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Esclavage aux Antilles

Thème

Économie de plantation et commerce

Cette page rassemble les récits, les repères et les sources déjà publiés sur ce sujet. Elle sert d’index et ne remplace pas une lecture suivie.

Dans les dossiers

Les récits suivis qui abordent ce sujet.

XVIIe–XVIIIe siècles — Ce qu’il y a entre une capture et un navire

Un jour, deux enfants restent seuls dans la maison pendant que les adultes travaillent aux champs. Des ravisseurs les emportent — et ce n’est pas encore le début d’une traversée. Ce dossier suit leur séparation, puis d’autres parcours jusqu’aux navires qui partent pour les Antilles, tels que les racontent des récits de personnes réduites en esclavage, publiés sous leur nom ou recueillis par d’autres, et des hommes qui menaient ou accompagnaient ce commerce.

Ventes de 1670 à 1789 — Arriver aux Antilles pour y être vendu

En avril 1768, le navire négrier le Vizon, venu de Nantes, est mouillé dans la rade de Saint-Marc, à Saint-Domingue. Dans la nuit du 19 au 20, deux hommes que le navire a amenés s’enfuient. C’est son capitaine qui les fait rechercher : pour lui, ils font encore partie de sa cargaison. Ce dossier suit, depuis les personnes déportées d’Afrique, le temps qui sépare l’arrivée du navire de leur départ avec un acheteur, et fait comprendre qui l’organise.

1769–1773 — Tracées, comptées, vendues : les personnes captives sur deux feuilles de la Marie-Séraphique

En tête d’une feuille qui réunit les plans de la Marie-Séraphique et les comptes de son armement — l’entreprise nantaise qui équipe et finance les voyages de ce navire négrier —, une même phrase compte « 307. captifs divers » et « 351. bariques d’eau ». Une seconde feuille du même genre porte, trois ans plus tard, une autre campagne. Ce dossier suit les personnes de ces deux campagnes à travers ce que les feuilles font d’elles, de leur achat sur la côte d’Afrique centrale à leur vente au Cap-Français, jusqu’au moment où les comptes cessent de les suivre.

Du XVIIᵉ siècle à aujourd’hui — D’où venaient, en Afrique, les ancêtres des Antillais ?

Beaucoup de Martiniquais, de Guadeloupéens et d’Haïtiens — Haïti est l’ancienne colonie française de Saint-Domingue — se demandent de quelle partie de l’Afrique viennent leurs ancêtres. Les voyages de traite montrent de quelles grandes régions de côtes partaient les captifs débarqués dans chaque île ; ils ne donnent ni le lieu de naissance de chacun, ni la part de chaque région parmi les ancêtres d’aujourd’hui. Ces régions diffèrent d’une île à l’autre. Ce dossier dit d’où viennent ces réponses, pourquoi elles s’arrêtent le plus souvent à de grandes régions, et ce qu’y ajoutent les Africains arrivés après l’abolition et l’ADN des Antillais d’aujourd’hui.

XVIIe siècle–années 1850 — Faire famille sous l’esclavage

Dans la nuit du 26 juin 1750, à Saint-Domingue, deux personnes enlèvent Marie-Jeanne « de la chaîne où [elle] était au pied du lit de sa maîtresse ». C’est son père, André, qui les a payées. André appartient à un maître, sa fille à un autre, et il n’a pas pu l’obtenir de celui-ci « pour de l’argent ». Après trois jours chez une femme libre du Cap et deux autres haltes, Marie-Jeanne est conduite près de son père, sur l’habitation où il vit.

Martinique, 1710-1712 — Le Gaoulet, Martinique 1710–1712 : des départs au bois jugés comme un complot

Le 30 avril 1710, au greffe du Cul-de-Sac de la Trinité, sur la côte est de la Martinique, un habitant de la Capesterre, Jacques Gallet, vient déclarer qu’une femme qu’il possède, Laurence, née dans l’île, est « maronne du vingt huit » : elle s’est enfuie deux jours plus tôt, et il ne sait pas où elle est. Dix-sept mois plus tard, à Saint-Pierre, un juge l’interroge dans le procès que la justice poursuit pour « sedition et Revolte contre les Blancs ». Elle dit qu’elle est partie parce que son maître avait brûlé sa case.

Dans les fiches

Des explications courtes pour ouvrir une notion, un document ou une question.

Notion

Qu’est-ce qu’un engagé dans les Antilles françaises ?

Au XVIIe siècle, des milliers de jeunes Français partent travailler aux Antilles sous contrat : on les appelle les engagés, ou les « trente-six mois ». Leur travail est contraint, mais leur service a une fin. Celui des Africains réduits en esclavage n’en a pas. Avec le sucre, les colons recourent de plus en plus à ces Africains asservis, et les engagés reculent à des rythmes différents selon les îles.

7 min · 1620–1789 · Petites Antilles et circulations intercoloniales, Martinique, +7

Notion

Libres de couleur : devenir propriétaire sans devenir l’égal des Blancs

Dans la Guadeloupe de la fin du XVIIIe siècle, les autorités classent comme « libres de couleur » des personnes juridiquement libres qu’elles ne rangent pas parmi les Blancs. Cette liberté peut permettre d’acquérir une terre et même de tenir d’autres personnes en esclavage, sans faire disparaître les discriminations. L’histoire de deux frères et de leur sœur, les Remy-Miotte, montre comment des personnes sorties de l’esclavage peuvent acheter des terres et d’autres personnes sans échapper à la barrière de couleur.

9 min · 1664–1802 · Guadeloupe et dépendances, Martinique

Personne

Marie Kingué, soignante et fabricante de talismans dans le nord de Saint-Domingue

En 1785, dans le nord de Saint-Domingue, la colonie française devenue Haïti, on vient chercher de plusieurs paroisses Marie Catherine, dite Kingué, une femme tenue en esclavage qui soigne, fait accoucher et vend des talismans. Des planteurs la consultent pour trouver le poison auquel ils imputent des morts que le rapport qui la dénonce attribue lui-même à l’excès du travail, et font supplicier, brûler ou vendre les hommes qu’elle désigne. Quand la justice du roi se décide à intervenir, c’est elle qu’elle veut arrêter.

7 min · 1715–1789 · Saint-Domingue, Afrique atlantique

Événement

Sébastien au cachot du Balisier, et les siens devant la cour

En 1838, à Marie-Galante, une petite île qui dépend de la Guadeloupe, un planteur fait enfermer au cachot Sébastien, un homme qu’il tient en esclavage et qu’il accuse d’empoisonner ses bœufs. Sébastien y meurt ; ses fils l’ont nourri et soutenu, sa compagne et d’autres personnes du domaine l’ont enterré. Quatre ans plus tard, le planteur est jugé pour cette mort : la cour entend des personnes esclavisées, dont la famille de Sébastien, avant d’acquitter le planteur.

6 min · 1830–1848 · Guadeloupe et dépendances, Petites Antilles et circulations intercoloniales, +2

Notion

Le pécule : argent, biens et rachat de liberté

Aux Antilles françaises, des personnes esclavisées pouvaient accumuler un peu d’argent et de petits biens, notamment en travaillant en plus de ce que leur maître exigeait d’elles. Avec cet argent, certaines ont acheté leur liberté et celle de leurs enfants. Mais ce prix, c’est à leur maître qu’elles le payaient, et jusqu’en 1845, il pouvait refuser.

8 min · 1664–1848 · Martinique, Guadeloupe et dépendances, +3

Points établis dans les publications

Chaque point reprend un énoncé sourcé déjà employé dans un dossier, une fiche ou une entrée autonome de « Vies et actions », avec la localisation exacte de ses preuves et sa limite de portée.

Du Tertre écrit, dans le tome II de son Histoire générale des Antilles (1667), que l’un des principaux…

Point 1 sur 51 · Témoignage · date non établie

Du Tertre écrit, dans le tome II de son Histoire générale des Antilles (1667), que l’un des principaux commerces des navires français venus aux îles de Dieppe, du Havre, de Saint-Malo, de La Rochelle et d’autres ports a été d’y faire passer de jeunes garçons engagés, qu’ils vendaient aux habitants pour les servir trois ans « comme des esclaves ». Le prix commun en était de mille ou douze cents livres de pétun, c’est-à-dire de tabac, et ils se vendaient bien plus cher quand ils savaient quelque métier.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Du Tertre décrit un commerce passé, sans date ni île précises, et le condamne comme un « detestable negoce » ; le prix est un ordre de grandeur qu’il donne, non un relevé d’actes de vente. « Comme des esclaves » est sa comparaison pour le service dû pendant trois ans : la vente porte sur un temps de service, non sur la personne pour la vie. Le passage ne dit pas quelle part des engagés passait par la vente d’un capitaine plutôt que par un contrat signé avec un colon.

  • Histoire générale des Antilles habitées par les François, tome II — traité VII, p. 464, PDF p. 498, dernier paragraphe : navires de Dieppe, du Havre, de Saint-Malo et de La Rochelle, jeunes garçons engagés vendus aux habitants pour trois ans, prix commun de mille ou douze cents livres de pétun, prix plus élevé pour qui sait un métier

Selon Gabriel Debien, Pouançay, gouverneur de la Tortue et de l’île de Saint-Domingue, meurt au début de…

Point 2 sur 51 · Pratique · liste des biens de Pouançay · état du poste du Cul-de-Sac

Selon Gabriel Debien, Pouançay, gouverneur de la Tortue et de l’île de Saint-Domingue, meurt au début de 1683 ; la liste de ses biens, établie le 15 janvier 1684, comprend des indigoteries moyennes et petites, des places à tabac, une hatte ou parc à bétail et un corail à cochons, qu’il exploitait en association avec un nommé Gallichon, lequel semble administrer la succession. Au fond du Cul-de-Sac, à une lieue de la Grande-Rivière, deux cases forment un simple poste de travail au milieu d’un quartier qui paraît encore forestier ; le 1er mars 1684, elles abritent les charpentiers Bastien Fumay et André Renoleau, le tourneur Gilles Delaize, le tonnelier Gilles Rigaud, Antoine Aurolat, Louis Fausabry et un nommé Lyonnais. Debien ajoute qu’un esclave nommé Haouen avait été envoyé de l’habitation de l’Acul pour chasser et pour nourrir tous ces engagés.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Debien relaie une liste qu’il ne reproduit pas et ne localise que par la mention « Papiers Pouançay, Hardouineau et Beauharnais ». La phrase sur Haouen est celle de Debien, non une citation de la liste : elle ne dit pas qui l’a envoyé, et rien de plus n’est connu de lui. La liste ne donne ni le rôle d’Aurolat, de Fausabry et de Lyonnais, ni ce que faisait l’équipe en dehors des essentes confiées aux charpentiers.

Dans la liste du poste du Cul-de-Sac du 1er mars 1684, que cite Gabriel Debien, Gallichon écrit du tonnelier…

Point 3 sur 51 · Pratique · état du poste du Cul-de-Sac

Dans la liste du poste du Cul-de-Sac du 1er mars 1684, que cite Gabriel Debien, Gallichon écrit du tonnelier Gilles Rigaud, homme « qui est aujourd’huy libre », qu’il s’est accordé avec lui « suivant un escrit fait entre luy et moi » : Rigaud doit prendre la conduite de quatre personnes et d’un garçon chargé de la cuisine pour faire pendant six mois des essentes, dont il lèvera le quart sans rien fournir, hors les dépenses de ferrements ; il a sous lui Marin Guedouille, engagé pour trois ans.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Citation transcrite par Debien ; la liste originale n’est pas reproduite dans son article. La liste ne dit pas quel était l’état antérieur de Rigaud ni qui sont les quatre personnes qu’il conduit. Debien se demande s’il ne tenait pas l’office de commandeur : c’est une question, non un fait établi.

  • Les engagés des Antilles au travail (XVIIe siècle) — p. 11-12, PDF p. 10-11, engagé n° 4 et commentaire : Rigaud « aujourd’huy libre », accord écrit avec Gallichon, quatre personnes et un garçon cuisinier, essentes pendant six mois, le quart du produit, Marin Guedouille

Gabriel Debien cite l’inventaire dressé le 10 avril 1670 et les jours suivants de la sucrerie de la…

Point 4 sur 51 · Pratique · 1670-04-10

Gabriel Debien cite l’inventaire dressé le 10 avril 1670 et les jours suivants de la sucrerie de la Grande-Montagne, à Saint-Christophe, qui appartient alors à la Compagnie des Indes occidentales : il présente la liste de ses 13 engagés et de ses 214 esclaves. Parmi les engagés figurent un chirurgien ; deux commandeurs, Christophe Oullard, qui conduit le travail des esclaves « au jardin », c’est-à-dire aux champs, pour 2 000 livres de sucre par an, et Alain dit Maringouin, commandeur des cabrouets, c’est-à-dire des charrois, pour 1 300 livres de sucre ; quatre maçons, dont Léonard Laplante, qui paraît leur chef ; et le sucrier Jean Mizemont. Debien conclut : « Sur cette plantation presque tous les engagés sont là pour encadrer les esclaves ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

L’inventaire est connu par l’analyse publiée par Debien ; la minute notariale n’est pas reproduite dans son article. La liste des « engagés » réunit des hommes sous contrat et des ouvriers payés au temps servi « sans autre engagement », et la fin de service d’aucun n’y est précisée. La conclusion sur l’encadrement est celle de Debien pour cette seule grande sucrerie : sur la place à tabac de La Pinoterie, en 1682, il écrit au contraire que les quinze engagés « sont sur le pied des autres esclaves ».

  • Les engagés des Antilles au travail (XVIIe siècle) — p. 5-7, PDF p. 4-6, section II et note 4 (Archives nationales, Minutier central, LIV, 352, minutes Baudry) : 13 engagés et 214 esclaves, chirurgien, deux commandeurs, quatre maçons, sucrier ; p. 7 : conclusion sur l’encadrement

Pour Stewart L. Mims (1912), deux faits ont fait échouer tout projet de fournir aux îles leur main-d’œuvre…

Point 5 sur 51 · Interprétation · date non établie

Pour Stewart L. Mims (1912), deux faits ont fait échouer tout projet de fournir aux îles leur main-d’œuvre par des engagés venus de France : l’offre ne suffit plus à suivre la demande après l’introduction du sucre, et le travail esclavisé est « more reliable and much cheaper ». Le planteur dispose de la personne esclavisée toute sa vie, tandis que l’engagé ne sert qu’un temps et devient son propre maître au bout de trois ans. Mims appuie le coût sur un mémoire de 1681 de Pouançay, gouverneur de Saint-Domingue, qui décrit les engagés comme « costing much more than slaves », et justifie la première raison par les pratiques de recrutement que décrivent Pelleprat et Du Tertre. Il juge vain l’argument selon lequel les îles auraient pu être cultivées entièrement par des travailleurs blancs.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Thèse d’un historien de la politique impériale, écrite en 1912 à partir des correspondances administratives : elle ne s’appuie sur aucune série de départs ni de prix, et « more reliable » est son jugement, sans mesure. La phrase de Pouançay n’y est donnée qu’en traduction anglaise. Le raisonnement compte des coûts pour les planteurs ; il ne dit rien de ce que vivaient les personnes achetées.

  • Colbert’s West India Policy — p. 283 et notes 13-15, PDF p. 305 : deux faits contraires aux engagés, propriété viagère du planteur, mémoire de Pouançay de 1681 cité en traduction, justification par les pratiques de recrutement, réfutation de Peytraud

Les Africains engagés sous contrat en Martinique et en Guadeloupe après l’abolition

Point 6 sur 51 · Mesure · 1857–1862

Après l’abolition de 1848, Céline Flory compte 10 552 arrivées africaines sous contrat en Martinique de 1857 à 1862 et 6 142 en Guadeloupe de 1857 à 1861, soit 16 694 arrivées dans les deux colonies. Elle indique que 98 % relevaient du rachat préalable de captifs et situe le système Régis à Loango, Banana et Boma, sans répartir les personnes entre ces trois lieux.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Ces arrivées sont postérieures à l’abolition de l’esclavage colonial légal et relèvent d’un dispositif contractuel coercitif distinct ; elles ne s’ajoutent pas aux débarquements de la traite. La source ne ventile pas les 16 694 personnes entre Loango, Banana et Boma ni, à partir de ces ports, entre des lieux de naissance intérieurs. La Martinique est couverte jusqu’en 1862 et la Guadeloupe jusqu’en 1861.

Dans les Affiches américaines du 14 août 1782, quatre hommes « nouveaux », dits Nago et marqués LAVIL, «…

Point 7 sur 51 · Témoignage · achat des quatre hommes · départ des quatre hommes · parution de l’annonce

Dans les Affiches américaines du 14 août 1782, quatre hommes « nouveaux », dits Nago et marqués LAVIL, « achetés le 9 avril dernier de la cargaison de la Goëlette Danoise l’Arc-en-Ciel, de Saint-Thomas, Capitaine Darell », sont signalés partis d’une des habitations des héritiers Laville, à l’Artibonite, dans la nuit du 4 au 5 août ; l’un est « armé d’une manchette ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

Même statut que les annonces présentées dans « Des annonces pour faire reprendre les personnes » : les catégories et les estimations sont celles de l’annonceur. La goélette vient de Saint-Thomas, colonie danoise : l’annonce établit un achat dans la traite entre îles, non une arrivée directe d’Afrique ; elle ne dit pas si les quatre hommes avaient traversé l’Atlantique sur un même navire. « Manchette » désigne aux Antilles un grand coutelas, le sabre d’abattis des champs de canne.

Le récit de La Courbe, achevé après son retour en France, donne sur deux pages la séquence complète d’une…

Point 8 sur 51 · Témoignage · 1687

Le récit de La Courbe, achevé après son retour en France, donne sur deux pages la séquence complète d’une vente aux îles en juin 1687. L’arrivée d’abord : le navire vient du Cap-Vert « charger des négres », on l’identifie de la côte comme la Sirène, et « il vint aussitost une chaloupe a bord dans laquelle etoit l’agent de la Compagnie pour s’informer de la quantité de negres que nous portions ». Le débarquement ensuite, au premier jour et avant toute autre affaire : « Le lendemain matin, au point du jour, on les fit tous debarquer et on les mit dans un grand magazin pour se rafraichir et se reposer » — le placement au magasin est nommé par la fin que lui donne le témoin, et l’ordre de la journée le situe : les captifs mis au magasin, les officiers vont dîner chez le gouverneur. La vente enfin : « les habitants vinrent pour acheter nos nègres qu’ils visiterent comme on feroit des chevaux. L’on en vendit la meilleure partie en tabac qui est la marchandise la plus commune de ce pays et l’on en donnoit trois milliers pour chaque negre ; les autres furent vendus en indigot qu’on acheptoit sur le pied de 40 solz la livre ou en argent d’Espagne qui n’estoit pas de poid ou en cuirs de bœuf et en cotton ; et les pieces d’Inde, c’est a dire les negres sans defaut et de bon age, se vendoient sur le pied de 300 a 340 livres chacun. » Quatre choses en sortent. La vente se paie surtout en denrées — trois milliers de tabac par personne pour la meilleure partie —, et le numéraire, quand il paraît, est de l’argent d’Espagne « qui n’estoit pas de poid ». L’inspection est décrite par sa comparaison, « comme on feroit des chevaux ». La locution « pièce d’Inde » est glosée par le témoin lui-même, et sa définition est double, sans défaut et de bon âge. Et le prix ferme l’autre bout d’une chaîne que le même volume ouvre ailleurs : le mémoire du 26 mars 1693 du même homme annonce le captif « revenant à 30 livres la pièce, et vendus 300 livres aux îles » ; le journal atteste ici les 300 à 340 livres, six ans plus tôt et par observation directe.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Ce que La Courbe décrit vaut pour cette vente, au Port-de-Paix en juin 1687 : ses prix, ses monnaies et sa procédure ne se généralisent pas. Le journal ne dit ni combien de personnes furent débarquées ou vendues, ni ce que devinrent celles qui n’étaient pas « pièces d’Inde », dont le prix n’est pas donné. L’accord avec son mémoire de 1693 est celui d’un même témoin, non une vérification par une autre source. « Pour se rafraichir et se reposer » est le but que La Courbe donne au magasin ; la formule ne dit pas ce que les personnes y ont vécu. La Courbe voyage sur ce navire, loge chez le gouverneur et écrit pour une compagnie de commerce. Le texte est lu dans l’édition de Prosper Cultru (1913).

Le 27 juin 1698, Robert propose pour la Martinique qu'un habitant détenant au moins vingt travailleurs et…

Point 9 sur 51 · Témoignage · 1698-06-27

Le 27 juin 1698, Robert propose pour la Martinique qu'un habitant détenant au moins vingt travailleurs et travailleuses esclavisés ait un Blanc comme commandeur, puis un engagé par vingtaine. Entre dix et vingt, il demande un engagé sans commandeur ; sous dix, il laisse ce choix à l'habitant. Il présente l'exécution de ce barème comme un moyen d'augmenter considérablement le nombre de Blancs dans les îles.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le mémoire formule un projet et son argument racial et sécuritaire ; il ne prouve ni son adoption, ni son application. Robert emploie successivement « Blanc ou engagé », « commandeur » et « engagé » : ces termes ne sont pas interchangeables, même si son raisonnement les rassemble dans l'augmentation recherchée de la population blanche.

Dans son numéro du 25 mai 1786, la Gazette de la Martinique annonce pour le dimanche 28 mai la vente au…

Point 10 sur 51 · Témoignage · 1786-05-25–1786-05-28

Dans son numéro du 25 mai 1786, la Gazette de la Martinique annonce pour le dimanche 28 mai la vente au Fort-Royal d'« une cargaison d'environ 200 negres Ibo, de choix ». Le journal ne donne dans cet avis ni le nom du navire, ni celui du vendeur, ni le prix, ni l'identité d'aucune des personnes proposées à la vente.

Précisions nécessaires à l’interprétation

La source établit la publication d'une vente future et son ordre de grandeur, non la réalisation de la vente le 28 mai. « Environ » interdit de convertir 200 en effectif exact. « Ibo » et « de choix » sont les qualifications commerciales de l'annonce : elles ne prouvent ni le lieu de naissance, ni la langue, ni l'identité personnelle de chacune des personnes. Aucun document détenu ne relie cet avis à un navire, à un vendeur, à des prix réalisés ou au devenir des personnes.

  • Gazette de la Martinique, n° XXI, 25 mai 1786 — n° XXI, 25 mai 1786, p. 88, vue 4 sur 4, première colonne, tout premier avis, commençant par « Dimanche prochain » et annonçant pour le 28 « une cargaison d'environ 200 negres Ibo, de choix » ; exemplaire ANOM COL C8 A 86, fol. 163

Dans les « Prix courans des marchandises de France à Saint-Pierre le 25 mai 1786 », la Gazette de la…

Point 11 sur 51 · Mesure · 1786-05-25

Dans les « Prix courans des marchandises de France à Saint-Pierre le 25 mai 1786 », la Gazette de la Martinique place entre le riz et la morue étrangère une ligne qui classe des personnes sous « Negres, traite étrangere » et imprime 1 400 à 1 500 livres. Une note immédiatement dessous élargit la fourchette « depuis le prix de 7 à 800 liv. pour les enfans, jusqu'à 18 à 1900 pour les negres de choix » : de 700–800 livres pour les enfants à 1 800–1 900 pour les personnes que la feuille qualifie « de choix ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

Il s'agit d'une cotation imprimée, non d'un registre de ventes, d'une moyenne calculée ou de prix effectivement acquittés. La feuille ne donne ni transactions sous-jacentes, ni nombre de personnes, ni méthode. L'abréviation « l. » est développée en livres ; aucune équivalence monétaire moderne n'est proposée. « Traite étrangère », « enfans » et « de choix » sont ses rubriques. La vente d'environ deux cents personnes annoncée dans la première colonne doit rester distincte : elle est prévue au Fort-Royal, tandis que les prix sont donnés pour Saint-Pierre, et aucune phrase ne les relie.

  • Gazette de la Martinique, n° XXI, 25 mai 1786 — n° XXI, 25 mai 1786, p. 88, vue 4 sur 4, deuxième colonne, tableau « Prix courans des marchandises de France à Saint-Pierre le 25 mai 1786 », entre « Riz » et « Morue étrangere » : « Negres, traite étrangere, 1400 à 1500 l. » puis note en italique « Assortis depuis le prix de 7 à 800 liv. pour les enfans, jusqu'à 18 à 1900 pour les negres de choix. » ; exemplaire ANOM COL C8 A 86, fol. 163

Du Tertre décrit des personnes esclavisées autorisées à élever des volailles et rapporte que D’Orange…

Point 12 sur 51 · Témoignage · 1667

Du Tertre décrit des personnes esclavisées autorisées à élever des volailles et rapporte que D’Orange partageait les portées de truies, trois petits pour lui et deux laissés au choix de la personne qui les élevait. Lorsque le samedi leur est laissé, certaines travaillent pour d’autres habitants contre du tabac. Il attribue aux femmes la culture de légumes, concombres, melons et citrouilles, puis aux maris leur vente aux magasins. À la Martinique, des habitants auraient voulu supprimer cette coutume dite du Brésil parce qu’elle donnait à leurs yeux trop de liberté ; l’auteur relie le défaut de vivres qui en résultait à des départs en marronnage.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le texte ne chiffre ni le nombre de personnes concernées, ni le revenu tiré de ces activités, ni la durée de la coutume. La répartition sexuée des gestes et le lien causal entre suppression du samedi, manque de vivres et fuite sont ceux que formule Du Tertre ; ils ne valent pas mesure générale des ménages esclavisés.

Durant les premières décennies coloniales, des engagés européens et des personnes africaines réduites en…

Point 13 sur 51 · Interprétation · date non établie

Durant les premières décennies coloniales, des engagés européens et des personnes africaines réduites en esclavage travaillent simultanément dans les colonies françaises des Petites Antilles.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Leur poids relatif varie selon l’île, la date et la culture ; la dureté de l’engagement ne doit pas effacer la différence entre un contrat temporaire et un esclavage viager et héréditaire.

À la Tortue et dans la partie française de Saint-Domingue, l’esclavage se développe selon une chronologie…

Point 14 sur 51 · Interprétation · date non établie

À la Tortue et dans la partie française de Saint-Domingue, l’esclavage se développe selon une chronologie différente de celle des Îles-du-Vent : les engagés restent longtemps nombreux, les prises et le commerce interlope jouent un rôle important, et la traite régulière demeure limitée avant la fin des années 1680.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Les estimations disponibles sont prudentes et ne permettent pas de traiter la Tortue, le Cap et les différentes côtes comme un espace uniforme.

L’arrivée du Diligent et les ventes à Saint-Pierre

Point 15 sur 51 · Interprétation · arrivée à Saint-Pierre le 15 mars 1732 · vente du 18 mars à avril 1732, jusqu’au lot vendu à Lamy

Le journal tenu par l’officier Robert Durand, qui écrit « La Diligent », porte l’arrivée du Diligent à Saint-Pierre de la Martinique le 15 mars 1732, après soixante-six jours de traversée, avec 247 personnes captives vivantes. La reconstruction de Robert Harms suit ensuite leur inspection et leur mise en vente : cinq meurent dans l’entrepôt et les 96 dernières sont vendues en un lot au revendeur Lamy, négociant de Saint-Pierre, au prix de 400 livres chacune, moitié payée immédiatement et moitié payable un an plus tard. Harms en déduit par soustraction que les 146 autres ont été remises en gratification à des officiels locaux, ou vendues une à une ou par petits groupes à des planteurs et à des marchands de l’île.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le journal de Durand établit directement l'arrivée, les nombres, les cinq morts et le lot Lamy ; Harms identifie Lamy comme revendeur et reconstruit le reste de la séquence à partir du journal, d'états de compte et d'autres archives produites par les négriers. Il signale lui-même, p. 409–410, que ces sources ne livrent presque aucune identité captive et ne permettent pas de suivre les personnes après leur vente. Le nombre de 146 n'est pas relevé dans une pièce : Harms l'obtient en retranchant de 247 les 96 du lot final et les 5 mortes. Il ne désigne donc aucune phase particulière de la vente, mais réunit toutes les cessions antérieures au lot final, y compris les personnes prélevées en gratification le premier jour. L'acheteur du lot final n'est connu que par son nom de famille — Harms écrit « un marchand d'esclaves de Saint-Pierre nommé Lamy » et Durand « un certain M. Lamy » : son prénom n'est nulle part.

  • The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade — p. 329 pour les 66 jours ; p. 350 pour l’arrivée et les 247 personnes ; p. 333–350 pour l’inspection et les ventes, particulièrement p. 349–350 pour Lamy, les cinq morts dans l’entrepôt et le calcul par soustraction des 146
  • Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732 — p. 66 pour les 256 personnes au départ ; p. 92–93 pour l'arrivée à Saint-Pierre le 15 mars après soixante-six jours et les 247 personnes vivantes ; p. 94 pour les cinq morts des 13, 15, 17, 21 et 22 avril et le lot final de 96 personnes à 400 livres chacune avec paiement fractionné

Le mercredi 19 mars 1732, au deuxième jour de la vente de la Diligent, des marchands d’esclaves de…

Point 16 sur 51 · Pratique · 1732-03-19–1732-03-23

Le mercredi 19 mars 1732, au deuxième jour de la vente de la Diligent, des marchands d’esclaves de Saint-Pierre montent à bord ; Robert Harms les décrit comme des revendeurs, qui achètent par gros lots à bas prix pour revendre ensuite par petits nombres plus cher. Ils inspectent les personnes captives comme les fonctionnaires l’avaient fait la veille, puis offrent beaucoup moins que le prix demandé pour ouvrir le marchandage. Le capitaine Pierre Mary, qui espère approcher 950 livres par homme, refuse de baisser ; les marchands abandonnent la négociation, et Robert Durand note le soir que beaucoup sont venus mais que peu ont acheté. La nouvelle des prix demandés se répand, les marchands cessent de venir ; quelques acheteurs, revendeurs ou habitants, viennent encore en barque le jeudi, le vendredi et le samedi et achètent très peu, et le dimanche aucun ne rame jusqu’au navire. Un rapport publié par le juge et les consuls de la juridiction commerciale de Nantes le 30 janvier 1732, six semaines avant l’arrivée de la Diligent en Martinique, estimait à cinq cents livres le prix de vente moyen d’une personne esclavisée dans les îles.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le journal de Durand établit le prix, la raréfaction des achats et l'ordre des journées, mais non la qualification de tous les visiteurs comme revendeurs ni l'estimation nantaise. Le prix moyen de cinq cents livres est une estimation de la juridiction consulaire de Nantes à un moment donné, non un tarif ni une mesure : il sert de repère de grandeur, pas de référence. Harms écrit lui-même que l'on ne peut que s'interroger sur l'obstination de Pierre Mary ; ce jugement lui appartient. Aucune des personnes exposées pendant ces journées n'est nommée.

Six personnes reprises et gardées à Mouree

Point 17 sur 51 · Événement · 1776-11-08–1777-01-08

Après le saut depuis le Thames, le gouverneur du fort néerlandais de Mouree envoie des habitants en pirogue. Ils ramènent au fort quatre hommes et deux garçons trouvés dans l’eau. Le gouverneur les fait garder tandis que les personnes qui les ont repris réclament un paiement au capitaine Peleg Clarke. Clarke ne parvient pas alors à un accord au prix demandé et confie la négociation à un intermédiaire. Le 8 janvier 1777, il écrit avoir réglé le cas des personnes détenues à Mouree « au prix de la moitié », sans dire combien d’entre elles lui ont été remises ni sous quelle forme exacte le règlement a été conclu. Clarke quitte Cape Coast le même jour. Le relevé officiel borne le voyage de l’Afrique à la Jamaïque pour les personnes restées à bord, mais les documents n’établissent pas le sort individuel des six détenues à Mouree.

Précisions nécessaires à l’interprétation

L’édition ne nomme pas les six personnes et ne conserve pas leur point de vue après leur reprise dans l’eau. John Bell, présenté comme le médecin du bord dans une autre pièce reproduite par l’édition, écrit que Clarke espère obtenir « one half for the other » ; Clarke dit ensuite avoir réglé « at the prices of one half ». Le relevé officiel donne la Jamaïque comme destination du voyage sans préciser ici le port où chaque personne restée à bord est débarquée ou vendue. Le manuscrit du Clarke Letter-Book n’a pas été consulté.

  • Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume III, New England and the Middle Colonies — document 268, p. 321–322, pages PDF 341–342, et document 269, p. 324, page PDF 344 : pirogues envoyées par le gouverneur, quatre hommes et deux garçons ramenés, garde au fort, prix réclamé et négociation confiée à M. Mill ; document 272, p. 326, page PDF 346 : cas des personnes de Mouree réglé « au prix de la moitié », perte finale ramenée à trente et un hommes et deux femmes, et départ de Cape Coast le 8 janvier 1777 ; document 278, p. 331, page PDF 351 : voyage du Thames de l’Afrique à la Jamaïque

Aux Antilles françaises, l’usage voulait que les fonctionnaires coloniaux choisissent des personnes captives…

Point 18 sur 51 · Pratique · 1715–1732-03-15

Aux Antilles françaises, l’usage voulait que les fonctionnaires coloniaux choisissent des personnes captives avant l’ouverture de la vente au public : douze pour le gouverneur général, huit pour son lieutenant, six pour l’intendant, souvent à prix réduit. Des arrêts royaux abolirent cette pratique en 1715, puis de nouveau en 1721 lorsqu’il apparut que le premier n’était pas appliqué ; les fonctionnaires devaient désormais se partager un droit de 2 % sur les personnes vendues. En 1732, les marchands de Nantes se plaignaient encore que le gouverneur et ses commandants prélevaient « un nombre arbitraire d’esclaves » en contravention des ordres du roi, les capitaines abandonnant au moins 4 % de leur cargaison et souvent bien davantage. La pratique tenait parce que l’autorisation du gouverneur était requise avant qu’une vente puisse s’ouvrir : dès l’arrivée de la Diligent, le capitaine Pierre Mary envoya Robert Durand à Fort-Royal la demander au gouverneur général.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le droit de 2 % n’est pas un chiffre de partie : c’est ce que les arrêts royaux substituent à la prise en nature, et l’étude l’écrit comme tel. Les marchands de Nantes l’invoquent de leur côté en 1732, mais autrement — ils demandent que les gratifications soient volontaires, versées en argent et plafonnées par la loi à 2 % de la valeur de la cargaison, là où les arrêts portent un droit sur les personnes vendues. La proportion de 4 %, elle, est bien leur chiffre : c’est ce qu’ils affirment que les capitaines abandonnent en fait, dans une plainte où ils sont partie, et rien ne la mesure indépendamment. Les mêmes marchands soutiennent qu’aucune gratification n’était donnée au temps du monopole de la Compagnie des Indes ; cette affirmation sert leur cause, et aucune autre pièce citée ici ne la confirme. La répartition douze-huit-six est la norme de l’usage, non un relevé de ce qui fut pris à bord de la Diligent.

  • The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade — p. 335 : répartition coutumière douze, huit et six, arrêts royaux de 1715 et 1721, droit de 2 %, plainte des marchands de Nantes en 1732, proportion effectivement abandonnée et nécessité de l’autorisation du gouverneur ; p. 335–336 pour l’envoi de Durand à Fort-Royal

Selon Frédéric Régent, sur le plan cadastral de la Grande-Terre de 1732, une seule concession sur 652…

Point 19 sur 51 · Mesure · 1732–1798

Selon Frédéric Régent, sur le plan cadastral de la Grande-Terre de 1732, une seule concession sur 652 appartient à un homme auquel un qualificatif de couleur est attribué, alors que plusieurs dizaines de ces concessionnaires ont une ancêtre noire. Au début de la Révolution, environ 5 % des esclaves appartiennent au groupe des libres de couleur. Sur environ 2 000 exploitations agricoles recensées en 1796-1798 en Grande-Terre et en Basse-Terre, Petit-Bourg excepté, il compte 384 habitations appartenant à des personnes qu’il classe comme « métissés » et 91 à des « noirs ». Selon lui, ils n’ont quasiment jamais les moyens financiers, ni le crédit, pour acheter des manufactures à sucre.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Les groupes « métissés » et « noirs » sont ceux que Régent construit ; ils ne se superposent pas aux rubriques des recensements. L’ancêtre noire des concessionnaires de 1732 est établie par ses recherches généalogiques, non par le plan, qui ne qualifie qu’un concessionnaire. Les 5 % ne sont pas datés plus précisément que le début de la Révolution.

La feuille dressée pour la campagne de 1772-1773 de la Marie-Séraphique porte, au lieu d’un titre manuscrit,…

Point 20 sur 51 · Pratique · 1772–1773

La feuille dressée pour la campagne de 1772-1773 de la Marie-Séraphique porte, au lieu d’un titre manuscrit, un cartouche ovale en capitales gravées qui désigne son sujet sans en donner le jour : « Vue du Cap Français / et / du Nre. la Marie Séraphique de Nantes / capitaine Gaugy / le jour de l’ouverture de sa vente / troisième voyage d’Angole / 1772.1773. » — sept lignes que la pièce ne sépare par aucune virgule. Le jour n’y est pas écrit : c’est le bloc de la vente, plus bas sur la feuille, qui le donne. Le bandeau comptable chiffre le troisième voyage d’Angole, et son tableau général date et situe la traite, non la vente : « commencée a Kinamina le 16. juin 1772. a Loangue le 19. aoust, et finie le 14. 9bre » — deux lieux d’achat successifs sur la côte, et quatre mois et vingt-neuf jours. La vente s’ouvre au Cap-Français, à Saint-Domingue. Le tableau des personnes s’y intitule « Produit à la côte » et non « Produit à Loangue » comme sur la feuille de 1770.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le « 14. 9bre » se lit 14 novembre 1772 : il date la fin de la traite sur la côte, non l’ouverture de la vente au Cap-Français. Ce sont des comptes dressés par l’armement, et non un registre administratif ; à qui ces feuilles étaient destinées, on l’ignore. Kinamina n’est situé par aucune source du fonds ; la pièce ne dit pas non plus si le navire a mouillé ailleurs entre les deux lieux d’achat. Cette feuille ne porte aucune signature, à la différence de celle de 1770.

Le bloc « Vente au Cap » de la feuille de 1773 étale le produit de la vente sur treize lignes et porte les…

Point 21 sur 51 · Mesure · 1773

Le bloc « Vente au Cap » de la feuille de 1773 étale le produit de la vente sur treize lignes et porte les dates de son ouverture et de sa clôture : il court « depuis le 14. jer. au. 13 Fevr. 1773 ». Le comptant vaut 251 539 livres, près de la moitié du total, et le reste vient en douze échéances jusqu’à dix-huit mois ; la plus forte des échéances à crédit, 82 632 livres, tombe à douze mois, la suivante étant 46 697 à quinze mois. Le total inscrit est de 548 880 livres, et les treize lignes y somment exactement. Les retours sont portés sur deux lignes qu’une accolade réunit, « en lettres de change » et « sucre, café, et piastres », sans virgule entre elles. Les lettres de change sont des promesses écrites de paiement ; les piastres, des monnaies d’argent employées dans le commerce colonial. Trois ans plus tôt, une vente de somme comparable — 508 150 livres — n’avait porté que 78 178 au comptant, moins d’un sixième, et s’était étalée sur treize échéances jusqu’à vingt-quatre mois : à produit voisin, le calendrier de 1773 est bien plus court, et aucune source consultée n’en donne la raison.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Ce sont des comptes dressés par l’armement, en livres tournois, et non un registre administratif ; à qui ces feuilles étaient destinées, on l’ignore. Le total inscrit n’est pas une somme reçue mais un total d’engagements, comme celui de 1770. La comparaison des deux rythmes de paiement est un rapprochement fait ici entre deux blocs de deux feuilles ; aucune des deux pièces ne la porte, et aucun des travaux consultés ne l’explique.

Le bloc « Vente au Cap » de la feuille de 1770 étale le produit de la vente sur quatorze lignes : 78 178…

Point 22 sur 51 · Mesure · 1770

Le bloc « Vente au Cap » de la feuille de 1770 étale le produit de la vente sur quatorze lignes : 78 178 livres au comptant, puis treize échéances à un, deux, trois, quatre, six, huit, neuf, dix, douze, quatorze, quinze, dix-huit et vingt-quatre mois. La plus forte de toutes est celle de douze mois, 156 954 livres ; la dernière, à vingt-quatre mois, porte encore 51 200. Le total inscrit est de 508 150 livres, et les quatorze lignes y somment exactement. Le bloc voisin, « Résultat des opérations », porte en regard 116 372 livres 14 sols 11 deniers de sucre et de café rapportés à Nantes par le navire et 72 380 livres 4 sols 2 deniers de frais et commissions, soit 188 752 livres 19 sols 1 denier de retours ; déduit de la vente générale, ce total laisse 319 397 livres et 11 deniers à recouvrer. Le bloc des résultats s’ouvre sur trois lignes : « Retour à Nantes par le dit Navire, / savoir, / en Scucre & Caffé. » — le scripteur écrit Scucre pour Sucre, graphie gardée telle quelle. Son intitulé est porté en capitales sans accent, « RESULTAT DES OPERATIONS ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

Ce sont des comptes dressés par l’armement, en livres tournois, et non un registre administratif ; à qui ces feuilles étaient destinées, on l’ignore. Le « total des retours » additionne des marchandises rapportées et des frais et commissions, deux natures que la pièce ne distingue pas dans son addition. Les 319 397 livres et 11 deniers sont un solde à recouvrer aux Antilles au moment où la feuille est dressée, non une perte : la pièce ne dit pas s’ils l’ont été.

Le tableau général de la traite de 1769 range dix-sept colonnes de textiles avant tout autre poste —…

Point 23 sur 51 · Pratique · 1769

Le tableau général de la traite de 1769 range dix-sept colonnes de textiles avant tout autre poste — guinées, indiennes, chaffelas et grands coupis, bagutapaux, néganépeaux, grands liménéas, tapsels, grands nicanais, petits nicanais et custas, coupis, boulanges, petits liménéas, fautes, brolles, corots, baguets, draps —, puis l’eau-de-vie, les fusils, les barils de poudre et l’étain. Ses lignes distinguent la traite générale, les coutumes, les courtages et présents, les frais et la consommation du bord. La traite est commencée le 25 août et finie le 16 décembre 1769, et le navire quitte la côte le 18 : entre le premier achat et le départ, il s’écoule près de quatre mois, pendant lesquels le navire achète et finit de se remplir. Combien de temps chaque personne a passé à bord, la feuille ne le dit pas.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Les noms de tissus sont ceux du commerce de l’époque et désignent des pièces de dimensions convenues, non des étoffes identifiables sans étude spécialisée. La ligne des coutumes correspond aux droits versés aux autorités de la côte ; la pièce ne dit pas à qui. La feuille ne se recoupe pas elle-même sur la durée : son cartouche annonce la traite faite « en 3 mois 26 jours », quand les dates portées par le tableau en font trois mois et vingt et un jours, du 25 août au 16 décembre, et trois mois et vingt-trois jusqu’au départ du 18 décembre. Les deux mentions sont publiées sans être conciliées.

Dans les Grands-Fonds de la Grande-Terre — Gosier, Sainte-Anne, Abymes, Moule et Morne-à-l’Eau —, le…

Point 24 sur 51 · Mesure · 1796

Dans les Grands-Fonds de la Grande-Terre — Gosier, Sainte-Anne, Abymes, Moule et Morne-à-l’Eau —, le dépouillement du recensement de 1796 par Babatoundé Lawson-Body compte 826 habitations secondaires. Son tableau les répartit entre 464 « Petits-Blancs » (56 %), 166 « Gens de couleur » (20 %), 36 « Noirs affranchis » (4 %) et 160 « Non indiqué » (19 %). Il cumule les deux premières catégories de libres de couleur à 202 habitations, soit 24,45 %. Frédéric Régent regroupe ensuite les 624 « Petits-Blancs » et « Non indiqué » et écrit des seconds qu’ils sont « pour la plupart considérés comme blancs » : c’est ce regroupement, et non une rubrique du tableau, qui porte la proportion d’environ trois quarts.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le tableau et son commentaire ont été consultés, pas le recensement manuscrit de 1796 dont ils dérivent. « Gens de couleur », « Noirs affranchis », « Non indiqué » et « Petits-Blancs » sont les rubriques imprimées par Lawson-Body ; leur rapport exact aux colonnes et aux mots du recensement reste à contrôler. Les catégories « métissés » et « blancs ou réputés blancs » appartiennent à la synthèse de Régent et ne doivent pas être rétroprojetées dans le tableau. Régent signale qu’aucune recherche généalogique n’a été menée sur cette région et qu’on ignore combien de ces réputés blancs ont des ancêtres métissés. Une habitation secondaire produit du café, du coton ou des vivres : ces chiffres ne disent rien de la propriété des manufactures à sucre. Le périmètre est en outre plus étroit que « les habitations secondaires des Grands-Fonds » : la note 1 de Lawson-Body exclut du compte les habitations de la zone périphérique des Grands-Fonds de Sainte-Anne — Douville, La Souche, Fouché — que le recensement range parmi les « sucreries nationales ou particulières », et il qualifie les 826 d’habitations caféières et cotonnières. Le recensement étant postérieur à l’abolition de 1794, il enregistre la propriété d’habitations, non la détention de personnes.

  • Les Maîtres de la Guadeloupe. Propriétaires d’esclaves (1635-1848) — p. 191, fichier OEBPS/PL19.xhtml, section « Le rôle complémentaire des cultures secondaires » : « 826 habitations secondaires, dont 464 possédées par des gens recensés comme blancs (56 %), 166 par des métissés (20 %) et 36 par des Noirs (4 %) », puis « 160 propriétaires (19 %) non identifiés par la couleur, mais qui sont pour la plupart considérés comme blancs », et l’aveu d’ignorance faute de recherche généalogique ; notes 7 et 8 renvoyant à Lawson-Body
  • Processus du peuplement de l’espace vivrier des Grands-Fonds — p. 97, tableau n° 12, et p. 98, commentaire des 826 habitations et du cumul « GC & NA » à 24,45 % ; PDF p. 68-69

Dans les Grands-Fonds en 1796, une habitation secondaire tenue par un propriétaire blanc ou réputé blanc…

Point 25 sur 51 · Mesure · 1796

Dans les Grands-Fonds en 1796, une habitation secondaire tenue par un propriétaire blanc ou réputé blanc compte en moyenne 27,6 personnes, contre 12,6 chez les « métissés » et 9,1 chez les « Noirs ». Au moins un cultivateur est présent sur 96 % des habitations des premiers, 83 % de celles des deuxièmes et 67 % de celles des troisièmes. Frédéric Régent explique l’écart entre libres métissés et libres noirs par l’affranchissement plus récent des seconds.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Ces moyennes portent sur la population entière de l’habitation — cultivateurs, domestiques, ouvriers qualifiés, propriétaire et sa famille — et non sur le seul nombre de travailleurs : Régent donne des familles de 3,2 personnes chez les Blancs, 4,5 chez les métissés et 4,1 chez les Noirs, et précise qu’un tiers des « esclaves » ne sont pas en capacité de travailler — enfants, vieillards, infirmes. Le mot « esclaves » est le sien, sur un recensement pourtant postérieur à l’abolition de 1794 : ces travailleurs sont d’anciens esclaves soumis au régime du travail forcé. Sur les exploitations qui ne comptent aucun de ces travailleurs, Régent indique que ce sont les propriétaires eux-mêmes qui cultivent la terre. L’explication par la date d’affranchissement est une interprétation de l’historien. Lawson-Body a désormais été consulté, mais les valeurs exactes 27,6, 12,6, 9,1, 96 %, 83 % et 67 % sont les regroupements et calculs publiés par Régent : le tableau n° 12 de Lawson-Body établit les effectifs par catégorie, pas ces six valeurs.

  • Les Maîtres de la Guadeloupe. Propriétaires d’esclaves (1635-1848) — p. 191, fichier OEBPS/PL19.xhtml, section « Le rôle complémentaire des cultures secondaires » : moyennes de 27,6 personnes par habitation chez les Blancs et réputés Blancs, 12,6 chez les métissés et 9,1 chez les Noirs, et la décomposition de cette population en cultivateurs, domestiques, ouvriers qualifiés, propriétaires et leurs familles

Frédéric Régent explique par trois conditions la place des libres de couleur dans les cultures d’exportation…

Point 26 sur 51 · Interprétation · date non établie

Frédéric Régent explique par trois conditions la place des libres de couleur dans les cultures d’exportation secondaires de la Guadeloupe. Le café et le coton, « comme naguère le tabac, ne nécessitent pas un investissement initial important : une personne seule peut en cultiver et agrandir progressivement son exploitation ». L’affranchi « reçoit fréquemment un lopin de terre de son ancien maître, [et] peut donc s’établir et prospérer ». Et des concessions accordées à des affranchis, il ne relève de traces qu’« en 1664, 1671 et 1732 », la dernière tombant à une date où « la quasi-totalité des zones les plus propices à la culture de la canne à sucre sont concédées » : « désormais, les nouveaux affranchis ne disposent plus que des régions escarpées des Grands-Fonds et du massif montagneux de la Basse-Terre et des zones les plus sèches pour s’installer ». Il en conclut que « les cultures de denrées d’exportation secondaires sont l’activité de prédilection des libres de couleur », et que leur présence sur les zones difficiles à mettre en valeur « s’explique donc par leur accès plus tardif à la liberté que les autres catégories de concessionnaires, et non par une volonté de ségrégation géographique ».

Précisions nécessaires à l’interprétation

C’est une explication d’historien, et elle est donnée comme telle : Régent raisonne sur des conditions d’accès, non sur des pièces qui montreraient un affranchi choisissant le café. Aucune des trois conditions n’est chiffrée. « Fréquemment », pour le lopin reçu de l’ancien maître, ne repose sur aucun dénombrement ; les concessions à des affranchis sont attestées par des « traces » en trois millésimes sans qu’il en donne le nombre ; et la saturation de 1732 est affirmée pour les « zones les plus propices » à la canne, ce qui n’est pas la même chose que toutes les terres. « Activité de prédilection » ne veut pas dire majorité : dans la même section, Régent note que les propriétaires d’habitations secondaires comptent « une proportion significative de gens de couleur libres, mais aussi de gens réputés blancs, issus du métissage », et le dépouillement des Grands-Fonds en 1796 laisse les trois quarts de ces habitations à des propriétaires blancs ou réputés tels. Régent écarte explicitement la ségrégation géographique comme cause de leur présence sur ces terres difficiles. Les conditions décrites courent de 1732 à 1789 ; les dénombrements des Grands-Fonds sont de 1796, après l’abolition de 1794. Et l’absence de traces après 1732 n’établit pas que les concessions à des affranchis aient cessé : Régent relève des traces, il ne dénombre pas des concessions, et il n’écrit nulle part qu’il n’y en eut plus.

  • Les Maîtres de la Guadeloupe. Propriétaires d’esclaves (1635-1848) — p. 211, fichier OEBPS/PL19.xhtml, section « Face au dynamisme des affranchis, l’argument de la couleur » : le café et le coton qui « ne nécessitent pas un investissement initial important », l’affranchi qui « reçoit fréquemment un lopin de terre de son ancien maître, peut donc s’établir et prospérer », et « Les cultures de denrées d’exportation secondaires sont l’activité de prédilection des libres de couleur »
  • Les Maîtres de la Guadeloupe. Propriétaires d’esclaves (1635-1848) — p. 211, fichier OEBPS/PL19.xhtml, paragraphe suivant : « Quelques affranchis ont reçu des concessions ; nous en trouvons des traces en 1664, 1671 et 1732 », la saturation à cette date des « zones les plus propices à la culture de la canne à sucre », les régions escarpées et sèches restant aux nouveaux affranchis, et la conclusion écartant la ségrégation géographique au profit de l’accès plus tardif à la liberté

Le navire est lancé à Nantes en octobre 1764 sous le nom de Dannecourt, construit spécialement pour la…

Point 27 sur 51 · Événement · 1764–1777

Le navire est lancé à Nantes en octobre 1764 sous le nom de Dannecourt, construit spécialement pour la traite — ce qui n’était pas le cas de la plupart des négriers. Après une première expédition en 1765-1766, il est vendu en juin 1769 à Jacques Gruel, marchand nantais, qui le rebaptise du prénom de sa femme : Marie-Séraphique. Gruel lui fait faire quatre expéditions vers l’Angola, puis le vend en 1776 à un groupe de marchands nantais qui le rebaptisent Sartine et l’envoient une dernière fois à la côte d’Afrique. Six expéditions de traite en tout, au cours desquelles il transporte en moyenne 357 personnes, quand les négriers britanniques du siècle en portent d’ordinaire environ 267 et les français approchent de 325.

Précisions nécessaires à l’interprétation

La carrière du navire et l’origine de son nom viennent de l’étude et de la monographie de Bertrand Guillet qu’elle cite, non des deux feuilles, qui ne disent ni l’une ni l’autre. Le prénom de l’épouse de Gruel n’est connu ici que par l’étude. Les moyennes de 267 et 325 personnes sont calculées sur la base de données des expéditions de traite, dont l’étude rappelle qu’elle ne renseigne pas le gréement des négriers français.

  • Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique — corps du chapitre : « construit à Nantes et destiné spécialement à la traite – ce qui n’était pas le cas de la plupart des navires négriers –, il fut lancé en octobre 1764 sous le nom de Dannecourt » ; « la Marie-Séraphique transporta en moyenne 357 personnes lors de ses six voyages en Afrique ; au XVIIIe siècle, les bateaux britanniques transportaient d’ordinaire environ 267 captifs et les négriers français approchaient des 325 ». Note 19 pour l’achat de juin 1769 par Jacques Gruel, « un marchand qui rebaptisa le navire en lui donnant le prénom de sa femme, Marie-Séraphique », les quatre expéditions vers l’Angola et la revente de 1776 sous le nom de Sartine

Sur les deux feuilles de la Marie-Séraphique, la colonne qui compte les personnes n’a pas de suite, et elle…

Point 28 sur 51 · Interprétation · feuille de 1770 · feuille de 1773

Sur les deux feuilles de la Marie-Séraphique, la colonne qui compte les personnes n’a pas de suite, et elle ne s’arrête pas à la même case : « Reste jusqu’à ce jour » en 1770, un solde arrêté à un jour que la feuille ne date pas ; « Vendus au Cap » en 1773. Celle de l’argent continue au-delà. La vente de 1770 porte 508 150 livres tournois, dont 78 178 seulement au comptant — moins d’un sixième —, le reste venant en treize échéances jusqu’à vingt-quatre mois. Celle de 1773 porte 548 880 livres, dont 251 539 au comptant, le reste inscrit en douze échéances jusqu’à dix-huit mois. Et au moment où la feuille de 1770 arrête ses comptes, il reste 319 397 livres et 11 deniers à recouvrer aux Antilles. Le chiffre que chaque feuille porte pour sa vente est donc un total d’engagements, non une somme reçue.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le rapprochement des deux colonnes est une lecture de ce site ; chacun des faits qu’il relie est lu sur la pièce. Les 319 397 livres et 11 deniers sont un solde à recouvrer au moment où la feuille est dressée, non une perte : la pièce ne dit pas s’ils ont été recouvrés. Ce sont les comptes de l’armement, en livres tournois, non un registre administratif, et aucune des pièces extérieures consultées pour ce dossier ne les confirme. Que la colonne des personnes s’arrête n’établit pas une intention : elle enregistre ce que l’armement avait à suivre. La dernière ligne de 1770 est un solde, non le terme d’une vente : rien n’y dit que les personnes qu’elle compte aient déjà été vendues.

  • Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1770, tableau « Produit à Loangue », dernière ligne « Reste jusqu’à ce jour », et bloc « Vente au Cap », quatorze lignes du comptant à vingt-quatre mois ; bloc « Résultat des opérations » pour le solde de 319 397 livres et 11 deniers. Feuille de 1773, tableau « Produit à la côte », dernière ligne « Vendus au Cap », et bandeau de vente du 14 janvier au 13 février 1773, treize lignes.

On ignore qui a commandé les deux feuilles de la Marie-Séraphique, à qui elles étaient destinées et quand…

Point 29 sur 51 · Interprétation · date non établie

On ignore qui a commandé les deux feuilles de la Marie-Séraphique, à qui elles étaient destinées et quand elles ont été exécutées. Bernard Michon recense quatre motifs possibles — célébrer le bilan des expéditions, rendre hommage à l’épouse de l’armateur Jacques Barthélémy Gruel, prénommée Marie-Anne Séraphique et dont le navire porte le prénom, servir de présent des marins à l’armateur pour saluer la clôture des opérations, ou attirer des investisseurs pour le financement de futurs armements — et conclut « qu’il est impossible de trancher, d’autant que les dates précises de réalisation des dessins ne sont pas connues ». La feuille de 1770 porte au bas de son bandeau comptable la mention « L’hermite Fecit. » ; celle de 1773 ne porte aucune signature.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Michon donne l’hypothèse commerciale pour « séduisante » sans la retenir, et elle ne dit pas la même chose que « rendre compte à des intéressés existants » : attirer des bailleurs futurs n’est pas solder une campagne devant ceux qui l’ont financée. Que les feuilles contiennent les comptes d’une campagne est lu sur la pièce ; ce qu’on voulait en faire ne l’est pas. Michon est ici seul témoin, dans un article de synthèse de sept pages.

  • La Marie-Séraphique, navire de traite nantais au XVIIIe siècle — section « Contexte : représenter la traite des esclaves africains au 18e siècle » : « Quelles peuvent être les motifs d’une telle commande et qui sont les destinataires de ces images » ; les quatre hypothèses et la conclusion « Il est impossible de trancher, d’autant que les dates précises de réalisation des dessins ne sont pas connues » ; « Une autre hypothèse, séduisante pour l’historien, serait de mettre en avant la finalité commerciale de cette démarche : attirer des investisseurs pour participer au financement des armements »
  • Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1770, mention « L’hermite Fecit. » au bas du bandeau comptable ; feuille de 1773, bandeau comptable, sans signature

Le paiement des captifs vendus par un navire de traite s’effectue soit en marchandises coloniales, soit en…

Point 30 sur 51 · Pratique · date non établie

Le paiement des captifs vendus par un navire de traite s’effectue soit en marchandises coloniales, soit en argent, et s’étale souvent sur plusieurs années. Le calendrier d’échéances que porte une feuille de vente n’est donc pas une particularité de cette vente-là : c’est, selon Michon, une forme fréquente du règlement au Cap-Français.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Un seul témoin, un article de synthèse de sept pages destiné à un large public, qui donne l’énoncé sans exemple chiffré ni renvoi. Michon l’écrit à propos des ventes au Cap-Français ; rien n’assure qu’il vaille identiquement dans les autres colonies ni sur toute la période. « Souvent » est son mot : l’étalement n’est pas une règle, et la durée ne se déduit d’aucune moyenne.

  • La Marie-Séraphique, navire de traite nantais au XVIIIe siècle — section « Archive : deux représentations de la Marie-Séraphique » : « Les transactions se déroulent à bord du navire où les captifs sont vendus par lots. Le paiement des captifs s’effectue, soit en marchandises coloniales, soit en argent, et s’étale souvent sur plusieurs années »

Dans la Martinique des années 1830 et 1840, des personnes esclavisées vendent le produit de leurs jardins…

Point 31 sur 51 · Pratique · 1830–1847

Dans la Martinique des années 1830 et 1840, des personnes esclavisées vendent le produit de leurs jardins dans les bourgs et villes. Le dimanche est le principal jour de marché ; Le Lamentin, Le François, La Trinité et Le Robert attirent des vendeurs venus de plusieurs parties de l’île. Manioc, patates, ignames, volailles, fruits, légumes, poissons, animaux et objets fabriqués y sont échangés avec des biens manufacturés, tandis que le marché sert aussi à se rencontrer, circuler et échanger des nouvelles.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Tomich compose cette description à partir d’observateurs, de responsables coloniaux et de statistiques qui ne donnent ni la fréquence des déplacements de chaque personne ni la part exacte du ravitaillement de la colonie fournie par ces ventes. Soleau rapporte que cinq à six mille personnes pourraient se réunir au Lamentin, mais cette estimation indirecte n’est pas reprise comme une mesure dans l’énoncé. Le marché ouvre des usages propres sans soustraire les vendeurs à l’esclavage ni aux contrôles policiers.

À la Martinique dans les années 1840, l’organisation des jardins vivriers transfère aux personnes…

Point 32 sur 51 · Interprétation · 1840–1847

À la Martinique dans les années 1840, l’organisation des jardins vivriers transfère aux personnes esclavisées une partie du temps et du travail nécessaires à leur propre entretien, en dehors du temps consacré aux cultures commerciales. Elle réduit ainsi les dépenses alimentaires des propriétaires tout en laissant aux cultivateurs une maîtrise conditionnelle de parcelles, de récoltes et d’un éventuel surplus vendu ou échangé.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Cette organisation ne s’applique pas partout de la même manière. Les terres sèches ou pauvres de plusieurs communes du sud limitent les cultures, des personnes incapables de pourvoir à leur nourriture continuent de recevoir une ration et certaines refusent le jardin parce qu’il ajoute du travail à leur journée. Les documents mobilisés par Tomich disent peu de la manière dont les intéressés organisent eux-mêmes cette activité ; la maîtrise du produit reste exposée aux retraits de temps, de terre ou de récolte.

Dans le corpus notarial de Nicole Vanony-Frisch, couvrant 1760–1789 mais dont 98 % des descriptions datent…

Point 33 sur 51 · Mesure · 1760–1789

Dans le corpus notarial de Nicole Vanony-Frisch, couvrant 1760–1789 mais dont 98 % des descriptions datent de 1776–1789, le tableau des origines compte 1 836 personnes dites africaines. Il classe 1 162 personnes sous le terme très large « Nègres de Guinée ». Parmi les désignations plus précises, « Ibo » arrive en tête avec 248 personnes, devant « Congo » avec 87, « Arada » avec 68, « Soso » avec 57, « Caplaou » avec 49 et « Moco » avec 40.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le corpus comprend 213 inventaires d’habitations complétés par d’autres minutes, avec des pertes documentaires et une sous-représentation de la Grande-Terre. Il ne forme ni un recensement de la Guadeloupe ni un échantillon aléatoire. « Guinée » désigne un espace côtier immense et ne peut être réparti entre les régions. Les autres mots sont des catégories historiques consignées par notaires et propriétaires ; ils n’établissent pas automatiquement une naissance ni une identité actuelle. Les 1 836 personnes appartiennent à un corpus distinct des débarquements estimés par SlaveVoyages.

Dans les minutes des notaires Beaulieu et Saunier étudiées pour les Nippes entre 1721 et 1770, Arlette…

Point 34 sur 51 · Mesure · 1721–1770

Dans les minutes des notaires Beaulieu et Saunier étudiées pour les Nippes entre 1721 et 1770, Arlette Gautier compte 1 812 personnes dites africaines. Le tableau régional place la « Côte des Esclaves », correspondant à la baie du Bénin dans la synthèse, à 30,2 %, devant « Congo » à 20,3 %, la « côte du Biafra » à 17,2 %, la « Sénégambie » à 16,6 % et la « Côte de l’Or » à 9,3 %.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le tableau porte sur les Nippes, dans le Sud de Saint-Domingue, et ne représente pas toute la colonie. Ses catégories sont celles d’une étude publiée à partir de désignations notariales historiques : certaines renvoient à des ports, des langues ou des classements plus larges que les appartenances individuelles. Les cinq parts citées font 93,6 % ; le tableau compte aussi Sierra Leone et la Côte des Graines, à 1,7 % chacune, et « Divers », à 2,5 %, et ses huit parts totalisent 99,5 %. Le titre de l’étude donne 1721–1770, tandis que la première colonne du tableau est intitulée 1720–1730.

Deux corpus locaux de Saint-Domingue placent l’Afrique centrale occidentale en tête sans être additionnés.

Point 35 sur 51 · Mesure · Jacmel, 1757–1791 ; achats Laborde, surtout 1769–1791

Deux corpus locaux de Saint-Domingue placent l’Afrique centrale occidentale en tête sans être additionnés. À Jacmel, entre 1757 et 1791, Roseline Siguret compte 520 personnes portant une désignation africaine : « Congo » est la première catégorie avec 165 personnes, devant « Ibo » avec 81, « Arada » avec 46, « Bambara » avec 40 et « Mondongue » avec 34. Pour trois habitations Laborde de la plaine des Cayes, acquises entre 1768 et 1771, Bernard Foubert relève 2 273 entrées dans le compte des achats, chacune correspondant à une personne tenue en esclavage ; 2 031 comportent une désignation africaine. Il situe environ 2 000 de ces opérations entre 1769 et 1791. Le regroupement prudent des désignations donne 908 personnes rattachées à l’Afrique centrale occidentale, 493 à la baie du Bénin et 147 à la baie du Biafra. Parmi les 540 personnes transportées par les navires de la famille Laborde et de ses partenaires, Foubert en relève 510 enregistrées comme « Congo » et rattache cette concentration aux expéditions dirigées vers Cabinda et Malemba.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Jacmel et les trois habitations Laborde couvrent des lieux, des cultures de plantation, des dates et des opérations documentaires différents. Ces deux corpus ne forment ni deux échantillons indépendants de toute la colonie ni un total commun. Les 2 031 désignations africaines sont obtenues en retranchant des 2 273 entrées les 199 « Créoles », 8 « Mulâtres » et 35 « Indéterminés » ; elles ne constituent pas un total directement daté de 1768 à 1791. Le regroupement des désignations Laborde exclut de ses trois principaux agrégats les catégories ambiguës ou non résolues et ne transforme pas une catégorie d’achat en lieu de naissance. Les inventaires de Jacmel entrent en partie dans la base plus large de Geggus ; ils ne constituent donc pas une corroboration indépendante de celle-ci.

  • Esclaves d’indigoteries et de caféières au quartier de Jacmel (1757–1791) — p. 224, tableau contrôlé : 333 personnes dites créoles et 520 personnes portant 31 désignations africaines, après exclusion des inventaires répétés de l’atelier Theuret
  • L’origine des esclaves des habitations Laborde — p. 103–123, § 2 pour l’acquisition des habitations entre 1768 et 1771, les 2 273 personnes achetées et les quelque 2 000 achats de 1769 à 1791 ; § 39–40 et tableau du § 40 pour les catégories, dont 2 031 désignations africaines par soustraction ; § 20–24, 32 et 53 pour les armements liés à Laborde vers Cabinda ou Malemba et les 510 personnes enregistrées comme « Congo » sur les 540 livrées par ces navires

David Geggus réunit 352 plantations de Saint-Domingue — 126 sucreries, 176 caféières et 50 indigoteries ou…

Point 36 sur 51 · Mesure · 1770–1791

David Geggus réunit 352 plantations de Saint-Domingue — 126 sucreries, 176 caféières et 50 indigoteries ou cotonneries — et 31 382 personnes dont l’origine est dite connue, principalement entre 1770 et 1791. Par pondération sur une population asservie supposée de 480 000 personnes en 1789, il estime la part des personnes classées « Congo » à 23,9 % pour la colonie et celle des personnes nées en Afrique à 53,47 %, avec de fortes variations selon les régions et les cultures.

Précisions nécessaires à l’interprétation

La base assemble des listes produites à des dates variables et les estimations de 1789 reposent sur des pondérations ainsi que sur une population supposée de 480 000 personnes ; elles ne sont pas un recensement exhaustif. « Congo » est une catégorie historique large, pas un lieu de naissance précis. La base inclut notamment les listes de Siguret et quatorze listes publiées par Debien : ces études ne constituent donc pas des validations indépendantes. Les différences entre Nord, Ouest, Sud et cultures font partie du résultat ; le seul taux colonial ne les résume pas.

  • Kongomania and the Haitian Revolution — tableau 1 pour les 352 plantations, leur répartition par culture et les 31 382 personnes d’origine dite connue ; tableau 2 pour 28,8 % Congo dans le Nord, 20,7 % dans l’Ouest, 21,5 % dans le Sud et 23,9 % pour la colonie ; tableau 3 pour 53,47 % de personnes nées en Afrique

Dans une lettre envoyée du Cap le 17 juillet 1762, Lugny recommande de remplacer la vente à bord des navires…

Point 37 sur 51 · Prescription · 1762-07-17

Dans une lettre envoyée du Cap le 17 juillet 1762, Lugny recommande de remplacer la vente à bord des navires par une vente à terre des personnes déportées. Il propose de tenir séparé le groupe venu de chaque navire dans des magasins aérés, d’aménager un lieu pour les malades et de faire supporter les frais par le commerce. Son argument associe la réduction des morts et des maladies aux intérêts des armateurs et des acheteurs, avec une comparaison explicite à la pratique de la Martinique.

Précisions nécessaires à l’interprétation

La lettre expose une proposition administrative et commerciale ; elle ne prouve pas que la vente à terre ait été imposée ou pratiquée au Cap. Elle traite les personnes transportées comme des cargaisons, ne les nomme pas et ne conserve pas leur point de vue. La pétition ouverte à droite de la vue 109 après le règlement du 9 mars 1764 est une pièce distincte.

Le compte de vente de La Bonne Société annonce 425 personnes et situe à Saint-Pierre, en Martinique, une…

Point 38 sur 51 · Mesure · du 9 août à septembre 1784

Le compte de vente de La Bonne Société annonce 425 personnes et situe à Saint-Pierre, en Martinique, une vente conduite par le négociant Coeron. La liste s'ouvre le 9 août 1784. Elle inscrit les acheteurs sous la formule « à Messieurs », puis, sans nommer les personnes vendues, consigne leur nombre, des catégories commerciales, le montant de l'opération et, pour certaines lignes, un délai en mois. Elle inscrit 343 personnes, en retranche une et compte 342 personnes vendues. Cinq lignes supplémentaires ventilent 83 autres personnes entre des pertes et situations distinctes, dont 38 morts pendant la vente à Saint-Pierre.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Les 425 personnes forment le total annoncé par le compte, non un nombre de ventes. Les catégories sont celles du scribe marchand et ne décrivent pas les identités des personnes ; les noms portés dans la colonne des acheteurs ne donnent pas celui des personnes vendues. Parmi les 83 personnes hors des ventes nettes, la signification d'une ligne de huit reste indéterminée ; la cause de la déduction d'une personne reste incertaine. Les 38 morts sont un total du compte, sans noms, dates individuelles ni causes. Le nom du négociant se lit « Coeron » aux vues 116 et 121 du registre.

  • Journal de traite, compte de vente et liquidation de La Bonne Société — MS 2291, pages manuscrites 112–113, vues 116–117 : titre du compte, Saint-Pierre et le négociant « Coeron », nom porté aussi à la vue 121 (état des effets qui lui sont remis) ; ouverture de la liste le 9 août 1784 ; colonnes des acheteurs, des nombres et catégories, des sommes et des termes en mois ; 343 personnes inscrites, une déduction, total net de 342 personnes vendues ; cinq lignes supplémentaires totalisant 83 personnes, dont 38 mortes pendant la vente à Saint-Pierre

Nicolas relie le recul de l’engagement et le recours croissant à l’esclavage africain aux besoins durables…

Point 39 sur 51 · Interprétation · date non établie

Nicolas relie le recul de l’engagement et le recours croissant à l’esclavage africain aux besoins durables du sucre et au calcul de coût des propriétaires. Ce calcul colonial classe des personnes selon une origine racialisée et organise leur disponibilité au travail ; il ne révèle aucune aptitude naturelle des Africains.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Nicolas reprend des formulations d’acclimatation qui naturalisent le choix des maîtres. L’affirmation les reformule comme calcul social ; elle ne chiffre ni prix relatifs ni durée de vie.

En comparant engagés européens et personnes africaines asservies, Thornton soutient que le statut juridique…

Point 40 sur 51 · Interprétation · date non établie

En comparant engagés européens et personnes africaines asservies, Thornton soutient que le statut juridique différencie d’abord les deux groupes : les colons savent avant les grands codes que l’achat d’un Africain est tenu pour viager et héréditaire, tandis que l’engagement a un terme. Le remplacement progressif des engagés par des personnes esclavisées contribue ensuite à durcir une frontière raciale et politique.

Précisions nécessaires à l’interprétation

L’antériorité du statut ne signifie pas que la racialisation viendrait seulement après le droit ni que couleur et origine seraient absentes des pratiques initiales. Thornton tranche un débat historiographique ; les cas français qu’il relaie doivent revenir à Bouton, Rochefort et Du Tertre.

Du Tertre explique que certains maîtres ménagent moins les engagés français que les personnes esclavisées…

Point 41 sur 51 · Témoignage · date non établie

Du Tertre explique que certains maîtres ménagent moins les engagés français que les personnes esclavisées parce qu’ils ne détiennent les premiers que trois ans tandis que l’achat des secondes engage un intérêt patrimonial durable. Son raisonnement fait de la durée de propriété un calcul de conservation, non une mesure indépendante des violences subies.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Cette explication appartient à Du Tertre et ne démontre pas que les personnes esclavisées sont mieux traitées. Elle éclaire le calcul qu’il prête aux maîtres.

Les listes coloniales étudiées par Gautier ne reflètent pas directement les liens vécus.

Point 42 sur 51 · Interprétation · date non établie

Les listes coloniales étudiées par Gautier ne reflètent pas directement les liens vécus. Certaines regroupent les personnes par familles ; d’autres énumèrent d’abord les hommes, puis les femmes avec leurs enfants et rendent ainsi les pères moins visibles. Cette transformation documentaire accompagne le regard du propriétaire devenu chef d’entreprise, mais elle ne prouve ni la disparition des couples ni l’absence de liens paternels.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Les listes sont hétérogènes par date, colonie, plantation et producteur. L’interprétation porte sur leurs catégories et leur ordre ; elle ne permet pas de reconstituer sans les actes originaux chaque famille ni de généraliser une pratique notariale à toutes les Antilles.

Longin affirme que certains artisans esclavisés peuvent travailler pour leur propre compte en versant chaque…

Point 43 sur 51 · Pratique · séjour attribué à Longin en Guadeloupe

Longin affirme que certains artisans esclavisés peuvent travailler pour leur propre compte en versant chaque mois huit ou dix gourdes à leur propriétaire. S’ils trouvent continuellement de l’ouvrage et épargnent, ils peuvent acquérir une petite aisance et parfois racheter leur liberté, issue qu’il dit très rare. Métier, pécule et mobilité restent donc organisés par une redevance au maître et par le maintien du statut servile.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Longin ne donne ni contrat, ni métier individuel, ni compte, ni acte d’affranchissement. Le montant et la rareté alléguée décrivent sa généralisation ; ils ne forment pas une série de revenus ou de rachats.

  • Voyage à la Guadeloupe. Œuvre posthume — p. 225-227, vues 237-239 ; passage porteur p. 226, vue 238 : l’ouvrier qu’un maître laisse « travailler pour son propre compte, moyennant qu’il en reçoit, chaque mois, huit ou dix gourdes », la « petite aisance » et « Rien de plus rare qu’un nègre puisse se racheter »

Robert présente l'engagement de trois ans comme un instrument de colonisation : il habituerait de jeunes…

Point 44 sur 51 · Témoignage · 1698-06-27

Robert présente l'engagement de trois ans comme un instrument de colonisation : il habituerait de jeunes hommes au travail, les préparerait à défricher et leur servirait d'apprentissage pour devenir habitants. Il affirme que beaucoup d'anciens habitants étaient passés par l'engagement et associe sa disparition au recul des nouveaux défrichements ; les nouveaux venus sans biens chercheraient désormais une terre déjà ouverte et des personnes esclavisées pour la cultiver, ou un mariage donnant accès à un patrimoine.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Il s'agit du récit historique et causal de Robert, formulé pour défendre sa proposition. La pièce ne donne ni série de contrats, ni liste d'anciens engagés devenus propriétaires, ni mesure des défrichements, ni trajectoire de mariage ; chacun de ces points demande un recroisement avant généralisation.

Robert reconnaît en 1698 que certains maîtres font travailler les engagés au-delà de leurs forces, les…

Point 45 sur 51 · Témoignage · 1698-06-27

Robert reconnaît en 1698 que certains maîtres font travailler les engagés au-delà de leurs forces, les frappent continuellement et ne leur donnent pas assez à manger. Il explique qu'ils font moins de cas de la vie d'un engagé que de celle d'une personne noire esclavisée parce que le premier leur coûte moins et que sa mort leur fait perdre moins ; il refuse pourtant de raccourcir pour cette raison tous les engagements et renvoie les abus à la justice.

Précisions nécessaires à l’interprétation

La pièce établit qu'un intendant reconnaît ces violences et leur donne une explication économique ; elle ne nomme aucune personne, ne mesure aucune fréquence et ne cite aucune plainte ou sanction. Au folio suivant, Robert affirme aussi qu'un engagé coûte davantage et rend moins de service qu'une personne esclavisée : faute de compte, les deux comparaisons doivent rester situées plutôt que réconciliées artificiellement.

Dans un mémoire de 1681, Pouançay propose de limiter chaque habitant de Saint-Domingue à quatre personnes…

Point 46 sur 51 · Prescription · 1681

Dans un mémoire de 1681, Pouançay propose de limiter chaque habitant de Saint-Domingue à quatre personnes esclavisées, puis de l'obliger à posséder autant d'engagés que de personnes esclavisées au-delà de ce seuil. Une formulation voisine propose aussi de limiter à cent cinquante par an les personnes envoyées par la Compagnie d'Afrique : les personnes esclavisées coûtant moins cher que les engagés venus de France, leur multiplication détournerait selon lui les habitants des engagés et réduirait la population française disponible pour défendre la colonie.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Le mémoire propose une politique et expose son raisonnement ; il ne prouve ni adoption, ni application, ni effectifs réels. Mettre en balance engagés et personnes esclavisées pour le peuplement et la défense ne constitue pas une opposition de l'auteur à la propriété servile.

Le 27 août 1687, Cussy explique avoir différé l'exécution d'une ordonnance qui impose à chaque habitant…

Point 47 sur 51 · Témoignage · 1687-08-27

Le 27 août 1687, Cussy explique avoir différé l'exécution d'une ordonnance qui impose à chaque habitant autant d'engagés que de personnes esclavisées, faute d'arrivées suffisantes et pour éviter une hausse imposée par les marchands. Il affirme aussi que plusieurs personnes esclavisées meurent du mauvais traitement de leur maître et mentionne des refus de travailler, qu'il décrit dans le vocabulaire hostile de l'autorité chargée de les contraindre.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Cussy parle comme gouverneur et reprend les justifications des maîtres tout en reconnaissant les mauvais traitements. Sa lettre ne mesure ni la fréquence des décès, ni les formes des refus, ni les causes individuelles, et ses qualificatifs sur les personnes qui refusent ne constituent pas une description neutre.

Plusieurs interrogatoires situent Michau chez Loré pendant sa fuite et lui attribuent des travaux de cacao,…

Point 48 sur 51 · Interprétation · 1710–1711

Plusieurs interrogatoires situent Michau chez Loré pendant sa fuite et lui attribuent des travaux de cacao, de séchage de farine, de coupe de bois et de cœurs de palmier. Michau dit être venu dans la cuisine de Loré après avoir été appelé pour indiquer où Jérôme se retirait ; il y est capturé. D’autres réponses associent ce séjour à l’espoir d’obtenir une grâce. Cette relation permet à Loré de tirer du travail de Michau avant de participer à sa reprise.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Durée du séjour, initiative des travaux, paiement et contenu de la promesse divergent selon les dépositions. « Travail semi-libre » est la catégorie proposée par Rushforth : ce n’est ni un statut juridique de Michau, toujours approprié par Desmassias, ni un accord dont toutes les clauses seraient établies. Ce que voulait Loré au début de la relation n’est pas connu.

Brett Rushforth interprète les réseaux révélés par l’affaire du Gaoulet comme une économie d’échange…

Point 49 sur 51 · Interprétation · 1690–1710

Brett Rushforth interprète les réseaux révélés par l’affaire du Gaoulet comme une économie d’échange informelle liée à la croissance sucrière de la Martinique. Routes, port de Saint-Pierre, demande de travail et multiplication des transactions renforcent les habitations, mais offrent aussi aux personnes esclavisées, marronnes, libres et à certains Blancs des lieux, des clients et des intermédiaires pour faire circuler vivres, tafia, outils, vêtements, argent, travail et informations hors du contrôle exclusif d’un propriétaire.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Il s’agit de la lecture de Rushforth à partir d’une procédure exceptionnelle, non d’une mesure de la fréquence de chaque échange dans toute la Martinique. Les chiffres de population, de sucreries, de production et de navires qu’il emploie viennent d’autres séries et ne sont pas nécessaires à cet énoncé. L’économie informelle n’abolit ni l’appropriation des personnes ni la contrainte du travail.

Alors que Sébastien est soupçonné d'empoisonnement au Balisier, Vallentin obtient le 14 mai 1838…

Point 50 sur 51 · Témoignage · projet de vente à la fin d'avril ou au début de mai ; autorisation d'exporter du 14 mai

Alors que Sébastien est soupçonné d'empoisonnement au Balisier, Vallentin obtient le 14 mai 1838 l'autorisation de l'exporter. Le négociant Louvrier témoigne que Vallentin lui demanda, à la fin d'avril ou au début de mai, de l'emmener à Porto Rico pour le vendre. Louvrier n'effectua pas le voyage et la vente projetée n'eut pas lieu ; Sébastien resta enfermé et mourut au cachot.

Précisions nécessaires à l’interprétation

L'article transmet l'autorisation et le témoignage mais pas leur pièce originale. Le projet précis visant Sébastien est établi dans ce relais ; le système général d'indemnisation et d'exportation évoqué par Delâtre exige les dossiers administratifs avant quantification ou généralisation.

En 1785, Marie Catherine dite Kingué circule entre Port-Margot, Plaisance, le Limbé, Le Borgne et plusieurs…

Point 51 sur 51 · Interprétation · 1785

En 1785, Marie Catherine dite Kingué circule entre Port-Margot, Plaisance, le Limbé, Le Borgne et plusieurs habitations du nord de Saint-Domingue. Son propriétaire est incertain dans l'étude : Belhumeur, ou peut-être une femme libre de couleur vivant chez lui. Marie Kingué verse un salaire à la personne qui la tient en esclavage, vit chez le commandant Chailleau, se déplace jusque dans une voiture, reçoit de l'argent pour ses consultations et vend des garde-corps dix ou douze gourdes. Les rapports nomment au moins quatre planteurs qui la sollicitent. Revenus, clientèle et soutiens élargissent donc sa capacité d'action sans abolir la propriété ni le risque d'arrestation.

Précisions nécessaires à l’interprétation

Les revenus, déplacements et relations sont connus par des rapports destinés à justifier une poursuite et par l'analyse qu'en donne Houllemare. Le rapport associe les paiements à la crédulité ou à la volonté de nuire ; il ne conserve pas les raisons que les clients donnaient eux-mêmes. « Salaire » désigne ici la somme versée au détenteur selon l'étude, non un contrat de travail libre. Le nom du propriétaire et la qualité territoriale exacte de Chailleau restent contradictoires ou incertains dans l'article.

  • Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) — rapport édité p. 156-157 pour les garde-corps, leur prix, les demandes, les élèves et l'étendue de la renommée ; analyse p. 160-162 pour le statut incertain, le salaire versé au détenteur, la résidence chez Chailleau, les déplacements, la voiture, les quatre planteurs et les soutiens

Sources reliées

Sources citées par les points publiés ou déjà repérées pour poursuivre l’enquête.