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Esclavage aux Antilles

Thème

Intermédiaires, courtiers et interprètes

Cette page rassemble les récits, les repères et les sources déjà publiés sur ce sujet. Elle sert d’index et ne remplace pas une lecture suivie.

Dans les dossiers

Les récits suivis qui abordent ce sujet.

XVIIe–XVIIIe siècles — Ce qu’il y a entre une capture et un navire

Un jour, deux enfants restent seuls dans la maison pendant que les adultes travaillent aux champs. Des ravisseurs les emportent — et ce n’est pas encore le début d’une traversée. Ce dossier suit leur séparation, puis d’autres parcours jusqu’aux navires qui partent pour les Antilles, tels que les racontent des récits de personnes réduites en esclavage, publiés sous leur nom ou recueillis par d’autres, et des hommes qui menaient ou accompagnaient ce commerce.

Ventes de 1670 à 1789 — Arriver aux Antilles pour y être vendu

En avril 1768, le navire négrier le Vizon, venu de Nantes, est mouillé dans la rade de Saint-Marc, à Saint-Domingue. Dans la nuit du 19 au 20, deux hommes que le navire a amenés s’enfuient. C’est son capitaine qui les fait rechercher : pour lui, ils font encore partie de sa cargaison. Ce dossier suit, depuis les personnes déportées d’Afrique, le temps qui sépare l’arrivée du navire de leur départ avec un acheteur, et fait comprendre qui l’organise.

Du XVIIᵉ siècle à aujourd’hui — D’où venaient, en Afrique, les ancêtres des Antillais ?

Beaucoup de Martiniquais, de Guadeloupéens et d’Haïtiens — Haïti est l’ancienne colonie française de Saint-Domingue — se demandent de quelle partie de l’Afrique viennent leurs ancêtres. Les voyages de traite montrent de quelles grandes régions de côtes partaient les captifs débarqués dans chaque île ; ils ne donnent ni le lieu de naissance de chacun, ni la part de chaque région parmi les ancêtres d’aujourd’hui. Ces régions diffèrent d’une île à l’autre. Ce dossier dit d’où viennent ces réponses, pourquoi elles s’arrêtent le plus souvent à de grandes régions, et ce qu’y ajoutent les Africains arrivés après l’abolition et l’ADN des Antillais d’aujourd’hui.

XVIIe siècle–années 1850 — Faire famille sous l’esclavage

Dans la nuit du 26 juin 1750, à Saint-Domingue, deux personnes enlèvent Marie-Jeanne « de la chaîne où [elle] était au pied du lit de sa maîtresse ». C’est son père, André, qui les a payées. André appartient à un maître, sa fille à un autre, et il n’a pas pu l’obtenir de celui-ci « pour de l’argent ». Après trois jours chez une femme libre du Cap et deux autres haltes, Marie-Jeanne est conduite près de son père, sur l’habitation où il vit.

Martinique, 1710-1712 — Le Gaoulet, Martinique 1710–1712 : des départs au bois jugés comme un complot

Le 30 avril 1710, au greffe du Cul-de-Sac de la Trinité, sur la côte est de la Martinique, un habitant de la Capesterre, Jacques Gallet, vient déclarer qu’une femme qu’il possède, Laurence, née dans l’île, est « maronne du vingt huit » : elle s’est enfuie deux jours plus tôt, et il ne sait pas où elle est. Dix-sept mois plus tard, à Saint-Pierre, un juge l’interroge dans le procès que la justice poursuit pour « sedition et Revolte contre les Blancs ». Elle dit qu’elle est partie parce que son maître avait brûlé sa case.

Dans les fiches

Des explications courtes pour ouvrir une notion, un document ou une question.

Notion

Qu’est-ce qu’un engagé dans les Antilles françaises ?

Au XVIIe siècle, des milliers de jeunes Français partent travailler aux Antilles sous contrat : on les appelle les engagés, ou les « trente-six mois ». Leur travail est contraint, mais leur service a une fin. Celui des Africains réduits en esclavage n’en a pas. Avec le sucre, les colons recourent de plus en plus à ces Africains asservis, et les engagés reculent à des rythmes différents selon les îles.

7 min · 1620–1789 · Petites Antilles et circulations intercoloniales, Martinique, +7

Personne

Marie Kingué, soignante et fabricante de talismans dans le nord de Saint-Domingue

En 1785, dans le nord de Saint-Domingue, la colonie française devenue Haïti, on vient chercher de plusieurs paroisses Marie Catherine, dite Kingué, une femme tenue en esclavage qui soigne, fait accoucher et vend des talismans. Des planteurs la consultent pour trouver le poison auquel ils imputent des morts que le rapport qui la dénonce attribue lui-même à l’excès du travail, et font supplicier, brûler ou vendre les hommes qu’elle désigne. Quand la justice du roi se décide à intervenir, c’est elle qu’elle veut arrêter.

7 min · 1715–1789 · Saint-Domingue, Afrique atlantique

Événement

Sébastien au cachot du Balisier, et les siens devant la cour

En 1838, à Marie-Galante, une petite île qui dépend de la Guadeloupe, un planteur fait enfermer au cachot Sébastien, un homme qu’il tient en esclavage et qu’il accuse d’empoisonner ses bœufs. Sébastien y meurt ; ses fils l’ont nourri et soutenu, sa compagne et d’autres personnes du domaine l’ont enterré. Quatre ans plus tard, le planteur est jugé pour cette mort : la cour entend des personnes esclavisées, dont la famille de Sébastien, avant d’acquitter le planteur.

6 min · 1830–1848 · Guadeloupe et dépendances, Petites Antilles et circulations intercoloniales, +2

Points établis dans les publications

Chaque point reprend un énoncé sourcé déjà employé dans un dossier, une fiche ou une entrée autonome de « Vies et actions », avec la localisation exacte de ses preuves et sa limite de portée.

Loré veut faire achever Laurence, selon elle

Point 1 sur 22 · Témoignage · 1711-09-17–1711-09-21

Selon Laurence, interrogée le 21 septembre 1711, le matin de la chasse, Michau vint à l’ajoupa et dit que le sieur de Loré ne les cherchait pas ; peu après, Loré et Hache firent tirer sur eux. Laurence blessée, Loré dit à Hache « qu’il falloit l’achever », parce qu’il savait qu’elle savait que Michau travaillait chez lui. François Ganga lui dit ensuite que c’était pour cela que Loré voulait la faire achever.

Précisions nécessaires à l’interprétation

C’est le récit de Laurence, accusée, et ce qu’elle rapporte de François Ganga ; le motif prêté à Loré est celui que donnent Laurence et, selon elle, François Ganga. Loré, interrogé le 29 octobre, nie avoir employé Michau, et aucune autre pièce ne rapporte ces paroles.

Michau pris dans la cuisine de Loré

Point 2 sur 22 · Événement · 1711-09-19–1711-09-20

Après la chasse manquée du 17 septembre 1711, le sieur de Loré et son beau-frère Desmassias fils décident de saisir Michau. Loré lui fait dire par son esclave Jean dit Jeannot qu’il n’a rien à craindre, et le samedi 19 septembre, vers dix heures du soir, Michau, « se fiant sur nostre parolle », entre dans la cuisine de Loré, où il est saisi, amarré et mis aux fers. Selon Jean dit Jeannot, Loré lui avait dit qu’il fallait absolument prendre Michau, « sinon qu’il le prendroit a sa place ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

La menace contre Jean dit Jeannot n’est rapportée que par lui. Les motifs de 1714 font de la capture de Michau la suite de menaces du gouverneur général Phélypeaux contre Loré ; la déclaration de 1711 n’en dit rien.

Travailler chez Loré, sur la promesse d’une grâce

Point 3 sur 22 · Témoignage · 1711-09-21–1711-11-03

Michau dit au juge, le 21 septembre 1711, avoir travaillé avec les esclaves du sieur de Loré « par l’ordre dud. sieur Deloré qui luy a dit qu’il demandroit Grace pour luy » : les esclaves de Loré l’appelaient en passant, et que Loré « luy avoit promis que s’il faisoit prendre hierosme, Il luy feroit avoir sa grace ». Le 3 novembre 1711, devant le Conseil, il dit que la dame de Loré lui a donné, trois mois plus tôt, la toile du caleçon neuf qu’il porte, cousu par Fanchon, esclave de la maison. Loré, interrogé le 29 octobre, nie l’avoir fait travailler et dit n’avoir eu « d’autre veüe, que de luy faire meritter sa grace » ; s’il n’a pas averti le gouverneur général ni l’intendant, sachant la tête de Michau à prix, c’est « manque d’y avoir pensé », n’ayant eu « nulle envie de se faire des affaires ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

Les deux hommes se contredisent sur le travail ; chacun parle dans une procédure où il risque, l’un la mort, l’autre une poursuite pour complicité.

Un homme libre envoyé contre les chefs

Point 4 sur 22 · Événement · fin août 1710

À la fin d’août 1710, l’intendant Vaucresson engage contre les trois chefs encore en fuite « un Negre libre qui est icy aisé, et resolu ». Celui-ci part dans les bois avec un compagnon pour « tacher de se defaire des trois autres Chefs, ou d’indiquer l’endroit ou on pourroit les prendre », muni d’un ordre secret du gouverneur qui lui permet de porter des pistolets sans être inquiété.

Précisions nécessaires à l’interprétation

L’homme et son compagnon ne sont pas nommés, et la lettre ne dit ni ce qui lui fut promis ni ce qu’il obtint.

Selon Éric Roulet, plusieurs dizaines de milliers de Français ont gagné les Antilles au XVIIe siècle, et 19…

Point 5 sur 22 · Mesure · XVIIe siècle

Selon Éric Roulet, plusieurs dizaines de milliers de Français ont gagné les Antilles au XVIIe siècle, et 19 000 engagés ont signé un contrat pour y servir un maître durant cette période. Il tient ce chiffre pour un aperçu : bien des contrats d’engagement ont disparu, le passage des colons libres n’a jamais été évalué, et le compte ne comprend pas les personnes esclavisées. D’après Gabriel Debien, il situe des pointes de départ en 1640-1644, 1660-1664, 1683-1686 et 1699-1701.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le chiffre compte des contrats conservés, non des départs ni des arrivées, et ne se répartit pas par île. Roulet le reprend d’une étude antérieure, citée en note, qui porte sur les premiers engagés partis de Nantes de 1636 à 1660 : la page ne dit pas comment le total du siècle est établi. Les pointes de départ viennent d’un autre travail et décrivent le flux des contrats, non celui de l’ensemble des passagers.

Selon Gabriel Debien (1983), les engagés partent de La Rochelle, de Nantes, de Lorient, du Havre ou de…

Point 6 sur 22 · Pratique · date non établie

Selon Gabriel Debien (1983), les engagés partent de La Rochelle, de Nantes, de Lorient, du Havre ou de Dieppe munis de leur contrat, qui dit s’ils vont travailler pour un colon, pour « un marchand qui les revendra à un colon » ou pour une compagnie de colonisation. Le contrat fait connaître leur nom, leur âge, leur lieu d’origine, souvent le nom de leur père ou leur qualité d’orphelin, leur métier éventuel, leur salaire et la durée de leur service, « presque toujours de 3 ans — ou 36 mois — », d’où leur surnom, « avec 300 livres de tabac ou de sucre ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

Debien résume ici, sans les citer ni les dénombrer, les contrats qu’il connaît par ses travaux antérieurs ; « presque toujours » est son appréciation, non une proportion mesurée. Les 300 livres de tabac ou de sucre sont le salaire de l’engagé ordinaire pour tout son terme : dans le même article, des ouvriers qualifiés reçoivent des gages annuels en livres tournois ou en sucre. Le contrat fixe des obligations au départ ; il ne dit pas comment elles ont été tenues aux îles.

Du Tertre écrit, dans le tome II de son Histoire générale des Antilles (1667), que l’un des principaux…

Point 7 sur 22 · Témoignage · date non établie

Du Tertre écrit, dans le tome II de son Histoire générale des Antilles (1667), que l’un des principaux commerces des navires français venus aux îles de Dieppe, du Havre, de Saint-Malo, de La Rochelle et d’autres ports a été d’y faire passer de jeunes garçons engagés, qu’ils vendaient aux habitants pour les servir trois ans « comme des esclaves ». Le prix commun en était de mille ou douze cents livres de pétun, c’est-à-dire de tabac, et ils se vendaient bien plus cher quand ils savaient quelque métier.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Du Tertre décrit un commerce passé, sans date ni île précises, et le condamne comme un « detestable negoce » ; le prix est un ordre de grandeur qu’il donne, non un relevé d’actes de vente. « Comme des esclaves » est sa comparaison pour le service dû pendant trois ans : la vente porte sur un temps de service, non sur la personne pour la vie. Le passage ne dit pas quelle part des engagés passait par la vente d’un capitaine plutôt que par un contrat signé avec un colon.

  • Histoire générale des Antilles habitées par les François, tome II — traité VII, p. 464, PDF p. 498, dernier paragraphe : navires de Dieppe, du Havre, de Saint-Malo et de La Rochelle, jeunes garçons engagés vendus aux habitants pour trois ans, prix commun de mille ou douze cents livres de pétun, prix plus élevé pour qui sait un métier

Du Tertre ajoute que les capitaines qui faisaient ce commerce avaient des gens qui « les prenoient à toutes…

Point 8 sur 22 · Témoignage · lettre de Poincy, 1640

Du Tertre ajoute que les capitaines qui faisaient ce commerce avaient des gens qui « les prenoient à toutes mains », et qui enjôlaient bien souvent de pauvres écoliers et des enfants de famille, « leur faisant croire mille merveilles du pays, où ils les alloient reduire à l’esclavage ». Il imprime à l’appui une lettre écrite en 1640 par le général de Poincy aux seigneurs de la Compagnie, pour obtenir qu’ils empêchent ce commerce et poursuivent un capitaine : selon cette lettre, un nommé Jonas et son frère Lantery ont attrapé par leurs artifices deux cents jeunes Français, les ont retenus trois mois à « S. Servais proche de S. Malo », puis engagés pour cinq, six et sept ans, à raison de 900 livres de coton chacun, à l’île de la Barboude.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Ce sont les accusations de Du Tertre et de la lettre qu’il imprime, sans procédure connue ni parole des jeunes gens eux-mêmes ; « reduire à l’esclavage » est son jugement sur un service à terme, non un changement de statut. Le cas de 1640 est un abus dénoncé — un convoi vers une île hors des colonies françaises et des engagements de cinq à sept ans — et ne décrit pas la forme ordinaire du recrutement. L’issue de la plainte n’est pas connue.

  • Histoire générale des Antilles habitées par les François, tome II — traité VII, p. 464-465, PDF p. 498-499 : gens qui prennent « à toutes mains », écoliers et enfants de famille trompés sur le pays ; lettre de Poincy de 1640 sur Jonas et Lantery, deux cents jeunes hommes, trois mois à « S. Servais », engagements de cinq à sept ans, 900 livres de coton, la Barboude

Du Tertre présente comme « une loy inviolable & fondamentale dans les Isles » que ceux qui y passent aux…

Point 9 sur 22 · Témoignage · date non établie

Du Tertre présente comme « une loy inviolable & fondamentale dans les Isles » que ceux qui y passent aux dépens d’un autre, hommes, femmes, garçons ou filles, doivent servir trois ans à compter du jour où ils mettent pied à terre, sans qu’un contrat écrit soit nécessaire. Celui qui a payé le passage peut se servir de l’engagé trois ans mais aussi le vendre à qui il veut, et l’acheteur à un autre : on a vu, écrit-il, de jeunes garçons français, souvent de meilleure maison que ceux qu’ils servaient, changer sept ou huit fois de maître pendant leurs trois ans. Le seul moyen de se racheter est de trouver des amis qui achètent un autre engagé pour servir à sa place, échange que les gouverneurs imposent alors aux maîtres.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Du Tertre décrit une coutume des îles qu’il a connues — le passage suit une description de Saint-Christophe — et non une loi écrite ; « sept ou huit fois » est un cas qu’il dit avoir été vu, non une fréquence. Le rachat par un remplaçant suppose des amis capables de payer un passage : le texte ne dit pas combien d’engagés y parvenaient. Il ajoute que les femmes, plus rares, ne sont pas soumises aux mêmes rigueurs.

Dans le mémoire sur le service des Îles du Vent signé par l’intendant Blondel de Jouvancourt le 6 décembre…

Point 10 sur 22 · Témoignage · 1728-12-06

Dans le mémoire sur le service des Îles du Vent signé par l’intendant Blondel de Jouvancourt le 6 décembre 1728, l’article consacré aux engagés et aux fusils rapporte que les capitaines des navires marchands abandonnent les engagés qu’ils sont tenus d’apporter : ils les débarquent sans les avoir placés, ou les gardent au service de leurs navires et de leurs magasins pendant leur séjour, puis les congédient, parfois verbalement et sans leur remettre l’acte de leur engagement, si bien que ces engagés, ne sachant que devenir, se livrent au libertinage et au vol, et plusieurs à la mendicité. Le mémoire juge fâcheux qu’aux îles « on ayt toujours Eludé l’execution des Reglements » du 8 avril 1699, du 16 novembre 1716, du 20 mai 1721 et du 15 février 1724 sur les engagés, et ajoute que les habitants « se sont tellement degoutés de ces Engagés que bien loin d’en prendre un par chaque vingtaine de negres, ils n’en prennent point du tout ». Il propose d’y engager d’abord les principaux habitants, en leur promettant une prompte justice contre les engagés « quand ils seront insolens ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le mémoire constate et propose ; il ne chiffre ni les engagés débarqués ni ceux que prennent les habitants, et « ils n’en prennent point du tout » est une formule, non un relevé. Il explique le refus par le dégoût des habitants et l’« insolence » qu’il prête aux engagés ; il ne dit pas que les habitants leur préfèrent l’achat de personnes esclavisées. Les règlements ne sont cités que par leur date, sans texte joint. La pièce, rédigée à la troisième personne sur les avis de l’intendant, est signée par lui.

Les lieux de naissance inscrits sur les listes d’embarquement de Loango

Point 11 sur 22 · Mesure · listes de 1857 · liste de 1862

Selon Céline Flory, trois listes nominatives de la maison Régis donnent un lieu de naissance, dont celles du Clara (325 rachetés), parti pour la Martinique, et du Stella (800 rachetés), parti pour la Guadeloupe, dressées à Loango au moment de l’embarquement en 1857 par des agents français chargés de l’émigration. Sur les 1 138 personnes de ces trois listes, elle relève 539 noms de villes ou de villages : Boma pour 210 personnes, Congo pour 67, Loango pour 32, Cabenda pour 26, et la région du Sundi pour 63. Elle situe plus de la moitié de ces lieux dans la région du Niari, à 150 à 200 km du littoral, les autres au Gabon et au Congo-Brazzaville actuels, et quelques-uns à 1 600 ou 1 800 km des marchés de la côte.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Flory prévient elle-même que ce lieu de naissance est « transmis par les vendeurs et non par les rachetés eux-mêmes », dans un commerce organisé en relais : c’est ce que les vendeurs ont déclaré, non ce que les personnes ont dit. Le compte agrège les trois listes sans les séparer ; la troisième porte sur treize personnes restées en factorerie en 1862. La transcription moderne de la liste du Stella, publiée en ligne en 2020, porte « Bauma » pour 175 personnes, « Beauma » pour une et « Boma » pour 3 ; le livre, qui compte Boma pour 210 personnes sur les trois listes, ne mentionne pas la forme « Bauma », et le rapport entre les deux formes n’est pas établi.

Les Africains engagés aux Antilles viennent presque tous du Loango-Congo

Point 12 sur 22 · Mesure · 1857–1862

Selon Céline Flory, 99 % des immigrants africains arrivés en Guadeloupe et 93 % de ceux arrivés en Martinique viennent de la région du Loango-Congo, où la maison Régis les a rachetés ; Boma, sur le fleuve Congo, fournit 69 % de l’ensemble de ses recrues. En Martinique, 468 rachetés de la région du Gabon ne forment jamais un groupe distinct : Flory juge « très probable » qu’ils se soient fondus dans le groupe des Congos.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le Loango-Congo désigne la région des achats, non les lieux de naissance, que les listes d’embarquement situent en majorité dans l’intérieur. Les engagés arrivés avant les rachetés — 71 des îles du Cap-Vert en Guadeloupe, 285 recrutés entre Freetown et Cape Coast en Martinique — ne sont pas comptés parmi les Congos.

Dans le Supplément aux Affiches américaines, Feuille du Cap-François, du 29 novembre 1788, un jeune homme «…

Point 13 sur 22 · Témoignage · départ du jeune homme · parution de l’annonce

Dans le Supplément aux Affiches américaines, Feuille du Cap-François, du 29 novembre 1788, un jeune homme « nouveau », venu par le navire l’Horison, de Bordeaux, capitaine Balguerie, est signalé « parti marron du Port de Paix le 4 du courant » ; les nouvelles sont à donner aux négociants Servary et Boizé jeune, au Port-de-Paix, « chargés de la vente du restant de ladite cargaison ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. L’annonce établit que, le 29 novembre, deux négociants étaient « chargés de la vente du restant de ladite cargaison » ; elle ne dit pas si cette vente était ouverte le 4, jour de la fuite, ni si le jeune homme faisait partie de ce restant, ni dans quelles conditions il attendait.

À Axim, commercer de nuit sous la menace de capture

Point 14 sur 22 · Témoignage · 1731-08-09

Le 9 août 1731, devant Axim, sur le littoral de l'actuel Ghana, Robert Durand écrit que des habitants peuvent apporter des personnes captives à bord du Diligent seulement de nuit, parce qu'ils seraient eux-mêmes capturés s'ils étaient vus. Des gens venus à bord depuis le fort d'Axim, qui appartient aux Hollandais, proposent aussi un garçon ; Durand écrit que l'on ne s'accorde pas sur son achat.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Durand ne nomme ni les personnes qui apportent les captifs, ni le garçon proposé, et ne dit pas qui capturerait ces porteurs s'ils étaient vus. Son énoncé décrit le risque qu'il comprend à Axim ; il n'établit pas à lui seul une pratique générale de toute la côte.

  • Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732 — p. 33, entrée du 9 août : commerce nocturne parce que ceux qui apportent les captifs seraient eux-mêmes pris s'ils étaient aperçus ; garçon proposé à bord depuis le fort, sans accord sur son achat ; fort d'Axim appartenant aux Hollandais ; pages manuscrites consultables dans le fac-similé Yale, objet 2007542, lié à la notice

Après les enlèvements attribués à Demarais

Point 15 sur 22 · Témoignage · 1731-08-30

À l’escale que son journal nomme « Ceuta », le 30 août 1731, Robert Durand explique que le capitaine français Demarais avait enlevé plusieurs personnes captives et emporté des marchandises sans les payer dans plusieurs escales. Depuis ces actions, écrit-il, les vendeurs craignent de monter à bord des navires français : les officiers doivent descendre à terre avec leurs marchandises. Pierre Valteau, second capitaine du Diligent, passe une nuit à terre dans une case et doit veiller les armes à la main contre des hommes qui, selon Durand, attendent que ses compagnons et lui s’endorment pour forcer la case et le voler ; Durand ajoute que ces hommes ne cherchent qu’à venger l’enlèvement de leurs camarades. Durand rapporte ensuite que les canotiers qui devaient conduire Valteau jusqu’au canot du navire font des difficultés et que Valteau y parvient dans la pirogue d’un bâtiment hollandais. Valteau leur paie pourtant un fusil, en plus de plusieurs bouteilles d’eau-de-vie, pour éviter des difficultés avec eux ; Durand écrit qu’on ne leur aurait pas donné tout cela si on ne les avait pas craints. Le journal ne dit pas si ces canotiers sont ceux qui voulaient venger leurs camarades.

Précisions nécessaires à l’interprétation

L'enlèvement, les impayés, la nuit de Valteau à terre et le motif de vengeance sont rapportés par Durand, qui n'en est pas témoin direct et défend aussi la sûreté et le commerce de son propre équipage. Il ne nomme aucune des personnes enlevées ni leurs camarades, et son récit ne permet pas de confondre l'ensemble des habitants de l’escale appelée « Ceuta » dans le journal, d'Axim et d'Accra.

  • Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732 — p. 1 et p. 5 pour le rang de second capitaine de Pierre Valteau ; p. 49, entrée du 29 août, pour la case que Valteau va prendre à terre ; p. 50–51, entrée du 30 août : enlèvements imputés à Demarais, insécurité à bord, commerce français déplacé à terre, nuit de Valteau dans sa case, veille armée contre ceux qui attendent le sommeil de ses occupants pour la forcer, vengeance des camarades, difficultés des canotiers, passage par la pirogue hollandaise jusqu’au canot, fusil et eau-de-vie payés aux canotiers par crainte ; pages manuscrites consultables dans le fac-similé Yale, objet 2007542, lié à la notice

Nicolas rassemble plusieurs contraintes de l’engagement colonial : dette de passage, cession du contrat,…

Point 16 sur 22 · Interprétation · date non établie

Nicolas rassemble plusieurs contraintes de l’engagement colonial : dette de passage, cession du contrat, obligation souvent fixée à trente-six mois, journée de travail, nourriture et vêtement dus, mariage soumis au maître et punitions. Ces contraintes ne rendent pas le statut identique à l’esclavage racial, viager et héréditaire.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Nicolas appelle l’engagé un « véritable esclave » ; cette équivalence est écartée. Les clauses et pratiques variaient et doivent être documentées par contrats, ordonnances et récits localisés.

Dans les baptêmes de 1803, 1804, 1807 et 1808 où le statut des parrains et marraines est précisé, des…

Point 17 sur 22 · Mesure · 1803–1808

Dans les baptêmes de 1803, 1804, 1807 et 1808 où le statut des parrains et marraines est précisé, des personnes libres et esclavisées entourent les enfants baptisés. Parmi les parrains esclavisés dont le propriétaire est indiqué, huit relèvent du même propriétaire que l’enfant et dix d’un autre ; pour les marraines, neuf du même et sept d’un autre. Le parrainage rend ainsi visibles des relations qui franchissent statut et propriété.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le sous-ensemble dépend des actes où le statut est explicite. Il établit un lien rituel au baptême, non la liberté du choix, la nature familiale ou affective de chaque relation, ni les services attendus ensuite.

Le contrat du 29 mars 1859 présente Kiluemba, né à Quibanda sur la côte de Loango et âgé de vingt-trois ans,…

Point 18 sur 22 · Interprétation · 1859-03-29

Le contrat du 29 mars 1859 présente Kiluemba, né à Quibanda sur la côte de Loango et âgé de vingt-trois ans, comme un homme libre consentant à partir vers une colonie française d’Amérique. Flory relève qu’aucun acte d’affranchissement n’accompagne ce formulaire : la mention imprimée de liberté efface l’achat antérieur et fait du même document la preuve du statut libre et du consentement au travail.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le contrat est cité en traduction portugaise dans l’article ; son fac-similé est reproduit dans le livre de 2015. Il désigne « une des colonies françaises d’Amérique » sans dire laquelle : les trente-trois campagnes de la maison Régis vont toutes à la Martinique ou à la Guadeloupe, mais rien n’indique sur quel navire Kiluemba est parti. L’expression « noir libre » appartient au formulaire imprimé, tandis que le nom, l’âge, le village et la date sont manuscrits ; le contrat ne porte pas la signature de Kiluemba.

À l’audience du 31 janvier 1842 du procès Vallentin, Louis, commandeur esclavisé de l’habitation Balisier à…

Point 19 sur 22 · Témoignage · 1842-01-31

À l’audience du 31 janvier 1842 du procès Vallentin, Louis, commandeur esclavisé de l’habitation Balisier à Marie-Galante, conteste la déposition écrite qui lui est relue : il dit que le juge a écrit noir quand il avait dit blanc et qu’il ne comprenait pas tous les mots français. Son désaccord rend visible l’écart possible entre la parole, sa compréhension linguistique et l’écrit judiciaire qui la transmet.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le désaccord est publié par une chronique judiciaire reprise dans l’anthologie ; ni la Gazette ni la procédure manuscrite ne sont contrôlées ici. Les auteurs parlent d’un stratagème, mais la parole transmise ne permet pas d’établir le motif de Louis.

Brett Rushforth interprète les réseaux révélés par l’affaire du Gaoulet comme une économie d’échange…

Point 20 sur 22 · Interprétation · 1690–1710

Brett Rushforth interprète les réseaux révélés par l’affaire du Gaoulet comme une économie d’échange informelle liée à la croissance sucrière de la Martinique. Routes, port de Saint-Pierre, demande de travail et multiplication des transactions renforcent les habitations, mais offrent aussi aux personnes esclavisées, marronnes, libres et à certains Blancs des lieux, des clients et des intermédiaires pour faire circuler vivres, tafia, outils, vêtements, argent, travail et informations hors du contrôle exclusif d’un propriétaire.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Il s’agit de la lecture de Rushforth à partir d’une procédure exceptionnelle, non d’une mesure de la fréquence de chaque échange dans toute la Martinique. Les chiffres de population, de sucreries, de production et de navires qu’il emploie viennent d’autres séries et ne sont pas nécessaires à cet énoncé. L’économie informelle n’abolit ni l’appropriation des personnes ni la contrainte du travail.

Alors que Sébastien est soupçonné d'empoisonnement au Balisier, Vallentin obtient le 14 mai 1838…

Point 21 sur 22 · Témoignage · projet de vente à la fin d'avril ou au début de mai ; autorisation d'exporter du 14 mai

Alors que Sébastien est soupçonné d'empoisonnement au Balisier, Vallentin obtient le 14 mai 1838 l'autorisation de l'exporter. Le négociant Louvrier témoigne que Vallentin lui demanda, à la fin d'avril ou au début de mai, de l'emmener à Porto Rico pour le vendre. Louvrier n'effectua pas le voyage et la vente projetée n'eut pas lieu ; Sébastien resta enfermé et mourut au cachot.

Précisions nécessaires à l’interprétation

L'article transmet l'autorisation et le témoignage mais pas leur pièce originale. Le projet précis visant Sébastien est établi dans ce relais ; le système général d'indemnisation et d'exportation évoqué par Delâtre exige les dossiers administratifs avant quantification ou généralisation.

En 1785, Marie Catherine dite Kingué circule entre Port-Margot, Plaisance, le Limbé, Le Borgne et plusieurs…

Point 22 sur 22 · Interprétation · 1785

En 1785, Marie Catherine dite Kingué circule entre Port-Margot, Plaisance, le Limbé, Le Borgne et plusieurs habitations du nord de Saint-Domingue. Son propriétaire est incertain dans l'étude : Belhumeur, ou peut-être une femme libre de couleur vivant chez lui. Marie Kingué verse un salaire à la personne qui la tient en esclavage, vit chez le commandant Chailleau, se déplace jusque dans une voiture, reçoit de l'argent pour ses consultations et vend des garde-corps dix ou douze gourdes. Les rapports nomment au moins quatre planteurs qui la sollicitent. Revenus, clientèle et soutiens élargissent donc sa capacité d'action sans abolir la propriété ni le risque d'arrestation.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Les revenus, déplacements et relations sont connus par des rapports destinés à justifier une poursuite et par l'analyse qu'en donne Houllemare. Le rapport associe les paiements à la crédulité ou à la volonté de nuire ; il ne conserve pas les raisons que les clients donnaient eux-mêmes. « Salaire » désigne ici la somme versée au détenteur selon l'étude, non un contrat de travail libre. Le nom du propriétaire et la qualité territoriale exacte de Chailleau restent contradictoires ou incertains dans l'article.

  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) — rapport édité p. 156-157 pour les garde-corps, leur prix, les demandes, les élèves et l'étendue de la renommée ; analyse p. 160-162 pour le statut incertain, le salaire versé au détenteur, la résidence chez Chailleau, les déplacements, la voiture, les quatre planteurs et les soutiens

Sources reliées

Sources citées par les points publiés ou déjà repérées pour poursuivre l’enquête.