vendus & dépaysés, réclamer leurs enfants restés dans la Colonie », et leurs acquéreurs gagner les actions qu’ils intentaient.

À garder en tête : Dessalles affirme et dit avoir vu ; il ne cite aucun arrêt, aucun nom ni aucun nombre. Selon lui, l’application dépend d’une réclamation de l’acquéreur, qui agit en justice : les personnes séparées réclament, mais ne plaident pas elles-mêmes. Il oppose ces règles aux « maîtres humains » qu’il loue sur la page précédente ; son tableau ne mesure ni la fréquence des séparations ni celle des réunions.

Où le vérifier sur la pièce

Employé dans : chapitre 4 — Garder les siens face à la séparation.

Point 36 sur 51 · Événement · 1755 · En 1755, un rapport au Conseil supérieur de la Guadeloupe examine la reprise de Charlotte par la veuve…

En 1755, un rapport au Conseil supérieur de la Guadeloupe examine la reprise de Charlotte par la veuve Bachelier alors que Charlotte est mariée à Guillaume et vit avec leurs enfants. Le rapport conclut que Charlotte et Guillaume ne peuvent être séparés ; il donne à la veuve la préférence sur leur propriété, à charge de remettre Guillaume avec Charlotte et de payer son prix estimé à la succession. La copie indique que l’arrêt a réformé le jugement sur ce point conformément à l’avis du rapporteur.

À garder en tête : Le recueil conserve un extrait de rapport et le résultat qu’il attribue à l’arrêt, non le dossier intégral ni la voix de Charlotte ou de Guillaume. Cette décision particulière ne suffit pas à établir une règle générale de maintien des familles esclavisées en Guadeloupe.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [14] — COL F3 90, vue 81 : titre, millésime marginal 1755 et demande de reprise de la veuve Bachelier ; vue 89 : Charlotte, Guillaume, non-séparation, préférence de propriété, estimation et réforme du jugement

Employé dans : chapitre 4 — Garder les siens face à la séparation.

Point 37 sur 51 · Événement · 1769-12-06 · Une annonce publiée à Port-au-Prince en décembre 1769 offre à la vente une femme créole, âgée d'environ…

Une annonce publiée à Port-au-Prince en décembre 1769 offre à la vente une femme créole, âgée d'environ vingt-huit à trente ans et présentée comme marchande, couturière, blanchisseuse et un peu cuisinière. Elle est proposée avec son fils, classé mulâtre, âgé d'environ treize à quatorze ans, domestique et commençant le métier de perruquier. L'annonce précise qu'ils peuvent être acquis ensemble ou séparément.

À garder en tête : L'annonce ne nomme ni la mère ni le fils. Elle prouve l'offre et la possibilité affichée de les séparer, pas qu'une vente a été conclue, qu'ils ont effectivement été séparés ni que toutes les compétences attribuées ont été vérifiées. Les âges et catégories sont ceux du vendeur.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [5] — p. imprimée 476, page PDF 580 : annonce de la femme et de son fils, âges approximatifs, compétences et formule « ensemble ou séparément »

Employé dans : chapitre 4 — Garder les siens face à la séparation.

Point 38 sur 51 · Mesure · 1763–1793 · À Bisdary, en Guadeloupe, selon Arlette Gautier, parmi les 48 couples de l’inventaire de 1763, 14 ont été…

À Bisdary, en Guadeloupe, selon Arlette Gautier, parmi les 48 couples de l’inventaire de 1763, 14 ont été séparés avant que la femme ait 45 ans, sans que l’on sache si c’est par décès ou par vente ; une femme mariée est laissée au service d’un abbé et ne reparaît plus auprès de son mari. Les foyers nucléaires restent les deux tiers de 1763 à 1793 si l’on compte tous ceux où un homme a vécu, et 80 % des esclaves nés sur la plantation y ont vécu avec leur père et leur mère.

À garder en tête : Comptes et lecture de Gautier sur sept inventaires d’une seule plantation. Gautier écrit que ces enfants ont été « élevés » par leurs deux parents (p. 991) ; ce que les inventaires attestent, et qu’elle résume p. 994, c’est qu’ils vivent avec eux dans le même foyer, non la part de chacun dans les soins. Le cas de l’épouse laissée à l’abbé est rapporté sans nom.

Où le vérifier sur la pièce

Employé dans : chapitre 4 — Garder les siens face à la séparation.

Point 39 sur 51 · Témoignage · 1704 · À Saint-Domingue avant le 15 septembre 1704, une mère esclavisée et sa fille âgée de dix à onze ans…

À Saint-Domingue avant le 15 septembre 1704, une mère esclavisée et sa fille âgée de dix à onze ans s’échappent ensemble après avoir déclaré que le carme désigné comme le père Grégoire avait voulu contraindre sexuellement l’enfant. Après leur retour, l’enfant déclare avoir été violée et la mère renouvelle sa plainte. D’après Auger, cette insistance conduit de Charitte à ordonner une information et l’examen de l’enfant, puis Auger fait arrêter Grégoire et prévoit son envoi en France pour y être jugé.

À garder en tête : Auger rapporte cette séquence au ministre et reformule les paroles de la mère et de l’enfant, qui ne sont pas nommées. Son mémoire ne conserve ni leurs dépositions directes, ni le rapport de l’examen, ni une sentence. Il établit leurs démarches et l’accusation transmise, non le viol comme fait jugé, l’embarquement de Grégoire ou le sort ultérieur de la mère et de sa fille.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [6] — ANOM, COL C9 A 7, vue 86 : mère et fille âgées respectivement adulte et de dix à onze ans, achat par les deux carmes pour les servir, première déclaration et fuite commune ; vues 86-87 : déclaration ultérieure de l’enfant, plainte renouvelée de la mère, information, examen, arrestation et renvoi projeté du père Grégoire

Employé dans : chapitre 4 — Garder les siens face à la séparation.

Point 40 sur 51 · Témoignage · 1704 · Après la fuite et la première déclaration d’une mère esclavisée et de sa fille, de Charitte choisit d’abord…

Après la fuite et la première déclaration d’une mère esclavisée et de sa fille, de Charitte choisit d’abord de faire retourner la mère pendant un mois, le temps d’obliger le père Grégoire à les vendre toutes les deux. Auger écrit qu’il avait déjà ordonné cette vente à cause du scandale produit par leur achat par deux religieux.

À garder en tête : La pièce établit les décisions rapportées par Auger, non leur exécution. Elle ne fournit ni acte d’achat, ni prix, ni ordre écrit distinct, ni acte de vente, et ne permet pas de savoir si la mère et sa fille ont finalement été vendues ensemble, séparées ou maintenues chez Grégoire.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [6] — ANOM, COL C9 A 7, vue 86, seconde moitié : retour de la mère décidé pour un mois, vente de la mère et de la fille que de Charitte prévoit d’imposer à Grégoire, puis ordre de vente qu’Auger dit avoir déjà donné après leur achat par les deux religieux

Employé dans : chapitre 4 — Garder les siens face à la séparation.

Point 41 sur 51 · Témoignage · date non établie · Selon Vincent di Ruggiero, qui reprend un récit de Gabriel Debien tiré de du Halgouët, Mme d’Aoust voulut…

Selon Vincent di Ruggiero, qui reprend un récit de Gabriel Debien tiré de du Halgouët, Mme d’Aoust voulut faire transporter sur une autre habitation les esclaves de la sucrerie de Houëlbourg, au Petit-Cul-de-Sac de la Guadeloupe, gérée par son frère Léonard Villiers-du-Tertre. Au jour fixé, François Fillion, chargé du déménagement, ne trouva personne : ils s’étaient enfuis. Il en retrouva un, Janot, qui passait pour le plus raisonnable, et chercha à le convaincre. Janot répondit qu’« étant en possession d’une femme et de deux enfants chez le sieur de Villers, il fallait que le mandataire de Mme d’Aoust le vendit audit Villiers ou bien qu’il acheta sa femme et ses enfants, sans quoi il ne s’en irait jamais ».

À garder en tête : Le récit arrive par trois relais — du Halgouët, puis Debien, puis di Ruggiero — et il est cité d’après le troisième. Il n’est pas daté ; di Ruggiero le range au XVIIIe siècle. Le nom est écrit « Janot Frisob » puis « Frison » sur la même page. La réponse de Janot est rapportée au style indirect par le récit ; on ne sait pas si sa femme et ses enfants ont été achetés, ni s’il a été vendu.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [28] — p. 35-36 et notes 139-140 (Debien, Le marronnage aux Antilles françaises au XVIIIe siècle, p. 40, citant du Halgouët)

Employé dans : chapitre 4 — Garder les siens face à la séparation.

Point 42 sur 51 · Pratique · 1767-06-08–1768-04-11 · Thérèse, née en 1712 sur la sucrerie Galbaud du Fort à Léogane et veuve de Guitteau, demande à s’acheter :…

Thérèse, née en 1712 sur la sucrerie Galbaud du Fort à Léogane et veuve de Guitteau, demande à s’acheter : le 8 juin 1767, le gérant Parison écrit à Mme du Fort qu’il garde 150 livres à elle et qu’elle prie qu’on lui permette de s’acheter « quoiqu’elle soit comme libre depuis vingt ans », n’étant plus utile que pour accoucher les femmes esclavisées. Le 11 avril 1768, il lui donne la liberté au nom de Mme du Fort : « Elle restera toujours sur votre habitation et sera obligée d’accoucher vos négresses » ; elle reçoit « un petit coin de terre pour mettre en manioc ». Elle paie avec 405 livres que le gérant tenait pour elle, une vieille cavale estimée de 90 à 100 livres et un billet de 100 livres sur un homme libre. Libérée à cinquante-six ans, elle n’est pas libre, selon Debien, « au regard des autorités ».

À garder en tête : La demande de Thérèse n’est connue que par les lettres du gérant, qui écrit aussi qu’elle ne voudrait pas finir ses jours ailleurs que sur l’habitation : ce sont ses mots à lui. La liberté donnée par le gérant n’a pas été ratifiée par les autorités ; le total du prix dépend de la valeur de la cavale.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [33] — p. 385-386 : lettres de Parison à Mme du Fort des 8 juin 1767, 1er avril et 11 avril 1768, et commentaire de Debien

Employé dans : chapitre 4 — Garder les siens face à la séparation.

Point 43 sur 51 · Pratique · 1745–1768, puis un retour à Léogane que Debien ne date pas · Criquet, né sur la sucrerie Galbaud du Fort à Léogane de Thérèse, créole de la plantation, est emmené comme…

Criquet, né sur la sucrerie Galbaud du Fort à Léogane de Thérèse, créole de la plantation, est emmené comme valet à Nantes en 1745 par Philippe Galbaud du Fort. Après une dizaine d’années en France, il est renvoyé à Léogane, où il retrouve « sa mère et son père ». En 1762, quand son maître revient à Saint-Domingue, Criquet est au service de la grand-case ; il est auprès de son maître lorsque celui-ci meurt à Saint-Marc en 1766. Le 19 novembre 1767, il repart pour la France : pour ne pas avoir de caution à consigner, on l’a fait monter secrètement à bord et « inscrit comme marron sur le livre-journal de l’habitation ». Il demande bientôt à retourner à Léogane ; le 1er avril 1768, Parison s’y oppose : il écrit que de nouveaux règlements mettent les noirs « dans le cas d’être vendus au profit du roi, quoique libres depuis longtemps » s’ils ne figurent pas sur un recensement. Selon Debien, « Criquet revit cependant Léogane ».

À garder en tête : Le père de Criquet n’est pas nommé : rien n’établit qu’il soit Guitteau. Le récit vient des lettres du gérant et du procureur, qui parlent de l’attachement de Criquet à la famille des maîtres ; son désir de revoir « le pays natal » est rapporté par eux. Debien ne date pas le retour final.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [33] — p. 87-88 ; p. 385, lettre du 1er avril 1768 et note 3 (« Son fils »)

Employé dans : chapitre 4 — Garder les siens face à la séparation.

Point 44 sur 51 · Témoignage · 1842 · Un extrait de lettre écrite de la Guadeloupe le 12 septembre 1842, publié dans Le Siècle du 22 décembre et…

Un extrait de lettre écrite de la Guadeloupe le 12 septembre 1842, publié dans Le Siècle du 22 décembre et reproduit par l’abbé Dugoujon, dénonce des maîtres qui, en prévision de l’émancipation, expédient des esclaves pour les vendre à Puerto Rico, où ils se vendent de 300 à 400 gourdes rondes, contre 100 à 150 gourdes percées en Guadeloupe. Il décrit une goélette partie de Pointe-à-Pitre avec une cinquantaine d’esclaves enchaînés : « C’était une chose déplorable à voir que ces infortunés versant d’abondantes larmes et poussant des cris lamentables, parce qu’on les arrachait à leur famille et au sol qui les avait vus naître. » L’auteur dit avoir vu à Vieques, chez le gouverneur Le Guillou, Philothée, venue d’une habitation de la Capesterre, qui « pleure chaque jour son enfant mulâtre, resté sur l’habitation sucrerie de la Capesterre ».

À garder en tête : L’auteur de la lettre n’est pas nommé ; c’est un texte abolitionniste publié dans la presse. Il ne donne ni le nombre total de ces ventes ni le nom des autres personnes vendues ; on ne sait rien de l’enfant de Philothée au-delà de cette phrase. Arlette Gautier attribue la phrase à Dugoujon lui-même.

Où le vérifier sur la pièce

Employé dans : chapitre 4 — Garder les siens face à la séparation.

Point 45 sur 51 · Pratique · 1849-03-03–1849-04-14 · Le 3 mars 1849 au François, cinq actes successifs inscrivent Michel et Adèle sous Behot, puis Chery, Ulric…

Le 3 mars 1849 au François, cinq actes successifs inscrivent Michel et Adèle sous Behot, puis Chery, Ulric et Marie Sainte sous le même patronyme en les disant enfants d’Adèle. Les corps ne désignent pas Michel comme père. Le 14 avril, le mariage de Michel et Adèle reconnaît Chéry, Ulric et Marie Sainte pour leurs deux fils et leur fille et déclare vouloir leur conférer la légitimité.

À garder en tête : La mention marginale portée sur l’acte de Chery ne valait que pour lui ; c’est l’acte de mariage qui établit directement la reconnaissance des trois enfants. Cette relation déclarée en avril ne doit pas être projetée dans le corps des actes d’individualité de mars, qui désignent seulement Adèle comme mère. L’acte de naissance de Marie Sainte en 1843 converge avec l’acte 2709, mais ne formule pas la paternité de Michel dans les termes de l’état civil postérieur. Les actes d’individualité de 1849 sont lus dans les duplicata établis en 1858-1859 (2E11/16 à 2E11/19), non dans les originaux.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [12] — Archives territoriales de Martinique, 2E11/19, vues 7-8, actes 2705-2709, corps et mention marginale de l’acte 2707
  • Source [1] — Archives territoriales de Martinique, 2E11/15, vue 11, acte 67 du 18 avril 1843 : naissance de Marie Sainte le 16 avril, fille d’Adèle alors dite mariée à Michel
  • Source [2] — Archives nationales d’outre-mer, état civil du François, 1849, collection MARTINIQUE/850545, vue 39, image DAFCAOM04_DPPCEC_850545_0194, acte 119 du 14 avril : mariage et reconnaissance de Chéry, Ulric et Marie Sainte
  • Source [31] — p. 10, reconstruction familiale et mariage Behot

Employé dans : chapitre 5 — Faire reconnaître sa famille après l’abolition.

Point 46 sur 51 · Pratique · 1849-04-14 · Le 14 avril 1849 au François, Michel Behot et Adèle Behot se marient après avoir produit leurs actes…

Le 14 avril 1849 au François, Michel Behot et Adèle Behot se marient après avoir produit leurs actes d’individualité. Ils déclarent qu’il est né d’eux trois enfants — Chéry, treize ans, Ulric, neuf ans, et Marie Sainte, cinq ans —, les reconnaissent pour leurs deux fils et leur fille et déclarent vouloir leur conférer la légitimité.

À garder en tête : La reconnaissance et la légitimation sont les opérations juridiques déclarées par l’acte de mariage ; elles ne décrivent pas le commencement des liens vécus. Les corps des actes d’individualité du mois précédent ne désignent qu’Adèle comme mère et ne doivent pas être réécrits rétroactivement comme une déclaration de paternité. Les actes d’individualité de 1849 sont lus dans les duplicata établis en 1858-1859 (2E11/16 à 2E11/19), non dans les originaux.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [2] — Archives nationales d’outre-mer, état civil du François, 1849, collection MARTINIQUE/850545, vue 39, image DAFCAOM04_DPPCEC_850545_0194, acte 119 du 14 avril, déclaration des époux et liste des trois enfants
  • Source [12] — Archives territoriales de Martinique, 2E11/19, vues 7-8, actes 2705-2709 du 3 mars 1849, corps des actes et mention marginale de l’acte 2707
  • Source [31] — p. 10, reconstruction familiale et mariage Behot

Employé dans : chapitre 5 — Faire reconnaître sa famille après l’abolition et conclusion — Conclusion.

Point 47 sur 51 · Prescription · Code civil de 1804 · acte de mariage Behot, 14 avril 1849 · Le Code civil des Français de 1804 permet de légitimer, par le mariage de leurs père et mère, les enfants…

Le Code civil des Français de 1804 permet de légitimer, par le mariage de leurs père et mère, les enfants nés hors mariage — autres que ceux nés d’un commerce incestueux ou adultérin — que les parents ont reconnus avant le mariage ou qu’ils reconnaissent dans l’acte même de sa célébration (article 331). Les enfants ainsi légitimés ont les mêmes droits que s’ils étaient nés de ce mariage (article 333). Au François, l’acte de mariage de Michel et Adèle Béhot, le 14 avril 1849, renvoie au chapitre VI du titre du Code civil intitulé « du mariage » et déclare vouloir conférer la légitimité aux trois enfants que les époux reconnaissent.

À garder en tête : Le Code civil prescrit ; il ne dit pas comment chaque officier l’appliquait aux nouveaux citoyens, ni ce que les familles en attendaient. Le renvoi au Code civil est lu dans le seul acte Behot. Les articles 331 et 333 sont cités dans la transcription du Code civil que publie Wikisource ; la leçon « également reconnus » qu’elle donne à l’article 331 n’est pas reprise.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [8] — Livre I, titre VII, chapitre III, section I, « De la légitimation des enfans naturels », articles 331 et 333 ; transcription de Wikisource
  • Source [2] — Archives nationales d’outre-mer, état civil du François, 1849, collection MARTINIQUE/850545, vue 39, acte 119 du 14 avril, page de droite : lecture des actes d’individualité « et du chapitre VI du titre du code civil, intitulé du mariage » ; fac-similé lu

Employé dans : chapitre 5 — Faire reconnaître sa famille après l’abolition et conclusion — Conclusion.

Point 48 sur 51 · Pratique · 1848-09-05–1851-05-20 · Dans l’acte collectif no 6 des Abymes du 5 septembre 1848, les inscriptions 158 à 161 réunissent Sylvain,…

Dans l’acte collectif no 6 des Abymes du 5 septembre 1848, les inscriptions 158 à 161 réunissent Sylvain, rhumier âgé de 49 ans, et Andrèse dite Elisa, cultivatrice âgée de 27 ans, tous deux dits nés en Afrique et demeurant sur l’habitation Boisripeaux. Ils déclarent reconnaître Pauline, âgée de 10 ans, et Augustine, âgée de 3 ans. L’officier donne le patronyme Coguio aux quatre personnes. Une mention marginale datée du 20 mai 1851 indique que Pauline est légitimée par le mariage de Sylvain Coguio et d’Andrèse dite Elisa Coguio.

À garder en tête : Le manuscrit tranche quatre erreurs substantielles de l’édition Fallope : Andrèse et non Andèse, matricule 4342 et non 4343 pour elle, matricule 4062 et non 4002 pour Augustine, et « née » puis « âgée » pour Pauline plutôt que les deux formes masculines marquées sic. Il écrit Boisripeaux pour Sylvain et Boisripeau pour Andrèse. Le verbe administratif « avons donné » établit l’inscription du nom, non la négociation orale ni l’auteur intellectuel du patronyme. La mention de légitimation ne date pas la relation vécue ; l’acte de mariage de 1851 reste à retrouver.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [9] — AD971 1 E 36/1, acte collectif no 6 : ouverture sur FRAD971_1E36_001_101_020_C.jpg, page de droite ; inscriptions 158-161 et mention marginale sur FRAD971_1E36_001_101_021_C.jpg, page de gauche
  • Source [34] — p. 25, transcription entière de l’acte des Abymes du 5 septembre 1848 et de la mention marginale du 20 mai 1851 ; planche du PDF Érudit lue avant comparaison à la couche texte

Employé dans : chapitre 5 — Faire reconnaître sa famille après l’abolition.

Point 49 sur 51 · Pratique · 1848-10-02 · Koaly, né en Afrique, inscrit aux Abymes en 1848

Dans l’acte collectif no 28 des Abymes du 2 octobre 1848, l’inscription 1299 présente Koaly comme cultivateur né en Afrique, âgé d’environ 48 ans, ancien matricule no 646 et demeurant chez le citoyen Guimougon. Le registre écrit que Koaly prend Louis comme nom usuel et conserve Koaly comme patronyme. Koaly déclare ensuite reconnaître cinq enfants d’Anne Rose déjà inscrits sous le patronyme Sacoby.

À garder en tête : Le manuscrit établit l’initiative telle qu’elle est écrite, avec Koaly comme sujet de prendre et conserver. Il ne transcrit pas l’échange oral, ne dit pas qui a proposé Louis en premier et ne mesure pas la fréquence de cette formule aux Abymes. Les cinq enfants restent désignés sous Sacoby dans cette séquence ; leur usage patronymique postérieur n’a pas été suivi.

Où le vérifier sur la pièce
  • Source [10] — AD971 1 E 36/2, acte collectif no 28 : ouverture sur FRAD971_1E36_002_101_021_C.jpg, page de droite ; inscription 1299 et reconnaissance poursuivie sur FRAD971_1E36_002_101_025_C.jpg, pages gauche puis droite
  • Source [34] — p. 19 et note 26 : « l’esclave Koaly devient l’affranchi Louis Koaly » et renvoi au registre d’état civil des nouveaux citoyens des Abymes

Employé dans : chapitre 5 — Faire reconnaître sa famille après l’abolition.

Point 50 sur 51 · Mesure · 1848 · Aux Abymes, en Guadeloupe, selon Arlette Gautier, la moitié des couples qui prennent le même nom en 1848…

Aux Abymes, en Guadeloupe, selon Arlette Gautier, la moitié des couples qui prennent le même nom en 1848 n’habitaient pas la même plantation pendant l’esclavage.

À garder en tête : Sondage de Gautier sur les premières inscriptions des Abymes, dont la répartition n’est pas publiée ; le résultat vaut pour ce sondage, non pour toute la Guadeloupe.

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Employé dans : chapitre 5 — Faire reconnaître sa famille après l’abolition.

Point 51 sur 51 · Mesure · 1848–1858 · Selon Arlette Gautier, après l’abolition de l’esclavage, 40 000 mariages, 20 000 légitimations et 30 000…

Selon Arlette Gautier, après l’abolition de l’esclavage, 40 000 mariages, 20 000 légitimations et 30 000 reconnaissances d’enfants ont lieu en moins de dix ans dans les quatre « vieilles colonies » (Guadeloupe, Guyane, Martinique et Réunion) ; en Guadeloupe, le nombre annuel de mariages passe de 61 en 1838 à 101 en 1846 et à 907 en 1856.

À garder en tête : Chiffres d’Augustin Cochin repris par Gautier, pour quatre colonies réunies dont deux hors du périmètre principal ; ils ne séparent ni les îles ni les anciens esclaves des autres habitants.

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Employé dans : chapitre 5 — Faire reconnaître sa famille après l’abolition et note de méthode — Comment les familles de ce dossier ont été réunies.

Pour remonter aux sources

Bibliographie du dossier

Les références sont rangées selon la nature du document atteint et sa relation aux événements : pièces produites au moment des faits ; actes anciens transmis par des copies ou des recueils postérieurs ; récits et études anciens, composés après les faits ; études, éditions et outils de recherche. La date de la notice indique la rédaction ou la publication lorsqu’elle est connue ; l’usage précise la période ou l’expérience racontée. Pour une copie ou un recueil, la notice donne la date de l’acte et celle de la copie ou de l’impression. Pour une édition savante, la notice distingue le texte transmis du travail de l’éditeur. Le libellé de chaque lien indique s’il conduit à la source en ligne, à une notice DOI, à un catalogue ou à la notice d’un éditeur.

Voir les 34 références et les liens disponibles

Pièces produites au moment des faits

  1. Administration de l’état civil du François, Population esclave : naissances, décès, Le François, 1843 (1843).

    Acte de naissance de Marie Sainte, fille d’Adèle, au François le 16 avril 1843.

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  2. Administration de l’état civil du François ; Dépôt des papiers publics des colonies, Le François, 1849, tous actes : troisième exemplaire du registre d’état civil (1849).

    Acte de mariage de Michel et Adèle Behot, le 14 avril 1849 : reconnaissance de leurs trois enfants et renvoi au Code civil.

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  3. Ministère de la Marine et des Colonies, Exposé général des résultats du patronage des esclaves dans les colonies françaises (1844).

    Rapport du procureur du roi de Marie-Galante, en 1841, sur les réponses d’esclaves au sujet du mariage.

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  4. Administration de l’état civil du François, Naissances, mariages, décès, Le François, 1850 (1850).

    Reconnaissance des deux fils Blunel le 31 juillet 1850.

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  5. Affiches américaines ; imprimées au Port-au-Prince par Thomin et Le Blanc, puis par Guillot, Les Affiches américaines, année 1769 (1769).

    Annonce de Port-au-Prince offrant une mère et son fils ensemble ou séparément.

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  6. Auger, Mémoire des affaires des RR. Capucins du Cap et de plusieurs conduites religieuses (15 septembre 1704).

    Mémoire d’Auger rapportant la fuite et la plainte d’une mère et de sa fille à Saint-Domingue en 1704.

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  7. Dugoujon, Lettres sur l’esclavage dans les colonies françaises (1845).

    Lettre de 1842 reproduite par Dugoujon sur les ventes d’esclaves de la Guadeloupe à Puerto Rico et sur Philothée.

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  8. République française, Code civil des Français (1804).

    Articles 331 et 333 sur la légitimation des enfants nés hors mariage par le mariage de leurs parents.

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  9. Commune des Abymes ; Jean-Baptiste Zénon pour l’acte no 6, Registre d’état civil des nouveaux citoyens des Abymes, 30 août-25 septembre 1848 (1848).

    Inscription de Sylvain, Andrèse dite Elisa, Pauline et Augustine Coguio aux Abymes, le 5 septembre 1848.

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  10. Commune des Abymes ; Jean-Baptiste Zénon pour les actes nos 28 et 29, Registre d’état civil des nouveaux citoyens des Abymes, 26 septembre-14 novembre 1848 (1848).

    Inscription de Koaly aux Abymes, le 2 octobre 1848, et reconnaissance des enfants d’Anne Rose.

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  11. Rédaction de la Gazette de la Guadeloupe (Basse-Terre, imprimerie de la veuve Bénard, imprimeur du Roi) ; avis de propriétaires, geôliers et administrateurs, Gazette de la Guadeloupe, 1788 — numéros du 29 mai au 25 décembre (n° XXII-XXXII et XXXIX-LII), exemplaire BnF FOL-LC12-13 (1788).

    Avis du 18 décembre 1788 recherchant Marie-Catherine et Lavigne, lu sur l’image : lieux où on les voit et mère de Marie-Catherine.

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Actes anciens transmis par des copies ou des recueils postérieurs

  1. Administration de l’état civil du François, Le François : quatre registres duplicata d’individualité, 2E11/16 à 2E11/19 (1848-1849 pour les actes transcrits ; 1858-1859 pour les duplicata).

    Actes d’individualité du François en 1849 : familles Behot et Blunel.

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  2. Médéric Louis Élie Moreau de Saint-Méry (compilateur), « Code de la Guadeloupe », huitième partie, titre troisième, « De la Police » — version guadeloupéenne de l’édit de mars 1685, enregistrée le 10 décembre 1685 (1685, copie de la fin du XVIIIe siècle).

    Article 47 de l’édit de 1685 dans la copie guadeloupéenne de Moreau de Saint-Méry.

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  3. Collection Moreau de Saint-Méry (série COL F3), Toutes colonies — pièces concernant essentiellement l’esclavage (pièces de 1682 à 1791, en copies pour la plupart ; recueil factice de la collection Moreau de Saint-Méry).

    Extrait du rapport de 1755 au Conseil supérieur de la Guadeloupe sur Charlotte et Guillaume.

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Récits et études anciens, composés après les faits

  1. Jean-Baptiste Du Tertre, Histoire générale des Antilles habitées par les François, tome II — VIIIᵉ Traité « Des Esclaves des Antilles de l’Amérique » (1667).

    Récit d’une jeune femme qui refuse le mari que son maître lui présente, en Guadeloupe.

    Voir la page de cette source
  2. Dessalles (P.), Les Annales du Conseil souverain de la Martinique, ou tableau historique du gouvernement de cette colonie depuis son premier établissement jusqu’à nos jours, auquel on a joint l’analyse raisonnée des lois qui y ont été publiées (1786).

    Témoignage d’un conseiller au Conseil supérieur de la Martinique sur les mariages refusés par des maîtres et sur l’application de l’article 47.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source
  3. Louis Auguste Aymar, François Borel de Neuilly, Jacques Hamelin et Augustin Richer, habitants du quartier des Perches, [Déclaration de Médor, esclave du sieur Delavau, reçue aux Perches le 26 mai 1757], pièce I des extraits joints à la correspondance sur les empoisonnements (26 mai 1757).

    Déclaration de Médor du 26 mai 1757 : enlèvement de Marie-Jeanne en 1750 et projet d’André.

    Consulter la source en ligneVoir la page de cette source

Études, éditions et outils de recherche

  1. Arlette Gautier, Les familles esclaves aux Antilles françaises, 1635-1848 (2000).

    Synthèse sur les familles esclaves des trois colonies : écriture des listes, Bisdary, pères de Case-Pilote, refus des maîtres, Abymes en 1848, mariages après l’abolition.

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  2. Natacha Bonnet, L’organisation du travail servile sur la sucrerie domingoise au XVIIIe siècle, dans Philippe Hroděj (dir.), L’esclave et les plantations : de l’établissement de la servitude à son abolition. Hommage à Pierre Pluchon, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2009, p. 125-159 (2009).

    Listes de la sucrerie Galbaud du Fort à Léogane : familles de 1741, lignée de Vieille Marthe, cahier de 1767.

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  3. Vincent Cousseau, Les liens familiaux des esclaves à Saint-Domingue au XVIIIe siècle. L’exemple des habitations Galliffet (1774-1775) (2018).

    Reconstitution des liens familiaux sur cinq habitations Galliffet du nord de Saint-Domingue en 1774-1775 : apparentement, mariage tardif, distance de l’église, transferts vers des parents.

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  4. Nicole Vanony-Frisch, Les esclaves de la Guadeloupe à la fin de l’Ancien Régime d’après les sources notariales (1770-1789) (1985).

    Inventaires de notaire guadeloupéens de 1770-1789 : groupes formés autour d’une mère et couples mariés.

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  5. Nicole Vanony-Frisch et Marc Frisch, Les esclaves de la Guadeloupe à la fin de l’Ancien Régime : du code noir aux codes numériques (1987).

    Codage de la base des inventaires guadeloupéens, qui fixe la manière de compter les groupes familiaux.

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  6. Arlette Gautier, Les sœurs de Solitude. La condition féminine dans l'esclavage aux Antilles du XVIIe au XIXe siècle (1985).

    Ce que les listes coloniales font des familles.

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  7. Vincent Cousseau, Population et anthroponymie en Martinique du XVIIe siècle à la première moitié du XIXe siècle (2009).

    Groupes de parenté dans des listes martiniquaises du début du XVIIIe siècle ; rôle des parrains et marraines.

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  8. Frédéric Régent, Figures d’esclaves à travers des procédures judiciaires en Guadeloupe de 1789 à 1848, dans Éric Saunier (dir.), Figures d’esclaves : présences, paroles, représentations, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2012, p. 111-127 (2012).

    Témoignages du procès Texier Lavalade sur Christon et Hector, à Trois-Rivières.

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  9. Frédéric Régent, Gilda Gonfier et Bruno Maillard, Libres et sans fers. Paroles d’esclaves (2015).

    Édition des paroles d’esclaves de Guadeloupe : Christon, Hector et Thisbé à Trois-Rivières.

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  10. Bernard David, La population d'un quartier de la Martinique au début du XIXe siècle d'après les registres paroissiaux : Rivière-Pilote, 1802-1829 (1973).

    Registres paroissiaux de Rivière-Pilote, en Martinique : parrainages de 1803-1808, couples et enfants partagés entre propriétaires, témoins de mariage.

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  11. Vincent di Ruggiero, Le marronnage en Guadeloupe à la veille de la Révolution française de 1789 (1998).

    Avis de fuite guadeloupéens, dont celui de Marie-Catherine en 1788, et récit de Janot refusant de partir sans sa femme et ses enfants.

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  12. Frédéric Régent, La France et ses esclaves : de la colonisation aux abolitions, 1620–1848 (2007).

    Reprise de l’avis de 1788 recherchant Marie-Catherine et Lavigne, et du lien avec la mère de Marie-Catherine au Baillif.

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  13. Jean-François Niort (éd.), Le Code Noir. Édit de mars 1685 sur la police des îles de l’Amérique française — version Guadeloupe enregistrée le 10 décembre 1685 (2015).

    Texte des articles 10 à 13 de l’édit de mars 1685 dans sa version enregistrée en Guadeloupe.

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  14. Emmanuelle Clairis-Gauthier ; Monique Palcy ; AMARHISFA, Attribution des noms aux nouveaux libres du François, à l’abolition de l’esclavage en 1848 (2017).

    Reconstruction des familles Behot et Blunel au François, confrontée aux actes.

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  15. Dominique Rogers (dir.) ; contributions de Myriam Cottias, John Garrigus, Caroline Oudin-Bastide et Stéphanie Belrose, Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles (2015).

    Édition annotée de la déclaration de Médor.

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  16. Gabriel Debien, Les esclaves aux Antilles françaises (XVIIe-XVIIIe siècles) (1974).

    Lettres du gérant de la sucrerie Galbaud du Fort sur Thérèse et Criquet.

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  17. Josette Fallope, « Les esclaves africains à la Guadeloupe en 1848 d’après les registres d’état civil des nouveaux citoyens conservés aux Archives de la Guadeloupe » (1983).

    Relevé des esclaves nés en Afrique dans les registres des Abymes en 1848.

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Pièces recherchées

Ce que les archives pourraient encore apprendre

Ces pièces n’ont pas encore été consultées pour cette page. Elles pourraient la compléter ou la corriger.

Ce qu’elles permettraient : Suivre Claire et ses enfants d’un inventaire à l’autre.

  • Fonds Mathieu, actes A1265, A2322 et A2628 · Manioc

    Les passages sur Claire, ses enfants, Florantine et les hôpitaux des propriétés Decasse.

Ce qu’elles permettraient : Vérifier sur les pièces la vente de 1763, les familles et les couples que la page donne d’après une historienne.

  • COL C7A 23, fol. 132-145 · Archives nationales d’outre-mer

    Le contrat de 1763 par lequel les jésuites vendent Bisdary avec trois cent douze personnes, et la liste qui l’accompagne.

  • 2 E 2/196, n° 27, et 2 E 3/74, n° 95 · Archives départementales de la Guadeloupe

    Les inventaires notariés de Bisdary de 1777 et de 1778, qui nomment les personnes et leurs liens.

L’une de ces pièces vous est accessible, sur place ou déjà numérisée ? Écrivez à contact@esclavage-antilles.fr : chaque piste est vérifiée avant d’être intégrée. Toutes les pièces que le site recherche.

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Comment des personnes tenues en esclavage ont-elles formé et gardé une famille, quand un enfant, un conjoint ou un parent pouvait appartenir à un autre maître ?