Chaque point reprend un énoncé sourcé déjà employé dans un dossier, une fiche ou une entrée autonome de « Vies et actions », avec la localisation exacte de ses preuves et sa limite de portée.
Claude, parti avant la Fête-Dieu
Point 1 sur 105 · Témoignage · juin-juillet 1710
Interrogé le 26 juillet 1710 dans une procédure contre des accusés « d’un Soulevement Contre les Blancs », Claude, environ vingt-deux ans, baptisé, esclave de M. de Begue, lieutenant de roi, dit au juge être parti marron « Un peu auparavant La feste de Dieu derniere a Cause que le Commandeur de l’habitation de son Maître L’a voullu battre pour n’avoir pas fait fournir assez de Cannes au Moulin ». Il s’est retiré tantôt dans les cases des esclaves de son maître, tantôt sur l’habitation du sieur de La Grand Cour, tantôt au bord de la mer, et a vécu de choux caraïbes pris dans les jardins des esclaves, de crapauds et de farine que lui donnaient des esclaves des deux habitations. Il a été pris la nuit précédente, au Parnasse, par des soldats de la garnison du bourg.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La raison du départ est celle que Claude donne au juge, dans un interrogatoire où il est accusé de complot. La Fête-Dieu de 1710 n’est pas datée par la pièce.
Les bandes de marrons que nomme Claude
Point 2 sur 105 · Témoignage · 1710-07-26–1710-07-27
Claude décrit au juge plusieurs bandes de marrons. Celle qu’il a fréquentée, formée d’esclaves de son propre maître, se retire « sur L’habitation mesme de Leur Maître dans les haults où Ils ont leur Jardin ». Une autre réunit des esclaves de Madame Dangennes autour d’un nommé Philippe, créole. Une troisième rassemble Jérôme et François, esclaves de Courtois à la Basse-Pointe, Mamou, esclave de Descasseaux, Michau, esclave de Desmassias, d’autres hommes et une femme, Marguerite, compagne de François. Il a entendu dire qu’une bande de vingt hommes se tenait au-dessus de l’habitation du sieur Descours, devant les pitons du Carbet. Il ajoute qu’il avait quitté sa bande dix jours avant sa capture, parce que celui qui était à sa tête lui avait cherché querelle.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La liste est celle d’un accusé à qui l’on demande des noms ; la bande du Carbet n’est connue que par ouï-dire. Plusieurs noms et maîtres sont d’une lecture difficile et ne sont pas repris ici.
La chasse du 17 septembre 1711 et le jardin arraché
Point 3 sur 105 · Événement · 1711-09-17–1711-09-18
Le 17 septembre 1711, le sieur de Loré, commissaire des milices, et le sieur Hache mènent une chasse jusqu’à l’ajoupa de Jérôme, près du morne Patate, guidés par Jean dit Jeannot, l’esclave chasseur de Loré. Les marrons sont surpris ; une des femmes est blessée, une autre prise, et Jérôme s’échappe en sautant au bas de la falaise. La nuit, deux chiens de Jérôme reviennent à l’ajoupa et sont tués. Le lendemain matin, à trois cent cinquante pas de l’ajoupa, ils trouvent le jardin des marrons, « un quarré de cent pas habitué et planté de choux carayben, pois, Ignammes, Concombres », oseille, persil « et autres Legumes pour Leurs nourritures », que Hache fait « arracher et jetté par terre ». Loré déclare aussi que c’est par les promesses que Hache et lui ont faites à son esclave Jean que Michau a remis à celui-ci le fusil qui était dans l’ajoupa.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le récit est celui de l’officier qui a mené la chasse, dans une déclaration faite pour la procédure. Laurence dit avoir été blessée par François Ganga, homme libre de couleur qui suivait les deux officiers ; la déclaration rapporte la blessure à ce jour-là. La déclaration de Loré ne nomme pas la femme prise. La déclaration est datée du 17 septembre et rapporte aussi ce qui se passe le lendemain matin. Les pièces ne s’accordent pas sur le propriétaire de ce fusil.
La question donnée chez les maîtres
Point 4 sur 105 · Événement · lettre du 24 mai 1712, sur l’enquête de 1712
En 1712, selon le gouverneur général Phélypeaux, les commissaires du Conseil envoyés enquêter sur des accusations de poison ont trouvé que des maîtres de la Martinique, y compris parmi les principaux, donnaient chez eux à leurs esclaves la question, répétée jusqu’à quatre ou cinq jours, pour leur faire avouer qu’ils étaient empoisonneurs et sorciers. Il en décrit trois formes : la personne attachée nue près d’une fourmilière, frottée de sucre, couverte de fourmis ; liée nue là où piquent les maringouins ; des lattes de fer chauffées au rouge appliquées sous les pieds. Il conclut qu’« il ne faut pas s’estoner si a telles questions ils disent tout ce qu’on veut et a quoy ils n’ont jamais pensé ». Il dit ignorer quel remède y apporter, « n’ayant ny autorité ny force pour cela ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce que décrit Phélypeaux vient du rapport des commissaires, non de ses propres constats, et porte sur l’enquête de 1712 sur le poison, non sur le procès de 1710. Il ne nomme aucun maître ni aucune victime.
Moreau de Saint-Méry publie en 1797, à propos de Saint-Domingue avant la Révolution, un éloge des «…
Point 5 sur 105 · Témoignage · date non établie
Moreau de Saint-Méry publie en 1797, à propos de Saint-Domingue avant la Révolution, un éloge des « sentimens que l’amour maternel a placé dans le cœur des négresses » : « Jamais les enfans, ces faibles créatures, n’eurent de soins plus assidus », et « cette esclave qui trouve le tems de baigner chaque soir ses enfans & de leur donner du linge blanc » est selon lui « un être respectable ». Ces femmes allaitent longtemps et prolongeraient encore ce terme « si l’on ne leur imposait pas l’obligation du sevrage ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Éloge et généralisation d’un auteur colon, sans habitation ni personne nommée, pris dans un passage où il juge aussi le corps des femmes. Il ne dit pas qui impose le sevrage ni à quel âge, et ne chiffre pas la durée de l’allaitement. L’édition de 1875 réécrit la fin du passage : citer d’après 1797.
Au procès Vallentin, Adeline déclare que, pendant que Sébastien est au cachot, « Mme Vallentin lui avait…
Point 6 sur 105 · Témoignage · audience ; faits de 1838
Au procès Vallentin, Adeline déclare que, pendant que Sébastien est au cachot, « Mme Vallentin lui avait envoyé de la soupe. Il fallait la lui faire manger comme à un petit enfant. »
Précisions nécessaires à l’interprétation
La parole d’Adeline est connue par le compte rendu de la Gazette officielle de la Guadeloupe, qui traduit et abrège, puis par l’anthologie qui la cite ; la Gazette n’a pas été vue ici. Laurent dit au procès que Mme Vallentin n’envoya de la soupe qu’une fois. La phrase dit qu’à ce moment Sébastien ne pouvait plus manger seul ; elle ne date pas ce repas.
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 13, témoignage d’Adeline, note 9, renvoyant à la note 8 : Gazette officielle de la Guadeloupe, n° 12, 28 février 1842, audience du 31 janvier 1842 (ADG, 3K34)
Selon Gilles Delâtre, qui suit la procédure du procès Vallentin, des pertes de bétail se produisent au…
Point 7 sur 105 · Événement · de l’achat du Balisier à l’enfermement de Sébastien
Selon Gilles Delâtre, qui suit la procédure du procès Vallentin, des pertes de bétail se produisent au Balisier, à Marie-Galante, depuis quelques années quand Louis-Joseph Vallentin acquiert l’habitation en 1835. Félicien, accusé, est mis aux fers puis enfermé au cachot en février 1836 ; il finit par nommer Sébastien, « car il est d’une famille de Grande-Anse où il y a des empoisonneurs et sa sœur Madeleine qu’il voit souvent pourrait bien lui procurer le poison ». Libéré après trois mois, Félicien meurt quatre mois plus tard. On confie alors les bêtes de l’habitation à Sébastien ; les pertes cessent deux ou trois mois, puis reprennent, et Sébastien est enfermé au cachot au début de l’année 1838.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La chaîne est reconstituée par Delâtre à partir du compte rendu du procès de 1842 que publie, en abrégé, la Gazette officielle de la Guadeloupe, conservée aux Archives départementales de la Guadeloupe (3K34) et non vue ici. Les mots qui désignent Sébastien sont ceux que l’enquête prête à Félicien après trois mois de cachot ; ils n’établissent ni l’empoisonnement ni la culpabilité de Sébastien. Delâtre écrit que Félicien fut soumis aux privations du cachot « et peut-être à d’autres sévices » : la contrainte exercée sur lui n’est pas établie au-delà. La date de « début de l’année 1838 » est celle de Delâtre ; un journal cité par Frédéric Régent fait commencer l’enfermement dans le courant d’avril 1838. Régent cite la réponse de Félicien : « L’auteur des empoisonnements dont vous vous plaignez, c’est Sébastien. Sébastien est sorcier » ; il écrit ailleurs (§ 4) que Sébastien était soupçonné « d’avoir fait empoisonner du bétail par Félicien », ce que la chaîne de Delâtre ne dit pas.
- « Quand on me battait debout, je saignais en pile. » Témoignages d’esclaves dans les affaires Vaultier de Moyencourt et Vallentin (1841-1842) — paragraphe 12 : pertes de bétail, enfermement de Félicien en février 1836, désignation de Sébastien, garde des bêtes confiée à Sébastien, enfermement au début de 1838
- Figures d’esclaves à travers des procédures judiciaires en Guadeloupe de 1789 à 1848, dans Éric Saunier (dir.), Figures d’esclaves : présences, paroles, représentations, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2012, p. 111-127 — paragraphe 41 : réponse de Félicien à l’accusation d’empoisonnement, qui désigne Sébastien
Adeline décrit à la cour le cachot où Sébastien est enfermé : « Il était couché, sans être amarré, sur un…
Point 8 sur 105 · Témoignage · audience ; faits de 1838
Adeline décrit à la cour le cachot où Sébastien est enfermé : « Il était couché, sans être amarré, sur un bout de planche. L’eau tombait tout plein dans le cachot. Tous les jours mon garçon Réville lui portait de la paille, et le lendemain elle était pourrie. » Elle ajoute qu’il était entré au cachot avec cinq chemises, toutes pourries à sa mort, que de petites bêtes lui mangeaient la figure et qu’« il ne pouvait pas se lever, on était obligé de le prendre par les épaules ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le passage est abrégé par l’anthologie, qui marque ses coupes ; il est connu par la Gazette, qui traduit et abrège, non par la déposition elle-même. Adeline ne voit pas de trous pratiqués dans les portes, alors que Réville parle d’un trou d’air ouvert par Sébastien puis rebouché : les deux témoignages ne se recouvrent pas et ne se départagent pas ici.
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 7, témoignage d’Adeline sur le cachot, note 21 : Gazette officielle de la Guadeloupe, n° 12, 28 février 1842, audience du 31 janvier 1842 (ADG, 3K34)
Selon l’avocat Gatine, Virginie plaidait pour ses deux enfants en Guadeloupe et devant la Cour de cassation…
Point 9 sur 105 · Témoignage · entre le premier pourvoi et la plaidoirie de 1844
Selon l’avocat Gatine, Virginie plaidait pour ses deux enfants en Guadeloupe et devant la Cour de cassation en 1841 ; devant la cour de Bordeaux, juridiction de renvoi, elle n’en avait plus qu’un à réclamer, l’autre étant mort esclave. Il écrit, d’après la Revue des colonies de Bissette, qu’elle « n’a pu pénétrer jusqu’à la case de son enfant malade, blessé au service du maître », et qu’« un cadavre seulement lui a été rendu ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’avocat ne dit ni lequel des deux enfants est mort, ni à quel âge, ni à quelle date ; « blessé au service du maître » est son affirmation, appuyée sur la revue de Bissette.
Victor Schœlcher écrit en 1842 qu’« à la ville comme à la campagne, les petits nègres rendent des services…
Point 10 sur 105 · Témoignage · séjour de Schœlcher et publication
Victor Schœlcher écrit en 1842 qu’« à la ville comme à la campagne, les petits nègres rendent des services dès l’âge de six ans, ils balayent, font les commissions, aident aux gardeurs de bestiaux », et que sur les grandes habitations on donne des jardins « même aux enfans s’ils en demandent, dès qu’ils se sentent assez de force ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Observations générales de l’auteur, sans habitation ni enfant nommés.
Rouvellat de Cussac rapporte que, sur une habitation des environs de Fort-Royal, en Martinique, « une jeune…
Point 11 sur 105 · Événement · séjour de l’auteur en Martinique ; fait non daté
Rouvellat de Cussac rapporte que, sur une habitation des environs de Fort-Royal, en Martinique, « une jeune fille de douze ans avait été écrasée par le moulin », et que l’accident « fut attribué à l’imprudence de l’économe ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Fait rapporté sans date, sans nom de la fille ni de l’habitation ; l’auteur ne dit pas ce qu’elle faisait au moulin.
Dans son manuel publié à Basse-Terre en 1792, le planteur Poyen de Sainte-Marie décrit ce qu’il dit avoir…
Point 12 sur 105 · Prescription · publication du manuel
Dans son manuel publié à Basse-Terre en 1792, le planteur Poyen de Sainte-Marie décrit ce qu’il dit avoir établi sur ses habitations pour les enfants sevrés : les mères les remettent à deux femmes qui les conduisent le matin chez la ménagère, laquelle leur donne un petit verre de vin contre les vers et leurs trois repas préparés à la cuisine du maître ; les gardiennes les baignent, leur font ôter les chiques des pieds et les promènent, puis les ramènent le soir chez leurs mères, où il veille à ce qu’ils soient couchés sur de bonnes paillasses et non sur la terre, comme il arrivait autrefois à certains. Il dit avoir pris ces mesures parce que ses « négrillons » étaient auparavant « dans l’état le plus déplorable » et qu’il en perdait beaucoup.
Précisions nécessaires à l’interprétation
C’est le programme d’un planteur, qui dit ce qu’il a fait sur ses propres habitations, non la pratique générale de l’île ; Oudin-Bastide tient ce soin pour exceptionnel. Le texte ne nomme ni les gardiennes ni les enfants.
Vers 1842, l’inventaire d’une sucrerie de la Martinique que La Cornillère tient d’un propriétaire non nommé…
Point 13 sur 105 · Pratique · inventaire non daté, publié en 1843
Vers 1842, l’inventaire d’une sucrerie de la Martinique que La Cornillère tient d’un propriétaire non nommé compte 255 esclaves : à la houe, 54 hommes et 56 femmes ; au petit atelier, 18 garçons et 18 filles ; « 38 négrillons et 28 petites filles aux cases » ; et, parmi les bâtiments, un « appartement pour enfants en nourrice, enfants oisifs, avec une galerie de 16 pieds et un clos de 50 pieds ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’inventaire ne porte ni date ni commune, et passe par un auteur favorable aux colons ; il ne dit pas qui gardait les enfants « aux cases » ni ce qu’ils faisaient.
Sur la sucrerie des Sources, à Saint-Domingue, Natacha Bonnet établit d’après le registre de l’habitation…
Point 14 sur 105 · Mesure · date non établie
Sur la sucrerie des Sources, à Saint-Domingue, Natacha Bonnet établit d’après le registre de l’habitation qu’un enfant sur trois seulement atteint quinze ans, et que les enfants font un cinquième des décès. Le registre omet les enfants morts dans leurs premiers jours : la mortalité réelle, que l’historienne dit impossible à connaître, était donc plus forte encore, et la part des enfants qui atteignent quinze ans plus faible.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Mesure d’une habitation, calculée par l’historienne sur un registre lacunaire ; elle ne vaut ni pour toute la colonie ni pour les Petites Antilles.
Victor Schœlcher, qui visite les Antilles françaises en 1840-1841, rapporte avoir vu trois fois, dans…
Point 15 sur 105 · Témoignage · séjour de Schœlcher aux Antilles
Victor Schœlcher, qui visite les Antilles françaises en 1840-1841, rapporte avoir vu trois fois, dans l’hôpital de l’habitation de M. Meat, Rossillette, une enfant de neuf ou dix ans prise d’une fièvre pernicieuse, entourée par le maître, les esclaves, ses voisines de lit et l’infirmière, et visitée deux fois par jour par le médecin. Le quatrième jour, presque sans fièvre, elle demande de l’eau fraîche ; le médecin l’autorise, elle le dit à l’infirmière, on la soulève pour boire, et elle meurt.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Récit littérarisé d’un abolitionniste ; l’île de l’habitation n’est pas précisée et le prénom s’écrit « Rossillette » dans le texte, « Rosillette » au sommaire. Ce que Schœlcher dit du père de l’enfant est une conjecture de l’auteur.
À Sainte-Croix, au début des années 1660, alors que la disette s’aggrave, plusieurs habitants décident de…
Point 16 sur 105 · Événement · début des années 1660
À Sainte-Croix, au début des années 1660, alors que la disette s’aggrave, plusieurs habitants décident de quitter l’île en enlevant une barque ou sur des radeaux ; ils s’associent des engagés, et la troupe gagne les bois à une trentaine, avec vivres, poudre, plomb et un fusil chacun. Le gouverneur Du Bois découvre que sept de ses engagés en sont. Par l’entremise du père Le Clerc, les fugitifs viennent demander pardon, sauf huit, que la peur retient dans les bois ; Du Bois les fait tous mettre aux fers et juger par le Conseil, qui les condamne « tous à trois ans de service, & à estre batu de liennes deux fois la semaine, trois semaines durant », puis Du Bois les exempte « du dernier supplice ». Les huit restés dans les bois périssent en mer sur un radeau fait du premier bois rencontré.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Récit d’un missionnaire qui ne dit pas avoir assisté aux faits et n’en donne pas la date ; elle se déduit de l’arrivée du gouverneur en 1661 et de la mort de sa femme. La condamnation frappe tous les fugitifs rendus, habitants comme engagés : le texte ne dit pas ce que ces trois ans de service signifient pour un engagé — ajout à son terme — et pour un habitant libre. « Dernier supplice » peut désigner la dernière des peines énumérées, les coups, ou la peine de mort ; le texte ne permet pas de trancher. Procès singulier, il ne décrit pas le sort ordinaire des engagés en fuite.
- Histoire générale des Antilles habitées par les François, tome III — traité II, § III, p. 121-123, PDF p. 143-145 : projet de fuite, troupe de trente, sept engagés du gouverneur, médiation du père Le Clerc, fers, condamnation par le Conseil, exemption du « dernier supplice », mort des huit fugitifs en mer
Selon Gabriel Debien, Pouançay, gouverneur de la Tortue et de l’île de Saint-Domingue, meurt au début de…
Point 17 sur 105 · Pratique · liste des biens de Pouançay · état du poste du Cul-de-Sac
Selon Gabriel Debien, Pouançay, gouverneur de la Tortue et de l’île de Saint-Domingue, meurt au début de 1683 ; la liste de ses biens, établie le 15 janvier 1684, comprend des indigoteries moyennes et petites, des places à tabac, une hatte ou parc à bétail et un corail à cochons, qu’il exploitait en association avec un nommé Gallichon, lequel semble administrer la succession. Au fond du Cul-de-Sac, à une lieue de la Grande-Rivière, deux cases forment un simple poste de travail au milieu d’un quartier qui paraît encore forestier ; le 1er mars 1684, elles abritent les charpentiers Bastien Fumay et André Renoleau, le tourneur Gilles Delaize, le tonnelier Gilles Rigaud, Antoine Aurolat, Louis Fausabry et un nommé Lyonnais. Debien ajoute qu’un esclave nommé Haouen avait été envoyé de l’habitation de l’Acul pour chasser et pour nourrir tous ces engagés.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Debien relaie une liste qu’il ne reproduit pas et ne localise que par la mention « Papiers Pouançay, Hardouineau et Beauharnais ». La phrase sur Haouen est celle de Debien, non une citation de la liste : elle ne dit pas qui l’a envoyé, et rien de plus n’est connu de lui. La liste ne donne ni le rôle d’Aurolat, de Fausabry et de Lyonnais, ni ce que faisait l’équipe en dehors des essentes confiées aux charpentiers.
- Les engagés des Antilles au travail (XVIIe siècle) — p. 9, PDF p. 8, section IV et note 6 : mort de Pouançay, liste du 15 janvier 1684, biens exploités en association avec Gallichon ; p. 10-11, PDF p. 9-10, section VII : poste du Cul-de-Sac, liste du 1er mars 1684, Haouen envoyé de l’Acul
- Les engagés des Antilles au travail (XVIIe siècle) — p. 8, PDF p. 7, section III : Pouançay gouverneur de la Tortue et de l’île de Saint-Domingue
Gabriel Debien écrit en 1983 que, lorsqu’un engagé meurt, nul ne se soucie de noter son nom, ou du moins de…
Point 18 sur 105 · Mesure · date non établie
Gabriel Debien écrit en 1983 que, lorsqu’un engagé meurt, nul ne se soucie de noter son nom, ou du moins de le noter comme celui d’un engagé : sur tous les registres paroissiaux de Saint-Domingue conservés pour le XVIIe siècle, « à peine trouve-t-on une demi-douzaine de sépultures d’engagés ». Il se demande si on ne les enterrait pas « comme beaucoup d’esclaves sur les plantations ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le compte est celui de Debien, sans liste des registres ni des actes. Il porte sur les actes qui désignent le défunt comme engagé : un engagé enterré sous son seul nom lui échappe, et le chiffre ne mesure pas la mortalité des engagés. L’inhumation sur les plantations est une question qu’il pose, non un fait établi.
Thérèse, née en 1712 sur la sucrerie Galbaud du Fort à Léogane et veuve de Guitteau, demande à s’acheter :…
Point 19 sur 105 · Pratique · 1767-06-08–1768-04-11
Thérèse, née en 1712 sur la sucrerie Galbaud du Fort à Léogane et veuve de Guitteau, demande à s’acheter : le 8 juin 1767, le gérant Parison écrit à Mme du Fort qu’il garde 150 livres à elle et qu’elle prie qu’on lui permette de s’acheter « quoiqu’elle soit comme libre depuis vingt ans », n’étant plus utile que pour accoucher les femmes esclavisées. Le 11 avril 1768, il lui donne la liberté au nom de Mme du Fort : « Elle restera toujours sur votre habitation et sera obligée d’accoucher vos négresses » ; elle reçoit « un petit coin de terre pour mettre en manioc ». Elle paie avec 405 livres que le gérant tenait pour elle, une vieille cavale estimée de 90 à 100 livres et un billet de 100 livres sur un homme libre. Libérée à cinquante-six ans, elle n’est pas libre, selon Debien, « au regard des autorités ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
La demande de Thérèse n’est connue que par les lettres du gérant, qui écrit aussi qu’elle ne voudrait pas finir ses jours ailleurs que sur l’habitation : ce sont ses mots à lui. La liberté donnée par le gérant n’a pas été ratifiée par les autorités ; le total du prix dépend de la valeur de la cavale.
Le premier voyage du Stella vers la Guadeloupe, 1857-1858
Point 20 sur 105 · Événement · 1857-12-04–1858-01-03
Le Stella, navire de la maison Régis, part d’Afrique centrale le 4 décembre 1857 pour son premier voyage ; la liste nominative dressée à Loango compte 800 rachetés. Selon Céline Flory, 19 % meurent pendant la traversée, et 648 personnes débarquent en Guadeloupe le 3 janvier 1858.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le taux de 19 % est celui de Flory et ne compte que les morts de la traversée, non ceux des factoreries avant l’embarquement. Flory mentionne ailleurs 748 rachetés du Stella 1 (p. 355, n. 28) : l’écart avec les 800 de la liste n’est pas expliqué. Le premier bulletin de la Gazette donne 647 débarqués, les récapitulations ultérieures 648.
- De l’esclavage à la liberté forcée. Histoire des travailleurs africains engagés dans la Caraïbe française au XIXe siècle — p. 197, n. 79 (liste des 800 rachetés du Stella, SHM, BB4/745, dressée à Loango à l’embarquement) ; p. 229, n. 74 (mortalité de 19 % pour le Stella 1) ; annexe 1, p. 391-392 (départ le 4 décembre 1857, arrivée le 3 janvier 1858, Guadeloupe) ; annexe 3, p. 396-398 (648 débarqués)
- Gazette officielle de la Guadeloupe — immigration africaine et mouvements du port — Gazette officielle de la Guadeloupe du 2 novembre 1858, p. 450, et du 16 septembre 1859, p. 310 : 648 Africains pour le premier envoi du Stella ; le bulletin daté du 4 janvier 1858 (p. 7) en annonce 647.
Kanza, arrivé par le Stella, mort à Capesterre en 1858
Point 21 sur 105 · Événement · 1858-01-29
Le 29 janvier 1858, à quatre heures du matin, Kanza, que l’acte qualifie d’« Africain », « né en Afrique, arrivé par la Stella », âgé de vingt-six ans et « inscrit n° 243 », meurt à l’hôpital de l’habitation l’Habitué, section Saint-Sauveur, à Capesterre, l’actuelle Capesterre-Belle-Eau, en Guadeloupe, où il résidait « depuis peu ». La liste d’embarquement du Stella porte au contrat 243 un Kanza de vingt-six ans, né à « Bauma ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
L’acte dit seulement « né en Afrique » ; le lieu « Bauma » vient de la liste, connue par une transcription moderne dont l’original (SHM, BB4/745) n’a pas été vu. L’identification des deux Kanza repose sur la concordance du nom, de l’âge, du navire, de la chronologie et du numéro 243 : très forte, elle n’est pas certaine tant que le sens administratif du numéro de l’acte n’est pas établi. « Bauma » n’est pas identifié : la transcription distingue Bauma et Boma, et un acte de Capesterre de 1862 situe un village de Bauma sur la côte de Loango. Le registre est une copie de 1922, après la destruction de la minute en 1918.
- Registre des actes de décès de la Capesterre, 1858, 1860, 1861 et 1862 — copie conforme établie après l’incendie de 1918 — vue 9, acte 19 du 29 janvier 1858 : heure, lieu, nom, naissance en Afrique, arrivée par la Stella, âge, numéro 243, résidence « depuis peu » ; déclarants Jean Salgé, propriétaire, et Théophile Bouchet, écrivain à la mairie ; commune désignée Capesterre-Belle-Eau par les Archives départementales de la Guadeloupe (registre 1 E 7/12)
- État signalétique des émigrants embarqués sur la Stella — transcription, p. 9 du PDF, contrat 243 : Kanza, 26 ans, né à Bauma
Villages africains écrits dans les actes de décès de Capesterre, 1858-1862
Point 22 sur 105 · Pratique · 1858–1862
De 1858 à 1862, l’officier de l’état civil de Capesterre, en Guadeloupe, inscrit dans une partie des actes de décès des Africains arrivés après 1848 un village et une côte de naissance : « village de Moacouté, côte de Loango » en 1858, « village de Cabenda, côte de Congo » en 1861, ou, le 30 septembre 1862, pour Blango, cultivateur de vingt ans mort sur l’habitation La Source, « né au village de Bauma, côte de Loango ». Parmi les 74 personnes que les actes de 1860-1862 disent nées en Afrique, 20 ont un lieu comportant « Congo », 17 « Loango » et 37 aucune côte plus précise.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce sont des décès : ils ne mesurent ni la population africaine de la commune ni les arrivées. L’acte rapporte ce que déclarent les comparants, non la parole du défunt. Le mot « l’Africain » ou « l’Africaine » ne vaut pas toujours naissance en Afrique : deux enfants nés à Capesterre en portent la mention en 1861 ; le relevé compte donc la naissance écrite dans le corps de l’acte. Le registre est une copie conforme de 1922, la minute ayant brûlé en 1918.
- Registre des actes de décès de la Capesterre, 1858, 1860, 1861 et 1862 — copie conforme établie après l’incendie de 1918 — 1858, vue 33, acte 117 (Mafoumou, village de Moacouté, côte de Loango) ; 1861, vue 135, acte 4 (Canga, « village de Cabenda, côte de Congo ») ; 1862, vue 219, acte 139 (Blango) ; relevé de 74 personnes nées en Afrique dans les actes de 1860-1862
La mortalité des Africains engagés en Martinique et en Guadeloupe, 1857-1862
Point 23 sur 105 · Mesure · 1857–1863
Au 1er octobre 1862, sur 10 521 immigrants africains arrivés en Martinique depuis juillet 1857, 2 607 sont morts, soit un quart ; en Guadeloupe, il en reste 4 435 sur 6 142. En 1863, le commissaire à l’immigration de la Martinique écrit que les Africains, payés d’un salaire « si minime », ne touchent leur salaire entier qu’après avoir remboursé les deux cents francs de leur rachat et qu’ils « meurent généralement restant débiteurs ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Pour la Guadeloupe, Flory imprime 1 705 décès alors que la différence donne 1 707 ; les « restants » peuvent comprendre des départs vers d’autres colonies. Le total martiniquais de 10 521 arrivés diffère des 10 552 débarqués de l’annexe 3.
La part des personnes nées en Afrique parmi les personnes asservies, de Saint-Domingue aux Petites Antilles
Point 24 sur 105 · Mesure · 1750–1848
D’après Arlette Gautier, les personnes nées en Afrique forment plus de 60 % des personnes asservies de Saint-Domingue entre 1750 et 1790, surtout dans le Sud et l’Ouest, alors qu’elles sont près de la moitié dans le Nord. En Guadeloupe, entre 1760 et 1789, elles ne sont qu’un quart ; en Guadeloupe comme en Martinique, leur part tombe à 10 % entre 1830 et 1848.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ces parts sont des ordres de grandeur tirés d’inventaires et de recensements partiels, non des comptes exhaustifs. Pour Saint-Domingue en 1789, l’estimation pondérée de Geggus sur 352 plantations donne 53,47 % de personnes nées en Afrique : les deux mesures ne portent ni sur les mêmes listes ni sur les mêmes dates.
Une population asservie qui croît par la traite
Point 25 sur 105 · Interprétation · 1751–1791
Arlette Gautier écrit qu’au XVIIIᵉ siècle la croissance de la population asservie de la Guadeloupe et de Saint-Domingue, qui fait plus que doubler dans les quarante ans qui suivent 1751, « est essentiellement due à la poursuite de la traite ». Elle le rattache aux deux effets de la traite sur les familles : la part des personnes nées en Afrique et le surnombre des hommes.
Précisions nécessaires à l’interprétation
C’est l’analyse de Gautier, fondée sur les effectifs de Curtin (1967), aujourd’hui dépassés ; l’article ne chiffre ni les naissances ni les décès, renvoyés à sa thèse de 1986.
Les femmes captives face aux capitaines, aux officiers et aux marins des navires négriers
Point 26 sur 105 · Interprétation · date non établie
Dans son histoire du navire négrier, qui porte sur la traite britannique et nord-américaine du XVIIIe siècle, l’historien Marcus Rediker montre que les capitaines exerçaient une terreur sexuelle sur les femmes captives et, avec les officiers, disposaient d’elles à leur gré, et que des marins les violaient, certains à répétition. Devant le Parlement britannique, des défenseurs de la traite faisaient valoir que des ordres interdisaient ces relations ; d’après les témoins qu’il cite, dont l’ancien capitaine John Newton, de tels ordres étaient loin d’être généralement tenus. Rediker souligne enfin que le « consentement » dont parlent certains témoins n’avait pas de sens pour des femmes privées de toute protection.
Précisions nécessaires à l’interprétation
C’est l’analyse d’un historien sur les navires britanniques et nord-américains du XVIIIe siècle, fondée pour l’essentiel sur des témoignages publiés pendant la campagne abolitionniste britannique : elle ne décrit pas ce qui s’est passé sur le navire français de La Courbe en 1687, dont la prescription dit seulement la crainte des « visites » des matelots aux femmes.
- The Slave Ship: A Human History — chapitre 7, « The Captain’s Own Hell », pour la terreur sexuelle que les capitaines font peser sur les femmes captives ; chapitre 8, « The Sailor’s Vast Machine », passage sur les violences de l’équipage envers les femmes (notes 40 à 42) : témoignages de Newton, de Robert Norris devant la commission parlementaire, de Falconbridge et de Leigh, marins « serial rapist » et sens du « consent »
Au récit de sa traversée vers Saint-Domingue, en 1687, Michel Jajolet de La Courbe, envoyé de la Compagnie…
Point 27 sur 105 · Prescription · 1687
Au récit de sa traversée vers Saint-Domingue, en 1687, Michel Jajolet de La Courbe, envoyé de la Compagnie royale du Sénégal, interrompt son journal pour écrire deux pages de doctrine sur la manière de conduire les personnes captives pendant la traversée. Le rapport de force d’abord : « Lorsqu’on transporte des negres, comme il sont quelquefois au nombre de deux, trois ou quatre cents, et que l’équipage n’est ordinairement que de 30 ou 40 hommes, il faut bien prendre garde qu’ils ne se revoltent dans la traversée, comme cela arrive trés souvent par le peu de precaution des capitaines et, pour lors, on est obligé pour deffendre sa vie d’en tuer plusieurs, jusqu’a ce que les autres se soumettent ; il y en a même beaucoup qui, voyant qu’ils n’ont pas reussy dans leur entreprise, se jettent à la mer de desespoir et dans la crainte du chatiment. » Puis le dispositif : « on leur met a tous une paire de fers ou grillons, aux pieds, et lorsqu’ils sont mechants, on leur en met deux » ; le corps de garde fermé, aucun homme souffert sur le gaillard, « sur lequel il y a toujours des armes toutes prestes et qu’ils peuvent voir avec des soldats ou matelots pour les tirer, en cas de besoin, et pour leur montrer qu’on est toujours sur ses gardes ; car lorsqu’ils voyent que vous n’y estes pas, cela leur donne courage de se révolter » ; les fers visités « deux fois par jour » ; et à l’heure du repas sur le pont, « faire prendre les armes a ceux qui sont de garde, et faire tourner quelque pierier de leur costé pour les tenir dans le respect ». La résistance est décrite dans le même mouvement : « Se déferrants, et même avec leurs fers, ils ne laissent pas de sauter et de s’aider de ce qu’ils trouvent comme pillons, pinces et autres choses pour assommer les blancs », et « Il n’y avoit pas longtemps qu’on fut obligé d’en tuer jusqu’a 25 dans un des vaisseaux de la Compagnie. » Enfin l’entretien : un seul repas par jour « quand on en a beaucoup », de gros mil « que l’on fait monder par les femmes », c’est-à-dire décortiquer, du poisson mêlé quand on en prend ; la séparation des hommes et des femmes, puis leur enfermement de nuit « de peur que les matelots ne leur aillent rendre visite » ; les corps frottés « de deux jours l’un avec un peu d’huile, ou de beurre fondu, cela les rends luisants et dispots » ; un petit sac de tabac et une pipe à chacun « afin qu’ils puissent se desenuyer en fumant » ; « et aux femmes on leur donne à chacune une petite gamelle ou calbace pour mettre de leau a leurs enfans ». La dernière phrase est un calcul : « Pendans les trois ou quatre premiers jours, on a bon marché de leur nouriture parce qu’ils sont tous malades du mal de mer ; mais sitost qu’ils ont fait corps neuf, on ne sçauroit les rasasier. »
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce texte énonce ce qu’un capitaine doit faire, à l’usage de la Compagnie royale du Sénégal ; il ne rapporte pas ce qui a été fait à bord du navire où La Courbe écrit. Ses nombres — « deux, trois ou quatre cents » personnes, « 30 ou 40 hommes » d’équipage — sont des ordres de grandeur, non des relevés. Les vingt-cinq personnes tuées « dans un des vaisseaux de la Compagnie » sont un fait qu’il rapporte sans nommer le navire, la date ni le lieu, et sans dire qu’il en fut témoin. Les mots « obligé » et « méchants » sont les siens : il écrit en agent de la compagnie, du côté de ceux qui gardent. Le texte est cité d’après l’édition de Prosper Cultru (1913) ; le manuscrit, conservé en deux fragments à la BnF, est incomplet de seize pages.
Au terme d’un développement sur l’odeur, la Description de la partie française de Saint-Domingue, publiée…
Point 28 sur 105 · Pratique · publication en 1797, date des faits non établie
Au terme d’un développement sur l’odeur, la Description de la partie française de Saint-Domingue, publiée par Moreau de Saint-Méry en 1797, note une pratique du commerce : « Les unes et les autres se distinguent bien de l’odeur qu’exhalent les nègres qui arrivent frottés d’huile de palme, par les soins des marchands négriers, qui veulent qu’une peau luisante annonce la santé. »
Précisions nécessaires à l’interprétation
Une phrase incidente dans un passage sur l’odeur, dont l’objet est de classer des corps : elle atteste un apprêt commercial avant la vente, sans dire où il se faisait — à bord, au débarquement, au magasin —, ni à quelle fréquence. L’auteur ne cite aucun marchand ni aucun capitaine.
Du Tertre décrit des femmes qui portent leur nourrisson au dos pendant le travail puis, vers sept ou huit…
Point 29 sur 105 · Témoignage · publié en 1667
Du Tertre décrit des femmes qui portent leur nourrisson au dos pendant le travail puis, vers sept ou huit mois, le posent à terre près d’elles. Vers trois ou quatre ans, plusieurs enfants peuvent rester à la case sous la garde d’une fillette de six ou sept ans ; au retour du travail, les parents les cherchent avant de manger. Il raconte aussi qu’un homme appelé Dominique conduisait chaque jour ses deux enfants sur la tombe de leur mère pour y pleurer avec eux.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les âges et pratiques de garde sont généralisés sans lieu ni effectif et voisinent avec des explications corporelles racistes qui ne sont pas reprises. Dominique est nommé, mais l’habitation, la date, sa femme et ses enfants ne le sont pas ; l’auteur observe le deuil sans conserver leurs paroles.
Du Tertre décrit des personnes esclavisées autorisées à élever des volailles et rapporte que D’Orange…
Point 30 sur 105 · Témoignage · 1667
Du Tertre décrit des personnes esclavisées autorisées à élever des volailles et rapporte que D’Orange partageait les portées de truies, trois petits pour lui et deux laissés au choix de la personne qui les élevait. Lorsque le samedi leur est laissé, certaines travaillent pour d’autres habitants contre du tabac. Il attribue aux femmes la culture de légumes, concombres, melons et citrouilles, puis aux maris leur vente aux magasins. À la Martinique, des habitants auraient voulu supprimer cette coutume dite du Brésil parce qu’elle donnait à leurs yeux trop de liberté ; l’auteur relie le défaut de vivres qui en résultait à des départs en marronnage.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le texte ne chiffre ni le nombre de personnes concernées, ni le revenu tiré de ces activités, ni la durée de la coutume. La répartition sexuée des gestes et le lien causal entre suppression du samedi, manque de vivres et fuite sont ceux que formule Du Tertre ; ils ne valent pas mesure générale des ménages esclavisés.
Dans la version de l’édit de mars 1685 enregistrée en Guadeloupe, l’article 12 dispose que « les enfans qui…
Point 31 sur 105 · Prescription · 1685-12-10
Dans la version de l’édit de mars 1685 enregistrée en Guadeloupe, l’article 12 dispose que « les enfans qui naîtront des mariages entre les esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves et non à ceux de leurs maris, si le mari et la femme ont des maîtres différens ». L’article 13 ajoute que si un homme tenu en esclavage épouse une femme libre, les enfants « soient de la condition de leur mere, et soient libres comme elle, nonobstant la servitude de leur Pere », et que « si le Pere est libre et la mere esclave, les enfans soient esclaves pareillement ». Le statut de l’enfant suit donc celui de la mère dans les deux sens, et l’enfant né d’une femme tenue en esclavage revient au maître de celle-ci.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ces articles énoncent une règle de droit, non une pratique observée : ils ne mesurent ni le nombre de mariages reconnus, ni le sort effectif des enfants, et ne disent rien des unions que le texte ne reconnaît pas. L’apparat de l’édition signale que les autres versions conservées portent « suivent la condition » au lieu de « soient de la condition », sauf celles de la Martinique. La transmission par la mère est ici établie pour la version guadeloupéenne ; l’étendre sans contrôle aux autres versions serait un raccourci.
Les versions martiniquaise, guadeloupéenne et dominguoise de l’acte de mars 1685 partagent une architecture…
Point 32 sur 105 · Prescription · date non établie
Les versions martiniquaise, guadeloupéenne et dominguoise de l’acte de mars 1685 partagent une architecture de soixante articles qui règle notamment la religion, le mariage et le statut des enfants, certaines obligations des maîtres, le traitement juridique des personnes esclavisées comme des biens transmissibles, les sanctions et les affranchissements.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Cette architecture commune ne rend pas les versions identiques et ne prouve aucune application uniforme. Le texte prescrit et classe ; les règlements locaux, la jurisprudence, les usages et les résistances doivent être documentés séparément.
- Code de la Martinique — p. 404–412, articles 1–60, notamment articles 1–14, 22–31, 32–46 et 55–59
- Le Code Noir. Édit de mars 1685 sur la police des îles de l’Amérique française — version Guadeloupe enregistrée le 10 décembre 1685 — articles 1–60, notamment articles 1–14, 22–31, 32–46 et 55–59 ; apparat des variantes
- Le Code Noir ou Édit du Roy servant de règlement pour le gouvernement et l’administration de justice et la police des îles françaises de l’Amérique, et pour la discipline et le commerce des Nègres et Esclaves dans ledit pays — p. 2–12, articles 1–60, notamment articles 1–14, 22–31, 32–46 et 55–59
Sur les navires embarquant des personnes depuis la côte de l’Or à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe…
Point 33 sur 105 · Interprétation · date non établie
Sur les navires embarquant des personnes depuis la côte de l’Or à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, deux dialectes de l’akan, l’anyi-baoulé et le twi, côtoyaient notamment le guan, le ga, l’adangme, l’éwé et des variantes gbe. Des dialectes proches, la connaissance de plusieurs langues, des langues communes et des intermédiaires rendaient des échanges possibles ; des récits décrivent aussi des soins aux malades et aux enfants.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Smallwood étudie principalement le commerce anglais depuis la côte de l’Or entre 1675 et 1725. Une langue comprise ne crée pas automatiquement une relation de confiance ou une action commune. Aucune source propre ne rattache ces situations à un voyage précis.
- Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora — chapitre 4, p. 105–106 pour les deux dialectes de l’akan et les autres langues présentes ; p. 118–121 pour les dialectes proches, le bilinguisme, les langues communes et les intermédiaires ; chapitre 5, p. 122–125 pour les questions échangées, le soin aux malades et l’attention portée aux enfants
L’arrivée du Diligent et les ventes à Saint-Pierre
Point 34 sur 105 · Interprétation · arrivée à Saint-Pierre le 15 mars 1732 · vente du 18 mars à avril 1732, jusqu’au lot vendu à Lamy
Le journal tenu par l’officier Robert Durand, qui écrit « La Diligent », porte l’arrivée du Diligent à Saint-Pierre de la Martinique le 15 mars 1732, après soixante-six jours de traversée, avec 247 personnes captives vivantes. La reconstruction de Robert Harms suit ensuite leur inspection et leur mise en vente : cinq meurent dans l’entrepôt et les 96 dernières sont vendues en un lot au revendeur Lamy, négociant de Saint-Pierre, au prix de 400 livres chacune, moitié payée immédiatement et moitié payable un an plus tard. Harms en déduit par soustraction que les 146 autres ont été remises en gratification à des officiels locaux, ou vendues une à une ou par petits groupes à des planteurs et à des marchands de l’île.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le journal de Durand établit directement l'arrivée, les nombres, les cinq morts et le lot Lamy ; Harms identifie Lamy comme revendeur et reconstruit le reste de la séquence à partir du journal, d'états de compte et d'autres archives produites par les négriers. Il signale lui-même, p. 409–410, que ces sources ne livrent presque aucune identité captive et ne permettent pas de suivre les personnes après leur vente. Le nombre de 146 n'est pas relevé dans une pièce : Harms l'obtient en retranchant de 247 les 96 du lot final et les 5 mortes. Il ne désigne donc aucune phase particulière de la vente, mais réunit toutes les cessions antérieures au lot final, y compris les personnes prélevées en gratification le premier jour. L'acheteur du lot final n'est connu que par son nom de famille — Harms écrit « un marchand d'esclaves de Saint-Pierre nommé Lamy » et Durand « un certain M. Lamy » : son prénom n'est nulle part.
La vente des personnes captives de la Diligent s’ouvre à Saint-Pierre de la Martinique le mardi 18 mars…
Point 35 sur 105 · Pratique · 1732-03-18
La vente des personnes captives de la Diligent s’ouvre à Saint-Pierre de la Martinique le mardi 18 mars 1732, une fois faites devant les fonctionnaires coloniaux les déclarations d’arrivée. Robert Harms rapporte qu’après un examen long et minutieux, ces fonctionnaires blancs présents à bord prélèvent dix à douze des personnes les plus fortes et les mieux portantes à titre de gratification personnelle. Certains d’entre eux traitent ensuite avec le capitaine Pierre Mary, qui vend plusieurs personnes à 950 livres chacune — il espérait ce prix pour chaque homme adulte, et des prix proportionnés pour les femmes et les enfants, alors que les marchandises données à Jakin pour un homme adulte avaient valu environ deux cents livres. Le soir, celles qui n’ont pas été vendues sont nourries, exercées et renvoyées sous le pont pour la nuit ; elles sont exposées de nouveau le lendemain matin.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Harms reconstruit la scène à partir du journal du premier lieutenant Robert Durand et des comptes du voyage. Le nombre prélevé est donné en fourchette. Harms écrit « the white officials » : ce sont les fonctionnaires coloniaux devant lesquels le capitaine venait de faire ses déclarations, et non les officiers du navire — il le confirme p. 338 en écrivant que les marchands inspectèrent les captifs « much as the government officials had done the day before ». Aucune des personnes exposées, prélevées ou vendues n’est nommée, et rien n’indique ce qu’elles ont fait ou dit pendant ces journées.
- The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade — p. 336–337 : ouverture de la vente le 18 mars 1732, prélèvement des fonctionnaires coloniaux, premières ventes à 950 livres et routine quotidienne d’exposition ; p. 334 pour le prix espéré par homme adulte et la valeur moyenne d’environ deux cents livres payée à Jakin
Faute d’acheteurs au prix demandé, le capitaine de la Diligent loue, huit jours après son arrivée à…
Point 36 sur 105 · Pratique · 1732-03-23
Faute d’acheteurs au prix demandé, le capitaine de la Diligent loue, huit jours après son arrivée à Saint-Pierre, un entrepôt fortifié proche du lieu où se réunissent les marchands, et y fait transférer les personnes captives en chaloupe puis en remontant la rivière. Robert Harms rappelle que les entrepôts à esclaves de Saint-Pierre étaient réputés puants, surpeuplés et mal protégés des pluies, et qu’ils avaient fait l’objet d’ordonnances royales de réforme en 1708, 1718 et 1723, restées pour l’essentiel sans effet.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le transfert et le caractère fortifié de l'entrepôt sont directs dans le journal. L'état général des entrepôts est établi par la répétition des ordonnances de réforme mobilisées par Harms, non par une inspection de celui que loue ce capitaine. Ni Durand ni Harms ne décrivent l'intérieur de cet entrepôt précis ni toutes les actions qui s'y déroulent pendant le séjour des personnes transférées.
En 1731, le navire Saint-Louis de la Compagnie des Indes fait escale à Saint-Pierre de la Martinique en…
Point 37 sur 105 · Pratique · 1731
En 1731, le navire Saint-Louis de la Compagnie des Indes fait escale à Saint-Pierre de la Martinique en route vers la Louisiane avec 340 personnes captives ; beaucoup sont tombées malades, et leur état a empiré lorsque les vivres ont manqué. Craignant de les perdre toutes, le capitaine s’arrête pour leur laisser le temps de se rétablir. L’inspecteur sanitaire en juge quatre-vingt-douze inaptes au voyage et ordonne qu’elles soient mises à terre pour s’y rétablir, puis dix autres la semaine suivante. Comme elles ne montrent aucun signe de rétablissement, le navire repart vers la Louisiane avec les 229 personnes restées à bord. Lorsque l’agent de la compagnie demande l’autorisation de vendre à bas prix celles laissées à terre, le gouverneur refuse la vente en invoquant un jugement sanitaire qui les déclare hors d’état d’être vendues, sans que les pièces consultées permettent de savoir s’il reformule le premier avis ou en rapporte un second. Selon Harms, aucun document ne dit ce qu’elles sont devenues.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Harms conclut lui-même qu’aucun document ne conserve le sort de ces personnes et que, très probablement, elles sont mortes : cette dernière inférence est la sienne et n’est pas établie par une pièce. Les nombres sont ceux que rapporte son étude, et ils ne se referment pas. Quatre-vingt-douze et dix font cent deux ; retranchées de trois cent quarante, elles laissent deux cent trente-huit, non les deux cent vingt-neuf que l’étude donne comme reparties à bord. Neuf personnes ne sont expliquées par aucun des nombres qu’il rapporte. La somme, la soustraction et l’écart sont du fait de qui les pose : aucune des trois quantités dérivées — cent deux (102), deux cent trente-huit (238), neuf — n’est écrite dans une pièce.
Lors de l’arrivée de la Diligent à Saint-Pierre de la Martinique en 1732, un inspecteur sanitaire monte à…
Point 38 sur 105 · Pratique · entre l’arrivée du 15 mars et l’ouverture de la vente le 18 mars 1732
Lors de l’arrivée de la Diligent à Saint-Pierre de la Martinique en 1732, un inspecteur sanitaire monte à bord après les déclarations faites devant les fonctionnaires coloniaux. Les autorités de l’île craignant que les personnes déportées n’y apportent des épidémies, cet inspecteur a le droit de mettre le navire entier en quarantaine, ou d’ordonner que celles atteintes de scorbut ou de variole soient débarquées hors de la ville. Robert Harms précise que ces inspecteurs pouvaient à l’occasion être achetés pour fermer les yeux sur de petits problèmes sanitaires, mais qu’ils prenaient très au sérieux les problèmes graves.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Harms énonce ces pouvoirs à propos de l’arrivée de la Diligent en 1732 à Saint-Pierre ; leur portée dans d’autres ports et à d’autres décennies n’est pas établie. Le motif invoqué est la protection de la colonie contre les épidémies, non l’état des personnes examinées.
L’article médical publié par Sébastien Guillié rapporte que le Rôdeur quitta Le Havre le 24 janvier 1819,…
Point 39 sur 105 · Témoignage · 1819-01-24–1819-06-21
L’article médical publié par Sébastien Guillié rapporte que le Rôdeur quitta Le Havre le 24 janvier 1819, atteignit la côte africaine le 14 mars, mouilla devant Bonny — lieu que l’article associe à la rivière du Calabar —, repartit le 6 avril, puis arriva en Guadeloupe le 21 juin. Environ quinze jours après le départ de Bonny, au moment où l’affection des yeux est observée, le texte compte 160 personnes captives enfermées dans la cale et l’entrepont. L’affection gagne ensuite l’équipage : le même article rapporte que des matelots en sont atteints, que le chirurgien du bord en est resté aveugle, et qu’à l’arrivée en Guadeloupe « l’équipage était dans un état déplorable ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Guillié nomme le chirurgien du bâtiment, Maignan, à la page 75, et indique en note de la page 78 qu’il lui a fourni une partie des détails. Ce texte médical ne remplace ni le journal de bord ni les documents d’armement et de débarquement ; la reprise anglaise traduit la même chaîne au lieu de la confirmer indépendamment. Le nombre de 160 porte chez Guillié sur le moment où l’affection est observée, environ quinze jours après le départ, et non sur l’embarquement ou le débarquement. Rupprecht écrit 170 à ce même stade ; Daget donne 200 personnes chargées à Bonny et 160 débarquées en Guadeloupe. Ces nombres ne doivent pas être fusionnés en un seul effectif de départ.
- Bibliothèque ophtalmologique, ou Recueil d’observations sur les maladies des yeux, tome I : « Observation sur une blépharoblénorrhée contagieuse » — p. 74 pour le départ, l’arrivée sur la côte, Bonny, le départ du 6 avril, l’apparition de l’affection environ quinze jours plus tard et les 160 personnes alors comptées ; p. 78 pour l’arrivée en Guadeloupe le 21 juin 1819
- Fifteenth Report of the Directors of the African Institution — p. 7–10, traduction du récit médical
- Répertoire des expéditions négrières françaises à la traite illégale, 1814–1850 — notice « Le Rôdeur, 1819/46 », p. 88 ; donne 200 personnes chargées à Bonny et 160 débarquées en Guadeloupe
- Le voyage des aveugles. Le Havre–la Guadeloupe, 1819, trad. Souad Degachi et Maxime Shelledy, dans Paulin Ismard (dir.), Benedetta Rossi et Cécile Vidal (coord.), Les Mondes de l’esclavage. Une histoire comparée, Paris, Seuil, 2021, p. 277–283 — version française dans Les Mondes de l’esclavage, p. 278 ; donne 170 personnes captives au moment où les premiers symptômes sont observés
Guillié rapporte qu’à bord du négrier français le Rôdeur, en 1819, sur l’avis du chirurgien Maignan, on…
Point 40 sur 105 · Témoignage · 1819
Guillié rapporte qu’à bord du négrier français le Rôdeur, en 1819, sur l’avis du chirurgien Maignan, on faisait monter les personnes captives sur le pont « afin de leur faire respirer un air plus pur », et qu’il fallut y renoncer parce que beaucoup de ces personnes, « affectés de nostalgie, se jetaient dans la mer, en se tenant embrassés les uns les autres ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Guillié qualifie lui-même leur état de « nostalgie » et ne rapporte aucune parole de ces personnes. Le geste n’est connu que par ce médecin, qui l’explique par son diagnostic : ce mot ne dit pas ce que ces personnes voulaient. La version anglaise dérive du même article.
Le navire anglais James quitte la rade de Dixcove, sur la côte de l’Or, le 8 mars 1676 à destination de la…
Point 41 sur 105 · Événement · 1676-03-08–1676-05-26
Le navire anglais James quitte la rade de Dixcove, sur la côte de l’Or, le 8 mars 1676 à destination de la Barbade. Le journal du capitaine Peter Blake note le retrait des fers le 16 mars, plusieurs distributions de poisson à la fin de mars, puis l’apparition de la Barbade et le mouillage dans la baie de Carlisle le 21 mai : soixante-quatorze jours séparent le départ de l’apparition de l’île. Edwyn Stede, l’un des agents de la Royal African Company à la Barbade, examine les personnes à bord le 22 mai ; elles sont rasées, reçoivent de l’eau fraîche, de l’huile de palme et du tabac le 24 ; 163 sont vendues le 25 et 70 le lendemain, sans débarquement préalable consigné.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le journal est celui du capitaine et organise le voyage par vents, rations, pertes et opérations commerciales. Il date des événements mais ne rapporte pas la manière dont les personnes captives mesurent les jours ni ce qu’elles disent de leur destination. La durée de soixante-quatorze jours est la différence calendaire entre les deux dates, non un chiffre donné par Blake.
- Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume I, 1441–1700 — p. 204–205, journal de Peter Blake : départ de « Dickey’s road » le 8 mars, retrait des fers le 16 mars, poisson les 28–31 mars, Barbade et baie de Carlisle le 21 mai, visite de Stede le 22, préparation le 24 et ventes des 25–26 mai ; note 20 p. 204 pour la fonction de Stede comme l’un des agents de la compagnie à la Barbade
- Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora — chapitre 5, p. 131–148, particulièrement p. 142–148 pour la séquence du James entre le départ, la perte de la terre, les semaines en mer et l’apparition de la Barbade
Pendant la traversée du James en 1676, le compte des morts que tient Peter Blake (« Account of Mortallity »)…
Point 42 sur 105 · Témoignage · 1676-03-31–1676-04-26
Pendant la traversée du James en 1676, le compte des morts que tient Peter Blake (« Account of Mortallity ») porte un garçon malade tombé à la mer dans la nuit du 31 mars ; une femme morte le 15 avril, reçue de Wyembah, tombée malade et qui ne voulait « rien manger ni rien prendre » ; un homme qui se jette par-dessus bord et se noie le 17 avril ; et une femme morte le 26 avril, que Blake a achetée lui-même, après avoir continué à porter son enfant jusqu’à l’épuisement. La provenance que le compte inscrit distingue ces deux femmes. Une version du journal citée par Smallwood précise que l’homme du 17 avril refuse de saisir l’aviron tendu lorsque l’embarcation le rejoint.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Blake décrit les personnes selon leur valeur, leur état physique et la perte enregistrée. Le geste de la mère et les refus sont conservés, mais le document ne livre aucun nom et ne permet pas d’attribuer un motif précis. Le refus de l’aviron est publié par Smallwood à partir du journal sans apparaître dans l’extrait abrégé donné p. 204 par Donnan.
Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte sa propre traversée, depuis son embarquement sur…
Point 43 sur 105 · Témoignage · date non établie
Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte sa propre traversée, depuis son embarquement sur la côte africaine jusqu’à la Barbade, et les questions qu’il pose sous le pont à des personnes de sa région sur leur destination et sur la marche du navire. À la Barbade, il ne trouve pas d’acheteur : au bout de quinze jours au plus, estime-t-il, il est embarqué avec quelques autres captifs restés invendus sur un sloop, un petit navire, pour la Virginie.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le récit est étudié comme la publication d’Equiano en 1789, dont le statut autobiographique fait débat : aucun de ses détails n’est converti en déposition indépendante que confirmerait un journal de bord. Deux documents donnent la Caroline du Sud pour lieu de naissance d’Equiano, qui signait Vassa : le registre de son baptême à Westminster en 1759 et un rôle d’équipage du Racehorse en 1773. Vincent Carretta, qui les a produits, juge les preuves pour et contre une naissance africaine non concluantes ; Paul Lovejoy conteste la valeur de ces deux documents. Le site ne tranche pas. Quel que soit ce lieu, Fogleman et Hanserd retiennent le récit pour ce qu’il apporte, avec des éléments corroborés par d’autres sources, sur la traversée et l’esclavage dans les Amériques.
- The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African — chapitre II, pagination imprimée de 1789 : p. 71–78 pour l’embarquement, la descente sous le pont, le refus de manger et les questions échangées ; p. 79–84 pour le départ, le manque d’air et les trois hommes se jetant à la mer ; p. 84–86 pour les poissons volants, le quadrant, la Barbade et Bridgetown ; chapitre III, p. 90–91, pour les quinze jours au plus passés dans l’île et le départ en sloop pour la Virginie avec quelques autres restés invendus
- Saltwater Slavery: A Middle Passage from Africa to American Diaspora — chapitre 5, p. 123–126, analyse de la question « What was to be done with us? » et du navire comme « hollow place »
- Five Hundred African Voices: A Catalog of Published Accounts by Africans Enslaved in the Transatlantic Slave Trade, 1586–1936 — introduction, p. 10 : découverte de Carretta sur le lieu de naissance, caractère « fierce » du débat entre spécialistes, et motif du maintien du récit au catalogue
- Equiano, the African: Biography of a Self-Made Man — préface pour l’enjeu ; chapitre 4 pour le baptême du 9 février 1759 à St Margaret’s, Westminster, et sa planche ; chapitre 7 pour les rôles d’équipage du Racehorse, l’entrée « So. Carolina » du troisième appel et les réserves que Carretta y porte lui-même
- Response to Paul Lovejoy’s ‘Autobiography and Memory: Gustavus Vassa, alias Olaudah Equiano, the African’ — p. 115 pour « Paul Lovejoy may be correct » et le caractère « ultimately inconclusive » des preuves ; p. 116-117 pour l’asymétrie des mobiles, le calcul de vraisemblance sur le rôle du Racehorse et les trois hommes d’équipage nés en Afrique
- Where was Gustavus Vassa, also Known as Olaudah Equiano, Born? Revisiting an Old Question — p. 7, 9 et 12, notes 2, 30 et 52-54 pour la mise en cause des deux documents — attribution par Lovejoy de la mention aux parrain et marraine, cousins de Pascal ; nom du rôle susceptible de ne pas désigner Vassa, présenté comme assistant du docteur Irving — ; p. 3 et 9-15, notes 39-50 et 55-69 pour l’identification proposée d’« Essaka » à Usaka et d’« Equiano » à Ikwuano
Sous le pont du navire d’Equiano : l’air, les fers, la faim et le fouet
Point 44 sur 105 · Témoignage · date non établie
Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte qu’à l’embarquement des hommes de l’équipage le palpent et le soulèvent pour voir s’il est sain. Il demande aux hommes noirs qui l’ont conduit à bord si les hommes blancs vont le manger ; ils lui assurent que non, puis repartent, et il se voit sans chance de regagner la côte. Mis sous le pont, l’odeur et les pleurs le rendent si malade qu’il ne peut plus manger ; deux marins lui présentent à manger et, comme il refuse, l’un le maintient couché et lui lie les pieds pendant que l’autre le fouette. Il aurait voulu se jeter à la mer, mais des filets bordent le navire et l’équipage surveille de près ceux qui ne sont pas enchaînés pour les empêcher de sauter ; il voit d’autres captifs fouettés d’heure en heure parce qu’ils ne mangent pas. Parmi les hommes enchaînés, il trouve des gens de sa nation, qui lui disent qu’on les emmène travailler au pays des hommes blancs ; il leur demande si ces hommes n’ont pas de pays et vivent dans ce lieu creux. Il écrit que leur brutalité ne s’exerce pas seulement sur les captifs : il voit sur le pont un homme blanc fouetté près du mât avant jusqu’à en mourir, puis jeté par-dessus bord ; il en craint davantage ces hommes et s’attend à être traité de même. Tant que le navire reste sur la côte, il est surtout sur le pont, et certains captifs ont la permission d’y rester pour respirer ; le chargement terminé, tous sont mis sous le pont et ne voient plus comment on manœuvre. L’entassement — chacun a à peine la place de se retourner —, la chaleur et la sueur rendent l’air irrespirable, une maladie en fait mourir beaucoup, les fers blessent, des enfants tombent dans les baquets servant de latrines et manquent d’y étouffer, et il entend les cris des femmes et les gémissements des mourants. Affaibli, il est gardé presque toujours sur le pont et, très jeune, n’est pas mis aux fers. Un jour, les marins pêchent, mangent ce qu’ils veulent et rejettent le reste à la mer sous les yeux des captifs qui en demandent ; quelques hommes poussés par la faim essaient d’en prendre en cachette et, découverts, sont durement fouettés. Un jour de mer calme, deux hommes de son pays enchaînés ensemble passent à travers les filets et se jettent à la mer, suivis d’un troisième que sa maladie avait fait laisser sans fers ; l’équipage fait descendre les plus valides sous le pont et met un canot à la mer, deux hommes se noient et le troisième, repris, est fouetté sans pitié. Equiano écrit que beaucoup d’autres les auraient suivis si l’équipage ne les en avait pas empêchés.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le récit a le statut discuté dans la réserve de l’affirmation sur l’embarquement et la traversée d’Equiano : publication de 1789, dont aucun détail n’est converti en déposition indépendante. Equiano qualifie lui-même ce qu’il décrit et prête aux trois hommes la préférence de la mort à l’esclavage : c’est sa lecture de leur geste.
- The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African — chapitre II, pagination imprimée de 1789 : p. 71 pour l’examen par des hommes de l’équipage ; p. 72–74 pour les hommes qui l’ont conduit à bord et son abandon ; p. 74–75 pour la descente sous le pont, l’odeur, le refus de manger, le fouet, les filets, la surveillance et les captifs fouettés d’heure en heure parce qu’ils ne mangent pas ; p. 75–78 pour ses compatriotes enchaînés, leur réponse, l’homme blanc fouetté à mort près du mât avant et le lieu creux ; p. 79–81 pour le pont sur la côte, la mise sous le pont au départ, l’entassement, l’air, la maladie, les fers, les baquets, les cris, et sa garde sur le pont sans fers ; p. 81–82 pour le poisson rejeté et les captifs fouettés ; p. 82–84 pour les trois hommes à la mer, le canot, les deux noyés, le troisième fouetté et les autres empêchés
Cugoano : les marins prenaient les femmes africaines
Point 45 sur 105 · Témoignage · date non établie
Dans le récit qu’il publie en 1787, Ottobah Cugoano, conduit captif de Cape Coast vers la Grenade, écrit qu’il était courant que les marins prennent les femmes africaines pour se coucher sur leurs corps (« it was common for the dirty filthy sailors to take the African women and lie upon their bodies »), alors que les hommes étaient enchaînés et enfermés sous le pont.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Cugoano écrit de mémoire, dans un livre abolitionniste publié en 1787 ; il généralise (« it was common ») à partir de ce qu’il a vu sur son navire, dont il ne donne ni le nom ni la date.
Dans le récit de vie publié sous le nom de Venture Smith en 1798, le navire part d’Anomabu, sur la côte de…
Point 46 sur 105 · Témoignage · date non établie
Dans le récit de vie publié sous le nom de Venture Smith en 1798, le navire part d’Anomabu, sur la côte de l’actuel Ghana, vers la Barbade. Broteer, acheté par l’homme chargé des vivres du navire — le « steward » du récit —, qui lui donne ensuite le nom de Venture, raconte qu’une épidémie de variole éclate pendant la traversée et que, sur 260 personnes parties d’Afrique, 200 au plus sont encore vivantes à l’arrivée.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les nombres appartiennent au récit publié et ne doivent pas être remplacés par les estimations de la base. SlaveVoyages rapproche le texte du voyage 36067 tout en examinant ses écarts ; cette validation de route ne transforme pas toutes les précisions du récit en journal de bord.
Alexander Falconbridge, ancien chirurgien de navires négriers, décrit en 1788 des hommes attachés deux par…
Point 47 sur 105 · Témoignage · date non établie
Alexander Falconbridge, ancien chirurgien de navires négriers, décrit en 1788 des hommes attachés deux par deux, des espaces séparés pour les femmes et les garçons, des personnes couchées sur le côté et parfois sur des plateformes, des montées sur le pont sous chaîne lorsque le temps le permet, deux distributions quotidiennes de nourriture et d’eau, ainsi que le retour sous le pont par mauvais temps. Il décrit aussi le refus de manger réprimé par la violence — il dit avoir vu des braises portées sur une pelle et approchées des lèvres jusqu’à les brûler, avec la menace de les faire avaler —, la danse et le chant imposés, les violences sexuelles des officiers, la fermeture des ouvertures, la maladie et les blessures causées par le frottement du navire.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Falconbridge écrit depuis son expérience de chirurgien dans le combat abolitionniste britannique. Il décrit des pratiques qu’il présente comme courantes et plusieurs situations observées, non un règlement appliqué sans variation sur tous les navires, toutes les routes ou toute la durée de la traite.
- An Account of the Slave Trade on the Coast of Africa — p. 19–20 pour les fers, les espaces et les plateformes ; p. 21–23 pour les montées, les repas, la danse et le chant ; p. 23 pour le refus de manger, les braises portées sur une pelle jusqu’aux lèvres et la menace de les faire avaler ; p. 23–25 pour les violences sexuelles, les ouvertures et les maladies ; p. 28–29 pour les blessures des malades et les personnes ferrées aux morts
La Diligent quitte Jakin le 27 novembre 1731 avec 256 personnes captives.
Point 48 sur 105 · Interprétation · 1731-11-27–1732-03-15
La Diligent quitte Jakin le 27 novembre 1731 avec 256 personnes captives. La reconstruction de Robert Harms donne au pont qui leur est réservé environ 63 pieds de long sur 21 de large, avec des plateformes et une ventilation médiocre. Le 29 novembre, le capitaine Pierre Mary fait hisser au bout de la vergue du mât avant, puis fusiller devant les autres, un homme qui avait appelé d’autres captifs à se soulever immédiatement ; Robert Durand, premier lieutenant du navire, écrit que cette mise à mort doit servir de leçon. Après des escales à Príncipe et São Tomé, le navire accomplit les soixante-six jours de passage vers Saint-Pierre, où il arrive le 15 mars 1732 avec 247 personnes vivantes.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le journal de Durand établit le départ, l'appel au soulèvement, la répression, les escales, la durée et l'arrivée. Les dimensions de l'espace réservé aux captifs et la ventilation restent celles que Harms reconstruit à partir du journal, des comptes et d'autres sources contemporaines. Ses développements généraux sur la vie quotidienne à bord mobilisent d'autres voyages et ne sont pas attribués à la Diligent. Les soixante-six jours comptent le passage de São Tomé à la Martinique, après la première séquence Jakin–îles portugaises.
- The Diligent: A Voyage Through the Worlds of the Slave Trade — p. 262–264 pour les 256 personnes, les dimensions, les plateformes, la ventilation et le départ du 27 novembre ; p. 269–270 pour l’action du 29 novembre, l’homme hissé au bout de la vergue du mât avant, la fusillade et la phrase du journal de Durand ; p. xi et xiv pour les charges de Pierre Mary, premier capitaine, et de Robert Durand, premier lieutenant ; p. 329 pour les soixante-six jours et les neuf personnes mortes en mer ; p. 350 pour l’arrivée du 15 mars 1732 et les 247 personnes débarquées vivantes
- Journal de bord d'un négrier : Guinée / Lieutenant Durand, 1731–1732 — p. 66–68 : total de 256 personnes, départ de Jakin le 27 novembre et action suivie de l'exécution du 29 novembre ; p. 70–78 pour les relâches à Príncipe et São Tomé ; p. 92–93 pour l'arrivée du 15 mars après soixante-six jours et les 247 personnes vivantes
Dans la biographie publiée en 1854, Mahommah Gardo Baquaqua raconte deux mises en captivité distinctes.
Point 49 sur 105 · Témoignage · 1845
Dans la biographie publiée en 1854, Mahommah Gardo Baquaqua raconte deux mises en captivité distinctes. Une première, pendant une guerre, prend fin lorsque son frère organise son rachat. Plus tard, des hommes dont le livre ne conserve pas les noms suivent Baquaqua, l’attirent hors de Djougou, l’enivrent et le vendent. Baquaqua décrit ensuite la branche fourchue de six pieds passée derrière son cou et fermée devant par un boulon de fer, plusieurs reventes, les nuits enfermé ou les pieds immobilisés, les déplacements à pied puis en bateau, le marquage au fer et la marche enchaînée jusqu’au navire qui l’emporte probablement en 1845.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La page de titre indique que Samuel Moore a écrit et révisé le récit à partir des paroles de Baquaqua ; le texte n’est donc pas une transcription brute. Robin Law, historien de la traite atlantique, relève aussi des tensions entre les versions conservées sur la durée et le statut de Baquaqua avant son exportation. La date de 1845 est une reconstitution probable de Law, pas une date donnée par la biographie. Le navire conduit Baquaqua à Pernambuco, au Brésil, et non aux Antilles : la route de Baquaqua éclaire comparativement la conduite vers la côte sans devenir le modèle d’une route antillaise.
Dans un fragment probablement mis par écrit dans les années 1810–1830 et conservé sous le titre Memoirs of…
Point 50 sur 105 · Témoignage · date non établie
Dans un fragment probablement mis par écrit dans les années 1810–1830 et conservé sous le titre Memoirs of the Life of Florence Hall, la femme dont Robert Johnston transmet le récit présente Akeiso comme son nom « Eboe ». Elle raconte avoir été capturée enfant dans le pays qu’elle appelle « Eboe », avoir marché quinze nuits jusqu’à la mer, puis avoir accompli une longue traversée vers la Jamaïque. À bord, les enfants nus peuvent se déplacer sur le navire tandis que les hommes et les femmes sont enchaînés et maintenus dans l’obscurité sous le pont. Akeiso décrit la nourriture rare et mauvaise, les punitions fréquentes et sévères, et des morts si habituelles que les personnes restées en vie croient que les morts retrouvent leur peuple et leur pays.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le fragment de quatre pages est non signé, non daté et incomplet. Robert Johnston l’a matériellement écrit, mais il a pu écouter Akeiso directement ou copier un récit transmis. Les historiens Randy Browne et John Wood Sweet situent avec confiance cette mise par écrit entre 1810 et 1830 ; l’hypothèse plus précise de 1818–1833 n’est pas une certitude. La période structurée porte sur la création probable du document, non sur le voyage, qui a vraisemblablement eu lieu à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle sans que sa date, le navire ou le port d’embarquement soient établis. Dans la dernière page, « Jamaica » aurait remplacé un mot biffé : Browne et Sweet lisent ce mot comme « Port Royal », tandis que la chercheuse Nicole Aljoe proposait « Barbados ». Seule la destination finale « Jamaica » est certaine. Le titre est la seule indication interne attribuant le récit à une femme appelée Florence Hall, qui n’a pas été identifiée avec certitude dans les registres. Browne et Sweet lisent le pays que le fragment appelle « the Country of the Eboe » comme « clearly a reference to Igbo, somewhere in the Bight of Biafra interior » : cette interprétation appartient à ces deux historiens, et « Eboe » n’est converti ici ni en identification ethnique ni en région administrative actuelle. Le fragment qualifie Akeiso de nom « Eboe », mais ce nom n’est pas actuellement identifié comme un nom igbo certain.
- Memoirs of the Life of Florence Hall — Powel Family Papers, collection 1582, boîte 46, dossier 9 ; vues 1 à 3 du fac-similé PDF pour le titre, le pays « Eboe », la capture, la marche, la traversée, les déplacements à bord, les fers, l’obscurité, la nourriture, les punitions, les morts, le nom Akeiso et l’arrivée en Jamaïque ; transcription Freedom Narratives FN-OB-1048
- Florence Hall’s ‘Memoirs’: Finding African Women in the Transatlantic Slave Trade — p. 206–211 pour la provenance, la datation, la médiation, le contenu du fragment et l’arrivée en Jamaïque ; p. 210 pour la lecture du pays « Eboe » comme référence à l’Igbo, dans l’arrière-pays de la baie du Biafra ; note 59, p. 221, pour l’incertitude sur l’identification linguistique du nom Akeiso
Ofodobendo : mise en gage et reventes
Point 51 sur 105 · Témoignage · revente à New York en 1741 ; enfance non datée
Dans le mémoire conservé par la communauté religieuse morave de Bethlehem, Ofodobendo Wooma raconte qu’après la mort de son père, vers ses huit ans, son frère le recueille. Celui-ci emprunte deux chèvres pour deux ans et remet l’enfant au prêteur en garantie. Au bout d’un an, le prêteur lui tend « une pipe de tabac sur la route » ; Ofodobendo la piétine. L’homme invoque ce geste pour le vendre avant l’échéance. D’autres acheteurs l’acquièrent et le revendent ensuite à plusieurs reprises, jusqu’à le conduire parmi des personnes dont il ne comprend plus la langue. Dans une grande contrée qu’il appelle « Nemils », un marchand l’achète, l’habille et le place dans sa maison. Sur l’ordre de leur maître, des personnes à son service conduisent l’enfant dans une autre maison où pendent les têtes d’au moins cinquante hommes morts. Il s’attend à être tué sur-le-champ. Celui qu’Ofodobendo appelle alors son compagnon, sans que le mémoire permette de l’identifier, demande aux occupants un prix qu’ils refusent ; il le fait sortir, lui retire ses vêtements et le revend à un autre marchand. Ofodobendo est ensuite placé sur une embarcation avec d’autres captifs. Il y rencontre une jeune fille de sa région qui le réconforte beaucoup. On lui donne du porc, viande interdite dans son pays, et la faim le contraint finalement à en manger. À la côte, les deux enfants rencontrent deux Européens. L’un d’eux, présenté comme capitaine, leur fait signe de le suivre à bord. Ofodobendo estime qu’environ soixante personnes noires s’y trouvent sans être attachées. Après le voyage vers Antigua, il est vendu avec environ trente autres personnes à un capitaine de New York, qui le revend dans cette ville en 1741. Ofodobendo dit avoir alors environ douze ans.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le document des archives de l’Église morave est écrit d’une seule main qui poursuit le récit après la fin de la partie autobiographique. L’historien Daniel B. Thorp ne peut établir s’il s’agit d’une copie remaniée, d’une traduction d’un texte anglais ou de la transcription d’une dictée. Le mémoire transmet d’abord « Eboe », corrigé entre les lignes en « Ibo », et ne permet pas de localiser le lieu natal. Dans son premier état, la phrase de la vente disait : « but he did not wait for that but sold me to another ». Selon la note 47 de Thorp, un ajout porté au bas de la page a ensuite inséré le passage où le prêteur tend une pipe à Ofodobendo, où l’enfant la piétine, où le prêteur présente ce geste comme la cause de la vente et où la vente survient après un an ; le second « but » a été supprimé. Le nom Nemils demeure non identifié ; l’ajout « Niger » a lui-même été barré. Le mémoire décrit les têtes d’au moins cinquante hommes morts et la crainte d’être tué, mais n’établit ni qui a tué ces hommes ni comment leurs têtes sont arrivées là. Le mémoire cesse de parler de la jeune fille après l’embarquement ; rien n’y indique ce qu’elle devient. Le nombre d’environ soixante personnes noires présentes à bord sans être attachées est une estimation d’Ofodobendo, non un compte du capitaine ou de l’équipage. Hormis l’épisode de la pipe, le motif invoqué pour la vente et le délai d’un an, qui proviennent de l’ajout signalé par la note 47, les épisodes rapportés ici, jusqu’à la revente de 1741 à New York, appartiennent à la partie du mémoire rédigée à la première personne.
- Chattel with a Soul: The Autobiography of a Moravian Slave — p. 433–435 pour la provenance, les quatre pages en allemand ancien et les scénarios possibles de mise par écrit ; p. 447–451 pour la traduction annotée du mémoire ; particulièrement p. 447–448 pour le nom Ofodobendo Wooma, la mise en gage, la pipe de tabac piétinée et la vente « after a year's time » avec la note 47 sur l’état antérieur de cette phrase, les reventes, les changements de langue, l’enfermement, la jeune fille, la faim, la côte et l’embarquement, puis p. 448 pour Antigua, la vente vers New York, 1741 et l’âge d’environ douze ans
- The Slave Trade and Culture in the Bight of Biafra: An African Society in the Atlantic World — p. 127–132 pour les enlèvements, les enfants et les limites des échantillons de personnes déportées ; p. 141–142 pour la mise en gage, les reventes et le passage d’Ofodobendo par Antigua
Broteer : seconde capture près d’Anomabu
Point 52 sur 105 · Témoignage · date non établie
À l’approche d’Anomabu, sur la côte de l’actuel Ghana, le récit publié sous le nom de Venture Smith décrit les premiers ravisseurs épuisés et presque à court de vivres. Des habitants de la région les attaquent et prennent le groupe, les troupeaux et les biens conduits par les premiers ravisseurs. Broteer dit être alors capturé une seconde fois. Les nouveaux détenteurs placent ensemble les premiers ravisseurs et les personnes qu’ils conduisaient dans un lieu de détention que le récit appelle un « château », en attendant de les vendre. Ils font ensuite monter Broteer et d’autres personnes dans une pirogue, leur ordonnent de se montrer sous leur meilleur jour pour les vendre et les conduisent au navire. À bord, le responsable des vivres achète Broteer contre du rhum et du tissu, le renomme Venture et l’emmène vers la Barbade ; ses éditeurs l’identifient comme Robinson Mumford, prénom que l’imprimé de 1798 donne sous une forme fautive.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le récit emploie le mot anglais « castle », mais Paul E. Lovejoy, dans le volume que dirige James Brewer Stewart, établit qu’en 1739 aucun fort n’est en service à Anomabu : Fort Charles est alors abandonné et le nouvel établissement date de 1753. Le récit ne permet pas de dater l’épisode, et le constat de Lovejoy porte sur cette seule année. Le lieu de détention peut donc se trouver ailleurs sur la côte avant le transfert en pirogue ; sa position exacte n’est pas établie. Anomabu reste le point côtier nommé par Broteer et le mouillage auquel le voyage est rattaché, non le nom certain de chaque étape.
- A Narrative of the Life and Adventures of Venture, a Native of Africa — chapitre I, depuis l’arrivée dans le district côtier appelé Anamaboo jusqu’à l’attaque des premiers ravisseurs, la seconde capture, le lieu de détention appelé « castle », la pirogue, l’ordre de paraître à son avantage, l’achat à bord et l’attribution du nom Venture ; chapitre II pour le départ vers la Barbade
- Venture Smith and the Business of Slavery and Freedom — chapitre « The African Background of Venture Smith », p. 37-39, pour Robinson Mumford et la forme fautive Robertson du récit ; chapitre 1, p. 42 et notes 17–18, p. 53, pour l’absence de fort en service à Anomabu en 1739 ; chapitre 2, p. 59–60, pour la seconde capture et la conduite au navire
Le Thames : barricade, saut et noyades
Point 53 sur 105 · Événement · 1776-11-08
Lorsque la barricade du Thames résiste, tous les hommes que John Bell classe comme fantis et la plupart de ceux qu’il classe comme originaires d’Accra sautent à la mer. Le courant les entraîne sous le vent du navire. Dans une autre pièce, le capitaine Peleg Clarke compte vingt-huit hommes et deux femmes noyés, sans préciser comment ces deux femmes se sont retrouvées dans l’eau. Bell écrit que les femmes n’ont pas pris part à l’action — « The women having no hand in it » — et attribue cette absence au fait qu’elles n’ont pas eu le temps de se concerter. Bell donne successivement trente-six personnes perdues puis trente-quatre manquantes ; le compte arrêté en janvier enregistre finalement trente et un hommes et deux femmes perdus, tandis que le procès-verbal maritime retient un total de trente-trois personnes « perdues et noyées ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les pièces éditées ne concordent pas sur trente-trois, trente-quatre ou trente-six personnes perdues ou manquantes, et elles ne se contrôlent pas l’une l’autre : les documents 268 et 269 renvoient tous deux au même registre, « Clarke Letter-Book, no. 76 », et l’ensemble n’est connu que par l’édition de transcriptions publiée par Elizabeth Donnan en 1932, dont le manuscrit n’a pas été consulté. La divergence oppose deux auteurs, Clarke et Bell, à l’intérieur d’un même fonds transmis par une seule main. Clarke déclare vingt-huit hommes et deux femmes noyés dans sa lettre. Les autres comptes emploient des catégories différentes et ne permettent pas de transformer ce chiffre rapporté en minimum historique. Les catégories « fantis » et « Accra » sont celles de Bell et ne permettent pas d’identifier chaque personne. L’édition ne permet pas de donner un nom aux personnes mortes ou de reconstituer le sort de chacune. L’explication que Bell donne de l’absence des femmes est la sienne : sa lettre ne rapporte sur ce point aucune parole des intéressées. Il n’explique pas davantage comment deux femmes se trouvent parmi les noyées alors qu’il les dit étrangères à l’action.
- Documents Illustrative of the History of the Slave Trade to America, volume III, New England and the Middle Colonies — document 268, p. 321–322, pages PDF 341–342 : vingt-huit hommes et deux femmes déclarés noyés ; document 269, p. 323–324, pages PDF 343–344 : saut collectif, courant et comptes de trente-six puis trente-quatre ; document 272, p. 326, page PDF 346 : perte finale de trente et un hommes et deux femmes, soit trente-trois personnes ; document 278, p. 331, page PDF 351 : total de trente-trois personnes « perdues et noyées », sans répartition par sexe
Broteer : capture et marche vers Anomabu
Point 54 sur 105 · Témoignage · date non établie
Dans le récit publié en 1798, Broteer — ensuite renommé Venture par l’homme qui l’achète — raconte que les habitants d’un territoire proche, chassés par une armée que le récit ne permet pas d’identifier avec assurance, demandent la protection de son père. Celui-ci gouverne alors un autre territoire, accueille les personnes déplacées et leur accorde les mêmes droits et la même protection qu’à ses sujets. Quatre jours après leur arrivée, l’armée poursuit ces personnes, qui fuient de nouveau. Deux jours plus tard, un détachement menace le territoire du père de Broteer et réclame une forte somme d’argent, trois cents bovins ainsi que de nombreux autres animaux. Son père choisit de payer ce tribut pour préserver les droits et les libertés de ses sujets. Le détachement s’engage alors à ne pas l’attaquer. Averti que l’armée prépare malgré cet engagement une attaque, le père de Broteer ordonne le repli de sa famille et de ses sujets. À l’aube, il part avec ses deux autres épouses dans un premier groupe ; la mère de Broteer et ses enfants en forment un second. Les deux groupes quittent les habitations l’un après l’autre et gagnent le même lieu de halte. Ils y allument un feu pour préparer à manger ; la fumée révèle leur présence à des éclaireurs. Lorsque les assaillants approchent, les femmes et les enfants cherchent refuge dans de hauts roseaux tandis que le père de Broteer combat seul, puis se rend. Les assaillants frappent Broteer à la tête, passent une corde autour de son cou et de celui des femmes, puis les conduisent auprès de son père, lui aussi entravé. Tous sont menés au camp. Là, les assaillants interrogent le père de Broteer sur son argent et le torturent. Il refuse d’en révéler l’emplacement et meurt sous les yeux de son fils. L’armée part ensuite vers la mer avec Broteer et les femmes. Sur la route, Broteer porte le fusil d’un chef de reconnaissance, une pierre à moudre, de la nourriture, une natte et des ustensiles. Le groupe prend du bétail et capture encore des hommes, des femmes et des enfants. Dans un lieu dont le nom n’est pas identifié, des habitants cachés dans des abris creusés tirent des flèches par des ouvertures ; les assaillants les enfument et les font sortir avant de poursuivre la route vers Anomabu.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le récit a été publié plusieurs décennies après les faits. La page de titre de l’imprimé de 1798, telle que la transcription la transmet, porte « Related by Himself » et ne nomme personne d’autre ; une mise en forme du texte par un tiers n’y est attachée à aucun nom. Il situe la naissance de Broteer vers 1729 et lui donne environ six ans lors de l’attaque, puis six ans et demi pendant la marche. Le rapprochement du voyage avec l’année 1739 et l’âge porté plus tard sur sa pierre tombale conduisent Paul E. Lovejoy à l’estimer plus proche de douze ans : aucun des deux âges n’est ici retenu comme certain. Le tribut de trois cents bovins est rapporté rétrospectivement dans ce récit. Dukandarra, l’origine de Broteer, l’armée et l’itinéraire intérieur ne sont pas identifiés avec assurance. Ce parcours documente une capture de guerre particulière, non la cause principale des captures sur toutes les routes africaines.
- A Narrative of the Life and Adventures of Venture, a Native of Africa — chapitre I, depuis l’arrivée chez le père de Broteer des habitants chassés de leur territoire, leur accueil sous sa protection, leur nouveau départ, le tribut payé par le père, la promesse de non-attaque et l’avertissement qui déclenche le repli ; puis, du départ des deux groupes familiaux jusqu’au combat et à la reddition du père, à la capture de Broteer et des femmes, à leur conduite au camp, à l’interrogatoire et à la mort du père ; enfin, du départ de l’armée vers la mer jusqu’aux charges imposées à Broteer, aux nouvelles captures et aux habitants enfumés dans leurs abris avant la route vers Anamaboo
- Venture Smith and the Business of Slavery and Freedom — chapitre 1, p. 35–55, pour la discussion de l’âge, de l’origine et de la route ; chapitre 2, p. 56–60, pour la lecture de la capture, de la marche et de l’approche d’Anomabu
Cugoano : enlèvement et ventes successives
Point 55 sur 105 · Témoignage · livre publié en 1787 ; enlèvement non daté
Dans son livre de 1787, Ottobah Cugoano raconte qu’il est né dans la ville d’Agimaque, sur la côte de Fantyn, où son père était compagnon du chef ; à la mort de ce chef, l’enfant est laissé dans sa maison, puis appelé auprès d’Ambro Accasa, neveu du roi défunt qui lui succède à la tête de la chefferie d’Agimaque et d’Assinee, et il vit environ deux ans avec les enfants d’Accasa. Envoyé visiter un oncle établi à une distance considérable d’Agimaque — trois journées de marche —, il y vit environ trois mois, puis est enlevé, sans que le livre donne son âge, avec dix-huit ou vingt autres filles et garçons partis jouer dans les bois. Des hommes armés trompent les enfants et divisent le groupe. L’un des ravisseurs conduit Cugoano avec une fille ; plusieurs détenteurs, intermédiaires et acheteurs prennent ensuite le relais. Inquiet et ne sachant que faire, l’enfant refuse de manger et de boire pendant des journées entières. Dans la maison où il est gardé, un homme lui promet de faire tout son possible pour le ramener chez son oncle. Cugoano recommence alors à manger un peu de fruit et pense que les siens doivent le rechercher. Au terme du déplacement, il voit des personnes enchaînées. Un homme — le livre ne permet pas de dire si c’est celui qui lui avait promis de faire tout son possible pour le ramener — se présente ensuite comme connaissant ses proches à Agimaque et promet de l’y conduire ; il le mène dans un fort de la côte tenu par des Européens et y accepte d’un acheteur un fusil, du tissu et du plomb en échange de l’enfant. Après cet échange, des gardiens l’y enferment pendant trois jours, puis le conduisent à un navire et le transfèrent sur un plus grand bâtiment prêt à partir de Cape Coast, port de la Côte de l’Or, vers la Grenade.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le texte de 1787 ne donne ni l’âge de Cugoano au moment de l’enlèvement ni la date de celui-ci. Le récit distingue deux hommes : Ambro Accasa, avec les enfants duquel Cugoano vivait à Agimaque, que le livre présente comme le neveu du roi défunt auquel il succède et non comme un parent de l’enfant, et l’oncle établi à une distance considérable, chez qui il vivait depuis environ trois mois lorsqu’il est enlevé. Le livre ne nomme aucun des ravisseurs, détenteurs, intermédiaires, vendeur, acheteur ou gardiens successifs. Cette lacune n’empêche pas de suivre leurs actions, mais le récit ne permet pas toujours de savoir si une même personne remplit plusieurs de ces rôles. Cugoano écrit avoir oublié le nom de ce fort, et rien dans le livre ne permet de l’identifier. Ce cas documente un enlèvement particulier d’enfants sur la Côte de l’Or ; il ne mesure pas la fréquence de ce mécanisme ailleurs.
- Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species — p. 5–10 de l’édition de 1787 : p. 5 l’enlèvement pendant un jeu ; p. 6 la naissance à Agimaque, la maison d’Ambro Accasa neveu du roi défunt auquel il succède, les deux années passées avec ses enfants, l’envoi chez un oncle établi à une distance considérable, les trois journées de route jusqu’à sa demeure et les trois mois passés là ; p. 8 la séparation du groupe, le refus de manger, la promesse et le second conducteur ; p. 9 les personnes enchaînées vues au terme du déplacement, le fort, la vente contre un fusil, du tissu et du plomb, les trois jours de prison et le transbordement vers le navire prêt à quitter Cape Coast
Dans son ouvrage publié en 1652, Maurile de Saint-Michel rapporte qu’un homme asservi gravement malade,…
Point 56 sur 105 · Témoignage · 1652
Dans son ouvrage publié en 1652, Maurile de Saint-Michel rapporte qu’un homme asservi gravement malade, voyant le prêtre venir à lui avec le saint sacrement, crut qu’on venait l’emporter en terre et, « levant la teste », dit « à toute peine » ces trois mots : « Moy non mort » ; il avait entendu dire, écrit Maurile, que « les Sauvages achevoient les agonisants » et craignait qu’on lui fît de même. Le missionnaire écrit l’avoir revu ensuite « travailler aux cannes de son maistre M. de la Vrenade », dans la même page où il attribue le baptême de deux femmes à la sollicitation de madame de la Vrenade.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ces mots sont rapportés par un missionnaire européen qui les cite pour illustrer la crédulité de ses catéchumènes, non pour transmettre une parole. La graphie, la traduction et le cadrage sont les siens ; l’homme n’est pas nommé et rien ne dit ce qu’il a compris de la scène. Le nom de la Vrenade désigne dans la même page un homme et une femme sans que le texte établisse leur lien : le rapprochement des deux mentions repose sur le seul nom de famille.
À l’ouverture de la vente de la Diligent à Saint-Pierre de la Martinique, des chaloupes amènent à bord des…
Point 57 sur 105 · Pratique · 1732-03-18
À l’ouverture de la vente de la Diligent à Saint-Pierre de la Martinique, des chaloupes amènent à bord des hommes en habits soignés et chapeaux à larges bords — représentants du gouverneur et autres fonctionnaires. Reçus par le capitaine et les officiers, ils sont conduits sur la dunette pour manger et boire, puis parcourent le navire où les personnes captives sont exposées : les femmes sur la dunette, les hommes sur le pont principal et le gaillard d’avant. Robert Harms énumère ce que font d’ordinaire ces visiteurs : ils les regardent, examinent leurs dents, palpent leurs bras et leurs jambes, touchent leurs parties génitales, leur ordonnent de marcher, de se retourner ou de sauter pour montrer leur agilité.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les gestes sont ceux que Harms décrit comme la routine de ces visites ; la source ne dit pas lesquels ont été faits à quelle personne. Harms ajoute que le rituel a certainement rappelé aux captifs leur examen dans la cour du souverain de Jakin par Pierre Mary ou Robert Durand : c’est son inférence, et rien ne l’établit. Ce qu’il avance sur ce qu’elles pouvaient éprouver, il le pose en questions : aucune n’a de réponse dans les sources. Aucune personne exposée n’est nommée.
La question « pour quel sujet » est posée à chacune des personnes interrogées en septembre 1711, et les…
Point 58 sur 105 · Témoignage · 1711-09-21
La question « pour quel sujet » est posée à chacune des personnes interrogées en septembre 1711, et les réponses conservées ne se ramènent pas à une cause unique : le sieur Gallet, maître de Laurence, avait brûlé sa case ; Magdelaine, dite Mande, esclave du sieur Audache, était sortie de l’habitation « parce que sa maîtresse la voulloit faire battre sans sujet » ; Margot, esclave du sieur Germond, dit être partie, malade, « parce que son Maistre ne la voulloit pas faire guerir » ; Jeannot, esclave de la veuve Aubriot, après deux jours de chasse sans rien tuer, a craint d’être battu à son retour ; Michau, au sieur Desmassias, répond être parti « par Libertinage ». Mande ajoute qu’elle n’avait rejoint son frère Colas, marron avec Jérôme, que deux semaines avant d’être prise.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Cinq réponses obtenues sous la contrainte d’une procédure capitale ne fondent aucune répartition des motifs de départ : ce qui est établi est que la question est posée à chacun et que les réponses diffèrent. « Libertinage » appartient au vocabulaire de la police des esclaves et figure ici dans une réponse transcrite par le greffier, non dans une question : il n’est ni plus ni moins authentique que les autres.
Interrogée le 21 septembre 1711 dans la chambre du greffe de la Martinique, Laurence, « paroissant agée de…
Point 59 sur 105 · Témoignage · 1711-09-21
Interrogée le 21 septembre 1711 dans la chambre du greffe de la Martinique, Laurence, « paroissant agée de vingt cinq ans ou environ, Creole de cette isle », esclave du sieur Gallet au quartier de la Capesterre, déclara s’être « renduë maronne » depuis « environ un an », « à cause que son maître avoit brustlé la case d’elle repondante ». À la question de quoi ils avaient vécu pendant leur marronnage, elle répondit « qu’ils ont volé des Banannes et des figues jusqu’à ce qu’ils ayent pû faire un jardin dans le Bois, et qu’ils en avoient fait un sur la place de ladite Dame Sainte Marthe ». Le juge lui demanda ensuite « avec quels negres de ce bourg ils negotioient les legumes de leur jardin » ; elle répondit qu’elle ignorait où les hommes allaient « quand ils alloient dehors, parce qu’ils ne leur voulloient pas dire à leur retour », et qu’elle-même et « les deux autres negresses ne sortoient jamais de leur ajoupa ». Elle reconnut être « la maîtresse dudit hierosme » et avoir été avec lui depuis le jour de son départ jusqu’à celui de sa capture.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Cette déposition est produite sous une accusation criminelle et n’est pas une parole libre : le préambule de son propre interrogatoire la dit « accusée de Maronnage », et plusieurs personnes poursuivies dans la même affaire ont été mises à mort en 1710. Les mots sont ceux du greffier, non les siens : « volé » est la qualification de la procédure, la question sur la négociation des légumes présuppose un fait que la réponse n’établit pas, et l’âge est celui qu’elle paraît avoir aux yeux du tribunal. Le jardin, l’ajoupa et la place de la dame Sainte-Marthe ne sont pas autrement localisés. Le lien avec Jérôme est établi par sa réponse « qu’ouy » à une question fermée du juge, non par une déclaration spontanée.
La feuille dressée pour la campagne de 1769-1770 de la Marie-Séraphique ne montre pas seulement un navire :…
Point 60 sur 105 · Pratique · 1769–1770
La feuille dressée pour la campagne de 1769-1770 de la Marie-Séraphique ne montre pas seulement un navire : elle réunit dans un seul cadre quatre plans, une vue peinte et les comptes de l’expédition. Son cartouche compte dans la même phrase « la quantité de 307. captifs divers, en 3. mois 26. jours » et, « ayant en calle, sur le pont, et dans la / chaloupe 351. bariques d’eau ». Le renvoi aux plans, « suivant les plans cy dessous », ne porte que sur les barriques ; les captifs n’en reçoivent aucun, et le « dont la vüe est cy dessous » qui les précède se rattache à Loangue. Sur les deux plans de la cale, les futailles — dessinées une à une, chacune portant à l’encre rouge son chiffre de contenance — occupent tout l’espace sauf l’arrière, où des compartiments nommés reçoivent la poudre et les vivres : « Soutte à Poudre », « Soutte à Pain, contenant 3000 livres remplis de Magnoc pris à Saint Thomé », « Soutte à Pain, contenant 9330 livres », et des soutes à fèves et à ris chiffrées en gamelles — 870, 1210 et 500 —, c’est-à-dire en rations servies. Deux des cinq registres de la feuille portent des corps humains : le plan de l’entre-pont, et la vue peinte, où une bande sombre et serrée court le long du plat-bord sous les deux voiles tendues en tauds — une claire vers l’arrière, une rouge au milieu du navire. Radburn et Eltis situent cette vue « à l’ancre au large de Loango » et y lisent l’entassement des 307 sur le pont : les captifs « apparaissent sur l’image sous la forme d’une masse dense […] leurs têtes dépassant à peine des plats-bords et protégées du soleil par deux larges voiles ». Le cartouche nomme l’armateur Gruel, le capitaine Gaugy, la traite faite à Loangue et le départ du 18 décembre 1769. Les inscriptions de la feuille — cartouche, légendes des plans, intitulés et lignes des tableaux — ne nomment aucune des personnes transportées : les seuls noms de personnes qu’elles portent sont ceux de l’armateur, du capitaine et, au bas des comptes, de L’Hermite, et le seul prénom de femme qu’on y lit est celui du navire. Le cartouche se lit ainsi — capitales d’apparat rendues en minuscules accentuées, graphies et points abréviatifs gardés, passages à la ligne marqués d’une barre : « armé par Mr. Gruel », « sous le commandement de Gaugy, qui a traité a Loangue, dont la vüe est cy dessous », « party le 18. decembe 1769. » — le scripteur omet ici le R de decembre, qu’il écrit correctement dans le bandeau —, « ayant en calle, sur le pont, et dans la / chaloupe 351. bariques d’eau suivant les plans cy dessous. » — sans virgule après « chaloupe », où la pièce passe seulement à la ligne —, et « commencée le 25. aoust, et finie le 16. decembre. 1769. » pour la traite. Les dates du grand tableau ne s’accordent pas avec celle du titre. La traite est dite « commencée le 25. aoust, et finie le 16. decembre. 1769. », soit trois mois et vingt et un jours ; du 25 août au départ du 18 décembre, il s’écoule trois mois et vingt-trois jours. Le titre annonce trois mois et vingt-six jours, terme qui tomberait au 21 décembre, trois jours après le départ. La feuille n’explique pas d’où elle tire ce compte.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le dessin donne l’arrimage prévu, non un relevé fait pendant la traversée. Le nombre de 351 barriques est celui que la feuille déclare. Le fac-similé publié laisse lire la ligne, comme les 307 personnes : ce sont deux postes du même inventaire, dressé par ceux qui en rendaient compte. Les quatre plans sont orientés poupe en haut : « Le Pont » porte son éperon et son beaupré au bas de la planche, et la pointe fine qui termine les plans de cale par le haut est l’étambot, non l’étrave. Les soutes occupent donc l’arrière de la cale — ce que confirme la coupe de 1773, orientée par la chambre du capitaine, qui y range les mêmes soutes à poudre, à pain, à fèves et à ris, et ce que Radburn et Eltis écrivent de leur côté. La bande ne court pas sur toute la longueur du bord : elle en couvre un peu plus de la moitié. Les tauds se prolongent vers l’arrière au-delà d’elle : le taud clair couvre la lisse bien en arrière du début de la bande. En avant, la lisse est nue, hors trois ou quatre figures isolées et vêtues au gaillard d’avant ; en arrière, sur le gaillard, elle porte des figures colorées et habillées parmi les sombres. Sur la vue peinte, ce que porte le plat-bord ne se résout pas non plus en figures individuelles : agrandie, la bande est faite de touches sombres irrégulières dont certaines se lisent comme des têtes. C’est ce que l’étude décrit elle-même — « une masse dense » —, et c’est l’inverse du plan de l’entre-pont, où la même main dessine les captifs un par un. Aucun geste individuel n’y est donc établissable : des traits fins montent de la masse et pourraient se lire comme un bras levé, mais ils ne se distinguent ni d’un cordage ni d’une touche de pinceau. La feuille rattache sa vue à Loangue, « dont la vüe est cy dessous » ; l’identification précise du mouillage est celle de l’étude.
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1770, cartouche, quatre plans et vue peinte ; soutes, gamelles et plat-bord ; sur le nom de l’armateur, le U porte un signe unique en coin, épais et incliné, et non les deux points nets que la même main trace sur le Ü de « VÜE » à la ligne suivante : le nom est donc transcrit « Gruel », le signe étant relevé sans être identifié
- Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique — § 23, lecture de la vue peinte de la feuille de 1770 : le navire y est décrit « à l’ancre au large de Loango » ; « l’encombrement du pont de la Marie-Séraphique, où s’entassaient 307 esclaves » ; « les captifs apparaissent sur l’image sous la forme d’une masse dense […] leurs têtes dépassant à peine des plats-bords et protégées du soleil par deux larges voiles ». § 22 pour la lecture inverse du plan de l’entre-pont, « description des esclaves individuels »
La coupe du navire portée par la feuille de 1773 nomme les espaces du bord dans une légende alphabétique.
Point 61 sur 105 · Pratique · 1773
La coupe du navire portée par la feuille de 1773 nomme les espaces du bord dans une légende alphabétique. Les lieux où l’on enferme les captifs s’appellent des parcs : « Parc aux Femmes » et « Parc aux Hommes », l’un et l’autre « chaffaudés », c’est-à-dire équipés de plateformes superposées. Une « Cuisine à Négres » — accent aigu sur la pièce — y est un poste distinct. La cale reçoit sa lettre au même titre que les parcs, sous la mention « Cale contenante 335. Bqs. d’Eau ». Le navire mesure 78 pieds de tête en tête et 63 pieds de quille. La légende compte quatorze lettres, de A à Q, J, O et P étant sautées, et se lit : « A. Chambre du Capitaine. B. Chambre du Second Capne. C. 16. Cabanes d’Equipges. D. 4. Cabes. d’Equipages » — une accolade réunit C et D et se ferme sur « sous les Gaillards. » —, « E. Cuisine à Négres. F. Parc aux Femmes G. Parc aux Hommes » — une seconde accolade réunit F et G et se ferme sur « Chaffaudés » —, puis « H. Soutte a Voilles &ca. I. Soutte a Poudre. K. Soutte a Pain. L. Soutte a Feves. M. Soutte a Ris. N. Arche-Pompe. Q. Cale contenante 335. Bqs. d’Eau &ca. ». Sur le dessin, F, G et Q sont portées plusieurs fois — F et G deux fois chacune, Q trois fois — et les onze autres lettres une seule. Les 335 barriques d’eau que porte la cale représentent environ 62 500 litres, pour la désaltération, la cuisine et la toilette.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Parc, chaffaudé et cuisine à nègres sont les mots de la pièce et ne valent que pour ce navire. La légende décrit un aménagement prévu, non l’occupation constatée d’une traversée, et la coupe montre ces espaces vides. Elle appartient en outre à la campagne de 1772-1773 : lisant le plan de 1770, Radburn et Eltis n’y voient de plateformes que du côté des femmes, aucune du côté des hommes, probablement à cause d’un plafond trop bas. Les deux feuilles ne représentent donc pas le même aménagement d’une campagne à l’autre, et les deux séries ne se corrigent pas l’une l’autre. L’équivalence des barriques en litres est donnée par Bernard Michon, seul témoin, sans dire la contenance retenue pour une barrique ; c’est un ordre de grandeur et non une mesure.
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1773, « Coupe du navire » et sa légende A à Q ; échelle sous la coque pour les 78 pieds de tête en tête et indication de quille pour les 63 pieds ; légende relevée mot pour mot et répétitions des lettres comptées sur le dessin — F et G portées deux fois, Q trois fois, les onze autres une seule ; la marque en H de l’étrave, sans empattements et plus grande d’un tiers, est un dessin de charpente et non un renvoi
- Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique — § 19-20, lecture de l’entre-pont du plan de 1770 : trois compartiments — hommes à l’avant du grand mât, garçons au milieu, femmes à l’arrière — et des plateformes du seul côté des femmes
- La Marie-Séraphique, navire de traite nantais au XVIIIe siècle — section « Archive : deux représentations de la Marie-Séraphique » : « Pour la Marie-Séraphique, 335 barriques d’eau sont mentionnées sur la “Coupe du navire”, soit environ 62 500 litres, pour la désaltération, la cuisine et la toilette »
Le bloc « Produit à la côte » de la feuille de 1773 compte les captifs de la campagne de 1772-1773 en cinq…
Point 62 sur 105 · Mesure · 1772–1773
Le bloc « Produit à la côte » de la feuille de 1773 compte les captifs de la campagne de 1772-1773 en cinq lignes et cinq colonnes — Hommes, Femmes, Negrillons, Negrittes, et un total intitulé « Têtes ». La répartition est portée ligne à ligne : 201, 74, 54 et 21 « pour les Mdises cy contre », soit 350 ; 9, néant, 1 et néant aux « ports-permis suivant les ordres de l’armateur », soit 10 ; 192, 74, 53 et 21 au « Reste pr. cpte. de la cargaisn. », soit 340 ; 5, 1, 1 et néant aux « Morts en traversé et pendant la vente », soit 7 ; 187, 73, 52 et 21 aux « vendus au Cap », soit 333. À la différence de la feuille de 1770, les deux lignes qui retranchent des personnes portent leur total. Et les mots ont changé pour les adultes — Hommes et Femmes au lieu de Negres et Negresses —, quand la colonne des totaux garde « Têtes » sur les deux feuilles.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce sont des comptes dressés par l’armement, et non un registre administratif ; à qui ces feuilles étaient destinées, on l’ignore. Les quatre catégories et l’intitulé de leur total sont ceux de la pièce, et ils sont cités comme tels : la prose du site ne les reprend pas à son compte. Sept morts sur trois cent quarante, c’est ce que la pièce déclare ; son compte ne commence qu’au départ de la côte, où le navire était resté cinq mois à se remplir. Les morts de la traversée et ceux du mois de la vente ne sont pas séparables : la pièce les compte sur une seule ligne. La ligne de solde « Reste pr. cpte. de la cargaisn. » est abrégée sur la pièce et n’y est jamais développée. Trois des vingt-cinq cases portent un signe de néant et non un zéro. La case des Hommes à la ligne des morts est pâle et ne se lit pas avec certitude sur ce tirage : elle vaut 5 par sa colonne, 192 moins 187, comme par sa ligne, 7 moins 1, 1 et néant, où le 7 est inscrit sur la pièce et non déduit. Les deux calculs vérifient la cohérence du même tableau de l’armement ; ils ne sont pas une seconde attestation. À la différence du cas de 1770, ils ne se ramènent pas l’un à l’autre. Les quatre autres lignes se lisent directement, et chacune somme au total porté sur la pièce.
Les deux feuilles de la Marie-Séraphique comptent les enfants dans deux colonnes propres, « Negrillons » et…
Point 63 sur 105 · Mesure · 1769–1773
Les deux feuilles de la Marie-Séraphique comptent les enfants dans deux colonnes propres, « Negrillons » et « Negrittes », et leur part augmente d’une campagne à l’autre. En 1769-1770, 51 et 9 enfants sont livrés contre les marchandises, soit 60 sur 312 personnes — 19 pour cent. En 1772-1773, ils sont 54 et 21, soit 75 sur 350 — 21 pour cent. La part des filles parmi eux passe de 9 sur 60 à 21 sur 75. Sur les deux feuilles, la colonne « Negrittes » est la seule dont le chiffre ne varie d’aucune ligne : aucune n’est déduite au titre des ports permis et aucune n’est comptée morte. La dernière ligne n’est toutefois pas la même sur les deux pièces : « Reste jusqu’à ce jour » en 1770, un solde arrêté à un jour qu’elle ne date pas, et « Vendus au Cap » en 1773.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Aucune des deux feuilles ne donne de seuil d’âge ni de taille entre ses colonnes d’adultes et ses colonnes d’enfants : les répartitions publiées sont celles que l’armement déclare, selon des critères qu’il n’explicite pas, et l’écart de deux points entre les deux campagnes peut donc tenir au classement autant qu’aux personnes. Les catégories sont celles de la pièce et sont citées comme telles. L’invariance de la colonne « Negrittes » ne prouve rien : avec 9 puis 21 individus, des effectifs aussi faibles ne permettent pas d’interpréter une case vide, et aucune des deux pièces ne dit qu’on les traitait autrement. Les pourcentages sont calculés ici sur les effectifs livrés contre les marchandises, non sur les soldes.
Le bloc « Produit à Loangue » de la feuille de 1770 compte les captifs de la campagne de 1769-1770 en cinq…
Point 64 sur 105 · Mesure · 1769–1770
Le bloc « Produit à Loangue » de la feuille de 1770 compte les captifs de la campagne de 1769-1770 en cinq lignes et cinq colonnes — Negres, Negresses, Negrillons, Negrittes, et un total intitulé « Têtes ». La répartition est portée ligne à ligne : 192, 60, 51 et 9 pour les marchandises livrées, soit 312 ; 189, 60, 49 et 9 au « Reste au départ », soit 307 ; 184, 58, 47 et 9 au « Reste jusqu’à ce jour », soit 298. Négrillons et négrittes sont les mots par lesquels ce commerce désigne les enfants : soixante d’entre eux sont livrés contre les marchandises — 51 et 9 —, deux passent au compte privé avec les ports permis, et cinquante-huit restent au compte de l’armement au départ de la côte. Le chiffre de la colonne « Negrittes » est le seul qui ne varie sur aucune ligne. La colonne des totaux n’est remplie que sur les trois lignes de solde. Les deux lignes de déduction — « Port permis à déduire » et « Morts à déduire » — laissent leur case de total au signe de néant. Les cinq ports permis et les neuf morts ne sont donc pas portés par la pièce : ils s’obtiennent en soustrayant ses soldes. Les 307 du cartouche ne sont pas les personnes achetées mais un solde ; les personnes livrées contre les marchandises sont 312.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Une cellule manque : le chiffre des Negres à la ligne des morts tombe sur une lacune du papier, où ne subsistent que deux traces d’encre illisibles. Il vaut 5 par soustraction dans sa colonne, 189 moins 184. La ligne ne fournit pas de seconde vérification : le 9 qu’on y emploierait n’est pas porté par la feuille, il vient de 307 moins 298, deux totaux qui contiennent déjà 189 et 184. Les deux chemins n’en font qu’un ; la valeur tient, la double confirmation non. Les quatre catégories et l’intitulé de leur total sont ceux de la pièce, et ils sont cités comme tels : la prose du site ne les reprend pas à son compte. La feuille ne donne aucun seuil d’âge ni de taille entre ses colonnes d’adultes et ses colonnes d’enfants ; les répartitions publiées sont donc celles que l’armement déclare, selon des critères qu’il n’explicite pas. Rien ne dit si les neuf morts couvrent la traversée entière : le compte part du départ de la côte, le 18 décembre 1769, et s’arrête à un « ce jour » que la feuille ne date pas. Les ports permis sont les places concédées par l’armateur pour un compte privé ; la pièce ne dit pas à qui.
Le rôle des habitants de la Guadeloupe de 1664, conservé aux Archives nationales d’outre-mer, coté G1 469…
Point 65 sur 105 · Mesure · 1664
Le rôle des habitants de la Guadeloupe de 1664, conservé aux Archives nationales d’outre-mer, coté G1 469 par ses transcripteurs et 5 DPPC 22 aujourd’hui, est un document fiscal : il a été dressé pour connaître les personnes devant des droits à la Compagnie des Indes occidentales, qui rachetait alors l’île. Seuls les hommes libres y sont payants, à partir de douze ans ; toutes les personnes esclavisées le sont, hommes et femmes, de douze ans jusqu’à leur mort. Les personnes amérindiennes, elles, ne devaient pas ce droit selon l’avertissement de l’éditeur de la transcription, qui annonce leur exclusion du sous-total ; le manuscrit montre que les âges de ces personnes sont écrits tantôt du côté des payants, tantôt de celui des exemptés, sans établir leur inclusion dans les sous-totaux. Le rôle en inscrit plusieurs et les nomme. Au folio 24 recto, case 152, la dernière du quartier de la Montagne de Bellevue : « Marie La Sauuagesse Agée de 36 ans », « Pierrot son filz agé de 7 », « Anne Marye sa fille agée de 12 ». L’âge de la mère y est écrit deux fois — une première dans la colonne des payants, barrée d’un trait, une seconde dans celle des exemptés —, et le sous-total de la case porte 3 du côté des exemptés : elle a été inscrite comme payante, puis rayée. Au folio 30 recto, dans le quartier de la Montagne de Saint-Louis, « Marye arouague sauuagesse âgée de 50 » figure au milieu d’une liste d’une vingtaine de personnes attachées à une même habitation, et son âge, lui, n’est pas barré. Au folio 21 verso, dans le même quartier de Bellevue, une même case porte quatre personnes à la suite de six personnes esclavisées nommées : « Pittre sauuage âgé de 40 », « Marye sauuagesse âgée de 38 », « un petit sauuage âgé de 4 » et « un autre petit sauuage âgé de 2 ». Pittre seul y a son âge dans la colonne des payants, comme les six personnes esclavisées qui le précèdent, et il n’est pas barré ; l’âge de Marye est écrit de l’autre côté du filet, avec ceux des deux enfants, sans qu’aucune rature ait été nécessaire. Jean et Denise Goddet-Langlois relèvent en outre deux jeunes « sauvages » de cinq et huit ans chez le sieur Pierre Brun-Beaupin, Jeanne née vers 1630, épouse de Nicolas Violet dit le Picard, et Léonore Lamire née vers 1622. Ces inscriptions ne suffisent pas à établir une règle propre aux personnes amérindiennes ni la condition juridique de chacune.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le rôle est fiscal et incomplet : il ne permet pas d’estimer toute la population. Les formes en « brésil- » par lesquelles le rôle désigne Jeanne et Léonore Lamire n’ont pas de sens établi : elles peuvent désigner une personne autochtone venue du Brésil ou seulement une origine, et le répertoire de Goddet-Langlois range Léonore Lamire tantôt parmi les personnes amérindiennes, tantôt parmi des esclaves qu’il présente comme surtout noirs et africains.
- Rolle des habitants de la Guadeloupe, 1664 — avertissement de l’éditeur, pages liminaires, pour la cote, la nature fiscale du document, le régime des payants et l’exclusion annoncée des « sauvages » du sous-total ; transcription intégrale pour la troisième Marye au folio 21 verso, pour les relevés d’autres quartiers — les deux enfants chez Brun-Beaupin, Jeanne épouse de Nicolas Violet, Léonore Lamire — et pour l’index
- La vie en Guadeloupe au XVIIe siècle, suivi du Dictionnaire des familles guadeloupéennes de 1635 à 1700 — chapitre sur les Caraïbes, page 26 du dérivé texte, correspondant à la page 27 du PDF : relevés individuels et renvois aux cases, dont Rec. 1664-X-152 pour Marie la Sauvagesse
- Guadeloupe, Basse-Terre : recensements, concessions (esclaves), 1664-1725 — vue 0002 pour le titre du rôle et la disposition en colonnes ; vue 0076, page de droite, folio 24 recto, pour la case 152 — Marie La Sauvagesse, Pierrot, Anne Marye, l’âge barré en colonne payante et le sous-total de 3 ; vue 0082, page de droite, folio 30 recto, pour Marye Arouague, dont l’âge n’est pas barré ; vue 0074, page de gauche, folio 21 verso, pour la case aux quatre personnes amérindiennes, dont aucun âge n’est barré : celui de Pittre est du côté des payants avec ceux des six personnes esclavisées de la case, ceux de Marye et des deux enfants de l’autre côté du filet, et le total de la case se lit « 10 » et « 8 » de part et d’autre. L’écart entre numéro de vue et folio varie dans le volume
Le plan de l’entre-pont de la feuille de 1770 dessine les captifs un par un, et non en gabarit répété : ils…
Point 66 sur 105 · Pratique · 1770
Le plan de l’entre-pont de la feuille de 1770 dessine les captifs un par un, et non en gabarit répété : ils diffèrent de taille, de corpulence et d’attitude. Radburn et Eltis y lisent que les hommes les plus grands occupent les côtés les plus larges du navire, que les adolescents et les enfants sont poussés dans les espaces intermédiaires plus étroits, que des femmes dorment sur des armoires, des étagères et des rebords, certaines portant des perles aux chevilles et des pagnes à carreaux bleus, l’une, en long vêtement, allaitant un nourrisson ; et que le pied du cabestan traverse la zone des hommes en y formant une barrière de bois sur laquelle ils s’appuient. Le plan montre que les rangées ordinaires sont couchées en travers du navire, tête vers le bordé et pieds vers l’axe, et qu’une seule rangée, au pied du cabestan, rompt cette orientation : ses corps sont couchés dans le sens de la longueur, perpendiculaires aux rangées voisines, tête vers la cloison de ballots et bras allongés au-dessus de la tête jusqu’à elle — la posture même que l’étude décrit ailleurs, « le bras gauche déployé au-dessus de leur tête tel un oreiller ». Le plan porte en outre, en avant de la réserve à voiles et cordages, trois enclos bordés du même damier, contenant des figures enveloppées d’étoffe bleue, couchées à part et disposant d’un espace que les rangées voisines n’ont pas. Radburn et Eltis comptent sept personnes enveloppées d’étoffe et les interprètent comme malades ; sur le fac-similé, les trois enclos en portent deux, trois puis deux, soit sept.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le dessin donne l’aménagement prévu et l’occupation que le dessinateur a voulu figurer, non un relevé fait un jour donné. Presque tout ce qui précède est la lecture de Radburn et Eltis : la pièce ne légende ni les sexes, ni les âges, ni les états, et l’examen du fac-similé ne confirme que des formes.
Que ces personnes soient malades est une déduction, non une lecture. La note 24 du chapitre renvoie séparément à des témoignages sur les zones fermées réservées aux malades et sur le vêtement donné aux malades ; l’étude, elle, énonce directement la conclusion : ces figures sont « les captives malades que l’équipage essayait de maintenir en quarantaine loin de leurs compagnes de voyage ». Ce qui appartient au site n’est donc pas la lecture, mais le raisonnement qui croise ses deux renvois pour l’étayer, et la réserve qui suit. Ces témoignages ne sont pas au fonds. Une lecture concurrente du vêtement reste ouverte, et la même note la porte : le Journal Book de Smeathman observe des vêtements et des perles chez les femmes et les enfants esclavisés, sans rapport avec la maladie. Le vêtement n’est du reste pas propre à ces enclos : la section arrière du plan montre des pagnes bleutés, une figure enveloppée d’étoffe grise et une femme en vêtement long tenant un nourrisson.
Le sexe de ces personnes n’est pas établi : la traduction française emploie le féminin au fil d’un passage sur le logement des femmes, mais les enclos sont en avant de la réserve à voiles et cordages, du côté que la même étude attribue aux hommes et aux garçons, et c’est la section arrière, non celle-ci, qui porte les plateformes dont l’étude écrit qu’il n’y en a aucune du côté des hommes. Le passage anglais correspondant à cette identification n’a pas été consulté. Sur un plan vu de dessus, un corps tracé en pied est un corps couché, non une figure debout. L’étude ne décrit aucune personne debout dans l’entre-pont. C’est le relevé du fac-similé, deux, trois puis deux figures, qui rattache le total de l’étude aux trois enclos.
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1770, plan de « L’entre-pont » : trois compartiments à bordure en damier contenant des figures enveloppées de bleu, tous en avant de la réserve à voiles et cordages ; le compartiment de la section arrière, qui porte la figure au nourrisson, n’a pas cette bordure et n’en est pas un ; pied de cabestan et rangée de corps couchés dans le sens de la longueur au même relevé. Deux figures dans le premier enclos, trois dans le deuxième, deux dans le troisième, en trapèze
- Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique — § 21-22 : « cette description des esclaves individuels à bord de la Marie-Séraphique est plus authentique que l’image schématique du Brooks » ; description des tailles, des rebords, des perles aux chevilles, de la femme qui allaite, du cabestan, et des « sept captives enveloppées de tissu bleu […] à l’intérieur des écoutilles fermées » ; note 24 pour les appuis de la déduction : « pour l’utilisation de zones fermées réservées aux malades, voir S. Lambert (dir.), HCSP, LXIX, p. 35 ; Testimony of Robert Norris, ibid., LXVIII, p. 5 ; Testimony of Archibald Dalzell, ibid., LXIX, p. 121 ; pour l’utilisation de vêtements quand les esclaves étaient malades, voir Testimony of Ecroyde Claxton, ibid., LXXXII, p. 33 » — et, pour le port de vêtements et de perles par les femmes et les enfants esclavisés, le Journal Book de Henry Smeathman, 17 décembre 1771
Le quatrième plan de la feuille de 1770, intitulé « Le Pont », montre que le pont supérieur n’était pas un…
Point 67 sur 105 · Pratique · 1770
Le quatrième plan de la feuille de 1770, intitulé « Le Pont », montre que le pont supérieur n’était pas un espace vide. On y voit des barriques rangées le long des deux bords, des écoutilles grillagées dont l’une paraît ouverte, des marchandises empilées vers l’arrière ; hors de la muraille, deux plates-formes en encorbellement, une par bord, de même construction — une grille du côté du pont, et vers l’extérieur une bande étroite portant quatre disques cerclés ; elles ne sont pas vis-à-vis. Celle de tribord est en avant, et la file de barriques du même bord s’interrompt en face d’elle, le pont y restant nu ; les barriques reprennent au droit des deux logements à barreaux où des animaux sont dessinés, qui la flanquent l’un vers l’avant et l’autre vers l’arrière. Celle de bâbord est bien plus en arrière, au droit des marchandises empilées, et n’a aucun logement. Une barre continue traverse le navire par son milieu. Deux compartiments voisins y sont légendés à l’encre rouge, chacun avec son récipient dessiné : « Cuisine », où figure une marmite sombre, et « Chaudière à Nègres », où figure un grand chaudron. Radburn et Eltis décrivent sur ce pont des anneaux de fer, placés sur le bord des grilles, qui indiqueraient l’endroit où deux longues « chaînes de pont » se trouvaient le long du pont avant et auxquelles l’équipage pouvait attacher les hommes dès leur montée.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le plan donne l’aménagement, non l’usage constaté un jour donné. Les chaînes de pont ne sont pas dessinées et l’étude n’en parle qu’au conditionnel : ce sont les anneaux qui les signalent, et leur emploi est établi par les témoignages du commerce, non par la pièce. L’étude réserve le nom de barricado à la barrière visible sur la feuille de 1773. La barre continue portée en travers du plan de 1770 n’est pas légendée ; ni l’étude ni le site ne lui attribuent une fonction. Les inscriptions « Cuisine » et « Chaudière à Nègres » sont en revanche relevées directement sur la pièce.
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1770, plan « Le Pont » : barriques le long des deux bords, écoutilles grillagées dont une paraît ouverte, deux plates-formes en encorbellement de même construction — grille du côté du navire, bande étroite à quatre disques cerclés vers l’extérieur —, l’une en avant et l’autre en arrière de la barre continue qui coupe le pont en travers ; les deux logements à barreaux où sont dessinés des animaux flanquent la seule plate-forme de tribord ; la file de barriques de tribord court de la barre vers l’avant avec une seule interruption, tout entière en face de cette plate-forme et non des logements, les deux logements ayant des barriques en regard sur toute leur hauteur ; marchandises empilées vers l’arrière ; et les deux compartiments légendés à l’encre rouge « Cuisine » et « Chaudière à Nègres »
- Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique — § 23 : « le pont supérieur de la Marie-Séraphique n’était pas une zone vide, comme dans le cas du Brooks : on y stockait en fait des barriques d’eau, de la nourriture, des marchandises destinées au commerce, du bétail en cage et les treuils et poulies » ; anneaux de fer et « chaînes de pont » décrits au conditionnel ; le barricado est reconnu sur la feuille de 1773 et non sur ce plan
Calculé par l’étude pour la campagne de 1769-1770, la surface moyenne par captif à bord de la…
Point 68 sur 105 · Mesure · 1765–1789
Calculé par l’étude pour la campagne de 1769-1770, la surface moyenne par captif à bord de la Marie-Séraphique — la surface de la coque comptée comme un rectangle, augmentée des plateformes, divisée par le solde que porte la feuille — est de 6,25 pieds carrés, soit 0,58 m². Sur les six expéditions de la Marie-Séraphique, cette moyenne va de 6,25 pieds carrés en 1769-1770 et 5,58 en 1772-1773 jusqu’à 4,5 en 1776-1777, son dernier voyage, en passant par 5 en 1765-1766, 6 en 1770-1771 et 5,17 en 1773-1774.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les surfaces ne sont pas relevées sur plan. Pour cette feuille, les auteurs ajoutent aux 1 637 pieds carrés de la surface horizontale des salles les 276 pieds carrés des plateformes du logement des femmes, et divisent les 1 913 obtenus par 307 personnes. Le quotient est 6,2313, que l’étude arrondit au pouce et écrit « six pieds trois pouces » : 6,25. Elles servent à comparer, non à mesurer un espace réellement occupé. Les valeurs sont celles de l’édition anglaise de 2019, en pieds carrés, et leur conversion faite ici. Aucune valeur de la traduction française de 2024 n’est reprise : celle-ci convertit les surfaces en divisant par 3,28, le nombre de pieds dans un mètre, opération qui convient à une longueur et non à une aire, laquelle demande 10,76. Les deux campagnes que ces feuilles documentent ne sont pas les deux moins entassées des six : celle de 1770-1771, que le dossier ne suit pas, laissait 6 pieds carrés, moins que 1769-1770 et plus que 1772-1773. L’étude avertit que l’image « ne traduit pas complètement l’entassement des Africains à bord de la Marie-Séraphique parce que les captifs avaient moins d’espace, parfois beaucoup moins, lors de ses cinq autres expéditions ». La traduction française porte par ailleurs une coquille d’unité sur le Veloz — « 61 cm² » pour un espace qui, d’après ses propres chiffres, vaut environ 0,59 m² ; ce chiffre n’est pas repris.
Et un second témoin donne un autre chiffre, qui ne mesure pas la même chose. Bernard Michon écrit que sur un navire de traite « la surface utilisable est conçue pour accueillir quatre individus par mètre carré, entassés, nus, enferrés par deux », soit 0,25 m² par personne. Il ne rapporte pas ce chiffre à ce navire-ci : il en donne la coque à 20,41 m sur 7,45 m, soit 152 m² — le rectangle dont Radburn et Eltis font les 1 637 pieds carrés de la surface des salles — et « entre 302 et 361 captifs » pour les quatre expéditions, ce qui fait 2 à 2,4 individus par mètre carré de coque. Michon parle d’une surface utilisable, au présent de la règle et sans campagne assignée ; l’étude divise un rectangle de coque, augmenté des plateformes, par un effectif inscrit sur la feuille. Les deux chiffres ne portent pas sur la même surface et ne se tranchent pas l’un par l’autre.
- Visualizing the Middle Passage: The Brooks and the Reality of Ship Crowding in the Transatlantic Slave Trade — p. 533-565, article dont la traduction de 2024 est faite : il chiffre toutes ses surfaces en pieds carrés et n’en porte aucune en mètres carrés. L’espace par personne de la campagne de 1769-1770 y est donné deux fois sous la forme « 6 feet, 3 inches », soit les 6,25 pieds carrés publiés ici ; la coque du navire y fait 1 637 pieds carrés — « The ship was 1,637 square feet (67 feet by 24 feet, 5 inches) » ; la série des six expéditions est dans la note que la traduction de 2024 numérote 26
- Visualiser le Passage du milieu. Le Brooks et la réalité de l’entassement à bord pendant la traite transatlantique — corps du chapitre — attention, les conversions en mètres carrés de cette traduction sont fausses et aucune n’est reprise ici ; les citations qui suivent situent le passage, elles ne fournissent aucune valeur — « les captifs occupent simplement 1,98 m² par personne » ; « les 470 captifs décrits sur le dessin disposaient chacun en moyenne de 2,18 m² » ; « l’espace disponible en moyenne par esclave lors de 251 voyages ayant eu lieu avant 1789 était de 2,44 m² ; lors de seulement 68 de ces voyages (27 %), les captifs étaient moins entassés que ne le montre le Brooks » ; « lors de 114 des 251 voyages (46 %) […] moins de 1,83 m² par personne ». Note 26 pour la série des six expéditions : 1,5 (1765-1766), 1,91 (1769-1770), 1,83 (1770-1771), 1,70 (1772-1773), 1,57 (1773-1774), 1,32 (1776-1777)
Marie Catherine dite Kingué, tenue en esclavage dans la partie nord de Saint-Domingue, est « présentée par…
Point 69 sur 105 · Pratique · 1785
Marie Catherine dite Kingué, tenue en esclavage dans la partie nord de Saint-Domingue, est « présentée par les historiens comme une guérisseuse ou une sorcière exerçant un fort ascendant sur les esclaves, les libres de couleur et les blancs », et « décrite comme une femme de nation Congo, d’environ trente-six à quarante ans, marquée de cicatrices au visage ». Elle exerce le rôle d’hospitalière, « dévolu à des femmes esclaves, âgées, chargées dans les plantations, aux côtés du chirurgien, de soigner les esclaves ». Son statut est flou : elle est dite esclave du sieur Coillon dit Belhumeur, au Port-Margot, « ou peut-être d’une libre de couleur vivant chez lui » ; elle verse un salaire à la personne qui la tient en esclavage tout en vivant ailleurs, à Plaisance, chez Chailleau, un commandant de milice local. Elle soigne, fait accoucher, et fabrique et vend des « garde-corps », talismans de bois ou de pierre, « dix et douze gourdes, et elle n’en avoit pas pour les demandeurs » : « tout Plaisance portoit un garde de corps, comme on porte un saint suaire ». Le rapport lui prête aussi des « tours de gibecière » : chez Chailleau, commandant de quartier, qui se croit empoisonné, elle lui « tira un crapaud du crâne », puis « un second de son côté », et le rapport enchaîne : « Cet homme émerveillé ne put plus alors se passer de cette nouvelle Médée. Dès ce moment, elle fit sa résidence chez lui » ; Médée est une magicienne meurtrière de la mythologie grecque. Ailleurs, une femme enceinte qu’elle accouche met au monde « une grosse couleuvre morte », que Kingué présente à Belhumeur. Ses accusateurs écrivent qu’elle « faisoit d’ailleurs des élèves, qui étoient sans cesse à l’affux de tout ce qui se passoit dans les ateliers », qu’« on l’envoyoit chercher de tous les cotés » et qu’« elle savoit tous les secrets des habitations ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Tout ce que les rapports donnent d’elle vient de textes écrits pour la faire poursuivre : le vocabulaire — « absurdités », « tours de gibecière », « imbéciles trop crédules » — est le leur, et « supercherie » est le mot par lequel l’historienne rend leur position. Aucune déclaration d’elle n’est conservée : ses propos ne parviennent qu’au style indirect, sous la plume de ses accusateurs — « Elle lui dit qu’en effet, on lui avoit fait passer au poison ». La description qui donne sa nation, son âge et ses cicatrices n’est rattachée par la source à personne : elle suit une phrase sur ce que les historiens présentent, et le rapport édité, lui, ne donne ni nation, ni âge, ni cicatrices. La transe et la voix d’homme ne figurent pas non plus dans le rapport édité : elles sont dans l’analyse. Le crapaud extrait de la tête du commandant et l’accouchement d’une couleuvre, en revanche, y sont — « serpent » est le mot de l’analyse. Le mot « élèves » est du rapport, où il vaut accusation : la subordonnée qui le suit en fait un réseau de guetteurs. Le mot « vaudou » ne figure pas dans les rapports. Le rapport édité rattache donc l’installation de Marie Kingué chez Chailleau à l’épisode des crapauds — « dès ce moment » — et l’historienne nomme Chailleau dans la phrase même qui rapporte la guérison. Ce que la source établit est cet enchaînement dans le récit d’un accusateur, non que la protection accordée ensuite par Chailleau en découle : le rapport a intérêt à faire de ce commandant un « illuminé » que la ruse a capturé. L’étude le dit « commandant du quartier de Plaisance » à un endroit et « commandant de milice du quartier du Limbé, à Plaisance » à un autre : la source elle-même ne fixe pas lequel des deux quartiers il commande, et rien ici ne le tranche.
- Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) — édition critique du rapport anonyme sur « Kingé, sorcière et guérisseuse », d’après Archives nationales, fonds François de Neufchâteau, 27 AP 12, dossier 2 : page 155, Belhumeur, l’homme mutilé et le début de l’accouchement ; page 156, couleuvre, crapauds, Médée, résidence chez Chailleau, supplices, élèves et garde-corps ; page 157, phrase finale sur l’arrestation
- Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) — analyse de l’affaire : page 157, description de Marie Kingué et origine des rapports ; pages 158-159, hospitalière, soins, talismans, divination et droit de correction ; pages 160-161, réseaux, statut et déplacements ; page 162, difficultés de l’arrestation
En 1785, dans la partie nord de Saint-Domingue, Marie Kingué désigne les auteurs supposés d’empoisonnements,…
Point 70 sur 105 · Événement · 1785
En 1785, dans la partie nord de Saint-Domingue, Marie Kingué désigne les auteurs supposés d’empoisonnements, et des personnes ainsi désignées sont suppliciées. Le rapport anonyme écrit qu’« on s’empare des malheureux nègres (victimes de la haine de leurs camarades qui avoient payé Kingué) et on les abandonne au tribunal de cette négresse, qui leur fait donner la question et les dévoue aux flammes » ; « donner la question » signifie ici torturer. Marie Houllemare, qui édite ce rapport, écrit que « ces coupables, ainsi fabriqués par cette femme, sont ensuite punis par leur maître ou son agent, au bûcher ou au fouet ». Le même rapport porte que le sieur Belhumeur « eut la cruauté de la croire, et de faire périr des malheureux, sans autre forme de procès que le jugement de cette négresse ». L’épisode où l’on s’empare des hommes se passe, lui, chez le commandant de quartier qui la logeait, et le rapport n’y nomme personne : il écrit « on », et remet la torture et le bûcher au « tribunal » de Marie Kingué. Les rapports mentionnent nommément au moins quatre planteurs « l’ayant sollicitée pour rechercher des empoisonneurs sur leur habitation ». De telles pratiques « dépassent largement le droit de correction prévu par le Code noir » et sont condamnées par l’administration royale dès les années 1720. Un homme eut « l’adresse de se rendre tout mutilé auprès du juge du Cap, et de se mettre sous la sauvegarde du Roy et de la justice ».
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le rapport ne met pas les supplices au compte des mêmes mains d’un épisode à l’autre : les « imbéciles trop crédules » qui livrent des innocents aux flammes « à son instigation », Belhumeur nommément — il « eut la cruauté de la croire, et de faire périr des malheureux » —, ou le « tribunal » de Marie Kingué. L’analyse, elle, écrit constamment que les désignés « sont ensuite punis par leur maître ou son agent, au bûcher ou au fouet ». La formule « on les abandonne au tribunal de cette négresse » appartient au récit d’un épisode et charge une femme esclavisée plutôt que les maîtres qui ont ordonné les supplices : c’est l’intérêt d’un texte qui cherche à la faire poursuivre. Le nombre des morts n’est jamais donné : le rapport écrit « beaucoup de nègres innocens », l’étude « plusieurs esclaves ». Aucune des personnes suppliciées n’est nommée, ni l’homme mutilé qui gagna le Cap, et l’on ignore ce qu’il advint de sa plainte. L’étude mentionne à part la plainte d’une personne esclavisée mutilée auprès du juge du Cap. Selon l’étude, cette plainte porta « en mai » et « une première fois » ces agissements à l’attention des autorités, sans effet comme les autres démarches antérieures ; elle ne dit pas que ce soit le même homme. Que des personnes esclavisées aient payé pour faire désigner leurs ennemis est l’affirmation du rapport, non un fait vérifié par ailleurs ; l’historienne en retient, en conclusion, des esclaves « qui ne sont pas forcément solidaires entre eux ».
- Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) — édition critique du rapport anonyme sur « Kingé, sorcière et guérisseuse », d’après Archives nationales, fonds François de Neufchâteau, 27 AP 12, dossier 2 : page 155, Belhumeur et l’homme mutilé ; page 156, saisies, question, flammes et « tribunal » de Marie Kingué
- Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) — analyse de l’affaire : page 159, désignations, maîtres ou agents et droit de correction ; page 160, actes attribués à Belhumeur ; page 161, quatre planteurs ; page 162, plainte distincte d’une personne mutilée ; pages 163-164, atteinte à la souveraineté royale
Sur le tableau « Produit à Loangue » de la feuille de 1770, les deux lignes qui retranchent des personnes…
Point 71 sur 105 · Interprétation · date non établie
Sur le tableau « Produit à Loangue » de la feuille de 1770, les deux lignes qui retranchent des personnes portent leurs composantes et, dans leur case de total, un signe de néant que ces composantes contredisent. « Port Permis à déduire » compte trois hommes et deux garçons ; « Morts à déduire » compte deux femmes et deux garçons, le chiffre des hommes morts tombant sur une lacune du papier. Les totaux — cinq personnes passées à un compte privé, neuf mortes — ne sont écrits nulle part sur la pièce, quand toutes les autres lignes du tableau portent le leur sous l’intitulé « Têtes ». Sur le tableau « Produit à la côte » de la feuille de 1773, les deux mêmes lignes portent leur total : dix « ports-permis suivant les ordres de l’armateur », sept « Morts en traversé et pendant la vente ». La même maison, trois ans plus tard, totalise les deux lignes qu’elle avait laissées sans somme.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le rapprochement des deux tableaux est une lecture de ce site. Le total de cinq s’obtient en additionnant sa propre ligne, trois et deux ; celui de neuf ne s’obtient que par la colonne, 307 moins 298, puisque le chiffre des hommes morts est perdu dans la lacune. Ce que la feuille de 1770 voulait ou ne voulait pas totaliser n’est pas établi ; seul l’écart entre les deux pièces l’est. Le chiffre de la colonne « Negrittes » ne varie sur aucune ligne des deux tableaux — neuf, puis vingt et un —, mais de si faibles effectifs ne permettent pas d’interpréter l’absence de toute déduction : elle ne prouve pas que les filles aient été traitées autrement.
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1770, tableau « Produit à Loangue », lignes « Port Permis à déduire » (3, néant, 2, néant, néant) et « Morts à déduire » (lacune, 2, 2, néant, néant) ; feuille de 1773, tableau « Produit à la côte », lignes des ports-permis (9, néant, 1, néant, 10) et des morts (5, 1, 1, néant, 7)
Les deux feuilles de la Marie-Séraphique rangent les personnes captives dans le même cadre que les vivres et…
Point 72 sur 105 · Interprétation · date non établie
Les deux feuilles de la Marie-Séraphique rangent les personnes captives dans le même cadre que les vivres et les marchandises. L’eau se compte en barriques — 351 en 1770 pour la cale, le pont et la chaloupe, 335 en 1773 pour la seule cale —, le pain et le manioc en livres, les fèves et le riz en gamelles, c’est-à-dire en rations servies, de sorte que ces soutes-là se comptent en repas. Les personnes se comptent en quatre colonnes triées par âge et par sexe, additionnées sous un intitulé unique, « Têtes ». Et le tableau général de la traite de 1769 range dix-sept colonnes de textiles avant tout autre poste, l’eau-de-vie, les fusils, la poudre et l’étain venant ensuite.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le rapprochement des unités est une lecture de ce site ; chaque unité est lue sur la pièce. Les mots des colonnes sont ceux du commerce de 1770 et de 1773 — « Negres », « Negresses », « Negrillons », « Negrittes », puis « Hommes » et « Femmes » pour les adultes en 1773 — et ce site ne les reprend pas à son compte. Une gamelle est une ration servie ; la feuille ne dit pas ce qu’elle contenait. À partir de quel âge on cesse d’être compté dans l’une ou l’autre colonne d’enfants, elle ne le dit pas davantage.
La vente des captifs se déroule à bord du navire, où ils sont vendus par lots.
Point 73 sur 105 · Pratique · date non établie
La vente des captifs se déroule à bord du navire, où ils sont vendus par lots. Michon souligne l’importance des escales dites « de rafraîchissements », qui permettent aux marchands négriers de montrer leurs captifs sous un jour plus présentable pour les vendre aux colons.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Un seul témoin, article de synthèse. Michon rattache ces escales à la durée aléatoire de la traversée ; il ne dit pas si la Marie-Séraphique en a fait, et ses deux feuilles n’en portent aucune. « Rafraîchissements » est le mot du commerce, non celui de ce site, et il désigne une opération faite pour la vente, non pour les personnes.
- La Marie-Séraphique, navire de traite nantais au XVIIIe siècle — section « Archive : deux représentations de la Marie-Séraphique » : « On comprend dès lors l’importance des escales dites de “rafraichissements” permettant aux marchands négriers de montrer leurs captifs sous un jour plus présentable pour les vendre aux colons » ; « Les transactions se déroulent à bord du navire où les captifs sont vendus par lots »
Les manuels de commerce et les instructions données aux capitaines par les armateurs prescrivent de ne…
Point 74 sur 105 · Prescription · date non établie
Les manuels de commerce et les instructions données aux capitaines par les armateurs prescrivent de ne regrouper les captifs dans l’entrepont que la nuit ou par mauvais temps, et de les faire sortir à l’air libre de neuf à dix-sept heures, entre les deux repas.
Précisions nécessaires à l’interprétation
C’est ce que le commerce prescrivait, non ce qui a eu lieu : Michon écrit « en principe » et « normalement », et sa source est ce que recommandaient les manuels et les instructions d’armateurs. Aucune pièce de ce fonds n’établit le régime réel d’une journée à bord d’un navire donné. Cette prescription éclaire en revanche la lecture d’un plan d’entrepont dessiné plein : il montre une disposition, non l’occupation d’une journée entière. Un seul témoin, article de synthèse, qui ne cite aucun manuel en particulier.
- La Marie-Séraphique, navire de traite nantais au XVIIIe siècle — section « Archive : deux représentations de la Marie-Séraphique » : « En principe, les captifs ne sont regroupés dans l’entrepont que la nuit ou par mauvais temps […] c’est normalement le cas de 9 à 17 heures, entre les deux repas » ; « selon les recommandations livrées par les manuels de commerce ou les instructions données aux capitaines par les armateurs »
La traversée de l’Atlantique par un navire de traite dure généralement autour de deux mois au XVIIIe…
Point 75 sur 105 · Mesure · date non établie
La traversée de l’Atlantique par un navire de traite dure généralement autour de deux mois au XVIIIe siècle. Sa durée dépend des conditions météorologiques et de la côte africaine de départ : depuis le Sénégal, trois à quatre semaines ne sont pas exceptionnelles ; depuis la côte d’Angola, il faut compter de quarante à soixante jours.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Un seul témoin, article de synthèse, qui donne ces durées sans série ni renvoi. Ce sont des ordres de grandeur et non des mesures : la durée d’une traversée particulière ne s’en déduit pas. Elles ne comprennent pas le temps passé à la côte à acheter les personnes que le navire emportera, qui peut excéder la traversée elle-même — sur la Marie-Séraphique, la traite de 1769 a duré près de quatre mois.
- La Marie-Séraphique, navire de traite nantais au XVIIIe siècle — section « Archive : deux représentations de la Marie-Séraphique » : « Le middle passage dure généralement autour de deux mois, chiffre que l’on retrouve tout au long du 18e siècle […] Depuis le Sénégal, un temps de trois à quatre semaines n’est pas exceptionnel. Depuis la côte d’Angola, comme dans le cas de la Marie-Séraphique qui fait sa traite à Loango, il faut compter de 40 à 60 jours »
La vue peinte de la feuille de 1773 montre le pont du navire couvert de monde sur toute sa longueur, devant…
Point 76 sur 105 · Interprétation · 1773
La vue peinte de la feuille de 1773 montre le pont du navire couvert de monde sur toute sa longueur, devant Le Cap-Français. Des figures y vont et viennent en habits de couleur, chapeaux et bas clairs ; plusieurs ont le bras tendu, et l’une pose la main sur une tête. D’autres, peintes en sombre et sans vêtement, sont serrées en groupes contre le bordage et au pied des mâts. Le partage entre les figures serrées en groupes et celles qui circulent ne suit pas la couleur de la peau : parmi les figures qui circulent, plusieurs sont peintes aussi sombres que celles qui sont serrées en groupes — une figure au visage et au cou sombres porte une longue robe claire et une coiffe nouée, et tend la main vers une figure nue qui tend la sienne ; une autre, sombre également, porte un habit bleu à revers et un tricorne ; plusieurs figures sombres portent des vêtements longs. Au milieu du bord, un escalier extérieur descend jusqu’à l’eau : une figure y descend, coiffée d’une coiffure sombre et peinte dans le clair des figures vêtues, et un homme en tricorne attend au bas des marches. Le long du bord, une chaloupe dont les rameurs, en chemise et chapeau, se tiennent debout à leurs avirons ; devant elle, une seconde embarcation où cinq figures vêtues sont assises basses — chemises claires, bonnets et chapeau à large bord, une culotte bleue.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Aucune figure n’est légendée sur la feuille. Que les figures en habits de couleur soient les acheteurs est la lecture la plus vraisemblable d’une scène que son cartouche date du jour de l’ouverture de la vente, mais la pièce ne l’écrit pas. Les figures sombres et vêtues peuvent être des personnes libres de couleur venues à la vente, des personnes asservies au service d’un acheteur ou des membres de l’équipage : ce sont des possibilités, qu’aucune source de ce dossier ne tranche. Ce qui est établi est plus étroit : sur ce pont, la couleur de la peau ne dit pas qui est vendu, et le vêtement ne dit pas qui est libre. Une vue peinte est un regard et non un relevé : elle ne dit pas combien de personnes se tenaient sur le pont, et sa disposition sert la composition autant que le fait. La lecture des figures est celle de ce site, faite sur la pièce.
- Plan, profil et distribution de la Marie-Séraphique ; Vue du Cap-Français et ouverture de la vente — feuille de 1773, vue peinte : le pont sur toute sa longueur, l’escalier de coupée, la chaloupe accostée et la seconde embarcation au premier plan ; au centre gauche du pont, la figure en longue robe claire et coiffe, au visage sombre, qui tend la main vers une figure nue ; plus à droite, la figure en habit bleu et tricorne, au visage sombre ; sur les marches de la coupée, la figure descendante, coiffée sombre et peinte dans le clair
Dans la Martinique des années 1830 et 1840, des personnes esclavisées vendent le produit de leurs jardins…
Point 77 sur 105 · Pratique · 1830–1847
Dans la Martinique des années 1830 et 1840, des personnes esclavisées vendent le produit de leurs jardins dans les bourgs et villes. Le dimanche est le principal jour de marché ; Le Lamentin, Le François, La Trinité et Le Robert attirent des vendeurs venus de plusieurs parties de l’île. Manioc, patates, ignames, volailles, fruits, légumes, poissons, animaux et objets fabriqués y sont échangés avec des biens manufacturés, tandis que le marché sert aussi à se rencontrer, circuler et échanger des nouvelles.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Tomich compose cette description à partir d’observateurs, de responsables coloniaux et de statistiques qui ne donnent ni la fréquence des déplacements de chaque personne ni la part exacte du ravitaillement de la colonie fournie par ces ventes. Soleau rapporte que cinq à six mille personnes pourraient se réunir au Lamentin, mais cette estimation indirecte n’est pas reprise comme une mesure dans l’énoncé. Le marché ouvre des usages propres sans soustraire les vendeurs à l’esclavage ni aux contrôles policiers.
- Slavery in the Circuit of Sugar: Martinique and the World-Economy, 1830-1848 — 2e éd., chapitre 3, p. 152-160, et chapitre 8, p. 387-390, particulièrement p. 387-389 sur les bourgs-marchés, les produits, les échanges et la sociabilité
- Exposé général des résultats du patronage des esclaves dans les colonies françaises — p. 182 et 331-333, rapports martiniquais sur la culture et la vente de vivres, légumes, charbon, bois, herbe et autres produits à Fort-Royal, Saint-Pierre et dans les bourgs
À la Martinique dans les années 1840, l’organisation des jardins vivriers transfère aux personnes…
Point 78 sur 105 · Interprétation · 1840–1847
À la Martinique dans les années 1840, l’organisation des jardins vivriers transfère aux personnes esclavisées une partie du temps et du travail nécessaires à leur propre entretien, en dehors du temps consacré aux cultures commerciales. Elle réduit ainsi les dépenses alimentaires des propriétaires tout en laissant aux cultivateurs une maîtrise conditionnelle de parcelles, de récoltes et d’un éventuel surplus vendu ou échangé.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Cette organisation ne s’applique pas partout de la même manière. Les terres sèches ou pauvres de plusieurs communes du sud limitent les cultures, des personnes incapables de pourvoir à leur nourriture continuent de recevoir une ration et certaines refusent le jardin parce qu’il ajoute du travail à leur journée. Les documents mobilisés par Tomich disent peu de la manière dont les intéressés organisent eux-mêmes cette activité ; la maîtrise du produit reste exposée aux retraits de temps, de terre ou de récolte.
- Slavery in the Circuit of Sugar: Martinique and the World-Economy, 1830-1848 — 2e éd., chapitres 7 et 8, p. 367-370 et 376-388, notamment p. 381-386 sur le travail d’entretien, les jardins de case, les parcelles vivrières, les risques et les usages du produit
- Exposé général des résultats du patronage des esclaves dans les colonies françaises — p. 180-188, 288-291 et 303-305, rapports martiniquais sur le samedi substitué à la ration, les cultures vivrières, les achats des propriétaires, le travail des jardins pendant l’interruption de midi et les variations communales
À la Martinique, l’ordonnance du 5 janvier 1840 prescrit aux magistrats du patronage de visiter les…
Point 79 sur 105 · Mesure · 1841–1843
À la Martinique, l’ordonnance du 5 janvier 1840 prescrit aux magistrats du patronage de visiter les habitations rurales et les maisons des villes et bourgs pour examiner notamment la nourriture, l’entretien, le travail, le repos et la discipline. Le tableau ministériel couvrant mai 1841 à mai 1843 réunit 968 visites : 514 dans des sucreries, 214 dans des caféières, 212 dans des habitations de vivres ou d’autres petites cultures et 28 dans des habitations mixtes. Beaucoup d’habitations ont été visitées plusieurs fois et une partie de la population rurale reste hors de cette inspection. Jusqu’en 1842, les rapports portent presque exclusivement sur les campagnes ; ceux de Saint-Pierre et de Fort-Royal déclarent ne pas avoir effectué de visites domiciliaires effectives.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les 968 unités sont des visites, non 968 habitations distinctes ni 968 groupes distincts de personnes. Les grandes propriétés ont été privilégiées et la source reconnaît une couverture rurale incomplète ; cette série ne permet donc pas de calculer des proportions représentatives de toute la colonie. Les déclarations de Saint-Pierre et de Fort-Royal décrivent les actes consignés par leurs magistrats, non la preuve qu’aucune maison n’a jamais été visitée. Les instructions prescrivent aussi la manière de produire l’information : renseignement d’abord pris auprès du propriétaire, inspection en sa présence et plaintes entendues sans les provoquer. Enfin, le tableau des jardins imprime 200 comme total des jardins mal cultivés mais 49 et 159 dans les deux cellules d’arrondissement ; la pièce ne permet pas de corriger cette discordance.
L’ordonnance royale du 30 avril 1764 organise l’exercice de la chirurgie dans les colonies françaises, puis…
Point 80 sur 105 · Prescription · 1764-04-30–1765-02-04
L’ordonnance royale du 30 avril 1764 organise l’exercice de la chirurgie dans les colonies françaises, puis interdit aux personnes noires et de couleur, libres ou esclavisées, d’exercer la médecine ou la chirurgie et de traiter des malades, sous peine de cinq cents livres d’amende et de punition corporelle suivant le cas. Moreau de Saint-Méry indique son enregistrement à Saint-Domingue le 29 janvier 1765 au Port-au-Prince et le 4 février au Cap.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le texte prescrit et ne prouve ni l’arrêt des pratiques de soin ni la fréquence des poursuites. Il ne nomme pas Marie Kingué et n’établit pas que cette ordonnance ait été invoquée contre elle en 1785. Les catégories raciales et les peines sont celles du droit colonial.
Dans une lettre envoyée du Cap le 17 juillet 1762, Lugny recommande de remplacer la vente à bord des navires…
Point 81 sur 105 · Prescription · 1762-07-17
Dans une lettre envoyée du Cap le 17 juillet 1762, Lugny recommande de remplacer la vente à bord des navires par une vente à terre des personnes déportées. Il propose de tenir séparé le groupe venu de chaque navire dans des magasins aérés, d’aménager un lieu pour les malades et de faire supporter les frais par le commerce. Son argument associe la réduction des morts et des maladies aux intérêts des armateurs et des acheteurs, avec une comparaison explicite à la pratique de la Martinique.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La lettre expose une proposition administrative et commerciale ; elle ne prouve pas que la vente à terre ait été imposée ou pratiquée au Cap. Elle traite les personnes transportées comme des cargaisons, ne les nomme pas et ne conserve pas leur point de vue. La pétition ouverte à droite de la vue 109 après le règlement du 9 mars 1764 est une pièce distincte.
Le 19 mai 1788, un compte d'avitaillement pour le navire français La Seine place sous le titre « Vivres pour…
Point 82 sur 105 · Pratique · 1788-05-19
Le 19 mai 1788, un compte d'avitaillement pour le navire français La Seine place sous le titre « Vivres pour les nègres » des fèves, du riz, du biscuit, du « petit bœuf », du vin, du sel, du vinaigre, un « élixir de Stoughton », du tabac et des pipes. Il consigne ainsi des achats ou des provisions prévus pour les personnes qui doivent être déportées à bord.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce compte documente un achat ou une prévision d'avitaillement. Il n'établit ni ce qui a effectivement été embarqué, ni les rations distribuées, ni ce que chaque personne a reçu ou consommé. Le titre cité est celui que les producteurs du compte imposent aux personnes visées.
- Livre du premier voyage de La Seine : cargaison, traite, vente et chargement de retour — F/5851, vues 3–4 : compte daté du 19 mai 1788, rubriques « Vivres pour les nègres » et lignes des fèves, du riz, du biscuit, du bœuf, du vin, du sel, du vinaigre, de l’élixir de Stoughton, du tabac et des pipes
Dans une déclaration du 28 juin 1784, les officiers du navire français La Bonne Société disent être partis…
Point 83 sur 105 · Événement · 1784-05-21–1784-06-28
Dans une déclaration du 28 juin 1784, les officiers du navire français La Bonne Société disent être partis de Loango le 21 mai pour Port-au-Prince, à Saint-Domingue, alors que la coque du navire laissait déjà entrer plus d’eau de mer qu’à l’ordinaire et qu’on actionnait les pompes toutes les deux heures. Après un grain violent et une mer très grosse, qui aggravent la fuite, ils font fonctionner continuellement les deux pompes avec des personnes captives et des marins. L’équipage se dit fatigué et atteint du scorbut ; les officiers décident alors de gagner la première île afin de mettre les personnes captives à terre et d’y faire soigner les marins malades.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La déclaration est produite par les officiers du navire : elle ne dit ni comment le travail était réparti entre les personnes, ni ce qu'en pensaient les personnes captives. Elle ne mesure pas l'effet propre de ce travail sur l'issue du navire. Elle ne nomme pas la « première île » que les officiers décident de gagner.
- Archives de l'armement, de la vente, de l'assurance et de la liquidation de La Bonne Société — MS 2290, fol. 55r, vue 35 : déclaration datée du 28 juin, départ de Loango le 21 mai pour Port-au-Prince, eau déjà plus abondante qu’à l’ordinaire et pompes actionnées toutes les deux heures, grain violent et mer très grosse, fonctionnement continuel des deux pompes avec le concours de personnes captives et de marins, équipage fatigué et atteint du scorbut, décision de gagner la première île, d’y mettre les personnes captives à terre et d’y soigner les marins malades
Dans son journal de La Rosalie, Augustin David Osmond compte 23 décès parmi les 523 personnes captives…
Point 84 sur 105 · Mesure · 1789-10-27–1789-12-05
Dans son journal de La Rosalie, Augustin David Osmond compte 23 décès parmi les 523 personnes captives parties de Loango pendant les 38 jours qui vont du premier jour de mer, le 28 octobre 1789, à l'arrivée à la pointe de la Caravelle, en Martinique, le 5 décembre.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Osmond produit le journal depuis l'équipage et désigne rarement les personnes mortes autrement que par une catégorie de sexe et d'âge. Les causes portées en marge sont ses qualifications. Dans leur étude de ce journal, Delente et Delente donnent 518 personnes et 31 morts avant la Martinique ; ces nombres ne concordent ni avec les 523 personnes du départ ni avec les 23 décès que le manuscrit relève jusqu'à la Caravelle, et ce sont ceux du manuscrit qui sont retenus.
Dans la déclaration reçue au Cap-Français le 16 juin 1789, le capitaine et les officiers de La Seine disent…
Point 85 sur 105 · Mesure · 1788-10-04–1789-06-17
Dans la déclaration reçue au Cap-Français le 16 juin 1789, le capitaine et les officiers de La Seine disent avoir mouillé à Malimbe le 4 octobre 1788, y avoir acquis 400 personnes, puis avoir quitté la côte le 13 avril 1789, relâché à l'île de l'Ascension le 30 avril et atteint le Cap le 15 juin. Ils retranchent sept personnes parties à la nage avant le départ et 43 mortes pendant le voyage pour déclarer 350 personnes présentes : 400 = 7 + 43 + 350. Le 17 juin, après que le capitaine a juré que personne n'a été débarqué ni n'est mort depuis l'arrivée, les agents montés à bord comptent eux aussi 350 personnes.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La déclaration et le serment sont produits par les responsables du voyage ; le second chiffre de 350 provient du compte des agents de l'amirauté. Aucun de ces documents ne nomme les personnes déportées. Le bilan ne donne ni leurs trajectoires individuelles, ni les circonstances des 43 décès, ni la composition par âge ou sexe. Les sept fuites appartiennent au séjour de La Seine à Malimbe et précèdent le départ du 13 avril.
Le journal de La Rosalie compte 523 personnes captives au départ de Loango le 27 octobre 1789.
Point 86 sur 105 · Mesure · 1789-10-27–1790-01-27
Le journal de La Rosalie compte 523 personnes captives au départ de Loango le 27 octobre 1789. Il porte 23 décès pendant les 38 jours de mer jusqu'à la pointe de la Caravelle, neuf autres jusqu'au 1er janvier 1790, puis inscrit 487 personnes dans les quatre catégories de son tableau du 2 au 27 janvier et isole encore quatre morts. Additionnés, ces quatre nombres redonnent les 523 personnes du départ : 23 + 9 + 487 + 4 = 523.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le journal et le tableau sont produits depuis le navire et l'opération de vente. Les 487 personnes sont inscrites dans les catégories du tableau ; cette inscription n'établit pas à elle seule l'issue individuelle de chaque personne ni les modalités de la vente. Les 518 personnes et 31 morts avant l'arrivée que donnent Delente et Delente ne concordent pas avec ces nombres du manuscrit, qui sont ceux retenus.
Equiano : enlèvement, séparations et transferts
Point 87 sur 105 · Témoignage · récit publié en 1789 ; faits non datés
Dans le récit qu’il publie en 1789, Olaudah Equiano raconte que deux hommes et une femme le saisissent avec sa sœur dans la maison familiale pendant que les adultes travaillent aux champs. Les ravisseurs leur lient les mains ; Equiano dit avoir été bâillonné puis placé dans un sac après avoir appelé des passants. Les deux enfants passent plusieurs nuits ensemble avant d’être séparés alors qu’ils se tiennent. Equiano passe ensuite entre plusieurs détenteurs. Chez un chef qui travaille le fer, il actionne les soufflets, observe le soleil pour chercher la direction de sa maison, tue accidentellement un poulet et se cache dans un fourré voisin en s’attendant à être fouetté sur-le-champ. Il entend ceux qui le cherchent juger la route de sa maison trop longue et trop embrouillée pour lui, écrit s’en être alors convaincu lui-même et avoir renoncé au départ qu’il préparait pour la nuit ; il quitte le fourré à la nuit tombée, se couche dans les cendres de la cuisine de son maître, d’où il était parti, et y est découvert au matin. Après une nouvelle vente, il retrouve sa sœur pendant une nuit ; leurs détenteurs les laissent se tenir les mains, puis les séparent de nouveau le matin. À Tinmah, une veuve l’achète et le fait vivre avec son fils pendant environ deux mois avant qu’il soit emmené sans avertissement. Il dit poursuivre sa route à pied et en canot, à travers des régions où l’on parle des langues différentes, puis atteindre la côte six ou sept mois après l’enlèvement.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le lieu de naissance d’Equiano et le statut autobiographique de ses premiers chapitres sont disputés. Le registre de son baptême de 1759 et un rôle du Racehorse de 1773 portent la Caroline du Sud ; Vincent Carretta les juge assez importants pour contester une lecture directement autobiographique, sans tenir les preuves pour concluantes. Paul Lovejoy conteste l’application de ces deux mentions à une naissance américaine et propose de reconnaître Usaka et Ikwuano dans le récit africain. Le site ne tranche pas : il attribue chaque détail à la publication de 1789 et ne transforme pas en étapes établies la localisation que propose Lovejoy. Le récit ne permet pas de cartographier précisément la route entre la maison familiale et la côte.
- The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa, the African — volume I, chapitre II, p. 46–51 pour l’enlèvement, les mains liées, le bâillon, le sac et les premières nuits ; p. 49–62 pour les deux séparations et la réunion temporaire avec sa sœur ; p. 51–58 pour le travail des soufflets, l’orientation par le soleil, la fuite et le retour, dont p. 53–54 pour le poulet tué d’un caillou, la menace de la femme qui en avait la charge et l’attente d’une bastonnade immédiate, et p. 55–57 pour la journée passée caché, ce qu’il entend dire de la distance et du chemin, et le retour le soir dans les cendres de la cuisine ; p. 62–70 pour Tinmah, les deux mois dans la maison de la veuve, les changements de langues, les déplacements à pied et en canot et l’arrivée à la côte après six ou sept mois
- Equiano, the African: Biography of a Self-Made Man — p. 28–38 pour la reconstruction proposée du voyage africain et de l’Ogden ; p. 146–148 pour le registre de baptême et le rôle du Racehorse ; p. 303–320 pour l’analyse de la construction littéraire des premiers chapitres
- Where was Gustavus Vassa, also Known as Olaudah Equiano, Born? Revisiting an Old Question — p. 3 et 6–15, notes 2, 30, 39–50 et 52–69, pour la critique des deux documents portant la Caroline du Sud, l’identification proposée d’Essaka à Usaka et d’Equiano à Ikwuano, et les limites des correspondances invoquées
Nealee : refus, fuite et abandon rapporté
Point 88 sur 105 · Témoignage · 1797
Dans le récit de son voyage publié en 1799, Mungo Park raconte qu’en 1797 Nealee avance dans une caravane dirigée par Karfa Taura vers la Gambie. Lorsqu’elle ne parvient plus à marcher, les hommes qui conduisent la caravane retirent sa charge et la donnent à une autre personne captive. Nealee refuse de manger, dit qu’elle préfère mourir et tente de s’enfuir. Elle est fouettée à deux reprises. Après un premier essai sur un âne, quatre personnes captives se relaient par paires pour la porter sur une litière de bambous ; elle est ensuite replacée sur l’âne et en tombe. Park part alors en tête. Plus tard, un homme asservi au service de Karfa rapporte le vêtement de Nealee et dit que Karfa et le maître d’école ont refusé de la tuer mais l’ont laissée sur la route.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Park est un voyageur britannique qui accompagne la caravane, non un témoin extérieur à toutes ses opérations. Il voit la marche, les refus, la tentative de fuite, les coups et les moyens de transport jusqu’à son départ en tête ; la décision finale de Karfa et du maître d’école lui est rapportée ensuite par un homme asservi dont le livre ne conserve pas le nom. Park ne voit ni la mort de Nealee ni ce qui lui arrive après l’abandon.
Entraves, charges et ravitaillement d’un convoi
Point 89 sur 105 · Témoignage · livre publié en 1738 ; convoi non daté
Dans le livre sur la Gambie publié par Francis Moore en 1738, des groupes de trente à quarante personnes sont attachés cou à cou par des lanières de cuir, à environ un yard de distance. Certaines portent sur la tête un paquet de maïs ou une défense d’éléphant ; le groupe emporte aussi dans des outres l’eau nécessaire aux étapes où il n’en trouve pas.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le volume de 1738 assemble le journal remanié de Moore, d’autres récits et des pièces de la Royal African Company. Ce passage ne nomme aucune personne, n’établit pas un itinéraire individuel et ne permet pas de donner une destination antillaise aux groupes décrits. Le yard est une unité d’époque ; l’équivalence avec un peu moins d’un mètre aide à comprendre l’espacement sans prétendre à une précision supérieure.
Nicolas rassemble plusieurs contraintes de l’engagement colonial : dette de passage, cession du contrat,…
Point 90 sur 105 · Interprétation · date non établie
Nicolas rassemble plusieurs contraintes de l’engagement colonial : dette de passage, cession du contrat, obligation souvent fixée à trente-six mois, journée de travail, nourriture et vêtement dus, mariage soumis au maître et punitions. Ces contraintes ne rendent pas le statut identique à l’esclavage racial, viager et héréditaire.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Nicolas appelle l’engagé un « véritable esclave » ; cette équivalence est écartée. Les clauses et pratiques variaient et doivent être documentées par contrats, ordonnances et récits localisés.
Du Tertre explique que certains maîtres ménagent moins les engagés français que les personnes esclavisées…
Point 91 sur 105 · Témoignage · date non établie
Du Tertre explique que certains maîtres ménagent moins les engagés français que les personnes esclavisées parce qu’ils ne détiennent les premiers que trois ans tandis que l’achat des secondes engage un intérêt patrimonial durable. Son raisonnement fait de la durée de propriété un calcul de conservation, non une mesure indépendante des violences subies.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Cette explication appartient à Du Tertre et ne démontre pas que les personnes esclavisées sont mieux traitées. Elle éclaire le calcul qu’il prête aux maîtres.
À Marie-Galante, François et Jacob décrivent le jardin de Sébastien et l’énergie qu’il consacre à travailler…
Point 92 sur 105 · Interprétation · témoignages des affaires Vallentin et Texier Lavalade
À Marie-Galante, François et Jacob décrivent le jardin de Sébastien et l’énergie qu’il consacre à travailler pour lui-même. À Trois-Rivières, Christon explique qu’elle entretient le jardin d’Hector, son compagnon, parce que le maître d’Hector ne lui laisse pas de temps pour le faire. Le jardin produit ainsi nourriture, revenus et travail pour soi, tout en reportant sur les personnes esclavisées l’entretien que le propriétaire doit légalement assurer.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les témoignages établissent ces jardins et ces relations précises. La généralisation sur le transfert de l’entretien est celle des auteurs, confrontée aux prescriptions qu’ils citent ; elle ne mesure ni la surface, ni le rendement, ni la fréquence de ces arrangements dans toute la Guadeloupe.
À l’audience du 31 janvier 1842 du procès Vallentin, Laurent raconte qu’avec son frère Réville il apporte à…
Point 93 sur 105 · Témoignage · 1842-01-31
À l’audience du 31 janvier 1842 du procès Vallentin, Laurent raconte qu’avec son frère Réville il apporte à manger à leur père Sébastien au moins une fois par semaine. Ils l’asseyent, le soutiennent par les épaules et lui donnent farine, patates et morue pendant au moins deux semaines ; selon Laurent, Madame Vallentin n’envoie de la soupe qu’une seule fois.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La chronique judiciaire reprise par l’anthologie transmet les gestes et la durée annoncée par Laurent ; la Gazette et la procédure ne sont pas contrôlées ici. Ce cas établit un soin familial, non une mesure générale des rations ou de la faim.
Lucile déclare que Jean-Baptiste Douillard Mahaudière lui avait promis la liberté parce qu’elle le soignait…
Point 94 sur 105 · Témoignage · témoignage dans l’affaire Douillard Mahaudière
Lucile déclare que Jean-Baptiste Douillard Mahaudière lui avait promis la liberté parce qu’elle le soignait pendant ses maladies. Lorsqu’elle demande l’exécution de cette promesse puis offre sa rançon, il la refuse en disant que ses soins lui sont indispensables. Le service jugé précieux devient ainsi, dans son récit, le motif employé pour maintenir sa soigneuse en esclavage.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La déposition est publiée par une brochure judiciaire citée dans l’anthologie ; ni cette brochure ni la procédure ne sont contrôlées ici. Elle établit ce que Lucile déclare sur la promesse, son offre et le refus, non l’existence d’un contrat juridiquement exécutoire.
Après la mort de Sébastien dans le cachot de l’habitation Balisier, Adeline, Jacob, Laurent et Fanchon…
Point 95 sur 105 · Témoignage · témoignages au procès Vallentin sur une mort survenue en 1838
Après la mort de Sébastien dans le cachot de l’habitation Balisier, Adeline, Jacob, Laurent et Fanchon lavent son corps et le conduisent à sa sépulture. Jacob et Fanchon, une accoucheuse de quatre-vingts ans, sont, comme Adeline, tenus en esclavage par Vallentin. Tous deux témoignent au procès de 1842. Adeline, sa compagne, déclare qu’ils lui ont mis une chemise, une culotte et un mouchoir, puis qu’elle a placé une croix sur sa fosse. Les proches accomplissent ainsi des gestes funéraires précis ; au président qui lui demande si l’on a fait un cercueil à Sébastien, Adeline répond : « Non, Monsieur. »
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les gestes sont transmis par la chronique judiciaire du procès Vallentin reprise dans l’anthologie ; la Gazette et la procédure ne sont pas contrôlées ici. La croix atteste le geste déclaré par Adeline, sans permettre d’assigner à chacun une croyance ni de reconstituer l’ensemble du rite.
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 17, témoignages de Jacob et d’Adeline, note 22, et synthèse des gestes d’Adeline, Jacob, Laurent et Fanchon
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 2, déposition de Fanchon, note 12, et chapitre 9, déposition de Jacob, note 22 : leur âge, leur fonction et leur maître
Robert reconnaît en 1698 que certains maîtres font travailler les engagés au-delà de leurs forces, les…
Point 96 sur 105 · Témoignage · 1698-06-27
Robert reconnaît en 1698 que certains maîtres font travailler les engagés au-delà de leurs forces, les frappent continuellement et ne leur donnent pas assez à manger. Il explique qu'ils font moins de cas de la vie d'un engagé que de celle d'une personne noire esclavisée parce que le premier leur coûte moins et que sa mort leur fait perdre moins ; il refuse pourtant de raccourcir pour cette raison tous les engagements et renvoie les abus à la justice.
Précisions nécessaires à l’interprétation
La pièce établit qu'un intendant reconnaît ces violences et leur donne une explication économique ; elle ne nomme aucune personne, ne mesure aucune fréquence et ne cite aucune plainte ou sanction. Au folio suivant, Robert affirme aussi qu'un engagé coûte davantage et rend moins de service qu'une personne esclavisée : faute de compte, les deux comparaisons doivent rester situées plutôt que réconciliées artificiellement.
Le 27 août 1687, Cussy explique avoir différé l'exécution d'une ordonnance qui impose à chaque habitant…
Point 97 sur 105 · Témoignage · 1687-08-27
Le 27 août 1687, Cussy explique avoir différé l'exécution d'une ordonnance qui impose à chaque habitant autant d'engagés que de personnes esclavisées, faute d'arrivées suffisantes et pour éviter une hausse imposée par les marchands. Il affirme aussi que plusieurs personnes esclavisées meurent du mauvais traitement de leur maître et mentionne des refus de travailler, qu'il décrit dans le vocabulaire hostile de l'autorité chargée de les contraindre.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Cussy parle comme gouverneur et reprend les justifications des maîtres tout en reconnaissant les mauvais traitements. Sa lettre ne mesure ni la fréquence des décès, ni les formes des refus, ni les causes individuelles, et ses qualificatifs sur les personnes qui refusent ne constituent pas une description neutre.
Laurence dit avoir vécu environ un an dans les bois avec Jérôme et d’autres personnes.
Point 98 sur 105 · Témoignage · 1710–1711
Laurence dit avoir vécu environ un an dans les bois avec Jérôme et d’autres personnes. Elles prennent d’abord bananes et figues, puis aménagent un jardin sur la place de la dame Sainte-Marthe. Laurence reste dans l’ajoupa avec deux autres femmes et rapporte aussi que Jérôme menaçait de la tuer si elle le quittait. La même déposition fait ainsi connaître une communauté, une tentative de produire des vivres et une contrainte exercée à l’intérieur de la relation.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Laurence parle dans une procédure capitale et le greffier transmet ses réponses. La durée est approximative. Le jardin est commencé, sans récolte certaine au moment décrit. Rushforth nomme parfois la relation un mariage ; l’interrogatoire édité emploie un autre vocabulaire et la menace rapportée interdit de la présenter comme une union entièrement choisie.
- Antilles, en particulier Martinique : copies d'actes, mémoires, lettres et procédures (1635-1721), dont les interrogatoires et pièces de l'affaire dite du Gaoulet — vues 690-695 : interrogatoire de Laurence, durée, groupe, subsistance, jardin, ajoupa et menace rapportée
- Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles — L’affaire dite du Gaoulet de 1710 — chapitre p. 15-53, transcription de l’interrogatoire de Laurence
- The Gauolet Uprising of 1710: Maroons, Rebels, and the Informal Exchange Economy of a Caribbean Sugar Island — p. 75-78 et 89-93 : récit de Laurence et économie du jardin
Selon Claude, interrogé les 26 et 27 juillet 1710, les femmes qui fréquentent le Gaoulet y tiennent des…
Point 99 sur 105 · Témoignage · 1710
Selon Claude, interrogé les 26 et 27 juillet 1710, les femmes qui fréquentent le Gaoulet y tiennent des rôles matériels distincts. Cathault, femme de Jacob, et Magdelaine, femme de Cominan, toutes deux esclaves des Ursulines, enfilent les colliers « qui servent pour avoir Entrée dans Le Gaoulet », et prennent « dix sols pour chaque Collier ». Babiche fournit de la farine à Pierrot, et elle et les autres femmes que Claude nomme — Anne, Jeanne Samba, Agathe, Marthe, Nanon, Magdelon, Dorothée, Jeanneton, Jacqueline et Fanchon — enfilent elles aussi des colliers pour le Gaoulet, où elles sont souvent allées.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Les fonctions proviennent de la réponse de Claude transcrite sous contrainte, à des questions qui nomment déjà les femmes ; elles n’établissent ni la fréquence des actes ni le sens que chacune donnait aux colliers. Les accusations d’empoisonnement rapportées dans la même procédure sont des ouï-dire et ne qualifient pas ces gestes.
- Antilles, en particulier Martinique : copies d'actes, mémoires, lettres et procédures (1635-1721), dont les interrogatoires et pièces de l'affaire dite du Gaoulet — vue 673 : interrogatoire de Claude, 26 juillet 1710
- Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles — L’affaire dite du Gaoulet de 1710 — chapitre p. 15-53, interrogatoire de Claude des 26-27 juillet 1710
- The Gauolet Uprising of 1710: Maroons, Rebels, and the Informal Exchange Economy of a Caribbean Sugar Island — p. 87-93 : objets, paiements, vivres et économie d’échange autour du Gauolet
Brett Rushforth interprète les réseaux révélés par l’affaire du Gaoulet comme une économie d’échange…
Point 100 sur 105 · Interprétation · 1690–1710
Brett Rushforth interprète les réseaux révélés par l’affaire du Gaoulet comme une économie d’échange informelle liée à la croissance sucrière de la Martinique. Routes, port de Saint-Pierre, demande de travail et multiplication des transactions renforcent les habitations, mais offrent aussi aux personnes esclavisées, marronnes, libres et à certains Blancs des lieux, des clients et des intermédiaires pour faire circuler vivres, tafia, outils, vêtements, argent, travail et informations hors du contrôle exclusif d’un propriétaire.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Il s’agit de la lecture de Rushforth à partir d’une procédure exceptionnelle, non d’une mesure de la fréquence de chaque échange dans toute la Martinique. Les chiffres de population, de sucreries, de production et de navires qu’il emploie viennent d’autres séries et ne sont pas nécessaires à cet énoncé. L’économie informelle n’abolit ni l’appropriation des personnes ni la contrainte du travail.
- The Gauolet Uprising of 1710: Maroons, Rebels, and the Informal Exchange Economy of a Caribbean Sugar Island — p. 84-100, particulièrement p. 89-100 : routes, port, jardins, échanges, travail, croissance sucrière et formulation de l’économie informelle
- Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe–XIXe siècles — L’affaire dite du Gaoulet de 1710 — chapitre p. 15-53, interrogatoires de Claude, Laurence, Margot, Mande, Michau et des deux Jeannot : relations et biens sur lesquels repose l’interprétation
Sébastien est enfermé par Louis-Joseph Vallentin dans un cachot maçonné, haut de 1,20 mètre et long de 1,80…
Point 101 sur 105 · Événement · enfermement et mort ; décès déclaré le 14 août
Sébastien est enfermé par Louis-Joseph Vallentin dans un cachot maçonné, haut de 1,20 mètre et long de 1,80 mètre selon l’historien Frédéric Régent. Il y meurt en 1838, après des semaines de détention ; Vallentin, son maître et l’accusé du procès, situe la mort le 5 ou le 6 mai. Adeline, sa compagne, déclare qu'après sa mort, elle et d'autres proches l'ont lavé, vêtu d'une chemise, d'une culotte et d'un mouchoir, puis enterré sans cercueil ; elle place une croix sur sa fosse. Son décès n'est déclaré à l'état civil que le 14 août.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Régent transmet le compte rendu de la Gazette officielle sans en reproduire le fac-similé. Le début précis de l'enfermement et la cause médicale de la mort ne sont pas établis ici. La croix et les soins funéraires sont les gestes déclarés par Adeline ; ils ne prouvent ni présence ni refus d'un prêtre. La date du 5 ou 6 mai vient du témoignage de Vallentin (Libres et sans fers, chapitre 17, d’après la Gazette officielle de la Guadeloupe, n° 10, 20 février 1842, audience du 29 janvier) ; elle ne s’accorde ni avec l’autorisation d’« exporter » Sébastien obtenue le 14 mai 1838 (Delâtre, § 12), ni avec le journal cité par Régent, qui fait commencer le « supplice » dans le courant d’avril et le fait durer « trois mois environ ». Seuls la Gazette de 1842 et le registre des déclarations de décès de Capesterre, aux Archives départementales de la Guadeloupe, peuvent trancher. Les mesures du cachot sont celles que donne Régent (§ 4), sans en citer la pièce ; dans la déposition que cite Delâtre (§ 19), Réville dit que son père « pouvait s’y tenir debout ».
- Figures d’esclaves à travers des procédures judiciaires en Guadeloupe de 1789 à 1848, dans Éric Saunier (dir.), Figures d’esclaves : présences, paroles, représentations, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2012, p. 111-127 — paragraphes 4, 9 et 27
- Libres et sans fers. Paroles d’esclaves — chapitre 17, « Je n’ai jamais vu de prêtres appelés… », déclaration du décès le 14 août et date « selon le témoignage de son maître », notes 20 et 21 : Gazette officielle de la Guadeloupe, n° 10, 20 février 1842, audience du 29 janvier 1842 (ADG, 3K34)
- « Quand on me battait debout, je saignais en pile. » Témoignages d’esclaves dans les affaires Vaultier de Moyencourt et Vallentin (1841-1842) — paragraphe 19 : déposition de Réville sur le cachot
Christon, tenue en esclavage sur l'habitation de Madame de Touchimbert, vit depuis longtemps avec Hector,…
Point 102 sur 105 · Témoignage · témoignages au procès de 1847 sur des faits antérieurs non datés
Christon, tenue en esclavage sur l'habitation de Madame de Touchimbert, vit depuis longtemps avec Hector, tenu par Texier-Lavalade sur l'habitation voisine. Elle travaille le jardin d'Hector parce que le maître d'Hector ne lui en laisse pas le temps. Elle se sépare de lui ; Hector en est malheureux, et elle revient parce qu'elle ne peut laisser sans vêtements ni vivres un « homme de son pays ». Quand Hector est blessé aux parties génitales, il rejoint la case de Christon, qui le soigne.
Précisions nécessaires à l’interprétation
L'étude synthétise plusieurs témoignages sans identifier dans ce paragraphe chaque locuteur ni dater les actions. « Homme de son pays » est la formule transmise ; elle n'autorise pas à assigner une origine précise à Christon ou Hector.
Réville, âgé d'environ douze ans au procès de 1842 et présenté comme le fils de Sébastien, raconte qu'il…
Point 103 sur 105 · Témoignage · faits rapportés au procès de 1842
Réville, âgé d'environ douze ans au procès de 1842 et présenté comme le fils de Sébastien, raconte qu'il apportait chaque midi de la paille de bananier à son père enfermé au cachot du Balisier. Il lui avait aussi procuré une planche pour se coucher, mais celle-ci s'enfonçait dans la boue. Il décrit le trou d'air ouvert par Sébastien puis rebouché sur l'ordre de Vallentin, la maladie de son père et la découverte de son corps à l'heure du repas.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le témoignage est transmis par un compte rendu abrégé de la Gazette de Guadeloupe puis par Delâtre ; ni la minute ni le numéro du journal n’ont été vus ici. Il établit les actions et perceptions attribuées à Réville dans cette transmission, non chaque détail matériel indépendamment du procès.
Le rapport anonyme de 1785 relie la consultation de Marie Kingué aux morts survenues dans les ateliers : «…
Point 104 sur 105 · Témoignage · 1785
Le rapport anonyme de 1785 relie la consultation de Marie Kingué aux morts survenues dans les ateliers : « La rigidité et l’excès du travail avoient-ils conduit quelqu’esclaves au tombeau, on consultoit Kingué ; et Kingué, trouvant du poison partout, faisoit connoître les prétendus coupables. » Chez le commandant de quartier qui la loge, le même rapport écrit que cet homme « avoit perdu quelques nègres, et attribuoit cette perte au poison », que Marie Kingué « se fait conduire précisément dans les cases de coupables », qu’elle y fouille et que « son œil de lynx » lui fait apercevoir « le poison même caché sous terre ». Il ajoute : « Elle gagnoit beaucoup d’argent en mettant à contribution tous les simples des différens quartiers. » Marie Houllemare, qui édite ce rapport, écrit que Belhumeur, présenté comme son maître, « fait tuer et vendre plusieurs esclaves sur ses dires ». Crystal Eddins, qui a lu les lettres du même fonds, rapporte que des voisins de Belhumeur l’accusaient d’avoir surmené les personnes qu’il tenait en esclavage au point que quelques-unes en moururent, et qu’au lieu d’admettre cette cause il consulta Marie Kingué pour savoir si elles avaient été empoisonnées.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Le rapport est écrit pour faire poursuivre Marie Kingué : « prétendus coupables » et la parenthèse qui suit la fouille — le poison « que sa main ou celle de son agent avoit placé sans doute » — sont les insinuations de son auteur, non des constats. Ni le rapport, ni l’étude, ni Eddins ne comptent les morts ni ne nomment les personnes mortes au travail, tuées ou vendues. La vente de personnes désignées ne figure pas dans le rapport édité : elle vient de l’analyse de Marie Houllemare. Les accusations de surmenage portées par les voisins de Belhumeur sont rapportées par Eddins en anglais, sans citation de la lettre. Aucune de ces pièces n’établit la cause réelle des morts.
- Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) — rapport anonyme édité, p. 155 pour « La rigidité et l’excès du travail […] les prétendus coupables » ; p. 156 pour la perte attribuée au poison par le commandant, la fouille des cases, le poison « caché sous terre » et l’argent gagné
- Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) — analyse, p. 160, pour Belhumeur qui « fait tuer et vendre plusieurs esclaves sur ses dires »
- Rituals, Runaways, and the Haitian Revolution: Collective Action in the African Diaspora — p. 143 (PDF p. 163), second paragraphe, et note 96, qui renvoie à la lettre 4 du dossier 27AP/12 des Archives nationales : surmenage attribué à Belhumeur par ses voisins, consultation de Marie Kingué sur l’empoisonnement
Marie Houllemare écrit que l’autorité de Marie Kingué s’exerce à la fois sur des personnes esclavisées « qui…
Point 105 sur 105 · Interprétation · 1785
Marie Houllemare écrit que l’autorité de Marie Kingué s’exerce à la fois sur des personnes esclavisées « qui respectent ses dons de guérison et de voyance », jusqu’à la considérer « comme un Dieu » — expression que l’historienne cite entre guillemets —, la tenir, selon ses propres mots, pour « douée du pouvoir de ressusciter les morts » et aller jusqu’« à voler pour la payer », et sur des Blancs « qui lui accordent une confiance aveugle ». L’historienne écrit encore que Marie Kingué « se plonge dans des transes, lors desquelles, affaiblie, elle adopte d’autres voix, dont l’une masculine », et que cette activité de médium « fait partie de son succès ». Crystal Eddins rapporte, d’après d’autres lettres du même dossier, que des Africains la révéraient comme une divinité capable de tuer et de ressusciter et de guérir toutes sortes de maladies.
Précisions nécessaires à l’interprétation
Ce que ces personnes pensaient de Marie Kingué ne parvient que par les lettres et rapports qui la dénoncent, lus par deux historiennes ; aucune parole de leur part n’est citée par les deux études. Que des personnes aient volé pour la payer est une accusation de ces pièces, non un vol constaté. Les transes et la voix masculine viennent de l’analyse ; le rapport édité ne les mentionne pas. Les rapprochements que proposent Houllemare avec le magnétisme animal et Eddins avec des traditions kongo — nganga, esprit-serpent Mbumba — sont donnés par elles comme des hypothèses et ne sont pas repris ici.
- Marie Kingué et la subversion de l’ordre colonial (Saint-Domingue, 1785) — analyse, p. 159 pour les transes, les voix et l’activité de médium ; p. 160 pour le respect de ses dons, « comme un Dieu », le pouvoir de ressusciter, le vol pour la payer et la confiance des Blancs
- Rituals, Runaways, and the Haitian Revolution: Collective Action in the African Diaspora — p. 143 (PDF p. 163), second paragraphe, phrase sans note propre suivie de la note 98 : révérence envers Marie Kingué comme divinité qui tue, ressuscite et guérit, rapportée d’après d’autres lettres